Avant que les Espagnols eussent conquis ce pays, les indigènes vivaient réunis en communauté avec beaucoup d’ordre[88]. La campagne était extrêmement bien cultivée et nettoyée de mauvaises herbes, en même temps qu’elle était plantée d’arbres productifs. Voici comment ils ordonnaient leurs habitations: au milieu de la localité se trouvaient les temples avec de belles places, et tout autour des temples étaient bâties les maisons des seigneurs et des prêtres, puis des gens les plus distingués par leur rang; de la même manière venaient après ceux-ci les plus riches et les plus estimés, et aux extrémités de la ville étaient les maisons de la basse classe. Les puits, qui étaient peu nombreux, se trouvaient près des maisons des seigneurs; ils avaient leurs héritages plantés d’arbres à vin et semés de coton, de piment et de maïs. Ils vivaient ainsi réunis par crainte de leurs ennemis, qui les faisaient captifs, et ce n’est qu’au temps des guerres avec les Espagnols qu’ils se dispersèrent dans les bois.
Entraînés par leurs coutumes vicieuses ou par les mauvais traitements qu’ils recevaient des Espagnols, les Indiens de Valladolid se conjurèrent contre eux, au temps où ils se partagèrent pour aller recouvrer les tributs: en un seul jour ils tuèrent dix-sept Espagnols et des gens de leur service quatre cents furent mis à mort ou blessés[89]. Cela fait, ils envoyèrent par toute la contrée des bras et des jambes, annonçant ce qu’ils avaient fait, afin d’exciter les autres indigènes à se soulever; mais ceux-ci ne répondirent point à cet appel, et ainsi l’adelantado put porter secours aux Espagnols de Valladolid et châtier les Indiens.
Il eut à lutter également avec ceux de Mérida. Mais ce qui troubla particulièrement son repos, ce fut la cédule de l’empereur qui enlevait les Indiens à tous les gouverneurs. Il vint au Yucatan un commissaire qui ôta à l’adelantado ses Indiens et les mit sous la tutèle royale, après quoi on lui demanda compte de son administration à l’Audience royale de Mexico, qui le renvoya au Conseil royal des Indes en Espagne, où il alla mourir, plein de jours et de travaux, laissant dans le Yucatan sa femme doña Beatrix, plus riche que lui, son fils don Francisco de Montejo, marié dans le pays, et sa fille doña Catalina, mariée au licencié Alonso Maldonado, président des Audiences de Honduras et de Santo-Domingo, dans l’Ile Espagnole, ainsi que don Juan de Montejo, Espagnol, et don Diego, métis qu’il avait eu d’une Indienne.
Quant à don Francico, après qu’il eut remis le gouvernement à l’adelantado, son père, il vécut dans sa maison en simple particulier, au moins quant aux choses de la politique, bien qu’il continuât à être respecté de tous pour avoir conquis, partagé et gouverné cette contrée; il alla toutefois à Guatemala pour rendre compte de son administration, et revint ensuite chez lui. Ses enfants furent don Juan de Montejo, qui épousa doña Isabel, native de Salamanca, doña Beatrix de Montejo, qui se maria avec son oncle, frère cadet de son père, et doña Francisca de Montejo, qui devint l’épouse de don Carlos de Avellano, natif de Guadalaxara. Il mourut à la suite d’une longue maladie, après les avoir vus tous mariés.
Que fray Jacobo de Testera franciscano passo a Yucatan y començo de doctrinar a los hijos de los indios y que los soldados españoles se quisieron servir de los moços tanto que no les quedava tiempo para aprender la doctrina, y que por otra parte disgustaron a los frayles quando los reprehendian de lo que hazian mal contra los indios, y que por esto fray Jacobo se torno a Mexico donde murio, y que despues fray Toribio Motolinia embio desde Guatimala frayles, y que de Mexico fray Martin de Hoja Castro embio mas frayles y que todos tomaron assiento en Campeche y Merida con favor del Adelantado y de su hijo don Francisco. Los quales les edificaron un monesterio en Merida, como esta dicho, y que procuraron saber la lengua, lo qual era muy dificultosa. El que mas supo fue fray Luis de Villalpando que començo a saberla por señas y pedrezuelas y la reduxo a alguna manera de arte y escrivio una doctrina christiana de aquella lengua, aunque avia muchos estorbos de parte de los españoles que eran absolutos señores y querian que se hiziesse todo endereçado a su ganancia y tributos, y de parte de los indios que procuravan estarse en sus idolatrias y borracheras, principalmente era gran trabajo estar los indios tan derramados por los montes.
Que los españoles tomavan pesar de ver que los frayles hiziessen monesterios, y ahuyentavan los hijos de los indios de sus repartimientos para que no viniessen a la doctrina, y quemaron el monesterio de Valladolid dos vezes con su yglesia que era de madera y paja, tanto que fue necessario irse los frayles a vivir entre los indios, y que quando se alçaron los indios de aquella provincia escrivieron al visorey don Antonio que se avian alçado por amor de los frayles, y que el virey hizo diligencia y averiguo que al tiempo que se alçaron, aun no eran llagados los frayles a aquella provincia, y que velavan de noche a los frayles en escandalo de los indios y hazian inquisicion de sus vidas y les quitavan las limosnas.
Que los frayles viendo este peligro embiaron al muy singular juez Cerrato, presidente de Guatymala, un religioso que le diesse cuenta de lo que passava; el qual vista la desorden y mala christiandad de los españoles, porque llevavan los tributos absolutamente quantos podian sin orden del rey, y mas el servicio personal en todo genero de trabajo hasta alquilarlos a llevar cargas, proveyo de cierta tassacion harta larga, aunque passadera en que señalava que cosas eran del indio, despues de pagado el tributo a su encomendero, y que no fuesse todo absolutamente del español, y que suplicaron de esto, y que con temor de la tassa sacavan a los indios mas que hasta alli, y que los frayles tornaron a la audiencia, y embiaron a España, y hizieron tanto que la audiencia de Guatimala embio un oidor el qual tasso la tierra, y quito el servicio personal, y hizo casar a algunos, quitandoles las casas que tenian llenas de mugeres. Este fue el licenciado Thomas Lopez natural de Tendilla, y que esto causo que aboresciessen mucho mas a los frayles, haziendoles libellos infamatorios, y cessando de oir sus missas.
Que este aborecimiento causo que los indios estuviessen muy bien con los frayles, considerando los trabajos que tomavan sin interesse ninguno, y que les causaron libertad, tanto que ninguna cosa hazian sin dar parte a los frayles, y tomar su consejo, y esto dio causa para que los españoles con embidia que los frayles avian hecho esto por governar las Indias y gozar de lo que a ellos se avia quitado.
Frère Jacques de Testera, franciscain, étant venu au Yucatan, commença à enseigner les fils des Indiens; mais les soldats espagnols soumettaient ces jeunes garçons à un si long service, qu’il ne leur restait plus de temps pour apprendre la doctrine. D’un autre côté, ils donnaient toutes sortes de dégoûts aux religieux, lorsque ceux-ci venaient à les reprendre du mal qu’ils faisaient aux indigènes; c’est pourquoi frère Jacques retourna à Mexico où il mourut[90]. Après cela, frère Torribio Motolinia envoya des moines de Guatémala, et de Mexico frère Martin de Hojacastro dépêcha davantage de religieux qui tous s’établirent à Campêche et à Mérida, sous la protection de l’adelantado et de son fils don Francisco. Ceux-ci leur bâtirent un monastère à Mérida, ainsi qu’on l’a dit, et les religieux travaillèrent à apprendre la langue du pays, qui était fort difficile. Celui qui la sut le mieux fut frère Luis de Villalpando qui commença à l’apprendre avec des signes et des petites pierres[91]; il la coordonna en une sorte de grammaire et écrivit un catéchisme de la doctrine chrétienne[92] dans cette langue, bien qu’il rencontrât beaucoup d’obstacles de la part des Espagnols qui étaient les maîtres absolus de la contrée, et qui ne voulaient autre chose que ce qui favorisait leurs intérêts. Les Indiens, de leur côté, ne cherchaient qu’à demeurer dans leur idolâtrie et leurs festins, et le travail était d’autant plus grand à leur égard, qu’ils étaient plus disséminés dans les bois.
Les Espagnols voyaient, d’ailleurs, avec chagrin que les religieux s’occupassent à construire des monastères: ils chassaient les fils des Indiens de leurs domaines, afin de les empêcher de se rendre au catéchisme, et ils brûlèrent deux fois le monastère de Valladolid avec son église, qui était de bois, couverte en paille. Ce fut au point que les religieux se virent obligés de vivre parmi les Indiens, et que lorsque ceux de cette province se soulevèrent, les Espagnols écrivirent au vice-roi don Antonio, qu’ils s’étaient révoltés par amour pour les moines; mais le vice-roi s’étant enquis des faits, vérifia qu’à l’époque où eut lieu ce soulèvement, les religieux n’étaient pas encore arrivés dans ce département. On alla jusqu’à surveiller ces derniers durant la nuit, au grand scandale des Indiens, et à s’enquérir de leur vie privée, leur ôtant les aumônes qu’ils avaient reçues.
Les religieux considérant le danger, envoyèrent un des leurs à un juge singulièrement intègre, Cerrato, président de Guatémala, afin de lui rendre compte de ce qui se passait. Ce magistrat voyant le désordre et la conduite si peu chrétienne des Espagnols, qui levaient tous les tributs possibles contre la volonté du roi, aggravant le service personnel des Indiens de toutes les manières, jusqu’à les louer même comme des bêtes de somme, établit un tarif, élevé à la vérité, mais supportable; il faisait connaître ce à quoi l’Indien avait droit, après qu’il avait payé son tribut à son propriétaire, de manière à ce que l’Espagnol ne pût pas s’attribuer tout. Mais on interjeta appel à ce sujet; car par crainte de la taxe, les Espagnols obligèrent les Indiens à payer encore davantage qu’auparavant. Les religieux revinrent alors à la charge auprès de l’Audience et allèrent jusqu’en Espagne; ils firent si bien que l’Audience de Guatémala envoya un auditeur. Celui-ci établit un tarif et déchargea les Indiens du service personnel; il obligea quelques-uns des Espagnols à se marier, leur ôtant leurs maisons qui étaient remplies de femmes. Cet auditeur était le licencié Thomas Lopez, natif de Tendilla. Mais toutes ces choses leur firent concevoir une aversion bien plus grande encore pour les religieux, qu’ils outragèrent par des libelles diffamatoires, cessant même d’entendre leurs messes.
Cette haine fut cause précisément que les Indiens s’attachèrent aux religieux, en considérant les travaux qu’ils supportaient pour eux sans intérêt aucun, et conséquemment la liberté qu’ils en dérivèrent: aussi ne faisaient-ils rien sans prendre auparavant leur avis; ce qui fit dire aux Espagnols avec envie que les moines n’avaient agi de cette sorte que pour gouverner les Indes et jouir de ce dont ils avaient dépouillé leurs compatriotes.
Que los vicios de los indios eran idolatrias, y repudios y boracheras publicas, y vender y comprar por esclavos, y que sobre apartarles destas cosas vinieron a aborecer a los frayles; pero que a parte de los españoles los que mas fatigaron a los religiosos, aunque encubiertamente fueron los sacerdotes, como gente que avia perdido su officio y los provechos del.
Que la manera que se tuvo para doctrinar los indios fue recoger los hijos pequeños de los señores, y gente mas principal, y que los ponian en torno de los monesterios en casas que cada pueblo hazia para los suyos donde estavan todos juntos los de cada lugar, y que sus padres y parientes les trayan de comer, y que con estos niños se recogian los que venian a la doctrina, y que con esta frequentacion pidieron muchos el baptismo con mucha devocion, y que estos niños despues de enseñados tenian cuydado de avisar a los frayles de las idolatrias y boracheras, y que rompian los idolos, aunque fuessen de sus padres, y exhortavan a las repudiadas y a los huerphanos si los hazian esclavos que se quexassen a los frayles, y aunque fueron amenazados de los suyos, no por esto cessavan, antes respondian que les hazian onra, pues era por el bien de sus almas, y que el Adelantado y los juezes del rey siempre andado fiscales a los frayles para recoger los indios a la doctrina, y para castigar a los que se tomavan a la vida passada, y que al principio davan los señores de mala gana sus hijos, pensando que los querian hazer esclavos como avian hecho los españoles, y que por esta causa davan machos esclavillos en lugar de sus hijos, mas como entendieron el negocio, los davan de buena gana. Que desta manera aprovecharon tanto los moços en las escuelas y la otra gente en la doctrina, que era cosa admirable.
Que aprendieron leer y escrivir en la lengua de los indios, la qual se reduxo tanto a arte que se estudiava como la latina y se hallo que no usavan de seis letras nuestras que son D, F, G, Q, R, S, que para cosa ninguna las han menester; pero tienen necesidad de doblar otras y añadir otras para entender las muchas significaciones de algunos vocablos, porque pa quiere dezir abrir, y ppa, apretando mucho los labios quiere dezir quebrar; y tan es cal, o ceniza, y tan dicho rezio entre la lengua y los dientes altos, quiere dezir palabra o hablar, y assi en otras diciones. Y puesto que ellos para estas cosas tenian diferentes caratheres, no fue menester inventar nuevas figuras de letras sino aprovecharse de las latinas porque fuesse comun a todos.
Dioseles tambien orden para que dexassen los assientos que tenian en los montes, y se juntassen como antes en buenas poblaciones, para que mas facilmente fuessen enseñados, y no tuviessen tanto trabajo los religiosos, para cuya sustentacion les hazian limosnas las pascuas y otras fiestas, y hazian limosnas a las yglesias por medio de dos indios ancianos, nombrados para esto, con lo qual davan lo necessario a los frayles quando andavan visitando entre ellos, y tambien adereçavan las iglesias de ornamentos.
Que estando esta gente instruidos en la religion y los moços aprovechados como diximos, fueron pervertidos por los sacerdotes que en su idolatria tenian, y por los señores, y tornaron a idolatrar y hazer sacrificios no solo de saumerios sino de sangre humana, sobre lo qual los frayles hizieron inquisicion y pidieron ayuda al alcalde mayor y prendieron muchos y les hizieron processos y se celebro un auto en que pusieron muchos en cadahalço, encoroçados, y açotados y trasquilados, y algunos ensanbenitados por algun tiempo, y que algunos de tristeza, engañados del demonio se ahorcaron, y que en comun mostraron todos mucho repentimiento y voluntad de ser buenos christianos.
Les principaux vices des Indiens étaient l’idolâtrie, la répudiation, les orgies où ils s’enivraient publiquement, l’usage où ils étaient de vendre et d’acheter des esclaves; de là vint qu’ils commencèrent à haïr les religieux, lorsque ceux-ci travaillèrent à les en détourner. Mais en dehors des Espagnols, ceux qui donnèrent le plus de désagrément aux religieux, quoique en cachette, ce furent les prêtres, ce qui était assez naturel, puisqu’ils avaient perdu leur office et les profits qui leur en revenaient.
La manière que l’on adopta pour enseigner la doctrine aux Indiens fut de réunir les petits enfants des chefs avec ceux des principaux de l’endroit, en les faisant placer autour du monastère ou de la maison qu’en chaque localité on préparait à cet effet: ils étaient là tous ensemble, et leurs parents leur apportaient à manger. A ces enfants se joignaient ceux qui venaient au catéchisme, et il arriva fréquemment à un grand nombre d’entre eux de demander le baptême avec une grande dévotion: ces enfants une fois instruits avaient soin d’avertir les religieux des actes d’idolâtrie et des orgies qui se commettaient; ils brisaient les idoles, encore même qu’elles appartinssent à leurs pères. Ils engageaient les femmes qui avaient été répudiées, ainsi que les orphelins qu’on réduisait en esclavage, à porter leurs plaintes aux moines, et sans craindre les menaces que leur adressaient leurs parents, ils leur répondaient sans s’arrêter qu’ils leur faisaient honneur, en s’occupant du bien de leurs âmes. L’adelantado et les juges du roi prêtaient constamment main forte aux religieux pour réunir les Indiens au catéchisme, comme pour châtier ceux qui retournaient à leur vie passée. Les chefs, dans les commencements, donnaient leurs enfants de mauvaise volonté, s’imaginant que c’était pour en faire des esclaves, ainsi que les Espagnols l’avaient fait: aussi envoyaient-ils fréquemment leurs jeunes serviteurs au lieu de leurs fils; mais lorsqu’ils eurent compris de quoi il était question, ils les laissèrent aller de bon cœur. C’est ainsi que les jeunes gens profitèrent si bien dans les écoles et le reste du peuple au catéchisme; aussi était-ce une chose admirable.
On apprit à lire et à écrire la langue des Indiens, de telle façon qu’on la réduisit en forme de grammaire qu’on étudiait comme la latine[93]. Il se trouva ainsi qu’ils n’usaient pas de six de nos lettres qui sont: D, F, G, Q, R, S, dont ils n’ont aucun besoin; mais ils sont obligés d’en doubler d’autres, comme aussi d’en ajouter, afin d’entendre les significations variées de certains mots; parce que pa veut dire ouvrir, et ppa, en serrant beaucoup les lèvres, signifie briser; tan est la chaux et la cendre, et tan, prononcé avec force entre la langue et les dents de la mâchoire supérieure[94], veut dire parole ou parler, et ainsi des autres. Ayant admis, d’ailleurs, qu’ils avaient pour ces choses des caractères différents, il n’y eut aucune nécessité d’inventer de nouvelles figures de lettres, mais bien de profiter des lettres latines, afin que l’usage en fût commun à tous[95].
On travailla en même temps à ce que les Indiens laissassent les habitations qu’ils avaient dans les bois et qu’ils se réunissent comme auparavant dans de bonnes bourgades: c’était le moyen de les instruire avec plus de commodité, et de donner moins de peine aux religieux. Pour sustenter ces derniers, ils faisaient des aumônes aux trois fêtes principales[96] et aux autres fêtes: les aumônes pour les églises étaient recueillies par deux Indiens d’un âge respectable, nommés à cet effet, et de cette façon ils fournissaient de quoi vivre aux religieux, lorsque ceux-ci allaient les visiter, comme aussi de quoi pourvoir aux ornements des églises.
Mais les Indiens, après avoir été instruits dans la religion, et les jeunes garçons, après avoir reçu l’enseignement dont nous avons parlé plus haut, furent pervertis par les prêtres qu’ils avaient au temps de leur idolâtrie, ainsi que par les chefs; ils recommencèrent alors à adorer les idoles et à leur offrir des sacrifices, non-seulement d’encens, mais encore de sang humain. En conséquence, les religieux firent une enquête, demandant l’aide de l’alcalde mayor: ils en emprisonnèrent un grand nombre auxquels ils firent le procès, après quoi eut lieu l’exposition publique, où plusieurs parurent sur l’échafaud, coiffés avec le bonnet de l’inquisition, battus de verges et tondus, et d’autres revêtus du san-benito pour un certain temps. Mais il y en eut qui, entraînés par le démon, se pendirent de douleur; en général, néanmoins, ils montrèrent beaucoup de repentir et de volonté de devenir de bons chrétiens[97].
Que en esta sazon llego a Campeche fray Francisco Toral, frayle franciscano, natural de Ubeda, que avia estado XX años en lo de Mexico, y venia por obispo de Yucatan, el qual por las informaciones de los españoles, y por las quexas de los indios, deshizo lo que los frayles tenian hecho, y mando soltar los presos y que sobre esto se agravio el provincial y determino ir a España, quexandose primero en Mexico, y que assi vino a Madrid, donde los del consejo de Indias le afearon mucho que uviesse usurpado el oficio de obispo, y inquisidor, para descargo de lo qual alegava la facultad que su orden tenia para en aquellas partes concedida por el papa Adriano, a instancia del emperador, y el auxilio que la Audiencia real de las Indias le mando dar conforme a como se dava a los obispos; y que los del consejo se enojaron mas por estas desculpas, y acordaron de remitirle a el y a sus papeles y a los que el obispo avia embiado contra las frayles a fray Pedro de Bovadilla, provincial de Castilla, a quien el rey escrivio, mandandole que los viesse y hiziesse justicia y que este fray Pedro, por estar enfermo, cometio el examen destos processos a fray Pedro de Guzman de su orden, hombre docto y esperimentado en cosas de inquisicion, y se presentaron los pareceres de siete personas doctas del reyno de Toledo que fueron el D. fray Francisco de Medina y fray Francisco Dorantes de la orden de St Francisco, y el maestro fray Alonzo de la Cruz, frayle de St Augustin, quien avia estado XXX años en las Indias, y el licenciado Thomas Lopez, que fue oidor en Guatimala en el Nuevo Reyno, y fue Juez en Yucatan, y el D. Hurtado cathedratico de canones, y el D. Mendez, cathedratico de santa Escritura, y el D. Martinez, cathedratico de Scoto en Alcala, los quales dixeron que el provincial hizo justamente el auto y las otras cosas en castigo de los indios. Lo qual visto por fray Francisco de Guzman, escrivio largamente sobre ello al provincial fray Pedro de Bovadilla.
Que los indios de Yucatan merecen que el rey les favoresca por muchas cosas y por la voluntad que mostraron a su servicio. Estando necessitado en Flandes embio la princesa doña Juana su hermana, que entonces era governadora del reyno, una cedula pidiendo ayuda a los de las Indias, la qual llevo a Yucatan un oidor de Guatimala y para esto junto los señores y ordeno que un frayle les predicasse lo que devian a su magestad, y lo que entonces les pedia, y que concluyda la platica, se levantaron dos indios en pie y respondieron que bien sabian lo que eran obligados a Dios por aver les dado tan noble y christianissimo rey, y que les pesava no vivir en parte donde le pudieron servir con sus personas, por tanto que viesse lo que de su pobreza queria que le servirian con ello y que si no bastasse, que venderian sus hijos y mugeres.
En ce temps-là arriva à Campêche frère Francisco Toral, religieux franciscain, natif d’Ubeda, qui avait été durant vingt ans employé au Mexique, et qui venait actuellement comme évêque du Yucatan. Ce prélat, sur les informations des Espagnols et les plaintes des Indiens, détruisit ce que les moines avaient fait, commandant de mettre en liberté les prisonniers. Le provincial, qui se crut offensé, résolut d’aller en Espagne, après avoir d’abord porté ses plaintes à Mexico. Il arriva à Madrid où les membres du conseil des Indes l’accueillirent fort mal, pour avoir usurpé l’office d’évêque et d’inquisiteur. Il allégua pour sa décharge les facultés que son ordre avait reçues, pour ces contrées, du pape Adrien, sur les instances de l’empereur, et le secours que le conseil royal des Indes lui avait fait donner d’après ce qui se faisait avec les évêques; mais les membres du conseil éprouvèrent encore plus d’irritation de ces excuses: ils résolurent de le remettre lui, avec ses papiers et ceux que l’évêque avait envoyés contre les religieux, à frère Simon de Bovadilla, provincial de Castille, à qui le roi écrivit, lui donnant ordre d’examiner l’affaire et de faire justice. Mais frère Pedro étant malade confia l’examen de cette procédure à frère Pedro de Guzman, de son ordre, homme docte et expérimenté dans les choses d’inquisition. A la suite de cela il y eut sept avis différents donnés par des hommes de science du royaume de Tolède, qui furent frère Francisco de Medina et frère Francisco Dorantes, de l’ordre de Saint-François; le maître frère Alonzo de la Cruz, moine de Saint-Augustin, qui avait passé trente ans dans les Indes; le licencié Thomas Lopez, qui avait été auditeur à Guatémala et dans le Nouveau Royaume[98], et juge au Yucatan; le D. Hurtado, professeur de droit canon; le D. Mendez, professeur d’Écriture sainte, et le D. Martinez, professeur de philosophie scolastique[99] à Alcala: or tous ensemble déclarèrent que le provincial avait agi justement à l’occasion de l’auto-da-fé et des autres choses en châtiment de l’apostasie des Indiens. Ce qu’ayant vu frère Francisco de Guzman, il en écrivit longuement au provincial frère Pedro de Bovadilla.
Les Indiens du Yucatan méritent que le roi leur fasse quelque faveur pour bien des raisons et pour la bonne volonté qu’ils ont montrée pour son service, durant les besoins qu’il éprouva en Flandre; car ce fut alors que la princesse doña Juana, sa sœur, qui était régente du royaume, expédia une cédule, demandant de l’aide aux habitants des Indes; un auditeur de Guatémala la porta au Yucatan et réunit à cet effet les chefs du pays, commandant à un religieux de les prêcher sur ce qu’ils devaient à Sa Majesté et ce qu’il leur demandait pour le moment. A la fin du sermon, deux Indiens se levèrent et répondirent qu’ils savaient fort bien ce qu’ils devaient à Dieu pour leur avoir donné un roi si noble et si chrétien, et qu’ils regrettaient de n’être point là où ils auraient pu le servir de leurs personnes; que néanmoins il voulût bien voir en quoi le peu qu’ils possédaient pouvait lui être utile, et que si cela ne lui suffisait point, ils vendraient jusqu’à leurs fils et leurs femmes[100].
Que la manera de hazer las casas era cubrirlas de paja que tienen muy buena y mucha, o con hojas de palma que es propia para esto y que tenian muy grandes corrientes para que no se lluevan, y que despues echan una pared por medio al largo que divide toda la casa, y que en esta pared dexan algunas puertas para la mitad que llaman las espaldas de la casa, donde tienen sus camas, y que la otra mitad blanquean de muy gentil encalado, y que los señores las tienen pintadas de muchas galanterias y que esta mitad es el recebimiento y aposento de los guespedes, y que esta pieça no tiene puerta, sino toda abierta conforme al largo de la casa, y baxa mucho la corriente delantera por temor de los soles y aguas, y dizen que tambien para enseñorearse de los enemigos de la parte de dentro en tiempo de necessitad. Y que el pueblo menudo hazia a su costa las casas de los señores, y que con no tener mas puertas, tenian por grave delicto de hazer mal a casas agenas. Tenian una portezilla atras para el servicio necessario y que tienen unas camas de varillas, y en cima una serilla donde duermen, cubiertas de sus mantas de algodon: en verano duermen comunmente en los encalados con una de aquellas serillas, especialmente los hombres. Allende de la casa hazian todo el pueblo a los señores sus sementeras, y se las beneficiavan y cogian en cantidad que le bastava a el y a su casa, y quando avia caças o pescas, o era tiempo de traer sal siempre davan parte al señor, por que estas cosas siempre las hazian de comunidad.
Si moria el señor, aunque le succediesse el hijo mayor, eran siempre los demas hijos muy acatados, y ayudados y tenidos por señores. A las demas principales inferiores del señor ayudavan en todas estas cosas, conforme a quien eran, o al favor que el señor les dava. Los sacerdotes vivian de sus officios y offrendas. Los señores regian el pueblo, concertando los litigios, ordenando y concertando las cosas de sus republicas, lo qual todo hazian por manos de los mas principales que eran muy obedecidos y estimados, especial la gente rica, a quien visitavan y tenian palacio en sus casas donde concertavan las cosas, y negocios principalmente de noche, y si los señores se salian del pueblo, llevavan mucha compañia, y lo mesmo quando salian de sus casas.
Que los indios de Yucatan son bien dispuestos y altos y rezios y de muchas fuerças y comunmente todos estevados, porque en su niñez, quando las madres los llevan de una parte a otra, van ahorcajados en los quadriles. Tenian por gala ser vizcos lo qual hazian por arte las madres, colgandoles del pelo un pegotillo que les llegava al medio de las sejas desde niños, y alcançando los ojos, siempre como les andava alli jugando venian a quedar vizcos; y que tenian las cabeças y frentes llanas, hecho tambien de sus madres por industria desde niños y que trayan las orejas horadadas para çarcillos y muy harpadas de los sacrificios. No criavan barbas, y dezian que les quemavan los rostros sus madres con paños calientes, siendo niños, por que no les naciessen, y que agora crian barbas aunque muy asperas como cerdas de tocines.
Que criavan cabello como las mugeres; por lo alto quemavan como una buena corona, y que assi crecia lo de abaxo mucho, y lo de la corona quedava corto, y que lo entrençavan y hazian una guirnalda de ello entorno de la cabeça, dexando la colilla atras como borlas.
Que todos los nombres usavan espejos y no las mugeres y que para llamarse cornudos, dezian que su muger le avia puesto el espejo en el cabello sobrando del colodrillo.
Que se vañavan mucho, no curando de cubrirse de las mugeres, sino quando podia cubrir la mano. Que eran amigos de buenos olores y que por esto usan de ramilletes de flores y yervas olorosas, muy curiosos y labrados; que usavan pintarse de colorado el rostro y cuerpo y les parecia muy mal, pero tenian lo por gran gala.
Que su vestido era un liston de una mano en ancho que les servia de bragas y calças, y que se davan con el algunas vueltas por la cintura, de manera que el un cabo colgava delante y el otro detras, y que estos cabos los hazian sus mugeres con curiosidad y labores de pluma, y que traian mantas largas y quadradas, y las atavan en los ombros, y que traian sandalias de cañamo o cuero de venado por curtir seco, y no usavan otro vestido.
La manière de bâtir les maisons dans le Yucatan était de les couvrir avec de la paille, et ils en avaient de fort bonne et abondamment, ou avec des feuilles de palmier, tout à fait propres à cet usage; ils en élevaient le toit, lui donnant une pente considérable, de manière à ce que les eaux de la pluie n’y pussent pénétrer. Ils élevaient ensuite un mur au milieu, partageant la maison dans sa longueur, laissant dans ce mur quelques portes pour communiquer avec la partie qu’ils appelaient les derrières de la maison, où ils avaient leurs lits; l’autre moitié était blanchie à la chaux avec beaucoup de soin. Chez les seigneurs, ces murs étaient recouverts de peintures agréables; c’était dans cette partie qu’on recevait les hôtes et qu’on les logeait. Cette pièce n’avait point de portes; mais elle était ouverte tout le long de la maison, le toit descendant fort bas, afin que l’on y fût à l’abri du soleil et de l’eau[101]. On dit aussi que c’était pour se rendre maître de l’ennemi intérieur, en temps de nécessité[102]. Le menu peuple bâtissait à ses frais les maisons des grands, et comme elles n’avaient point de portes, on regardait comme un grave délit de faire le moindre tort aux maisons d’autrui. Elles avaient toutefois, par derrière, une petite porte pour le service des communs. Pour dormir, ils avaient des bois de lit faits en treillis de cannes, tapissées de nattes, et ils s’y étendaient recouverts de leurs étoffes de coton. Durant l’été, ils dorment d’ordinaire sur le devant, étendus sur leurs nattes, les hommes principalement. Non loin de la maison, la population réunie préparait les champs du seigneur: elle en prenait soin et moissonnait ce qui lui était nécessaire pour lui et sa famille; lorsqu’il y avait du gibier ou du poisson, ou bien au temps où l’on apportait le sel, on faisait toujours la part du seigneur, toutes ces choses étant du ressort de la communauté.
Si le seigneur venait à mourir, bien que ce fût l’aîné qui lui succédait, les autres n’en étaient pas moins aimés, secourus ou regardés comme des seigneurs eux-mêmes. Quant aux autres chefs d’un rang inférieur, on leur fournissait également tout ce qui pouvait leur être nécessaire, chacun selon sa qualité et la faveur dont ils jouissaient près du seigneur. Les prêtres vivaient de leurs offices et des offrandes. Les seigneurs gouvernaient la ville ou la bourgade, arrangeant les procès, ordonnant et concertant les choses de leurs communautés par l’intermédiaire des principaux chefs, à qui l’on témoignait beaucoup d’obéissance et de respect, surtout s’ils étaient riches. On les visitait chez eux et on leur faisait la cour dans leurs maisons; on s’y réunissait pour agiter les questions importantes, ce qui ordinairement avait lieu la nuit. Si les seigneurs sortaient de la résidence, ils emmenaient à leur suite beaucoup de monde, et il en était de même lorsqu’ils sortaient de leurs maisons.
Les Indiens du Yucatan sont une race bien faite et de haute stature, vifs et très-forts, mais généralement cagneux; car, dans leur enfance, lorsque leurs mères les portent d’un endroit à l’autre, elles les portent à califourchon sur les hanches. Ils regardaient comme une marque de beauté d’être louches; aussi leurs mères leur donnaient-elles artificiellement ce défaut en leur suspendant dès leur enfance aux cheveux une petite emplâtre de poix qui leur descendait au milieu des sourcils jusqu’à toucher les yeux; et comme cette emplâtre s’y balançait constamment, ils en arrivaient à rester louches. Ils portaient la tête et le front aplatis, ce qui était également l’ouvrage de leurs mères: tout petits on leur perçait les oreilles pour y placer des pendants, et elles étaient généralement fort scarifiées à cause des sacrifices[103]. Ils n’avaient point de barbe: ils disaient que leurs mères leur brûlaient le visage avec des linges chauds dans leur enfance, afin d’en empêcher la croissance; mais maintenant ils en ont, quoique les poils soient aussi rudes que des soies de sanglier.
Ils portaient les cheveux longs comme les femmes; au sommet ils se brûlaient comme une grande tonsure, laissant croître la chevelure tout autour, tandis que les cheveux de la tonsure restaient courts; ils les tressaient en guirlande autour de la tête, à l’exception d’une petite queue qui tombait en arrière comme une houppe.
Tous les hommes se servaient de miroirs, tandis que les femmes n’en avaient point; aussi, pour parler de ceux qui étaient cocus, disait-on d’eux que leurs femmes leur avaient mis le miroir dans les cheveux au-dessus de l’occiput.
Ils se baignaient fréquemment, sans se mettre en peine de couvrir leur nudité devant les femmes, si ce n’est en y portant la main. Ils étaient amateurs de parfums; aussi ont-ils l’usage des bouquets de fleurs ou d’herbes odoriférantes, arrangés avec beaucoup d’art. La coutume existait également chez eux de se peindre le corps et le visage en rouge, bien qu’elle leur parût mauvaise, mais cela passait pour très-gracieux.
Leur vêtement était une ceinture de la largeur de la main qui leur servait de braies et de haut-de-chausses; ils s’en enveloppaient plusieurs fois les reins, de manière à ce qu’il en tombât un bout par devant et un autre par derrière. Ces bouts étaient travaillés avec beaucoup de soin par leurs femmes, qui les ornaient de broderies et d’ouvrages de plumes; par là-dessus, ils portaient des manteaux amples et carrés, qu’ils se nouaient sur les épaules; ils avaient des sandales de chanvre ou de cuir de bêtes fauves tanné à sec, et n’usaient point d’autres vêtements[104].
Que el mantenimiento principal es maiz del qual hazen diversos manjares y bevidas, y aun bevido como lo beven, les sirve de comida y bevida; y que las indias echan el maiz a remojar una noche antes en cal y agua, y que a la mañana esta blando y medio cozido, y desta manera se le quita el hollejo y peçon, y que lo muelen en piedras, y que de lo medio molido dan a los trabajadores y caminantes, y navegantes grandes pelotas y cargas; y que dura con solo azedarse algunos meses, y que de aquello toman una pella y deslianlo en un vaso de la caxcara de una fruta que cria un arbol, con el qual les proveio Dios de vasos, y que se beven aquella substancia y se comen lo demas, y que es sabroso y de gran mantenimiento, y que de lo mas molido sacan leche y la coajan al fuego, y hazen como poleadas para las mañanas, y que lo beven caliente y que sobre lo que sobra de las mañanas echan agua para bever entre dia, porque no acostumbran bever agua solo. Que tambien lo tuestan y muelan y deslian en agua que es muy fresca bevida, echandole un poco de pimienta de Indias o cacao.
Que hazen del maiz y cacao molido una manera de espuma muy sabrosa con que celebran sus fiestas, y que sacan del cacao una grasa que parece mantequillas y que desto y del maiz hazen otra bevida sabrosa y estimada, y que hazen otra bevida de la substancia del maiz molido, assi crudo que es muy fresca y sabrosa. Que hazen pan de muchas maneras, bueno y sano, salvo que es malo de comer, quando esta frio, y assi passan las indias trabajo en lo hazer dos vezes al dia. Que no se ha podido acertar a hazer harina, que se amasse como la del trigo, y que si alguna vez se haze como pan de trigo, no vale nada.
Que hazen guisados de legumbres y carne de venados y aves monteses y domesticas que ay muchas, y de pescados que ay muchos, y que assi tienen buenos mantenimientos, principalemente despues que crian puercos y aves de Castilla.
Que por la mañana toman la bebida caliente con pimienta, como esta dicho y entre dia las otras frias, y a la noche los guisados. Y que si no ay carne hazen sus salsas de la pimienta y legumbres. Que no acostumbravan comer los hombres con las mugeres, y que ellos comian por si en el suelo, o quando mucho sobre una serilla por mesa: y que comen bien quando lo tienen, y quando no, sufren muy bien la hambre y passan con muy poco. Y que se lavan las manos y la boca despues de comer.
Leur principale subsistance est le maïs, dont ils font des mets et des breuvages variés: en le buvant même à leur manière, cela leur sert à la fois de boire et de manger. Les Indiennes mettent la veille le maïs tremper durant une nuit dans de l’eau, mêlée de chaux; au matin, il se trouve ramolli et à moitié cuit, et elles lui ôtent ainsi la peau et le germe. Elles le moudent ensuite sur une pierre, et c’est lorsqu’il est à demi moulu qu’elles le donnent aux ouvriers, aux voyageurs et aux navigateurs sous forme de grandes pelotes: ceux-ci les emportent et elles leur durent plusieurs mois, sans autre détérioration que de s’aigrir. Lorsqu’ils veulent s’en servir, ils en prennent une poignée qu’ils délayent avec de l’eau dans un vase formé de l’écorce du fruit d’un arbre que Dieu leur a donné, les pourvoyant ainsi de vases naturels: ils y boivent cette substance et mangent le reste, ce qui leur fait une nourriture savoureuse et qui les soutient à merveille. De la portion moulue entièrement, ils tirent du lait qu’ils épaississent au feu et dont ils font une sorte de bouillie pour le matin: ils la boivent chaude, et sur ce qui reste du matin ils jettent de l’eau pour le boire durant le jour; car ils ne sont pas accoutumés à boire de l’eau seule. Ils font griller aussi du maïs et le moudent ensuite, le délayant dans de l’eau, ce qui fait une boisson fort fraîche, en y mêlant un peu de piment des Indes ou de cacao[105].
Ils font encore du maïs et du cacao, réduits en poudre, une sorte de boisson écumante fort savoureuse[106]: c’est avec cela qu’ils célèbrent leurs fêtes. Ils retirent du cacao une graisse qui ressemble à du beurre, et de cette graisse mêlée avec du maïs composent un autre breuvage savoureux et fort estimé. Ils font également une boisson de la substance du maïs moulu et cru, qui est fort rafraîchissante et agréable. Ils font du pain de différentes manières bon et salubre, sauf qu’il est indigeste lorsqu’on le mange froid; aussi les Indiennes passent-elles beaucoup de temps au travail afin d’en faire plusieurs fois le jour. On n’a pu réussir encore à en faire de la farine qu’on puisse pétrir comme celle du froment, et ce qu’on a essayé d’en faire en guise de pain de froment ne valait rien.
Ils préparent des ragoûts de légumes et de gibier, gros et menu, d’oiseaux sauvages et domestiques, qu’ils ont en grand nombre; aussi ont-ils de cette façon de fort bonnes provisions de bouche, surtout depuis qu’ils ont commencé à élever la volaille et les porcs de Castille.
Au matin, ils prennent leur boisson chaude au piment, ainsi qu’on l’a fait voir; de jour, ils boivent les autres froides et mangent les ragoûts la nuit: à défaut de viande, ils composent des sauces de piments et de légumes. Les hommes n’avaient pas la coutume de manger avec les femmes: ils prenaient leurs repas seuls, sur le sol ou bien sur une natte qui leur servait de table. Ils sont de fort bon appétit, quand ils ont de quoi se satisfaire; sinon, ils souffrent très-patiemment la faim et font avec peu. En finissant de manger, ils se lavent les mains et la bouche.
Labravanse los cuerpos y quanto mas, tanto mas valientes y bravosos se tenian, porque el labrarse era gran tormento que era desta manera. Los oficiales dello labravan la parte que querian con tinta, y despues sejavanle delicadamente las pinturas, y assi con la sangre y tinta quedavan en el cuerpo las señales, y que se labran poco a poco por el tormento grande, y tambien se ponen despues malos, porque se les enconavan los labores, y haziase materia, y que con todo esso se mofavan de los que no se labravan. Y que se precian muchos de ser requebrados y tener gracias y habilidades naturales, y que ya comen y beben como nosotros.
Que los indios eran muy dissolutos en bever y emboracharse, de que les seguian muchos males, como matarse unos a otros, violar las camas, pensando las pobres mugeres recebir a sus maridos, tambien con padres y madres como en casa de sus enemigos, y pegar fuego a sus casas, y que con todo esso se perdian por emboracharse; y que quando la borrachera era general, y de sacrificios contribuian todos para ello, porque quando era particular, hazia el gasto el que la hazia con ayuda de sus parientes. Y que hazen el vino de miel y agua, y cierta raiz de un arbol que para esto criavan con lo qual se hazia el vino fuerte y muy hediondo. Y que con vailes y regozijos comian sentados de dos en dos, o de quatro en quatro; y que despues de comido, sacavan los escancianos los quales no se solian emborachar, de unos grandes artezones de bever hasta que se hazian unos cimitaras, y que las mugeres tenian mucha cuenta de bolver sus maridos borachos a casa.
Que muchas vezes gastan en un banquete lo que en muchos dias mercadeando y trompeando ganavan; y que tienen dos maneras de hazer estas fiestas, la primera que es de los señores y gente principal, obliga a cada uno de los combidados a que hagan otro tal combite, y que dava á cada uno de los combidados una ave assada y pan y bevida de cacao de abundancia, y que al fin del combite suelen dar a cada uno una manta para cubrirse y un banquillo y vaso mas galano que pueden. Y si se muere uno dellos es obligada a pagar el combite la casa o parientes del. La otra manera es entre parentelas, quando casan sus hijos o hazen memorias de las cosas de sus antepassados, y esta no obliga a restitucion, salvo que si ciento an combidado a un indio a una fiesta, assi a todos quando el haze fiesta o casa sus hijos combida. Y que sienten mucho la amistad y conservan la memoria aunque lejos unos de otros con estos combites, y que en estas fiestas les davan a bever mugeres hermosas las quales despues de dado el vaso volvian las espaldas al que lo tomava hasta vaciado el vaso.
Que los indios tienen recreaciones muy donosas y principalmente farsantes que represantan con mucho donayre tanto que estos alquilan los españoles para no mas que vean los chistes de las españoles que passan con sus moças, maridos o ellos proprios sobre el buen o mal servir, y despues lo representan con tanto artificio como curiosos españoles. Tienen atabales pequeños que tañen con la mano, y otro atabal de palo hueco de sonido pesado y triste; tañenlo con un palo larguillo puesto al cabo cierta leche de un arbol, y tienen trompetas largas y delgadas de palos huecos, y al cabo unas largas y tuertas calabaças. Y tienen otro instrumento de toda la tortuga entera con sus conchas, y sacada la carne, tañenlo con la palma de la mano, y es su sonido lugubre y triste.
Tienen chiflatos de cañas, de huessos de venado, y caracoles grandes y flautas de cañas, y con estos instrumentos hazen son a los vailantes, y tienen especialmente dos vailes muy de hombre y de ver. El uno es un juego de cañas y assi le llaman ellos Colomche que lo quiere dezir; para jugarlo se junta una gran rueda de vailadores con su musica que les haze son y por su compas salen dos de la rueda, el uno con un manojo de bohordos, y vaila con ellos en hiesto. El otro vaila en cuclillas, ambos con compas de la rueda, y el de los bohordos con toda su fuerça los tira al otro, el qual con gran destreza con un palo pequeño arebatelos. Acabado de tirar buelven con su compas a la rueda y salen otros hazer lo mismo.
Otro vaile ay en que vailan ocho cientos y mas y menos indios con banderas pequeñas con son y passo largo de guerra, entre los quales no ay uno que salga de compas. Y en sus vailes son pesados, porque todo el dia entero no cessan de vailar, porque les llevan ay de comer y bever. Los hombres no solian vailar con las mugeres.