[94] Bison, bœuf sauvage.
—Les anciens Grecs avaient quelque chose d'analogue,—dit le docteur Wilhem;—ils se servaient, pour signaux, de torches que des hommes tenaient allumées sur les remparts. Quand les vedettes voulaient signaler l'approche d'un ennemi, elles agitaient les torches; elles restaient immobiles lorsque, au contraire, c'était un secours qui leur arrivait. Par les différentes combinaisons de ces feux, on faisait même connaître la nature du danger et le nombre des ennemis…; les Arabes avaient aussi leurs althalayahs; ils donnaient ce nom à de petites tours élevées sur des éminences, et d'où leurs éclaireurs avertissaient des mouvements de l'ennemi au moyen de signaux répétés de porte en porte. Au moyen-âge, dans les villes que la guerre menaçait constamment, un enfant était tenu à poste fixe, et en guise de sentinelle, dans le clocher de l'église; il était chargé d'observer ce qui se passait au loin, et d'annoncer l'approche des ennemis.
Colonel Boon,—observa le capitaine Bonvouloir,—nous rencontrerons, très probablement, des brisants dans le cours de cette expédition; nous avons, heureusement, une main expérimentée au gouvernail… ne craignez-vous rien pour le Natchez?… voyez comme ils gesticulent tous trois…; assurément, ils vont se battre…
—Soyez sans inquiétude,—dit Boon;—les sauvages, lorsqu'ils confèrent entre eux, en usent toujours ainsi; du reste, il est peu probable qu'ils aient des intentions hostiles; leur sagacité leur eût conseillé de se cacher dans les broussailles.
—C'est logique.
La conférence terminée, les pionniers se remirent en marche et franchirent lestement une multitude de collines (car les chevaux étaient encore dans l'ardeur d'une première journée de voyage) et firent halte sur les bords d'une petite rivière, tributaire du Missoury. Daniel Boon donna toutes les instructions nécessaires pour un campement de nuit: les chevaux, débarrassés de leurs fardeaux, se roulaient sur l'herbe ou paissaient en liberté95; le camp présenta bientôt le spectacle d'un laisser-aller mêlé d'activité qui caractérise une halte dans un pays abondant en gibier.
[95] Lorsque les Sarmates devaient faire de longs voyages, dit Pline, ils y préparaient leurs chevaux par une diète de vingt-quatre heures, pendant laquelle ils ne leur donnaient qu'un peu d'eau à boire (potum exiguum impertientes); ils leur faisaient ensuite faire cent cinquante milles sans s'arrêter.