La lettre ω se trace couramment, mais elle se lie mieux avec les lettres qui la devancent qu’avec celles qui la suivent.
L’ῶ n’en diffère que par le trait, ou le petit A que l’on trace dessus.
La troisième lettre, qui est l’ảïn, ne diffère de l’a ordinaire, qu’en ce que son trait courbe est brisé.
La 4e est ce même trait brisé, qui représente l’ε grec.
L’ỏ diffère de l’o ordinaire en ce que la plume doit toujours le traverser en terminant son jambage de retour.
Le ħâ et le ȶo diffèrent du té et de l’h, par la boucle dont leur jambage supérieur est toujours couronné.
Le đo (no 8) demande un second pli dans le retour de sa courbe, pour se lier avec la lettre qui suit.
Le ʆo commence par en bas, et se termine par le ligament à sa tête.
Le ʓo n’est que le z ordinaire, avec un pli de plus.
Le ῳin se forme de deux traits, 1o d’un ω, 2o d’un j dont on traverse ce ω de haut en bas pour reprendre la lettre suivante avec la ligature de la queue du j.
Le γamma est presque une r à longue queue.
Le θ prend la forme de ϑ pour bien se joindre aux lettres qui le précèdent ou le suivent.
Dans les pays où on le prononce t ou s, il faut se servir simplement de ces lettres, et il suffira de les marquer d’un point ou d’un chevron brisé, pour indiquer que dans le dictionnaire elles appartiennent au θ.
Nécessairement le grand â et l’a bref se confondront dans l’écriture. C’est à l’usage d’en apprendre la distinction; on peut d’ailleurs, dans les cas de besoin, les distinguer par le trait circonflexe posé sur l’â pour l’alef, et par le trait grave posé sur à pour le fatha ou a bref.
CONTENANT UN PREMIER ESSAI DE LA GRAMMAIRE ET UN PLAN DU DICTIONNAIRE ÉCRITS SANS LETTRES HÉBRAÏQUES, ET CEPENDANT CONFORMES A L’HÉBREU; AVEC DES VUES NOUVELLES SUR L’ENSEIGNEMENT DES LANGUES ORIENTALES.
Messieurs et chers confrères,
Présenter aux épurateurs de la langue française un livre qui traite de la langue hébraïque, peut vous sembler une idée bizarre: soit; permettez-moi seulement, en parodiant le guerrier d’Athènes[137], de dire à tout censeur grave ou plaisant: Frappe, mais écoute.
[137] Thémistocles.
Qu’est-ce que notre Académie française? n’est-ce pas un corps d’hommes choisis, constitués officiellement pour veiller à la pureté de la langue, et pour en établir un dictionnaire?—Cela est vrai.
Maintenant, qu’est-ce en général qu’un dictionnaire? n’est-ce pas le recueil de tous les mots d’une langue, expliqués et fixés dans leurs acceptions, souvent très-diverses?—Oui, c’est bien cela encore.
Permettez-moi d’approfondir jusqu’aux élémens. Qu’est-ce que les mots d’une langue? ne sont-ce pas les mouvemens sonores de la bouche[138] qui, par la convention des hommes, sont devenus signes de leurs idées et moyens de les communiquer?—Cela me semble exact et neuf.
[138] Motus, motiones oris; cela est si vrai que nous trouvons cette définition dès le huitième siècle chez les Arabes alors occupés des grammaires quand nous n’étions que des scholastiques barbares. Il est bien probable que nos premiers grammairiens raisonnables ont puisé à cette source en Espagne.
Mais, mon cher confrère, si les mêmes mots ont des acceptions diverses; si leur sens n’est fixé que par convention, beaucoup de malentendus, d’équivoques, de propos discordans n’ont-ils pas dû s’introduire dans l’usage vulgaire?—Assurément, et c’est pour cela que notre dictionnaire a une importance bien plus grande que ne l’imagine le vulgaire.
Actuellement, mon cher confrère, n’est-il pas vrai que nous croyons tous bien savoir notre langue? nous avons été choisis pour cela: cependant chaque jeudi, quand nous arrivons en séance, et que l’on nous présente une liste de mots à établir, ne commençons-nous pas souvent par n’être point d’accord, par avoir beaucoup de débats, et par remporter toujours quelque chose que nous ne savions pas? d’où viennent ces difficultés?
Mais, Monsieur... il me semble qu’elles ont deux sources: la première est que notre langue française est un habit d’arlequin composé de pièces et de morceaux disparates, venus de langues antérieures, et dont nos ancêtres ont souvent altéré le tissu et la couleur originelle: la seconde source serait la complication et la multiplicité des idées, que, pour la commodité du langage, il plaît aux hommes de concentrer sous un même mot. Tout est clair, quand les mots peignent des objets physiques et palpables: par exemple, La flèche a frappé l’oiseau n’a d’équivoque en aucune langue, bien qu’il reste à exprimer beaucoup de circonstances de grandeur, de couleur, de temps, de lieu, etc.; mais si nous disons: Le bonheur consiste dans la pratique de la vertu; ces mots bonheur et vertu, en recevant des acceptions diverses selon les préjugés et les habitudes, jettent dans un dédale de controverse. Ils ressemblent à ces étiquettes posées sur des boîtes closes où on lit opiat, élixir; de quoi se composent cet opiat, cet élixir? voilà ce qu’il faut analyser, et ce qui souvent est très-difficile.—Fort bien, mon cher confrère. Mais alors, n’a-t-on pas la ressource de recourir aux langues de qui nous viennent ces mots, d’examiner quels furent les motifs, les procédés de la dénomination première: par exemple, le mot latin virtus a été formé du mot vir, un homme, parce que, dans le principe, il signifia toute action mâle et courageuse caractérisant l’homme, surtout dans l’état sauvage.
—Oui, Monsieur; mais vous voyez qu’en d’autres temps, en d’autres états de la société, l’on a donné le nom de vertu, même à la bassesse, à la couardise.
—Sans doute: mais alors ne devient-il pas très-utile, très-instructif, d’examiner, dans le dictionnaire de chaque peuple, surtout quand les langues n’ont aucune analogie, comment ces mots abstraits sont définis, et ce qu’ils représentent? Par exemple, dans l’arabe, ce mot vertu se dit fadilé qui signifie utile, utilité; or, d’après nos meilleures analyses, c’est là réellement l’essence de la vertu.—Nous ne savons quelle origine, quel sens donner aux mots latins mores, habitudo, l’habitude, les mœurs; eh bien, en arabe l’habitude se dit ăâdè qui signifie répétition d’action; n’est-ce pas là parfaitement la chose? Alors, je le répète, ne devient-il pas très-utile, très-nécessaire, de consulter les dictionnaires d’une telle langue et d’autres semblables?
—Sans doute, Monsieur; mais comment y parvenir, quand toutes ces langues d’Asie sont écrites en lettres de grimoire inintelligibles?
—Précisément, mon cher confrère, voilà le problème dont je vous apporte la solution. Je prétends vous faire lire même de l’hébreu, avec autant de clarté, de facilité, que vous lisez l’espagnol ou l’allemand: je vous présente une grammaire hébraïque, avec la prétention que vous la comprendrez aussi bien que la nôtre. Par ma méthode, on vous dressera tous les dictionnaires possibles, et vous les lirez parfaitement: si j’échoue en mon projet, c’est sur ma prétention que devra tomber le ridicule.
—Mais, Monsieur, on nous dit que les orientalistes, vos confrères, n’approuvent point votre méthode, qu’ils la trouvent impraticable, etc.
—Les orientalistes, mes confrères, sont comme tous les hommes: ayant été élevés dans des habitudes, ils ont d’abord trouvé étrange qu’on vînt les y troubler; si j’eusse été éduqué à leur manière, il est bien probable que je ne me serais pas avisé de l’expédient nouveau que les circonstances m’ont suggéré.
Ma méthode fut d’abord nettement repoussée, il y a vingt-cinq ans; ensuite on l’a regardée comme fondée en principe; on l’a mise en pratique[139]. Les anciens tiennent bon et n’en veulent point; les jeunes gens l’examinent et la discutent: avec le temps, vous verrez qu’elle fera secte; et, comme elle ne prétend ni exclure ni détrôner le vieil usage, on finira par la regarder comme un moyen commode d’entrer, par un escalier dérobé, dans le donjon des langues orientales, où ces messieurs ont trouvé le secret de se soustraire au droit commun.
[139] Sur la carte d’Égypte.
—Vous me convertissez, Monsieur; et je veux lire votre livre hébreu; mais vous sentez bien que le corps de l’Académie ne peut pas en recevoir une dédicace officielle.—Aussi je ne le présente pas au corps; Dieu me garde des corporations! c’est à chaque individu, à chacun de mes confrères que je l’offre: un à un, les hommes sont indulgens: réunis en masse, c’est un tourbillon d’intérêts, de passions, de vanités sous l’influence des plus entêtés.