Voici d'autres exemples (on en citerait par centaines):
Lisez: ce senefie… Montjoie écrie, c'est l'enseigne (la devise) Carlon (de Charles).
Ainsi notre œil déçoit notre oreille, qui, à son tour, abuse notre jugement. Nous sommes trompés à la fois et par ce que nous voyons et par ce que nous ne voyons pas. Il faut avouer que dans cette condition il est malaisé d'éviter l'erreur.
Voilà pour le présent de l'indicatif.
La consonne euphonique se retrouve attachée aux troisièmes personnes du singulier du prétérit et du futur; au participe passé passif en é, en i, en u.
Le Livre des Rois, manuscrit du XIIe siècle, peut-être du XIe, emploie le t ou le d, qui n'est qu'un t adouci.
—«E del livre parlad que li evesches oud truved e lut devant le rei.»
—«La liepre Naaman purprendrat et aherderat a tei.»
«La lèpre de Naaman prendra et s'attachera à toi.»
—«E li Enfes crut e esforcad. A un jor, li Emfes alad a sun peire en champz… si Amaladid, si s'en plainst.»
—«Mais la mere prist l'enfant, si l' culchad sur le lit al prophete, e l'us puis fermad, si s'en turnad.»
—«Pecchiet ai a lui sol.» (P. 548.) «J'ai péché à lui seul.»
—«Il aveit oid dire que il out ested malades.»
—«Si cume li rei le sout e veud les out, parlad al prophete.
—«Mais por ceu ke tu ne pensasses ke ceu fust avenuit (advenu) par aventure.» (Saint Bernard, 552.)
Les substantifs aujourd'hui terminés en té recevaient tous le t euphonique. Il suffit d'ouvrir un manuscrit d'une date un peu reculée, pour en trouver des exemples à foison. Le livre des Rois, celui de Job, les sermons de saint Bernard, n'offrent pas un seul de ces substantifs désarmé de sa consonne finale.
—«Li fruiz la nativiteit de Nostre Seignor… S. Johan buit lo boyvre de salveteit…»
—«Li pecchiez d'enfermeteit et de non sachance… la volenteit et l'oyvre de salveteit…»
—«Cil ki a l'umaniteit ajosteit le nom de Deu.»
Fallot avait déjà signalé ce t final comme la marque d'une haute antiquité dans le manuscrit, mais il n'en avait pas reconnu l'usage régulier ni l'origine. Il ne le constate qu'aux substantifs en té, et ne le remarque pas à la fin des substantifs et participes en u, comme escut, vertut, pendut, où il joue le même rôle.
On attribuait le d ou t euphonique à des mots qui n'y avaient pas droit étymologiquement, à des monosyllabes essentiels, qui eussent disparu dans l'élision ou qui eussent produit des hiatus désagréables; par exemple, o (avec), à, marque du datif, etc.
«Les écus brillent émaillés d'or.»
«Il lui brise le bouclier orné de fleurs et d'or.
«Qu'est à flours.»—L'i s'élide dans cet exemple.
La prononciation introduisait un v euphonique au sein de beaucoup de mots où l'écriture ne le marquait pas; par exemple, devant la terminaison oir précédée d'une voyelle; devant eu (eü) du participe passé passif, etc. Son rôle était de prévenir un hiatus, ou de rappeler la consonne figurative du radical.
Le v dans pleuvoir est purement euphonique. Il n'y en avait pas dans le latin pluere, ni dans pluendo:—Aqua quæ pluendo crevisset, de Cicéron, se lisait sans doute: quæ pluVendo crevisset. La chose est d'autant plus vraisemblable qu'on trouve pluvi, pluverat dans Plaute et dans Lucile. Fuvit pour fuit, avec la première longue, est dans Ennius:
Nonius cite de Lucile luvi, prétérit de luo.
Cela suffit pour montrer que les Latins ont employé comme nous le v intercalaire, suivant ce que leur demandait l'oreille. Je ne le trouve pas dans pluit, et il se montre dans pluVia; nous, au contraire, nous le mettons dans pleuVoir et le supprimons dans pluie.
De pleuvoir, le diminutif plouiner, plouViner:
«Vers l'heure de tierce, il commença de tomber une petite pluie.»
Pouvoir, de posse, n'a aucun droit au v. On l'écrivait pooir:
Lisez: elle ne pouvoit sommeiller.
Gardez-vous bien de confondre ce pueent avec la troisième personne du verbe puer. Lisez: ne peuvent cil (les morts) estre rendus.
De recipere, recevoir, et au participe receu en trois syllabes. Je suis persuadé qu'on prononçait recevu, de même que, trouvant écrit receoir, ou ne manquait pas de lire receVoir.
Pourquoi le v d'avoir, qui représente le b d'habere, disparaît-il au participe eu? et pourquoi ce participe est-il monosyllabe quand l'infinitif est de deux syllabes? Originairement cette irrégularité n'existait pas, car on prononçait évu. Il se rencontre même écrit ainsi, par un accident dont on ne peut trop se féliciter:
Bénissons ces fautes de copistes, qui, nous restituant la vraie prononciation, nous mettent sur la voie de l'ancien usage, et sans lesquelles on pourrait taxer de chimériques les propositions les plus vraies, mais destituées de preuves.
On dut prononcer de même tous les participes en eu; apercevu, concevu, etc., qui ainsi redeviennent réguliers. Avoir faisait évu, comme tenir fait tenu; courir, couru; vouloir, voulu.
Le mot avoi, allons (à voie), d'où les Anglais ont fait away, est écrit partout dans la chanson de Roland AOI. On suppléait le v30.