466,

27, Fuit.—Pour avoir écrit leurs mémoires.

31, Propensions.—Il n’est pas étrange, il n’est pas extraordinaire que nous ayons des qualités, des penchants, etc.

36, Consente.—Qui s’accordait, qui était en harmonie avec...

37, Gras.—Add. des éd. ant.: Estant douez d’vne extreme beauté, ils s’y aidoient vn peu, sans y penser, par mignardise.

37, Cæsar.—Plutarque, César, I, à la fin.—On a dit la même chose de Pompée. Sénèque, Contr., III, 19; Plutarque, De l’Utilité à retirer de ses ennemis, 6.

39, Rincer.—Froncer, rider; du latin ringi, grogner en montrant les dents, en parlant des chiens enragés.

42, Salutations.—Var. de 1588: Bonnetades.

468,

2, Gloire.—Par orgueil.

9, Constantius.—L’empereur Constance II, fils de Constantin; Ammien Marcellin, XXI, 14, se borne à parler de sa prestance et de sa dignité hautaine; le surplus semble une amplification de Montaigne.

15, Moy.—Les gestes et le port du corps, dont il a parlé plus haut.

17, Vice.—A une vaine et sotte fierté, ainsi qu’il est dit également au commencement de ce paragraphe.

32, Maistrise.—La possession.

470,

4, Effect.—Lorsque je me propose de faire telle ou telle chose, je n’ai point d’avance la notion exacte des moyens dont je pourrai user pour réussir, et je n’en suis instruit que par le résultat.

7, Desseigne.—Je les détermine, j’en forme le dessein.

30, Escriture.—L’Ecclésiaste dit: «Ce désir infini de savoir qui est né avec nous, a été donné par Dieu à l’homme, comme une démangeaison et une lèpre, pour le tourmenter sans aucun fruit.»—Les légendes d’Ève chez les chrétiens, de Pandore chez les anciens, sont la personnification des méfaits de la curiosité.

37, Prix.—Je me regarde comme étant de la classe commune et ordinaire des hommes, et m’en contente; les défauts les plus communs, les plus répandus dans les basses classes, je les ai et ne les désavoue ni ne m’en excuse; la seule chose que j’apprécie en moi, c’est que je sais ce que je vaux.

472,

5, Foiblesse.—Les éd. ant. aj.: Ie me connoy tant, que s’il estoit party de moy chose qui me pleut, ie le deuroy sans doubte à la fortune.

7, Ouurer.—A l’employer, à la mettre en œuvre.

11, Poësie.—Il est sûr que c’est l’espèce d’ouvrage qui souffre le moins la médiocrité, et c’est bien de la poésie et des poètes qu’on peut dire: «Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas degré.»  Naigeon.

18, Est.—Ce mot manque dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

19, Peuples.—Des peuples tels que ceux dont il va être parlé, qui, malgré sa puissance, marquèrent si vivement le mépris qu’ils éprouvaient pour la mauvaise poésie de Denys.

29, Olympiques.—Ces jeux se célébraient tous les quatre ans à Olympie. Pendant leur durée les hostilités étaient suspendues; les femmes n’y pouvaient assister; seuls les Grecs (y compris ceux de leurs colonies) pouvaient y prendre part. Ils comprenaient des courses de chars et de chevaux;—des courses à pied;—la lutte, où les adversaires étaient absolument nus et oints d’huile;—le pugilat, où ils avaient la tête protégée par une calotte d’airain et usaient de gantelets en lanière de cuir; cet exercice, toujours sanglant, était souvent mortel et ceux qui s’y livraient mouraient presque tous avant l’âge; le pancrace, comprenant la lutte et le pugilat; mais les poings étaient nus, il était interdit de mordre et le combat se prolongeait jusqu’à ce que l’un des adversaires se déclarât vaincu, aussi y avait-il souvent mort d’homme;—le panthèle, se composant, comme l’indique son nom, de cinq épreuves: la lutte, le saut, la course, le jet du disque et celui du javelot; les enfants y prenaient part dans un concours particulier.—Ils comportaient aussi des concours de poésie.—Les vainqueurs étaient particulièrement honorés; les poètes, les sculpteurs ont maintes fois célébré leurs hauts faits; Chylon, un des sept sages, mourut de bonheur en embrassant son fils victorieux.

De nos jours on a cherché à faire revivre en Grèce, quelque peu modifiés en raison des temps, ces jeux auxquels ce nom a été maintenu, bien qu’ils aient lieu à Athènes. En 1906, les résultats des principaux exercices ont été les suivants: Course, dite de Marathon, exécutée sur le parcours suivi par ce guerrier qui, après la bataille de ce nom (490), vint en toute hâte à Athènes annoncer la victoire et, sa mission remplie, tomba mort d’épuisement aux pieds des magistrats: la distance à franchir, 42 kil., l’a été en 2h 51 min.: il est à observer que la route est dure et en mauvais état; même parcours (aller et retour) sur vélocipède en 2h 41; saut en hauteur avec élan, 1m,77; sans élan, 1m,56; lancement du disque, 35m,17.

30, Faillit.—Manqua, ne put aborder.

33, Poëme.—Diodore de Sicile, XIV, 104.

43, Leneïens.—Diodore de Sicile, XV, 74.—La tragédie dont il est ici question, présentée par Denys aux fêtes Lenéennes (fêtes qui avaient lieu à Athènes en l’honneur de Bacchus, et se célébraient par des concours dramatiques), a nom «la Rançon d’Hector».

474,

1, Conceut.—V. N. I, 28: Tyran.

19, Estage.—Les éd. ant. portent: Et en mon imagination mesmes, ie ne conçoy pas les choses en leur plus grande perfection, au lieu de: «Et cette... estage».

25, D’y aspirer.—Var. des éd. ant.: de me le representer.

27, Quelqu’vn.—Ce quelqu’un, c’est Xénocrate.  Plutarque, Préceptes du mariage, 26.

30, Gratiis.—«L’amitié même a besoin d’elles», a dit Moncrif. Dans une épître à Fontenelle, le cardinal de Bernis écrit:

«Les Grâces seules embellissent
Nos esprits, ainsi que nos corps;
Et nos talents sont des ressorts
Que leurs mains légères polissent.»

36, Moy.—C’est pour me conformer à moi-même, être fidèle à mon caractère.

476,

1, Rabirius.—Orateurs qui, au dire de Cicéron, Acad., I, 2, dissertaient sur toutes choses, sans art, en style vulgaire et sans jamais conclure; ils appartenaient à la secte des Épicuriens, lesquels méprisaient la rhétorique et la dialectique.

11, Les raisons.—Les éd. ant. font précéder ces mots de ceux-ci: Ce que i’ay à dire, ie le dis tousiours de toute ma force.

13, Commune.—De sujets communs, de choses vulgaires.

15, Exorde.—Cicéron, De Universo, 2.—L’exorde est la première partie d’un ouvrage.

20, Profonder.—Approfondir.

26, Iamais.—Cela est particulièrement vrai pour Platon, qui est souvent bien vide de choses et dont le plus grand mérite consiste dans le style et l’élocution.  Naigeon.

30, Affection.—Var. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: l’affectation; version qui a été introduite dans la traduction.

34, Platon.—République, X.

40, Seneque.—Montaigne n’a ni les saillies de Sénèque, ni en général son style et sa manière; il est plus dense, plus serré, plus nerveux; il ne revient pas aussi souvent que Sénèque sur les mêmes pensées et ne cherche pas autant que lui à faire de l’esprit; comme lui, son style est heurté, inégal, mais la manière et la tournure d’esprit diffèrent notablement.  Naigeon.

41, Taire.—L’ex. de Bord. porte: faire; variante adoptée dans la traduction.

478,

6, Tacitus.—De Oratoribus, à la fin.

10, Creu.—«Ce n’est pas le langage de Montaigne, c’est son imagination qu’il faut regretter.» Voltaire.—Nonobstant, ce langage a bien son mérite, eu égard à l’état de la langue française à l’époque où il écrivait.

16, Angoulemoisin.—Ou mieux, comme porte l’ex. de Bordeaux: Angoumoisin, patois de l’Angoumois et non d’Angoulême.

18, Gascon.—Les éd. ant. aj.: pur et desirerois le sauoir.

25, Maistre Iean.—Est ici synonyme de savant. Cette qualification de «maistre», en dehors de son sens ironique (V. N. I, 112: Maistre Iehan), était aussi donnée aux lettrés et à ceux qui excellaient dans un art quelconque; elle est devenue courante à notre époque, particulièrement à l’égard des gens du barreau et de bien d’autres encore; quoique fréquemment employée abusivement, elle est de celles qui flattent le plus ceux auxquels elle s’adresse, et bien rares sont ceux qui s’en offusquent.

480,

16, Beauté.—C’est bien plutôt la force, la finesse, la ruse, en un mot ce droit

«... qu’un esprit, vaste et ferme en ses desseins,
A sur l’esprit grossier des vulgaires humains»,

qui ont donné aux uns le pouvoir sur les autres. Les avantages corporels ont contribué sans doute à établir, ou du moins à préparer cette supériorité; mais la vraie source de ce pouvoir, et ce qui a servi à le conserver chez ceux qui en jouissaient, n’est autre que l’inégalité des facultés intellectuelles. La force physique asservit un individu à un autre individu, mais elle ne lui soumet pas une multitude; s’il est plus fort que tel ou tel homme, il est plus faible que trois, que quatre, que dix; mais un degré supérieur d’intelligence suffit pour fonder cette prééminence d’un individu sur tout un peuple. Lucrèce n’a pas manqué de joindre sur ce point à la force physique la supériorité de l’esprit, et s’il assigne également une grande influence à la beauté, c’est lorsqu’elle se trouve réunie à la force corporelle et au génie. Naigeon.

23, Presence.—Prestance.

25, Haulteur.—Végèce, I, 5.

28, Doigt.—L’Église fait de même pour ses prêtres, et, indépendamment des autres conditions à remplir, n’accepte pas, pour ces fonctions, ceux de taille trop au-dessous de la moyenne, ou affectés de défauts physiques qui prêteraient à la raillerie.

30, Militaire.—S’il n’a pas cette taille commune, déjà assez faible, que le Courtisan exige pour son gentilhomme, et s’il était au-dessous, je n’en voudrais pas comme soldat.

31, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 7.

34, Procerité.—Haute taille; mot forgé, par Montaigne, du latin proceritas, grandeur.

34, Personnes.—Aristote, Politique, IV, 4, le dit des Éthiopiens; en ce qui concerne les Indiens, c’est Strabon qui rapporte que certains d’entre eux choisissaient pour roi le plus beau d’entre les concurrents.

482,

2, Hominum.—La question de la beauté de Jésus-Christ a été souvent débattue. Montaigne donne ici la prophétie de David dix siècles avant sa venue: «Il est le plus beau des hommes»; d’autre part, deux siècles après, le prophète Isaïe disait: «Nous l’avons vu, il n’avait ni éclat, ni beauté»; on concilie ces deux témoignages opposés en objectant qu’Isaïe le représente au moment de la Passion, quand il est abreuvé d’outrages et en proie à la souffrance. Ce qui est, c’est qu’aucune constatation pouvant être tenue pour authentique, n’existe. Ceux qui en tiennent pour l’opinion de David font surtout valoir que du fait même de sa divinité, il ne pouvait en être autrement; les autres, que s’il en eût été ainsi, cela eût été immanquablement consigné dans les documents de l’époque ayant trait à lui et notamment dans les évangiles; ce qui porte à adopter une opinion moyenne et à dire qu’il est probable qu’au point de vue physique, rien en lui n’attirait particulièrement les regards, mais que la sublimité de sa vie a fait croire à la beauté de ses traits.

2, Platon.—République, VII.

7, Philopœmen.—L’éd. de 80 porte: Phocion (ie puis aisement me mesconter aux noms, mais non pas à la substance).—Le fait est tiré de Plutarque, Philopœmen, 1. Philopœmen était le généralissime de la Ligue achéenne (ligue qui subsista de 281 à 146), constituée par les principales villes du Péloponnèse (Grèce), pour sauvegarder leur indépendance et dont pendant longtemps il fit triompher les efforts; il mourut les armes à la main; on l’a surnommé le dernier des Grecs. A des talents militaires sérieux, il joignait toutes les vertus civiques.

11, Philopœmen.—Var. de l’éd. de 80: Phocion.

28, Maladies.—Les éd. ant. à 88 portent: quoyque ie m’en sois serui assez licentieusement, au lieu de: «rarement... maladies».

31, Vns.—Ce qui donne à penser que ceci a été écrit un peu après 1573, «pieça» n’existant pas dans les premières éditions.

37, Euntes.—C’est ce qui fait que les contemporains s’étonnent souvent de ne pas reconnaître certains personnages dans les statues qu’on leur élève après leur mort; c’est qu’avec juste raison le sculpteur fait choix le plus souvent, pour les représenter, de l’époque où, dans la plénitude de leurs moyens, ils ont accompli ce à quoi ils doivent de se survivre. Si notre image doit passer à la postérité, n’est-il pas juste que ce soit tel que nous étions «avant d’avoir subi du temps l’irréparable outrage»? C’est ce qui conduisit la reine Victoria d’Angleterre, alors octogénaire, à faire faire, dit-on, sa statue la représentant à vingt ans, dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté, qui aurait été déposée, à l’insu de tous, dans une chapelle close et à demi enfouie sous les ronces d’une de ses demeures seigneuriales, et découverte par hasard quelques années après sa mort, avec cette mention «qu’elle l’avait fait faire afin que l’on sût qu’elle avait été jolie femme et épouse aimée».

484,

6, Gourdes.—Pesantes, maladroites; du latin gurdus qui, en langage trivial, signifiait sot, stupide; de gourd, vient engourdir.

8, Clerc.—A part cela, en dépit de ces défectuosités qui n’entachent pas le fond, j’en sais autant qu’un autre.—Clerc est à prendre ici dans le sens de savant, capable, comme dans la fable de La Fontaine «les Animaux malades de la peste»:

«Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal.»

10, Plume.—Avant que l’usage des enveloppes de lettres se fût généralisé, on pliait celles-ci pour les fermer; et avant l’invention des plumes métalliques qui ne remonte guère qu’à quatre-vingts ans, on écrivait avec des plumes d’oie, que chacun taillait pour s’en servir.

12, Oyseau.—Dans la chasse au faucon, et aussi avec d’autres oiseaux y employés, chasse qui ne se pratique plus guère aujourd’hui, l’oiseau prêt à être lancé, était encapuchonné et porté sur le poing, jusqu’au moment où on le lâchait sur le gibier.

24, Aurum.—Les flots du Tage roulent de l’or en petite quantité.

26, Soing.—Montaigne avait d’abord écrit: Ie ne treuue rien si cherement acheté que ce qui me couste du souing; addition portée sur l’ex. de Bord. et qui finalement a été rayée.

36, Inquietude.—La parenthèse et ce qu’elle renferme ne figurent pas sur le manuscrit de Bordeaux qui porte: et en vn tel degré de sens que i’ay senti en auoir occasion; addition dont il a été tenu compte dans la traduction.

38, Austris.—Les vents étaient fils du Ciel et de la Terre. Ils avaient pour roi Eole, qui les tenait enfermés dans les cavernes des îles Eoliennes (auj. Lipari, au N. de la Sicile), d’où il les déchaînait sur la terre et les mers; les principaux étaient: Eurus, le vent d’orient; Notus et Auster, les vents du midi; Borée et Aquilon, les vents du nord; Zéphyr, celui d’occident. Myth.

41, Contenter.—Je n’ai eu besoin que de la suffisance de me contenter de ce que j’avais.—Les éd. ant. commençaient cette phrase ainsi: Estant né tel, qu’il ne m’a fallu mettre en queste d’autres commoditez...

486,

18, Mises.—De mes dépenses.

21, Furibus.—Montaigne détourne ici les paroles d’Horace de leur vrai sens, pour les adapter à sa pensée.

488,

10, Rabillage.—Par l’incertitude de les prévenir ou de les atténuer.

23, Gaudisseur.—Railleur. Gaudir, c’est se moquer par jeu et en riant.  Nicot.

490,

16, Passé.—Les auteurs anciens qu’il affectionnait.

24, Sont.—Dans une édition des Essais (Lefebvre, Lyon, 1595), on a supprimé, comme injurieux pour la nation, ce passage qui relate un propos que certains ont attribué au chancelier Michel de l’Hôpital. Tite-Live ne nous avait pas beaucoup plus ménagés, dans ce passage que Rabelais, dans Gargantua, traduit de la sorte: «Telle est la nature et la complexion des Français, qu’ils ne valent qu’à la première pointe: lors, ils sont pires que des diables; mais s’ils séjournent, ils sont moins que femmes.»

492,

8, Vtiles.—C.-à-d. un prince ne peut faire ses affaires (réussir) qu’en se conciliant la bonne volonté (l’affection de son peuple); et nulles autres qualités (plus que celles qui viennent d’être indiquées) ne peuvent lui gagner cette affection, lui être plus utiles.

16, Plier.—L’ex. de Bord. porte tordre, qui est bien plus expressif.

26, Humain.—Les éd. ant. portent: tel qu’il est, car il n’y a rien qui ne soit digne d’estre veu, au lieu de: «Tout y... humain».

26, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 8.

29, Apollonius.—Sentence rapportée par Philostrate.

32, Sert.—Parce que cela lui sert, lui est utile.

38, Sottise.—«Il y a des vérités qu’il faut laisser au fond de leur puits.»—«Les injures sont souvent des vérités sans voile.»—«La vérité est utile à qui l’entend, nuisible à qui la dit.»  Térence, Andrienne.

494,

6, Princes.—Louis XI, Charles VIII.

8, Macedonicus.—Aurelius Victor, De Viris ill., 66.—Nombre d’éditions postérieures à 1595 ajoutent ici: et publier. Cette variante, étant dans le sens de la phrase, a été adoptée dans la traduction, bien que ne se trouvant ni dans les éd. antérieures, ni dans l’ex. de Bordeaux.

9, Regner.—Maxime favorite de Louis XI.

20, Chose.—Donneraient un conseil de quelque utilité.

33, Enfance.—En 1537; Montaigne avait quatre ans.

496,

2, Dissimulé.—Cette phrase est à lier avec le membre de phrase qui termine l’avant-dernier alinéa: «Qui est desloyal enuers la verité, l’est aussi enuers le mensonge»; il en était ainsi dans les éd. ant. où l’alinéa intermédiaire n’existe pas.

17, Aristippus.—Diogène Laerce, II, 68.

21, Tout.—Montaigne s’est déjà plaint de la faiblesse de sa mémoire, liv. I, ch. IX (I, 58).

24, Tablettes.—Je ne saurais me charger de quelque commission, sans en prendre note.

498,

32, Maison.—V. III, 156 et Notice sur les Illustrations, pl. III, vol. IV, fasc. A.

500,

7, Memoire.—Pline, Nat. Hist., VII, 24, dit que Messala Corvinus oublia jusqu’à son nom.

8, Trapezonce.—Mourut dans une extrême vieillesse, ayant oublié tout ce qu’il savait.

13, Perfluo.—Les éd. ant. et l’ex. de Bord. portent effluo.

16, Ciceron.—«Je n’ai jamais ouï dire, écrit Cicéron, dans son Traité sur la vieillesse, 7, qu’un vieillard ait oublié l’endroit où il avait caché son trésor; il se souvient à merveille de tout ce qui l’intéresse, et sait fort bien ce qu’il a affermé ses terres, quels sont ses créanciers et surtout ses débiteurs.»

26, Dire.—Mlle de Gournay s’est livrée à ce travail qui porte sur près de douze cents citations, et, sauf une cinquantaine, les a, à peu près, toutes retrouvées, tâche difficile, l’auteur en ayant mêlé parfois deux ou trois ensemble et parfois aussi les ayant altérées soit dans la forme, soit dans le sens.

502,

10, Occupation.—Allusion à une anecdote que rapporte Pline le Jeune, V, 3, pour montrer combien son oncle, Pline l’Ancien, était ménager de son temps, ayant été jusqu’à s’impatienter de ce qu’un de ses amis assistant avec lui à une lecture, avait interrompu pour faire répéter une phrase mal lue, mais cependant encore intelligible.

28, Get.—Ou mieux ject, du latin jactus. Ni avec des jetons, ni avec la plume. V. N. I, 210: Ietter.

42, Brossailles.—Ceci s’applique à Démocrite, jugeant à Abdère, et non à Athènes, des dispositions de Protagoras pour les sciences, en le voyant arranger artistement des fagots.  Diogène Laerce, IX, 53 et Aulu Gelle, V, 3.

44, Faim.—L’éd. de 80 ajoute: et fay grand doubte, quand i’auroy vn cheual et son équipage, que i’eusse l’entendement de l’accommoder pour m’en seruir.

504,

4, Suiet.—Les éd. ant. ajoutent: qui est moy.

23, Barleduc.—Lors du voyage que la cour de France y fit en 1559, le roi conduisant en Lorraine Claude de France, sa sœur, mariée au duc Charles III.

24, René.—Le père du duc René, le vainqueur de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. C’est ce roi René qui se retira en Provence, ce qui donna lieu au dicton: «Se chauffer à la cheminée du roi René», pour dire: se chauffer au soleil.—On a pensé que l’exhibition de ce portrait avait eu pour objet de donner occasion aux Guise d’entamer un plaidoyer en faveur de leur maison, afin d’obtenir pour l’un des leurs l’investiture qui leur fut octroyée du duché de Bar, lequel duché était distinct de la principauté du même nom qu’ils détenaient déjà et qui à la mort du dit roi René avait fait retour à la couronne de France; du reste François II était inféodé aux Guise dont il avait épousé la nièce, Marie Stuart.

27, Creon.—Crayon; beaucoup de personnes encore prononcent créon, d’après l’orthographe ancienne.

35, Chrysippus.—Diogène Laerce, VII.

42, Vent.—Expression proverbiale fondée sur ce que font parfois ceux qui, ne sachant où porter leurs pas, jettent une plume en l’air et vont du côté vers lequel l’emporte le vent; ici, elle veut dire, comme Montaigne l’explique lui-même, s’abandonner à la merci de la fortune.

506,

5, Dets.—Rabelais a aussi imaginé un procès ainsi jugé avec des dés.

9, Matthiam.—Lors de l’élection par les Apôtres, pour se compléter à douze, d’un des disciples du Christ, en remplacement de Judas qui s’était donné la mort après l’avoir trahi et livré.—Le nom de Mathias ne figure pas néanmoins parmi ceux des autres apôtres dont, à certain moment de la messe, il est fait mention; tandis que celui de S. Paul, quoiqu’il n’ait pas compté au nombre des apôtres proprement dits, s’y trouve accolé à celui de S. Pierre. Cette anomalie tient précisément à ce que Mathias n’a pas été choisi comme apôtre par Jésus-Christ en personne et que S. Paul a été appelé à lui, sur le chemin de Damas, par Notre-Seigneur lui-même; et il a été qualifié l’apôtre des Gentils, parce que ses prédications ont eu principalement pour objet la conversion des Gentils ou païens, plus que celle des Hébreux.

11, Baston.—Voyez combien de bouts a ce bâton; c’est-à-dire de combien de façons chaque chose peut être présentée.

26, Machiauel.—Son principal écrit est «le Prince», ouvrage où il enseigne aux tyrans le moyen de réussir, même au mépris de la justice et de l’humanité, et où il expose cette détestable politique qui a reçu, de son nom, la qualification de machiavélique. On a aussi de lui le «Discours sur Tite-Live», où il se montre grand penseur et où l’on retrouve des doctrines non moins perverses; enfin, des comédies licencieuses. Quelque opinion que l’on ait de sa moralité, on ne peut contester qu’il ne soit un grand écrivain.

508,

5, Remuement.—Cette assertion étrange, qui étonne de la part de Montaigne, quelque satisfait qu’il pût être de son propre sort et si assoiffé qu’il fût de tranquillité, ne s’explique que par la lassitude résultant de l’état de troubles et de guerres civiles continues, durant lequel tout allait de mal en pis, qui en son siècle a désolé la France.

23, Monde.

«Sans songer comment va la flotte
Qui vogue avec moi sur les eaux,
Je laisse la crainte au pilote,
Et la manœuvre aux matelots.» Gresset.

26, Celeste.—Ne dirait-on pas ceci écrit de nos jours quand on voit combien le peuple, sans distinction aucune, pas plus sous le rapport de l’intelligence que sous celui des moyens d’existence, et les plus fortunés, à cet égard, plus encore peut-être que ceux qui le sont moins, se désintéressent absolument des actes de leurs mandataires.—C’est ainsi qu’on en est arrivé à voir ces atteintes légales ou illégales journellement portées à la liberté religieuse, à la liberté politique, à la liberté du travail, à la liberté individuelle, à toutes les libertés, et souffrir toutes licences de quiconque a une attache gouvernementale officielle ou officieuse; à être témoin d’un gaspillage des deniers publics tel que ni l’accroissement effrayant de notre dette, ni l’augmentation continue des impôts n’y peuvent suffire; à assister à la délation érigée en système de gouvernement, à l’antimilitarisme progressant sans cesse dans notre armée de terre et de mer dont les chefs sont constamment tenus en suspicion et jamais soutenus; à l’impossibilité d’obtenir justice pour qui n’adhère pas hautement et ne donne de gages aux idées sectaires qui nous dominent; c’est à cela encore que nous devons notre politique étrangère si hésitante et si timorée, ces tendances à accroître les monopoles de l’État si contraires à toutes les lois économiques et que nous devrons l’impôt sur le revenu qui nous assujettira tous au bon plaisir des répartiteurs.—Il faudrait cependant réagir, et pour cela d’abord ne pas s’abandonner comme nous le faisons tous, les partis extrêmes exceptés. Lors des élections, des comités se forment qui provoquent des réunions électorales, donnant à ce moment un coup de collier; mais une fois les élections terminées, plus rien, c’est fini, les comités se dissolvent ou sommeillent, on laisse aller les choses à vau-l’eau; sauf, comme nous venons de le dire, chez les partis avancés, qui, eux, ne perdent pas de vue leur élu, lui envoient des injonctions, l’obligent de temps à autre à venir s’expliquer, rendre compte de son vote. C’est là ce que tous doivent faire; les comités demeurer constitués en permanence, pour secouer l’apathie des électeurs, les convoquer chaque fois que des questions importantes sont à l’ordre du jour, recueillir leur manière de voir, la porter à la connaissance de leur mandataire, de telle sorte qu’il n’en ignore et y puise une force qui lui permette de réagir contre les influences étrangères qui trop souvent déterminent son vote; et, lors des réélections, rejeter impitoyablement tous ceux qui auraient forfait par faiblesse ou autrement aux idées sous l’empire desquelles ils avaient été élus.

Mais surtout il ne faudrait pas aux élections, entre les divers groupes de conservateurs (monarchistes et républicains), de ces divisions intransigeantes qui sont la chance la plus sûre de leurs adversaires communs, lors même que ceux-ci, ce qui est le cas le plus fréquent, ont l’infériorité numérique. Il devrait être de règle absolue qu’au premier tour de scrutin, si l’accord n’a pu se faire, que chacun vote suivant ses préférences; mais qu’au second tour, n’en tenant plus aucun compte, tous, sans exception aucune, votent pour le candidat conservateur qui aurait obtenu le plus de voix au premier tour, tous les autres se désistant en sa faveur; hors de là, pas de salut!

Voilà pour l’avenir; en ce qui touche le présent, alors qu’on voit ceux qui détiennent le pouvoir, manquer au premier de leurs devoirs qui est de s’appliquer à faire régner l’ordre et la paix dans le pays, y semer l’inquiétude, fomenter l’agitation et, se faisant les complices des fauteurs de troubles, le mener à sa ruine, comment s’étonner de voir certains caractères énergiques qui, estimant que les grands maux appellent les grands remèdes, cherchent à stimuler le clan si craintif et si veule des conservateurs de toutes nuances et préconisent le recours à la violence, comme en Russie, mais dans un but diamétralement opposé, contre les criminels qui entretiennent pareil état de choses, provoquant contre eux des actes individuels dont il est malaisé de se défendre parce qu’ils ne peuvent se prévoir et que celui qui a fait le sacrifice de sa vie est maître de celle d’autrui, à l’exclusion de tout acte collectif qui, dirigé contre quiconque dispose de la force et de la légalité, serait en ce temps de télégraphe, de téléphone, d’armes à tir rapide, inévitablement écrasé dès qu’il serait démasqué.

32, Contradiction.—C.-à-d., si on s’aperçoit qu’on manque de jugement, cela seul est au contraire une preuve qu’on en a.

40, Disposition.—De bonne santé, c’est le sens qu’a encore aujourd’hui l’adjectif dispos.

40, Beauté.—Les éd. ant. ajoutent: et de la noblesse; addition qui avec juste raison a disparu, car la différence est grande entre le titre et la chose, elle existe chez beaucoup qui ne sont point qualifiés pour la posséder et inversement, et dans bien des cas le monde est loin de ratifier le jugement qu’à cet égard chacun porte sur soi.

510,

2, Touchons.—Nous sentons, nous apercevons bien facilement si elles surpassent les nôtres.

6, Peine.—Et encore avec beaucoup de peine.

10, Nom.—Les éd. ant. ajoutent: Le plus sot homme du monde pense auoir autant d’entendement que le plus habile.

13, Art.—C.-à-d. on doit s’attendre à fort peu d’encouragements et d’éloges à propos des ouvrages philosophiques et des simples productions de l’entendement que nous pouvons écrire parce que les savants qui les ont dans leur domaine, ne font cas que de l’érudition et de l’art et n’attachent de prix qu’à la science.

22, Sens.—Du jugement.

26, Siennes.—«D’où vient qu’un boiteux ne nous irrite pas et qu’un esprit boiteux nous irrite? C’est qu’un boiteux reconnaît que nous marchons droit et qu’un esprit boiteux dit que c’est nous qui boitons.»  Pascal.

514,

24, Nul.—J’ai soixante-dix ans, j’ai vu et approché beaucoup de monde et je puis en dire autant. Bien rares sont les hommes qui, vus de près, s’élèvent notablement au-dessus de la moyenne des gens que nous tenons comme bien doués; plus rares encore sont ceux qui présentent un ensemble de qualités essentielles dont rien ne trouble l’harmonie. Parmi ces exceptions je n’en ai guère connu que trois: le général Desvaux, le commandant du Vallon, le général Niox.

Le général Desvaux (1810 à 1885), dont j’ai été l’officier d’ordonnance, devenu sous-gouverneur de l’Algérie et commandant de la cavalerie de la Garde impériale en 1870, à Metz, où il fut l’un des rares membres, le seul, dit-on, du Conseil de guerre, convoqué à la dernière heure, qui se soit prononcé contre la capitulation, était un homme chez lequel le jugement, l’instruction, la capacité, le caractère et les qualités du cœur allaient de pair; c’était un excellent administrateur et un chef militaire de premier ordre. A diverses reprises, après nos désastres, le Ministère de la guerre lui fut offert; il s’y refusa, les nécessités de la politique intérieure du moment rendant impossible l’obtention des mesures que son intégrité et son esprit de discipline lui faisaient considérer comme indispensables et sur lesquelles sa conscience ne lui permettait pas de transiger.

Le commandant du Vallon (1837 à 1866), tué au Mexique, étant à 29 ans déjà chef d’escadron et officier de la Légion d’honneur, et qui par sa grande intelligence, son esprit résolu, son ampleur de vue, sa facilité d’élocution, sa carrière si brillamment commencée, était appelé, si la mort ne l’eût arrêté, à de hautes destinées, étant donnés les événements qui ont suivi et dont seul Gambetta a émergé, tant étaient grandes les médiocrités, pourtant si nombreuses, en situation de devenir quelqu’un, qui s’y sont trouvées mêlées.

Le général Niox (né en 1840), l’ami de toute ma vie, devenu commandant de la place de Paris, puis des Invalides et Directeur du Musée de l’armée, qui lui doit son organisation. Remarquable entre tous par son intelligence supérieure, un jugement jamais en défaut, une honnêteté de sentiments à toute épreuve et une grande indulgence naturelle affermie par ses idées philosophiques, il est bien regrettable, au point de vue de l’intérêt commun, qu’une faiblesse de l’ouïe l’ait empêché, comme toutes ses qualités et connaissances l’y appelaient, d’arriver à la direction de notre état militaire qui n’eût jamais été en meilleures mains.

34, Liures.—Les éd. ant. aj.: et de la science.—Cette classe de gens qui, de nos jours, a nom «intellectuels», n’a pas varié dans leurs vaniteuses prétentions qui les poussent parfois hors des bornes de la raison; ils ont de la science, de l’esprit à foison, mais pas toujours du bon sens, appelé si à tort du sens commun.

516,

12, Hierosme.—S. Jérôme; a laissé un grand nombre d’écrits, les uns historiques, les autres polémiques, dans lesquels il combat les hérésies de son temps; son style est pur et éloquent, mais il se laisse entraîner à de vifs emportements; son plus beau titre est sa traduction latine de la Bible, faite sur l’hébreu, connue sous le nom de Vulgate et adoptée comme canonique par le concile de Trente.

14, Institution.—Système d’instruction ou mieux d’éducation.—Se reporter particulièrement à ce sujet au ch. XXIV du liv. I.

22, Elle.—Notre éducation nous a appris.

34, Lecteur.—Lecteur public, professeur.

37, Vie.—Polémon, dans sa jeunesse, s’était livré à la dissipation; la leçon qu’il entendit de Xénocrate parlant sur la tempérance, lui fit concevoir une telle honte de ses excès, qu’il se convertit aussitôt à la philosophie; il devint le disciple le plus zélé de Xénocrate et mérita de lui succéder dans la chaire de l’Académie. Diogène Laerce, Polémon, IV, 16; Valère Maxime, VI, 9, etc.

518,

22, Excellent.—Daurat, de Bèze, etc., sont ici cités pour leurs poésies en latin; Ronsard, du Bellay comme poètes français.

30, Vieillesse.—A la bataille de S.-Denis (1567) où, lors de la deuxième guerre de religion, les catholiques furent vainqueurs, mais perdirent leur chef le connétable de Montmorency, homme d’une austérité qui atteignait à la rudesse.

33, De la Nouë.—Après avoir changé plusieurs fois de parti, fut blessé mortellement, pour le service de Henri IV, au siège de Lamballe (Bretagne); on a de lui des «Discours politiques et militaires», mémoires qui renferment des faits intéressants.

34, Parts.—Partis, factions.

36, I’ay pris.—Cet alinéa, consacré à Mlle de Gournay, n’existe pas dans les éditions antérieures; c’est en effet seulement lorsque Montaigne vint à Paris pour surveiller l’impression de l’édition de 1588, qu’il fit sa connaissance.—Dans l’édition de 1635, qu’elle-même a publiée, ce passage est modifié ainsi qu’il suit: les mots «beaucoup plus que» et les deux membres de phrase ci-après: «Et enueloppée... au monde», «Et entr’autres... cruellement», sont supprimés. Il est à croire qu’ils avaient prêté à de malignes interprétations et que leur suppression dont elle s’excuse en disant: «En ce seul poinct ai-je esté hardie, de retrancher quelque chose d’vn passage qui me regarde», a été une concession qu’elle a faite aux mauvaises langues de son temps, de même que quelques autres coupures dans cette même édition ont été une satisfaction donnée aux scrupules de ceux que choque une certaine liberté d’expressions.—Cicéron avait eu aussi sa Marie de Gournay: une dame romaine nommée Carolli se lia d’intimité avec lui, en tout bien, tout honneur, par amour pour la philosophie; elle avait 70 ans. Marie de Gournay n’en avait que 22.

38, D’alliance.—Marie le Jars, demoiselle de Gournay du nom du lieu où elle habitait (1565 à 1645), née à Paris.—Elle avait dix-huit ans, quand ayant lu les deux premiers livres des Essais, elle se prit pour leur auteur d’une véritable admiration. En 1588, ayant appris la présence de Montaigne à Paris, elle vint l’y voir et le charma si bien par son esprit et son érudition, qu’elle réussit à l’attirer à Gournay, en Picardie, chez sa mère, où il fit plusieurs séjours prolongés. De retour chez lui, il s’empressa d’insérer dans la nouvelle édition en préparation de son ouvrage, celle à laquelle la mort l’empêcha de mettre la dernière main, l’éloge de sa jeune admiratrice, qu’il qualifie sa fille d’alliance.—Mademoiselle de Gournay pleura Montaigne comme un père lorsqu’il mourut cinq ans plus tard; elle et un ami, le poète Pierre de Brach, l’avaient aidé lors de l’impression de sa dernière édition, aussi les désigna-t-il comme exécuteurs d’une réédition à laquelle il travaillait lorsque la mort vint l’atteindre. En vue de cette réédition il avait annoté et retouché un exemplaire de son édition de 1588; fidèle observatrice de ses intentions, sa veuve, pour ne pas se défaire de l’original, chargea Pierre de Brach de la mise au net de ces notes manuscrites, qu’il transcrivit en leur lieu et place sur un autre exemplaire de cette même édition, se bornant à rectifier quelques incorrections, et cette copie, envoyée en 1594 à Mademoiselle de Gournay qui la fit imprimer accompagnée d’une trop longue préface qu’elle-même avait composée, constitua l’édition de 1595. Cette copie est perdue; quant à l’original, longtemps ignoré, il a été retrouvé deux siècles après chez les Feuillants de Bordeaux et se trouve actuellement à la bibliothèque de cette ville.—Ce pieux devoir accompli, Mademoiselle de Gournay, en 1596, se rendit en Guyenne pour faire visite à la veuve et à la fille de son père par alliance, et s’inspirer de la vue des lieux où il avait vécu et où il avait écrit ce livre qu’elle mettait au-dessus de tout; elle n’avait alors que 29 ans; elle en vécut encore cinquante, toujours fidèle au culte de Montaigne, ne publiant pas moins de onze éditions de ses Essais, dont la dernière en 1635, magnifique in-folio qu’elle eut la bonne fortune de pouvoir dédier au cardinal de Richelieu. Elle-même était écrivain, et prit une large part au mouvement littéraire de l’époque; on a d’elle des poésies, quelques écrits dont le plus remarquable est «L’Égalité des hommes et des femmes», et des traductions de morceaux de Virgile, de Tacite et de Salluste.