2º Au contraire, le préfixe dis- étant expressément un préfixe savant, les composés font entendre généralement deux s. Il n’y a d’exception incontestable que pour di(s)siper et ses dérivés et di(s)soudre[802]; mais on fera bien de prononcer aussi avec un seul s di(s)solu[803], di(s)serter et di(s)sertation, di(s)simuler et di(s)simulation[804], voire même di(s)séminer, di(s)sension ou di(s)sentiment, ces mots étant d’un usage fort général[805].

3º Aux préfixes as- et dis- on peut ajouter intus- et trans-, dans intus-susception, trans-sudation ou trans-substantiation.

4º Il n’y a plus qu’un certain nombre de mots plus ou moins savants où l’on prononce deux s: as-sa fœtida, pas-sible et impas-sible, pas-sif et ses dérivés (sauf en grammaire) et pas-siflore, clas-sification et quelquefois clas-sique, et aussi juras-sique[806];—tes-sère et pes-saire, es-sence (au sens figuré) et ses dérivés, inces-sible et immarces-sible, et les composés en pres-sible; congres-siste et progres-siste, qui, avec proces-sus, réagissent sur progres-sif, proces-sif et quelques mots en-essif; mes-sidor, ses-sile, pes-simiste et pes-simisme, et au besoin es-souflé ou es-saimer;—les mots en is-sible et leurs dérivés, et, si l’on veut, les mots en is-sime et is-simo, avec commis-soire, fis-sipare et fis-sipède, et bys-sus, auxquels on joint quelquefois fis-sure et bis-sextile;—enfin glos-saire, os-sature, os-sification, os-suaire et quelquefois os-seux, avec fos-sile et opos-sum[807].

*
* *

Nous savons que le groupe anglais sh équivaut au ch français à toute place: shelling, shocking ou shampoing, english, mackintosh ou stockfish[808]. A la vérité fashion se prononçait aussi bien fazion à la française, que facheune, à l’anglaise, et de même fashionable; mais ces deux mots sont tout à fait tombés en désuétude.

C’est aussi au ch français que correspondent le groupe germanique sch[809], le danois sj, le polonais sz et l’s hongrois[810].

T

1º Le T final.

A la fin des mots, le t, comme l’s, en principe ne se prononce pas: acha(t), avoca(t), étroi(t), bonne(t), livre(t), tombai(t), crédi(t), peti(t), calico(t), tripo(t), prévô(t), défau(t), ragou(t), institu(t), cha(t)-huan(t), vacan(t), accen(t), événemen(t), sain(t), poin(t), fron(t), défun(t), dépar(t), concer(t), transpor(t), meur(t), accour(t), etc., etc.[811]. Les exceptions sont même beaucoup plus rares que pour l’s parmi les mots proprement français. Naturellement elles affectent surtout des monosyllabes, qui sont en quelque sorte renforcés ou élargis par cette prononciation.

 

1º Après a, il n’y a que les adjectifs fat et mat, avec les termes d’échecs mat et pat; adéqua(t) et immédia(t) n’en sont plus, ni opia(t), quoique l’Académie ait encore maintenu le t en 1878.

Il faut ajouter cependant les mots latins, exeat, fiat, stabat, magnificat, vivat, qui ne sont pas en voie de se franciser dans la prononciation; on entend bien parfois des viva(ts), mais c’est une fâcheuse analogie, amenée sans doute par le pluriel[812].

Après oi, il n’y a rien, pas plus doi(gt) que adroi(t) ou pourvoi(t). Toutefois, quand soit est employé seul, on fait volontiers sonner le t, pour renforcer le mot, comme on l’a déjà vu ailleurs.

 

2º Après e, il n’y a que net, fret et se(p)t.

Pour net, il ne saurait y avoir de discussion[813].

Pour fret, tous les dictionnaires maintiennent fre(t). Ils pourraient peut-être se corriger, parce que la marine marchande ignore absolument cette prononciation: or quel est l’usage qui doit prévaloir ici, sinon précisément celui de la marine marchande?

Enfin, pour se(p)t, il faut naturellement dire devant un pluriel commençant par une consonne: se(pt) sous, se(pt) cents, se(pt) mille[814]. Malheureusement nos cuisinières, marchands et comptables ne connaissent guère d’autre prononciation que se(p)t, en toute circonstance, sous le fallacieux prétexte que l’on pourrait confondre se(pt) sous et se(pt) cents avec seize sous et seize cents! Et leur prononciation a passé peu à peu de la cuisine à la salle à manger, du comptoir au salon. Essayons encore de réagir si nous pouvons, mais je crains fort qu’il ne faille bientôt céder sur ce point[815].

A net, fret et se(p)t on fera bien de ne pas ajouter juillet, pas plus qu’alphabet, la prononciation du t dans ces mots étant surannée ou dialectale. Quant à cet, il ne s’écrit que devant une voyelle, et nécessairement il se lie.

On prononce naturellement le t dans quelques mots latins ou étrangers: et cetera[816], hic et nunc, hic jacet, licet, tacet, claret, et water-closet; mais débe(t) et place(t) sont francisés depuis fort longtemps; croque(t), cricke(t), ticke(t) le sont aussi, et même pick-pocke(t), et souvent water-close(t)[817].

Après ai, il n’y a pas d’exceptions, sauf une tendance très marquée à faire sentir le t du substantif fait, au singulier, surtout quand il est final ou accentué: en fait, au fait, par le fait, voie de fait, voici le fait, il est de fait, je mets en fait, je l’ai pris sur le fait, c’est un fait, et même c’est un fait constant, c’est le fait d’un honnête homme, le fait de mentir, le fait du prince; mais on ne doit jamais faire sentir le t au pluriel, ni dans fait divers, singulier identique au pluriel, ni dans en fait de ou tout à fait.

 

3º Après i, le t sonne encore presque toujours dans les mots qui viennent de mots latins en -itus et -itum: coït, introït, obit, bardit, aconit, rit (même mot que rite), prétérit, prurit et transit; mais on a cessé généralement de le prononcer dans subi(t) aussi bien que dans gratui(t). Il en est de même dans ci-gî(t). On le prononce encore le plus souvent dans granit, mais grani(t) se répand.

On le prononce aussi, naturellement, dans huit, avec la seule restriction, toujours la même, des pluriels commençant par des consonnes: page huit, in-dix-huit, le huit mai, et aussi, par liaison, huit hommes, mais hui(t) sous, hui(t) cents, hui(t) mille[818].

Enfin il doit toujours sonner dans les mots latins, francisés ou non, dans accessit, satisfecit et même déficit, malgré l’usage de quelques personnes, aussi bien que dans incipit, sufficit, explicit, exit et affidavit, ainsi que dans vooruit et dead-heat[819].

 

4º Après o, le t ne sonne plus aujourd’hui que dans dot, où il ouvre l’o, bien entendu. Cette exception paraît venir de ce que le mot avait autrefois deux formes, un masculin do(t) et un féminin dote (cf. aubépin et aubépine); le féminin se serait ici conservé avec l’orthographe du masculin. C’est d’ailleurs le seul mot en -ot qui soit féminin. Quoi qu’il en soit, la prononciation do(t) est aujourd’hui particulière au sud-ouest[820].

 

5º Dans les finales -aut et -ault, le t ne sonne jamais[821]; pas davantage dans -eut, ni dans -out et -oult, les mots étrangers, lock-out, vermout, knout, raout et stout, mais non racahou(t).

Surtout il ne doit pas plus sonner dans (a)(t) que dans debou(t), malgré l’usage de quelques provinces[822].

 

6º Après u, le t final sonne toujours dans un certain nombre de mots savants: azimut, cajeput, occiput, sinciput et comput, avec ut et caput; quelquefois aussi, mais à tort, dans scorbu(t) et précipu(t); de plus, dans les interjections chut et zut, et dans les monosyllabes lut, rut et brut[823]. La province y ajoute généralement un autre monosyllabe, but, malgré débu(t), mais à Paris on prononce toujours bu(t)[824].

 

7º Après les voyelles nasales (les mots en -ant et -ent sont particulièrement innombrables), le t ne sonne pas plus en français qu’après les voyelles orales, même si une autre consonne s’intercale, comme dans exem(pt), vin(gt), prom(pt), rom(pt), corrom(pt), interrom(pt).

Il a longtemps sonné dans ving(t), comme sonnaient l’s et l’x de trois et deux, conformément à l’usage de tous les noms de nombre; c’est aussi incorrect aujourd’hui que le serait cente pour cen(t), qui ne semble pas avoir jamais été dit. Toutefois le t de vingt sonne encore dans vin(g)t et un, par liaison, et aussi dans vin(g)t-deux, vin(g)t-trois, etc., malgré la consonne qui suit, soit par un souvenir de vin(g)t et deux, vin(g)t et trois, où se faisait la liaison, soit plutôt par analogie avec trente-deux, quarante-quatre, cinquante-sept, etc. Mais il ne sonne pas dans quatre-vin(gt)-un, -deux, -trois, etc., et cela se comprend: s’il sonnait par exemple dans quatre-vingt-trois, ce serait quatre fois vingt-trois, et non quatre fois vingt plus trois; il y a des siècles que cette distinction a été faite inconsciemment. Il est vrai que tous ces t, devant deux, deviennent nécessairement des d: vind deux; ce n’est pas une raison cependant pour prononcer vin(g)te-deux[825].

Le t sonne encore dans quelques mots étrangers, comme cant ou pippermint[826].

 

8º Restent les consonnes. Le t ne sonne pas après un r: écar(t), exper(t), ressor(t), cour(t), et aussi heur(t), où il a longtemps sonné; spor(t) lui même est francisé, et dog-car(t) à peu près; mais flirt garde son t, même quand on le francise[827]. En revanche, le t sonne après et avec les consonnes c, l, p, s.

Pour les mots en -ct, nous avons vu plus haut qu’il ne fallait plus excepter que les mots en -spect, ami(ct) et instin(ct), mais non exact, abject, verdict, district, succinct et distinct, ni aucun autre[828].

Les mots en lt ne sont pas des mots français: cobalt, malt, smalt, spalt, veldt, volt, sauf le vieux mot moult, et indult, où l’orthographe a rétabli la prononciation disparue de lt[829].

Si des mots en pt nous éliminons se(p)t, examiné tout à l’heure, où le p ne sonne pas, et les mots en -empt et -ompt, où ne sonnent ni p ni t, il reste trois ou quatre mots savants où les deux consonnes se prononcent: rapt, qui a longtemps flotté, concept, transept et abrupt[830].

Le groupe final st se prononce dans quelques mots, la plupart étrangers: hast (armes d’), ballast, to(a)st, est et ouest, lest, zist et zest, whist, ost et souvent compost. Il est muet dans le verbe e(st)[831].

Ajoutons pour terminer que l’h après le t final, qui d’ailleurs est toujours d’origine étrangère, ne change rien en français au son du t; mais naturellement le t suivi d’un h se prononce toujours: feldspath, aneth, zénith, mammouth, luth et bismuth[832].

2º Le T intérieur et le groupe TI.

Dans le corps des mots, le t se maintient difficilement entre deux consonnes, si la dernière n’est pas un r, comme dans astral. Aussi est-il devenu muet dans as(th)me et as(th)matique, is(th)me et is(th)mique, et même pos(t-s)criptum et parfois pos(t)dater: c’est toujours la répugnance du français à prononcer trois consonnes consécutives qui ne s’accommodent pas ensemble, et c’est ordinairement celle du milieu qui est alors écrasée entre les autres, à moins qu’elle ne soit un s[833].

Dans les mots en -iste, comme dans les mots en isme, le peuple laisse volontiers tomber la syllabe finale: artis(te), anarchis(te). Il dit de même prétex(te) ou insec(te): paresse de langage, qu’il faut éviter.

L’h ne change rien au t, bien entendu: t(h)éâtre, t(h)on, t(h)ym, at(h)ée, got(h)ique, etc.

*
* *

Mais la question la plus intéressante concernant le t intérieur est celle de son traitement devant l’i suivi d’une voyelle.

La règle générale n’est pas douteuse: Devant un i suivi d’une autre voyelle, le t prend le son de l’s dur[834].

Cette règle s’applique notamment à la plupart des mots en -tie et -tien, à presque tous les mots en -tiaire, -tiel, -tieux, -tion, avec tous leurs dérivés, et à une foule d’autres mots: suprématie, inertie, béotien, tertiaire, torrentiel, ambitieux, nation, national, etc., et aussi bien nuptial, gentiane, spartiate, patient, patience, satiété, tiole, etc., etc.[835]

En réalité cette prononciation nous vient tout simplement de la prononciation adoptée depuis des siècles, à tort ou à raison, pour le latin[836]. Aussi appartient-elle essentiellement à des mots d’origine savante, tandis que les mots d’origine populaire conservent en principe le son normal du t, notamment quand l’i fait diphtongue étymologiquement avec un e, comme dans pit.

On peut dire pourtant que la prononciation sifflante est la règle générale, d’abord parce que les mots de formation savante sont les plus nombreux, ensuite parce que les mots nouveaux ont ordinairement suivi l’analogie des précédents, et que les mots isolés qui sont restés en dehors de la règle tendent souvent à s’y soumettre. On constate même ce phénomène curieux d’une prononciation d’origine savante devenant populaire, et altérant par cela même d’autres mots savants, faute de pouvoir altérer les mots les plus usités.

J’ajoute qu’il est plus facile d’énumérer les exceptions que les cas où la règle s’applique, ainsi qu’on le fait parfois, non sans beaucoup d’omissions.

Les exceptions sont d’ailleurs nombreuses, et il y en a de toutes les sortes. On se rappelle la réponse de Nodier à Dupaty, qui prétendait qu’entre deux i le t avait toujours le son de l’s: «La règle est sans exceptions,» répondait-il à Nodier. Et Nodier de répliquer, du tac au tac: «Mon cher confrère, prenez picié de mon ignorance, et faites-moi l’amicié de me répéter seulement la moicié de ce que vous venez de dire.» Ceci se passait à l’Académie, où l’on peut croire que les rieurs ne furent pas pour Dupaty. Mais ce n’était là qu’un exemple, et il y a d’autres exceptions même entre deux i, sans compter les autres combinaisons, qui sont multiples[837].

 

I.—Il y a d’abord deux catégories de mots qu’il faut éliminer, parce que la prononciation sifflante est impossible ou à peu près. Ce sont:

 

Tous les mots dans lesquels le t est déjà précédé d’une sifflante, s ou x, ce qui empêche absolument le t de s’altérer, aussi bien en latin qu’en français: bastion, question, immixtion (une douzaine de mots en -tion); dynastie, modestie, amnistie (une douzaine de mots en -tie); bestial, bestiole, vestiaire, etc., etc.[838].

A cette catégorie appartiennent aussi étiage, châtier et chrétien avec sa famille, autrefois estiage, chastier et chrestien.

 

Tous les imparfaits et subjonctifs présents, où le t ne peut pas changer le son qu’il a dans les autres formes: étais, étions, étiez, portais, portions, portiez, que nous mentions, que vous mentiez, etc.[839].

De plus, pour le même motif, les participes féminins des verbes en tir: sorti, sortie, anéanti, anéantie, etc., avec les substantifs de formation française dérivés des mêmes verbes: tie, garantie, partie, sortie, et le féminin d’apprenti[840].

II.—Voici maintenant toute la collection des mots d’origine populaire où -ti- est suivi d’un e, et où le groupe ie est une diphtongue étymologique, le latin ayant à la place une voyelle unique, devant laquelle le t n’a pas pu s’altérer. Ce sont:

 

1º Les trois substantifs en -tié: pit, moit, amit, avec inimit[841];

 

2º Les adjectifs et substantifs en -tier ou -tière, à suffixe -ier, féminin -ière, comme entier ou héritier, jarretière ou tabatière: ils sont près de deux cents[842];

 

3º Les mots qui ont le suffixe -ième, à savoir septième, huitième, vingtième, etc., avec quantième ou pénultième[843];

 

4º Les formes verbales de tenir et ses composés, tient ou contient, tiendra on maintiendrait, avec les dérivés entretien, maintien, soutien[844];

 

5º Enfin les mots tiède, tiers et tien, où le t est initial, et antienne, où il ne l’est pas[845].

 

III.—Il y a encore un certain nombre de mots d’origines diverses.

1º Voici d’abord trois mots en -tie: ortie, d’origine populaire[846]; sotie, dérivé populaire de sot, qui avait deux t autrefois comme sottise, et qui a gardé sa prononciation en devenant savant; enfin tutie, qui ne vient pas du latin[847].

Épizootie est encore flottant[848].

2º Voici quelques mots plus ou moins savants, où ti- a résisté à l’analogie et a gardé la prononciation du grec: d’abord éléphantiasis ou étiologie, sans compter tiare; d’autre part tous les mots où le t est séparé de l’i par un h, ce th étant grec: sympat(h)ie, pyt(h)ie, corint(h)ien; de sorte qu’ici non seulement l’h ne change rien au t, mais aide à le conserver intact[849].

Pourtant la tendance générale est telle que le mot chrestomat(h)ie a été fortement altéré et l’est encore assez généralement; mais la prononciation correcte de ce mot savant, qui n’est pas latin, est tie et non cie, et les jeunes professeurs commencent à la restaurer.

3º Il y a encore les mots qui ont un préfixe en -ti, à savoir: d’une part le mot centiare, qui a gardé devant le mot are la prononciation uniforme du préfixe centi-, quoiqu’une diphtongue s’y soit formée dès le principe; d’autre part les mots commençant par le préfixe anti-, comme antialcoolisme, où il n’y a point de diphtongue.

4º Restent quelques mots populaires d’origine inconnue: galimatias, qu’une étymologie fantaisiste a rattaché à Mathias; étioler, étiolement, qui se rattachent peut-être à éteule; et aussi l’espagnol patio[850].

Cette énumération, qu’on trouvera ici pour la première fois, fut longue sans doute, mais celle des mots où le t est sifflant l’eût été davantage, et peut-être même impossible, en tout cas beaucoup plus difficile à classer méthodiquement[851].

3º Le T double.

Le t double se prononce encore simple assez généralement, et autrefois il n’y avait point d’exception.

Parmi les mots commençant par att-, qui sont fort nombreux, il n’y a guère qu’at-tique et at-ticisme où l’on soit à peu près obligé de prononcer deux t[852]; mais il faut avouer que cette prononciation commence à atteindre fortement beaucoup d’autres mots où elle ne s’impose nullement, comme at-tenter, at-tentif, at-ténuer, at-terrer, at-tester, at-tiédir, at-titré, at-titude, at-touchement, at-traction, at-tributif, at-trister, at-trition.

Cette prononciation est plus correcte dans bat-tologie, intermit-tent et intermit-tence, commit-timus et commit-titur, gut-tural et gut-ta-percha; mais elle atteint aussi depuis plus d’un siècle d’autres mots, comme sagit-taire, lit-téraire, lit-téral, lit-térature, lit-toral et pit-toresque.

Elle est d’ailleurs légitime dans les mots qui viennent de l’italien, où les deux consonnes se prononcent régulièrement: concet-ti, vendet-ta, jet-tatura, dilet-tante, libret-to et libret-tiste, grupet-to, tut-ti et sot-to voce, et aussi dans gut-ta-percha. Mais on ne prononce plus qu’un t généralement dans ghe(t)to et confe(t)ti, qui se sont popularisés, souvent aussi dans larghe(t)to[853].

On ne prononce jamais qu’un t dans sco(t)tish[854].

V et W.

Le v s’appelait autrefois u consonne, et ne se distinguait pas typographiquement de l’u[855].

Du v simple il n’y a rien à dire, sinon qu’il faut éviter de le supprimer devant oi, et de dire (v)oiture, (v)oilà, la(v)oir, au r(ev)oir[856].

Le v allemand se prononce f; mais cela ne nous intéresse guère que pour les noms propres non francisés[857].

Le v a aussi le son de l’f à la fin des noms slaves, surtout après un o, où il est souvent double[858].

Le w n’est pas français. Mais le w germanique se prononce comme le v français, ainsi que celui du polonais redowa[859].

Le w anglais demande plus d’attention.

En principe, devant une voyelle, il a le son de la semi-voyelle ou: water-closet ou waterproo373 , wattman, warf, whist, whig, wisky, wigwam, workhouse, swell, tramway, railway, sandwich[860]. Mais quand il se francise, c’est presque toujours en v; ainsi il est complètement francisé en v dans wagon et ses dérivés, à peu près dans warrant et ses dérivés, souvent aussi dans waterproof, quoiqu’on ne francise pas oo, et dans water-closet ou wattman. S’il s’est francisé définitivement en ou dans whist, c’est parce que le mot ne s’est pas répandu dans le peuple; mais tramway a beaucoup de peine à se franciser tout à fait avec le son ou, qui pourtant semble l’emporter[861].

Nous avons réduit aw à au dans outlaw, lawn-tennis, tomahawk, drawback[862].

Nous avons accepté pour l’anglais ew la prononciation iou; ainsi pour mildew, qui eut la chance d’être appris par l’oreille et non par l’œil; mais nous l’écrivons beaucoup mieux mildiou, comme il convient. Interview se prononce indifféremment viev ou viou, et le premier finira sans doute par s’imposer, ne fût-ce qu’à cause du dérivé interviewer, pour lequel la prononciation viou-ver est assez ridicule[863].

L’anglais ow se prononce comme o fermé dans bo(w)-windo(w), ro(w)ing, arro(w)-root, sno(w)-boot, et quelquefois co(w)-boy (pour caouboï); d’autre part nous réduisons facilement ow à ou dans clown, teagown, cowpox ou browning[864].

X et Z

1º L’X final.

A la fin des mots français, l’x n’est plus généralement qu’un signe orthographique qui tient simplement la place d’un s[865]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’s du pluriel, notamment après u, dans tous les mots en -aux, -eux, -oux, au singulier comme au pluriel: fau(x), veau(x), aïeu(x), heureu(x), dou(x), genou(x), etc., etc.[866]. Il n’y a même pour ceux-là aucune exception, pas même pour deu(x), dont l’x s’est amui, comme l’s de troi(s), quoiqu’il se soit conservé dans six et dix, dont nous allons parler[867].

L’x final ne se prononce pas davantage dans pai(x), fai(x) et ses composés, ni dans les mots en -oix[868].

Il ne se prononce pas non plus dans pri(x), perdri(x) et crucifi(x), ni dans flu(x), reflu(x), influ(x)[869].

On vient de voir que l’x final se prononce par exception dans les noms de nombre six et dix, comme se prononcent les consonnes finales de cinq, sept, huit, neuf; mais ceci demande des explications.

D’abord cet x devrait s’écrire s, comme autrefois, car il a conservé ici le son de la langue vulgaire, où il a toujours sonné comme un s: j’en ai six, page dix, Charles dix, le six mai, le dix août.

En second lieu, il faut excepter, bien entendu, suivant la règle des adjectifs numéraux, les cas où six et dix sont suivis d’un pluriel commençant par une consonne: di(x) francs, si(x) sous, si(x) cents, di(x) mille[870].

Mais d’autre part, si le pluriel commence par une voyelle, ce n’est encore pas le son normal de l’s qu’on entend; car il se produit alors simplement un phénomène de liaison, d’où il résulte que l’s est doux[871]. De là la différence qu’il y a entre six hommes (si-zom) et six avril (si-savril): le nom du mois n’étant pas multiplié, dix et six se prononcent dis et sis devant avril, août, octobre, comme devant mai, juin ou septembre. A vrai dire, on prononce souvent si zavril comme si zhommes, comme on dit aussi entre si zet huit, mais ce sont des abus de liaison; au pis aller, pour six et huit, on peut choisir entre le son dur et le son doux, tandis que pour six hommes on n’a pas le choix: l’s est nécessairement doux.

On fait aussi la liaison par analogie, et quoiqu’il n’y ait pas multiplication, dans dix-huit (dizuite) et ses dérivés.

Par analogie avec dix-huit, on prononce également un s doux dans dix-neuf, comme on prononce le t dans vingt-quatre ou vingt-neuf.

Dans dix-sept, l’x garde le son de l’s dur à cause de l’autre s qui suit: dis-sète; d’ailleurs, quand on parle vite, on dit facilement di-sète, l’s double se réduisant à un, comme dans tous les mots populaires[872].

On prononce de même avec un s dur les termes de musique six-quatre ou six-huit, quoiqu’il y ait multiplication, parce qu’en réalité ce n’est pas quatre et huit qui sont multipliés, mais seulement les notes représentées par ces chiffres, de sorte que les deux chiffres qui indiquent la mesure restent toujours distincts; sizuit est donc encore un abus de liaison, d’ailleurs très tolérable.

 

Comme six et dix, coccyx se prononce avec un s simple, au moins par euphonie[873].

 

En dehors de six, dix et coccyx, quand l’x final se prononce, il se prononce cs. Mais cela n’a lieu que dans des mots grecs, latins ou étrangers, comme index, silex ou sphinx[874].

2º L’X intérieur.

Dans le corps des mots, l’x se prononce en principe cs devant une voyelle comme devant une consonne: d’abord dans les finales muettes, axe, rixe, sexe[875]; et aussi bien dans laxatif, axiome ou maxime, lexique ou sexuel, fixer ou luxure, comme dans textuel, bissextil ou mixture[876].

Mais en réalité tous ces mots sont des mots d’emprunt, et il en reste beaucoup d’autres où l’x ne se prononce pas ou pas toujours cs[877].

D’abord nous retrouvons l’s dur simple de la prononciation populaire dans soixante et ses dérivés, où l’x étymologique a été rétabli après coup, comme dans six et dix[878].

Nous retrouvons aussi l’s doux de la simple liaison dans les dérivés de deux, six et dix: deuxième, dixième, sixième, sixain se prononcent comme deu(x) hommes ou si(x) hommes[879].

 

Mais surtout les mots qui commencent par ex ou x demandent un examen spécial.

On notera en premier lieu que devant une consonne sifflante, c’est-à-dire devant ce ou ci ou devant un s, la seconde partie de l’x se confondant nécessairement avec le son qui suit, le son ecs se trouve réduit à ec: ec-cellent, ec-centrique ou ec-sangue[880].

Au contraire, devant une consonne non sifflante, on a une tendance naturelle, quand on parle vite, et même sans cela chez le peuple, à réduire ecs, non à ec, mais à es: estrême, escuse, espress[881].

Cette tendance doit être combattue en général, notamment quand il n’y a qu’une consonne, comme dans escuse, autrefois correct. Elle est plus admissible dans les mots commençant par excl- ou excr-, comme exclamation ou excrément, mais là même elle est familière et médiocrement correcte[882].

 

D’autre part et surtout, devant une voyelle, ex- initial (ou hex-) s’adoucit régulièrement en egz. Par exemple: exalter, exhaler, exécuter, exiger, exotique, exubérant, hexamètre, etc., et, par suite, inexigible ou inexact; il faut y ajouter sexagénaire et sexagésime, et peut-être aussi sexennal[883]. Seuls exécration et exécrable sont très souvent prononcés avec cs, par emphase.

Cette tendance à adoucir l’x après l’e initial est si forte qu’elle atteint chez nous jusqu’à la prononciation du latin. On croit même qu’elle a commencé par le latin. En tout cas, il ne nous suffit même pas de dire exeat ou exercitus avec gz: même une expression latine composée comme ex æquo, qui ne peut guère s’altérer en latin, s’altère en français, où nous la traitons comme un substantif: un ex æquo, des ex æquo, et par suite comme un mot simple. Ex abrupto s’altère beaucoup moins souvent[884].

En tête des mots, l’x ne garde le son de cs que parce que les mots, d’ailleurs en très petit nombre, sont savants et d’un usage restreint: xérasie, xérophagie, xiphoïde, xylographie; encore devient-il gz très souvent dans xylophone, qui est un peu plus connu[885].

3º Le Z

Le z final, dans les mots proprement français, est dans le même cas que l’x: il remplace simplement un s, même quand il représente étymologiquement ts[886]. Aussi ne se prononce-t-il pas plus que l’s ou l’x, notamment dans toutes les secondes personnes du pluriel: aime(z), aimie(z), aimerie(z), etc.

Il ne se prononce pas davantage dans le mot sonne(z), qui est en réalité un impératif, ni dans les substantifs ne(z) et bie(z), disparu devant bief, ni dans l’adverbe asse(z) et les prépositions che(z) et re(z), de re(z)-de-chaussée[887].

On voit que le z final muet suit généralement un e; mais le z ne se prononce pas davantage dans ra(z) de marée, ni dans ri(z); et si, en France, on le prononce ordinairement dans ranz des vaches, en Suisse on prononce ran, et on doit y savoir comment ce mot se prononce[888].

Le z final se prononce dans gaz et dans fez; mais ce sont des mots étrangers[889].

Le z final allemand, avec ou sans t devant, se prononce ts: quartz, kronprinz[890].

Et même tz après l se réduisent le plus souvent à un s: eau de sel(t)z[891].

On n’entend également qu’un s dans ruolz.

Dans le corps ou en tête des mots, le z français a toujours le son d’un s doux devant une voyelle: zèle, zone, bronzé, topaze, rizière, etc.

Il en est de même du z, simple ou double, des mots étrangers, quand nous les francisons: lazarone, scherzo, pou(z)zolane, mue(z)zin, souvent aussi ra(z)zia ou la(z)zi[892].

Quand nous ne francisons pas les mots étrangers, le z allemand se prononce ts[893].

Le z italien, simple ou double, se prononce quelquefois aussi ts, comme dans grazioso, plus souvent dz: piazza, piazzetta, lazzi, mezzo, mezzanine, pizzicati[894].

L’espagnol plaza se prononce plaça.

RÉCAPITULATION DES CONSONNES

On vient de voir de quelles manières différentes peuvent se prononcer à l’occasion les mêmes lettres, sans compter les cas où elles ne se prononcent pas du tout. Nous allons, pour récapituler ce chapitre, faire rapidement l’inverse, et montrer de combien de manières s’écrit chez nous chacun des sons que nous employons.

On a déjà vu les innombrables graphies des voyelles nasales; ceci achèvera de faire admirer comme il convient la logique de notre orthographe. Cette fois nous suivrons l’ordre rationnel qui est sans inconvénients.

Parmi les explosives, les labiales b et p et les dentales d et t se bornent à pouvoir s’écrire simples ou doubles, tout en se prononçant simples: habit et abbé, per et appel, adieu et addition, tir et battre. Elles peuvent aussi s’interchanger: absent devient apsent et decine devient metsine. Tout cela est peu de chose et, si le reste y ressemblait, notre orthographe serait une pure merveille[895].

Mais pour les gutturales, c’est une autre affaire: la gutturale forte ou sourde s’écrit c dans raconter, cc dans accord, ch dans chrétien, k dans képi, ck dans bock, kh dans khédive, q dans coq, qu dans quatre, cq dans Jacques, cqu dans becqueter, x dans excès ou Xérès, et même g dans Bourg, sans compter qu’elle fait ordinairement la moitié de l’x; la gutturale douce ou sonore s’écrit g dans grave, gg dans aggraver, gu dans gueule, gh dans ghetto, c dans second, parfois même ch dans drachme, ou qu dans aqueduc, et fait la moitié de l’x dans exemple.

De même, parmi les spirantes, nous retrouvons un peu plus de simplicité dans les fricatives et les chuintantes: les fortes s’écrivent seulement de quatre manières: f, ff, ph ou v, et ch, sh, sch ou j: fait, effet, phare, crè(v)e-cœur, et chat, shako, schisme, rej(e)ter; les douces n’en ont que trois: v, w ou f, et j, g ou ge: vague, wagon, neuf ans, et enjôler, rougir, geôle, sans compter tach(e) de vin.

Mais les sifflantes se rattrapent: la forte s’écrit s dans sel, ss dans assez, c dans ceci, ç dans reçu, sc dans scie, t dans patience, x dans soixante, z dans quartz, sans compter qu’elle fait presque toujours la seconde moitié de l’x, quand l’x se prononce, et aussi la seconde moitié du z, quand on le prononce ts; la douce s’écrit z dans zèle, zz dans pouzzolane, s dans raison, x dans deuxième, et fait la seconde moitié de l’x dans exemple.

Les sons de l, m, n, r se bornent à s’écrire par une lettre ou par deux; r devient aussi rh dans rhum.

Enfin l mouillé s’écrit ll dans bille, ill dans paille, l simple dans gentilhomme, lh dans Milhau, gli dans Broglie. L’n mouillé se contente de gn dans agneau ou ign dans oignon, et au besoin ni dans panier, sans parler de ñ dans doña.

Assurément, dans cette multiplicité de signes employés un peu partout pour les mêmes sons (et j’en ai peut-être oublié), il y en a beaucoup qui ne peuvent pas être évités. D’autres ne sont pas gênants. Mais on conviendra qu’une certaine simplification ne ferait de mal à personne et que la langue surtout s’en porterait beaucoup mieux, étant soustraite ainsi à de graves dangers d’altération.

Les langues doivent s’altérer, ou, si l’on aime mieux, évoluer avec les siècles, c’est fatal; mais en vérité est-ce le rôle des meilleurs écrivains de les y aider en s’obstinant à défendre une prétendue orthographe, qui serait la plus ridicule du monde, si la primauté sur ce point n’appartenait à l’anglaise?

LES LIAISONS

Quelques considérations préliminaires.

Au début du XVIᵉ siècle, toutes les consonnes finales se prononçaient partout, sauf devant un mot commençant par une consonne, quand les deux mots étaient liés par le sens[896].

Au contraire, à partir du XVIIᵉ siècle, les consonnes ont généralement cessé peu à peu de se prononcer dans l’usage ordinaire, sauf devant une voyelle (ou un h muet), quand les mots étaient intimement liés par le sens. Je dis dans l’usage ordinaire, parce que les consonnes sont tombées beaucoup moins vite dans la prononciation oratoire et dans celle des vers, surtout à la rime. D’ailleurs, même dans l’usage courant, les consonnes ne sont pas tombées dans tous les mots. D’autre part, beaucoup de consonnes tombées ont reparu et reparaissent encore grâce à l’orthographe: ne faut-il pas parler comme on écrit? Mais alors c’est tout ou rien: ou bien la consonne se prononce toujours, ou bien elle ne se prononce jamais.

Il y a pourtant des consonnes qui ont continué a se prononcer seulement devant une voyelle, dans certains cas: ce qui reste de cette prononciation, c’est ce qu’on appelle communément liaison. La consonne finale ainsi prononcée sert phonétiquement d’initiale au mot suivant[897].

Les liaisons sont encore très usitées en vers, d’abord parce que la poésie est essentiellement traditionnaliste, ensuite parce qu’en vers elles ont pour but et pour effet d’empêcher l’hiatus, que la plupart des poètes évitent encore avec soin. Aussi n’est-il pas impossible que la poésie devienne un jour comme le Conservatoire ou le Musée des liaisons; elle les conserverait comme elle conserve tant d’autres choses surannées, en prosodie, en vocabulaire, en syntaxe.

Dans la prose, et surtout dans la conversation ordinaire, on en fait infiniment moins. Un certain nombre pourtant sont encore obligatoires. D’autres seraient ridicules ailleurs qu’en vers.

D’ailleurs un grand nombre de liaisons sont facultatives et dépendent souvent du goût de chacun. Mais elles dépendent encore davantage des circonstances: il est évident qu’on en fait plus en lisant qu’en parlant, parce qu’en lisant on recherche la correction du langage, tandis qu’en parlant on ne cherche qu’à se faire comprendre avec le moins d’effort possible; on en fait plus aussi dans un discours suivi, pour le même motif, que dans une conversation familière.

D’une façon générale, les professeurs en font plus que les gens du monde, à cause de l’habitude qu’ils en ont; les instituteurs en font trop, non pas tant peut-être en parlant qu’en enseignant à lire, car ils ne savent pas toujours que, même en lisant, il y en a qu’on ne fait pas.

Mais les acteurs surtout en abusent étrangement, soit sous prétexte de correction, soit parce qu’ils s’imaginent qu’ils se font mieux comprendre, et cela à la Comédie-Française comme ailleurs, plus qu’ailleurs, hélas! et dans la comédie en prose aussi bien que dans la tragédie. Pourtant ils devraient comprendre que, dans la comédie, un personnage qui ne parle pas comme tout le monde est ridicule; et la tragédie même, comme tout théâtre en vers, est assez artificielle par elle-même pour qu’on n’y ajoute pas encore des artifices surannés, quand il n’y a pas nécessité[898].

*
* *

Avant d’entrer dans le détail des liaisons, nous indiquerons quelques règles générales.

On sait déjà que la liaison est interdite (aussi bien que l’élision, car les deux vont presque toujours ensemble) devant un h aspiré. Elle l’est également dans d’autres cas dont voici l’énumération[899]:

1º Devant les noms de nombre un et onze: les numéro(s) un et deux, sur le(s) une heure[900]; no(s) onze enfants, aprè(s) onze heures, Loui(s) onze; et, quoiqu’on dise régulièrement il es(t) tonze heures, avec liaison, cas spécial, on dira pourtant ils étai(ent) onze ou ils son(t) onze[901];

2º Devant l’adverbe oui: je di(s) oui; pour un oui, pour un non[902];

3º Devant les interjections: ce(s) ah! ce(s) oh! et en général quand on cite un mot isolé, qu’on isole précisément en ne liant pas[903];

4º Devant uhlan, et devant les mots commençant par un y grec suivi d’une voyelle, parce que cet y fait alors fonction de semi-voyelle: de(s) uhlans, de(s) yachts, de(s) youyous.

De plus il ne peut y avoir de liaison qu’entre des mots liés par le sens, parfois même très étroitement. Il ne saurait donc y avoir de liaison, en principe, même dans la lecture, par-dessus un signe de ponctuation.

Il va sans dire aussi que les liaisons, étant conservées, en principe, dans une intention d’harmonie, et notamment pour éviter les hiatus, ne sauraient être maintenues dans les cas où elles produisent à l’oreille un son plus désagréable que ne serait l’absence de liaison.

En outre, il n’y a plus aujourd’hui de liaison proprement dite pour les quatre liquides grecques, l, m, n, r, sauf d’une part le cas des nasales, qui sera étudié spécialement, et d’autre part trois ou quatre adjectifs en -ier, surtout premier et dernier, quand ils sont devant un substantif, suivant une loi que nous étudierons plus loin: premie(r) racte, dernie(r) racte. Il y a bien encore les infinitifs en -er, mais ils se lient de moins en moins en prose, sauf la prose oratoire, et cette liaison sera bientôt réservée exclusivement à la poésie[904]. Même laisse(r)-aller ne se lie pas.

On se rappelle qu’ici, en cas de liaison, l’e s’ouvre à demi, comme dans premier et dernier: mangè(r) ravec plaisir, donnè(r) raux pauvres, etc.[905].

Ces cas étant éliminés, il ne reste plus que les muettes et les spirantes.

Enfin, tandis que les consonnes finales qui se prononcent toujours gardent aujourd’hui devant une voyelle le même son que devant une consonne (le lis est blanc), au contraire celles qui ne se prononcent qu’en liaison, ou dans des cas limités, peuvent s’altérer, les muettes ne se liant qu’avec le son de la forte, p, k, t, tandis que les spirantes ne se lient en principe qu’avec le son de la douce, v et z[906].