Les Indiens se tatouaient le corps, et plus ils en faisaient, plus ils étaient considérés comme braves et vaillants, le tatouage étant accompagné d’une grande souffrance. Voici comment ils le pratiquaient: ceux qui étaient chargés de ce travail peignaient d’abord la partie qu’ils voulaient avec de la couleur; puis ils incisaient délicatement la peinture, et ainsi le sang et la couleur se mêlant, faisaient que les traces restaient dans le corps. Ce travail se faisait petit à petit, à cause de l’extrême douleur qu’il causait; mais ils en demeuraient assez malades ensuite, car ces dessins s’enflaient et donnaient de la matière. Avec tout cela ils raillaient ceux qui ne se tatouaient point. Beaucoup d’entre eux aimaient à faire les aimables, à montrer leur grâce et leur adresse naturelles, et aujourd’hui ils boivent et mangent comme nous[107].
Ces Indiens étaient fort dissolus dans leurs orgies, aussi s’ensuivait-il souvent qu’ils se tuaient les uns les autres, et qu’ils violaient mutuellement le domicile conjugal, les pauvres femmes pensant recevoir leurs maris, qui outrageaient quelquefois leurs pères et leurs mères comme dans la maison d’un ennemi prise d’assaut, mettaient même le feu aux habitations, et avec tout cela ils se tuaient pour boire. Lorsque la débauche était générale et accompagnée de sacrifices, tout le monde y contribuait; car lorsqu’elle était particulière, c’était l’amphitryon qui en faisait les frais avec l’aide de ses parents. Leur vin se faisait de miel et d’eau[108], à quoi ils ajoutaient la racine d’un arbre qu’ils cultivaient à cet effet, ce qui rendait le vin fort et lui donnait une très-mauvaise odeur. Des danses et des réjouissances accompagnaient leurs festins, où ils mangeaient assis de deux en deux ou de quatre en quatre. Après le repas, les échansons, à qui la coutume ne permettait pas de s’enivrer, tiraient de quoi boire de quelques grandes cruches jusqu’à ce qu’ils fussent devenus ivres comme des souches[109], et les femmes avaient la plus grande peine du monde à ramener leurs maris ivres à la maison.
Il leur arrivait souvent de dépenser dans un banquet ce qu’ils avaient gagné péniblement en commerçant durant un grand nombre de jours. Ils avaient deux manières de célébrer leurs festins: la première était celle des seigneurs et des gens de condition; elle obligeait chacun des conviés à rendre à son tour la fête à laquelle il avait été invité; à chacun d’eux on donnait une volaille rôtie, du pain et des boissons de cacao en abondance, et à la fin du repas un manteau pour se couvrir et un petit piédestal avec la coupe qu’on y posait, aussi bien travaillée que possible. Si l’un d’eux venait ensuite à mourir, l’obligation de rendre le repas incombait à sa maison ou à ses parents. La seconde manière de donner des festins avait lieu entre les familles, lorsqu’elles venaient à marier leurs enfants ou à célébrer la mémoire des faits de quelqu’un de leurs ancêtres, mais ceci n’obligeait pas à rendre le repas; seulement si cent personnes avaient invité un Indien à une fête, il les invitait tous à son tour, quand il venait à marier quelqu’un de ses enfants. Ils sont fort sensibles à une preuve d’amitié et ils conservaient longtemps le souvenir de ces invitations, quoique fort éloignés les uns des autres. Dans ces repas, celles qui leur donnaient à boire étaient de belles femmes qui, après leur avoir présenté le vase, tournaient le dos à celui qui le prenait jusqu’à ce qu’il l’eût vidé.
Ces Indiens ont des divertissements fort agréables: ils ont surtout des comédiens qui donnent des représentations avec beaucoup de grâce; c’est au point que les Espagnols les louent, afin qu’ils puissent être témoins des bons mots des Espagnols qui passent avec leurs servantes et leurs maris, sur la manière de servir bien ou mal, ce qu’ils représentent ensuite avec autant de vérité que les Espagnols eux-mêmes. Ils ont de petits tambours dont ils jouent avec la main, et une autre sorte de tambour de bois creux au son sourd et triste[110]; ils le battent avec une baguette, au bout de laquelle ils mettent une boule de la gomme d’un arbre; ils ont des trompettes de bois longues et minces dont l’extrémité est formée de grandes calebasses tordues. Il y a une autre espèce d’instrument, formé d’une tortue entière avec sa carapace, dont on a enlevé la chair et qu’on fait sonner avec la paume de la main: le son en est lugubre et triste.
Ils ont des sifflets, fabriqués de bambous et d’os de bêtes fauves, de grandes conques marines et des flûtes de roseaux. Avec tous ces instruments ils font de la musique pour animer les danseurs: ils ont entre autres deux ballets tout à fait virils et dignes d’être vus. L’un est un jeu de roseaux, c’est pourquoi ils l’appellent Colomche, qui en est la signification. Pour l’exécuter, il se forme un grand cercle de danseurs avec leur musique qui en joue l’air: deux d’entre eux sortent en dedans du cercle suivant la mesure, l’un ayant un faisceau de baguettes à la main et danse ainsi tout à fait droit et debout. L’autre danse accroupi, suivant, ainsi que l’autre, la mesure du cercle, le premier lançant avec force les baguettes au second, lequel à l’aide d’un petit bâton les saisit avec beaucoup d’adresse. Le faisceau terminé, ils reprennent en mesure leur place dans le cercle et il en sort deux autres qui recommencent le même jeu.
Ils exécutent un autre ballet où ils se trouvent au nombre de huit cents danseurs, dont une partie est armée de banderolles; ils dansent sur un air particulier au grand pas de guerre, sans qu’il n’y en ait un seul qui n’observe la mesure. Dans leurs ballets, ils sont généralement lourds, car durant le jour entier ils ne cessent de danser, et on leur apporte à boire et à manger. Il n’était pas d’usage que les hommes dansassent avec leurs femmes[111].
Que los officios de los indios eran olleros y carpinteros, los quales por hazer los idolos de barro y madera con muchos ayunos y observancias ganavan mucho. Avia tambien cirujanos, o por mejor dezir hechizeros, los quales curavan con yervas y muchas supersticiones, y assi de todos los demas officios.
El officio en que mas inclinados estavan es mercaderia, llevando sal, ropa y esclavos a tierra de Ulua y Tavasco, trocandolo todo por cacao y cuentas de piedra que era su moneda, y con esta solian comprar esclavos o otras cuentas con razon que eran finas y buenas, las quales por joyas trayan sobre si en las fiestas los señores. Y tenian otras hechas de ciertas conchas coloradas por moneda y joyas de sus personas. Y lo traian en sus bolsas de red que tenian y en los mercados tratavan de todas quantas cosas avia en essa tierra. Fiavan, prestavan, y pagavan cortesmente y sin usuras.
Y sobre todo eran los labradores y los que ponen a coger maiz y las demas semillas, lo qual guardan en muy lindos sitios y trojes para vender a sus tiempos. Sus mulas y bueyes son la gente. Suelen de costumbre sembrar para cada casado con su muger medida de CCCC pies, lo qual llaman hun-uinic, medida con vara de XX pies, XX en ancho, y XX en largo.
Que los indios tienen costumbre buena de ayudarse unos a otros en todos sus trabajos. En tiempo de sus sementeras, los que no tienen gente suya para las hazer, juntanse de XX en XX, o mas o menos, y hazen todos juntos por su medida y tasa la labor de todos, y no lo dexan hasta cumplir con todos. Las tierras por aora es de comun, y assi el que primero las ocupa las possee. Siembran en muchas partes, por si una faltare supla la otra. En labrar la tierra, no hazen sino coger la vassura y quemarla para despues sembrarla; y desde medio enero hasta abril labran, y entonces con las lluvias siembran, lo qual hazen, trayendo un taleguillo a cuestas, y con un palo puntiagudo hazen agujero en tierra y ponen alli cinco o seis granos, lo qual con el mesmo palo cubren. En lluviendo, espanto es como nace. Juntanse tambien para la caça de L en L, mas o menos, y la carne del venado assan en parrillas, porque no se les gaste, y venidos al pueblo, hazen sus presentes al señor, y distribuyen como amigos y el mesmo hazen en la pesca.
Que los indios en sus visitas siempre llevan consigo don que dar, segun su calidad, y el visitado con otro don satisfaze al otro, y los terceros destas visitas hablan y escuchan curiosamente conforme a la persona con quien hablan, no obstante que todos se llaman tu, porque en el progresso de sus platicas, el menor por curiosidad suele repetir el nombre del officio o dignidad del mayor. Y usan mucho yr ayudando al que da los mensages un sonsonete hecho con la aspiracion en la garganta que es como dezir vastaque o assique. Las mugeres son cortas en sus razonamientos y no acostumbravan a negociar por si, especialmente si eran pobres, y por esso los señores se mofaron de los frayles que davan oydo a pobres y ricos sin respeto.
Que los agravios que hazian unos a otros mandava satisfazer el señor del pueblo del dañador, y sino, era occasion y instrumento de mas passiones; y si eran de un mesmo pueblo, con el juez lo comunicavan que era arbitro, y examinado el daño, mandava la satisfacion, y si no era sufficiente para la satisfacion, los parientes y muger le ayudavan. Las causas de que se solian hazer estas satisfaciones eran si matavan a alguno casualmente, o quando se ahorcava la muger o el marido con alguna culpa de haverle dado o el la occasion, o quando eran causa de algun incendio de casas o eredades, de colmenas o trojes de maiz. Los otros agravios hechos con malicia satisfazian siempre con sangre y puñadas.
Que los yucataneses son muy partidos y hospitales, porque entra nadie en su casa a quien no den la comida o bevida, que tienen de dia de sus bevidas, de noche de sus comidas, y si no las tienen, buscanlo por la vezindad; y por los caminos si les junta gente, a todos an de dar dellas, aunque les quepe por esso mucho menos.
La principale industrie de ces Indiens était celle de potier et de charpentier; ils étaient chargés de fabriquer les idoles d’argile et de bois, auxquelles, toutefois, ils ne mettaient la main qu’après un certain nombre de jeûnes et d’observances religieuses; mais ils y faisaient un bénéfice considérable. Il y avait aussi parmi les Mayas des chirurgiens, ou pour mieux dire, des sorciers qui guérissaient les maladies à l’aide des simples, mais avec beaucoup de rites superstitieux; et ainsi de toutes les autres professions.
Celle à laquelle ils avaient le plus de propension était le commerce: ils transportaient du sel, des étoffes et des esclaves à la terre d’Ulua et à Tabasco, les échangeant contre du cacao et des bagatelles de pierre qui étaient leur monnaie[112]: c’est avec cela qu’ils étaient accoutumés d’acheter des esclaves ou d’autres bagatelles de pierre, mais plus fines et plus belles, que leurs chefs portaient comme des joyaux dans les fêtes. Ils avaient encore une autre sorte de monnaie, faite de certaines coquilles rouges et qui servaient également à orner leurs personnes: ils les portaient dans des bourses de filet qu’ils avaient; et dans leurs foires ils traitaient de toutes les choses que produit cette contrée. Ils donnaient à crédit, prêtaient et payaient honnêtement et sans aucune usure.
Par-dessus tout ils étaient cultivateurs, recueillaient le maïs et les autres graines qu’ils conservent dans des greniers et des lieux parfaitement appropriés, pour les vendre en leur temps. Les hommes remplaçaient les mules et les bœufs. Pour chaque ménage, ils ont l’habitude de semer une mesure de quatre cents pieds en carré, qu’ils appellent hun-uinic, ce qui est une mesure avec une verge de 20 pieds, 20 en hauteur et 20 en largeur.
Ces Indiens ont la bonne coutume de s’entr’aider mutuellement dans tous leurs travaux. Au temps des semailles, ceux qui n’ont pas suffisamment de monde à eux pour les faire, se réunissent de vingt en vingt, plus ou moins, et s’occupent tous ensemble, suivant sa mesure et son étendue, du champ de chacun d’eux et n’en laissent point jusqu’à ce que le tout soit terminé. Les terres aujourd’hui sont communes, et le premier occupant en devient le possesseur. Ils sèment en un grand nombre d’endroits, afin que les semailles d’un champ venant à manquer, l’autre y supplée. En labourant la terre, ils n’y font d’autre engrais que d’y réunir les mauvaises herbes et de les brûler avant d’ensemencer: ils la travaillent depuis la mi-janvier jusqu’en avril, et ils sèment alors à l’entrée des pluies; ils le font, portant un petit sac sur les épaules et creusant avec un bâton pointu un trou dans la terre où ils jettent cinq ou six grains, les recouvrant ensuite avec le même bâton. Du moment qu’il commence à pleuvoir, c’est une chose merveilleuse de voir comme tout pousse. Pour la chasse, ils se réunissent également de cinquante en cinquante, plus ou moins: ils font ensuite rôtir la chair du gibier sur des grils, afin qu’elle ne se gâte point; arrivés à la ville ou à la bourgade, ils font leurs présents au seigneur et se distribuent le reste entre eux comme des amis. Ils en font de même avec la pêche.
Dans leurs visites, ces Indiens portent toujours quelque présent qu’ils puissent offrir, chacun suivant sa qualité: la personne visitée répond par un don analogue. Durant ces visites, les tiers parlent et écoutent avec attention, selon le rang et le langage de la personne à qui ils s’adressent: tous, néanmoins, se tutoient; mais, dans le cours de la conversation, le plus infime répète par égard le titre de l’office ou de la dignité des plus élevés. Un usage fort commun, c’est d’aider celui qui délivre un message, en répondant par quelques petits sons cadencés, produits par l’aspiration dans la gorge et qui est comme s’ils disaient: Il suffit, c’est fort bien. Les femmes sont brèves dans leurs raisonnements, n’étant pas accoutumées à traiter pour elles-mêmes, surtout si elles étaient pauvres; aussi les seigneurs raillaient-ils les moines de ce qu’ils prêtaient attention aux pauvres et aux riches sans distinction.
Quant aux offenses qu’ils commettaient les uns contre les autres, c’était le seigneur du lieu d’où était le coupable qui envoyait donner satisfaction; autrement, c’était une occasion et un motif pour des querelles. Si l’offenseur et l’offensé étaient du même endroit, ils en faisaient part au juge, qui était l’arbitre, et qui, sur examen du dommage, ordonnait la satisfaction; si l’offenseur n’avait pas de quoi satisfaire seul, ses parents et sa femme l’y aidaient. Ce qui pouvait donner lieu à des satisfactions de ce genre, c’était si l’un des deux en tuait un autre par accident; si par hasard le mari ou la femme venait à se pendre par quelque faute du conjoint; si quelqu’un était cause d’un incendie soit d’une maison ou d’un héritage, de ruches à miel ou d’un grenier de maïs. S’il s’agissait d’offenses ou de dommages causés par malice, la satisfaction ne s’obtenait jamais sans qu’il y eût des coups ou du sang versé.
Le Yucatèque est libéral et hospitalier: personne n’entre dans sa maison qu’il ne lui offre aussitôt à boire et à manger; de jour, de la bouillie ou du breuvage accoutumé; de nuit; de son dîner. S’il ne l’a point, il va le chercher dans le voisinage; si, en route, du monde se joint à lui, avec tous il partage, quelque peu qu’il puisse y avoir pour chacun d’eux.
Que su cuenta es de V en V, hasta XX, y de XX en XX hasta C, y de C en C hasta 400, y de CCCC en CCCC hasta VIII mil. Y desta cuenta se servian mucho para la contratacion de cacao. Tienen otras cuentas muy largas, y que las protienden in infinitum, contandolas VIII mil XX vezes que son C y LX mil, y tornando a XX duplican estas ciento y LX mil, y despues yrlo assi XX duplicando hasta que hazen un incontable numero: cuentan en el suelo o cosa llana.
Que tienen mucha cuenta con saber el origen de sus linajes, especial si vienen de alguna casa de Mayapan, y esso procuran de saberlo de los sacerdotes, que es una de sus sciencias, y jatanse mucho de los varones que en sus linajes ha avida señalados. Los nombres de los padres duran siempre en los hijos, en las hijas no. A sus hijos y hijas siempre llamavan del nombre del padre y de la madre, el del padre como propio y de la madre apellativo. Desta manera el hijo de Chel y Chan llamavan Na-Chan-Chel, que quiere dezir hijo de fullanos, y esta es la causa que dizen los indios son los de un nombre deudos y se tratan por tales, y por esso quando viene alguno en parte no conocido y necessitado, luego acude el nombre, y si ay quien, luego con toda charidad se reciben y tratan y assi ninguna muger o hombre se casava con otro del mesmo nombre, porque era a ellos gran infamia. Llamanse aora los nombres de Pilar los propios.
Que los indios no admittian las hijas a heredar con los hermanos sino era por via de piedad o voluntad y entonces davanles del monton algo; lo demas partian los hermanos igualmente, salvo que al que mas notablemente avia ayudado a allegar la hazienda davan la equivalencia y si eran todas hijas, heredavan los hermanos o mas propinquos. Y si eran de edad que no se suffria entregar la hazienda, entregavanla a un tutor debdo mas cercano, el qual dava a la madre para criarlos, porque no usavan de dexar nada en poder de madres, o quitavanles los niños principalmente siendo los tutores hermanos del difunto. Estos tutores davan lo que assi se les entregava a los erederos quando eran de edad, y no hazerlo era gran fealdad entre ellos y causa de muchas contiendas. Quando assi le entregavan era delante de los señores y principales, quitando lo que havian dado para los criar y no davan de las cosechas de las eredades nada mas como era de colmenares y algunos arboles de cacao, porque dezian era harto tenerlo en pie. Si quando el señor moria no eran los hijos para regir y tenia hermanos, regia de los hermanos el mayor o el mas desenbuelto y al heredero mostravan sus costumbres y fiestas para quando fuesse nombre y estos hermanos, aunque el eredero fuesse para regir, mandavan toda su vida, y sino avia hermanos, elegian los sacerdotes y gente principal un hombre sufficiente para ello.
Les Yucatèques comptent de 5 en 5 jusqu’à 20 et de 20 en 20 jusqu’à 100; de 100 en 100 jusqu’à 400 et de 400 en 400 jusqu’à 8000. Cette manière de compter était fort en usage dans les marchés qui concernaient le cacao. Ils ont d’autres numérations fort longues qu’ils étendent ad infinitum, comptant le nombre 800 vingt fois, ce qui fait 160,000; puis retournant à 20, ils doublent 160,000 et ainsi multipliant par 20, jusqu’à ce qu’ils arrivent à un chiffre innombrable. Leurs comptes se font sur le sol ou une chose plane.
Ils tiennent beaucoup à connaître l’origine de leurs familles, surtout s’ils descendent de quelque maison de Mayapan; aussi cherchent-ils à s’en instruire auprès des prêtres, les connaissances généalogiques étant une des branches de leurs sciences: ils sont très-fiers si dans leurs familles il y a eu des hommes distingués. Les noms des pères durent toujours dans les fils, mais non dans les filles. Ils donnaient toujours à leurs fils et filles les noms du père et de la mère, celui du père comme le nom propre et celui de la mère comme l’appellatif: ainsi le fils de Chel et de Chan se nommait Na-Chan-Chel, ce qui veut dire fils de tels. C’est à cause de cela que l’on dit que ces Indiens sont tous ensemble parents et d’un même nom, et qu’ils se traitent pour tels; aussi, s’il arrive que l’un d’eux se trouve en quelque endroit inconnu et dans l’embarras, il dit son nom; sur-le-champ, s’il y en a là de la même descendance, ils accourent, le reçoivent et le traitent avec la plus grande tendresse. C’est pour cela que ni homme ni femme n’épousait quelqu’un du même nom, car il y avait là pour tous une grande note d’infamie. Leurs noms propres aujourd’hui sont comme Pilar, etc.[113].
Ces Indiens ne permettaient pas aux filles d’hériter avec leurs frères, si ce n’est par condescendance ou bonne volonté; dans ce cas, on leur donnait quelque chose de la succession. Les frères partageaient le reste d’une manière égale, sauf que celui qui avait le plus aidé auparavant à accroître le bien, en recevait l’équivalent d’avant part; s’il n’y avait que des filles, les cousins ou parents les plus proches prenaient l’héritage. Si les enfants étaient trop jeunes, pour qu’on pût le leur confier, on le remettait au plus proche parent, qui était ainsi le tuteur. Celui-ci donnait à la mère de quoi les élever; car, d’après leurs usages, ils ne laissaient rien en la puissance de la mère, ou même lui ôtaient les enfants, principalement si les tuteurs étaient les frères du défunt. Quand les héritiers avaient atteint leur majorité, ces tuteurs leur rendaient leur bien; le contraire était considéré comme une grande vilainie et devenait la cause de grandes querelles. La remise de l’héritage se faisait en présence du seigneur et des principaux de l’endroit, qui en distrayaient ce que le tuteur avait donné pour élever les enfants; mais les héritiers ne recevaient absolument rien de ce qui avait été moissonné sur l’héritage, non plus que du miel et du cacao, à cause du travail qu’occasionnaient les cacaotiers et les ruches. Lorsque le seigneur venait à mourir, ce n’étaient pas ses fils qui succédaient au gouvernement, mais bien l’aîné de ses frères, s’il en avait, ou le plus capable; l’héritier présomptif entre-temps était instruit de ce qui concernait les coutumes et les fêtes, afin qu’il devînt un homme capable lui-même. Mais encore qu’il fût en état de gouverner, c’étaient les frères de son père qui commandaient jusqu’à la fin de leur vie; mais s’il n’y avait pas de frères, les prêtres et les principaux chefs faisaient choix d’un homme capable de gouverner jusqu’à la majorité de l’héritier.
Que antiguamente se casavan a XX años, aora de XII o XIII, y por esso aora se repudian mas facilmente como se casan sin amor i ignaros de la vida matrimonial y officio de casados, y si los padres no podian persuadir que volviessen con ellas, buscavanles otra y otras y otras. Con la mesma facilidad dexavan los hombres con hijos a sus mugeres sin temor de que otro las tomasse por mugeres o despues volver a ellas; pero con todo esso son muy zelosos y no llevan a paciencia que sus mugeres no les esten honestas, y aora que han visto que los españoles sobre esso matan a las suyas, empieçan a maltratarlas y aun a matarlas. Si quando repudiavan los hijos eran niños, dexavanlos a las madres, si grandes los varones con los padres y hembras con las madres.
Que aunque era tan comun y familiar cosa repudiar, los ancianos y de mejores costumbres lo tenian por malo y muchos avia que nunca avian tenido sino una, la qual ninguno tomava de su nombre, de parte de su padre; ca era cosa muy fea entre ellos y si algunos se casavan con las cuñadas mugeres de sus hermanos, era tenido por malo. No se casavan con sus madrastas, ni cuñadas hermanas de sus mugeres, ni tias hermanas de sus madres, y si alguno lo hazia era tenido malo; con todas las demas parientas de parte de su madre contrayan aunque fuesse prima hermana.
Los padres tienen mucho cuidado de buscarles con tiempo mugeres de su estado y condicion y si podian en el mesmo lugar; y poquedad era entre ellos buscar las mugeres para si, y los padres para sus hijas casamiento; y para tratarlo, buscavan casamenteros que lo rodeassen: concertado y tratado, concertavan las aras y dote, lo qual era muy poco, y davalo el padre del moço al consuegro, y hazia la suegra allende del dote vestidos a la nuera y hijo; y venido el dia, se juntavan en casa del padre de la novia, y alli aparejada la comida, venian los combidados y el sacerdote, y juntado los casados y consuegros, tratava el sacerdote quadrarles, pues lo avian bien mirado los suegros y estarles bien y assi le davan su muger al moço essa noche si era para ello y luego se hazia la comida y combite; y de ay adelante quedava en casa del suegro el yerno, trabajando cinco o seis años por el suegro, y sino lo hazia, hechavanle de casa y travajavan las madres diesse siempre la muger de comer y bever al marido en señal de casamiento. Los viudos y viudas sin fiesta ni solemnidades se concertavan, con solo ir ellos a casa dellas y admittirlos y darles de comer se hazia el casamiento; de lo qual nacia que se dexavan con tanta facilidad como se tomavan. Nunca los yucataneses tomaron mas de una como se ha hallado de otras partes tener muchas juntas, y los padres algunas vezes contrahen matrimonio por sus hijos niños hasta que sean venidos en edad y se tratan como suegros.
Anciennement ils se mariaient à l’âge de vingt ans: aujourd’hui ils le font de douze à treize; aussi se répudient-ils bien plus facilement, se mariant comme ils le font, sans amour, sans connaissance de la vie matrimoniale et des devoirs qu’elle impose: quand les parents du fils ne réussissaient pas à lui persuader de retourner avec sa femme, ils en cherchaient une autre et les parents de la femme un autre mari. Les hommes ayant des enfants laissaient avec la même facilité leurs femmes, sans appréhension que d’autres les prissent ou qu’ils pussent eux-mêmes retourner à elles. Avec tout cela, ils sont fort jaloux et supportent difficilement que leurs femmes soient infidèles; et maintenant qu’ils ont vu dans des cas semblables les Espagnols tuer les leurs, ils commencent à les maltraiter et à les tuer à leur tour. Si, en les répudiant, leurs enfants étaient encore en bas âge, ils les laissaient à leurs mères; s’ils étaient grands, les garçons allaient avec le père et les filles avec la mère.
Quoique la répudiation fût une chose si commune et si familière à ces Indiens, les anciens et ceux qui tenaient aux bonnes mœurs la condamnaient; il y en avait donc beaucoup qui n’en avaient jamais eu qu’une. Ils n’en prenaient jamais qui portassent leur propre nom du côté paternel, car ils regardaient un mariage de ce genre comme une mauvaise action, de même qu’un mariage contracté avec sa belle-sœur, veuve d’un frère. Ils n’épousaient ni leurs belles-mères ni leurs belles-sœurs, du côté de leurs femmes, ni leurs tantes maternelles; et si l’un d’eux le faisait, on considérait son union de mauvais œil. Du reste ils se mariaient sans scrupule avec toutes leurs autres parentes du côté maternel, fût-ce même avec leurs cousines germaines.
Les pères avaient grand soin de chercher de bonne heure à leurs fils des femmes de leur condition et, si faire se pouvait, du même endroit qu’eux: il y avait une sorte de bassesse pour les hommes à chercher eux-mêmes leurs femmes, ou pour les pères à chercher eux-mêmes des maris pour leurs filles; à cet effet ils s’adressaient à des personnes qui se chargeaient de ce soin. Les choses une fois arrangées, on concertait le douaire et la dot, ce qui était fort peu de chose: le père du futur en remettait le montant au beau-père et, en outre de la dot, la mère faisait des habits pour sa belle-fille et pour son fils. Le jour des noces, tous s’assemblaient dans la maison du père de la future: un repas y était préparé. Les convives se trouvant réunis avec les fiancés et leurs parents, le prêtre, ayant suffisamment reconnu que ceux-ci avaient mûrement considéré l’affaire, donnait au jeune homme sa femme, s’il était destiné à la recevoir cette même nuit, après quoi avait lieu le festin. A dater de ce moment le gendre restait dans la maison de son beau-père et travaillait pour son compte pendant cinq ou six ans: s’il négligeait de le faire, on le chassait de la maison; mais les mères s’arrangeaient pour que la femme donnât toujours de quoi manger à son mari, en signe de mariage. Les veufs et veuves s’unissaient sans fêtes ni solemnités: il suffisait aux premiers de se rendre à la maison d’une veuve, d’y être reçus et d’y trouver à manger de sa main, pour que le mariage eût lieu; aussi ne se séparaient-ils pas avec moins de facilité qu’ils se prenaient pour époux. Les Yucatèques n’ont jamais eu l’usage d’épouser plus d’une femme, comme cela s’est vu dans les pays voisins, où l’on en a plusieurs à la fois. Il arrivait quelquefois que les pères contractaient mariage pour leurs enfants en bas âge, qu’ils unissaient ensuite en leur temps, et jusque-là ils ne se traitaient pas moins comme alliés.
No se halla el baptismo en ninguna parte de las Indias, sino en esta de Yucatan, y aun con vocablo que quiere dezir nacer de nuevo o otra vez, que es lo mesmo que en la lengua latina renascor, porque en la lengua de Yucatan zihil quiere dezir nacer de nuevo o otra vez, y no se usa sino en composicion de verbos, y assi caput zihil quiere dezir nacer de nuevo. No hemos podido saber su origen, mas de que es cosa que an siempre usado y a que tenian tanta devocion, que nadie lo dexava de recebir, y tanta reverencia que los que tenian peccados, si eran para saber los cometer los avian de manifestar, especialmente a los sacerdotes para recebirlo, y tanta fee en el que no lo iteravan en ninguna manera. Lo que pensavan recebian en el era una previa disposicion para ser buenos en sus costumbres, y no ser dañados en las cosas temporales de los demonios, y venir mediante el y su buena vida a conseguir la gloria que ellos esperavan, en la qual, segun en la de Mahoma, avian de usar de manjares y beveres.
Tenian pues esta costumbre para venir a hazer los baptismos, que criavan las indias los niños hasta edad de tres años, y a los varoncillos usavanles siempre poner pegada a la cabeça en los cabellos de la coronilla una contezuela blanca, y a las muchachas traian ceñidas por las senes muy abaxo con un cordel delgado y en el una conchuela asida que les venia a dar encima de la parte honesta, y destas dos cosas era entre ellos peccado y cosa muy fea quitarla de las mochachas antes del baptismo, el qual les davan siempre desde edad de tres años hasta doze y nunca se casavan antes del baptismo.
Quando alguno avia que quisiesse baptizar su hijo, iva al sacerdote y davale parte de su intento, el qual publicava por el pueblo el baptismo y el dia en que lo hazia, el qual ellos miravan siempre no fuesse aciago. Esto hecho el que hazia la fiesta que era el que movia la platica, elegia un principal del pueblo a su gusto para que le ayudasse a su negocio y las cosas del. Despues tenian de costumbre elegir a otros quatro hombres ancianos y honrados que ayudassen al sacerdote el dia de la fiesta a las cerimonias, y estos elegian juntamente a su gusto con el sacerdote. Y en estas elecciones entendian siempre los padres de todos los niños que avia que baptizar, ca de todos era tambien la fiesta y llamavanlos a estos que escogian chaces. Tres dias antes de la fiesta ayunavan los padres de los mochachos y los officiales, abstiniendose de las mugeres.
El dia juntavanse todos en casa del que hazia la fiesta y llevavan los niños todos que avian de baptizar, a los quales ponian en el patio o plaça de la casa, que limpio y sembrado de hojas frescas le tenian por orden en rengla los varones por si y las niñas por si, ponian les como padrinos una muger anciana a las niñas, y a los niños un hombre que los tuviessen a cargo.
Esto hecho tratava el sacerdote de la purificacion de la posada, hechando al demonio della. Para echarlo ponian quatro vanquillos en las quatro esquinas del patio en los quales se sentavan los quatro chaces con un cordel largo asido de uno a otro, de manera que quedavan los niños acorralados en medio a dentro del cordel, despues pasando sobre el cordel avian de entrar todos los padres de los niños que avian ayunado dentro del circuito. Despues o antes ponian en medio otro vanquillo donde el sacerdote se sentava con un brasero, y un poco de maiz molido y de su encienso. Alli venian los niños y niñas por orden y echavales el sacerdote un poco de maiz molido y del encienso en la mano, y ellos en el brasero; y ansi hazian todos, y estos saumerios acabados, tomavan el brasero en que los hazian, y el cordel con que los chaces los tenian cercados y echavan en un vaso un poco de vino y davan lo todo a un indio que lo llevasse fuera del pueblo, avisandole no beviesse ni mirasse atras a la buelta y con esto dezian quedava el demonio echado.
El qual assi ido verrian el patio y limpiavanlo de las hojas del arbol que tenia que se dize cihom y echavan otras de otro que llaman copo, y ponian unas seras en tanto que el sacerdote se vestia. Vestido salia con un jaco de pluma colorado y labrado de otras plumas de colores, y que le cuelgan de los estremos otras plumas largas y una como coroza en la cabeça de las mesmas plumas, y debaxo del jaco muchos listones de algodon hasta el suelo como colas, y con un isopo en la mano de un palo corto muy labrado, y por barbas o pelos del isopo ciertas colas de unas culebras que son como caxcaveles, y con no mas ni menos gravedad que ternia un papa para coronar un emperador, que cosa era notable la serenidad que les causavan los aparejos. Los chaces ivan luego a los niños y ponian a todos sendos paños blancos en las cabeças que sus madres para aquello traian. Preguntavan a los que eran grandecillos si avian hecho algun peccado y tocamiento feo, y si lo avian hecho, confessavanlo, y separavanlos de los otros.
Esto hecho mandava el sacerdote callar y sentar la gente, y començava el a bendezir con muchas oraciones a los mochachos, y a santiguarlos con su isopo, y con mucha serenidad. Acabada su bendicion se sentava y se levantava el principal que avian los padres de los mochachos elegido para esta fiesta, y con un guesso que el sacerdote le dava iva a los mochachos y amagava a cada uno por si nueve vezes con el guesso en la frente; despues mojavale en un vaso de una agua que llevava en la mano, y untavales la frente, y las faciones del rostro y entre los dedos de los piez y los de las manos a todos sin hablar palabra. Esta agua hazian de ciertas flores y de cacao mojado y desleido con agua virgen que ellos dezian traida de los concavos de los arboles o de los montes.
Acabada esta unctura se levantava el sacerdote y les quitava los paños blancos de la cabeça y otros que tenian colgados a las espaldas en que cada uno traia atadas unas pocas de plumas de un paxaro muy hermoso y algunos cacaos, lo qual todo recogia uno de los chaces, y luego el sacerdote les cortava a los niños con una navaja de piedra la cuenta que avian traido pegada en la cabeça; tras esto ivan los demas ayudantes del sacerdote con un manojo de flores y un humaço que los indios usan chupar; y amagavan con cada uno dellos nueve vezes a cada mochacho, y despues davanle a oler las flores y a chupar el humaço. Despues recogian los presentes que las madres traian y davan dellos a cada mochacho un poco para comer alli, ca de comida eran los presentes, y tomavan un buen vaso de vino y presto en medio ofrecianlo a los dioses y con devotas plegarias les rogavan recibiessen aquel don pequeño de aquellos mochachos, y llamando otro oficial que les ayudava que llamavan Cayom davanse lo que lo beviesse, lo qual hazia sin descançar que diz que era peccado.
Esto hecho se despedian las mochachas primero, a las quales ivan sus madres primero a quitarles el hilo con que avian andado hasta entonces atadas por las renes, y la conchuela que traian en la puridad, lo qual era como una licencia de poderse ya quando quiera que los padres quisiessen casar. Despues despedian por si a los mochachos, y idos venian los padres al monton de las mantillas que avian traido, y repartianlo de su mano por los circumstantes y officiales. Despues acabavan la fiesta con comer y bever largo; llamavan a esta fiesta Emku, que quiere dezir baxada de Dios. El que la avia hecho principalmente moviendola y haziendo el gasto, allende de los tres dias que se avia, como por ayuno, abstenido, se avia de abstener nueve mas y lo hazian inviolablemente.
On ne trouve de baptême en aucune partie des Indes, excepté dans le Yucatan[114], où il existe désigné sous un nom qui signifie naître de nouveau ou une autre fois: le mot est identique avec le latin renasci; car dans la langue du Yucatan zihil veut dire renaître. Mais il n’est usité qu’en composition verbale; ainsi caput-zihil signifie naître de nouveau. Nous n’avons pu retrouver son origine; on sait seulement que c’est une coutume qui a toujours existé et à laquelle ils avaient tant de dévotion qu’ils ne laissaient jamais de s’y conformer. Ils y avaient un tel respect que ceux qui avaient des péchés sur la conscience ou qui se sentaient inclinés à en commettre quelqu’un, s’en confessaient particulièrement au prêtre, afin d’être en état de recevoir le baptême, et ils y mettaient une si grande foi qu’ils ne l’auraient réitéré pour quoi que ce fût. Ils croyaient y recevoir une disposition préalable à se conduire honnêtement, et se trouver garantis de toute atteinte des démons dans les choses temporelles; par ce moyen et une vie réglée, ils espéraient obtenir la béatitude qu’ils attendaient, dans laquelle, comme en celle de Mahomet, ils auraient trouvé le plaisir avec les femmes, ainsi qu’à boire et à manger.
Voici la coutume qu’ils avaient pour se préparer au baptême: les femmes étant chargées d’élever les enfants jusqu’à l’âge de trois ans, mettaient sur la tête des petits garçons quelque chose de blanc attaché entre les cheveux à l’occiput; quant aux petites filles, elles portaient de la ceinture en bas une corde fort menue, à laquelle était attachée une petite coquille qui venait à se trouver placée justement au-dessus des parties sexuelles; on regardait comme un grand péché et une chose fort malhonnête d’ôter ces choses aux petites filles avant leur baptême, qui leur était toujours administré entre trois et douze ans, et jamais on ne les mariait auparavant.
Lorsque quelqu’un désirait faire baptiser son enfant, il allait au prêtre et lui faisait part de son intention: celui-ci publiait le baptême dans toute la commune, ayant soin toujours que la cérémonie ne tombât pas en un jour malheureux. Cela fait, celui qui en avait fait la proposition, et qui, par conséquent, se chargeait de la fête, choisissait à son goût un des principaux de la localité, afin de l’aider dans tout ce qui y avait rapport. Après cela, on avait coutume d’en choisir encore quatre autres d’entre les anciens et des plus honorables, qui prêtaient secours au prêtre dans ses fonctions le jour de la fête: ce choix se faisait toujours d’accord avec le prêtre lui-même. Les pères de tous les enfants à baptiser avaient également part à cette élection, car la fête était du ressort de tous: à ceux qui avaient été désignés pour accompagner le prêtre on donnait le titre de chac[115]. Durant les trois jours précédant la fête, les pères des enfants jeûnaient ainsi que ces officiers, s’abstenant d’user de leurs femmes.
Au jour convenu, tous ensemble se réunissaient dans la maison de celui qui faisait la fête, amenant avec eux les enfants à baptiser: on les rangeait dans la cour ou la place de la maison qui avait été balayée et parsemée de verdure; les garçons se plaçant d’un côté, sous la garde d’un homme qui faisait comme l’office de parrain à leur égard; et de l’autre, les filles à qui l’on donnait une matrone pour prendre soin d’elles.
Cela fait, le prêtre s’occupait à purifier la maison, chassant le démon du lieu. A cet effet, on plaçait un petit banc aux quatre angles de la cour: les quatre chacs s’asseyaient tenant une corde de l’un à l’autre, de façon à ce que les enfants demeurassent en quelque sorte renfermés au milieu, après quoi les pères tous ensemble qui avaient observé le jeûne jusque-là, passaient par-dessus la corde pour entrer dans l’enceinte. Au milieu était une autre banquette où le prêtre s’asseyait, ayant à côté de lui un brasier avec du maïs moulu et de l’encens[116]. Les petits garçons et les petites filles s’approchaient en ordre, et le prêtre leur mettait dans la main un peu du maïs et de l’encens qu’ils jetaient tour à tour dans le brasier. Cela passé et les encensements terminés, on enlevait le brasier et la corde dont les chacs faisaient l’enceinte; ceux-ci versaient un peu de vin dans un vase qu’ils donnaient avec ces choses à un homme pour les porter hors de la commune, en lui recommandant surtout de ne pas boire le vin et de ne pas regarder par derrière à son retour. De cette manière, on disait que le démon était chassé.
On balayait ensuite la cour et on la nettoyait de la verdure qui s’y trouvait et qui était des feuilles d’un arbre appelé cihom; on les remplaçait par d’autres d’un arbre nommé copo, et on étendait quelques nattes, pendant que le prêtre revêtait ses habits. Il se présentait bientôt après revêtu d’une tunique de plume rouge, travaillée d’autres plumes de diverses couleurs et d’où pendaient d’autres plumes plus grandes, et par-dessus comme une grande quantité de rubans de coton qui pendaient jusqu’à terre: sur la tête il portait une sorte de mitre travaillée en plume de la même manière, et à la main comme un petit goupillon de bois, sculpté avec art, dont les poils étaient des queues de serpent analogues aux serpents à sonnette. Il sortait ainsi n’ayant ni plus ni moins de gravité qu’un pape en aurait pour couronner un empereur; et c’est une chose notable de voir la sérénité que lui donnait tout cet appareil. Les chacs aussitôt s’avançaient vers les enfants et leur mettaient sur la tête des linges blancs que leurs mères avaient apportés à cet effet. Ils demandaient aux plus grands s’ils n’avaient pas commis quelque péché ou attouchement obscène, et s’ils l’avaient fait, ils le confessaient et on les séparait des autres.
Cela terminé, le prêtre commandait à tout le monde de s’asseoir et de se taire; il se mettait ensuite à bénir les enfants avec certaines prières, et à les sanctifier avec son goupillon avec beaucoup de majesté. La bénédiction finie, il s’asseyait: celui que le père des enfants avait choisi pour aider principalement à cette fête, se levait alors, et armé d’un os que le prêtre lui donnait, il allait à chaque enfant et le lui passait neuf fois au front; il le trempait ensuite dans un vase d’eau qu’il portait à la main, en oignait à tous le front et le visage, ainsi que les interstices des doigts des pieds et des mains, sans dire un seul mot. Cette eau se composait de certaines fleurs et de cacao mouillé et délayé dans de l’eau vierge qu’ils disaient provenir des concavités des bois ou des montagnes.
A la suite de cette onction, le prêtre se levait; il leur ôtait de la tête les linges blancs qu’on leur avait mis, ainsi que d’autres qu’ils avaient aux épaules, où chacun d’eux portait quelques plumes d’un fort bel oiseau et des grains de cacao. L’un des chacs recueillait toutes ces choses, après quoi le prêtre coupait avec un couteau de pierre aux petits garçons ce qu’ils portaient attaché à la tête; derrière le prêtre marchaient ses autres aides, un bouquet de fleurs à la main avec une pipe à parfums que les Indiens ont coutume de fumer; ils en faisaient neuf passes à chaque enfant et ensuite lui donnaient tour à tour à sentir le bouquet et à aspirer la pipe. Ils recueillaient après cela les présents que les mères avaient apportés et en donnaient un peu à manger là même à chacun des enfants; car ces présents étaient de victuailles. Ils prenaient un grand vase rempli de vin, ils l’offraient rapidement aux dieux, en les priant avec des paroles de dévotion d’agréer ce faible hommage de la part des enfants, puis appelant à eux un autre officier, dont le titre était Cayom, ils lui donnaient le vase qu’il devait vider d’un trait; car s’arrêter pour prendre haleine eût été un péché.
La cérémonie achevée, les jeunes filles prenaient congé du prêtre; mais auparavant leurs mères leur enlevaient le cordon qu’elles avaient porté jusque-là autour des reins avec la coquille, insigne de leur pureté, ce qui était comme une permission de pouvoir se marier, quand il plairait aux parents de leur choisir un époux. Après les filles venaient les garçons, qui comme elles prenaient congé du prêtre; puis arrivaient les pères qui, s’approchant du monceau de linges qu’ils avaient apportés, les distribuaient de leurs mains aux officiers et assistants. La journée se terminait avec un grand festin où ils mangeaient et buvaient en abondance. La fête avait pour nom Em-Ku, c’est-à-dire descente de Dieu. Celui qui l’avait célébrée, surtout en la mettant en train et en en faisant les frais, devait, en outre des trois jours d’abstinence qu’il avait eus en forme de jeûne, s’abstenir encore durant neuf jours, et il le faisait inviolablement.