Que los yucataneses naturalmente conocian que hazian mal, y por que creian que por el mal y pecado les venian muertes, enfermedades y tormentos, tenian por costumbre confessarse, quando ya estava en ellos, en esta manera: que quando por enfermedad o otra cosa, eran en peligro de muerte, confessavan su peccado, y si se descuydavan, traianselo los parientes mas cercanos o amigos a la memoria, y ansi dezian publicamente sus peccados, si estava alli el sacerdote, a el, sino a los padres y madres, y las mugeres a los maridos, y maridos a las mugeres.
Los peccados de que comunmente se acusavan, eran del hurto, homicidio, de la carne, y falso testimonio, y con esto se creian salvos, y muchas vezes si escapavan avia rebueltas entre el marido y la muger, por las desgracias que les avian succedido, y con las que las avian causado.
Ellos confessavan sus flaquezas, salvo las que con sus esclavas los que las tenian cometian, porque dezian era licito usar de sus cosas como querian. Los peccados de intencion no confessavan, tenian empero por malos, y en sus consejos y predicaciones consejavan evitarlos. Que las abstinencias que comunmente hazian eran de sal en los guisados y pimienta, lo qual les era grave, y abstenianse de sus mugeres para la celebracion de todas sus fiestas.
No se casavan despues de viudos un año, por no conocer hombre a muger en aquel tiempo, y a los que esto no guardavan, tenian por poco templados y que les vendria por esso algun mal.
Y en algunos ayunos de sus fiestas no comian carne ni conocian sus mugeres; recibian los officios de las fiestas siempre con ayunos, y lo mesmo los officios de republica y algunos tan largos que eran de tres años, y todos estos quebrantarlos eran grandes peccados.
Que eran tan dados a sus idolatricas oraciones, que en tiempo de necessidad hasta las mugeres, mochachos, y moças, todos entendian en esto que era quemar encienso y suplicar a Dios les librasse del mal y reprimiesse al demonio, que esto les causava.
Y que aun los caminantes en sus caminos llevavan encienso y un platillo en que lo quemar, y assi a la noche do quiera que llegavan, erigian tres piedras pequeñas y ponian en ellas sendos pocos del encienso, y ponian les delante otras tres piedras llanas, en las quales echavan encienso, y rogando al Dios que llamavan Ekchuah los volviesse con bien a sus casas, y esso hasta ser bueltos a sus casas cada noche lo hazian donde no faltava quien por ellos hiziesse otro tanto y aun mas.
Que tenian gran muchedumbre de idolos y templos sumptuosos en su manera, y aun sin los comunes templos tenian los señores sacerdotes y gente principal oratorios y idolos en casa para sus oraciones y ofrendas particulares. Y que tenian a Cuzmil y poço de Chicheniza en tanta veneracion como nosotros a las romerias de Hierusalem y Roma y assi les ivan a visitar y offrecer dones, principalmente a la de Cuzmil, como nosotros a lugares santos, y ya que no ivan, siempre embiavan sus offrendas. Y los que ivan tenian de costumbre de entrar tambien en templos derelictos, quando passavan por ellos a orar y quemar copal.
Tantos idolos tenian que aun no les bastava los de sus dioses; pero no avia animal ni savandija que no le hiziessen estatua y todos los hazian a la semejanza de sus dioses y diosas. Tenian algunos idolos de piedra, mas pocos, y otros de madera, y de bulto pequeños, pero no tantos como de barro. Los idolos de madera eran tenidos en tanto que se eredavan, y tenidos por lo principal de la herencia. Idolos de metal no tenian, por que no ay metal aï. Bien sabian ellos que los idolos eran obras suyas y muertas y sin deidad, mas que los tenian en reverencia por lo que representavan, y por que les avian hecho con tantas cerimonias, en especial los de palo.
Los mas idolatras eran los sacerdotes, chilanes, hechizeros y medicos, chaces y nacones. El officio de los sacerdotes era tratar y enseñar sus sciencias y declarar las necessidades y sus remedios, predicar y echar las fiestas, hazer sacrificios y administrar sus sacramentos. El officio de los chilanes era dar respuestas de los demonios al pueblo y eran tenidos en tanto que acontecia llevarlos en ombros. Los hechizeros y medicos curavan con sangrias hechas en la parte donde dolia al enfermo, y echavan suertes para adivina en sus officios y otras cosas. Los chaces eran quatro hombres ancianos elegidos siempre de nuevo para ayudar al sacerdote a bien y complidamente hazer las fiestas. Nacones eran dos officios, el uno perpetuo y poco onroso, por que era el que abria los pechos a las personas que sacrificavan. El otro era una elecion hecha de un capitan para la guerra y otras fiestas que duravan tres años, este era de mucha onra.
Les Yucatèques connaissaient naturellement le mal quand ils le commettaient, et ils croyaient que c’était en châtiment du mal et du péché que leur venaient la mort, les maladies et les tourments; ils avaient coutume de se confesser, et quand ils en avaient l’idée, c’était de la manière suivante. Lorsque, par suite d’une maladie ou d’autre chose, ils étaient en danger de mourir, ils confessaient leurs péchés; mais s’ils oubliaient d’y penser, leurs parents les plus proches ou leurs amis le leur rappelaient. Ainsi ils disaient publiquement leurs péchés au prêtre, s’il était présent, sinon à leurs pères et mères, les femmes à leurs maris et les maris à leurs femmes.
Les fautes dont ils s’accusaient le plus communément étaient le vol, l’homicide, les faiblesses de la chair et les faux témoignages; après quoi, ils se croyaient sauvés. Mais il arrivait souvent, quand ils venaient à échapper, qu’il surgissait des querelles entre mari et femme, pour les infidélités dont ils avaient pu se rendre coupables, et avec ceux qui en étaient la cause.
Les hommes confessaient leurs faiblesses, sauf celles qu’ils commettaient avec leurs esclaves; car ils disaient qu’il était licite d’user de ce qui leur appartenait suivant leur caprice. Ils ne confessaient pas les péchés d’intention, quoiqu’ils les regardassent comme un mal; aussi dans leurs conseils et prédications conseillaient-ils de les éviter. Les abstinences qu’ils faisaient le plus communément étaient de se passer de sel et de piment dans les mets, ce qui pour eux était fort dur; ils s’abstenaient de l’usage de leurs femmes pour la célébration de toutes les fêtes.
Les veufs ne se remariaient qu’un an après leur veuvage, la coutume étant de ne connaître ni homme ni femme durant cet intervalle: ceux qui négligeaient de s’y conformer étaient regardés comme peu continents, et on s’imaginait qu’il leur en surviendrait quelque calamité.
Ils avaient des fêtes où non-seulement ils s’abstenaient de leurs femmes, mais aussi de manger de la chair: ils jeûnaient en entrant en office pour quelque fête, comme en entrant dans les charges de la république; il y avait de ces jeûnes qui duraient jusqu’à trois années entières, et ils considéraient comme un fort grand péché de les rompre.
Ils étaient, du reste, tellement observateurs de leurs pratiques idolâtres, que, dans les temps de calamité publique, jusqu’aux femmes et aux enfants des deux sexes s’occupaient à brûler de l’encens, à adresser leurs supplications à Dieu pour qu’il les délivrât du mal et réprimât le démon qui en était la cause.
Les voyageurs même emportaient en chemin de l’encens et une petite cassolette pour le brûler; c’est ainsi que de nuit, en quelque lieu qu’ils arrivassent, ils érigeaient trois petites pierres, déposant sur chacune quelques grains de cet encens; devant ils étendaient trois autres pierres plates, sur lesquelles ils mettaient encore de l’encens, en priant le dieu qu’ils nommaient Ekchuah[117], qu’il daignât les ramener heureusement chez eux. Cette pratique ils la recommençaient toutes les nuits jusqu’à leur retour dans les foyers, où toujours il y avait quelqu’un pour en faire autant et même davantage.
Ils avaient un très-grand nombre d’idoles et de temples somptueux à leur manière. A part même des temples ordinaires, les princes, les prêtres et les gens les plus considérables avaient encore des oratoires, avec des idoles domestiques, où ils faisaient en particulier leurs prières et leurs offrandes. Ils avaient autant de dévotion pour Cuzmil et le puits de Chichen Itza que nous pour les pèlerinages de Jérusalem et de Rome. Ainsi ils allaient les visiter et offrir des présents, principalement à Cuzmil, comme nous le faisons aux saints lieux, et s’ils ne pouvaient y aller eux-mêmes, ils y envoyaient toujours leurs offrandes. Ceux qui y allaient étaient accoutumés également de s’arrêter devant les temples abandonnés, s’ils avaient à passer à côté, d’y prier et d’y brûler du copal.
Ils avaient une si grande quantité d’idoles que celles même de leurs dieux ne leur suffisaient point; car il n’y avait pas d’animal ni de reptile dont ils ne fissent la statue, et ils les faisaient à l’image de leurs dieux et de leurs déesses. Ils avaient quelques idoles de pierre, mais en petit nombre, et d’autres de bois, de petite stature quoique pas en si grande quantité qu’en terre cuite. Les idoles de bois étaient si estimées, qu’elles comptaient dans les héritages, et ils y avaient la plus grande confiance[118]. Ils n’ignoraient nullement que les idoles étaient des ouvrages de leurs mains, œuvres mortes et sans divinité; mais ils les vénéraient à cause de ce qu’elles représentaient et des rites avec lesquels ils les avaient consacrées, surtout celles de bois.
Les plus idolâtres étaient les prêtres, Chilan, sorciers et médecins, Chacs et Nacon[119]. Ils avaient pour office de discourir sur leurs sciences et de les enseigner, de faire connaître les besoins et les moyens d’y satisfaire, de prêcher et de notifier les jours de fête, d’offrir des sacrifices et d’administrer leurs sacrements. L’office du Chilan consistait à donner les réponses des démons au peuple; on avait pour eux un tel respect, qu’ils ne sortaient d’ordinaire que portés en litière. Les sorciers et médecins guérissaient au moyen de saignées, pratiquées dans la partie malade; ils jetaient des sorts pour savoir l’avenir dans leurs offices et autres choses. Les chacs étaient quatre vieillards, élus chaque fois, suivant la circonstance, pour aider le prêtre à remplir entièrement ses fonctions durant les fêtes. La charge de Nacon était double: l’un était perpétuel et peu honorable, parce que c’était lui qui ouvrait la poitrine aux victimes humaines qu’on sacrifiait; le second, qui arrivait à son poste par élection, était un général d’armée, chargé également de présider à certaines fêtes: ses fonctions duraient trois ans et étaient réputées fort honorables.
Que hazian sacrificios con su propia sangre unas vezes, cortandose las (orejas) a la redonda por pedaços y alli los dexavan en señal. Otras vezes se agujeravan las mexillas, otras los beços baxos, otras se separavan partes de sus cuerpos, otras se agujeravan las lenguas al soslayo por los lados, y passavan por los agujeros pajas con grandissimo dolor; otras, se harpavan lo superfluo del miembro vergonçoso, dexandolo como las orejas, de lo qual se engaño el historiador general de las Indias, diziendo que se circumcidian.
Otras vezes hazian un suzio y penoso sacrificio añudandose los que lo hazian en el templo, donde puestos en rengla, se hazian sendos agujeros en los miembros viriles al soslayo por el lado, y hechos passavan toda la mas cantidad de hilo que podian, quedando assi todos asidos, y ensartados; tambien untavan con la sangre de todas estas partes al demonio, y el que mas hazia, por mas valiente era tenido, y sus hijos desde pequeños en ello començavan a ocupar y es cosa espantable quan aficionados eran a ello.
Las mugeres no usavan destos derramamientos, aunque eran harto santeras; mas de todas las cosas que aver podian que son aves del cielo, animales de la tierra, o pescados de la agua, siempre les embadurnavan los rostros al demonio con la sangre dellos. Y otras cosas que tenian ofrecian; a algunos animales les sacavan el corazon y lo ofrecian, a otros enteros, unos vivos, otros muertos, unos crudos, otros guisados, y hazian tambien grandes ofrendas de pan y vino, y de todas las maneras de comidas, y bevidas que usavan.
Para hazer estos sacrificios en los patios de los templos (avia) unos altos maderos y labrados y enhiesto, y cerca de las escaleras del templo tenian una peaña redonda ancha, y en medio una piedra de quatro palmos o cinco de alto enhiesta, algo delgada; arriba de las escaleras del templo avia otra tal peaña.
Que sin las fiestas en las quales, para la solemnidad de ellas, se sacrificavan animales, tambien por alguna tribulacion o necessidad, les mandava el sacerdote o chilanes sacrificar personas, y para esto contribuian todos, para que se comprasse esclavos, o algunos de devocion davan sus hijitos los quales eran muy regalados hasta el dia y fiesta de sus personas, y muy guardados que no se huyessen o ensuziassen de algun carnal peccado, y mientras a ellos llevavan de pueblo en pueblo con vailes, ayunavan los sacerdotes y chilanes y otros officiales.
Y llegado el dia, juntavanse en el patio del templo, y si avia de ser sacrificado a saetadas, desnudavanle en cueros y untavanle el cuerpo de azul con una coroça en la cabeça; y despues de alcançado el demonio, hazia la gente un solemne vaile con el, todos con arcos y flechas al rededor del palo, y bailando subianle en el, y atavanle y siempre vailando y mirandole todos. Subia el suzio del sacerdote vestido, y con una flecha en la parte verenda, fuesse muger o hombre le heria, y sacava sangre y baxavase y untava con ella los rostros al demonio; y haziendo cierta señal a los vailantes, le començavan a flechar por orden, como vailando passavan a priessa, al coraçon el qual tenia señalado con una señal blanca, y desta manera ponianle todos los pechos en un punto, como erizo de flechas.
Se le avian de sacar el corazon le traian al patio con gran aparato y compañia de gente, y enbadurnado de azul y su coroza puesta le llevavan a la grada redonda que era el sacrificadero, y despues que el sacerdote y sus officiales untavan aquella piedra con color azul y echavan purificando el templo al demonio; tomavan los chaces al pobre que sacrificavan, y con gran presteza le ponian de espaldas en aquella piedra y asianle de las piernas y braços todos quatro que le partian por medio. En esto llegava el saion nacon con un navajon de piedra, y davale con mucha destreza y crueldad una cuchillada entre las costillas del lado izquierdo debaxo de la tetilla, y acudiale alli luego con la mano y echava la mano del coraçon, como rabioso tigre y arancavaselo vivo, y puesto en un plato lo dava al sacerdote, el qual iva muy a prissa y untava a los idolos los rostros con aquella sangre fresca.
Algunas vezes hazian este sacrificio en la piedra y grada alta del templo, y entonces echavan el cuerpo ya muerto las gradas abaxo a rodar y tomavanle abaxo los officiales, y dessollavanle todo el cuero entero, salvo los pies y las manos, y desnudo el sacerdote en cueros vivos se aforrava de aquella piel y vailavan con el los demas, y era cosa de mucha solemnidad para ellos esto. A estos sacrificados comunmente solian enterrar en el patio del templo, o sino, comianseles repartiendo por los que alcançavan y los señores, y las manos y pies y cabeça eran del sacerdote y officiales, y a estos sacrificados tenian por santos. Si eran esclavos captivados en guerra el señor dellos tomava los huessos para sacar por divisa en los vailes en señal de victoria. Algunas vezes echavan personas vivas en el pozo de Chicheniza creiendo que salian al tercero dia, aunque nunca mas parecian.
Ils faisaient des sacrifices de leur propre sang, quelquefois se taillant les oreilles tout à l’entour par lambeaux qu’ils laissaient attachés en signe de pénitence; d’autres fois, ils se trouaient les joues, ou la lèvre inférieure. Les uns se tranchaient des morceaux de chair de certaines parties du corps, ou se perçaient la langue de biais, se passant à travers des fétus de paille avec de cruelles souffrances; d’autres se taillaient le superflu du membre viril, de manière à y laisser comme deux oreilles pendantes: c’est là ce qui causa l’erreur de l’historien général des Indes qui disait qu’ils se circoncisaient[120].
Dans d’autres circonstances, ils accomplissaient un obscène et douloureux sacrifice et voici comment: ceux qui voulaient en avoir le mérite se réunissaient dans le temple, rangés par ordre et attachés les uns aux autres: ils se perçaient alors chacun le membre viril de biais par le côté, puis dans les trous qu’ils avaient faits, ils passaient un cordon aussi long que possible, et ils demeuraient ainsi tous ensemble attachés et enfilés les uns avec les autres. Avec le sang qui coulait de ces plaies, ils oignaient toutes les parties des statues du démon; celui qui en faisait davantage était considéré comme le plus vaillant, et ses fils, dès le plus bas âge, apprenaient à s’y accoutumer, tant ils étaient enclins à cette épouvantable cérémonie.
Entre les femmes il n’y avait rien de semblable à cette effusion de sang, quoiqu’elles fussent excessivement dévotes. De tous les animaux que les Yucatèques pouvaient obtenir, soit des oiseaux du ciel, soit du gibier ou des bêtes fauves, ou même encore des poissons, ils en tiraient le sang pour en embarbouiller le visage de leurs idoles. Ils leur offraient de tout ce qu’ils possédaient: à quelques animaux, ils arrachaient le cœur pour l’offrir; ils en présentaient d’autres entiers, les uns vivants, les autres morts, crus ou cuits, sans compter le pain et le vin dont ils faisaient de grandes offrandes, ainsi que de toutes les variétés de mets et de boissons à leur usage.
Pour faciliter ces différents sacrifices, il y avait dans les cours des temples quelques grands arbres debout, ornés de sculptures, et au pied de l’escalier de chaque temple se trouvait comme un piédestal rond et large, au centre duquel s’élevait une pierre de quatre ou cinq palmes de hauteur et assez fine. En haut de l’escalier il y avait une autre pierre semblable[121].
Outre les fêtes, pour la solennité desquelles on sacrifiait des animaux, le prêtre ou le chilan commandait quelquefois, à l’occasion d’un malheur ou d’une nécessité publique, de sacrifier des victimes humaines. Tout le monde y contribuait, les uns en donnant de quoi acheter des esclaves, les autres en livrant, par dévotion, leurs petits enfants[122]. On les caressait et on avait un grand soin de ces victimes jusqu’au jour de la fête; mais on les gardait aussi avec beaucoup de vigilance, de peur qu’elles ne prissent la fuite ou ne se souillassent de quelque faute charnelle. Dans l’intervalle on les conduisait de ville en ville avec des danses, tandis que les prêtres, les chilans et les autres officiers observaient les jeûnes accoutumés.
Le jour convenu, tous se réunissaient dans le temple: si la victime devait être sacrifiée à coups de flèches, on la mettait toute nue, en lui barbouillant tout le corps de couleur bleue, et on lui posait une mitre sur la tête. Dès qu’on était arrivé à la statue du dieu, tous armés d’arcs et de flèches dansaient avec la victime un ballet solennel autour des arbres dont il a été question plus haut; tandis que les uns la montaient et l’attachaient, les autres continuaient à danser à l’entour, les yeux fixés sur elle[123]. Le sacrificateur impur, revêtu, montait à son tour une flèche à la main; et que la victime fût un homme ou une femme, il la frappait de son arme aux parties naturelles, en tirait du sang, descendait et en oignait le visage de l’idole. Sur un signal qu’il donnait ensuite aux danseurs, ceux-ci commençaient à lancer, en dansant, des flèches au cœur de la victime, à mesure qu’ils passaient avec rapidité devant elle, le but marqué de blanc ayant été signalé d’avance. C’est ainsi que toutes les poitrines tournées vers un seul point, en faisaient comme un hérisson armé de flèches.
S’il s’agissait d’enlever le cœur à la victime, on la conduisait avec un grand appareil, dans la cour du temple, toute barbouillée de bleu et la mitre en tête, entourée de beaucoup de monde, jusqu’au pied du socle de forme ronde qui était le lieu du sacrifice. Le prêtre, assisté de ses officiers, oignaient de bleu la pierre et purifiaient le temple en chassant les mauvais esprits. Les chacs saisissaient ensuite la pauvre victime, la renversaient avec rapidité sur la pierre et la tenaient tous quatre des bras et des jambes qu’ils séparaient par le milieu. Dans le même instant, arrivait le bourreau nacon, un couteau de pierre à la main: il l’en frappait avec une barbare habileté entre les côtes sous le sein gauche; puis aussitôt il plongeait la main dans la poitrine, d’où il enlevait avec la joie féroce d’un tigre le cœur palpitant. Il le déposait ensuite sur un plat qu’il présentait au prêtre; celui-ci s’empressait de le saisir, et du sang frais qui en dégouttait oignait le visage de ses idoles.
Quelquefois ce sacrifice avait lieu sur la pierre érigée en haut de l’escalier du temple, après quoi ils lançaient le cadavre par les degrés en bas: les officiers s’en emparaient, l’écorchaient en entier, à l’exception des pieds et des mains, et le prêtre s’étant dépouillé de ses habits, tout nu se recouvrait de la peau. Ceci était suivi d’une danse générale où il prenait part, et le sacrifice de cette manière était considéré comme une grande solennité[124]. L’usage était d’enterrer dans la cour du temple ceux qu’on sacrifiait de cette façon: au cas contraire, on le mangeait, le partageant aux chefs et à ceux qui pouvaient en obtenir un morceau; les pieds, les mains et la tête étant réservés pour le prêtre et ses officiers, les victimes immolées de cette manière étant considérées comme saintes[125]. Si c’étaient des esclaves prisonniers de guerre, leur maître gardait leurs ossements, qu’il étalait dans les ballets comme des insignes de victoire[126]. Quelquefois on jetait des victimes vivantes dans les puits de Chichen-Itza, dans l’idée qu’elles en sortaient le troisième jour, quoiqu’on ne les vît jamais reparaître.
Que tienen armas offensivas y defensivas. Ofensivas eran arcos y flechas que llevavan en su cargaje con pedernales por caxcillos y dientes de pescados muy agudas, las quales tiran con gran destreza y fuerza. Son los arcos de un hermoso palo leonado y a maravilla fuerte mas derechos que corvos, las cuerdas de su cañamo. La largura del arco es siempre algo menos que el que lo trae: las flechas son de cañas muy delgadas que se crian en lagunas y largas de mas de a cinco palmos, y enxierenle a la caña un pedaço de palo delgado muy fuerte y en aquel va enxerido el pedernal. No usavan ni la saben poner ponsoña, aunque tienen harto de que. Tenian hachuelas de cierto metal y desta hechura, las quales encaxavan en un hastil de palo, y les servia de armas, y buelta de labrar la madera. Davanle filo con una piedra a porrazos que es el metal blando. Tenian lançuelas cortas de un estado con los hierros de fuerte pedernal, y no tenian mas armas que estas.
Tenian para su defensa rodelas que hazian de cañas hendidas, y muy texidas redondas y guarnecidas de cueros de venados. Hazian xacos de algodon colchados y de sal por moler colchada de dos tandas o colchaduras, y estos eran fortissimos. Tenian algunos señores y capitanes como moriones de palo y estos eran pocos, y con estas armas ivan a la guerra, y con plumajes y pellejos de tigres, y leones, puestos los que los tenian. Tenian siempre dos capitanes, uno perpetuo y se eredava, otro elegido con muchas cerimonias por tres años para hazer la fiesta que hazian en su mes de Pax y caé al doze de mayo, o por capitan de la otra banda para la guerra.
A este llamavan Nacon; no avia en estos tres años conocer muger ni aun la suya, ni comer carne, tenianle en mucha reverencia y davanle pescados y yguanas que son como lagartos a comer; no se emborachava en este tiempo y tenia en su casa las vasijas y cosas de su servicio a parte, y no le servia muger y no tratava mucho con el pueblo.
Passados los tres años como antes, estos dos capitanes tratavan la guerra y ponian sus cosas en orden, y para esto avia en (cada) pueblo gente escogida como soldados, que quando era menester con sus armas acudian, los quales llaman holcanes, y no bastando estos, recogian mas gente, y concertavan y repartian entre si, y guiados con una bandera alta, salian con mucho silencio del pueblo, y assi ivan a arrevatar a sus enemigos con grandes gritos y crueldades, donde topavan descuidos.
En los caminos y passos, los enemigos les ponian defensas de flechaderos de varaçon y madera y comunmente hechos de piedra. Despues de la victoria quitavan a los muertos la quixada y limpia de la carne poniansela en el braço. Para sus guerras hazian grandes ofrendas de los despojos, y si captivavan algun hombre señalado luego le sacrificavan, porque no querian dexar quien les dañasse despues. La demas gente era captiva en poder del que la prendia.
Que a essos holcanes sino era en tiempo de guerra no davan soldada, y que entonces les davan cierta moneda los capitanes, y poca, porque era del suyo, y sino bastava, el pueblo ayudava a ello. Davanles tambien el pueblo la comida, y essa adereçavan las mugeres para ellos; la llevavan a cuestas por carecer de bestias y assi les duravan poco las guerras. Acabada la guerra los soldados hazian muchas vexaciones en sus pueblos durante el olor de la guerra, sobre el hazianse servir y regalar, y si alguno avia matado algun capitan o señor era muy honrado y festejado.
Les Yucatèques ont des armes offensives et défensives. Les offensives sont des arcs et des flèches qu’ils portent dans leurs carquois, armées de pointes d’obsidienne et de dents de poisson, fort aiguës, et qu’ils tirent avec non moins d’adresse que de force. Les arcs sont d’un beau bois fauve et extraordinairement solide, plutôt droits que courbes, et les cordes de l’espèce de chanvre qu’ils fabriquent. La longueur de l’arc est toujours un peu moindre que la hauteur de celui qui s’en sert; les flèches sont de roseaux fort menus qui croissent dans les lagunes, longues de cinq palmes: ils y ajustent un morceau de bois également très-menu et fort, auquel s’adapte la pierre. Ils ne connaissaient pas l’usage de les empoisonner, quoique les poisons ne leur manquent pas. Ils avaient de petites haches d’un métal particulier et de cette forme[127]: ils les ajustaient à un manche de bois; au combat, ils s’en servaient comme d’une arme, et chez eux comme d’un instrument à travailler le bois. Ce métal n’étant pas fort dur, ils leur donnaient le fil, en les battant avec une pierre. Ils se servaient aussi de lances d’une toise de longueur, dont le fer était d’un silex très-dur, et ils n’avaient pas d’autres armes[128].
Pour la défense, ils avaient des rondaches qu’ils fabriquaient de roseaux fendus et tissés avec soin; elles étaient rondes et garnies de cuir de cerf. Ils tissaient aussi des sayes de coton piqué, doublées de gros sel, de deux épaisseurs, et qui étaient d’une résistance extraordinaire[129]. Quelques seigneurs remplissant la charge de généraux, avaient des casques en bois; mais ils étaient en petit nombre. C’est avec ces armes qu’ils allaient en guerre, ornés de plumes et revêtus de peaux de tigres et de lions. Les généraux étaient toujours au nombre de deux, l’un dont la charge était perpétuelle et héréditaire, l’autre élective: celle-ci se conférait avec beaucoup de cérémonies pour l’espace de trois ans, à celui qui devait présider à la fête qui se célébrait au mois de Pax, tombant au douze mai, et qui avait le commandement du second corps d’armée, durant la guerre.
C’était ce dernier qui avait le titre de Nacon; il ne devait, pendant ces trois années, communiquer avec aucune femme, pas même avec la sienne, ni manger de la viande. On l’avait en grande vénération; pour sa nourriture, on lui donnait du poisson et des iguanes, qui sont une sorte de lézards[130]; en tout ce temps-là, il se gardait de s’enivrer; il avait à part dans sa maison sa vaisselle et autres objets à son usage, aucune femme n’étant admise à le servir, et il ne communiquait que fort peu avec le monde.
Passés ces trois ans, les deux généraux traitaient de la guerre et en ordonnaient les affaires; il y avait pour cela dans chaque localité des gens choisis pour soldats, et qui, au besoin, se présentaient en armes à l’appel des holcans[131]. Si cette milice était insuffisante, ceux-ci réunissaient plus de monde, les instruisaient et les répartissaient les uns parmi les autres; et conduits, un grand drapeau en tête, ils sortaient fort silencieusement de la ville; c’est ainsi qu’ils marchaient contre leurs ennemis, qu’ils attaquaient avec de grands cris et férocité, s’ils arrivaient à les atteindre à l’improviste.
Dans les chemins et les défilés, les ennemis leur opposaient des défenses pourvues d’archers, des retranchements en bois et en branchages, mais le plus souvent en pierre. Après la victoire, ils enlevaient aux morts la mâchoire, en nettoyaient la chair et se la mettaient au bras. A l’occasion de ces guerres, ils faisaient de grandes offrandes des dépouilles et, s’ils faisaient prisonnier quelque chef distingué, ils le sacrifiaient aussitôt, ne voulant laisser vivre personne qui pût leur nuire plus tard. Le reste des prisonniers demeuraient au pouvoir de ceux qui les avaient captivés.
Quant aux holcans, ils n’amenaient point la milice hors du temps de la guerre. Les généraux leur donnaient alors une solde particulière, mais peu importante, car c’était de leurs propres fonds, et si cela ne suffisait point, la commune leur venait en aide. La commune leur donnait aussi la nourriture, les femmes étant chargées de la leur préparer; faute de bêtes de somme, c’étaient des hommes qui la portaient à dos; aussi les guerres étaient-elles de courte durée. La guerre terminée, les soldats causaient encore beaucoup d’embarras et d’ennuis dans leurs localités, tant que le feu n’en était pas tout à fait éteint, sans compter qu’ils se faisaient servir et régaler; et si l’un d’eux avait tué quelque capitaine ou seigneur, on le comblait d’honneurs et de festins.
Que a esta gente les quedo de Mayapan costumbre de castigar los adulteros desta manera: hecha la pesquiza, y convencido alguno del adulterio, se juntavan los principales en casa del señor, y traido el adultero atavan a un palo, le entregavan al marido de la muger delinquente, y si el le perdonava, era libre, sino le matava con una piedra grande en la cabeça de una parte alta, a la muger por satisfacion bastava la infamia que era grande y comunmente por esto las dexavan.
La pena del homicida era morir por insidias de los parientes, aunque fuesse casual, o sino pagar el muerto. El hurto pagavan y castigavan con hazer esclavos, aunque fuesse muy pequeño el hurto, y por esto hazian tantos esclavos, principalmente en tiempo de hambre, y por esso fue que nosotros frayles tanto travajamos en el baptismo, para que les diessen libertad.
Y si eran señores o gente principal juntavasse el pueblo; prendido le labravan el rostro desde la barba hasta la frente por los lados en castigo, lo qual tenian por grande infamia.
Que los moços reverenciavan mucho a los viejos y tomavan sus consejos y ansi se jactavan de viejos, y esso dezian a los moços, que pues avian mas visto que ellos, les avian de creer, lo qual si hazian, los demas les davan mas credito. Eran tan estimados en esto que los moços no tratavan con viejos, sino era en cosas inevitables, y los moços por casar; con los casados, sino muy poco; por lo qual se usava tener en cada pueblo una casa grande y encalada, abierta por todas partes, en la qual se juntavan los moços para sus passatiempos. Jugavan a la pelota y a un juego con unas habas como a los dados, y a otros muchos. Dormian aqui todos juntos casi siempre, hasta que se casavan.
Y dado que e vido que en otras partes de las Indias usavan del nefando peccado en estas tales casas, en esta tierra no e entendido que hiziessen tal, ni creo lo hazian, porque los llagados desta pestilencial miseria dizen que no son amigos de mugeres como eran estos, ca a estos lugares llevavan las malas mugeres publicas, y en ellos usavan dellas, y las pobres que entre esta gente acertava a tener este officio no obstante que recibian dellos gualardon, eran tantos los moços que a ellas acudian que las traian acossadas y muertas. Enbadurnavanse de color negro hasta que se casavan, y no se solian labrar hasta casados, sino poco. En las demas cosas acompañavan siempre a sus padres, y assi salian tan buenos idolatras como ellos, y servianles mucho en los trabajos.
Que las indias criavan sus hijitos en toda aspereza y desnudez del mundo, porque a cuatro o cinco dias nacida la criatura la ponian tendidita en un lecho pequeño hecho de varillas, y alli boca abaxo le ponian entre dos tablillas la cabeça, la una en el colodrillo, y la otra en la frente, entre las quales se le appretavan reciamente y le tenian alli padeciendo hasta que acabados algunos dias le quedava la cabeça llana y enmoldada como lo usavan todos ellos. Era tanta molestia y peligro de los niños pobres que peligravan algunos, y el autor deste vio agujerarsele a uno la cabeça por detras de las orejas, y assi devian hazer muchos.
Criavanlos en cueros, salvo que de 4 a 5 años les davan una mantilla para dormir y unos listoncillos para onestarse como sus padres y a las mochachas las començavan a cubrir de la cinta abaxo. Mamavan mucho, porque nunca dexavan de darles leche pudiendo, aunque fuessen de tres o quatro años, de donde venia aver entre ellos tanta gente de buenas fuerças. Criavanse los dos primeros años a maravilla lindos y gordos. Despues con el continuo bañarlos las madres y los soles se hazian morenos; pero eran todo el tiempo de la niñez bonicos y traviesos, que nunca paravan andar con arcos y flechas, y jugando unos con otros, y assi se criavan hasta que començavan a seguir el modo de vivir de los mancebos y tenerse, en su manera en mas y dexar las cosas de niños.
Ce peuple avait conservé de Mayapan la coutume de châtier les adultères de la manière suivante: l’instruction achevée, et le coupable ayant été convaincu, les principaux habitants se réunissaient dans la maison du seigneur. L’adultère était amené et attaché à un poteau et on le livrait au mari de sa complice. Celui-ci pouvait lui pardonner, et, dans ce cas, on le rendait à la liberté; sinon il le tuait, en lui lançant d’un lieu élevé une grande pierre sur la tête. Quant à la femme, son châtiment consistait dans son infamie, qui était grande, et d’ordinaire le mari se séparait d’elle.
La peine de l’homicide, quand bien même il ne le fût que par accident, était d’être abandonné aux piéges que lui tendaient les parents du défunt, qui le tuaient quand ils en avaient la chance, ou bien de payer pour le mort. Le voleur rendait la valeur de ce qu’il avait pris, ou bien on le réduisait à l’esclavage, quelque peu qu’il eût dérobé: c’est pour cela qu’il y avait tant d’esclaves, surtout en temps de famine, et que, nous autres, religieux, nous avons tant travaillé, au moment de les baptiser, pour qu’ils leur rendissent la liberté.
Si le voleur était un seigneur ou un homme de condition, toute la commune s’assemblait; dès qu’il était pris, on lui scarifiait le visage des deux côtés, des lèvres au front, châtiment qui était regardé comme une grande infamie.
Les jeunes gens avaient beaucoup de respect pour les vieillards: ils demandaient leurs conseils et se faisaient passer pour vieux; les vieillards, de leur côté, disaient aux jeunes gens que, puisqu’ils avaient vu plus qu’eux, leur devoir était d’ajouter foi à leurs discours, et lorsqu’ils le faisaient, ils n’en étaient que plus estimés des autres. Ils avaient une si haute opinion de la vieillesse, que les jeunes gens ne traitaient avec les anciens que quand ils ne pouvaient faire autrement, comme au moment de se marier; avec les gens mariés ils se tenaient aussi fort peu. C’est pourquoi il était d’usage dans chaque localité d’avoir une grande maison, blanchie à la chaux, mais ouverte de tous les côtés, où les jeunes gens s’assemblaient pour leurs divertissements. Ils jouaient à la balle et à une sorte de jeu de fèves, comme aux dés, ainsi qu’à beaucoup d’autres. Ils dormaient là presque toujours ensemble jusqu’au moment de se marier.
Or, comme j’ai vu qu’en d’autres endroits des Indes ils étaient adonnés à la pédérastie, dans des maisons de ce genre, je n’ai cependant jamais ouï dire que cela eût lieu ici, et je ne crois pas qu’ils en usassent, car on dit que ceux qui sont affligés de cette misère pestilentielle, ne sont pas amateurs des femmes, tandis que ceux-ci le sont. Car ils avaient la coutume d’amener dans ces endroits des femmes publiques, dont ils usaient; or, les malheureuses qui, parmi ce peuple, faisaient ce métier, encore qu’elles se fissent payer, étaient obsédées par un si grand nombre de jeunes gens, qu’elles s’en trouvaient poursuivies jusqu’à en mourir. Ceux-ci avaient la coutume de se peindre en noir jusqu’au moment de leur mariage; il y en avait peu qui se tatouassent auparavant. Dans tout le reste, ils suivaient constamment leurs parents; c’est ainsi qu’ils les servaient si bien dans leurs travaux et qu’ils devenaient de si grands adorateurs d’idoles.
Les femmes élevaient leurs petits enfants avec toute la rudesse et la nudité possibles: la faible créature était à peine venue au monde de quatre ou cinq jours, qu’elles l’étendaient sur un petit lit fabriqué de baguettes d’osier et de roseaux; là, le visage contre terre, elles lui mettaient la tête entre deux planchettes, l’une au front, l’autre à l’occiput, serrées avec force, et le tenaient dans la souffrance jusqu’à ce qu’au bout de quelques jours, la tête ainsi moulée restait à jamais aplatie suivant leurs usages. Il y avait là-dedans tant d’incommodité et de péril pour les petits enfants, que plusieurs en étaient près de mourir; l’auteur de ce livre en a vu un dont la tête s’était trouée derrière les oreilles, ce qui devait arriver à un grand nombre.
Ils étaient élevés tout nus; mais, à l’âge de quatre ou cinq ans, on leur donnait un morceau de toile pour se couvrir, en dormant, et quelques petites bandes pour cacher leur nudité, comme leurs pères; quant aux petites filles, on commençait alors à les vêtir de la ceinture en bas. Ils tétaient beaucoup; car les mères ne laissaient jamais de leur donner du lait, si longtemps qu’elles en étaient capables, quoiqu’ils eussent atteint l’âge de trois ou quatre ans; de là tant de gens forts et robustes dans ce pays. Tout jeunes encore, on les élevait à merveille beaux et forts; mais ensuite avec les bains fréquents que leur faisaient prendre leurs mères, et l’ardeur du soleil, ils devenaient plus bronzés. Durant toute leur enfance, ils étaient vifs et pétulants, toujours armés d’arcs et de flèches, et jouant les uns avec les autres: c’est ainsi qu’ils croissaient, jusqu’à ce qu’ils fussent en état d’adopter la manière de vivre des jeunes gens, et de se donner plus d’importance, en laissant les jeux de l’enfance.
Que los indias de Yucatan son en general de mejor dispusicion que las españolas, y mas grandes y bien hechas, ca no son de tantas renes como las negras. Precianse de hermosas las que son, y a una mano no son feas; no son blancas sino de color baço, causado mas del sol y del continuo bañarse, que de su natural; no se adoban los rostros como nuestra nacion, y esso tienen por liviandad. Tenian por costumbre acerrarse los dientes dexandolos como diente de sierra y esto tenian por galanteria, y hazian este officio viejas, limandolos con ciertas piedras y agua.
Horadavanse las narices por la ternilla que divide las ventanas por medio para ponerse en el agujero una piedra de ambar y tenianlo por gala. Horadavanse las orejas, para ponerse zarzillos al modo de sus maridos; labravanse el cuerpo de la cinta arriba, salvo los pechos por el criar, de labores mas delicadas y hermosas que los hombres. Bañavanse muy a menudo con agua fria como los hombres, y no lo hazian con sobrada honestidad, porque acaescia demudarse en cueros en el poço donde ivan por agua para ello. Acostumbravan demas de esto bañarse en aqua caliente y fuego y deste poco y por causa mas de salud que limpieza.
Acostumbravan untarse con cierta uncion de colorado como los maridos, y las que tenian possibilidad, echavan la cierta confecion de una goma olorosa y muy pegajosa, y que creo es liquidambar que en su lengua llaman iztah-te, y con esta confecion untavan cierto ladrillo como deseaban que tenian labrado galanas labores, y con aquel se untavan los pechos, y braços, espaldas y quedavan galanas y olorosas, segun les parecia, y duravales muchos dias sin se quitar segun era buena la uncion.
Traian cabelles muy largos, y hazian y hazen dellos muy galan tocado partidos en dos partes, y entrençavanselos para otro modo de tocado. A las moças por casar suelen las madres curiosas curarselos con tanto cuydado que e visto muchas indias de tan curiosos cabellos como curiosas españolas. A las mochachas hasta que son grandecitas, se los trençan en quatro quernos y en dos que les parecen bien.
Las indias de la costa y de la provincia de Bacalar y Campeche son mas honestas en su traje, porque allende de la cobertura que traian de medio abaxo se cubrian los pechos atandoselos por debaxo los sobacos con una manta doblada; las demas todas no traian mas de una vestidura como saco largo y ancho, abierto por ambas partes y metidas en el hasta los quadriles donde se les apretavan con el anchor mesmo y no tenian mas vestidura, salvo que la manta con que siempre duermen, usavan, quando ivan camino, llevar cubierta doblada o arollada, y assi andavan.
Les Indiennes du Yucatan sont généralement plus agréables que les Espagnoles, plus grandes et bien faites, et elles n’ont pas les hanches si grandes que les négresses. Celles qui sont belles en tirent de la vanité, et de fait elles ne sont pas laides: elles ne sont pas blanches, mais brunes de couleur, ce qui leur vient plutôt de leur exposition au soleil et de l’habitude de se baigner trop souvent, que de leur nature. Elles ne se fardent pas le visage comme les dames de notre pays; car elles regardent cet usage comme de l’immodestie. Elles avaient pour coutume de se couper les dents en forme de dents de scie, ce qu’elles considéraient comme une marque de beauté; c’étaient les vieilles femmes qui leur rendaient ce service, en leur limant les dents avec une certaine pierre et de l’eau.
Elles se perçaient le cartilage du nez entre les narines, afin d’y placer une pierre d’ambre, ce qui était encore une gentillesse à leurs yeux. Elles se perçaient aussi les oreilles pour y mettre des pendants, à l’imitation de leurs maris; elles se tatouaient de dessins plus délicats et plus élégants que les hommes, le corps de la ceinture en haut, à l’exception des seins qu’elles gardaient pour allaiter leurs enfants. Elles prenaient très-souvent des bains dans l’eau froide comme les hommes, mais sans trop de réserve; car elles se mettaient pour cela toutes nues dans les endroits où l’on allait chercher de l’eau. Elles avaient également la coutume de se baigner dans l’eau chaude et au feu[132], mais peu et plutôt pour raison de santé que de propreté.
Une autre coutume était de se oindre aussi d’une couleur rouge comme leurs maris, et celles qui en avaient les moyens y ajoutaient d’une gomme odoriférante et fort poisseuse, que je crois être le liquidambar, appelé dans leur langue iztah-té: de cette gomme elles imprégnaient une brique ornée de gracieux dessins qu’elles avaient toujours chez elles et s’en frottaient les seins, les bras et les épaules; c’est ainsi qu’elles s’embellissaient et se parfumaient à leur manière, l’odeur leur restant en proportion de la qualité du parfum employé.
Comme elles avaient les cheveux très-longs, elles en faisaient et en font encore une coiffure fort élégante, les partageant en deux tresses, dont elles se servaient encore pour une autre sorte de coiffure. Quant aux jeunes filles à marier, les mères soigneuses s’attachaient à les faire briller d’une manière si particulière, que j’ai vu beaucoup d’Indiennes portant les cheveux avec tout autant de grâce que les Espagnoles les plus distinguées sous ce rapport. Aux petites filles, jusqu’à ce qu’elles deviennent d’une certaine taille, elles les leur tressent en quatre ou deux sortes de cornes qui leur font très-bien.
Les Indiennes de la côte et de la province de Bacalar et de Campêche sont plus modestes dans leur habillement; car, outre le jupon dont elles se couvrent de la ceinture en bas, elles se voilent la poitrine, en la renfermant dans une pièce d’étoffe doublée sous les aisselles; les autres n’avaient d’autre vêtement d’en haut qu’un sac long et large, ouvert sur les côtés, descendant jusqu’aux hanches, qu’elles y serraient sur la largeur. C’était là toute leur toilette, à l’exception de l’étoffe avec laquelle elles dorment toujours et qu’elles portaient habituellement, lorsqu’elles allaient en chemin, doublée ou roulée sur les épaules.