Pour appliquer ce système de classification, dont nous venons de tracer les grandes lignes, prenons l'exemple qui nous a déjà servi à propos du catalogue alphabétique, soit un exemplaire de l'Histoire de Paris de Dulaure, dont il s'agit de déterminer la cote du catalogue méthodique.
Nous cherchons dans la classe U. HISTOIRE; nous nous arrêtons à V. Histoire moderne, puis à 1. Histoire de France, ensuite à O. Histoire particulière des anciennes provinces et des villes de France, et enfin à a. Paris,—a en italique, mais que, pour plus de régularité et de commodité, nous écrirons, avons-nous dit[513], en caractère romain: a. La fiche de cette Histoire de Paris portera donc les mentions suivantes: U V 1 O a.
L'ouvrage (nom de l'auteur, titre, etc.) étant inscrit sur le ou les registres d'entrée, comme il a été spécifié à propos du catalogue alphabétique[514], nous l'inscrivons sur le registre du catalogue méthodique affecté à l'Histoire de Paris. Théoriquement, chaque subdivision des cinq grandes classes (A, E, I, O, U), que cette subdivision soit marquée par un chiffre romain, un chiffre arabe, une lettre majuscule ou une minuscule (U—V 1 O a), devrait avoir son registre ou cahier spécial, aussi bien que sa section distincte dans la boîte à fiches du catalogue méthodique[515]; mais on se rend bien compte que nombre de ces sections se réduiraient parfois à très peu de chose, sinon à rien, et que, pour la plupart des cas, même dans une bibliothèque importante, il est plus pratique et plus simple de s'arrêter, sinon à la première, du moins à la deuxième ou à la troisième subdivision[516], de réunir, par exemple, dans un même registre l'Histoire de Paris (U V 1 O a) à l'Histoire particulière des anciennes provinces et des villes de France (U V 1 O), confondre même ces deux rubriques dans l'Histoire de France (U V 1).
En supposant donc que l'ouvrage en question, cet exemplaire de l'Histoire de Paris de Dulaure, soit le soixante-deuxième inscrit sur le registre ou cahier du catalogue méthodique affecté à la subdivision a, nous aurons pour la cote:
U V 1 O a
No 62
S'agit-il de cataloguer le Théâtre de Racine? Nous prenons la classe O. BELLES-LETTRES, puis la division Poésie et son appendice III*. Poésie dramatique, et nous nous arrêtons à 5. Poètes dramatiques français. Nous inscrivons l'ouvrage sur le registre ou cahier du catalogue méthodique affecté à cette série, et, en supposant qu'il y reçoive le numéro 820, nous avons la cote:
O III* 5
No 820
Très fréquemment, il arrive que le même ouvrage peut être classé à plusieurs endroits, c'est-à-dire qu'il traite de matières différentes et intéresse plusieurs branches des connaissances humaines. Dans ce cas, on le catalogue dans la section (division, subdivision, sous-subdivision, etc.), qui paraît la plus directement intéressée, et l'on place dans les autres des fiches de renvoi. Ainsi, et selon la remarque de J.-Ch. Brunet lui-même[517], «les ouvrages sur le Mariage se placent dans neuf classes différentes, selon le point de vue sous lequel le sujet est traité. Le mariage, considéré comme sacrement, appartient à la Théologie et au Droit canonique;—comme acte civil, et pour ce qui regarde les droits réciproques des époux, au Code civil;—quant aux infractions qui y sont faites, au Code pénal;—considéré dans les devoirs des époux, à la Morale ou à l'Économie;—dans ses rapports avec la population, à l'Économie politique;—sous le rapport médical, à la Médecine;—comme appartenant aux mœurs et aux usages des anciens, aux Antiquités;—enfin, envisagé du côté plaisant, aux Facéties.»
Quant aux polygraphes (Voltaire, Diderot, Jean-Jacques Rousseau, etc.), nous avons vu qu'ils forment une subdivision spéciale de la classification de Brunet (O VIII). La Bibliothèque nationale, comme nous le constaterons tout à l'heure, les classe aussi sous une même rubrique (Z).
Il y a des titres trompeurs, qui peuvent être différemment interprétés ou ne répondent nullement au contenu des ouvrages. Ainsi il ne faudrait pas classer le Jardin des racines grecques de Lancelot dans l'Horticulture, ni dans la Pathologie le Traité des fluxions (mathématiques) du géomètre écossais Mac-Laurin[518]; ni dans la Théologie les Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte, comme l'a fait jadis un libraire, aussi ignorant qu'irrévérencieux, chargé d'inventorier la bibliothèque de Lamennais[519]; ni dans la Géographie les Voyages littéraires sur les quais de Paris de Fontaine de Resbecq; etc.
Les systèmes de classification bibliographique abondent. Étroitement rattachés qu'ils sont à l'inventaire général et à la méthodique coordination des connaissances humaines, il faudrait, pour en faire une étude complète, remonter jusqu'à Aristote, l'encyclopédie vivante de l'antiquité; rappeler le Novum Organum du chancelier Bacon, et son mode de dénombrement et de classement de nos connaissances suivant ces trois facultés: 1o Mémoire (Histoire, etc.); 2o Raison (Philosophie, Mathématiques, etc.); 3o Imagination (Poésie, Beaux-Arts, etc.), que d'Alembert a repris et si brillamment développé dans son Discours préliminaire de l'Encyclopédie. Il faudrait ne pas omettre surtout les lois promulguées de nos jours par Auguste Comte: loi d'évolution ou loi des trois états: état théologique ou fictif, état métaphysique ou abstrait, état positif ou scientifique; ni sa classification des sciences: mathématiques, astronomie, physique, chimie, biologie ou science des corps vivants, et sociologie ou science des sociétés[520].
En nous en tenant strictement aux bibliographes, il faudrait citer, outre les premiers classements et les essais dont nous avons parlé, qui ont inspiré, voire enfanté, la classification de Brunet, le système de Parent aîné[521], celui du marquis de Fortia d'Urban[522], de l'Anglais Bentham[523], qui avait si joliment imaginé de classer les livres d'après le bien-être qu'ils peuvent procurer, du bibliothécaire belge Namur[524], d'Aimé-Martin[525], de l'abbé Girard, de Peignot, Camus, Ameilhon, Massol, Coste[526], etc. En insérant celui de Brunet, le plus réputé et le plus usité de tous, nous avons voulu donner une idée type de ces méthodes. Nous allons en passer rapidement en revue quelques autres, des plus caractéristiques et des plus importantes.
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE.
M. Léopold Delisle, administrateur général de la Bibliothèque nationale, trace en ces termes l'exposé du classement des livres de cet établissement[527]:
«Les livres imprimés de la Bibliothèque nationale sont répartis en trente grandes divisions, dont chacune a pour marque caractéristique une grande lettre de l'alphabet, accompagnée ou non d'une étoile, d'un chiffre ou d'une minuscule. En voici le tableau:
BIBLIOTHÈQUE DE L'UNIVERSITÉ DE FRANCE.
(Sorbonne[528].)
Cadre de classement.
| B. Bibliographie. | |
| B. G. | Bibliographie générale. |
| B. S. b. | Bibliographie spéciale (bibliothèques). |
| B. S. r. | Bibliographie spéciale (répertoires). |
| B. S. a. | Bibliographie spéciale (amateurs). |
| T. Théologie. | |
| T. E. | Théologie. Écriture. |
| T. E. t. | Textes. |
| T. E. v. | Versions. |
| T. E. e. | Exégèse. |
| T. E. e. a. | Exégèse de l'Ancien Testament. |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . | |
| T. L. | Liturgie. |
| T. L. g. | Liturgie générale. |
| T. L. p. | Liturgie particulière. |
| T. C. | Conciles. |
| T. S. | Saints Pères. |
| T. T. | Théologiens. |
| T. P. | Polémique. |
| T. H. | Histoire ecclésiastique. |
| T. D. | Droit canon. |
| S. Sciences. | |
| S. D. | Dictionnaires. Encyclopédies. |
| S. P. | Sciences philosophiques. |
| S. G. | Sciences politiques et gouvernementales. |
| S. N. | Sciences naturelles. |
| S. M. | Sciences médicales. |
| S. O. | Sciences occultes. |
| S. Φ. | Sciences physiques. |
| S. X. | Mathématiques pures et appliquées. |
| S. A. | Beaux-Arts. |
| S. I. | Arts industriels. |
| S. J. | Journaux scientifiques. |
| L. Littérature. | |
| L. P. | Philologie. |
| L. P. c. | Philologie générale et composée. |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | |
| L. H. | Histoire littéraire. |
| L. D. | Traités didactiques. |
| L. M. | Littérature du moyen âge. |
| L. G. | Littérature grecque. |
| L. L. | Littérature latine. |
| L. L′. | Littérature latine moderne. |
| L. F. | Littérature française. |
| L. E. | Littérature étrangère. |
| H. Histoire. | |
| H. U. | Histoire universelle. |
| H. U. i. | Introduction. |
| H. U. c. | Chronologie. |
| H. U. h. | Histoire générale. |
| H. A. | Histoire ancienne. |
| H. A. g. | Histoire générale de l'antiquité. |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | |
| H. M. | Histoire moderne de l'Europe (France exceptée). |
| H. F. | Histoire de France. |
| H. F. c. | Collections. |
| H. F. g. | Histoire générale. |
| H. F. o. | Origines, Mérovingiens, Carolingiens. |
| H. F. ca. | Premiers Capétiens, premiers Valois. |
| H. F. v. | Deuxièmes Valois. |
| H. F. b. | Bourbons. |
| H. F. r. | Révolution. |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | |
| H. V. | Géographie et voyages. |
| H. V. a. | Atlas. |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | |
| H. L. | Législation. |
| H. R. | Archéologie. |
| H. J. | Journaux et recueils littéraires historiques. |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | |
| M. | Musique (Partitions). |
| U. | Universités françaises. |
| I. Incunables. | |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | |
| M. S. Manuscrits. | |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | |
| R. Réserve. | |
BIBLIOTHÈQUE DE LA VILLE DE PARIS[529].
(Musée Carnavalet.)
Histoire de Paris.
Tableaux des divisions
| SECTIONS | I.—Bibliographie. | SÉRIES |
|---|---|---|
| A. | Bibliographie de Paris. Études bibliographiques intéressant l'histoire de Paris. | 1 |
| B. | Catalogues de bibliothèques riches en histoire de Paris. | 2 |
| II.—Histoire physique et naturelle. | ||
| A. | Météorologie parisienne, faune, botanique et horticulture, paléontologie, géologie. | 3 |
| Appendice: carrières sous Paris, catacombes. | 4 | |
| B. | Hydrographie. | |
| Eaux naturelles.—La Seine, la Bièvre, inondations, puits et sources, eaux de Passy.—Appendice: ports et navigation. | 5 | |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | ||
| C. | Population, statistique. | 8 |
| III.—Histoire Générale. | ||
| A. | Histoire de Paris formant corps d'ouvrage et généralités. | 9 |
| B. | Descriptions et guides cicerones. | 10 |
| C. | Histoire particulière des quartiers de Paris. | 11 |
| IV.—Topographie. | ||
| A. | Généralités.—Plans et enceintes. | |
| Généralités. Études sur la topographie de Paris. | 31 | |
| Plans par ordre chronologique | 32 | |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | ||
| V.—Monuments et Architecture. | ||
| A. | Monuments publics. | |
| Les monuments de Paris en général, inscriptions | 42 | |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | ||
| VI.—Histoire religieuse. | ||
| A. | Généralités. | |
| Liturgie parisienne, officialité, administration ecclésiastique, anciens sermonnaires intéressant l'histoire des mœurs | 50 | |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | ||
| VII.—Histoire des Lettres, Sciences et Arts à Paris. | ||
| A. | Instruction publique. | |
| Généralités | 56 | |
| Ancienne Université de Paris et ses collèges. | 57 | |
| VIII.—Histoire des mœurs et coutumes. | ||
| A. | Généralités. | |
| Histoire générale des mœurs et coutumes des Français | 73 | |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | ||
| IX.—Fêtes et Divertissements. | ||
| A. | Fêtes officielles, etc. | 88 |
| B. | Théâtre. | |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | ||
| X.—Histoire civile et administrative. | ||
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | ||
| XI.—Police et Histoire judiciaire. | ||
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | ||
| XII.—Environs de Paris. | ||
| A. | Environs de Paris en général.—Cartes et vues | 158 |
| Histoire, dictionnaires et documents divers. | 159 | |
| B. | Histoire particulière des villes; villages et châteaux | 160 |
| . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . | ||
Un des meilleurs systèmes de classement, surtout pour une collection de petite ou de moyenne étendue, comprenant des ouvrages de toute sorte, est celui qu'indique M. Léopold Delisle, et qu'il recommande comme «un cadre dans lequel trouveraient aisément place tous les ouvrages dont se composent la plupart de nos bibliothèques municipales[530]».
Ici, comme précédemment, les diverses matières sont désignées chacune par une lettre majuscule:
Les subdivisions, dont le nombre peut s'étendre à volonté, seront marquées par des lettres minuscules, placées à la suite de la majuscule annonçant la division. Exemple:
En reprenant ici notre exemple, la cote à donner à l'Histoire de Paris de Dulaure, nous aurions, avec ce mode de classement:
Qe
No 62
Et si la subdivision Qe. Histoire provinciale et locale était, à son tour, comme la subdivision correspondante de Brunet, sectionnée en:
nous aurions pour la susdite cote:
Qea
No 62
On voit, d'après ce qui précède, combien les classifications bibliographiques offrent de divergences et de latitude. Chaque bibliothèque spéciale donne tout naturellement et forcément à sa spécialité, à ce qui la préoccupe le plus, une place à part et la plus grande place; elle attribue à cette spécialité des divisions distinctes, accompagnées de nombreuses subdivisions et sous-subdivisions. Ainsi la bibliothèque de l'administration des postes et des télégraphes, organisée en 1878 par M. Ernest Jacquez, porte en tête de son catalogue l'électricité et le magnétisme; puis viennent les sciences physiques, chimiques, naturelles, mathématiques, philosophiques, etc., et, dans deux sections particulières et parallèles, les ouvrages exclusivement consacrés à la télégraphie et aux postes, avec ces numéros et lettres d'ordre:
Et comme subdivisions:
On peut consulter encore sur ces arides questions de classification la table systématique de la Bibliographie de la France, Journal général de l'imprimerie et de la librairie; celle du Catalogue général de la librairie française, de Lorenz; du Polybiblion, Revue bibliographique mensuelle; ainsi que les nombreux cadres de classement des bibliothèques et publications étrangères; et l'on se convaincra de plus en plus qu'il n'y a pas de système bibliographique absolu et infaillible, pouvant également convenir à tout le monde et sur lequel tout le monde soit d'accord[531]; on reconnaîtra de plus en plus la justesse de la remarque de J.-Ch. Brunet, qu'«il est naturel que chaque possesseur de livres classe sa bibliothèque selon la nature de ses études, selon ses propres opinions, et qu'au besoin il rattache à sa spécialité tout ce qui, de près ou de loin, semble s'y rattacher[532].»
Faisant abstraction de toutes ces complexes et interminables divisions et subdivisions encyclopédiques, des bibliographes des États-Unis ont conseillé d'inscrire simplement sous les mots du dictionnaire la liste des ouvrages qui se rapportent à ces mots. Au mot Ame, par exemple, vous trouvez les titres des ouvrages qui traitent de l'âme; au mot Argent, ceux qui traitent de l'argent; à Astronomie, ceux qui traitent de cette science; etc. Pour remédier aux difficultés du classement, ils l'ont tout bonnement supprimé[533].
Mais, comme un lien existe entre toutes les branches du savoir humain, et qu'on a besoin de saisir ce lien, de tenir ce fil pour se guider à travers ce lacis de ramifications, et se reporter d'une science à une autre, les Américains ne se sont pas arrêtés à leur Dictionary-Catalogue, ils ont cherché un système qui pût embrasser toutes les questions, même les plus menues, s'étendre à l'infini, et aussi qui fût indépendant des pays et des langues, et susceptible d'être rapidement sinon instantanément compris de tous les bibliographes, de tout le monde.
La Classification décimale, imaginée par M. Melvil Dewey, directeur de la Bibliothèque de l'État de New-York et président de l'Association des bibliothécaires américains, a fait grand bruit il y a quelques années, et elle semblait pouvoir remplir ces desiderata. Au mois de septembre 1895, une Conférence bibliographique internationale s'est tenue à Bruxelles, sous le patronage du gouvernement belge; elle a décidé la création d'un Institut international de bibliographie, et provoqué la formation d'un Office international, subventionné par les gouvernements, «pour préparer un Répertoire bibliographique universel et assigner aux publications faites dans les divers États la cote de classement que devra recevoir chacune d'elles et qui sera apposée sur les exemplaires de toutes les bibliothèques affiliées à l'Office international[534]». D'autres conférences analogues eurent lieu à Londres en 1896, et à Bruxelles en 1898; mais il paraît que plus d'un désaccord s'est produit entre les promoteurs de ce mouvement; on n'a pas su maintenir aux chiffres des cotes une signification invariable et certaine, et il en est naturellement résulté une paralysante confusion[535].
Néanmoins, l'Office et l'Institut international de bibliographie, fondés à Bruxelles en 1895 pour propager la «géniale invention[536]» de M. Melvil Dewey, subsistent toujours, et c'est à une publication de cet office[537] que nous empruntons la plupart des détails suivants.
M. Melvil Dewey répartit l'ensemble des connaissances humaines en neuf classes principales, numérotées chacune par un chiffre, de 1 à 9. Les encyclopédies, les périodiques et les ouvrages d'un caractère général et qui n'appartiennent à aucune de ces classes sont désignés par un zéro et forment une classe à part, une classe préalable, dite des «Ouvrages généraux» ou «Généralités». On a ainsi:
Chacune de ces dix grandes classes est partagée en dix subdivisions, ayant chacune pour indice ou symbole le chiffre de la classe à laquelle elle appartient, suivi d'un autre chiffre variant encore de 0 à 9. Voici la liste de ces (10 × 10) subdivisions:
0 Ouvrages généraux.
1 Philosophie.
2 Religion. Théologie.
3 Sciences sociales et Droit.
4 Philologie. Linguistique.
5 Sciences mathématiques et naturelles.
6 Sciences appliquées. Technologie.
7 Beaux-Arts.
8 Littérature.
9 Histoire et Géographie.
Ces cent premières subdivisions (de 00 à 99) forment à leur tour chacune dix deuxièmes subdivisions, fractionnées elles-mêmes chacune en dix troisièmes subdivisions, etc., toutes numérotées, d'après le même principe, de 0 à 9. On obtient ainsi des nombres de trois, quatre, cinq… chiffres. Afin d'accentuer l'intelligibilité «des nombres un peu longs», il est d'usage d'y intercaler un point, ordinairement après le troisième chiffre. Ce point, bien entendu, «n'a rien de décimal»[542].
Prenons, par exemple, la subdivision 33 Économie politique, nous aurons comme deuxièmes subdivisions[543]:
Puis, en agissant de même sur une quelconque de ces deuxièmes subdivisions, 331 Capital, main-d'œuvre et salaires, je suppose, nous aurons:
Comme on le voit, il n'est pas toujours nécessaire d'épuiser les dix chiffres pour une subdivision; ici, nous nous arrêtons au 8. On laisse ainsi des cases vacantes, qui pourront être utilisées plus tard. On remarquera aussi, dans ce dernier tableau, deux exemples de renvois à d'autres catégories, «renvois fort utiles, ajoute M. Ed. Sauvage[544], car il arrive fréquemment que la limite entre deux sujets appartenant à des divisions différentes ne peut être tracée avec précision».
Prenons encore une de ces catégories, la sous-subdivision 331.8 Classes ouvrières. Elle se subdivisera à son tour comme il suit:
Le principe sur lequel repose ce système de classification est, sans conteste, des plus ingénieux: les nombres classificateurs définissent entièrement la division à laquelle ils s'appliquent. C'est ainsi que dans la dernière cote que nous venons de citer, dans ce nombre 331.89, attribué aux travaux traitant des grèves, nous voyons d'abord le 3, qui indique les Sciences sociales; ce 3 suivi d'un autre 3, 33, désigne l'Économie politique; 331, le Capital et la main-d'œuvre; 331.8, les Classes ouvrières; enfin la question particulière considérée, les Grèves, est définie par l'addition du 9 final[545].
Quant aux fiches rédigées selon les règles de la classification décimale, le type adopté par l'Office et l'Institut international de Bruxelles est «la fiche blanche de 125 × 75 millimètres, posée en largeur et perforée à la base, pour en faciliter la conservation dans des tiroirs à tringles mobiles[546]». Contrairement, en effet, à l'usage, généralement suivi, d'écrire sur les fiches dans le sens de la hauteur, dans la partie moins large, c'est dans le sens de la largeur que l'Office et l'Institut international conseillent de transcrire les mentions. Voici, réduit des deux tiers environ, un spécimen d'une de ces fiches[547]. Le cercle tracé dans la partie inférieure indique le trou par où passe la tringle dans laquelle sont enfilées toutes les fiches. Inutile de faire observer que ce système, où, pour retirer ou intercaler une fiche, il faut enlever toutes les autres, est inférieur au système Bonnange, précédemment décrit[548].
MARTEL (Jules). 537 1896. Traité d'électricité, par J. Martel, professeur à la Faculté des Sciences de Lyon. Paris, Gauthier-Villars et fils, 1896, in-8 raisin (0,17 × 0,26), XI-326 p., 6 francs.
Le chiffre 537 indique la cote du livre, la subdivision Électricité (5, Sciences mathématiques et naturelles; 53, Physique; 537, Électricité), et l'on remarquera que le format de l'ouvrage n'est pas seulement désigné par la mention in-8 raisin, mais par la mesure métrique entre parenthèses (0,17 × 0,26)[549].
Des fiches divisionnaires de couleur, un peu plus hautes que les fiches blanches, des vedettes, portant en tête les nombres de chaque classe ainsi que leur traduction en mots, séparent les fiches bibliographiques appartenant à des divisions différentes.
L'Office et l'Institut international de Bruxelles ont émis le vœu,—exprimé déjà en 1879 par le bibliographe allemand Burchard,—que les éditeurs voulussent bien joindre désormais à leurs livres nouveaux des fiches bibliographiques toutes préparées et rédigées selon le modèle adopté, les unes pour les répertoires d'auteurs (catalogues alphabétiques), les autres pour les répertoires de matières (catalogues méthodiques). Ces fiches pourraient être imprimées sur papier très fin, et les bibliothécaires et bibliophiles n'auraient qu'à les coller sur leurs fiches blanches ordinaires de carton mince. Par ce moyen, non seulement on simplifierait beaucoup, et autant dire sans aucuns frais, les opérations de catalogage, mais on aurait cet immense avantage d'avoir partout des fiches uniformément établies. Jusqu'ici, malheureusement, ce vœu n'est guère sorti du domaine théorique, et il n'est encore qu'un pur projet[550].