(L'Avare, acte I, sc. 5.)

Et dans Don Juan: «Je ne feindrai point de vous dire que l'offense que nous cherchons à venger est une sœur séduite et enlevée d'un couvent.»

(Act. III, sc. 4.)

Feindre exprimait moins que craindre et plus qu'hésiter; notre langue s'est appauvrie de cette délicatesse, mais le peuple l'a retenue. Un feignant est un homme qui ne craint pas le travail au point d'avouer sa paresse et d'oser le refuser; il l'accepte, mais il fait peu et de mauvaise besogne: il hésite, il tourne, il feint de travailler.

Les beaux parleurs se moquent de la prononciation du peuple, persuadés qu'en disant un feignant il veut dire un fainéant. Un fainéant ne fait rien; un feignant fait quelque chose. Qui des deux est le ridicule, celui qui est raillé sans raison, ou celui qui le raille sans comprendre ce qu'il raille?

Avec faindre et faignant, nous avons perdu leur substantif faintise:

Chascuns d'eux a sa lance prise:
Proaice anemie a faintise
Les a fait tost esperonner.
(Coucy, v. 1415.)
Chascuns a sa lanche reprise
Apertement et sans faintise.
(Ibid., v. 1683.)

Faintise a été mal remplacé par fainéantise. Encore une fois, la fainéantise s'abstient de tout travail; la faintise feint de travailler.

On disait aussi, avec la forme réfléchie, se faindre. Un homme donne son anneau à un ermite: Présentez-le à ma femme; dites-lui, de ma part, qu'elle vous traite comme elle ferait moi-même, et qu'elle ne s'y épargne pas:

Que de vous face en bone foi
Autant comme el feroit de moi,
Si qu'ele mie ne se faigne.
(Du Provost d'Aquilée.)

FESTIVAL.—HOW DO YOU DO?

Ce mot, qui nous revient d'Angleterre, a commencé par être français. Saint Bernard s'en servait:

«E soit chanté par tote tes rues li festivals Alleluya.»

(Sermons, p. 532.)

Et le traducteur du livre des Rois:

«Achab fist remuer jusques al temple un almarie98 ki esteit al porche, u l'um metteit les oblatiuns, nummeement ke li reis soleient faire as sabatz e jurs festivals

(Rois, p. 400.)

[98] Remarquez, dans ce mot, la substitution des liquides l et r. Nous avons rétabli l'r étymologique d'armarium (rac. arma); au contraire, de contralier (rac. contra alium, subaud. stare), nous avons fait, par substitution de liquide, contrarier:

Grant pechie fait qui contralie
Dame qui est d'amors marrie.
(Partonopeus, v. 6660.)

Ce sont, dit le même auteur, les clergastes (mauvais clercs) qui parlent mal des femmes et contrarient leurs servantes:

Ce sont clergastes qui en mesdient,
Qui lor meschines contralient.
Ils sont vilains et eles foles.
(Ibid., v. 5489.)

«Achab fit reporter jusque dans le temple une armoire qui était sous le porche, où l'on mettait les offrandes, nommément celles que les rois avaient coutume de faire aux sabbats et jours de fête.»

Festival s'est embarqué, et a passé la Manche avec Guillaume le Conquérant; bien d'autres en ont fait de même: les Anglais ne sont riches que de nos dépouilles; si l'on se mettait à cribler leur langue et à reprendre ce qui nous appartient, il ne leur resterait pas même de quoi se dire: Bonjour, comment vous portez-vous? Leur fameuse formule how do you do est volée à la France. On disait, au XIIe siècle, Comment le faites-vous? C'était le salut de politesse quand on se rencontrait.

La belle et sage châtelaine de Fayel, accueillant pour la première fois le châtelain de Coucy en présence de sa dame de compagnie Ysabelle: Comment allez-vous? lui dit-elle; comment passez-vous le temps?

Lors li dist la dame: Comment
Le faites vous, biau très doux sire?
—Certes, dame, n'ai duel ne ire,
Jour ne heure, que ne vous voie.
(Coucy, v. 3490.)

«Certes, madame, je n'ai deuil ni chagrin, chaque jour, à toute heure, que du désir de vous voir.»

Une autre fois, Coucy rencontre Ysabelle, à qui il a tant d'obligation, avec Gobert, le confident de Fayel, mais qui trahit son maître pour Coucy, car Ysabelle et Gobert sont amants. Le châtelain court à eux; il embrasse familièrement la bonne Ysabelle,

Et dist: Chiere amie, comment
Le faites vous? nel' celez pas.
(Coucy, v. 5710.)

La belle Euriaut reçoit un messager de Gérard, et s'informe de lui avec sollicitude:

Comment Gerars li biaus le fait.
(La Violette, p. 40.)

Cette expression était encore en vigueur à la fin du XVe siècle:

—«Adonc le duc Richart vint à luy, et luy demanda comme il le faisait, et de quoy li servait léans.»

(Chroniq. de Norm., imp. à Rouen en 1487.)

Voltaire, qui a tant raillé le Comment vous faites-vous faire des Anglais, ne soupçonnait pas qu'il se moquait d'une vieille formule française. Les Anglais n'ont eu que la peine de la revêtir de mots saxons, sans autrement la déguiser. Ainsi un gallicisme et un germanisme, cela fait un anglicisme.