[286] De même Grenoble et Hanovre, dont l’o s’est également ouvert (comme partout devant v), quoi qu’en disent Michaëlis et Passy. Et c’est tant pis pour les poètes, car pauvre n’a plus de rime, sauf à Marseille.

[287] On notera ici aussi que des mots comme conique ou conifère, drolatique, polaire, diplomate et ses dérivés, ou symptomatique, n’ont pas conservé l’accent circonflexe du simple, qui n’est qu’un signe arbitraire de quantité; aussi n’ont-ils pas l’o fermé: voir ci-dessus, page 33, et page 73, note 1.

[288] L’o fermé qu’indiqué le Dictionnaire général est-il là pour l’accent circonflexe, ou est-il dû à une faute d’impression? En revanche Michaëlis-Passy et Ch. Nyrop veulent qu’hôtel ait l’o ouvert, ainsi que tous ses dérivés: je pense que cette prononciation, qui a été fort répandue, tend à disparaître, sans doute à cause de l’orthographe. De même pour prévôtal.

[289] Mais non dans osseux, ossuaire, ossifier, où les deux s se prononcent le plus souvent, et oss(e)let, où l’e est suivi de sl, pour l’oreille.

[290] Mais, malgré Michaëlis et Passy, il est plus souvent ouvert dans fossette, toujours dans fos-sile, surtout si l’on prononce les deux s, généralement dans fossoyer et fossoyeur.

[291] Beaucoup moins régulièrement, ou même rarement, malgré rosier, dans rosace, rosat, roséole, rosaire, roseau, rosette, et même rosière, si bien que rosier lui-même tend à s’ouvrir, ainsi qu’osier. O est encore long et fermé dans Boson ou Spinosa; mais il n’est guère fermé dans Joseph ou Joséphine, sauf à Paris.

[292] Et dans Phocion, et plus sûrement encore dans Procyon, comme dans Momus. Il est douteux dans Salomon. Il est fermé dans Ohnet ou Frohsdorf, par l’effet de l’h, mais il est ouvert dans Rothschild, par l’effet des deux consonnes tch; il est aussi à peu près ouvert aujourd’hui dans Cobourg, tout à fait dans Roland, Rollin ou Rollon.

[293] Michaëlis et Passy croient qu’on peut fermer l’o dans poney, et aussi dans toast, et même dans diagnostic! Il en résulte que pour eux poney a, comme ozone, quatre prononciations: pôné, pônè, poné, ponè: je ne connais pour ma part que la quatrième qui soit usitée.

[294] Et même dans gratis pro Deo, et encore, à cause de l’r sans doute, dans ad honores, ad valorem, coram populo, ou ad majorem Dei gloriam. On fera bien cependant de fermer quelques o latins, qui sont longs: donec eris felix, ex ungue leonem, finis coronat opus, in utroque jure, odi profanum vulgus, o tempora o mores, ore rotundo, proprio motu, quousque tandem, væ soli; en revanche il faudra faire bref et ouvert l’o de tu quoque, qu’on ferme souvent, très mal à propos.

[295] Cf. maman, page 39. Le Dictionnaire général ouvre le premier o de ces mots (les deux premiers dans rococo).

[296] Voir plus loin, à la fin du chapitre des semi-voyelles, page 199 et la note.

[297] Et dans quelques noms propres anciens, comme Bo-oz, et aussi bien Démopho-on ou Laoco-on, qui autrefois se contractaient.

[298] L’o tend vers eu ouvert et très bref dans les noms propres en -son et -ton, non francisés, comme Addis(o)n, Emers(o)n, Palmerst(o)n, et aussi bien Beac(o)nsfield; on peut cependant le prononcer un peu plus en français qu’en anglais.

[299] De même dans Atwood, Booth, Brooklyn, Cook, Cooper, Robin Hood, Lammermoor, Liverpool, Longwood, Moore, Rangoon, Woolwich, etc.

[300] Et dans Berg-op-Zoom, Cloots, Loos, Roosevelt, Roosebeke, aussi bien que dans Vanloo et Waterloo: où a-t-on vu qu’il fallait dire la prise de Berg-op-Zoum? Il en est de même dans le basque Puyoo. Le breton Broons se prononce Bron nasal, par contraction de bro-on. Pour ow, voir au W.

[301] Au est encore diphtongue au XVIᵉ siècle, et eau parfois triphtongue. Depuis le XVIIᵉ siècle, ce n’est plus qu’une voyelle simple.

[302] De même dans Beauveau ou Boileau, Regnaud, Escaut, Géricault ou La Rochefoucauld, Despréaux, Chenonceaux ou Roncevaux.

La finale eaue a aussi existé jadis (cf., p. 100) dans le substantif eaue, qui a précédé eau; elle a disparu depuis le XVIᵉ siècle.

[303] Au est de même fermé dans les noms propres: Aube, Claude, Gaule ou Beaune. Mais on ouvre toujours Paul, qui devrait s’écrire Pol. On ouvre même Népaul. Il est vrai que Paule est plus souvent fermé; mais il y a là quelque affectation. On ouvre aussi fatalement Faust, à cause des deux consonnes, mais ce n’est pas nécessaire. On ouvre également Auch dans le Midi: prononciation locale qui s’impose difficilement au Nord.

[304] Cf. l’espagnol toro ou torero. On sait que la diphtongue latine au devient régulièrement o en français, transformation qu’on trouvait déjà dans le bas latin. Or cet o a pu rester fermé devant s ou v: alose, chose, los, oser, clôture (pour closture), et aussi povre et pose, devenus pauvre et pause par réaction étymologique; mais devant r il s’est ouvert, témoin or, oriflamme, oripeau et dorer (qui tous se rattachent au latin aurum), ou encore oreille et ses dérivés (auricula) ou orage (aura), ou clore (claudere).

[305] On l’ouvre aussi en majorité dans Maures, qui s’écrit aussi Mores, et dans Faure, Dufaure, Laure, Roquelaure, Saint-Maur. Les érudits le ferment encore volontiers dans la plupart de ces mots, ainsi que dans Bucentaure, et dans Epidaure, Montmaur, Isaure, Lavaur, Métaure, qui sont moins populaires; mais ces mots eux-mêmes sont touchés. Ne faut-il pas d’ailleurs aider le poète à rimer?

Fatal oracle d’Épidaure,
Tu m’as dit: Les feuilles des bois
A tes yeux jauniront encore,
Mais c’est pour la dernière fois.

Ne pouvant fermer encore, il faut bien ouvrir Épidaure.

[306] Mais non dans ceux de valoir, malgré Michaëlis et Passy.

[307] Le Dictionnaire général ferme partout au initial, même dans aurore et augmenter! C’est évidemment l’étymologie et non l’expérience qui en a décidé.

[308] De même pour les noms propres: on ferme correctement Aurillac, malgré l’r, aussi bien que Auber, Audran, Augias, Auguste, Aulis, Aumale, Australie, Auteuil, Auvergne, Auxerre ou Saint-Aulaire; et Calaurie, Lauraguais, Laurent, Laurium, Maurepas, Maurice, Mauritanie, Maury, etc., aussi bien que Baudelaire, Baudin, Baudry, Beauvais, Caucase, Cauchy, Caudebec, Caulaincourt, Lausanne, Paulin, Pauline, Pourceaugnac, etc., ou même Chaucer. Notons en passant qu’au XVIIᵉ siècle les gens instruits prononçaient aftomate et même aftographe, sous prétexte d’étymologie grecque!

[309] De même dans Auerbach, Auerstædt, Augsbourg, Austerlitz, Eylau, Gauss, Glauber, Haguenau, Haussmann, Nassau, Naundorff, Rantzau, Rauch, Schopenhauer, Strauss, Zwickau. Autrement il se prononce ao, comme dans: Donau (Danube), ou aou, comme dans: Jungfrau, Hauptmann, Hohenstaufen, Kaufmann, Kaulbach, Kaunitz, Lenau, Münchausen, et les noms moins connus. L’anglais fait entendre un o ouvert dans Connau(gh)t.

[310] On avouera, d’ailleurs, que la différence qu’il peut y avoir entre les deux i de midi n’intéresse que la science, et n’a guère d’utilité pratique, si ce n’est pour les étrangers, et encore! Quant à i, u, ou, semi-voyelles, on en parlera dans un chapitre spécial.

[311] Le peuple dit volontiers et pis pour et puis.

[312] Corneille, Le Cid, acte III, scène 4.

[313] Castries se prononce Castre.

[314] Michaëlis et Passy trouvent qu’i est long dans les mots en is.

[315] Ce qui n’a pas empêché H. de Régnier de faire ri-i-ons de trois syllabes:

Nous ri-i-ons en regardant la parodie.
Jeux rustiques, la Grotte.

Il est vrai que dans le même volume il fait aussi naufrage-ri-ons de cinq syllabes (ibid., Péroraison).

Ici encore on ferait bien d’appuyer sur quelques i latins: ad vitam æternam, mirabile visu, in fine, in vino veritas.

[316] De même on sépare l’i dans des mots français ou francisés, comme Achae, Isae, A-ï, Sina-ï, Adona-ï, et aussi Godo-y. Shang-Haï n’est pas dans le même cas, et doit se prononcer uniquement en deux syllabes, l’i mouillant l’a, ou plutôt faisant fonction de semi-voyelle. De même Angelo Maï, Moulaï-Hafid, Ouadaï, Bosna-Seraï, et aussi Hokousaï, et d’autre part Hanoï ou Tolstoï, avec Croÿ, qui se prononce Crou-y. Le cas est exactement le même que celui de Pompéi et Véies, où l’accent aigu permet de ne pas employer le tréma: voir page 81, note de la page 80.

[317] On rattache souvent ce mot au fleurette français, dont les Anglais auraient jadis tiré leur flirt. Cette étymologie est plus que douteuse, et fleureter, qu’on lit quelquefois au lieu de flirter, est inutile autant que discutable.

[318] De même dans Bri(gh)t et Bri(gh)ton, Childe-Harold, Fife, United States, Wi(gh)t ou (W)ri(gh)t, et aussi Shylock et Wyoming. Girl se prononce gheurle.

[319] Pour baby, voir page 43, note 4. On prononce nécessairement i dans Cantorbéry, qui est la forme française de Canterbury (beuré); généralement aussi dans Salisbury, et très souvent dans Byron, prononciation très ancienne, et toujours parfaitement admissible pour ceux qui ne savent pas l’anglais. On hésite entre i et pour Carlyle; on prononce de préférence dans Hyde Park, Dryden, Clyde, et surtout Shylock; dans Byron, si l’on veut. Quant à Van Dyck, qui n’est pas anglais, c’est à tort qu’on le prononce souvent van’ daïc: ce serait plutôt van’ dèïc; mais le plus simple est de le franciser en i, comme on fait pour Zuiderzée.

[320] Et dans fût substantif et fût verbe, dans dû, mû, crû, et affût, comme dans (a)oût, ct, gt, dégt, ragt, mt et sal. Pour -ue et -oue, voir ce qui est dit page 56.

[321] Moins dans sur préposition, qui est proclitique, à moins qu’on ne dise, par exemple, j’aime mieux sous que sur.

[322] Il ne faut pas confondre les finales latines en -us, qui sont moyennes, avec les finales grecques en -eus: voir page 92, note 2.

[323] La Noue, auteur, bien avant Richelet, d’un excellent «Dictionnaire des Rimes» (1596), distinguait déjà fouille long et farfouille bref, et cette distinction n’a pas entièrement disparu.

[324] L’accent n’est pas plus sensible dans les prétérits en -ûmes et -ûtes que dans les autres. Il ne l’est guère dans bûche et embûche. Il ne peut pas l’être non plus dans mûr, mûre et sûr, puisque -ur est déjà long sans accent, ni dans piqûre, orthographe conventionnelle destinée à éviter le double u de piqu-ure.

[325] Il serait bon de faire longs quelques u latins: ab uno disce omnes, audaces fortuna juvat, dura lex sed lex, in utroque jure, nec pluribus impar.

[326] Il faut éviter avec le plus grand soin d’élider l’u de tu devant un verbe: cette prononciation révèle une éducation insuffisante. Il en est de même de aujord’hui pour aujourd’hui, et s’coupe pour soucoupe, qui s’entendent fréquemment dans le peuple. Dans la conversation très rapide et familière, on supprime souvent ou dans vous devant une voyelle: si v(ou)s avez, ainsi que dans t(ou)t à fait ou t(ou)t à l’heure, après une voyelle; ce n’est point à encourager.

[327] La finale -um était autrefois francisée en on nasal; par exemple, te Deum se prononçait tédéon. Cela dura jusqu’à la fin du XVIIIᵉ siècle, et l’on écrivait aussi bien on que um: on trouve matrimonion dans le Dépit amoureux, et Voltaire fait encore rimer palladium avec Ilion. Nous avons conservé quelques traces de cette prononciation. Si factotum, longtemps écrit factoton, a repris définitivement le son om, si factum ne se prononce plus facton, comme le voulait encore Mᵐᵉ Dupuis, en revanche, dictum, rogatum et totum sont devenus définitivement dicton, rogaton et toton. Aliboron est aussi pour Aliborum, dont l’origine est inconnue. Que dis-je? péplon, pour peplum, est encore dans le Dictionnaire général, mais en vérité on ne l’emploie plus.

[328] Ou en latin devant un autre m: consum-matum est, sum-mum jus, sum-ma injuria; mais num-mulite, et num-mulaire ont pris le son u.

[329] On prononce naturellement -um par o dans les noms propres latins: Latium, Herculanum, Pæstum, etc.; mais on prononce par u Vertumne, Dum-norix et Mum-mius. En Suisse romande, on dit même alboum, foroum, etc., comme en Suisse allemande ou italienne, suivant la véritable prononciation du latin.

[330] On vient d’en voir des exemples. L’u scandinave ou hollandais se prononce toutefois comme le nôtre: Uléa, Uméa, Utrecht.

[331] Ad libitum, qui s’emploie aussi en musique, ainsi que les mots précédants, n’est pas italien, mais latin, et se prononce par o, suivant la manière française de prononcer le latin.

[332] Nous francisons surtout une infinité de noms propres qu’il serait impossible d’énumérer, italiens ou espagnols aussi bien qu’allemands ou anglais. Même dans un nom comme Gervinus, il arrive qu’on prononce ghe à l’allemande et nus à la française. On hésite pour quelques-uns, comme Ur, Estramadure, Cherubini, Gluck, Kurdistan, Vera-Cruz, Yukon. On prononce toujours ou de préférence ou dans Abatucci, Carducci, Ciudad-Réal, Pulci et Yuste; dans John Bull et British Museum; dans Bochum, Carlsruhe, Fuchs, Gmund, Humperdinck, Jungfrau, Kotzebue, Krupp, Metzu, Munkaczy, Niebelung, Niebuhr, Rigikulm, Rubinstein, Ruhmkorff, Schubert (quoique on ne prononce pas le t), Schulhoff, Schumann, Siegmund, Suppé, Thun, Tugendbund, Uhland, Unterwalden, Wundt et Zug, et tous les noms en -burg; dans Bukovine, Lule-Bourgas et Uskub, dans Yusuf et Hammurabi, dans Pégu (écrit aussi Pégou), Bégum, Thugs, Chemulpo, Shoguns et Fusi-Yama, et à fortiori les noms moins connus. En France même, Banyuls se prononce par ou dans la région, ainsi que le golfe Juan. L’u ne se prononce pas dans l’italien buona, pas plus dans B(u)onaparte que dans B(u)onarotti, malgré les efforts des émigrés, ni dans e pur si m(u)ove ou galant(u)omo.

On remarquera que le cas de Schuber(t) est un admirable exemple de demi-francisation. Mais le cas de Gluck est bien particulier. Ce mot fut sans doute francisé au XVIIIᵉ siècle. Au XIXᵉ siècle, on s’imagina que gluc, prononciation courante, était aussi la prononciation allemande, et on se mit à écrire Glück, avec le tréma qui, en allemand, sert à distinguer u de ou. Mais jamais les Allemands n’ont écrit ni prononcé Glück. S’ensuit-il qu’il faille nécessairement prononcer glouc, comme font les spécialistes? En aucune façon, car on n’a pas affaire ici à une tradition établie, comme pour Schubert et Schumann. On a donc le choix; mais de quelque façon qu’on prononce, il faut écrire Gluck uniquement. Mais dans la prononciation de Kluck, il n’y a pas le choix. Beaucoup disent et écrivent: le général allemand von Klück, avec le tréma. C’est une faute. Et l’on doit prononcer Klouck.

[333] De même Burne Jones, Burns, les mots en -burn et -burne, Burton, Churchill, Ruskin, Russel, et les mots en -bury, encore que Salisbury puisse très bien être francisé par les personnes qui ne savent pas l’anglais. U initial se prononce iou dans David Hume, et dans United States (ce qui fait iounaïted).

[334] Avec quelques noms propres: Decamps, Fécamp, Longchamp, Deschamps, Colomb. De même Paimbeuf ou Gambetta. Cet m n’est en réalité qu’un n modifié, soit en latin, soit en français, pour s’accommoder à b, p, ou m, par exemple dans les composés de en: embarquer, emporter, emmener. L’m de triumvir ou décemvir n’étant pas dans ce cas, il n’y a point de nasale dans ces mots, qui gardent le son latin.

[335] On trouve aussi l’m exceptionnellement dans quelques noms propres: Chamfort et Chamlay, Domfront, Damrémont et Damville, et Samson, qui ont tous le son nasal, ainsi que Dommartin, où les éléments composants, dom et Martin, restent distincts, comme dans Maisonneuve.

[336] Avec Adam. Autrefois les finales en -am et -em, sauf l’interjection hem, étaient toutes nasalisées (même dans la prononciation du latin), aussi bien que les finales en -um: Abraham, Balaam, Roboam, rimaient avec océan, Jérusalem avec élan, comme Te Deum avec odéon.

Ce n’est qu’à partir du XVIIᵉ siècle qu’on commence à séparer l’m dans les finales en -am et -em; mais Voltaire fait encore rimer Balaam avec Canaan dans la Pucelle. De cette prononciation nasale, il est resté, comme on voit, peu de traces. On ne prononce plus guère quidam comme au temps de La Fontaine (kidan):

Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part,
Quand un quidam parut...

Ce mot avait même alors un féminin, qui était quidane et non quidame; aujourd’hui on prononcerait plutôt kidame ou kuidame, à la manière dont nous prononçons le latin; mais le mot n’est plus guère employé. De même dam, que La Fontaine fait rimer avec clabaudant dans la fable du Renard anglais, n’appartient plus guère qu’au vocabulaire théologique: la peine du dam. Adam est, en définitive, le seul mot usuel en am qui ait gardé la finale nasale: il était trop populaire pour que sa prononciation pût être altérée, je veux dire défrancisée, comme l’a été celle d’Abraham, par exemple: il en est ainsi de tous les mots qui s’apprennent par l’oreille et non par l’œil. Macadam vient, il est vrai, de l’anglais Mac-Adam; mais Adam n’est pas nasal en anglais, et macadam, en qualité d’étranger, s’est francisé, sans nasaliser sa finale. On connaît l’anecdote de quanquam, autrefois prononcé kankan, comme quisquis était prononcé kiskis: la réforme de cette prononciation est due au fameux Ramus. Mais comme cette réforme avait été faite en dehors de la Sorbonne, les docteurs de Sorbonne menacèrent de la censure ecclésiastique ceux qui adopteraient la nouvelle prononciation. Aussi, un jeune prêtre, ayant négligé de prononcer kankan dans une thèse publique, vit la Sorbonne déclarer vacant un bénéfice considérable qu’il possédait. La question fut portée au Parlement, et il fallut l’intervention des professeurs du Collège Royal, Ramus en tête, pour prouver le ridicule de ce procès. On sait par ailleurs que c’est le grand usage du mot quanquam dans les discussions de l’école qui a donné naissance au mot cancan.

Les suffixes hem et hen, qui terminent beaucoup de noms de lieu dans le nord de la France, nasalisent en an ou in: Elinehem, Tournehem font: Elinan, Tournan.

[337] Ces mots s’écrivaient par un n au moyen âge, et c’est la réaction étymologique qui leur a rendu un m; mais le féminin de daim est toujours daine, et même dine (formé du son din). Ne pas confondre étaim avec étain. Il faut ajouter ici Joachim, dont nous reparlerons.

[338] Ajouter Riom, Billom, Condom.

[339] Pour les finales latines en -um, voir page 123.

[340] Plus souvent encore des noms propres: Priam, Islam, Wagram, Sem, Château-Yquem, etc.

[341] Voir pages 48, 64 et 74; de même dans dam-ne et autom-ne.

[342] C’est la prononciation du temps qui justifie le calembour involontaire de Martine, dans les Femmes savantes:

—Veux-tu toute ta vie offenser la gram-maire?
—Qui parle d’offenser grand-père ni grand-mère?

[343] Savamment est en effet pour savant-ment, et fréquemment pour fréquent-ment.

[344] C’est le même phénomène que nous avons vu tout à l’heure dans rouennerie: voir page 75, note 1. Nous reparlerons encore de la décomposition de la nasale à propos des liaisons.

[345] Ennui a longtemps oscillé entre an-nui et a-nui: de même en-noblir se confondait avec a-noblir. Les mots savants em-ménagogue ou en-néagone n’appartiennent pas à cette catégorie et n’ont pas le son nasal.

[346] Ils peuvent subir aussi l’analogie de mots comme enhardir, où l’h, étant aspiré, fait fonction de consonne, ce qui n’est pas le cas d’enharmonique, malgré Michaëlis et Passy. Je laisse de côté des mots plus rares encore, comme enarbrer ou enarrher, qui gardent aussi le son nasal.

[347] Ils sont probablement exposés à subir le sort de donavant, qui est pour d’ore en avant; toutefois en initial doit résister mieux.

[348] Quoique Mᵐᵉ Dupuis recommandât déjà énorgueillir!

[349] Ces mots eurent jadis deux syllabes, puis une diphtongue; mais la diphtongue elle-même s’est résolue depuis longtemps, et dès le XVIᵉ siècle on écrivait sans difficulté fan, et parfois pan, qui manifestement auraient dû s’imposer. Que l’o se soit conservé dans les noms propres, comme La(o)n, Cra(o)n, Ra(o)n-l’Étape, Tha(o)n, etc., qui se prononcent aussi par an, cela même n’était déjà pas indispensable; mais dans des noms communs, cela est parfaitement absurde: on écrit bien flan, qui est aussi pour flaon. Écrit-on paeur, veu, ou cheoir? Il est vrai qu’on écrit asseoir, et c’est inepte. On écrit aussi Jean et Jeanne, mais ce sont encore des noms propres; et d’ailleurs eux aussi pourraient bien se passer de leur e, aussi bien que à jeun.

C’est encore par an que se prononcent deux mots français que nous retrouverons, C(a)en et Saint-S(a)ëns, avec Jord(a)ens; mais on sépare Lyca-on, Pha-on, Phara-on, etc., mots anciens et savants. Saint-L(a)on se prononce par on.

[350] De même La(on)nais, Cra(on)nais ou Ca(en)nais, et aussi Cra(on)ne, le tout avec un a simple.

[351] La finale est presque toujours nasale aussi dans les noms propres en -an, étrangers aussi bien que français: Aldébaran, Buridan, Ceylan, Coran, Éridan, Érivan, Haïnan, Léman, Magellan, Michigan, Iran, Kazan, Lockman, Man, Nichan, Osman, Othman, San-(pour Saint), Turkestan, Tuyen-Quan, Wotan (sauf dans Wagner), Yucatan, Yunnan, Zurbaran, et la particule flamande Van, du moins devant une consonne: Van Dick. Nous ne nasalisons pourtant ni Ahriman, ni Flaxman, Wiseman ou Wouverman, ni bien entendu les noms en -mann.

[352] On nasalise la finale -and ou -ant dans Covenant, Rembrandt, et tous les noms géographiques en -land, qu’on y prononce le d ou non: voir au chapitre du D. De plus, et sans parler des noms anciens, comme Samson, Pamphylie ou Zante, ni des noms à forme française, comme Mozambique, Pampelune ou Zanzibar, on nasalise aussi an intérieur dans Andersen, Angelico, Bamberg (malgré le g qui sonne), Cambridge, Campanella, Campo-Formio, Campo-Santo, Campra, Chandos (malgré l’s qui se prononce), Cranmer, Exelmans, Gérando, Kandahar, Kansas, Kant, Mancini, Mantegna, Manzoni, Oubanghi, Rancke, Sandwich, San-Francisco, Sangrado, Santa- (pour Sainte-), Santander, Santiago, Sanzio, Servandoni, Southampton (malgré la finale sonore), Stamboul, Stamboulof, Standard, Taganrog, Tanganyika, Travancore, Vambéry, Vancouver, Zampa, Zampieri, etc. On ne nasalise pas Evans, Kilima-n’djaro, Manteuffel, Stanley, fort peu Uhland ou Wieland, et les noms moins connus, ni am suivi d’une consonne autre que b ou p. Toutefois, dans Salammbô, on nasalise am, comme dans Samson, tout en prononçant le second m.

[353] Bienfaisant, bienséant, bientôt, bienvenu, etc. (bi-ennal n’en est pas), chiendent et vaurien. Notons en passant que dans la conversation très familière, eh bien se réduit souvent à eh ben, et même à ben tout court, toujours avec le son in.

[354] De même tous les noms propres anciens, Aché-ens, Phocé-ens, etc., Claudien, Julien, Justinien, Valérien, Lucien, Vespasien, etc., avec Éduens; et aussi les noms modernes, Gien, Tallien, le Titien, avec Engh(i)en, quoique ce mot perde son i (anghin).

[355] Dont le son se reconnaît et se conserve dans chienlit, malgré la diphtongue: ce mot est en effet sans rapport avec chiendent, composé de chien. A la préposition en il faut ajouter trois ou quatre noms de villes: Caen (et Decaen), Ecouen, Rouen, et Saint-Ouen, que les Parisiens prononcent volontiers saintouin, on ne sait pourquoi.

[356] En 1878, l’Académie prétendait encore que la prononciation examène n’avait pas tout à fait disparu: elle ne peut être que méridionale.

[357] On trouve aussi éden rimant avec jardin, rime particulièrement fréquente dans Delille; mais dans les Juifves, Robert Garnier faisait rimer éden avec Adam. Émile Goudeau, dans sa fameuse Revanche des Bêtes, a fait rimer abdomen avec carmin: je n’en connais pas d’autre exemple. Quant à spécimen prononcé par in, qui est admis par Michaëlis et Passy, je ne crois pas qu’on le rencontre bien souvent. Le son nasal in s’est maintenu dans quelques noms propres, Agen, Ruben, Sirven, et aussi Boën (boin) et Cahen, et surtout dans les noms bretons: Chatelaudren, Dupuytren, Elven, Guichen, Kerguélen, Lesneven, Pleyben, Pont-Aven, Rosporden, Suffren, etc. Il est vrai qu’on prononce fréquemment sufrène ou kerguélène, mais c’est une erreur, et les marins, qu’on doit apparemment suivre sur ce point, ignorent complètement cette prononciation.