A la fin des mots, dans les mots français ou entièrement francisés, le p, qui d’ailleurs y est assez rare, est ordinairement muet: dra(p), et aussi sparadra(p)[700], cam(p) et cham(p), galo(p), siro(p) et tro(p), cou(p) et beaucou(p), lou(p) et cantalou(p)[701].
Il n’y a d’exceptions que dans cap et cep[702]; naturellement aussi les interjections hop, hip, houp.
Le p se prononce naturellement dans les mots d’origine étrangère, handicap, jalap, hanap, salep, julep, midship, bishop, stop, croup et group[703].
Le p est encore muet dans tem(ps) et printem(ps), dans exem(pt), dans rom(ps) ou rom(pt) et leurs composés, dans prom(pt) et dans cor(ps).
Dans le corps des mots, devant une consonne, le p se prononce aujourd’hui. Il était muet autrefois dans les mots les plus usités, surtout devant un t[704]. Il est encore muet devant t dans un grand nombre de mots:
1º Ba(p)tême et tous les mots de la famille[705]. Peut-être dit-on quelquefois baptismal, non sans une nuance de pédantisme, mais on dit toujours les fonts ba(p)tismaux;
2º Se(p)t, se(p)tième et se(p)tièmement, mais non les autres dérivés, qui sont tirés directement du latin, et gardent le p comme en latin, y compris septembre, septante et septentrion, par réaction étymologique[706];
3º Exem(p)ter, mais non exemption;
4º Com(p)te et tous ses dérivés, avec ceux de prom(pt), y compris com(p)tabilité et prom(p)titude;
5º Scul(p)ter et sa famille, malgré Domergue;
Dans che(p)tel (che et non ché), on commence à prononcer le p même dans les facultés de droit, et cela fait ché et non plus che.
Pour dompter et indomptable, la pratique et les opinions sont fort partagées. Depuis longtemps la tradition est pour imdom(p)table et surtout dom(p)ter, mais je crains fort que le p, admis mal à propos par l’Académie, ne finisse par prévaloir.
On ne supprime plus le p dans présomption, présomptif, présomptueux, consomption, symptôme, ni devant aucun autre t.
C’est le p qui conserve le mieux, quand il est double, la prononciation de la consonne simple. Il fut un temps où il n’y avait pas d’exceptions, mais nous n’en sommes plus là[707].
Il y a d’abord ap-pendice et ap-pendicite, ap-pétence et ap-pétition, ap-pogiature et lip-pitude, et les composés commençant par hipp-[708].
De plus, les mots très nombreux qui commencent par ap-, op- et sup-, si peu savants qu’ils soient, sont déjà très touchés. Des mots comme a(p)pliqué ou a(p)porter sont actuellement intangibles; mais on double fréquemment le p dans ap-pâter, sinon dans a(p)pât, dans ap-préhender, dans ap-préciable et ap-proprier (moins dans a(p)proprié), et surtout dans op-probre, par emphase, et dans sup-puter, qui a l’air savant. On le double parfois même, et ceci est plutôt à éviter, dans ap-parier, ap-pauvrir, ap-pointer, ap-pontement, ap-préhension, op-portunité, voire, par emphase toujours, dans op-primer ou op-presser, parfois même dans sup-planter, sup-pléer ou sup-plique[709].
On sait que ph a partout le son de l’f: ce n’est qu’une graphie prétentieuse, à laquelle d’autres langues ont renoncé fort judicieusement[710].
1º Le Q final.
Le q n’est final que dans coq et cinq.
Dans coq, il ne s’est pas toujours prononcé[711]; il n’y a plus d’exceptions aujourd’hui.
Dans cinq, au contraire, on l’a toujours prononcé (c’est la règle générale des noms de nombre), sauf, bien entendu, devant un pluriel commençant par une consonne: j’en ai cinq, le cinq mai, page cinq, cinq pour cent, cinq sur cinq, et aussi, par liaison, cinq amis, mais cin(q) francs, cin(q) cents, cin(q) mille, les cin(q) derniers[712].
2º Le groupe QU.
Dans le corps des mots, le q est toujours séparé de la voyelle qui sonne par un u, qui, en principe, ne s’entend pas[713]. Devant e et i, notamment, le c étant devenu sifflant devant ces voyelles, le rôle de la gutturale est régulièrement dévolu au groupe qu, la lettre k étant peu française: éq(u)erre, q(u)estion, q(u)itter, et toutes les finales en -que.
Autrefois on adoucissait cette gutturale, comme le g, devant e et i, au point qu’on arrivait à le mouiller, et Domergue distingue nettement entre qu’il et tranquille. Cet usage n’est plus apprécié aujourd’hui, et on fera bien de l’éviter, comme pour le g[714].
De toute façon, l’u qui suit le q ne se prononce pas plus en français devant e et i que devant a et o. Toutefois, il y a encore un certain nombre de mots plus ou moins savants tirés du latin, et le plus souvent d’origine récente, où il se prononce (jamais pourtant devant un e muet); il fait alors fonction de semi-voyelle.
I. Devant E.—L’u se conserve devant e dans déliquescence, liquéfier et liquéfaction—à côté de liq(u)ide et liq(u)eur—, questeur et questure, et équestre[715].
Mais ce dernier mot est bien près de passer à ékestre, comme ont fait avant lui éq(u)erre et séq(u)estre, et tant d’autres, y compris q(u)érimonie et q(u)ercitron. D’autre part, likéfier est employé plus ou moins depuis deux siècles, et même, à l’origine, l’Académie ne connaissait pas d’autre prononciation. Enfin kesteur est loin d’être rare.
Opposons-nous à ces prononciations fautives, mais soyons bien convaincus que qué est destiné à devenir ké partout, un jour ou l’autre[716].
II. Devant I.—L’u se conserve mieux dans -qui- et -quin- que dans -que-, sans doute parce que les exemples en sont restés plus nombreux.
Il est vrai qu’il ne se prononce pas non plus dans quelques mots plus ou moins savants, comme q(u)iproquo, jusq(u)iame ou aq(u)ilon, ni même dans aq(u)ilin ou sq(u)irre, ni dans une partie des mots commençant par équi-, ni dans les finales -quin et -quine, qui sont francisées jusque dans basq(u)ine ou race éq(u)ine.
En revanche, on prononce l’u:
1º Dans le latin quid, a quia, requiem, etc., avec quibus, quitus et même quidam (autrefois kidan);
2º Dans équiangle, équidistant, équimultiple, mots savants, et même équilatéral, à côté d’éq(u)ilibre, éq(u)inoxe, éq(u)ité, éq(u)ivaloir, éq(u)ivalent—autrefois éq(u)ipollent—et éq(u)ivoque;
3º Dans équisétique et équitant: quant à équitation, ce mot est dans le même cas qu’équestre, étant déjà à peu près passé à éq(u)itation;
4º Dans quiet, quiescent, quiétisme et quelquefois encore quiétude, à côté de inq(u)iétude; mais il est difficile que inkiétude n’entraîne pas définitivement kiétude;
5º Dans une partie des dérivés du latin quinque, car ne prononce pas l’u dans q(u)ine, q(u)inaire et q(u)inola, dans q(u)inconce et q(u)inquenove, dans q(u)int, q(u)inte et q(u)inze et leurs dérivés naturels, y compris q(u)intessence—et autrefois le populaire henriq(u)inq(u)iste—; mais on le prononce dans quinquagénaire et tous les mots commençant par quinque—sauf q(u)inq(u)enove—, dans quintette, quintidi, quintil, quinto et même quintuple, qui est souvent écorché;
6º Dans obséquiosité et obséquieux[717]; dans obliquité et ubiquité; dans sesquialtère et quiddité;
7º Dans l’espagnol conquistador, qui a gardé l’u, à côté de q(u)ipos, liq(u)idambar et basq(u)ine, qui l’ont perdu, sans compter q(u)ina, q(u)inine ou q(u)inquina[718]. Ajoutons esquire, quand on le prononce à l’anglaise (eskouay’r).
III. Devant O et A.—Quoique le groupe qu ne soit proprement utile dans les mots français que devant e et i, on le trouve aussi devant o et a, où il s’est conservé du latin, dans des mots plus ou moins savants, comme q(u)alité, q(u)otient, à côté de carré, casser, carême, qui sont d’origine populaire. Mais du moins -quo- se prononce toujours co[719]. Au contraire, -qua- se prononce coua (kwa) dans un certain nombre de ces mots, incomplètement francisés:
1º Dans le latin quater ou quatuor, sine qua non, exequatur, à côté de q(u)asi, q(u)asiment, q(u)asimodo, francisés depuis le moyen âge le plus reculé; à côté de partie aliq(u)ante, francisé lui-même aussi comme q(u)ant et ses dérivés;
2º Dans aquafortiste (et aqua-tinte, de l’italien), aquarelle, aquarium et aquatile, qui ont réagi sur aquatique, francisé autrefois;
3º Dans adéquat, équateur, équation, équatorial, mais non dans reliq(u)at;
4º Dans une partie des dérivés du latin quatuor, car nous ne prononçons pas l’u dans des mots aussi complètement francisés que q(u)adrille, q(u)art, q(u)artaut, q(u)atre, q(u)atorze, q(u)arante, et leurs dérivés naturels, y compris éq(u)arrir; mais nous le prononçons ou dans quadragénaire, et tous les mots commençant par quadr-[720], y compris quadrige, mais non q(u)adrille, dans quartette (de l’italien), quartidi, quartil et in-quarto, dans quaterne et quaternaire[721];
5º Dans loquace et loquacité, qu’on écorche parfois; dans quassier et quassia amara, colliquatif et colliquation; dans squameux et desquamation;
6º Enfin, dans quelques mots étrangers, squale, square, quaker et quakeresse, quartz et quartzeux, quattrocento, quattrocentiste et tutti quanti[722].
1º L’R simple.
L’r, comme l’l, se prononce aujourd’hui régulièrement à la fin des mots. On l’articule partout, sauf dans monsieu(r) et messieu(rs), et dans la plupart des mots en -er. Ainsi char, cauchemar, boudoir, asseoir, clair, offrir, désir, zéphir, chaleur, amour, trésor, obscur, etc.[723].
Pour les mots en -er, il faut distinguer les cas avec précision.
1º Dans les innombrables infinitifs en -er[724];
2º Dans les innombrables substantifs et adjectifs terminés par le suffixe -ier: premie(r), menuisie(r), régulie(r), foye(r), etc., etc., et l’adverbe volontie(rs)[725];
3º Dans les substantifs et adjectifs en -cher et -ger, parce qu’en réalité ils appartiennent à la même catégorie que les précédents, ayant été autrefois en -chier et -gier: ils sont une trentaine environ, comme arche(r), dange(r), lége(r)[726].
L’r final est au contraire sonore en principe dans les mots en -er (infinitifs à part) qui n’ont pas le suffixe -ier, et ne l’ont jamais eu, ce qui veut dire qu’ils ne sont non plus ni en -cher ni en -ger. Mais ici, les mots proprement français sont en petit nombre. Ce sont des mots où -er appartient au radical même du mot:
1º L’adverbe hier, et les adjectifs fier, tiers et cher, malgré l’i et le ch[727];
2º Fer et enfer, mer et amer, ver et hiver;
3º Les formes de quérir et de ses composés: j’acquiers, tu acquiers, requiers, conquiers, etc.[728];
4º Le mot cuiller, autrefois cuillie(r), qui s’est joint à ce groupe après beaucoup d’hésitation;
5º Les mots qui sont proprement latins, quoique francisés: liber, cancer, pater, éther, magister, auster, etc., et tous les mots étrangers, francisés ou non: bitter, chester, eider, kreutzer, messer, placer, etc.[729].
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Quand le groupe er est suivi d’une consonne, même muette, et notamment d’un t, l’r n’est plus final, mais intérieur, et s’y prononce comme partout: dans haubert, offert, clerc, nerf, perd ou perds, comme dans bavard, part, je pars, corps, bourg, etc. Il n’y a d’exception que pour ga(rs)[730].
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On a vu au chapitre de l’e muet, que l’r final suivi d’un e muet tombe facilement avec l’e devant une consonne dans la prononciation rapide, quand il est précédé d’une muette ou d’une des spirantes f et v: maît(re) d’hôtel. C’est une prononciation dont il ne faut pas abuser. Elle est certainement admissible dans la conversation familière, entre deux mots comme ceux-là; elle est surtout fréquente avec notre, votre et quatre: vot(re) cheval, quat(re) sous; encore faut-il excepter, comme on l’a vu, Notre-Dame, le Notre Père, où le respect a maintenu l’r, et quatre-vingts, où le besoin de clarté a joué le même rôle. Mais, dans la lecture, il vaut mieux conserver l’r partout.
La chute de l’r est particulièrement incorrecte quand la finale muette n’est pas suivie d’une consonne: du suc(re), du vinaig(re), encore qu’ils datent de fort loin, sont certainement à éviter[731].
Me(r)credi a été autrefois très correct, et Vaugelas l’approuvait[732]. Les grammairiens se sont longtemps battus là-dessus, mais la diffusion de l’instruction primaire a rétabli définitivement l’r, sans pourtant faire disparaître entièrement me(r)credi. Je ne saurais trop vivement déconseiller aujourd’hui cette prononciation, car on a une tendance à la tourner en ridicule, ainsi que celle qui double l’r dans mairerie, pour mairie[733].
2º L’R double.
Les deux r se prononcent toujours dans les futurs et conditionnels de trois verbes en -rir: quérir, courir et mourir, et leurs composés[734]. Ce qui a dû contribuer tout au moins à les maintenir, c’est qu’ils empêchent la confusion du futur avec l’imparfait: je cou-rais, je cour-rai. En revanche, c’est une faute très grave que de ne pas laisser l’r simple dans les futurs ve(r)rai, enve(r)rai, pou(r)rai, et leurs conditionnels, et aussi, la bobinette che(r)ra, toutes formes pour lesquelles il n’y a pas de confusion possible: on se contente d’allonger la voyelle qui précède.
Ce cas spécial étant mis à part, l’r double se prononce assez généralement comme un seul, beaucoup mieux que ne font l ou m.
1º Cela est particulièrement sensible après un a. Les composés qui commencent par ar-, notamment, ne font entendre qu’un r, sauf quelquefois, par exemple, dans ar-racher, ar-rogance, ou ar-roger[735]. On n’y peut guère ajouter que des mots comme far-rago ou mar-rube, qui sont à peine français, et, trop souvent, nar-ration, nar-rateur, inénar-rable, et même nar-rer, qui auraient pu être respectés.
2º Après e, l’r double est un peu plus atteint qu’après a. Ainsi, quoique fe(r)rer, fe(r)raille et tous les autres ne laissent entendre qu’un r, on en prononce quelquefois deux dans fer-rugineux, qui a un air plus savant. Dans tous les dérivés de terre, et ils sont nombreux, on n’entend qu’un r, et pourtant on en prononce parfois deux dans ter-restre, et même dans le vieux mot ter-raqué. Malgré ve(r)rue, ve(r)ruqueux reste douteux. Inte(r)roger et inte(r)rompre sont à peu près intacts; mais on entend souvent inter-rogation, inter-ruption, inter-rupteur, à côté d’inter-règne. Des mots d’usage très courant, et qui n’ont aucune apparence savante, sont parfois atteints. Ainsi les deux r d’aber-ration, er-rata ou er-ratique, ont réagi sur er-roné, er-rer et même er-reur[736]. De même ter-roriser, ter-roriste, ter-rifier, ont réagi sur ter-rible et même ter-reur, où l’emphase d’ailleurs explique ou excuse le double r[737].
3º Nous savons que les mots commençant par ir- font entendre les deux r, même ir-riguer et ir-riter, qui n’ont pas le sens privatif. Toutefois, i(r)riter ou i(r)ritation sont encore parfaitement corrects. On dit naturellement cir-rus, cir-ripède et pyr-rhique.
4º Parmi les mots commençant par cor-, on ne prononce qu’un r dans co(r)ridor, co(r)riger ou inco(r)rigible, co(r)royer et co(r)roi, ordinairement aussi dans co(r)respondre et ses dérivés et dans co(r)rompre. Mais ces derniers mots sont déjà atteints depuis longtemps, surtout dans le participe cor-rompu, et l’on entend généralement deux r dans tous les mots où figure le radical corrupt-; de même dans ceux où figure le radical correct- (avec cor-régidor), en outre dans cor-rélatif, cor-roborer, cor-roder ou cor-rosif. D’autre part, on dit fréquemment hor-reur, hor-rible et abhor-rer, par emphase, comme ter-reur et ter-rible, et toujours hor-ripiler. On dit aussi tor-réfier et tor-ride; et tor-rentiel réagit parfois même sur tor-rent. Je ne parle pas de mots tels que bor-raginées ou por-rection. On notera que l’r reste pourtant simple, même dans des mots savants comme hémo(r)ragie ou hémo(r)roïdes.
5º Après ou, l’r simple se maintient: cou(r)roie, cou(r)rier, cou(r)roux, pou(r)rir. Encore cou(r)roucé n’est-il pas intact[738].
6º L’r simple se maintient aussi tant bien que mal, plus mal que bien, dans résu(r)rection; plus mal encore dans insu(r)rection, presque plus dans concur-rent et ses dérivés. On dit naturellement scur-rile, sur-rénal et vase mur-rhin[739].
1º L’S final.
A la fin des mots, en principe, l’s ne se prononce plus en français depuis fort longtemps. Pour l’s du pluriel, notamment, il n’y a pas d’exceptions[740].
Les exceptions sont, au contraire, assez nombreuses pour l’s qui n’est pas la marque du pluriel, et alors il a toujours le son dur ou sourd.
1º Après un a, il y a très peu d’exceptions dans les mots proprement français. Je n’en vois même que deux: l’une pour le monosyllabe as, terme de jeu, et par suite ambesas: la prononciation a(s) est purement dialectale; l’autre pour les interjections las, hélas, qui n’en font qu’une. Quant à atlas, stras, hypocras, ce sont en réalité des noms propres.
Les autres exceptions sont des mots grecs, latins ou étrangers: Deo gratias, per fas et nefas, habeas corpus, pancréas, lias et trias, flint glas, christmas, papas, lépas, upas, lampas (s’humecter le), madras, abraxas, alcarazas, vasistas, ou le provençal mas[741].
On hésite aujourd’hui pour vindas, autrefois guindas, d’ailleurs peu usité; mais on ne prononce plus l’s, ni dans les noms d’étoffes, jacona(s), lampa(s), ginga(s) ou dama(s), celui-ci malgré l’étymologie; ni dans balandra(s), sassafra(s), matra(s) ou tétra(s), ni enfin dans pampa(s), où l’s n’est que la marque du pluriel, dans un mot d’ailleurs francisé[742].
Après oi, l’s ne se prononce jamais: boi(s), parfoi(s), courtoi(s), etc. L’s même de troi(s), longtemps sonore, comme la consonne finale de tous les noms de nombre, a fini par s’amuir.
2º Après un e, l’s ne se prononce que dans pataquès, altération de pat-à-qu’est-ce[743]; dans des mots latins ou grecs: facies, aspergès, hermès, palmarès, herpès, faire florès, népenthès; dans les mots étrangers: aloès et cacatoès[744], kermès, xérès, londrès, cortès[745].
On ne doit donc pas plus prononcer l’s dans profè(s) que dans progrè(s), succè(s) ou prè(s). Il se prononce aujourd’hui, à grand tort d’ailleurs, dans ès lettres, ès sciences et autres expressions analogues, où figure un pluriel[746].
Après ai, comme après oi, l’s ne se prononce jamais: jamai(s), j’aimai(s), etc.[747].
3º Après un i, les exceptions sont plus nombreuses qu’après a ou e.
L’s s’est maintenu ou définitivement rétabli depuis plus ou moins longtemps dans maïs, jadis, fi(l)s et lis (y compris fleur de lis le plus souvent, malgré l’Académie); dans métis, cassis, vis (substantif) et tournevis[748]. La prononciation de ces mots sans s est tout à fait surannée; on ne peut plus la conserver que pour les nécessités de la rime, et encore![749].
Les autres mots où l’s se prononce sont des mots grecs ou latins: bis (ne pas confondre avec l’adjectif), ibis, de profundis, volubilis, in extremis, tamaris, iris, ex libris, corylopsis, oasis, mitis, gratis, myosotis; ou des mots étrangers: maravédis (et encore pas toujours), tennis, et les vieux jurons gascons cadédis ou sandis[750].
On peut y joindre spahis. Les dictionnaires ont conservé spahi, qui est assurément plus correct, étant un doublet de cipaye, et Loti s’en est contenté; mais l’armée d’Afrique a souvent dit spahis; c’est un fait, et comme il convient d’appeler les gens comme ils s’appellent eux-mêmes, je crois qu’on peut dire spahis plutôt que spahi, malgré l’autorité de Pierre Loti[751].
4º Après eu, l’s final ne se rencontre que dans des mots grecs et il s’y prononce; mais il n’y a de nom commun employé parfois que basileus[752].
5º Après o, le seul mot de la langue vulgaire où l’s se prononce est os; encore n’est-ce tout à fait correct qu’au singulier[753].
Les autres mots où l’s se prononce sont parfois d’origine latine, comme salva nos ou nescio vos, ou étrangère: albatros, puis albinos et mérinos, pluriels devenus singuliers, ainsi que le gascon escampativos[754].
Presque tous sont d’origine grecque: atropos, paros, cosmos, tétanos, rhinocéros, ithos et pathos, lotos et autres mots savants[755].
6º Après ou, l’s se prononce dans le monosyllabe tous, non suivi de l’article ou d’un substantif devant lequel l’article est sous-entendu, autrement dit quand tous est accentué: ils viendront tous, tous viendront, un pour tous et tous pour un, tous debout et même tous soldats, soldats étant ici une apposition; on dira au contraire tou(s) les hommes, ou tou(s) soldats qui...
Cette distinction très nette empêche toute confusion entre ils ont tous dit et ils ont tou(t) dit, ils sont tous fiers et ils sont tou(t) fiers, ils savent tous ce qu’on a dit et ils savent tou(t) ce qu’on a dit; mieux encore, entre nous connaissons tous les livres de... et nous connaissons tou(s) les livres de...
L’s se prononce aussi dans les mots arabes burnous et couscous, et dans négous, écrit aussi négus[756].
7º Après un u, l’s final se prononce surtout dans un très grand nombre de mots latins ou qui peuvent passer pour tels: angelus, cactus, calus, carolus, chorus, convolvulus, crocus, détritus[757], eucalyptus, fœtus, hiatus, humus, in manus, in partibus, lapsus, mordicus, omnibus, papyrus, orémus, prospectus, rébus, rictus, sénatus-consulte, sinus et cosinus, typhus, virus, etc., dans blocus et négus, mots étrangers, sans parler des mots familiers qui se sont formés sur l’analogie des mots latins, comme laïus, motus, olibrius, quitus ou rasibus, avec gibus.
Dans les mots proprement français, l’s ne se prononce pas[758]. Obus lui-même, où l’s se prononce régulièrement avec le son doux (obuse), peut-être par l’analogie d’obusier, s’est si bien francisé que dans l’armée on prononce régulièrement obu, qui est donc devenu la meilleure prononciation. La seule prononciation qui ne vaille rien du tout, c’est obusse.
Pourtant l’s se retrouve dans deux ou trois mots.
Quoique l’s d’abu(s) ne se prononce pas, le monosyllabe us paraît avoir repris assez généralement le sien, sans doute en qualité de monosyllabe réduit à une voyelle, et pour s’élargir un peu; mais ce mot ne s’emploie guère que dans l’expression us et coutumes, où la liaison se fait tout aussi bien avec un s doux: u(s) zet coutumes.
D’autre part, la prononciation de plus est assez délicate et assez variable.
On ne prononce jamais l’s dans la négation ne... plu(s): je n’en veux plu(s) et de même sans plu(s)[759]; ni dans les comparatifs ou superlatifs: plu(s) grand, le plu(s) grand, plu(s) justement, j’ai plu(s) fait que vous ne pensez, une plu(s)-value; ni devant de, dans tous les sens: plu(s) de monde, plu(s) d’amour; ni quand il est répété: plu(s) j’en ai, plu(s) j’en veux, ou opposé à moins: plu(s) j’en ai, moins j’en veux, ou ni plu(s) ni moins[760].
Mais quand plus est suivi immédiatement de que, on prononce volontiers l’s, sauf après pas ou d’autant: pas plu(s) que vous, d’autant plu(s) que je ne sais si..., mais j’ai fait plu(s) ou plus que vous ne pensez, j’ai cinq ans de plu(s) ou de plus que lui.
On le prononce aussi quand plus est séparé par que d’un adjectif ou d’un adverbe: plus que content, à côté de plu(s) content; plus qu’à moitié, à côté de plu(s) d’à moitié; mais surtout on prononce régulièrement et nécessairement l’s de plus-que-parfait, malgré la résistance de beaucoup d’instituteurs et d’institutrices: plu(s)-que-parfait est tout à fait suranné.
On prononce également l’s dans les opérations de l’arithmétique ou de l’algèbre: le signe plus, deux plus deux égalent quatre, plus par plus donne plus.
Enfin, d’une façon générale, sauf dans ne... plu(s) et de plus en plu(s), il y a une tendance à prononcer l’s quand plus est final. A vrai dire, rien de plu(s) vaut mieux que rien de plus, sans doute à cause de la négation; et dans le style tragique, je te dirai bien plu(s), il y va de bien plu(s), semblent encore s’imposer; mais on dira très bien, surtout dans le langage familier, il y a plus ou trois jours au plus; on dira même nécessairement: plus... un lit, et même, quoique moins bien, de plus... un lit, ou de plus, je n’en crois rien, ou encore après mille ans et plus, sauf en vers, s’il y a une suite:
L’analogie de plus s’est exercée sur sus, dont on prononce souvent l’s dans en sus, comme dans en plus. Mais à part l’expression en sus, le mot est généralement suivi de a, ce qui amène une liaison; il en résulte que beaucoup de personnes prononcent courir sus avec l’s, mais c’est une prononciation discutable[761].
8º Après les voyelles nasales, l’s final n’est pas moins muet qu’après les voyelles orales: dan(s), céan(s), san(s), gen(s), repen(s), consen(s), plain(s), étein(s), tien(s), vien(s), moin(s), aimon(s), etc. Il faut donc éviter moinsse avec le plus grand soin, et aussi gensse[762].
Pourtant le mot sens a repris peu à peu son s dans presque tous les cas: bon sen(s) ou contresen(s), qui ont résisté longtemps, ont à peu près disparu[763]; sen(s) commun lui-même, qui s’est conservé plus longtemps et tient encore, sans doute parce que la prononciation de l’s y est entravée par la consonne qui suit, est déjà néanmoins fort atteint, et sans doute destiné à disparaître. Il ne restera bientôt plus que sen(s) dessus dessous et sen(s) devant derrière, qui justement sont sans rapport avec sens[764].
On prononce également l’s dans mons pour monsieur, dans le mot savant cens, dans le vieux mot ains, et dans les mots latins où en sonne in: gens, delirium tremens, sempervirens, etc., sur l’analogie desquels Labiche a formé labadens[765].
9º Après les consonnes, il faut distinguer, suivant la consonne qui précède.
Quand l’s est séparé de la voyelle par une consonne non articulée, il ne se prononce pas non plus: ga(rs), la(cs) et entrela(cs), poi(ds), le(gs) et me(ts), pui(ts), pou(ls), tem(ps) et défen(ds), rom(ps) et fon(ds), cor(ps) et remor(ds)[766].
Ceux même qui prononcent à tort le g de le(gs) ne vont pas jusqu’à prononcer l’s. La seule exception est fi(l)s, que nous avons vu à l’i.
En revanche, à part cor(ps), le groupe final ps se prononce toujours entier, parce qu’il n’appartient pas à des mots proprement français: laps et relaps, schnaps, reps, seps, biceps, princeps, forceps, éthiops et anchilops.
On articule aussi intégralement rams et aurochs (aurox). On notera seulement la tendance qui se manifeste, notamment chez Victor Hugo, à remplacer aurochs par auroch: en ce cas, le pluriel se prononce comme le singulier; mais c’est aurochs qui est le vrai mot[767].
D’autre part, quand l’s est séparé de la voyelle par un r, l’r se prononce toujours[768]; mais l’s ne se prononce pas: univer(s), alor(s), toujour(s), ailleur(s), etc. Il faut éviter avec grand soin de prononcer alorsse, quoiqu’on prononce l’s dans le composé lorsque. Le substantif cour(s) se prononce de même sans s.
Il y a pourtant trois exceptions: le mot mars a repris son s depuis longtemps[769]; les mots mœurs et ours ont repris le leur au dernier siècle, et il n’est plus possible de le supprimer qu’en vers, pour l’harmonie, et surtout quand la rime l’exige[770].
2º L’S intérieur.
Dans le corps des mots, l’s se prononce presque toujours, mais quand il se prononce, il est tantôt dur ou sourd, ce qui est le son normal, tantôt doux ou sonore.
I.—Devant une consonne, l’s se prononce partout en principe, et toujours ou presque toujours avec le son dur: les s qui ne se prononçaient pas ont en effet disparu de l’orthographe. Il se prononce ainsi même à la fin des mots: fisc, busc, musc et les mots en -st[771].
Mais tous ces mots où l’s se prononce devant une consonne sont en réalité des mots d’emprunt, ou bien des mots que l’orthographe a altérés en y restaurant un s autrefois muet[772].
Par analogie, l’s se prononce depuis longtemps même dans lorsque, presque, puisque, malgré l’étymologie lor(s), prè(s), pui(s), parce que les éléments se sont fondus en un mot unique, comme dans jusque; mais tandi(s) que n’est pas dans le même cas, les composants étant encore distincts: il vaut donc mieux éviter d’y prononcer l’s.
L’s se prononce aussi dans susdit, qui s’écrit en un seul mot, mais non dans sus-tonique et sus-dominante, qui s’écrivent en deux. Il me paraît choquant dans susnommé et susmentionné, qui pourraient bien se prononcer comme les précédents.
Dans les mots composés commençant par les articles les et des ou l’adjectif possessif mes, ces monosyllabes sont demeurés distincts, et l’s ne s’y prononce pas: le(s)quels, de(s)quels, me(s)dames[773].
Il y a aussi un mot simple où l’s intérieur, muet devant une consonne, a été conservé dans l’écriture, probablement par oubli, tous ceux qui étaient dans le même cas ayant été éliminés: c’est cheve(s)ne, résidu singulier d’une orthographe disparue[774].
Aux mots commençant par un s suivi d’une sourde, c, p, t, le peuple, surtout dans le Midi, ajoute volontiers l’e prosthétique des grammairiens: estatue. Cela n’est sans doute point à imiter[775].
Dans le groupe sc, qu’on ne trouve que dans les mots relativement récents ou qui ont repris des lettres abolies, les deux consonnes se prononcent sans difficulté devant a, o, u: es-cargot, es-compte, scolaire, sculpture.
Devant e et i, on entend généralement deux s: as-cète, trans-cendant, las-cif, res-cinder[776].
Toutefois on ne peut entendre qu’un s en tête des mots: un s(c)eau, une s(c)ie[777]. On n’entend qu’un s aussi (ou un c) à l’intérieur d’un certain nombre de mots: d’abord ob(s)cène et ob(s)cénité, où il est difficile de faire autrement; puis fa(s)cé, de fa(s)ce, terme de blason[778]; de(s)cendre et ses dérivés; con(s)cience et ses dérivés, quoiqu’on entende généralement deux s dans es-cient, pres-cience et cons-cient; enfin di(s)ciple et di(s)cipline avec ses dérivés; et l’on peut encore y joindre, si l’on veut, a(s)censeur et a(s)cension (surtout la fête), di(s)cerner et di(s)cernement, su(s)ceptible et su(s)citer.
Nous avons vu déjà que l’s prenait naturellement le son doux du z, par accommodation, devant une douce, b, d, g, v et j: sbire et presbyte, pélasgique et disjoindre, transgresser, svelte ou transversal. C’est là un phénomène spontané pour lequel il ne faut aucun effort, aucune étude[779]. L’s prend souvent aussi le même son dans les mots en -isme comme rhumatisme (izme) ou même en -asme; mais ceci s’impose beaucoup moins[780].
II. Entre consonne et voyelle, l’s est encore dur en principe.
Il est dur notamment après un r: sur-seoir et sur-sis (et non surzis), traver-sin, subver-sif, etc.; mais il est doux dans jersey[781].
Il est doux entre l et a, dans balsamique et les mots de cette famille[782].
On a vu que l’accommodation changeait le b en p dans les mots qui commencent par abs- et obs-, et aussi subs-, mais sauf devant i. En effet, dans subsister, l’accommodation paraît être plus souvent régressive, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui s’accommode à la première: subzister plutôt que supsister, et de même subzistance, sans doute par l’analogie de désister, exister et résister, dont nous allons parler dans un instant[783].
Il en est de même le plus souvent dans subside et subsidiaire[784].
Au contraire, c’est le b qui se change normalement en p dans abside et dans subséquent[785].
III. Entre deux voyelles dont la première n’est pas nasale, l’s prend régulièrement le son doux, quelle que soit l’étymologie: rose, vase, cytise, basilique, vasistas, philosophe, misanthrope, etc.[786]. Il prend le son doux même dans les préfixes à s final dés- et més-, et cela peut passer pour une liaison naturelle: dés-unir, dés-armer, més-user, més-intelligence, etc.[787]. Pourtant l’s est resté dur dans dys-enterie et dys-entérique[788].
L’s prend encore le son doux, et ceci pourrait surprendre, dans dé-signer et se dé-sister (sans parler de désoler), et généralement après les préfixes ré- et pré-: ré-server et pré-server, ré-sider et pré-sider, ré-solution, ré-sonance, ré-sumer et pré-sumer, présage, pré-somption, etc. Cela tient à ce que, dans ces mots, le simple a disparu, ou bien il est resté avec un sens très différent: dans les deux cas, le composé est traité comme un mot simple.
Il en est de même du mot abasourdir, où l’élément sourd a pu être méconnu, et par l’absence d’un préfixe usité, et à cause du sens abstrait qu’a pris le mot.
Néanmoins, l’s reste dur dans certains cas, avec ou sans préfixe, et beaucoup plus souvent qu’on ne croit:
1º Après les préfixes pré-, ré- et dé- eux-mêmes, dans pré-séance et pré-supposer, sans doute parce qu’ici le simple est trop connu pour s’altérer; dans pré-su (le mot est dans Pascal); dans ré-section et ré-séquer, dé-suet et dé-suétude, qui gardent la prononciation du latin.
2º Et cette fois sans exception, à la suite de toute une série de préfixes qui restent toujours distincts du mot principal: a-, dans a-septique, a-symétrie ou a-symptote; para-, dans para-sélène et para-sol (malgré l’s doux de para-site, vieux mot dont le simple n’existe pas); contre- et entre-, dans contre-sens, contre-seing, contre-signer et contre-sol, s’entre-secourir ou s’entre-suivre, et entre-sol; anti-, dans anti-social ou anti-septique; co- et pro-, dans co-seigneur, co-signataire, co-sinus ou co-sécante, et pro-secteur; uni-, bi- et tri-, proto- et deuto-, etc., dans uni-sexuel et une foule de composés chimiques, botaniques ou même mathématiques[789]; plusieurs autres encore, qui marquent également le nombre, surtout dans le vocabulaire grammatical: mono-syllabe et mono-syllabique, tétra-syllabe, déca-syllabe, etc., poly-syllabe et poly-synodie, pari-syllabique et impari-syllabique[790].
3º Dans quelques mots composés à éléments mal soudés, quoique liés dans l’écriture: tournesol et girasol, soubresaut, havresac, vraisemblable et vraisemblance, présalé, vivisection, gymnosophiste, idiosyncrasie, petrosilex, sanguisorbe, etc.[791].
4º Dans quelques mots simples, exclusivement savants et techniques, où l’on conserve la prononciation d’origine, comme thésis ou basileus.
5º Dans une onomatopée comme susurrer, susurrement, que les dictionnaires altèrent fort mal à propos[792].
6º Enfin dans quelques mots étrangers plus ou moins employés, l’adoucissement de l’s entre deux voyelles étant propre au français: ainsi le grec kyrie eleison, ou l’italien impresario, à demi francisé d’ailleurs, puisqu’on nasalise im[793]. Pourtant l’s s’est adouci dans l’espagnol brasero et l’italien risoluto ou fantasia, apparemment par l’analogie de brasier, résolution, fantaisie[794].
IV. Entre une voyelle nasale et une autre voyelle, l’s reste dur, parce qu’autrefois l’n se prononçait: anse, penser, pension, encenser, insigne, considérer, etc., et même insister, malgré l’s doux de résister et des autres.
Toutefois, avec le préfixe trans-, on a encore un phénomène de liaison, comme avec dés- et més-, et c’est un z qu’on entend, sans exception, dans transalpin, transaction, transatlantique, transiger, transit, transitaire, transitif, transition, transitoire, transhumer et transhumance.
Mais l’s du substantif transe est nécessairement dur, comme dans toutes les finales en -anse, et il se maintient encore dur tant bien que mal dans transi et transir, très fréquemment altérés par le voisinage de transit. Transept a aussi l’s dur, étant pour transsept[795].
On entend quelquefois, mais à tort, l’s doux dans in-surrection, par analogie avec résurrection.
Enfin l’s est doux dans nansouk[796].
3º L’S double.
L’s double final se prononce comme l’s dur, mais il abrège la voyelle qui précède: ray-grass, mess, express, miss, etc.
L’s double intérieur, qui n’a jamais le son doux, représente d’abord assez souvent un s simple, qu’on a doublé après un e dans certains composés, uniquement pour empêcher que le son doux ne remplace mal à propos le son dur, entre deux voyelles.
Nous avons vu tout à l’heure qu’après é fermé on se contentait souvent d’un seul s en pareil cas, malgré le danger d’adoucissement: pré-séance, dé-suet; mais on écrit avec deux s, et peu de logique, pre(s)sentir et pre(s)sentiment[797].
Après un e muet, un seul s a suffi encore, dans quelques composés cités plus haut, comme entresol, havresac ou soubresaut; mais on met deux s à re(s)saut et à re(s)sauter, et partout après le préfixe re-, dans les mots de la langue écrite: re(s)sembler, re(s)sentir, re(s)sort, re(s)source, etc.[798], ainsi que dans de(s)sus et de(s)sous, sans compter re(s)susciter, dont l’e est fermé. Je ne sais si cet emploi de l’s double après le préfixe re- est très heureux, car s’il fait respecter le son de l’s, en revanche il fait altérer malencontreusement à beaucoup de personnes la prononciation de l’e muet lui-même, et le mal n’est guère moindre[799].
Il va sans dire que dans tous ces mots, que l’e soit fermé ou muet, on ne peut prononcer qu’un seul s, puisque l’s ajouté n’y est en quelque sorte qu’un signe orthographique conventionnel, destiné à maintenir le son dur ou sourd.
Mais on peut aller plus loin, et dire qu’en français, d’une façon générale, entre deux voyelles, l’s simple est un s doux et l’s double un s dur.
Cette distinction très nette a peut-être contribué à maintenir généralement la prononciation d’un s simple quand il y en a deux. Toujours est-il que l’s double se prononce simple beaucoup plus souvent que les liquides l, m, n, r, malgré la tendance générale que nous avons signalée si souvent. Il est rare qu’on prononce deux s dans les mots d’usage courant, qui sont très nombreux, et peut-être même ne l’a-t-on jamais fait dans les mots tels que a(s)seoir, pa(s)sage, va(s)sal, ma(s)sacre, e(s)sai, e(s)suyer, me(s)sie, me(s)sage, i(s)su, bo(s)su, fau(s)saire, bou(s)sole, hu(s)sard, etc. L’s reste simple notamment dans tous les composés de des-, comme de(s)saler, de(s)serrer, de(s)souder, et dans tous les mots en -seur, -sion, -soir ou -soire, quelle que soit la voyelle précédente: embra(s)seur, oppre(s)seur, régi(s)seur ou endo(s)seur, pa(s)sion, pre(s)sion, commi(s)sion ou percu(s)sion, pre(s)soir ou acce(s)soire.
Il y a pourtant des exceptions, cela va sans dire aussi notamment pour les préfices as- et dis-[800].
1º Le préfixe as- étant plus populaire que savant, dans tous les composés, sauf as-similer et ses dérivés, on devrait ne prononcer qu’un s[801]. Toutefois, je ne vois guère que a(s)saut, a(s)sembler et a(s)semblage, a(s)seoir, a(s)siéger, a(s)siette et a(s)sise, a(s)sez, a(s)surer et ses dérivés, qui soient à peu près intacts. Les plus atteints sont as-sagir, as-sainir, as-sécher, as-séner (pour a(s)sener), as-sentiment, as-sermenté, assertion, as-servir, as-sidu et as-siduité, as-signer et as-signation, as-sombrir, as-somption, as-sonance, as-sourdir, as-souvir et as-sumer. Mais pas plus dans ceux-là que dans les autres, il n’est indispensable de prononcer deux s.