[728] Dans ces mots et les précédents, l’e s’est ouvert dès le XVIᵉ siècle, et l’r s’y est toujours prononcé. On prononce aussi l’r dans les noms propres français qui ne sont pas en -ier, -cher ou -ger: Rouher, Auber, Antifer, Lillers, Frœschwiller et tous les noms en -viller, Boufflers, Locmariaquer, Saint-Omer, Quimper, Prosper, Nevers, etc., ainsi que Fier, Thiers, Reyer, Cher, Saint-Eucher et Gers, comme les adjectifs fier et cher, et apparemment pour la même raison. Quant à Gier on prononce Gier pour la rivière et Rive-de-Gie(r) pour la ville! Contrairement à la règle, on ne prononce pas l’r dans Gérar(d)me(r) ni dans Rambervi(l)le(rs), ni, croyons-nous, dans Saint-Seve(r) comme dans Tasche(r).
[729] La différence entre les mots étrangers francisés et ceux qui ne le sont pas porte seulement sur la manière de prononcer l’e: voir pages 66 et 67. On prononce l’r naturellement dans tous les noms propres anciens, bibliques ou étrangers, même s’ils sont en -cher et -ger, comme Pulcher et Blücher ou Clésinger, Egger, Fugger, Kruger, Scaliger, etc., sauf Alge(r) et Tange(r).
[730] Nous avons vu aussi que les finales en -ier où l’r ne se prononce pas, pouvaient, elles aussi, être suivies à l’occasion d’une s, qui est alors la marque d’un pluriel, et par suite ne change rien à la prononciation: c’est le cas par exemple de volontie(rs) ou de Poitie(rs); de même Ange(rs). Dans les autres cas, l’r suivi d’s se prononce, comme on l’a vu, notamment dans les monosyllabes tier(s), Thier(s), Ger(s).
[731] Voir ci-dessus, page 159. Ajoutons qu’il faut éviter aussi de remplacer corridor par colidor.
[732] On disait aussi a(r)bre et ma(r)bre, que Vaugelas n’approuvait pas.
[733] On sait que l’r tombe aussi dans Ma(r)lb(o)rou(gh).
[734] Ils s’y sont toujours prononcés, et on sait qu’autrefois ils se prononçaient même à l’infinitif: quer-re, cour-re.
[735] Cf. a(r)ranger, a(r)rêt, a(r)rière ou de(r)rière, a(r)river, a(r)rondir, a(r)roser, etc., et ba(r)rer, ca(r)ré, ja(r)ret, ga(r)rotter, cha(r)rue, cha(r)ron, la(r)ron, ma(r)ron, pa(r)rain, pa(r)ricide, sa(r)rasin, sa(r)rau, etc., et même dia(r)rhée, mot savant, mais très ancien.
[736] Il en résulte que j’er-rais, nous er-rons, diffèrent bien peu de j’errerai, nous errerons, où l’e est nécessairement muet; on fera bien de ne pas employer ce verbe au futur ni au conditionnel, de même que le verbe abhor-rer.
[737] Pourtant le Dictionnaire général donne seulement te(r)reur et te(r)rible, et d’autre part il admet uniquement er-reur. Des mots comme pe(r)ron, pe(r)roquet, pe(r)ruche, pe(r)ruque, se(r)rer, se(r)rure, ve(r)rat, ve(r)rier, ve(r)roterie, ve(r)rou, sont restés intacts. De même la plupart des noms commençant par Fer- ou Per- comme Clermont-Fe(r)rand ou Pe(r)rault.
[738] Je ne parle pas de courrai, exception signalée plus haut: voir page 297.
[739] L’r se prononce volontiers double dans les noms anciens: Par-rhasius, Var-ron, Ver-rès et Ver-rines, Pyr-rha, Pyr-rhon, Pyr-rhus et Tyr-rhéniens, et Bur-rhus, dans Guer-rero ou Her-rero, peut-être dans Sor-rente et Sur-rey, mais pas plus dans Ga(r)rick, Bo(r)rhomées ou Co(r)rège, que dans Guillaume de Lo(r)ris ou Co(r)rèze.
[740] Domergue note que de son temps quelques actrices, «fidèles aux mauvaises traditions», prononçaient encore l’s de Grecs et de Romains. On ne prononce l’s du pluriel qu’en liaison; nous en parlerons ailleurs. Ajoutons que l’s du pluriel, quand on cessa de le prononcer, eut longtemps pour effet d’allonger la voyelle finale; cet allongement, qui a disparu de la prononciation courante depuis le XVIIIᵉ siècle, se conserve encore dans certaines provinces.
[741] Alcarazas est un pluriel espagnol devenu singulier; le phénomène n’est pas unique: nous allons le retrouver avec albinos et mérinos, sans compter les noms de cigares.
[742] Dans les noms propres anciens ou étrangers, l’s final se prononce toujours: Barabbas, Jonas et Jonathas, Phidias et Cinéas, Stanislas et Wenceslas, Gil Blas, Ruy Blas, Micromégas et Chactas, Caracas, Damas, Madras et Texas, etc., etc. Il faut excepter les Duka(s) et naturellement les pluriels: Papoua(s), Wyndhia(s), Maya(s), Arya(s), Inca(s), Véda(s), Saga(s), Galla(s), Foulah(s), Pourana(s), Damara(s), Soutra(s), Hova(s). On prononce l’s dans Visayas. L’s se prononce aussi le plus souvent dans les noms français; mais il y a des exceptions, notamment les prénoms qui, par leur popularité, sont assimilés aux noms communs: Luca(s), Cola(s), Nicola(s), Thoma(s), ainsi que Juda(s). On y joint naturellement Le Ba(s) ou Pays-Ba(s) et Félix Gra(s), et aussi Vaugela(s), Duma(s), Maupa(s) et Maurepa(s), Dura(s), quelquefois Cala(s), Cuja(s); en outre, les noms de l’Ardèche, Priva(s), Aubena(s), etc., avec une ville du comtat, Carpentra(s): c’est à tort qu’on prononce parfois l’s dans Carpentra(s). En revanche on prononce régulièrement l’s dans Mathias, qui l’a repris, n’étant prénom qu’à demi, dans Alcofribas, d’Assas, Barras, Blacas, Calas, Cujas, Du Bartas, Escarbagnas, Rabagas, etc., etc., dans Las Cases et dans Daoulas, Arras ou Coutras, aussi bien que dans Pézenas, Valréas ou Mas d’Azil, ou autres Mas, et en général les noms du Midi, y compris le Comtat, mais excepté Carpentra(s): on ne sait pas pourquoi, car Valréas est au nord de cette ville. Pour Carabas, les avis sont partagés: il est certain que l’auteur des Contes prononçait sans s, et c’est assurément la bonne prononciation; mais j’avoue que la sonorité méridionale de l’s convient assez bien au personnage, et il n’est pas impossible qu’elle finisse par prévaloir.
[743] Voir plus haut, pages 60 et 61, note 1.
[744] On prononce aussi et on peut écrire cacatoi(s): le plus simple est de prononcer comme on écrit.
[745] Et dans tous les noms propres: Agnès, Périclès, Sieyès (que l’on prononce Siès), Uzès, etc. Decrè(s) fait exception.
[746] Mais non pourtant dans Saint-Pierre-ès-liens, où l’e semble s’être fermé. Je rappelle que l’anglais prononce l’s même après un e muet qui, d’ailleurs, ne s’entend pas, comme dans Hobbes, Cecil Rhodes, James, Times, Jones, Serlock Holmes. Voir aussi page 60, note 2.
[747] De même, par exemple, La Ferronay(s). L’s se prononce pourtant dans Alais, cas unique. C’était là une orthographe que rien ne justifiait, et beaucoup de gens du pays voulaient fort justement écrire Alès, comme on faisait souvent jadis, car l’orthographe adoptée faisait que les non-indigènes prononçaient le plus souvent Alè, aussi écrit-on maintenant Alès. On prononce aussi l’s dans les mots étrangers, reis et milreis, et dans Brueys (bruis).
[748] Mais non dans pali(s), comme le veulent Michaëlis et Passy.
[749] Cela ne convient guère qu’à fleur de li(s), qui prend ainsi un air plus oratoire et en quelque sorte plus héraldique. V. Hugo fait souvent rimer maïs avec pays, et cela était encore admissible de son temps; mais on sait que V. Hugo faisait constamment rimer des finales à consonnes sonores avec des finales à consonnes muettes. Quant à fi(l)s, on sait que Littré tenait toujours pour fi(ls), et Thurot affirme que l’usage était encore partagé de son temps. Partage fort inégal, sans doute.
[750] Avec beaucoup de mots savants: unguis, pubis, rachis et rachitis, orchis, anagallis, hamamélis, amaryllis, syphilis, lychnis, propolis, anthémis, pénis, lapis (lazuli), berbéris, hespéris, ophrys, épistaxis, galeopsis, coréopsis, arsis, thésis, satyriasis, pityasis, éléphantiasis, phymosis, paréatis, isatis, oarystis, etc.
[751] Après i comme après a, l’s final se prononce toujours dans les noms propres anciens ou étrangers: Adonis, Anubis, Apis, Briséis, Cypris, Daphnis, Isis, Laïs, Memphis, Pâris, Sémiramis, Thétis ou Tircis; Davis, Dellys, Lascaris, Tauris, Tunis, Walpurgis, Willis, etc., et même Médicis, quoique l’italien soit Médici; toutefois Deny(s) a subi l’analogie du prénom français, Deni(s). L’s se prononce aussi le plus souvent dans les noms français autres que les prénoms: Amadis, Aramis, Azaïs, Bernis, Cabanis, Clovis, Damis, Ducis, Fétis, Genlis, Grisélidis, Léris, Nangis, Puvis, Raminagrobis, Sourdis, Vestris, avec Aunis, Lorris, Senlis, le roi d’Ys, etc., et peut-être aussi Cambrésis et Beauvaisis, avec le prénom Francis. L’s est muet dans les autres prénoms: Loui(s), Deni(s) ou Deny(s) et Alexi(s); dans Dupui(s), Empi(s), Maupertui(s) et Duplessi(s); dans Arci(s)-sur-Aube, Chabli(s), Montargi(s), Mont-Ceni(s), Néri(s)-les-Bains, Pari(s) ville, Plessi(s)-les-Tours. Dans Abénaki(s), Achanli(s), Alleghany(s), Andely(s), Guarani(s), Kimri(s), Maori(s), Osmanli(s), Parsi(s), Somali(s), l’s ne se prononce pas non plus, étant seulement la marque du pluriel.
[752] De même Orpheus, Zeus, etc., qu’il ne faut pas décomposer en Orphé-us ou Zé-us, comme l’a fait parfois V. Hugo: voir plus haut, page 92, note 2.
[753] Voir plus haut, page 102. L’s ne se prononce donc pas dans campo(s).
[754] Cf. alcarazas. L’s de trabucos n’est aussi que la marque du pluriel; mais ce mot paraît devoir faire en français comme albinos. On prononce aussi l’s dans le pluriel fueros, qui n’est connu que comme pluriel.
[755] Et une foule de noms propres également grecs, auxquels se joignent, par analogie ou autrement, Calvados, Chandos, Burgos, Dubos, Carlos, Molinos, Esquiros, Hycsos, Cathos, Athos et Porthos. Pour la prononciation de l’o dans tous ces mots, voir pages 102 et 103. Ajouter blockaus. L’s est muet dans Duclo(s), Duco(s), Salomon de Cau(s) et Wattrelo(s); dans Aïno(s), Botocudo(s), Chiquito(s), Gaucho(s), l’s n’est que la marque du pluriel, et nous considérons ces mots comme assez connus pour les prononcer à la française.
[756] Ajouter Péipous, Bonafous, Frayssinous. Papou(s) est un pluriel comme Andalou(s).
[757] Comme détritus ne s’emploie guère qu’au pluriel, beaucoup de personnes prennent probablement son s pour le signe du pluriel et prononcent détritu(s); cela est tout à fait injustifié. D’autre part, quand Carolus était populaire, l’s y était muet.
[758] Abu(s) et cabu(s), refu(s), diffu(s), infu(s) et confu(s), ju(s) et verju(s), talu(s), reclu(s), inclu(s) et perclu(s), plu(s) et surplu(s), camu(s), pu(s), intru(s) et abstru(s), dessu(s), jésu(s), obtu(s) et contu(s), et les prétérits eu(s), fu(s), couru(s), aperçu(s), etc.
[759] Naturellement on ne parle pas des liaisons, dont il sera question ailleurs.
[760] Pourtant on dit quelquefois tantôt plus, tantôt moins.
[761] On prononce naturellement l’s dans les noms propres latins, ou simplement latinisés, ou formés sur le modèle des noms latins, comme Jansénius, Stradivarius et Confucius, Nostradamus et Ramus, Morus et Diafoirus, etc.; et aussi dans beaucoup de noms propres méridionaux ou étrangers: Artus, Cabarrus, Caylus, Cheverus, Malthus et Picpus, Fleurus et Fréjus, etc., avec Eviradnus. Ceux où l’s ne se prononce pas sont moins connus: Châlu(s) et Châtelu(s), Camu(s), Tournu(s), Vertu(s). Mais il faut y joindre un autre nom où l’s ne se prononce pas, précisément parce qu’il est très populaire, et traité comme les prénoms: c’est Jésu(s). Encore les protestants affectent-ils de rétablir l’s, par respect, pour que le nom ressemble moins à un mot de l’usage commun, et peut-être aussi pour se distinguer des catholiques; et cette prononciation de Jésus a été adoptée par un grand nombre de savants, ou simplement de libres penseurs, avec l’arrière-pensée d’assimiler le personnage à tous les autres personnages de l’histoire, ce qui n’est plus tout à fait du respect. On parlera de Jésus-Christ au chapitre du T.
[762] Que j’ai entendu à la Comédie-Française, dans la bouche d’André Brunot, si je ne me trompe. Michaëlis et Passy ne paraissent pas savoir que cette prononciation est tournée en ridicule.
[763] L’s de bon sens est particulièrement utile pour distinguer cette expression de se faire du bon sang.
[764] C’est tout simplement une altération de c’en devant derrière et c’en dessus dessous.
[765] Dans les noms propres en -ans ou -ens, prononcés par an, l’s est normalement muet: Conflan(s), Louhan(s), Le Man(s), Orléan(s), Jouffroy d’Abban(s), Constan(s), etc., avec Decam(ps), Descham(ps), Confolen(s), Doullen(s), Furen(s), et Saint-Saën(s), de la Seine-Inférieure, enfin Claren(s), Mᵐᵉ de Waren(s); on prononce néanmoins l’s dans Huysmans, Exelmans, Paixhans, noms étrangers ou méridionaux, et, d’autre part, dans Argens, Lens et Sens, Jean-Paul Laurens, Dulaurens, Saint-Saëns, le musicien, et Jordaens: voir page 133, note 3. Quand -ens se prononce par in, mais seulement après une consonne, ce qui élimine Amien(s) et Damien(s), l’s se prononce toujours: voir page 139, note 2. Les noms en -ins font comme les noms en ans: Salin(s), Moulin(s), des Ursin(s), Provin(s), Vervin(s), Norvin(s), etc.; mais on prononce l’s dans Tonneins et Lérins, et même dans Reims, qui n’est pourtant pas du Midi, mais qui est un monosyllabe. L’s est encore muet dans Amonton(s), Nyon(s), Pon(s), et Saint-Pon(s), Saint-Giron(s), Soisson(s); il s’entend dans Mons et le prénom Pons, et aussi dans Aruns, qu’on prononce par on, et Laruns, qu’on prononce par un. Pour Lons-le-Saunier, les habitants du pays, qui emploient Lons seul, y font toujours sonner l’s; sur le nom complet, les avis sont partagés, mais l’s ne devrait pas sonner. Je ne parle pas des pluriels, Grampian(s), Mohican(s), Turcoman(s), Pahouin(s) et Patarin(s), Mormon(s), Huron(s), Hun(s), etc.
[766] De même Nui(ts), Dou(bs), Pierrefon(ds), Le Hor(ps).
[767] On prononce de même les deux consonnes dans Lesseps, dans Ops, Chéops, Pélops, Cécrops et Aups, et aussi dans Vals, Pils, Douls, Banyuls, mais non dans Marvéjol(s) ou Barjol(s), ni dans Tagal(s), Oural(s), Peul(s) et Tamoul(s), qui sont des pluriels. On prononce encore l’s avec d’autres consonnes dans les noms étrangers: Adams, Ems, Worms, Huyghens, Dickens, Hans Sachs, Massachusetts, Aramits, Cloots, Thierry Bouts, Wynants, Roberts, etc.; Wiking(s) et Taïping(s) sont des pluriels.
[768] Sauf, comme on l’a vu plus haut, dans ga(rs); sauf aussi dans volontie(rs) et les noms propres en -iers, qui sont apparemment des pluriels, ainsi qu’Ange(rs): voir pages 293 et 299.
[769] Même comme nom propre, sauf dans Cin(q)-Mar(s) ou Saint-Mar(s). Diver(s) aussi a prononcé son s pendant quelque temps, mais il y a longtemps qu’il suit la règle.
[770] Les noms propres français se prononcent aussi sans s: Thouar(s), Dupetit-Thouar(s) et Cin(q)-Mar(s), Thier(s), Ger(s), Fler(s), Bouffler(s), Mamer(s) et Anver(s), Vaucouleur(s), Cahor(s), Vercor(s) et Givor(s), Bouhour(s) et Tour(s), etc. Il est vrai que la prononciation locale de Gers et Anvers conserve l’s, et on a bien le droit de la suivre, surtout quand on est du pays; mais le français répugne tellement à cette prononciation de la finale -ers qu’elle n’a aucune chance de se répandre et de s’imposer, surtout pour Anver(s): comment Anver(s), nom français, puisque l’autre est Antwerpen, se prononcerait-il autrement en France que tous les mots en -vers, qui sont assez nombreux? Ces mots à part, l’s ne se prononce que dans le monosyllabe Ars, et dans les noms étrangers, comme Kars, Flatters ou Milne-Edwar(d)s.
[771] Sauf dans la forme verbale e(st) et dans quelques noms propres: pour ce groupe final -st, voir plus loin, au chapitre du T.
[772] En effet, l’s était devenu muet partout devant une consonne au cours du moyen âge. L’introduction des mots savants dans la langue rétablit l’habitude de prononcer l’s, et fit même revivre des s muets de la langue populaire. Il devint bientôt très difficile de savoir quels s se prononçaient, quels s ne se prononçaient pas devant une consonne; car on en comptait des milliers où l’s servait seulement, soit à allonger la voyelle précédente (comme l’s du pluriel), par exemple dans ba(s)tir, fe(s)te, di(s)ne, soit simplement à marquer l’étymologie, par exemple en tête des mots commençant par es-, des-, mes-, res-, comme e(s)cu, e(s)chelle, de(s)brouiller, me(s)chant, me(s)pris, re(s)pondre, où l’e était devenu bref. Cela dura jusqu’au jour où l’Académie prit enfin le parti, dans la troisième édition de son Dictionnaire (1740), de remplacer partout ces s muets par des accents aigus ou circonflexes. Mais les mots qui avaient été altérés sont restés altérés: ainsi satisfaction, restreindre, presbytère, cataplasme, etc., etc., et aussi festoyer, après de longues hésitations (fêtoyer est encore dans le Dictionnaire de l’Académie): voir sur ce point le livre de Thurot, tome II, pages 320-326.
[773] De même Le(s)diguières, De(s)bordes, De(s)cartes, De(s)champs, De(s)combes, De(s)fontaines, De(s)forges, De(s)genettes, De(s)jardins, De(s)mahis, De(s)marets, De(s)moulins, De(s)noyers, De(s)périers, De(s)pois, De(s)portes, De(s)prez, De(s)préaux, De(s)roches, De(s)rousseaux, De(s)touches, Se(s)maisons, etc., et même De(s)chanel, De(s)pautère et Dele(s)cluze, quoiqu’ils n’aient pas d’s final. De même aussi les noms qui commencent par Bois-: Boi(s)lile, Boi(s)gelin, Boi(s)robert, Boi(s)guillebert, Boi(s)mont, et encore Gro(s)bois, Pa(s)deloup et Pa(s)-de-Calais. Mais on prononce l’s dans Lescar, Lescaut, Lescot, Lescun et Lescure, dans Lesparre, Lespès et Lespinasse, comme dans les noms anciens, Lesbie, Lesbos et Lestrygons, le breton Lesneven ou l’anglais Leslie; de même dans Desdémone ou Destutt de Tracy. Dans Mal(e)sherbes, on n’a pas non plus affaire à l’article, mais à un adjectif pluriel, qui s’accorde avec le substantif; c’est pourquoi l’e est muet, et l’s se lie.
[774] Registre a aussi fait exception pendant quelque temps, et pouvait s’écrire regître; l’s y est rétabli définitivement. Il se prononce dans maistrance, malgré maître. On ne prononce pas l’s de beef(s)teack, mais ce mot s’écrit beaucoup mieux bifteck.
Le cas de cheve(s)ne, unique dans les mots de la langue, est au contraire très fréquent dans les noms propres, sur qui l’Académie n’avait point autorité, et qui ont conservé malheureusement cet s inutile. Devant l et n surtout, les exemples en sont très nombreux, et jamais ou presque jamais l’s ne se prononce dans les noms français: ainsi Cha(s)les, Pra(s)lins, Ne(s)le, Pre(s)le, Champme(s)lé, l’I(s)le-Adam, Rouget de Li(s)le, et tous les noms où figurent I(s)le ou Li(s)le, A(s)nières, Duque(s)ne, Sure(s)nes, Que(s)ne, Fre(s)nel, Daume(s)nil et tous les noms en -mesnil, Ai(s)ne, Hui(s)ne, Co(s)ne, Do(s)ne, Ro(s)ny, etc., etc. Les mots qui font exception sont très rares: je ne vois guère qu’Isnard. Devant les autres consonnes, surtout devant le t, l’s se prononce ordinairement aujourd’hui pour des raisons diverses, ou simplement par altération analogique; ainsi l’s ne se prononçait pas dans Pasquier ou Estienne, de Maistre et Lemaistre, Testu et Testelin, et d’autres, et s’y prononce aujourd’hui généralement, tout comme dans Astrée, Coustou, Crespin, Demoustier, Espeuilles, Esquirol, Estaing, Esterel, Estrées, Lespinasse, Mesmer, Mistral, Monistrol, Montespan, Montesquieu, Pascal, Restaut, Restif (pas toujours), Robespierre, Sylvestre, etc., outre les noms cités dans la note précédente. Il y a pourtant un assez grand nombre d’exceptions qui se sont conservées tant mal que bien, devant des consonnes diverses, surtout m: Cha(s)te(l)lain, et les noms commençant par Cha(s)t-, Chre(s)tien de Troyes, d’E(s)préménil, duc d’E(s)cars, écrit aussi Des Cars, Du Gue(s)clin, Duhe(s)me, Fi(s)mes, He(s)din, l’E(s)toile, l’Ho(s)pital, Male(s)troit, Mene(s)trier, Me(s)mes, Me(s)vres, Pe(s)mes, Rai(s)mes, Saint-Me(s)min, Sole(s)mes, Vo(s)ges, etc. Dans les noms anciens, l’s se prononce, naturellement: Ascagne, Asdrubal, Asmodée, Aspasie, Avesta, Démosthène, Esculape, Esdras, Espagne (quoique épagneul n’ait pas d’s), Ismène, Israël, Istrie, Nestor, Thémistocle, etc., et même Eschine, et Eschyle, malgré la difficulté, et même devant un n ou un l, comme dans Misnie; Péla(s)ges seul fait exception, par la difficulté qu’il y aurait à prononcer l’s devant la syllabe muette ge, comme dans Vo(s)ges, mais l’s reparaît dans pélasgique, où la difficulté n’est qu’amoindrie. L’s se prononce également dans les noms étrangers, comme Asmodée, Disraéli, Dresde, Espartero, Erasme, Escobar, Escurial, Ismaël, Ispahan, Lisbonne, Mansfeld, Mesmer, Pasquin, Presbourg, Sleswig, Sobieski, Tasmanie, Toscane, Van Ostade, Velasquez, etc., et même devant un l, comme dans Islam, Islande, Isly ou Venceslas.
[775] Mais il ne faut pas se dissimuler que l’e ajouté ainsi dans escandale, escrupule ou esquelette, espécial ou estatue, est absolument le même que celui d’escabeau, escadre, escadron, escalade, escarcelle, escarmouche, escopette, escorte ou esquif, d’espace, espadon, espalier, espèce, espérer, espion ou esprit, d’estampe, estomac ou estropier, etc., sans compter celui des mots qui ont perdu leurs s: échelle, écrire ou écu, épars, épée, épais ou époux, étable, établir, éternuer, étouppe, étrennes ou étroit, etc., pour e(s)chelle, e(s)crire, etc. Tous ces e sont des intrus qui ont réussi à s’imposer; les autres auraient pu réussir tout aussi bien: ce sont des cousins pauvres.
[776] Michaëlis et Passy ne l’admettent pas une seule fois: ils prononcent ascétique comme acétique. On entend aussi deux s dans Brescia, un seul ou un c dans Ko(s)ciusko.
[777] De même S(c)évola, S(c)eaux, S(c)ipion, S(c)ylla, identique à Sylla, S(c)yros, S(c)ythie.
[778] Fa(s)ce, ve(s)ce, acquie(s)ce, immi(s)ce, rentrent naturellement dans le cas des consonnes doubles devant un e muet; on ne peut en prononcer qu’une.
[779] Voir plus haut, page 202. Il en est de même dans les noms propres: Lisbonne, Asdrubal ou Brisgau. On prononce même souvent Bedzabé pour Betsabée, ce qui est plus extraordinaire.
[780] L’Académie avait accepté un temps que asthme se prononçât azme; mais elle y a renoncé. Le son du z apparaît aussi dans Israël, rarement dans Islam.
[781] Malgré l’opinion du Dictionnaire général. Peut-être est-ce en partie par analogie avec Guernesey et Anglesey. Il est doux aussi dans Arsace et Arsacides, dans Kiersy, écrit aujourd’hui Quierzy, dans Farsistan, mais non dans Arsène, Persépolis ou Arsinoé, pas plus que dans Marseille ou Versailles.
[782] Ainsi que dans Alsace et alsacien; également dans Belsunce et Elsevier, qui s’écrit couramment Elzévir, sans parler de Mal(e)sherbes, où il y a un simple fait de liaison (voir page 312, note 1).
[783] Le Dictionnaire général et Michaëlis et Passy sont d’un avis contraire.
[784] Même observation.
[785] Comme dans substance, substitut, etc.: le Dictionnaire général n’indique pas ces accommodations.
[786] Il ne faut donc pas prononcer gymnâce.
[787] C’est un phénomène analogue que l’on constate dans Buenos-Ayres, où l’s dur est changé en s doux par le voisinage de la voyelle suivante, comme si c’était un mot unique; de même parfois dans les quatre fils Aymon ou nec plus ultra, tellement la tendance est forte, voire même dans sub judice lis est, d’où le calembour sub judice Lisette.
[788] Que l’Académie écrivait par deux s jusqu’en 1878, pour empêcher le son doux.
[789] On a doublé l’s, par une prudence excessive, dans dissyllabe et trissyllabe.
[790] Il faudrait y ajouter, pour être complet, les composés familiers du préfixe re-, que les dictionnaires n’enregistrent pas, comme re-saler, re-sabler, re-sauver, re-savonner, re-signer, re-sortir, etc., où l’on n’a pas coutume de doubler l’s, comme on le fait dans les mots de la langue littéraire.
[791] Ichtyosaure et plésiosaure devraient être dans le même cas; mais, comme les éléments n’y sont pas aussi nettement reconnus que dans les mots que nous avons cités, l’s s’y est adouci généralement.
[792] Le Dictionnaire général ne connaît pas le mot susurrer. Hélas! il y en a tant d’autres qu’il ne connaît pas. Mᵐᵉ Dupuis donnait aussi l’s dur pour gisant, gisait, etc.: c’est une prononciation que je n’ai jamais entendue.
[793] On écrit quelquefois impressario, qui est mauvais, car il conduirait à prononcer deux s. Ajoutons que parasol, tournesol et girasol, que nous venons de voir, sont aussi d’origine italienne. On cite encore volontiers l’italien risorgimento, l’espagnol peseta (piécette) et posada (auberge), où ne doit non plus sonner qu’un s dur.
[794] L’s est naturellement doux dans les noms propres français; mais il est resté dur à la suite de l’article le, la: Lasalle, Lesueur, Lesage, Lesurques; il est généralement doux après de: Desaix, Desault, Desèze (ou de Sèze); il est doux dans Désaugiers et Deshoulières, par liaison. Il est dur dans Dusaulx, dans des composés comme Beauséant ou Beauséjour, et dans Puységur. Il est dur dans Melchisédec, nom hébreu, mais non dans Jérusalem ou Mathusalem, qui sont plus complètement francisés, étant plus populaires; et encore la vieille plaisanterie de Mathieu salé rappelle que pendant longtemps on a prononcé Mathusalem, avec s dur, comme Melchisédec. On hésite pour quelques noms propres anciens comme Poseidon. Parmi les noms étrangers, il en est aussi que nous francisons en adoucissant l’s, comme Caserte, Cérisoles ou Wiseman, et aussi, mais à tort, Masaniello, Vasari, Vésale, Pesaro, voire Algésiras, qu’on écrit parfois Algéciras, et qu’on fera mieux de prononcer par s dur, comme Elisir d’amore, Fusi-Yama ou Ferguson.