[654] La prononciation non mouillée de ville s’est naturellement transmise à tous les noms propres dont il fait partie, et à d’autres aussi par analogie: Chavi(l)le, Navi(l)le, Grévi(l)le, Latouche-Trévi(l)le, Bellevi(l)le, Tocquevi(l)le, Boutevi(l)le, Calvi(l)le, Chervi(l)le, etc., comme Vi(l)lefranche, Vi(l)ledieu, Vi(l)lehardouin, Vi(l)leneuve, etc. Il s’est même produit ici un phénomène inverse de celui qui se produit d’ordinaire: un mot à finale mouillée qui a cessé de se mouiller. C’est assurément la prononciation de ville, qui a fait altérer celle de Séville, quoiqu’il n’y ait aucun rapport entre eux. L’espagnol mouille Sevilla, et Corneille, dans le Cid, ne s’y trompe pas: il fait rimer Séville avec Castille et non avec vi(l)le (voir acte II, scène 6). Or aujourd’hui les chanteurs parlent du Barbier de Sévi(l)le, et la Comédie-Française en fait autant. C’est, en somme, une grave erreur, et tant que l’espagnol sera là pour maintenir le son véritable, j’estime qu’on doit essayer de faire prévaloir la prononciation correcte, qui est mouillée. Je pense qu’il faut mouiller de même Surville. Le son mouillé s’est d’ailleurs maintenu dans deux mots de la langue en -ville: cheville et recroqueville.
Aux noms propres en -ville, il faut joindre I(l)le-et-Vilaine, Achi(l)le, Cyri(l)le, Deli(l)le, Gi(l)le, pris souvent comme nom commun, Li(l)le, qui est mis pour l’île, et Li(l)lebonne, Mabi(l)le, Régi(l)le, Exi(l)les, avec Trasy(l)le et Bathy(l)le. Faucilles est confondu à tort avec le nom commun faucille, et devrait s’écrire Fauciles, mais il est difficile de réagir, étant donnée l’orthographe.
[655] Ajouter la plupart des noms propres: Aurillac, Billaut, Billot, Billy ou Debilly, Bobillot, Chantilly, Condillac, Gentilly, Guillaume, Guillaumet, Guilleragues, Guillot, Guillotière, Guillotin (et guillotine), Marillac, Millot, Milly, Sillé, Sillery, Tilly, Varillas, Villeurbanne, et tous les noms en -illon, sauf Di(l)lon, qui n’est pas français, mais y compris Villon. Il est vrai que Vi(l)lon est, en fait, beaucoup plus répandu aujourd’hui, toujours à cause de ville, comme pour Séville; mais Villon est sans rapport avec ville, et d’autre part ce poète fait toujours rimer son nom, non pas avec des mots en -lon, mais avec des mots en -illon (i-yon). Il y a donc là une erreur qu’on doit corriger, puisqu’il s’agit d’un nom propre dont le son est toujours vivant dans les vers du poète, et que, d’ailleurs, ce nom suit tout simplement la règle générale. C’était aussi l’avis de Gaston Pâris.
[656] J’en puis dire autant pour Santillane et Melilla, qu’on ne mouille guère, sous prétexte que ce sont des noms étrangers, et qu’on devrait mouiller. Pourtant on mouille ordinairement Zorilla et Murillo.
[657] Voir plus haut, page 190, ce qui a été dit de fuyions, fuyiez.
[658] Pourtant cu-iller et cu-illerée prononcés par u ne sont pas très rares; quelques-uns même prononcent keu-yèr, mais ceci est détestable.
[659] De même qu’on prononce Ju-illy et non Jui-lly. Sans l’i, on prononcerait ju-let et ju-ly. Ainsi les ll de Sully sont mouillés dans la prononciation locale (Bourgogne), et Domergue les mouille encore; mais faute d’i, Su-ly a prévalu en histoire, comme dans le prénom. D’autre part Boilly se prononce boi-yi.
L’exemple de Sully montre que l’i n’était pas plus nécessaire autrefois pour mouiller l’l double que pour mouiller l’l final; et Bernoulli se prononce en mouillant, comme olla podrida, qui a donné oille (o-ye) en français. Oille est d’ailleurs le seul mot de cette finale, car La Trémoille se prononce et peut s’écrire La Trémouille, et Maroi(l)les n’est pas mouillé. En espagnol, l’l double est aussi mouillé sans i, et beaucoup de personnes, même en France, mouillent correctement Valladolid, comme s’il y avait un yod: cf. Mallorca, qui est Majorque, prononcé mayorque dans le Midi.
[660] C’est probablement le voisinage de mille et ville, qui a permis à Mi(l)lais, Mi(l)let, Mi(l)lerand, Mi(l)levoye, Mi(l)lin, à Vi(l)lars, Vi(l)laret-Joyeuse, Vi(l)lèle, Vi(l)lemain, Vi(l)lette, Vi(l)loison, Vi(l)lemessant, Vi(l)lers, Vi(l)lers-Cotterets, Vi(l)lersexel, etc., de se maintenir sans se mouiller. De même Li(l)lers. On ne mouille pas non plus les noms en -viller à r sonore: Bischvi(l)ler, Bouxvi(l)ler, Frœschvi(l)ler, Guebvi(l)ler; et on a tort trop souvent de mouiller les noms en -villier (vilié et non vi-yé): Vi(l)liers, Aubervi(l)liers, Beauvi(l)liers, Brinvi(l)liers, Cuvi(l)lier, etc., auxquels se joignent I(l)liers et Baraguay d’Hi(l)liers, avec Largi(l)lière ou La Vri(l)lière. Dans Mil-lesimo, Vil-lafranca, Vil-laréal ou Vil-laviciosa, on prononce les deux l.
[661] De même dans Il-lyrie ou Il-linois, comme dans Amaryl-lis ou Syl-la, l’l double ne se mouillant pas après un y. On ne mouille pas non plus Pi(l)lnitz ou Gri(l)lparzer.
[662] C’est cette analogie même qui a contribué à réduire à un les deux l, qu’on prononce en italien; c’est à tort que le Dictionnaire général maintient les deux l en français, sans doute au nom de l’étymologie.
[663] Michaëlis et Passy eux-mêmes sont obligés de faire de graves concessions. Nous irons plus loin: au lieu d’examiner les cas où la lettre se prononce double, nous énumérerons ceux où elle se prononce simple, qui sont les moins nombreux.
[664] On dit aussi avec un seul l: A(l)lainval, A(l)lard, A(l)lier, Ca(l)lot, Ga(l)let, Ga(l)lifet, Ga(l)li-Marié, et, en général, les noms propres français et allemands, et aussi Wa(l)lons; on dit même le plus souvent Sa(l)luste, quoique cette réduction soit rare dans les noms propres anciens, et aussi Walha(l)la.
[665] Et aussi dans Be(l)ley, Du Be(l)lay, que beaucoup de gens écorchent, sans compter les dictionnaires, dans Be(l)leau, Be(l)lone, Be(l)lune, De(l)lys, Ke(l)lermann, Pe(l)lisson, Le Te(l)lier, et, par suite, papier te(l)lière. L’l reste double dans les noms italiens: Bel-lini, Paësiel-lo, Zingarel-li. Je rappelle que l’e reste muet, et par conséquent l’l simple dans Chaste(l)lain, Eve(l)lin, Ge(l)lée, More(l)let et Montpe(l)lier.
[666] Avec Bertho(l)let, Co(l)lé, Co(l)lot d’Herbois, Ho(l)lande, Mio(l)lis, Ro(l)lin, Ro(l)lon, et ordinairement Champo(l)lion, parfois même Po(l)lux, quoique ancien.
[667] Et aussi Lu(l)ly ou Su(l)ly.
[668] Le pronom de la troisième personne est, en effet, i tout court, pour le peuple: i(l) vient, sauf devant un l; donc, à i ll’a, correspond tu ll’as.
[669] Tandis que Llorente se prononce liorante.
Il convient de distinguer ll anglais, qui se prononce l, de ll catalan (y compris les Basses-Pyrénées), qui fait li.
[670] Ni L(h)éritier ou L(h)omond ou L(h)uillier; mais on mouille les noms méridionaux. Et il faut noter que, là encore, après a, e, u, un i s’intercale entre la voyelle et l’l: à côté de Paladilhe, Milhau, Marilhat, Jumilhac, on a Cailhava, Gailhard, Pardailhac, Pardailhan, Meilhac, Meilhan, Treilhan, Bouilhet, Genouilhac. Toutefois, là non plus, l’i n’était pas nécessaire, et il est souvent ajouté: Pardailhac, par exemple, s’écrivait Pardalhac; seulement jamais les Parisiens ne mouilleront lh sans i, et on ne prononce pas Nolhac autrement que nolac. Je pense que Greffulhe est dans le même cas. Pour le groupe -gli-mouillé, voir plus haut, page 246.
[671] Voir pages 129-130, et pour Joachim, page 225, note 2.
[672] De même Ham, Abraham ou Priam, Ozanam ou Annam, Jérusalem ou Château-Yquem, Ephraïm ou Arnim, Herculanum ou Epsom. A fortiori Malcolm.
[673] Voir encore page 129, note 2. Le b ou le p ne font pas forcément nasaliser certains mots étrangers, comme Bembo, Lemberg, Pembroke, Schomberg et Schaumbourg, Kimberley, et autres moins connus. Voir les noms nasalisés, pages 135, note 1, 144, note 2, 146, note 3, 148, note 4, et 149, note 1.
[674] Ce sont presque tous des mots latins, ou des noms propres étrangers: Flamsteed, Kamtschatka et Kamtschadales, Ramsay, Ramsès, Ramsgate; Emden, Ems, Kremlin, Memling, Nemrod, Potemkin, Semlin, Tlemcen; Himly, Timgad; Cromwell, Omsk et Tomsk, etc.
[675] Hymne rimait avec -ine ou -inne, et Ronsard écrit volontiers hynne ou hinne. Il en était de même de di(g)ne ou si(g)ne: voir plus loin, au chapitre de l’N.
[676] Sur ce mot, voir page 75.
[677] De même dans Agamem-non, Clytem-nestre, Com-nène, Vertum-ne.
[678] Ch. Nyrop cite l’anecdote suivante: «On demandait à une dame comment elle se portait.—Oh! répondit-elle, je souffre beaucoup d’un rhumatisse.—En ce cas-là, Madame, lui répondit-on, faites beaucoup d’exercisme.»
[679] Voir plus haut, page 132.
[680] Naturellement on dit Em-ma ou Em-maüs, mais plutôt E(m)manuel, comme E(m)melines et Je(m)mapes.
[681] Le Dictionnaire général indique l’m double dans tous et même dans gram-maire, ce qui est un peu surprenant. On ne prononce généralement qu’un m dans Gra(m)mont ou La(m)mermoor, mais deux dans Am-mien, Am-mon, Am-monites, Cim-mériens, Sym-maque.
[682] D’ailleurs, pour conserver la nasale, on devrait écrire plutôt in-mangeable, comme on écrit inlassable (exemple unique et déplorable, encore inconnu des dictionnaires), à côté de il-lisible et il-logique, qui pourtant ont été formés directement, eux aussi, sur des mots français. Puisque l’occasion s’en présente, je voudrais joindre ma protestation à celle d’Émile Faguet contre l’intrusion extraordinaire de ce barbarisme inutile, à la place d’infatigable, qui était excellent. Mais c’est un fait qu’on ne peut plus, aujourd’hui, ouvrir un livre ou un journal sans y trouver inlassable ou inlassablement, et qu’infatigable a complètement disparu. Qui nous dira pourquoi?
[683] Le Dictionnaire général, qui admettait les deux m dans gram-maire, les refuse dans ces deux mots. Ajoutons que, dans les cafés, on entend souvent consom-mation, ce qui est fort prétentieux.
[684] Et aussi dans Co(m)mines, Co(m)mentry, Co(m)mercy, Co(m)minges.
[685] Voir au chapitre des nasales, page 138, note 1.
[686] Aden, Andersen, Backhuysen, Baden, Barmen, Baylen, Beethoven, Bergen, Brocken, Carmen, Chephren, Cobden, van Diemen, Dryden, Gretchen, Hohenstauffen, Ibsen, Mommsen, Niebelungen, Niemen, Posen, Reischoffen, Thorwaldsen, Tlemcen, Yémen, etc., avec Anne de Boleyn. On peut y joindre au besoin Haydn, qu’on prononce quelquefois Hayden: il paraît qu’Haydn a signé une fois Hayden; mais cette prononciation est aujourd’hui surannée. Les moins connus de ces noms propres en -en doivent se prononcer de préférence à l’allemande, c’est-à-dire en faisant à peine entendre l’e: Meining(e)n et même, Niebelung(e)n. Dans Wi(e)sbade(n), l’n ne se prononce pas.
[687] Ahriman, Flaxman, et surtout les noms en -mann, bien entendu.
[688] Voir au chapitre des nasales, page 146, note 1.
[689] Voir au chapitre des nasales, page 148. A l’époque où la consonne finale se prononçait dans tous les noms de nombre, y compris deux et trois, elle se prononçait aussi dans un, sous la forme eune, d’abord; aujourd’hui encore, on marque la mesure par une, deux, ce qui est certainement un reliquat de l’ancienne prononciation de un.
[690] L’n n’est final après consonne que dans quelques noms propres. Or il est muet dans la prononciation locale de Tar(n) et Béar(n). Mais cette prononciation ne s’est pas imposée au reste de la France, et les personnes instruites, originaires de la région où coule le Tarn, prononcent couramment Tarne, et surtout Tar-net-Garonne. De même Elorn, et, a fortiori, les noms étrangers, Horn, Paderborn, Severn ou Lincoln. Cependant les maisons nobles de Béar(n) et d’Isar(n) continuent à omettre l’n.
[691] Voir encore au chapitre des nasales, pages 138 et 139.
[692] Et encore pas toujours: voir page 132. Mais il est distinct dans beaucoup de noms étrangers, comme Stanley, Bentivoglio, Appenzell: voir au chapitre des nasales, pages 135, 145, 146, 149.
[693] De même Logroño ou Angra-Pequeña. En portugais, le même son est représenté par nh, et señor s’écrit senhor; il faut donc mouiller Minho ou Tristan da Cunha.
[694] On ne saura jamais pourquoi tel verbe est en -onner et tel autre en -oner.
[695] Et aussi dans les noms anciens: Han-non, Pan-nonie, Perpen-na, Porsen-na, Sen-naar, Sen-nachérib, Apen-nins, En-nius, Bren-nus, Cin-na, Cincin-natus, Erin-nye, etc. Toutefois A(n)nibal est tellement connu qu’on y prononce généralement l’n simple. L’n est encore double assez souvent dans An-na, An-naam, An-napolis, San-nazar, Lin-né, Con-necticut, Yun-nan, etc. L’n est simple dans A(n)nonay, A(n)nunzio, Je(n)ner, Je(n)ny, Te(n)nyson, Fi(n)nois, Co(n)naught.
[696] Voir pages 244-245. On mouille donc par exemple dans Borgnis-Desbordes, Ignace, Lusignan, Marignan, Magnésie, Magny, Marigny, etc., et dans les noms italiens comme Agnadel, Foligno, Legnano, Mantegna, Mascagni, Orcagna, Signorelli, etc., et Pugno.
[697] Voir pages 48 et 87. La graphie de gn mouillé a été aussi ngn: c’est ainsi qu’on écrivait ivro-ngne; on sait que gagner s’écrivait aussi bien ga-ngner que gai-gner, voir même gai-ngner. Le groupe ngn s’est conservé dans Boullo-ngne, sans nasaliser l’o; mais on prononce aujourd’hui Bron-gnart.
[698] Quoique les poètes fassent très bien rimer ce mot avec les mots en nie.
[699] Ceci reste d’un temps où l’on prononçait si(g)ne et di(g)ne, mali(g)ne et béni(g)ne, et même cy(g)ne, qui rimaient avec -ine, ainsi que hy(m)ne. On sait que dans les armes parlantes de Racine, il y avait un rat et un cygne, et l’on se rappelle sans doute qu’il eût préféré un sanglier! Jusqu’au XVIIIᵉ siècle, on prononça si(g)ner et assi(g)ner. On prononça de même Re(g)nard jusqu’au XIXᵉ siècle, et Re(g)naud, comme co(g)noistre. Mais tandis que le g de cognoistre disparaissait de l’écriture, les noms propres gardaient le leur; aussi leur est-il arrivé le même accident qu’à Montaigne: l’orthographe a altéré leur prononciation. Aujourd’hui Re(g)nard ne se comprendrait plus; encore n’est-ce pas un motif pour changer l’e muet en e fermé, et dire Régnard pour Regnard, comme il arrive trop souvent: nous avons déjà vu cela, page 170.
[700] Malgré le Dictionnaire général.
[701] De même Fécam(p), Decam(ps), Guingam(p), Loncham(p), Descham(ps), Cham(p)cenetz, Cham(p)fleuri, et aussi Cham(p)meslé et autres pareils, et encore Dupanlou(p) et Tro(p)long. Mais le p se prononce dans Champlain.
[702] Et Gap. Mais il n’y a pas si longtemps qu’on disait encore un ce(p) de vigne, à cause de la consonne qui suit.
[703] Avec Alep ou Tromp, a fortiori Rapp ou Krupp, sans compter Le Cap, bien entendu.
[704] Il a été muet même dans Égy(p)te ou sce(p)tre, et on a prononcé quelque temps conce(pt), ra(pt) et abru(pt): cf. succin(ct), exa(ct), respe(ct), etc. Il était muet aussi dans nie(p)ce et no(p)ce, dans e(s)cri(p)ture et aussi dans a(p)vril et ne(p)veu, où il n’avait que faire, ce qui ne l’a pas empêché de se maintenir dans Lene(p)veu. Le p initial a aussi été longtemps muet dans (p)saume et (p)sautier (cf. tisane et Phalsbourg, où il est tombé): on disait surtout, et même on écrivait les Sept Seaumes, si bien que quelques-uns, au témoignage de Henri Estienne, en vinrent à dire un sesseaume, ce qui en somme n’est pas plus extraordinaire que de dire un cent-garde. Aujourd’hui le p initial tombe parfois, mais très familièrement, dans un (p)’tit gars et autres expressions pareilles.
[705] Y compris Saint Jean-Ba(p)tiste et Anaba(p)tiste.
[706] Je ne sais où Michaëlis et Passy ont entendu ces mots sans p. Ajouter, naturellement, Septimanie et Septime-Sévère.
[707] Malgré Michaëlis et Passy.
[708] Ces mots sont peut-être les seuls qu’indique le Dictionnaire général. Notons pourtant qu’on prononce fort bien hi(p)podrome, hi(p)popotame et Hi(p)polyte avec un seul p.
[709] Le p se double ordinairement dans Ap-pien, Ap-pius, Philip-piques, dans Mazep-pa, dans les mots italiens comme Bep-po, jamais dans Co(p)pée, ni par suite dans Co(p)pélia, ni dans Co(p)pet.
[710] Pourquoi pas filosofie aussi bien que fantaisie?
[711] Notamment dans co(q) d’Inde, aujourd’hui remplacé par dinde ou plutôt par dindon; mais on a presque toujours dit coq de bruyère. Au pluriel, on disait des cô.
[712] Voir ce qui est dit de neuf, page 233: cinque francs, très répandu, est particulièrement désobligeant pour une oreille délicate. On distingue aujourd’hui cinq mars, qui est la date, et Cin(q)-Mar(s), nom propre, qui a conservé la prononciation traditionnelle. Dans Lecocq, Lestocq, Vicq-d’Azyr, Ourcq, et autres, le q ne change rien au c, et dans Lecler(cq), ils ne se prononcent ni l’un ni l’autre.
[713] Dans piqûre, sous prétexte de pas mettre deux u de suite, on a fondu ensemble celui du groupe qu et celui du suffixe -ure.
[714] Voir plus haut, p. 241. On évitera plus encore de prononcer t ou ti pour q, surtout dans qui suivi d’une voyelle, comme dans cintième!
[715] Outre les mots latins, quinquennium, tu quoque, in utroque jure, cuique suum, etc.
[716] On prononce ké dans tous les noms propres français et la plupart des étrangers, comme Québec ou Albuquerque. Il y a pourtant un nom français où l’on prononce très souvent l’u: c’est Quercy; or il est fort rare qu’on le prononce dans Q(u)ercinois, même quand on le fait dans Quercy: n’est-ce pas kerci qu’on devrait dire, et que vient faire ici cette prononciation savante ou étrangère? On prononce encore l’u dans Queretaro, Susquehannah, Torquemada, mais plus guère dans Angra-Pequeña ou Antequera. L’u se prononce ou dans Queensland et tous les composés de queen, et aussi dans quetsche, qui est plus allemand que français.
[717] Que Michaëlis et Passy consentent à réduire à trois syllabes: ob-sé-kyeu!
[718] On prononce sans u tous les noms français: Aq(u)itaine, Créq(u)i, Esq(u)irol, Forcalq(u)ier, Montesq(u)ieu, Q(u)iberon; tous les noms en quin, y compris Tarq(u)in, Thomas d’Aq(u)in ou le Dominiq(u)in; tous les noms commençant par Quin- (sauf La Quintinie), etc., et aussi Esq(u)imaux, et même Chuq(u)isaca, ou Q(u)ito. On fait entendre l’u dans les noms latins: Esquilin, Quintus, Quirinal, Quirinus et Quirites, Tanaquil et Tarquinies, malgré Tarq(u)in, et aussi Quinte-Curce et Quintilien, qui ont été longtemps francisés; mais on prononce généralement Aq(u)ilée sans u. On prononce encore l’u dans les noms étrangers, Aquila, Aréquipa, Essequibo, Esquiros, Iquique.
[719] Parce que, même en latin, nous le prononçons ainsi, de même que quum s’articule come. Il est vrai que quelques-uns le prononcent depuis quelque temps cuo ou couo, je ne sais pourquoi: tant que notre manière détestable de prononcer le latin se maintiendra, c’est co qui existe seul, notamment dans Q(u)o vadis.
[720] Malgré Michaëlis et Passy.
[721] Du temps où florissait la loterie, q(u)aterne était trop populaire pour se prononcer avec ou. D’autre part, dans les mots qui commencent par quinqua, l’u ne peut guère se prononcer dans la seconde syllabe autrement que dans la première: il y faudrait un effort qu’on ne fait pas, et c’est deux fois u qu’on entend le plus souvent.
[722] L’u se prononce également ou dans les mots latins Quades, Quadrifrons, Séquanes ou Séquanaise, Torquatus, et aussi dans Brown-Séquard, Griqualand, don Pasquale ou Quarterly-Review.
[723] Pendant très longtemps l’r a été muet dans les mots en -ir, -oir et -eur à féminin -euse (probablement par confusion entre -eur et -eux). Etienne Tabourot, sieur des Accords, raconte, dans ses Bigarrures et Touches, qu’il a vu une enseigne, d’opticien sans doute, représentant des chats qui sciaient du bois, ce qui signifiait clairement: Aux chats scieux. Ce sont probablement les infinitifs en -ire et -oire qui ont provoqué la reviviscence de l’r dans ceux en -ir et -oir: seul sortir, pris substantivement, a résisté quelque temps. Quant aux mots en -eur, ce sont les grammairiens qui ont rétabli l’r, en distinguant le langage familier du langage soutenu, où ils exigeaient l’r partout; mais l’ancienne prononciation n’avait pas encore disparu du bon usage après la Révolution: «Un porteu, un porteu d’eau, le procureu du roi, c’est, dit Domergue, la prononciation de l’afféterie ou de l’ignorance.» Elle ne subsiste plus aujourd’hui que dans monsieu(r) et messieu(rs); mais péteux et oublieux ne sont qu’un reliquat de l’ancienne prononciation, ainsi que faucheux, doublet de faucheur. Pour piqueur, voir plus haut, p. 94. Dans les mots en -ar, -air, -or, -ur et -our, l’r s’est toujours prononcé. Cependant on a dit o(r) ça; on a aussi supprimé l’r dans pour: Tabourot, dans ses Bigarrures, assimile poulets trépassés à pou(r) les trépassés; et le peuple fait encore volontiers cette suppression, ainsi que dans bonjou’ M’sieu. Quant à su(r), qu’on entend encore dans le peuple devant un l (su l’ banc, su l’ journal), il est possible qu’il vienne de sus plutôt que de sur.
[724] Il s’y est longtemps prononcé, et avec é fermé: aimér. Et même l’r était tombé dans les autres infinitifs, comme dans les mots en -oir et -eur, avant de tomber dans les infinitifs en -er. Et justement il a revécu partout, tandis qu’il achevait de tomber dans les infinitifs en -er, sauf à la rime, où on ouvrait l’e.
[725] Où l’s n’est que la marque du pluriel. On y ajoute poulaille(r) et oreille(r), qui ont perdu leur i dans l’orthographe, tandis que quincaillie(r), joaillie(r) et les autres le gardaient: la prononciation est d’ailleurs la même. Au contraire cuiller, qui avait aussi le suffixe -ier à l’origine (d’où la prononciation ancienne cui-yé), est passé, sans doute à cause du genre féminin, à la catégorie des mots où l’r se prononce. On ne prononce pas non plus l’r dans les noms propres français en -ier ou -iers, qui ont apparemment le même suffixe: Fléchie(r), Pradie(r), Forcalquie(r), Poitie(rs), etc., etc., et aussi Ténie(rs); les monosyllabes Fier et Thiers n’appartiennent pas à cette catégorie, non plus que l’adjectif fier, dont nous allons parler.
[726] Le XVIIᵉ siècle faisait ordinairement sonner l’r dans l’adjectif léger, et l’Académie le maintint jusqu’en 1762. De même dans les adjectifs entier, altier, etc., sauf premie(r) et dernie(r), mais y compris plurier lui-même, au moins pendant quelque temps. Cela était particulièrement naturel pour entier et altier, qui n’avaient pas le suffixe -ier, l’un venant d’integrum, l’autre de l’italien altiero. L’Académie maintient encore en 1762 l’r d’altier qu’elle ne laisse disparaître qu’en 1835. Ainsi tous les adjectifs en -ier ont fini par suivre l’analogie des substantifs, à l’exception de fier et cher. Mais quand on rencontrera chez les classiques ou chez Voltaire la rime de cher avec léger, ou celle de fier avec altier, on devra se rappeler que ces rimes étaient parfaitement correctes dans la prononciation normale, tandis que les rimes dites normandes, comme celle de cher avec arrache(r), n’étaient correctes qu’au moyen d’une prononciation spéciale adoptée ou conservée pour les vers: arrachèr, avec r sonore, prononciation toujours discutée, mais encore admise au début du XVIIIᵉ siècle. Je n’ai pas besoin de dire que dans V. Hugo ces rimes ne sont plus des rimes:
Ç’a été le tort de tous les poètes du XIXᵉ siècle de s’imaginer que tout ce qui était bon chez les classiques devait être bon chez eux, comme si la prononciation était la même.
Les noms propres français en -cher et -ger font naturellement comme les noms communs: Bouche(r), Fouche(r), Rouche(r), Ange(rs), Bérange(r), Roge(r), etc., avec Suge(r), sur lequel on se trompe trop souvent. Alge(r) s’y est ajouté, après quelque hésitation, ce qui a probablement entraîné Tange(r), sur lequel on a hésité plus longtemps. On prononce l’r dans Murger, qui n’était pas du tout un nom allemand; mais l’auteur lui-même y a consenti, pour donner à son nom une allure plus romantique. On prononce aussi l’r dans les monosyllabes Cher et Gers, et dans Saint-Eucher.
[727] On vient de voir dans la note précédente que entier et altier s’étaient détachés du groupe.