[876] L’x amui a revécu dans le vieux mot jouxte. L’x se prononce de même dans Axoum, Ixion, Ixelles, Maxime ou Vauxhall, comme dans Expilly ou Oxford. Dans E(x)mes, Di(x)mont, La Di(x)merie, l’x est encore muet, comme autrefois dans di(x)me, aujourd’hui dîme; mais il se prononce dans Dixmude.
[877] Je ne parle pas de au(x)quels, qui fait naturellement comme le(s)quels.
[878] C’est le même s qu’on entend dans Xerxès (ou Artaxerxès), écrit quelquefois Xercès, ainsi que dans Auxerre, Auxois, Auxonne, Sau(l)xures, Buxy et Bruxelles. A Paris on prononce cs dans Saint-Germain-l’Auxerrois; mais il ne s’ensuit pas qu’il faille dire Au-serre en Auc-serrois: en dehors de l’expression propre à Paris, on fera bien de prononcer Au-serrois comme Au-serre. En revanche on articule aujourd’hui cs dans Saint-Maixent: telle est du moins la prononciation de toute l’armée; et aussi dans Luxeuil, Luxembourg, Aix-les-Bains, Aix-la-Chapelle, malgré l’opinion de Kr. Nyrop. Il est certain que les autres noms suivront, à une échéance plus ou moins lointaine: on commence à prononcer beaucoup bruc-sel, et cela même à Bruxelles.
[879] Dizain a pris un z: pourquoi n’écrit-on pas aussi sizain, ou dizième?
[880] A l’époque où on prononçait acident, on prononçait aussi ecellent, et les personnes qui ont l’acent n’ont pas perdu cette prononciation.
[881] C’est le même phénomène que dans acident ou ecellent.
[882] Malgré les préférences de Michaëlis et Passy.
[883] Cette prononciation était déjà usitée au XVIIᵉ siècle. A-t-on voulu instinctivement distinguer dans la prononciation les mots tels qu’exécuter des mots comme excellent, qui s’écrivaient autrement? Ou cela vient-il de ce qu’à l’époque où l’x se réduisait toujours à un s devant une voyelle, on prononçait naturellement ezemple, ezercer? Cependant on prononçait ma-sime et non mazime, et Ale-sandre: alors? Et pourquoi Xavier se prononçait-il Zavier et non Savier, tandis que Xaintonge est devenu Saintonge? Qui expliquera ces bizarreries?
[884] L’x s’adoucit aussi dans Exupère, mais il reste intact dans Exelmans.
[885] Cf. glaude pour claude. Le même changement se produit presque toujours dans la plupart des noms propres, surtout les anciens: Xanthe, Xantippe, Xénocrate, Xénophane, Xénophon, Xerxès et Artaxerxès, et aussi Xavier, et même Xaintrailles. Mais la prononciation correcte de mot est Saintrailles, comme Saintonge, issu de Xaintonge; le c est tombé dans Sain-tonge et Xaintrailles, malgré l’orthographe: c’est toujours la répugnance qu’a le français pour deux consonnes initiales autres que bl, br, etc.
Dans Ximénès et Xérès, on prononce par tradition un k: en réalité, cet x espagnol est une gutturale aspirée, qu’on a transcrite autrefois par un simple ch chuintant, comme dans Chimène, et qu’on écrit aujourd’hui j; mais aucune tradition pareille ne s’est établie pour les autres mots, comme Xenil ou Jenil, Xucar ou Jucar, qu’on prononce pourtant plus généralement avec un x, comme Guadalaxara.
[886] Et en effet il se prononçait primitivement ts, comme en d’autres langues. D’autre part, il a servi longtemps dans l’orthographe, à défaut d’accent, à distinguer l’é fermé final de l’e muet: tu aimes, ils sont aimés, ce qui n’est pas plus extraordinaire que vous aimez.
[887] Ni dans les noms propres du Nord: Despre(z) ou Cherbulie(z), Saint-Genie(z) ou Dumourie(z), Mouche(z) ou Natche(z), Douarnene(z), Depre(z), Despre(z) ou Dupre(z), Géruse(z) ou Sée(z), aujourd’hui écrit Sées, et naturellement Gris-Ne(z) ou Blanc-Ne(z). On ne prononce pas non plus le z dans Fore(z), qui a l’e ouvert, ni dans la vieille préposition lez de Plessis-le(z)-Tours et autres lieux.
[888] On y prononce aussi Agassi(z).
[889] Le z final, quand il se prononçait, avait en dernier lieu le son d’un s dur, et non d’un s doux. Il a aujourd’hui le son de l’s doux dans les noms propres en -az, -iz, -oz, -uz, où on le prononce toujours: Diaz, Hedjaz, La Paz et Chiraz, Hafiz et Abdul-Aziz, Berlioz, Booz, Badajoz, Dalloz, Buloz et Droz, Saint-Jean-de-Luz, Santa-Cruz et Vera-Cruz, et aussi Elbourz ou Elbrouz, etc. Quant aux noms propres en -ez, nous venons de voir que ceux du Nord se prononçaient encore par é fermé sans z, mais ils commencent à s’altérer, notamment Natchez; ceux du Midi, Ambez, Barthez, Lombez, Orthez, Rodez ou Saint-Tropez, se prononçaient en ès par s dur, et se prononcent encore ainsi dans le Midi, mais dans le Nord on leur donne un s doux, ainsi qu’à Duez, Suez, Buchez; on le donne même souvent aux noms espagnols, où l’s dur est préférable: Aranjuez, Sanchez, Fernandez, Rodriguez, Lopez, Vélasquez, Diégo-Suarez, Alvarez, Perez ou Cortez, sans compter Fez. Méquinez s’écrit aussi Meknès, ce qui montre bien la vraie prononciation.
[890] Dans tz, c’est l’accommodation régressive du z au t, plus commode que celle du t au z. On prononce de même Batz, Galatz et Gratz, Fitz, Strélitz, Sedlitz, Austerlitz, Chemnitz, Biarritz, Goritz, Fritz et Schwitz, Freischütz et Olmutz, Hartz, Schwartz et Hertz, et aussi Diez, Seidliz, Leibniz, Brienz. Toutefois on prononce souvent Leibniz et même Austerlitz et Sedlitz par un s simple. Dans Lis(z)t, le z ne peut pas s’entendre.
[891] C’est encore le cas, même après une voyelle simple, dans Me(t)z, dont l’adjectif est messin, et Re(t)z, et aussi Féle(t)z ou Dujardin-Beaume(t)z. On n’entend ni t ni z dans Be(tz), qui a l’e ouvert, et Champcene(tz), qui a l’e fermé.
[892] De même Vénézuéla, Chimborazo ou Sforza, comme Mozart et Pou(z)zoles, Fe(z)zan ou Abru(z)zes, et surtout en tête des mots: Zara, Zermatt, Zimmermann, Zurich, Zuyderzée, Zug, et Zurbaran.
[893] Zollverein, Zwickau, Zwingle, Zwolle, Erzgebirge, Schwarzwald, Creuzer et aussi Guipuzcoa; mais on prononce d’ordinaire un s doux entre l et b: Salzbourg, Salzbach.
[894] De même Arezzo, Brazza, Custozza, Fogazzaro, la Gazza ladra, Gozzoli, Pestalozzi, Pozzo di Borgo, Manzoni, Mazzini, Ratazzi, Rizzio, Strozzi, Spezzia, et aussi Zeus ou Ouezzan. Il en est de même de tz dans Botzaris et autres. Pour cz, voir page 220. Le sz hongrois se prononce s, par exemple dans Szegedin; le sz polonais, ch, par exemple dans Kalisz.
[895] On trouve bien encore un d ou un t dans certains z: mezzo ou grazioso; du moins ceci est étranger.
[896] C’est un reliquat de cette prononciation que nous avons constaté dans les noms de nombre, de cinq à dix: on voit que cela remonte loin. Il y a aussi quelque chose de cela dans plus et tous. Il y a même pour quelques-uns de ces mots trois prononciations différentes: isolément, devant consonnes dans certains cas, et devant voyelles: dis, di et diz; plus, plu et pluz, tout comme au XVIᵉ siècle.
[897] Ce qui permet aux gens facétieux quelques calembours. Ch. Nyrop en cite quelques-uns, dus aux liaisons de en agent, il est ouvert, trop heureux, le premier homme du monde, etc. Et il ajoute très sérieusement: «A moins qu’on ne veuille plaisanter, on évite ces liaisons..., par exemple on s’abstiendra de faire entendre le p de trop dans une phrase comme celle-ci: Vous ne ferez jamais un bon marin: vous êtes trop homme de terre (et non trop pomme de terre!).» Voilà un rapprochement auquel on ne s’attendait pas.
[898] Je ne compte pas les ignorants qui s’étudient à «bien parler», et qui entassent les cuirs sur les velours et les pataquès. Le mot pataquès, dont on a vu l’origine plus haut, page 60, désigne naturellement les confusions de liaison: ce n’est poin(t) zà moi et ce n’est pa(s) tà moi. On appellera plutôt cuir, l’addition d’un t: va ten ville, et velours celle d’un s: j’ai zété, parce que le velours est plus doux que le cuir. D’ailleurs le cuir lui-même avait la prétention d’adoucir la prononciation, peut-être comme le cuir adoucit le rasoir. Notons qu’autrefois on za ou j’ai zété ont été admis par les personnes les plus distinguées, sans parler des quatre zéléments, ou il leur za dit; et tout cela n’était pas plus extraordinaire que a-il ou aime-il prononcés ati ou aimeti au XVIᵉ siècle, avant que le t ne fût introduit dans l’écriture, où il avait figuré déjà à une époque beaucoup plus ancienne. Aujourd’hui encore, entre quat’zyeux est admis par beaucoup de gens: nous reviendrons sur cette expression.
[899] Voir plus haut, pages 151 sqq., ce qui a été dit de l’élision.
[900] Comme on dit: de une heure à deux, sans élision. Il est vrai qu’on fait la liaison dans trois zun; mais c’est comme dans trois zhommes: un est pris ici comme substantif ordinaire. Théoriquement, on ferait aussi la liaison dans cent tun, c’est-à-dire cent fois le numéro 1, par opposition au nombre 101, qui représente cent et un.
[901] On dit pourtant: ils son(t) tun; mais ce n’est qu’une plaisanterie.
[902] Sauf à la Comédie-Française, où l’on peut entendre le jeune premier, dans le Jeu de l’amour et du hasard, articuler nettement dite(s) zoui ou non. On prétend avoir entendu, à la même Comédie-Française, mai(s) zoui: je n’ose le croire! En revanche on peut faire la liaison dans ce(s) zouates, ou trè(s) zouaté; et si on ne la fait guère avec ouistiti, on la fait toujours avec ouailles et les mots de la famille d’ouïr, quoi qu’en ait dit Mᵐᵉ Dupuis, qui prétendait faire prononcer sans liaison
ceci ferait simplement un vers faux, car l’absence de liaison ferait de ou-ïr un monosyllabe.
[903] Quoique dans ce cas on fasse assez facilement l’élision de la proposition de.
[904] L’abbé d’Olivet préférait déjà l’hiatus dans la prose: «On ne doit pas craindre ces hiatus, dit-il; la prose les souffre, pourvu qu’ils ne soient ni trop rudes, ni trop fréquents; ils contribuent même à donner au discours un certain air naturel.»
[905] Et cela depuis fort longtemps, malgré Domergue et beaucoup de grammairiens, qui voulaient à toute force maintenir l’e fermé. Il en résulte une différence entre le premier rhum (e fermé) et le premier homme (e moyen).
[906] Il n’est donc qu’à demi exact de dire que quand un mot est terminé par un e muet, il se lie par la consonne qui précède avec le mot suivant, s’il commence par une voyelle. Il y a bien là quelque chose de la liaison, en ce que la consonne sert aussi d’initiale au mot suivant; mais s’il y avait liaison proprement dite, la consonne pourrait s’altérer; or elle ne s’altère jamais: qu’il ren-d(e) aux hommes, la lan-g(ue) allemande, comme le lisest blanc. Il n’y a de liaison proprement dite, au sens où on l’entend dans ce chapitre, que pour les consonnes qui normalement ne se prononcent pas.
[907] La Fontaine, les Animaux malades de la peste.
[908] Molière, le Misanthrope, acte I, scène 2.
[909] Avec cette nuance qu’ici le c garde le son guttural qui appartient au c final, au lieu de s’altérer en s devant e. On disait de même autrefois de bro(c) ken bouche.
[910] Molière, les Femmes savantes, II, 7. En vers, on pourra lier aussi le c de banc, blanc ou flanc, de tabac ou d’estomac, et même d’instinct; mais si l’on peut éviter l’hiatus par une pause légère au lieu d’une liaison, cela vaudra mieux.
[911] La Fontaine, Fables, XI, 8.
[912] Ceci tient à ce qu’autrefois, quand les consonnes finales se prononçaient, les gutturales sonnaient toujours c, qui est d’une émission plus facile; et c’est pour cela que les mots à c ou g final ont pu si longtemps rimer ensemble, par tradition, sans pouvoir rimer avec les mots à d ou t final, qui, eux aussi, ne rimaient qu’ensemble, pour une raison pareille. Mais il y a beau temps que toutes ces finales auraient dû être assimilées pour la rime. Je dois avouer d’ailleurs que dans les liaisons qui ne se font qu’en vers, comme celle de long espoir, il y a déjà tendance à conserver au g le son doux.
[913] On disait autrefois de cler(c) cà maître; et nous savons qu’on dit encore por(c)-képic. Mais si le g sonne c dans Bourg-en-Bresse, ce n’est pas par liaison. Voir page 236, note 1.
[914] Le d se lie toujours avec le même son que le t, car autrefois, quand le d final se prononçait dans les mots proprement français, il se prononçait plus aisément comme un t, notamment après une nasale: voir ci-devant, note 3.
[915] Cette liaison des formes très usitées est si nécessaire que le peuple la fait parfois même où il n’y en a point à faire, notamment avec va. Le peuple ignore en effet que cette finale tonique de troisième personne se passe de t, sous prétexte qu’aller est de la première conjugaison; il dit donc va-t-et vient, coupe les chats et va-t-en ville, et Malbrough s’en va-t-en guerre. Au surplus quelques-uns de ces cuirs sont devenus corrects: va-t-en, a-t-il, aime-t-il, ne sont pas autre chose qu’une liaison faite, par analogie, là où il n’y a pas de t. De même ne voilà-t-il pas, par analogie avec les troisièmes personnes.—J’ajoute que est se distingue précisément de et par la liaison, car l’un se lie toujours et l’autre jamais, et cela depuis le XVIᵉ siècle au moins, puisque dès cette époque l’hiatus de et fut le seul hiatus avec consonne que les poètes commencèrent à s’interdire; les autres n’étaient pas encore des hiatus.
[916] On notera qu’il y a des adjectifs qu’on ne met guère devant le substantif qu’au féminin ou devant une consonne: chaude saison, blonde enfant, grossier personnage, précisément pour éviter une liaison désagréable ou impossible, comme serait celle de blon(d) tenfant ou grossie(r) ranimal.
[917] Si l’on dit ving(t) tet un, c’est peut-être par analogie avec trente et un: voir page 329; ou peut-être parce que c’est une sorte de mot composé.
[918] Dans j’ai chau(d) aux pieds, aux pieds n’est pas complément de chaud, mais de j’ai chaud.
[919] On dit assez souvent, à tort, avan(t)-hier sans liaison, et en trois syllabes; c’était même, malgré Ménage, la prononciation la plus usitée au XVIIᵉ et au XVIIIᵉ siècle; mais je crois qu’en ce cas on aspirait l’h, et je crois aussi qu’on avait tort. En tout cas, avant-hier a aujourd’hui quatre syllabes, et la liaison s’y impose.
[920] Molière, les Femmes savantes, acte IV, scène 3.
[921] Dans la marine, on dit en ouvrant l’o: le cano(t) test paré; mais c’est une façon de parler en quelque sorte technique ou dialectale.
[922] Mais po(t) à tabac, pour éviter la cacophonie, et même po(t) à beurre.
[923] Tô(t) tou tard, étant un peu cacophonique, se remplace avantageusement par tô(t) ou tard.
[924] La liaison n’est indispensable ici que dans les noms composés, comme Pon(t)-tà-Mousson, Pon(t)-tAudemer, Pon(t)-tEuxin, aussi bien que celle de Saint devant une voyelle, ou celle de Lo(t)-tet-Garonne. On la fait aussi ordinairement, par tradition, dans le titre du Dépi(t) tamoureux.
[925] Il n’est pas possible d’accepter:
et cela par-dessus la césure, avec un lien médiocre entre les mots! Pourquoi pas à tor(t) tet à travers?
[926] On dit aussi généralement Por(t)-tau-Prince; mais Por(t)-Arthur, Por(t)-Élisabeth, etc., doivent se passer de liaison.
[927] Je rappelle qu’on disait autrefois vi(f) vargent, bœu(f) và la mode.
[928] C’est ainsi que le verbe suiver, de suif, est devenu suiffer: «Suiver: quelques-uns disent suiffer», dit l’Académie en 1845; et en 1878: «Suiffer: quelques-uns disent suiver.» En 19..., elle dira suiffer tout court, à moins qu’elle ne dise suifer, ce qui serait plus simple.
[929] Voir plus haut, page 345, si(x) zavril et entre si(x) zet sept.
[930] Et cela ne date pas d’aujourd’hui, s’il est vrai qu’un conseiller au Parlement ait chassé une femme qui, étant allée à la fenêtre, à sa prière, pour s’enquérir du temps qu’il faisait, lui avait répondu: «Le tem(ps) zest beau.» Mais dans la fameuse chanson où Nadaud fait parler un gendarme, il conviendra de lui faire dire, parce qu’il est tout fier de montrer qu’il sait l’orthographe:
[931] Le peuple, qui n’aime guère les liaisons avec s, dira plutôt t’e(s)-t-une bête, par analogie avec la troisième personne, et, mieux encore, t’e(s) une bête.
[932] Le peuple dit volontiers donne-moi-zen: c’est la liaison de donnes, qui passe par-dessus le mot suivant, phénomène très fréquent, quand on ne s’observe pas.
[933] Et lez ou les, dans les noms de lieux.
[934] Molière, Misanthrope, acte III, scène 7. On ne peut cependant pas lier mais oui; voir page 358, note 3. La liaison de mais n’est d’ailleurs pas indispensable dans la conversation: et la preuve, c’est qu’on en vient parfois à dire, en parlant très vite, m(ais) enfin.
[935] Pour six et dix, voir plus haut, page 345.
[936] Quand ce mot était de création nouvelle, sans soudure entre les éléments, on le prononçait sans liaison.
[937] Toutefois on peut écrire matches, ce qui permet de lier.
[938] On dirait de même, sans liaison, un chauffe-pied(s) élégant, car l’s marque le pluriel de pied, mais non du composé, et d’autre part le d ne se lie pas; tandis qu’au pluriel, on pourra dire des chauffe-pied(s) zélégants, comme si l’s n’était pas le même.
[939] Je dis nécessairement, malgré Michaëlis et Passy.
[940] On voit qu’il faut se garder d’exagérer le rôle de la conjonction et, comme on le fait quelquefois.
[941] Par opposition à Champs-Elysées ou États-Unis.
[942] Le mot composé fait si bien un tout, qu’il y a tendance parfois à remplacer l’s intérieur par un s final incorrect: des che(fs)-d’œuvre zadmirables, les chemins de fer zalgériens. Ceci est à éviter; mais que n’écrit-on tout bonnement chédeuvre, avec un s au pluriel, puisque le sens de chef disparaît complètement dans le mot composé?
[943] On fait même souvent la liaison du t et non celle de l’s dans deux accen(ts) taigus, qu’on traite comme des gue(ts) tapens; mais je me demande vraiment si ceci peut passer, car ici les deux mots restent tout de même parfaitement distincts, et connus comme tels.
[944] Je ne parle pas des formes en âmes et âtes, et autres pareilles, qui ne s’emploient évidemment qu’avec liaison puisqu’elles appartiennent exclusivement à la langue écrite ou au style oratoire.
[945] Et, par suite, malgré Michaëlis et Passy, enfonceur de porte(s) zouvertes.
[946] Corneille, Polyeucte, acte I, scène 3. S’il y avait Persans, la liaison se ferait même en prose.
[947] Id., ibid., acte IV, scène 6.
[948] Racine, Britannicus, acte IV, scène 2.
[949] Voltaire, les Scythes, acte II, scène 1.
[950] V. Hugo, Légende des siècles, II, la Conscience. Le même dans ses Odes, I, 8, avait écrit d’abord: Les bronzes ont tonné; il a corrigé ensuite judicieusement, et mis: Les canons ont tonné.
[951] Dans Cromwell, les noms de Charles et Londres reviennent à toutes les pages, et une trentaine de fois devant une voyelle: l’s y est toujours supprimé. Delphes, Thèbes et Arles perdent leur s chacun huit ou dix fois au moins dans la Légende des siècles: Arles seul l’y conserve une fois, pour des raisons qu’on peut déterminer. Banville disait donc une sottise, quand il reprochait à V. Hugo, dans son Traité de Poésie, d’avoir écrit Versaille sans s, sous prétexte qu’ «il n’y a pas de licences poétiques». Il est vrai que M. Donnay a écrit dans le Ménage de Molière:
mais d’abord ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux; et puis, il y a dans cette pièce tant de vers d’un rythme contestable, et qu’on doit apparemment dire comme de la prose, de l’aveu même de l’auteur, qu’on ne doit pas se gêner beaucoup pour supprimer l’s de celui-là, et en faire aussi de la prose.
[952] Il est certain qu’en 1789, avant la suture des deux mots, on ne faisait pas plus la liaison que dans États-Unis: voir plus haut; Mᵐᵉ Dupuis l’interdit encore.
[953] Étant donné qu’on évite déjà la liaison de l’s après l’r, il serait encore plus ridicule de dire des ver(s) zà soie, que de dire des moulin(s) zà vent ou des salle(s) zà manger.
[954] Les leçons de Legouvé n’ont d’ailleurs pas corrigé Messieurs les Sociétaires de la Comédie-Française: «L’univer(s) zébloui,» disait Mounet-Sully; et Paul Mounet parlait d’«oublier le corp(s) zen rajeunissant l’âme», quoiqu’il n’y ait même pas de lien grammatical entre les mots. Il aurait donc dit sans doute, a fortiori, prendre le mor(s) zaux dents! Quelle étrange erreur! Et les étrangers vont à la Comédie-Française pour apprendre à prononcer! J’y consens, sauf en matière de liaisons.
[955] Cela n’empêche pas Edmond Rostand d’écrire dans la Princesse lointaine:
La richesse des rimes de Rostand ne permet pas de douter de la prononciation de celle-ci; et cela serait parfait si c’était une de ces scènes comiques, où la fantaisie justifie toutes les licences; mais les propos sont suffisamment sérieux, et c’est la prononciation qui ne l’est pas; ou si l’on prononce correctement, la rime sera très ordinaire. Mais peut-être que Rostand n’a fait cette rime que pour les acteurs, connaissant leurs habitudes incorrigibles.
[956] C’est bien pour cela que ces hiatus apparents sont si fréquents chez Corneille: pour lui ce n’étaient pas des hiatus. Voyez, par exemple, dans Polyeucte, acte II, scène 2, la seconde tirade de Pauline: on y trouve trois rencontres qui, pour nous, sont des hiatus, et pour lui n’en étaient pas:
Nous ne faisons plus ces liaisons. Dans le premier vers, nous nous tirerons d’affaire par une pause; dans les autres, nous subirons l’hiatus, et il faut avouer que le dernier est bien désagréable. La tirade suivante de la même Pauline offre encore deux rencontres pareilles en douze vers, et la première est également désagréable pour nous, parce que nous ne pouvons plus faire la liaison:
Ces liaisons des nasales se retrouvent dans le Midi, parfois même par-dessus une consonne: je tien(s) na dire... C’est probablement un reliquat d’une prononciation qui fut correcte à l’époque où l’on écrivait je tien.
[957] Racine, Britannicus, acte IV, scène 4.
[958] Ce phénomène de dénasalisation ressemble tout à fait au cas des adjectifs qui dévocalisent leur u devant une voyelle, bel homme, nouvel an, fol orgueil, mol édredon, vieil homme: ici aussi c’est le son du féminin qu’on entend.
[959] C’est ce qui condamne encore la dénasalisation au moyen de l’accent aigu de enamourer, enivrer et enorgueillir, où se rencontre le même phénomène de liaison (voir page 133); car ces mots devraient donner normalement, s’ils se dénasalisaient, a-namourer, a-nivrer, a-norgueillir, comme on prononce dans le Midi, très logiquement (cf. a-nuyer pour ennuyer).
[960] Ces traditions ont d’ailleurs des racines profondes dans le passé, car il y eut un temps où le féminin lui-même gardait le son nasal: vain, vain-ne, comme fem-me et ardent-ment: voir pages 64 et 131.
[961] Tout comme dans bo-nhomme, bo-nheur, bo-nhenri (sans compter boniment ou bonifier).