[210]

J’étais l’Arioste et l’Homère
D’un poème éclos d’un seul jet;
Pendant que je parlais, leur mère
Les regardait rire, et songeait.
V. Hugo, Contempl., IV, 9.

[211] Voir ce qui est dit page 56, à l’occasion des finales en ée. En tout cas -aie ne saurait être moins ouvert que -ai; par suite, dans La Fresnaye (car les noms propres ont gardé l’y), c’est la dernière syllabe qui est la plus ouverte, et l’e long de frêne (fresne) se ferme ici à moitié: prononcez énè plutôt que èné.

[212] On peut même dire que parfaite rime mieux avec estafette qu’avec fte, et même prophète. Il en est de même de vous faites, que les poètes seuls prennent la liberté d’allonger:

Mais songez à ce que vous faites!
Hélas! cet ange au front si beau,
Quand vous m’appelez à vos fêtes,
Peut-être a froid dans son tombeau.
V. Hugo, Contempl., IV, 9.

[213] Qui devrait aussi s’écrire sèche (sépia); ces mots sont à distinguer de frche et lche, qui ont perdu l’s, et auraient pu aussi bien s’écrire frêche et lêche: toutes ces orthographes sont absolument arbitraires.

[214] Ce mot est méridional, et les gens du Nord n’ont pas le droit de l’altérer, comme fait le Dictionnaire général, en faisant ai long.

[215]

Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse,
Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit.
O Seigneur! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m’en aille et que je disparaisse.
V. Hugo, Contempl., IV, 14.

[216] Ai est encore long dans Alais, qui se prononce comme les mots en -ès, et s’écrit du reste, maintenant, Alès.

[217] De même Leyde et Mayne-Reid, que nous francisons. Au contraire Thomas Reid se prononce Rîd. Voir page 47 ce que nous avons dit de roide.

[218] Tandis que La Haye, Saint-Germain-en-Laye, La Fresnaye, Houssaye, etc., n’ont que le son è, comme les mots en -aie. Ne pas confondre ces noms avec ceux où l’a reste séparé de l’y, comme Bla-ye: voir plus loin, aux semi-voyelles.

[219] Pour aigne prononcé agne, voir plus loin.

[220] Mais non pas -ail prononcé à l’anglaise, dans rail (rèl), cock-tail et mail-coach. Bayle et Beyle sont douteux, mais plutôt brefs. Il va sans dire que les poètes ne se gênent pas pour allonger les finales en elle afin de rimer avec aile:

Comme un géant en sentinelle,
Couvrant la ville de mon aile,
Dans une attitude éternelle
De génie et de majesté!
V. Hugo, Feuilles d’aut., VIII.

[221]

L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines,
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés.
V. Hugo, Orient., les Djinns.

Chaîne est pour chaeine; mais faîne et traîne auraient pu se passer de l’accent. Ai(s)ne a gardé son s, comme Duche(s)ne ou Duque(s)ne.

[222] Et aussi Sedaine, tandis que les autres, Verlaine ou Madeleine, Maine ou Germaine, Lorraine ou Touraine, Seine ou Bazaine, Taine, Aquitaine, La Fontaine, tendent à allonger leur finale.

[223] Et aussi les noms propres, Le Caire, Beaucaire, Baudelaire, Bélisaire, etc., avec Buenos-Ayres, que nous francisons; Nicaise, La Chaise, Falaise, Vaise, etc.

[224] Voir ci-dessus, page 64, et note 1, et plus loin, page 131.

[225] L’orthographe de treize et seize est tout à fait arbitraire.

[226] Ce sont mtre, ntre, ptre, partre et trtre qui ont perdu leur s; rtre aussi, mais ce mot, qui venait de l’allemand reiter, n’avait d’s que par analogie avec les autres.

[227] Il est même fermé, comme on l’a vu plus haut, pour ceux qui prononcent gai fermé.

[228] Il n’est pas rare à Paris d’entendre l’e fermé jusque dans maison ou raison; mais cette prononciation me paraît purement faubourienne.

Les groupes ay et ey, conservés à l’intérieur des noms propres devant une consonne, se prononcent aussi è, plus ou moins bref ou long, suivant les cas, dans les noms français: Aveyron, Aymon, Caylus, Dalayrac, Feydeau, Freycinet, Gleyre, Raynal, etc., et même Taygète, comme Reiset ou Meissonnier. Mais Talleyrand se prononce Tal’ran. Dans le Midi, au contraire, ey se prononce eye dans Eymet, Seyne, Peyr(eh)orade, etc.

[229] Voir plus haut, page 45. L’abbé Rousselot accueille encore doirière.

[230] Voir plus haut, page 48.

[231] C’est pour les noms propres surtout qu’il y a eu longtemps hésitation. Ainsi le nom de Montaigne était à l’origine le même mot que montagne et se prononçait de même; mais tandis que monta-igne, nom commun, perdait son i, Monta-igne, nom propre, gardait le sien, parce que les noms de personnes conservent mieux que les autres mots leur orthographe ancienne: nous en verrons de nombreux exemples; néanmoins sa prononciation s’est longtemps maintenue, grâce sans doute au voisinage du nom commun: par exemple, Delille non seulement prononce, mais écrit partout Montagne, notamment à la rime; mais la prononciation du nom a tout de même fini par s’altérer au cours du XIXᵉ siècle: aujourd’hui tout le monde ou à peu près prononce Montaigne, comme il est écrit; la prononciation par a est considérée comme surannée et serait à peine comprise. Champagne, au contraire, nom à demi commun, a perdu son i, comme Bretagne, sauf parfois dans Philippe de Champaigne, qu’on est tenté d’altérer; mais pourquoi ne pas écrire toujours Philippe de Champagne? cela supprimerait toute difficulté. Sardaigne, moins commun en France que Bretagne ou Champagne, a gardé son i: aussi prononce-t-on ai. De même aujourd’hui dans Cavaignac. Toutefois, dans Saint-Aignan, les diverses prononciations locales sont généralement agnan.

[232] On prononce également par e mi-ouvert l’anglais Reynolds, Seymour, Taylor ou Ceylan, Fairfax ou Ralei(gh), ou encore Leicester, qui est souvent germanisé à tort en . On prononce encore de même Aureng-Zeyb, Beyrouth, Buenos-Ayres, Bayreuth, Laybach et aussi Valparaiso, et même Meinam. En revanche, on prononce l’i (ou y) à part, mais en diphtongue naturellement, dans Héphaistos ou Poséidôn, prononcés à la grecque, dans Maimonide, Kaisarieh ou Kaiserslautern et Baylen, dans Almeida, Peixota, Zeila, etc., et même Leitha, parce qu’allemand. Dans Ha-ydée ou Ha-ydn, on sépare les voyelles. Au contraire Sgon devrait s’écrire Saigon, puisque tous les Européens du pays ont adopté, à tort ou à raison, la prononciation ségon.

[233] Quelques noms propres francisent ei en e ouvert: Henri Heine, Eiffel, Schneider, Leibniz, Leipzig, Reischoffen, et aussi Eylau, van Eyck, Dreyfus; la plupart gardent le son allemand: Eisenach, Eisleben, Fahrenheit, Freia, Freischütz, Geibel, Geissler, Heidelberg, Kleist, Meiningen, Meister et Meistersinger (les personnes qui ne savent pas l’allemand feront mieux de dire Maîtres chanteurs), Reicha, Reichstadt, Reisebilder, Schleiermacher, Schweinfurth et les mots en -ein et -eim, et aussi, avec un y, Freytag, Heyse, Van der Heyden, Van der Weyden, et tous les noms moins connus.

[234] Avec la manie de diérèse qui est la plaie de notre versification, V. Hugo a fait geyser et kayser de trois syllabes l’un et l’autre, dans l’un de ses poèmes les plus fameux, Eviradnus (VI et XVI):

Des ge-ysers du pôle aux cités transalpines...
Que Joss fût ka-yser et que Zèno fût roi...

Il en fait d’ailleurs autant pour Heidelberg et pour bairam (Ane, V, et Quatre Vents de l’Esprit, III, 2)... sans parler de Shylock, écrit et prononcé Sha-ï-lock. Il faut bien se garder de décomposer ces diphtongues.

[235] Ce groupe, d’abord diphtongue, n’a achevé qu’au XVIᵉ siècle de devenir voyelle simple.

Eu s’écrit assez sottement œu, sous prétexte d’étymologie dans vœu, œuvre, etc.; il se réduit à œ dans œil et ses dérivés; il s’intervertit même en ue dans les mots en -cueil et -gueil.

[236] Il y a aussi des noms propres: Boïeldieu, Richelieu, Chaulieu, Montesquieu, Saint-Leu, etc. Pour les mots en eue, voir plus haut, page 56.

[237] Et les noms propres Andrieux, Des Grieux, Dreux, Évreux, auxquels on peut joindre Saint-Brieu(c) et Yseu(lt).

[238] C’est ainsi qu’on disait correctement, naguère encore, un œu(f) frais, un œu(f) dur, un œu(f) rouge, avec eu fermé, comme on dit encore aujourd’hui Neu(f)château, Neu(f)-Brisach, etc.

[239] Pour plus de détails sur l’f final, voir à la lettre F.

[240] Voir sur ce point le chapitre de l’R. Cette prononciation n’avait d’ailleurs rien de si extraordinaire: aujourd’hui c’est dans les mots en -er et -ier qu’on n’entend plus l’r: aime(r), premie(r). Nous allons revenir sur les mots en eur.

[241] Y compris Meuse, Creuse, Greuze, Chevreuse, etc.

[242] Eun, sans e muet final, est nasal dans à j(e)un et Jean de M(e)un(g).

[243] Ajoutez les noms propres Eudes, Pentateuque, Maubeuge, Reuss, Bayreuth (cf. Gœthe ou Bœhm), et surtout les noms grecs en -eus, Zeus, Orpheus, Prométheus, et même basileus. Quand ces noms en -eus commencèrent à être introduits dans la littérature, initiative qui revient à Leconte de Lisle, Victor Hugo voulut suivre le mouvement, comme d’habitude; mais comme il savait fort peu de grec, il crut voir dans ces mots la finale latine us, et il fit de Zeus deux syllabes:

Zéus Jupiter vint, la main d’éclairs chargée,
Et lui cria: Sois pierre, ô monstre! Et le géant
Vit Zéus, devint roche et s’arrêta béant.
La Fin de Satan, strophe troisième.

On trouve la même prosodie dans Religion et Religions et dans l’Ane. Pourtant V. Hugo a fait Zeus monosyllabe dans Dieu.

[244] Et les noms propres en -beuf: Babeuf, Brébeuf, Rutebeuf, Elbeuf, Marbeuf.

[245] Avec Chevreul, Saint-Acheul. Malgré Michaëlis et Passy, on ne saurait fermer gueule; tout au plus gueulard, quoique ce soit bien trivial.

[246] Sans parler de heurte, Meurthe et meurtre, et même Leuctres et Polyeucte, suivant le principe général: voir page 38; mais la prononciation savante ferme parfois eu dans ces deux mots.

[247] Au XVIᵉ siècle, on écrivait non seulement ueil pour œil, mais dueil, fueille, etc. A Verneuil, Montreuil, Auteuil, etc., on ajoutera Arcueil, Argueil, Bourgueil, Longueil, Montorgueil, etc., et Bueil, tandis que Rueil appartient à une autre catégorie. Santeul a aussi la finale mouillée, et Choiseul l’a eue.

[248] Veux-je serait peut-être long en même temps qu’ouvert, mais la vérité est qu’on ne l’emploie pas. Nous avons dit que Maubeuge avait eu fermé.

[249] Ainsi que Eure et Soleure, Feurs et Mercœur, etc.

[250] Faucheux n’est aussi qu’un doublet de faucheur. Inversement le peuple dit volontiers au lieur de, pour au lieu de.

[251] Avec Sainte-Beuve, Villeneuve, Terre-Neuve, etc.

[252] Veuve fermé, admis par Michaëlis et Passy, est absolument incorrect, malgré l’analogie de neuf heures.

[253] Voir au chapitre du G.

[254] C’est le même e, inutile aujourd’hui, qu’on trouve dans asseoir (à côté de choir pour cheoir), ou dans Jean et Jeanne.

[255] Michaëlis et Passy enregistrent aussi, et admettent par conséquent eu fermé dans breuvage et dans pleurer: c’est une prononciation qu’on ne doit pas entendre souvent.

[256] Ainsi l’eu de jne, déjà moins long dans jner et encore moins dans déjeuner, qui n’a plus d’accent, y devient si bref dans certaines provinces, qu’on l’y traite comme un e muet: déj’né; mais ceci est vraiment excessif, quoique enregistré encore par Michaëlis et Passy.

[257] Il faut excepter Europe et européen, et naturellement Eure-et-Loir; mais eu est fermé malgré l’r, dans les noms anciens, à prononciation savante, dans Euripide, Eurotas, Euryanthe, Euryclée, Eurydice, Eurysthée, aussi bien que dans Eubée, Eucharis, Euclide, Eudoxie, Eudore, Euler, Eumée, Euménides, Eumolpe, Eupatoria, Eupatride, Euphrate, Eupolis, Eusèbe, Eustache, Euterpe, Eutrope, Eutychès, etc. Il tend à s’ouvrir dans les plus connus de ces mots, comme Euphrate ou Eustache, et il est moins fermé dans Eugène que dans Eugénie, parce que, dans Eugène, il tend à s’abréger par le voisinage de la tonique longue, comme dans peut-être. D’autre part, les faubourgs disent volontiers Ugène, Ugénie, Ulalie, et cette prononciation, qui fut correcte, comme Ustache, Urope, hureux, et beaucoup d’autres, le serait encore, comme celle de vu pour veü, ou simplement comme celle de j’ai (e)u, sans l’influence de l’écriture qui a prévalu: ainsi Eure rime avec nature et avec structure, dans la Henriade, VIII, 55-56, et IX, 125-126. Cf. bleu et bluet, heure et lurette, leurre et délu, meute et mutin. Mimeure même, paraît-il, se prononce encore par u.

[258] De même dans Beuchot, Beu, Beudant et Beugnot, Ceuta, Deucalion, Feuchère, La Feuillade, Feuillet et Feuquières, Meurice (malgré l’r), Neubourg, Neuilly, Manteuffel et Teutatès. Mais eu est ouvert dans Beurnonville, moins ouvert dans Fleurus ou Fleury.

[259] On devrait le faire un peu plus long dans Vanlo(o) et Waterlo(o), puisqu’il en représente deux, mais nos finales ne comportent pas ces distinctions. L’o final italien s’est souvent francisé en e, comme dans Guido, devenu Guide, ou est tombé purement et simplement comme dans Perugino, devenu Pérugin; il s’est maintenu dans André del Sarto, mais le plus souvent on ne le prononce pas.

[260] Ceux-là se prononcent exactement comme clôt, dépôt (avec entrepôt, impôt et suppôt), rôt, tôt et prévôt, qui ont perdu l’s, et Prévo(s)t, qui l’a gardé.

[261] Et même Goths, ainsi que beaucoup d’autres noms propres: Didot, Renaudot, Carnot, Guizot, etc. Les poètes ne font pas ces distinctions, et les mots en -ot ou -ots riment tous aujourd’hui couramment avec les mots en -eau:

Le faubourg Saint-Antoine accourant en sabots,
Et ce grand peuple, ainsi qu’un spectre des tombeaux,
Sortant tout effaré de son antique opprobre.
V. Hugo, Contempl., V. 3.

[262] Il en est exactement de même dans telles expressions toutes faites, comme aller au trot, ou dans tel nom propre, comme Renaudot.

[263] Avec palinod et quelques noms propres en -od, comme Pernod et Gounod.

[264] Le français avait autrefois la finale muette oe (Pirithoe, redevenu Pirithoüs, coe devenu queue, ou roe devenu roue), et sans doute elle était longue. L’o est la seule voyelle fermée qui ait perdu sa finale féminine (cf. -ie, -ue, -oue, -ée, -eue); mais nous la retrouvons dans quelques noms anglais: voir plus haut, page 53. L’o final suédois, avec tréma, se prononce eu, et s’écrit d’ordinaire œ, comme dans les mots allemands: voir page 76.

[265] C’était sans doute pour empêcher qu’on ne s’y trompât, que Fabre d’Églantine, d’origine méridionale, a cru devoir mettre un accent circonflexe aux jolis mots qu’il inventa pour le calendrier: pluviôse, ventôse et nivôse; un homme du Nord n’en aurait pas eu l’idée.

[266] Nous ne parlons pas non plus ici des finales dont il est question page 38: docte et dogme, golfe et révolte, absorbe, écorche et informe, morne, morse et morte, paradoxe, etc., ont toujours l’o bref ou moyen.

[267] De même Maroc, Enoch, Bankok, Shylock, Locke ou Archiloque; Eliot, Scott, Naboth, Hérodote, don Quichotte, La Mothe; Ésope; Romanof, Malakoff, Christophe; Antioche; Thanatos, Cappadoce, Écosse.

Côte, hôte et ôte ont perdu un s, ainsi que Pentecôte, qu’on a longtemps ouvert, mais qu’il vaut mieux fermer.

[268] En revanche, chez le boucher, on dit volontiers des os avec o ouvert, comme au singulier, et de même désosser, la distinction étant trop délicate. Sans aller jusque-là, il est assez naturel de dire un paquet d’os (o fermé) plutôt que un paquet d’o(s).

[269] Le Dictionnaire général l’ouvre (à volonté dans albinos), mais cela, c’est peut-être la théorie plutôt que la pratique. Michaëlis et Passy l’ouvrent aussi, mais en le faisant long: cette fois je ne comprends plus. L’o est fermé également dans les noms de cigares, trabucos, crapulos, etc., et dans les accusatifs latins, intra muros, benedicat vos, et par conséquent salvanos; également dans Calvados, Burgos, don Carlos, Cornélius Népos et Hyesos.

[270] Il en est de même pour les noms propres. Beaucoup d’entre eux ont remplacé simplement la forme latinisée en -us, seule usitée autrefois, comme Laïos, Danaos ou Phœbos. Pour ceux-là, l’o doit être et est toujours ouvert et bref. Pour les autres, c’est encore l’étymologie qui devrait déterminer la prononciation, puisque ces mots appartiennent uniquement à la science ou à l’érudition. On devrait donc fermer l’o seulement chez ceux qui en grec ont un oméga, Eos, Cos, Argos, Minos, Eros, Athos (réservant Athos avec o ouvert pour l’ami de Porthos et de d’Artagnan). Or ceux-là sont le petit nombre; et on devrait ouvrir l’o chez les autres, Lesbos, Ténédos, Paphos, Délos, Samos, Pathmos, Lemnos, Claros, Paros, Naxos, etc. Malheureusement ceux qui ferment l’o de pathos ne manquent pas de fermer celui de Lesbos, Pathmos ou Paros.

[271] Cependant alco-olisme garde les o séparés, comme Bo-oz ou zo-ologie, qui ne sont pas des mots populaires.

[272] Suivant son principe, le Dictionnaire général fait o ouvert, mais long, dans les finales -oge, -ove et -ogne. L’accent circonflexe s’est mis dans geôle et enjôle, dans môle, pôle, rôle et contrôle, drôle, frôle, trôle et tôle, ainsi que dans rôde et alcôve: ce fut arbitraire et pas toujours justifié. En tout cas cela est, et si Corneille a pu, en son temps, faire rimer rôle et pôle, qui n’avaient point d’accent, avec parole, ces rimes sont détestables dans V. Hugo.

Kohl a aussi l’o fermé, à cause de l’h. Doge a été longtemps long et fermé, ainsi que globe et lobe, qui étaient d’abord des mots savants: tous ont suivi depuis l’analogie des autres. L’o est également ouvert et suffisamment bref dans Jacob ou Déiphobe, Nemrod ou Hérode, Magog ou La Hogue, Tirol ou Arcole, Norodom, Rome et Somme, Edison, Bonn, Antigone et Lisbonne et même Limoges. Il est un peu plus long dans Laure de Noves ou Dordogne. Vo(s)ges, qui a gardé son s, a l’o long et fermé.

[273] On y joignait généralement Rome, qui pour ce motif s’est longtemps écrit avec deux m.

[274] De même Deutéronome, Chrysostome et Sodome, à côté de Rome, qui gardait seul l’o ouvert.

[275] S’ajoutant à diplôme et symptôme, qui auraient pu s’en passer aussi bien qu’idiome et axiome. L’accent est encore dans chôme (par confusion sans doute, car on écrivait chomme bref à l’origine), dans le mot populaire môme, dans fantôme, qui a perdu son s, et dans Côme, Pacôme, Puy-de-Dôme, Vendôme, Jérôme, Drôme, Brantôme.

[276] Sauf peut-être sur majordome. Le Dictionnaire général fait aussi l’o ouvert dans prodrome et hippodrome, tome et atome, et Deutéronome; mais c’est manifestement l’étymologie qui le guide, car ces mots sont encore loin d’être indiscutés.

[277] Le Dictionnaire général fait l’o fermé dans amome et ouvert dans cardamome et cinnamome. L’opinion a pu changer au cours de l’impression.

[278] Il y a encore quelques termes de médecine qui ferment l’o, comme sarcome, fibrome, etc. Mais il faut bien que chrome suive polychrome, et il entraînera avec lui brome et bromure, à qui le Dictionnaire général donne déjà un o ouvert. L’o n’est plus fermé à peu près régulièrement que dans Chrysostome, sans raison d’ailleurs.

[279] De même que dans Babylone, Dodone et Pomone, Bellone et Suétone.

[280] Pas davantage dans Antigone, Tisiphone ou Gorgone, qui longtemps eurent l’o long, comme Barcelone.

[281] Tous ces mots ont l’o ouvert dans le Dictionnaire général, ainsi qu’ozone, pour lequel Michaëlis et Passy admettent quatre prononciations différentes.

[282] Outre prône et trône, l’accent s’est mis sur cône et pylône, qui avaient l’o long; quant à aumône qui a perdu son s, son o s’était néanmoins ouvert, mais il est plutôt fermé aujourd’hui. L’o est bref aujourd’hui dans tous les noms propres en -one, même anglais, comme Gladstone ou Folkestone. Corneille ou Racine avaient le droit et le devoir de faire rimer Antigone ou Babylone avec trône; mais dans V. Hugo cela ne rime plus; et sans doute il se croyait autorisé par l’exemple des classiques, en quoi il se trompait radicalement. D’ailleurs il ne distingue pas, et fait constamment rimer trône avec couronne:

Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses trônes
Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes,...

rime détestable, qu’on chercherait en vain chez les classiques, et qu’aucune prononciation ne saurait pallier.

Le seul nom propre en -one où l’o soit peut être long sans accent, c’est Hippone, qui est savant. Il est naturellement long dans Bône, Ancône, Rhône et Saône, avec Co(s)ne et Sain-Jean-de-Lo(s)ne, et aussi khitôn et Poseidôn. En revanche, beaucoup de personnes abrègent et ouvrent l’o même dans Mendelssohn, ce qui est encore une erreur, à cause de l’h.

[283] Dans les noms anciens ou étrangers l’o est ouvert: Booz, Badajoz. En France, la finale -oz, comme la finale -az, est assez fréquente dans les noms propres de l’antique pays des Allobroges, Dauphiné, Savoie, Valais. Mais la prononciation locale met plutôt l’accent sur la précédente, ou même la pénultième, selon la règle latine, et la dernière devient à peu près muette. Ainsi Berlioz se prononce berl mouillé (berlye en une syllabe). Le français ne saurait évidemment accepter cette accentuation, et dans le pays même on prononce aussi Berlio, sans articuler le z, et par suite avec o fermé. Cette prononciation aurait dû suffire; mais l’orthographe a réagi sur elle, comme d’habitude, et le z est passé définitivement dans l’usage; seulement le z amène beaucoup de gens à ouvrir l’o, comme dans Booz, malgré le son bien connu des finales en -ose.

[284] De même Médor, Cahors, Niort, Chambord, etc.

[285] Notre et votre ne sont que la forme atone de nôtre et vôtre, qui ont perdu leur s, ainsi qu’apôtre et patenôtre. L’o est également ouvert dans Thémistocle ou Locres, Constantinople ou Christofle, mais fermé dans Le Nôtre.