CHAPITRE IV.


Des Verbes.

C’est dans le verbe en général que la langue arabe développe davantage la simplicité et la richesse de son mécanisme, et sa différence avec les langues d’Europe.

En arabe les verbes n’ont que trois temps, le passé, le futur et l’impératif; le présent est absolument le même que le futur.

A défaut d’infinitif, on appelle les verbes par la troisième personne du passé au singulier masculin: ainsi, au lieu de dire le verbe aimer, parler, faire, on dit le verbe, il a aimé, il a parlé, il a fait.

Cette troisième personne masculine est ce que les grammairiens appellent la racine ou le mot radical, parce que c’est sur ce mot que se composent toutes les modifications des temps, des personnes et des conjugaisons, tant régulières qu’irrégulières.

En général, la racine est composée de trois lettres, quelquefois de quatre, presque jamais de plus ni de moins que ces deux nombres. On appelle ces trois lettres, les radicales.

Les radicales sont ou toutes consonnes, ou partie consonnes et partie voyelles, ou même toutes voyelles, mais très-rarement: et il est remarquable que ces radicales voyelles ne peuvent jamais être que les quatre majeures ou alfabétiques â, ï, ω et ả, les voyelles mineures étant toujours rapportées après coup, et servant par leur intercalation à modifier les radicales et à distinguer les temps et les personnes.

Si les trois radicales sont consonnes, le verbe est dit régulier[125].

[125] En arabe, sâlem, sain.

EXEMPLE.

na ʆa r, il a aidé; ħa ka m, il a gouverné.

Si une seule des trois radicales est voyelle, le verbe est dit irrégulier[126].

[126] γair sâlem, non sain.

Si deux sont voyelles, le verbe est doublement irrégulier.

Si les trois sont voyelles, le verbe est complètement irrégulier.

Or la raison de cette irrégularité procède de ce que les voyelles mineures ou intercalées, variant selon les temps et selon les formes actives ou passives des verbes, les voyelles majeures qui en sont affectées varient aussi, et les trois â, ï, ω, se changent de l’une en l’autre, ou même disparaissent entièrement; ce qui nous les fera souvent désigner par le nom de voyelles éclipsées et éclipsantes. L’ảin ne s’éclipse jamais; il devient seulement ĕ ou ỏ, selon qu’il est frappé des voyelles mineures e, o.

Si l’une de ces trois voyelles â, ï, ω, se trouve au milieu de la racine, c’est-à-dire entre deux consonnes, le verbe s’appelle verbe creux, parce que non-seulement la voyelle change dans les formes diverses du temps, mais parce qu’elle s’efface entièrement dans quelques-unes, et laisse pour ainsi dire vide l’espace entre des deux consonnes.

EXEMPLE.

qâl, il a dit; ïaqωl, il dit.

Impératif, qol, dis.

Cet exemple indique la manière dont se conjuguent tous les verbes arabes. On appelle d’abord le passé, puis le futur ou présent, enfin l’impératif et le participe; et l’on commence par la troisième personne, lui, pour finir par notre première moi: il a dit, tu as dit, j’ai dit, c’est-à-dire, l’inverse de notre usage.

L’exemple d’une conjugaison va rendre tous les préceptes généraux plus sensibles que nous ne le pourrions faire de toute autre manière.

Conjugaison du Verbe régulier.

naʓar, il a vu.

1 naʓar il a vu.
1 naʓar-at elle a vu.
2 naʓar-t tu as vu.
2 naʓar-ti tu as vu. fém.
3 naʓar-t j’ai vu.
4 naʓar-ω ils ou elles ont vu.
5 naʓar-tω vous avez vu.
6 naʓar-nâ nous avons vu.
REMARQUES.

1o On voit que la racine naʓar reste la même à toutes les personnes, et qu’il suffit de lui accoler certaines finales pour faire la distinction de ces personnes.

2o Ces finales appelées serviles, consistent, comme l’on voit, en cinq lettres, t, i, â, ω, n, dont nous verrons les positions diverses servir à distinguer les autres temps.

3o Dans l’arabe littéral il y a un troisième a final à la troisième radicale; et l’on dit naʓara; ce qui établit pour principe cette phrase:

Le verbe régulier prononce sa racine en a; c’est-à-dire que chaque lettre radicale emporte avec elle le son d’a; que si une radicale est voyelle, elle est affectée de ce même son. Ainsi dans la racine ramï, il a jeté, l’ï, troisième radicale étant frappé d’a accessoire, se prononce ramä, et ceci doit rendre clair ce que nous avons dit des verbes irréguliers.

4o Enfin l’on voit qu’il y a équivoque dans l’arabe vulgaire sur le mot naʓart qui signifie également j’ai vu et tu as vu; mais dans le littéral, les finales o et a servent à distinguer ces deux personnes; et l’on dit naʓarto pour j’ai vu, naʓarta pour tu as vu. On dit aussi naʓartom, vous avez vu, au lieu de naʓartω; mais il n’en résulte pas d’inconvénient pour le sens.

A l’égard du présent qui est aussi le futur, la racine, pour le former, se retourne de manière, 1o que les lettres serviles â, n, t, ï, qui étaient à la fin, passent au commencement du mot; 2o que la première radicale devient fermée, c’est-à-dire privée de voyelle intercalaire, et que les deux autres intercalaires se changent, savoir, la troisième constamment en o, et la seconde tantôt en e, et plus souvent en o. Un exemple va rendre tous ces préceptes sensibles.

PRÉSENT ET FUTUR ACTIF.
ïaor il voit ou il verra.
t’aor elle voit ou elle verra.
t’aor tu vois ou tu verras. masc.
t’aori tu vois ou tu verras. fém.
anʓor je vois ou je verrai.
ïaorωn ils voient ou ils verront.
t’aorn elles voient ou elles verront.
t’aorωn vous voyez ou vous verrez. masc.
t’aorn vous voyez ou vous verrez. fém.
naor nous voyons ou nous verrons.
REMARQUES.

1o Cet exemple prouve ce que nous avons dit: 1o que les lettres serviles sont passées devant la racine; 2o que la première lettre radicale est devenue fermée, parce que son a syllabique la précède; 3o que la seconde radicale change a en o; à quoi il faut ajouter que la troisième radicale qui manque de voyelle dans l’arabe vulgaire, prend o dans l’arabe littéral, où l’on dit ïanʓoro, tanʓoro, anʓoro, nanʓoro, et après les n, vient a final, ïanʓorωn-a, tanʓorωn-a, et tanʓorn-a.

2o L’équivoque qui existe entre la première personne féminine, elle voit, et la seconde masculine, tu vois, taor, pour les deux, est un défaut qui ne se remédie qu’en appliquant le pronom de chacune,

hi taor, elle voit.

ent taor, tu vois. masc.

3o Dans le littéral le futur se distingue du présent par la particule sa placée devant le mot, et rien n’empêche d’en adopter dans le vulgaire l’usage qui est simple.

s’ïanʓor il verra.
hi sat’anʓor elle verra.
ent sat’anʓor tu verras. masc.
sat’anʓori tu verras. fém.
s’anʓor je verrai.
s’ianʓorωn ils verront.
s’tanʓorn elles verront.
sat’anʓorωn vous verrez. masc.
sat’anʓorn vous verrez. fém.
san’anʓor nous verrons.

L’impératif n’est caractérisé que dans la seconde personne singulière et plurielle.

onʓor vois. masc.
onʓori vois. fém.
onʓo voyez. comm.

Le reste des personnes se conjugue comme au présent en faisant précéder la particule l’ qui signifie que et pour que.

l’ïaor qu’il voie.
l’anʓor que je voie.

Le participe est formé des trois radicales prononcées la première en â long, la seconde en é bref, et la troisième avec les finales des noms, ce qui en fait un adjectif déclinable, selon ce que nous avons dit, article des genres.

EXEMPLE.
nâʓer voyant.
nâʓer-ωn voyans.
nâʓer-àt voyante.
nâʓer-ât voyantes.

Il faut encore compter dans le verbe régulier deux formes qui produisent deux noms substantifs très-expressifs et très-commodes. Le premier de ces noms exprime l’action active, le faire de l’agent, s’il est permis de le dire.

EXEMPLE.

el naʓro, l’action de voir, le regardement.

Le regard est un terme équivoque, puisqu’il s’applique également au coup-d’œil qui est la chose, et à l’action de regarder. Notre langue française manque habituellement de ce substantif actif, et elle est forcée d’employer le substantif passif; ainsi l’on dit cet homme entend bien la composition, et l’on devrait dire, cet homme entend bien le composement, l’art de composer; car la composition est la chose composée, RES COMPOSITA, au passif, au lieu que le composement est la faculté et l’action de composer, considérée dans l’agent qui compose: ainsi la fortification d’une ville est le matériel de ses murailles; mais l’action, l’art de la fortifier est le fortifiement: la discussion d’une question est la chose discutée, secouée; mais l’action, l’art de la discuter est le discutement; la persuasion, et la conviction qui en résulte, sont des états passifs de l’esprit persuadé, convaincu; mais l’opération, l’art de celui qui a persuadé est le persuadement, le convainquement.

Ce substantif actif, qui a lieu dans presque tous les verbes arabes, et qui se forme, comme on l’a vu, des trois radicales, prend jusqu’à trente-trois formes, que l’usage apprend bien mieux que les préceptes; mais il prononce toujours sa première radicale en a bref, sa seconde fermée, et sa troisième avec les finales grammaticales o, i, a, ce qui en fait un nom et non pas un infinitif, comme le prétendent les grammairiens.

EXEMPLE.
Nom. el naʓr-o le regard.
Gén. el naʓr-i du regard.
Dat. l’el naʓr-i au regard.
Acc. el naʓr-a le regard.

L’on se rappelle que ces finales grammaticales o, i, a, ne sont usitées que dans l’arabe savant.

Ce substantif est ordinairement employé d’une manière singulière en sens confirmatif, avec la finale a’n propre aux adverbes.

EXEMPLE.
naʓart-ho naʓra’n je l’ai vu d’un regard.
đarabt-ho đarba’n je l’ai frappé d’un coup.

Ce qui diffère de naʓart-ho nâʓeran, je l’ai vu regardant; đarabt-ho đare-ban, je l’ai frappé, frappant.

La première tournure, a’n, l’a fait regarder comme un participe, ce qui n’est pas.

Un second substantif est celui qui se forme en plaçant un ma devant les lettres radicales dont la première se ferme, la seconde s’ouvre en a[127], et la troisième prend les finales grammaticales; et ce genre de substantifs exprime le temps et le lieu de l’action.

[127] Douze font exception et prononcent la deuxième radicale en e comme el maῳreq, l’orient; et el maγreb, le couchant, etc.

EXEMPLE.
el maar le temps de voir, le lieu où l’on voit.
el maktab le temps d’écrire, le lieu où l’on écrit.

Et ces noms ont des pluriels qui communément prennent la forme suivante:

el manâʓer les lieux et le temps de voir.

el makâteb les bureaux, lieux et temps d’écrire.

C’est-à-dire, première radicale en â long, seconde en e bref, et troisième en finales grammaticales, selon les cas.

Avec de légers changemens cette forme sert à exprimer des instrumens, des outils analogues à une action; ainsi l’on dit:

meftâħ une clé, de fataħ ouvrir.
meksaħat un balai, de kasaħ balayer.
meħlab un vase à traire, de ħalab traire du lait.

Où l’on voit que l’m se prononce en e, et la seconde radicale en a; mais cette règle est moins constante et moins générale, et il faut s’en rapporter au dictionnaire[128].

[128] Nous avons omis les duels usités seulement dans l’arabe littéral; les voici:

DUEL DU PRÉTÉRIT.

naʓara eux deux ont vu.
naʓarota elles deux ont vu.
naʓaratoma vous deux avez vu.

L’on voit que l’a long final est la lettre caractéristique.

DUEL DU PRÉSENT.

ïoor-ân eux deux voient ou verront.
too-ân elles deux et vous deux voyez, ou verrez.

DUEL DE L’IMPÉRATIF.

onʓora voyez vous deux.

DUEL DU PARTICIPE.

nâʓeran ou naʓerain voyant eux deux.
nâʓeratan ou nâʓeratain elles deux voyant.

Cette première conjugaison peut donner une idée de toutes les autres, elle en est un modèle en ce que la troisième personne tant du prétérit que du passé, étant une fois connue, tout le reste de la conjugaison l’est aussi, parce que la difficulté consiste seulement à connaître la qualité et l’inversion des petites consonnes.

Or ces autres conjugaisons consistent en trois classes qui sont:

1o Les conjugaisons dérivées, c’est-à-dire formées de la première régulière, par l’addition ou la combinaison de certaines lettres.

2o La conjugaison des verbes sourds, c’est-à-dire, dont la seconde consonne est fermée ou sans voyelle, et est redoublée.

EXEMPLE.
madd il a étendu; radd il a rendu.

3o Les verbes défectifs ou à voyelles radicales changeantes et éclipsantes.

raħ il est allé; ïarωħ il va.

A quoi il faut ajouter les passifs de toutes ces conjugaisons. Nous allons traiter d’abord des conjugaisons dérivées.


CHAPITRE V.


Des Conjugaisons dérivées.

Les conjugaisons dérivées sont au nombre de douze, ce qui, avec la première que nous venons de voir, forme treize conjugaisons pour la première classe; le tableau ci-joint (no 3) en donnera une idée plus claire que tout ce que nous en pourrions dire en détail; il suffira d’y ajouter quelques observations.

La première est que les douze formes que présente ici le verbe naʆar, sont purement fictives, attendu qu’aucun verbe ne se combine de toutes ces façons; un grand nombre n’est usité que dans une forme; plusieurs le sont dans deux, trois, quatre et même jusqu’à six, mais aucun jusqu’à douze, soit en actif, soit en passif. Ce modèle sert seulement à indiquer comment se combinent les lettres radicales, les lettres ajoutées et les voyelles mineures intercalées.

CONJUGAISONS
DÉRIVÉES DU VERBE RÉGULIER.


ACTIF.

PRÉTÉRIT[129]. PRÉSENT ET FUTUR. IMPÉRATIF. PARTICIPE. SUBSTANTIF. PRÉTÉRIT.
 1 naʆar. iaor. onʆor. nâʆer. naʆr. il a aidé, etc.
 2  naʆʆar. ïonaʆʆer. naʆʆer. monaʆʆer. tanʆîrân. il a fait aider, et il a rendu nazaréen.
 3  nâʆar. ïonâʆer. nâʆer. monaʆer. monaʆaràt.
 4  anʆar. ïoer. anʆer. moer. enʆârân.  
 5  tanaʆʆar. ïatanaʆʆar. tanaʆʆar. motanaʆʆer. tanaʆʆorân.  
 6  tanâʆar. ïatanâʆar. tanâʆar. motanâʆer. tanâʆoran. ils se sont entr’aidés.
 7  ennaʆar. ïannaʆer. ennaʆer. monnaʆer. ennaʆâran.  
 8  entaʆar. ïantaʆer. entaʆer. montaʆer. entaʆâran. il a été aidé et délivré
 9  enʆarar. ïaarar. enʆarer. moarer. enʆerârân.  
10    estaar. ïastaer. eʆtaer. mostaer. estenʆâran. il a imploré l’aide
11  enʆârar. ïanʆârar. enʆârer. monʆârer. enʆirâran.  
12  enʆωʆar. ïansaʆer. enʆaʆer. mooʆer. enʆiʆâran.  
13  enʆaωar. ïoaωer. enʆaωer. moaωer. enʆωâran.  
[129] Dans l’arabe littéral, toute la colonne des prétérits ajoute un a à l’r, et l’on dit naʆara; naʆʆara, etc. Toute la colonne du présent change cet a en o: ïaoro, ïanaʆʆero, etc. L’impératif n’ajoute rien, et les deux autres colonnes, le participe et le substantif se déclinent comme les noms.
No 3. Page 272.

La première forme, dite primitive ou radicale, a une signification simple, soit active, comme:

naʓar il a vu.
naʆar il a aidé.
đarab il a frappé.

soit neutre comme ħazen, il a été triste.

La seconde forme naʆʆar, qui redouble sa deuxième radicale, et la quatrième anʆar, désignent l’action de faire faire, et s’appellent par cette raison factitives.

EXEMPLE.
naʆʆar, anʆar il a fait aider.
ħaȥȥan il a fait triste, il a affligé.

La troisième forme nâʆar, exprime une action sur la personne ou la chose dont on reçoit une action semblable. On peut l’appeler forme réciproque.

EXEMPLE.

đârab-ni il me frappa le premier (mais je le lui rendis); il me provoqua.

La sixième désigne une action réciproque et concurrente.

EXEMPLE.
tađâra ils s’entrebattirent.
tanâʆa ils s’entr’aidèrent.

Les cinquième, septième et huitième forment des passifs.

EXEMPLE.
tảallam il a été instruit.
enkasar il a été brisé.
eqtaʆar il a été abrégé.

La dixième exprime par le mot est le désir de faire.

EXEMPLE.
estaȶảam il a désiré de goûter.
estaγfer il a demandé grace.

La neuvième et la onzième sont consacrées à exprimer l’état intense des couleurs ou des difformités.

EXEMPLE.
du terme aʆfar il a été jaune, l’on fait
eʆfarrar il a été d’un jaune vif, très-jaune.
esfârar il a été excessivement jaune.
eđxamam et eđxâmam il a eu la bouche de travers.

La douzième et la treizième sont d’un usage infiniment rare, elles expriment aussi une intensité de l’action ou de la qualité.

EXEMPLE.
xaan il a été âpre.
exῳaωῳan il a été très-âpre.
ảlaȶ il s’est attaché, il s’est collé.
eảlaωωaȶ il s’est fortement attaché.

Quant aux passifs, il n’y en a qu’un très-petit nombre d’usités; et ce sont ceux de la première et de la seconde forme dont nous allons donner un exemple pour servir de modèle à tous les verbes de ces deux formes.

Passif du verbe régulier naʆar.

PRÉTÉRIT.
noʆera il a été aidé.
noʆerat elle a été aidée.
noʆerta tu as été aidé. masc.
noʆerti tu as été aidée. fém.
noʆerto j’ai été aidé.
 
noʆerω (en littéral noʆerωâ) ils ont été aidés.
noʆerna elles ont été aidées.
noʆertom vous avez été aidés.
noʆertonna vous avez été aidées, fém.
noʆernâ nous avons été aidés.

L’on voit que dans le passif, la première radicale se prononce en o, la deuxième en e, et la troisième en o dans le littéral; car dans le vulgaire, on dit simplement noʆer.

Dans le littéral on dit pour le duel:

noʆe eux deux ont été aidés.
noʆera elles deux ont été aidées.
noʆerto vous deux avez été aidés.
PRÉSENT ET FUTUR.
ïoaro il est ou sera aidé.
toar elle sera aidée.
toar tu seras aidé. masc.
toa tu seras aidée. fém.
onʆaro je serai aidé.
ïoarωn ils seront aidés.
ïoarna elles seront aidées.
t’oarωn vous serez aidés. masc.
t’oarna vous serez aidées. fém.
n’oaro nous serons aidés.

Le présent et le futur, comme l’on voit, tournent les trois radicales comme dans l’actif, avec la différence des voyelles supplétives qui sont o, a; et comme à la troisième personne singulière le pronom a ne peut se montrer comme dans a-nʆor, le petit o caractéristique devient dominant, et remplaçant cet a, il produit o-nʆar; ce qui est une règle générale dans tous les passifs de cette classe.

Dans le littéral, on dit pour le duel:

ïoarâni eux deux seront aidés. masc.
toarâni elles deux seront aidées. fém.
toarâni vous deux serez aidés. commun.

Pour former l’impératif on se sert des personnes du présent, auxquelles l’on ajoute la particule l’.

l’toar sois aidé.
l’ïoar, etc. qu’il soit aidé.
PARTICIPE SINGULIER. PLURIEL.
masc. manʆωron aidé; manʆωrωna aidés.
fém. manʆωràton aidée; manʆωrâta aidées.

Dans le littéral on dit pour le duel:

manʆωrâni eux deux aidés.
manʆωratâni elles deux aidées.

Les substantifs sont tantôt en a, i, comme naʆir, tantôt en a, ω, comme naʆωr; et souvent ils manquent et s’empruntent des autres conjugaisons.

Quant au passif de la conjugaison no 2, naʆʆar, il se forme en o, e, a pour le prétérit; en o, a, e pour le présent; et en o, a, a pour le participe.

EXEMPLE.
PRÉTÉRIT. PRÉSENT ET FUTUR. IMPÉRATIF.
noʆʆera. ïonaʆʆero. l’ïonaʆʆer.
PARTICIPE. SUBSTANTIF.  
monaʆʆar. tanaʆʆir.  

Mais cette classe de passifs est peu employée dans l’arabe vulgaire, et l’on s’y sert plus généralement de la forme 5, tanaʆʆar, de la forme 7, ennaʆar, et de la forme 8, entaʆar.

C’est au dictionnaire, composé selon notre méthode, qu’appartiennent les remarques convenables à cet égard; la multitude des exceptions dans les grammaires embarrasse et décourage les commençans, et il leur est plus utile et plus agréable de ne les apprendre qu’à mesure du besoin qui alors fixe mieux leur attention.

Verbes à quatre lettres.

Quelques verbes font exception à la règle générale des trois lettres radicales, et en ont quatre comme daħrađj, il a roulé, qaar, il a lié par étranglement. Ces verbes suivent la forme no 2, c’est-à-dire que privant de voyelle la seconde radicale, ils prononcent leur prétérit en a, a; leur présent et futur en o, a, e, et leur participe en o, a, e comme naʆʆar.

EXEMPLE.
PRÉTÉRIT. PRÉSENT ET FUTUR. IMPÉRATIF. PARTICIPE.
daħrađja. ïodaħređj. daħređj. modaħređj.

Quant au substantif, l’on dit tantôt daħrađjàt, et tantôt daħrađjâ’n.

Le passif se conjugue en o, e, a comme noʆʆera.

EXEMPLE.
PRÉTÉRIT. PRÉSENT ET FUTUR. IMPÉRATIF.
doħređja. iodaħrađjo. l’ïodaħrađj.
PARTICIPE. SUBSTANTIF.  
modaħrađj. modaħrađjân.  

C’est encore au dictionnaire à indiquer les exceptions.


CHAPITRE VI.


Verbes sourds, ou à deuxième radicale privée de consonne et redoublée.

Venons à la seconde classe des consonnes: celle des verbes qui dans l’écriture arabe ne présentant que deux radicales, doublent la seconde pour en avoir trois.

EXEMPLE.
مَدَّ prononcé madda, il a entendu.
رَدَّ prononcé radda, il a rendu.

Les grammairiens appellent ces verbes sourds, parce que la seconde consonne est privée de voyelle: il en résulte pour la manière de conjuguer les temps et les personnes, des particularités qui demandent un exemple.

PRÉTÉRIT ACTIF.
radda il a rendu.
raddat elle a rendu.
radadta tu as rendu. masc.
radadti tu as rendu. fém.
radadto j’ai rendu.
raddω[130] ils ont rendu.
radadtω vous avez rendu.
radadnâ nous avons rendu.

[130] Règle générale, on ne distingue point dans l’arabe vulgaire le masculin du féminin dans le nombre pluriel.

Vulgairement on dit raddait j’ai rendu, et tu as rendu; et raddaitω vous avez rendu, comme si la racine était raddä, ioraddi; et quoique ce soit un défaut, la douceur de cette prononciation l’a fait prévaloir sur l’autre.

PRÉSENT ET FUTUR.
ïaroddo il rend ou rendra.
t’arodd elle rend ou rendra.
t’aroddo tu rends ou rendras. masc.
taroddi tu rends ou rendras. fém.
aradd je rends ou rendrai.
iaroddω ils rendent ou rendront.
taroddω vous rendez ou rendrez.
naroddo nous rendons ou rendrons.
IMPÉRATIF.
rodd rends. masc.
roddi rends. fém.
roddω rendez. commun.

Les autres personnes forment avec la particule l’ mise devant le présent l’ïarodd, qu’il rende.

SINGULIER PARTICIPE.
masc. râddon rendant. râddωn rendans.
fém. râddàton rendante. râddât rendantes.

On voit que dans ce participe c’est la même règle que dans nâʆer, c’est-à-dire que l’â ouvert est le signe caractéristique.

SUBSTANTIF.

raddân, l’action de rendre; même règle encore que naʆrâ’n.

PASSIF.

Le passif se forme avec les mêmes voyelles intercalaires que noʆer.

PRÉTÉRIT.
rodda il a été rendu.
roddat elle a été rendue.
rodedt tu as été rendu.
rodedti elle a été rendue.
rodedt j’ai été rendu.
roddω ils ont été rendus.
rodedtω vous avez été rendus.
rodedna nous avons été rendus.
PRÉSENT ET FUTUR.
ïoradd il est ou sera rendu.
toradd elle est ou sera rendue.
toradd tu es ou seras rendu.
toraddi tu es ou seras rendue.
oradd je suis ou serai rendu.
ïoraddω ils sont ou seront rendus.
toraddω vous êtes ou serez rendus.
noradd nous sommes ou serons rendus.

Il n’y a point d’impératif particulier; il se forme avec le présent et la lettre l’: l’ïoradd, qu’il soit rendu, etc.

PARTICIPE.
masc. mardωdon rendu. mardωdωn rendus.
fém. mardωdàton rendue. marωdât rendues.
SUBSTANTIF.

mardωdân et mardωdatân, restitution.

De cette racine radd, se forment ou peuvent se former les mêmes dérivés que de la racine naʆar; et ces dérivés se conjuguent selon les modèles du tableau no 3, page 272; ainsi l’on peut dire,

2 raddad, ïoradded, il a fait rendre.
4 aradd,  
8 ertadd, il a été rendu.
10 esteradd, il a désiré de rendre.

Mais l’usage seul et le dictionnaire peuvent apprendre lesquelles de ces formes sont usitées dans le vulgaire, et dans chaque pays arabe.