furent retirées, le sursaut s’accoisa, je fus chaque jour moins resserré, je trouvai des amis pour me visiter et l’on en vint à découvrir que la provocation, dès le principe, était extrême et le péril et la nécessité urgents.
Sur ces entrefaites, un jour, mon ami don Juan de Silva, Alferez en activité, me vint voir et me dit qu’il avait eu des mots avec don Francisco de Rojas, de l’habit de Saint-Jacques, qu’il l’avait défié pour cette nuit même, à onze heures, chacun menant un ami, et qu’il n’avait personne autre que moi qui lui pût servir de second. J’hésitai un peu, craignant quelque coup monté pour me prendre. Lui, qui s’en aperçut, me dit:—Si ça ne vous va pas, rien de fait: j’irai seul, car je ne fierai mon flanc à nul autre.—Y pensez-vous? répondis-je, et j’acceptai.
Au coup de cloche de l’oracion, je sortis du couvent et allai à sa maison. Nous soupâmes et devisâmes jusqu’à dix heures. En les entendant sonner, nous prîmes les épées et les capes et gagnâmes vitement le lieu fixé. L’obscurité était si profonde qu’on ne se voyait pas les mains, ce que remarquant, je convins avec mon ami, pour nous reconnaître au besoin, de nous attacher chacun le mouchoir au bras.
Les deux autres survinrent, et l’un, que je reconnus à la voix pour don Francisco de Rojas, dit:—Don Juan de Silva?—Je suis là, répondit don Juan. Ils mirent la main aux épées et se chargèrent. Moi et l’autre nous ne bougions. Ils ferraillèrent, et bientôt je sentis que mon ami avait tâté de la pointe. Je me rangeai incontinent à son côté et l’autre auprès de don Francisco. Nous tirâmes deux à deux. Peu après, don Francisco et don Juan tombèrent. Moi et mon adversaire, nous continuâmes à nous battre, et je lui entrai le fer, suivant qu’il parut, au-dessous du téton gauche, lui perçant, à ce que je sentis, un double collet de buffle. Il tomba.—Ah! traître, cria-t-il, tu m’as tué! Je crus reconnaître la voix de celui que je ne voyais pas et lui demandai qui il était.—Le capitaine Miguel de Erauso, dit-il. Je demeurai éperdu. Il criait:—Confession! et les autres aussi. Je courus à San Francisco et dépêchai deux moines, qui les confessèrent tous. Les deux premiers expirèrent aussitôt. Mon frère fut porté chez le Gouverneur dont il était secrétaire de guerre. Médecin et chirurgien le vinrent panser et firent tout le possible. L’enquête fut ouverte. On lui demanda le nom du meurtrier. Il réclamait à toute force un peu de vin. Le docteur Robledo ne voulait pas, disant que cela lui ferait mal. Il insista. Le docteur refusa. Il dit alors:—Votre Grâce est avec moi plus cruelle que l’Alferez Diaz! Un instant après, il expira.
Là-dessus, le Gouverneur cerna le couvent et s’y jeta avec sa garde. Les moines et leur Provincial Fray Francisco de Otalora, lequel vit aujourd’hui à Lima, résistèrent. Le débat fut âpre, au point que des moines résolus dirent au Gouverneur de prendre bien garde que s’il entrait céans, il ne sortirait plus. Sur ce, il se modéra et rebroussa, laissant les gardes. Mort, ledit capitaine Miguel de Erauso fut enterré dans le même couvent de San Francisco. Du chœur, je le vis, Dieu sait avec quelle angoisse!
Je restai là huit mois, entre temps que se poursuivait le procès de rébellion, l’affaire ne me permettant pas de paraître. Grâce à l’assistance de don Juan Ponce de Leon qui me fournit cheval, armes et viatique, je trouvai moyen de sortir de la Concepcion et partis vers Valdivia et Tucaman.
JE commençai à cheminer tout le long de la côte de la mer, endurant rudes fatigues et soif, car nulle part je ne trouvai d’eau. En route, je fis rencontre de deux autres soldats fugitifs, et tous trois nous suivîmes notre chemin, résolus à mourir avant que de nous laisser prendre. Nous avions nos chevaux, des armes blanches et à feu, et la haute providence de Dieu. Nous suivîmes le haut de la Cordillère, sans trouver durant ces trente lieues de montée, non plus qu’en trois cents autres que nous fîmes, une bouchée de pain. L’eau était rare. Rien que des herbes, de petits animaux et quelques racines pour nous sustenter. De loin en loin, un Indien qui fuyait. Il nous fallut tuer un de nos chevaux pour en faire sécher la viande; il n’avait que les os et la peau. Ainsi cheminant, peu à peu, nous en fîmes autant des autres, restant à pied et sans nous pouvoir tenir. Nous entrâmes en une terre si froide que nous gelions. Nous rencontrâmes deux hommes adossés contre une roche. Tout réjouis, nous allâmes à eux, les saluant de loin et leur demandant ce qu’ils faisaient là. Ils ne répondirent pas. Nous approchâmes. Ils étaient morts, gelés, la bouche ouverte, comme s’ils riaient. Cela nous fit peur.
Nous passâmes outre et, la dernière nuit, en nous étendant sur la pierre dure, l’un de nous, n’en pouvant plus, trépassa. Nous n’étions plus que deux. Nous continuâmes. Le lendemain, vers quatre heures de l’après-midi, mon compagnon, ne pouvant plus marcher, se laissa choir en pleurant et expira. Je lui trouvai dans la poche huit pesos et poursuivis mon chemin, à l’aventure, chargé de l’arquebuse et du morceau de viande sèche qui me restait. On voit mon affliction. J’étais lasse, sans chaussures, les pieds ensanglantés. Je m’appuyai contre un arbre, je pleurai (je pense que ce fut la première fois), et je dis le rosaire, me recommandant à la Très-Sainte Vierge et au glorieux Saint Joseph, son époux. Je me reposai un peu et, me relevant, me remis en marche. Il me sembla reconnaître à l’air plus tiède que j’étais sortie du royaume de Chili et entrée dans celui de Tucaman.
Je marchai encore. Le lendemain j’étais à terre, harassée de fatigue et de faim,
lorsque je vis venir deux hommes à cheval. Je ne sus si je devais m’affliger ou me réjouir, ne sachant si c’étaient Indiens cannibales ou pacifiques. J’armai mon arquebuse sans pouvoir la lever. Ils approchèrent et me demandèrent où j’allais par là, si isolé. Je reconnus des chrétiens et vis le ciel ouvert. Je leur dis que j’étais égaré je ne savais où, rendu et mort de faim, et sans forces pour me lever. Ils eurent pitié, mirent pied à terre, me donnèrent à manger de ce qu’ils avaient, me montèrent sur un cheval et me menèrent à une ferme, à trois lieues de là, où, dirent-ils, était leur maîtresse. Nous y arrivâmes vers les cinq heures du soir.
La dame était une métisse fille d’Espagnol et d’Indienne, veuve, bonne femme, qui me voyant et apprenant mon désarroi et ma détresse, s’apitoya et m’accueillit bien. Toute compatissante, elle me fit aussitôt coucher dans un bon lit, me servit un bon souper et me laissa reposer et dormir, ce qui me restaura. Le lendemain matin, elle me fit bien déjeuner et, me voyant totalement dépourvu, me donna un bon habit de drap. Elle continua à me traiter de son mieux et à me régaler à merveille. Elle était bien à son aise et avait force bêtes et troupeaux. Et comme peu d’Espagnols viennent aborder là, elle eut, paraît-il, envie de moi pour sa fille.
Au bout de huit jours que j’étais là, la bonne femme me dit de rester pour gouverner sa maison. Je me montrai fort touché de la grâce qu’elle me faisait en mon désarroi et m’offris à la servir du mieux que je pourrais. Peu de jours après, elle me donna à entendre qu’elle verrait de bon œil mon mariage avec une fille qu’elle avait, laquelle était très noire et laide comme un diable, fort à l’encontre de mon goût qui a toujours été pour les beaux visages. Je lui témoignai une extrême joie d’un si grand bienfait si peu mérité, me mettant à ses pieds pour qu’elle disposât de moi ainsi que d’une chose à elle, recueillie comme épave. Je la servis donc le mieux que je pus. Elle me vêtit galamment et m’abandonna libéralement sa maison et son bien. Deux mois s’étant passés, nous allâmes à Tucaman afin d’effectuer le mariage. J’y demeurai deux autres mois, différant l’exécution, sous divers prétextes, jusqu’à ce que, n’en pouvant plus, je pris une mule et détalai. Et ils ne m’ont plus vu.
J’eus à Tucaman une autre aventure du même genre. Au cours de ces deux mois que j’y passai amusant mon Indienne, je fis par hasard amitié avec le secrétaire de l’Évêque, lequel me festoya et me mena souvent jouer chez lui. J’y fis connaissance de don Antonio de Cervantes, chanoine de cette église et proviseur dudit Évêque. Lui aussi, s’étant pris de goût pour moi, me pria plusieurs fois à dîner et finalement s’ouvrit à moi, me disant qu’il avait à la maison une nièce, fillette de mon âge, des mieux douées et bien dotée, que je lui avais plu, et qu’il lui semblait bienséant de la fiancer avec moi. Je me montrai fort soumis à son bienveillant vouloir. Je vis la
fille, elle me plut. Elle m’envoya un habit de beau velours, douze chemises, six paires de chausses de toile de Rouen, quelques cols de Hollande, une douzaine de mouchoirs et deux cents pesos dans un bassin, le tout en cadeau et par pure galanterie, sans préjudice de la dot. Je reçus le présent avec plaisir et haute estime et composai la réponse du mieux que je sus, en attendant de lui aller baiser la main et me mettre à ses pieds. Je celai ce que je pus à l’Indienne et, quant au reste, je lui donnai à entendre que ce gentilhomme, mû par son inclination pour moi, avait voulu fêter mon mariage avec sa fille qu’il estimait beaucoup. Les choses en étaient là, quand je doublai le cap et disparus. Je n’ai jamais su ce qu’il était advenu de la négresse et de la nièce du Proviseur.
PARTI de Tucaman, comme j’ai dit, je piquai droit sur le Potosi qui est à quelque cinq cent cinquante lieues de là. Je mis trois mois à les faire, chevauchant par terre froide et presque partout déserte. Je rencontrai bientôt un soldat qui allait du même côté. J’en fus aise, et nous fîmes route ensemble. Peu après, trois hommes, coiffés de monteras et armés d’escopettes, sortirent de huttes sises au bord du chemin et nous demandèrent la bourse. Il n’y eut pas moyen de les en détourner ni de leur persuader que nous n’avions rien à donner. Il nous fallut mettre pied à terre et leur faire tête. Nous nous tirâmes dessus, ils nous manquèrent; deux d’entre eux tombèrent, l’autre s’enfuit. Nous remontâmes à cheval et poursuivîmes notre route.
Finalement, à force de marcher et peiner, nous parvînmes au Potosi après plus de trois mois. Nous y entrâmes sans connaître personne, et chacun tira de son bord pour faire ses diligences. Quant à moi, je fis rencontre de don Juan Lopez de Arquijo, natif de la cité de la Plata dans la province de las Charcas, et m’accommodai avec lui pour camarero, qui est comme qui dirait majordome, avec salaire appointé à neuf cents pesos l’an. Il me confia douze mille moutons de somme du pays et quatre-vingts Indiens, avec lesquels je partis pour las Charcas. Mon maître y alla aussi. A peine arrivés, il eut avec d’aucunes gens des ennuis et débats qui finirent en querelles, prison et saisies, à la suite desquelles je dus prendre mon congé et m’en revenir.
De retour au Potosi, survint la révolte de don Alonzo Ibañez. Le corregidor don Rafael Ortiz, de l’habit de Saint-Jean, rassembla contre les rebelles qui étaient plus de cent, une troupe armée. J’en fus. Nous sortîmes et les rencontrâmes, une nuit, dans la rue de Santo Domingo. Au Corregidor qui leur criait:—Qui vive? ils ne sonnèrent mot et se retiraient. A une deuxième sommation, quelques-uns répondirent:—La liberté! Le Corregidor, avec plusieurs autres, au cri de: Vive le Roi! leur courut sus, nous autres le suivant à balles et taillades. Ils se défendirent. Après les avoir resserrés dans une rue, les prenant à revers, nous les chargeâmes si roidement qu’ils se rendirent. D’aucuns s’échappèrent. Trente-six furent pris et, parmi eux, l’Ibañez. Nous trouvâmes sept des leurs et deux des nôtres morts. Il y eut, des deux côtés, nombre de blessés. Quelques prisonniers furent mis à la torture et confessèrent leur dessein de se soulever avec la ville, cette nuit même. Aussitôt trois compagnies de Biscayens et de gens des montagnes furent levés pour la garde de la cité. Quinze jours après, ils furent tous pendus et la ville demeura tranquille.
Sur ce, à cause de quelque brave action que je dus faire ou que j’avais antérieurement faite, l’office d’adjudant sergent-major me fut octroyé. Je le remplis deux ans durant. Tandis que je servais ainsi au Potosi, le gouverneur don Pedro de Legui, de l’habit de Saint-Jacques, donna l’ordre de lever des gens pour les Chunchos et El Dorado, pays d’Indiens de guerre, à cinq cents lieues du Potosi, terre riche en or et pierreries. Don Bartolomé de Alba était Mestre de Camp. Il fit les préparatifs de l’expédition et, tout étant à point, au bout de vingt jours, nous quittâmes le Potosi.
PARTIS du Potosi vers les Chunchos, nous parvînmes à un village d’Indiens de paix nommé Arzaga, où nous demeurâmes huit jours. Nous prîmes des guides pour la route, ce qui ne nous empêcha pas de nous perdre et de nous voir en grand désarroi sur des roches plates d’où furent précipités cinquante mules chargées de vivres et munitions et douze hommes.
Entrant dans l’intérieur du pays, nous découvrîmes des plaines plantées d’une infinité d’amandiers pareils à ceux d’Espagne, d’oliviers et d’arbres à fruits. Le Gouverneur y voulait faire des semailles pour suppléer à la perte de nos vivres. L’infanterie n’y voulut point entendre, disant que nous n’étions pas venus pour semer, mais pour conquérir et récolter de l’or, et que nous trouverions notre subsistance. Ayant passé outre, le troisième jour, nous découvrîmes une peuplade d’Indiens qui nous reçurent en armes. Nous avançâmes. Sentant l’arquebuse, ils s’enfuirent épouvantés, laissant quelques morts. Nous entrâmes dans le village, sans avoir pu prendre un Indien de qui savoir le chemin.
A la sortie, le mestre de camp don Bartolomé de Alba, fatigué du poids de sa salade, l’ôta pour s’essuyer la sueur. Un endiablé petit gars d’une douzaine d’années, qui s’était perché sur un arbre en face la sortie, lui tira une flèche qui lui entra dans l’œil et le renversa, si grièvement blessé que, le troisième jour, il expira. L’enfant fut mis en pièces.
Entre temps, les Indiens, au nombre de plus de dix mille, avaient réoccupé le village. Nous leur revînmes dessus si furieusement et en fîmes un tel carnage, qu’un ruisseau de sang gros comme une rivière coulait au bas de la place. Nous menâmes la poursuite et tuerie jusqu’au delà du rio Dorado. Là, le Gouverneur commanda la retraite. Nous obéîmes de mauvaise grâce. Quelques-uns avaient recueilli dans les cases de l’endroit plus de soixante mille pesos de poudre d’or. Sur les bords du fleuve, d’autres en trouvèrent quantité et en emplirent leurs chapeaux. Nous apprîmes depuis que les basses eaux en laissent ordinairement plus de trois doigts. C’est pourquoi nous demandâmes au Gouverneur licence de conquérir cette terre et comme, pour raisons à lui, il ne l’octroya pas, plusieurs soldats, entre autres moi, s’échappant nuitamment, prirent le large. Parvenus en terre chrétienne, nous tirâmes chacun de notre bord. Moi, je gagnai Cenhiago et, de là, la province de las Charcas, avec quelques pauvres réaux que, petit à petit et bien vite, je perdis.
JE passai à la cité de la Plata et m’accommodai avec le capitaine don Francisco de Aganumen, Biscayen, très riche mineur, auprès duquel je demeurai quelques jours. Je laissai la place à cause d’un désagrément que j’eus avec un autre Biscayen ami de mon maître. Entre temps que je cherchais un emploi, je me retirai chez une dame veuve nommée doña Catalina de Chaves,
la plus considérable et qualifiée de la ville, à ce qu’on disait. Grâce à un de ses domestiques avec lequel je m’étais lié par hasard, elle me permit, en attendant, de prendre gîte dans sa maison.
Or il advint que le Jeudi Saint, cette dame, allant aux stations, se rencontra à San Francisco avec doña Francisca Marmolejo, femme de don Pedro de Andrade, neveu du comte de Lemos. Pour des questions de préséance, elles se prirent de querelle, et doña Francisca s’outrepassa jusques à frapper de son patin doña Catalina. Là-dessus, grand émoi et attroupement du populaire. Doña Catalina rentra chez elle, où parents et connaissances affluèrent. Le cas y fut férocement agité. L’autre dame demeura dans l’église au milieu de semblable concours des siens, sans oser sortir jusqu’à l’entrée de la nuit que vint don Pedro son mari accompagné de don Rafael Ortiz de Sotomayor, Corregidor (qui est aujourd’hui à Madrid), chevalier de Malte, des Alcaldes Ordinaires et de sergents, avec des torches allumées pour la reconduire chez elle.
En suivant la rue qui va de San Francisco à la place, on entendit un bruit de rixe et de couteaux. Corregidors, Alcaldes et sergents y allèrent, laissant la dame seule avec son mari. Au même temps, un Indien passa en courant et, au passage, lança à Madame doña Francisca Marmolejo un coup de couteau ou de rasoir à travers le visage, le lui coupa de part en part et continua sa course. Le coup fut si soudain que son mari don Pedro ne s’en aperçut pas tout d’abord. Mais bientôt le tumulte fut extrême. Vacarme, confusion, rassemblement, nouveaux coups de couteau, arrestations, le tout sans s’entendre.
Entre temps, l’Indien alla à la maison de Madame doña Catalina et, en entrant, dit à Sa Grâce:—C’est fait.
L’inquiétude grossissait avec la crainte de plus grands malheurs. Il dut résulter quelque chose des diligences qui furent faites, car le troisième jour le Corregidor entra chez doña Catalina, qu’il trouva assise sur son estrade. Il reçut son serment et s’informa si elle savait qui avait coupé la figure à doña Francisca Marmolejo. Elle répondit que oui. Il lui demanda qui c’était:—Un rasoir et cette main, repartit elle. Là-dessus, il sortit, lui laissant des gardes.
Il interrogea un à un les gens de la maison et en vint à un Indien auquel il fit peur du chevalet. Le lâche déclara qu’il m’avait vu sortir sous un habit et perruque d’Indien que m’avait donnés sa maîtresse, que Francisco Ciguren, barbier Biscayen, avait fourni le rasoir et qu’il m’avait vu rentrer et entendu dire:—C’est fait. Le Corregidor prit acte, m’arrêta, moi et le barbier, nous chargea de fers, nous sépara et nous mit au secret. Quelques jours passèrent ainsi. Une nuit, un Alcalde de la Royale Audience qui avait pris la cause en main et avait, je ne sais pourquoi, arrêté des sergents, entra dans la prison et fit donner la question au barbier, qui avoua aussitôt son cas et le fait d’autrui. Après quoi, ce fut mon tour. L’Alcalde reçut ma déclaration. J’affirmai énergiquement ne rien savoir. Il passa outre et me fit dépouiller et mettre sur le chevalet. Un procureur entra, alléguant que j’étais Biscayen et qu’il n’était loisible de me bailler la torture, pour cause de privilège de noblesse. L’Alcalde n’en fit cas et poursuivit. On commença de serrer les vis. Je demeurai ferme comme un chêne. L’interrogatoire et les tours de vis continuaient, lorsqu’on lui fit tenir un papier, à ce que je sus depuis, de doña Catalina de Chaves. On le lui mit dans la main, il l’ouvrit, lut, demeura, un moment, immobile, à me regarder et dit:—Qu’on ôte ce garçon de là. On me retira du chevalet, on me réintégra dans ma prison; et il s’en retourna chez lui.
Le procès se suivit, je ne saurais dire comme, tant et si bien que j’en sortis condamné à dix ans de Chili sans solde, et le barbier à deux cents coups de fouet et six ans de galères. Nous en appelâmes, à grand renfort de sollicitations de compatriotes. L’affaire suivit son cours, je ne sais trop comment. Bref, un beau jour, sentence fut rendue en la Royale Audience, par laquelle j’étais acquitté et Madame doña Francisca condamnée aux dépens. Le barbier s’en tira aussi. De tels miracles sont fréquents en semblables conflits, surtout aux Indes, grâce à la belle industrie.
QUITTE de cette angoisse, je ne pus faire moins que de m’absenter de la Plata. Je passai à las Charcas, à seize lieues de là. J’y retrouvai le déjà nommé don Juan Lopez de Arquijo, qui me confia dix mille têtes de moutons du pays avec cent et quelques Indiens et me remit une grosse somme de deniers pour aller, aux plaines de Cochabamba, acheter du blé et, après
l’avoir fait moudre, le vendre au Potosi où il y avait disette. J’y fus, achetai huit mille fanègues à quatre pesos, les chargeai sur les moutons, me rendis aux moulins de Guilcomayo, en fis moudre trois mille cinq cents et, les ayant portées au Potosi, les vendis de prime abord aux boulangers du lieu à quinze pesos et demi. Puis je retournai aux moulins, où je trouvai partie du reste moulu et des acheteurs auxquels je vendis le tout à dix pesos. Après quoi, je revins à las Charcas, avec l’argent comptant, vers mon maître qui, vu le bon profit, me renvoya à Cochabamba.
Entre temps, un dimanche, à las Charcas, n’ayant que faire, j’entrai jouer chez don Antonio Calderon, neveu de l’Évêque. Il y avait là le Proviseur, l’Archidiacre et un marchand de Séville marié dans le pays. Je m’assis au jeu avec le marchand. La partie s’engagea. Sur un coup, le marchand, déjà piqué, dit:—Je fais.—Combien faites-vous?—Je fais, redit-il.—Combien faites-vous? répétai-je. Il frappa sur la table avec un doublon, en criant:—Je fais une corne!—Je tiens, répliquai-je, et je double pour celle qui vous reste. Il jeta les cartes et tira sa dague. Moi, la mienne. Les assistants se jetèrent sur nous et nous séparèrent. On changea d’entretien. A la nuit close, je sortis pour rentrer chez moi. A quelques pas, au coin d’une rue, je tombe sur mon homme. Il tire son épée et marche sur moi. Je dégaîne, nous nous chargeons. Après avoir quelque peu ferraillé, je lui poussai une botte. Il tomba. On vint au bruit, la Justice accourut et me voulut prendre; je résistai, reçus des blessures et, battant en retraite, me réfugiai dans la cathédrale. Je m’y tins quelques jours, averti par mon maître de me garder. Enfin, une belle nuit, toutes précautions prises, je partis pour Piscobamba.
ARRIVÉ à Piscobamba, je me retirai chez un ami, Juan Torrizo de Zaragoza, où je demeurai quelques jours. Une nuit, tout en soupant, on organisa une partie avec quelques amis qui étaient entrés. Je m’assis en face d’un Portugais, Fernando de Acosta, fort ponte. Son enjeu était de quatorze pesos par pinta. Je lui tirai seize pintas. En les voyant, il se donna un soufflet au visage, s’exclamant:—Le diable incarné m’assiste!—Jusqu’à présent, qu’a donc perdu Votre Grâce pour perdre ainsi le sens? lui dis-je. Il allongea les mains à me toucher le menton et cria:—J’ai perdu les cornes de mon père! Je lui jetai les cartes au nez et tirai mon épée. Lui, la sienne. Les assistants s’entremirent et nous retinrent. Tout s’arrangea, on plaisanta et rit des piques du jeu. Il paya et s’en alla, en apparence bien tranquille.
A trois nuits de là, rentrant à la maison, vers les onze heures, j’entrevis un homme posté au coin d’une rue. Je mis la cape de biais, dégaînai et m’avançai. En approchant, il se jeta sur moi, me chargeant et criant:—Gueux de cornard! Je le reconnus à la voix. Nous ferraillâmes. Presque aussitôt, je lui donnai de la pointe et il tomba mort.
Je restai un moment, songeant à ce que je ferais. Je regardai de tous côtés et ne vis personne. J’allai chez mon ami Zaragoza et me couchai sans mot dire. Dès le matin, le corregidor don Pedro de Meneses me vint faire lever et m’emmena. J’entrai à la prison et on me mit aux fers. Au bout d’une heure environ, le Corregidor revint avec un greffier et reçut ma déclaration. J’affirmai ne rien savoir. On passa aux aveux. Je niai. L’acte d’accusation fut dressé, je fus admis à la preuve. Je la fis. La publication faite, je vis des témoins que je ne connaissais aucunement. Sentence de mort fut rendue. J’en appelai. Ce nonobstant on ordonna d’exécuter. J’étais fort affligé. Un moine entra pour me confesser, je m’y refusai; il s’obstina, je tins bon. Il se mit à pleuvoir des moines. J’en étais submergé, mais j’étais devenu un vrai Luther. Enfin, ils me vêtirent d’un habit de taffetas et me hissèrent sur un cheval, le Corregidor ayant répondu à leurs instances que si je voulais aller en enfer cela ne le regardait point. On me tira de la prison,
me conduisant par des rues détournées et peu fréquentées, de peur des moines. J’advins au gibet. Les moines m’avaient ôté tout jugement, à force de cris et de poussées. Ils me firent monter quatre échelons, et celui qui m’assommait le plus était un dominicain, Fray Andrès de San Pablos, que j’ai vu et à qui j’ai parlé, à Madrid, il y a à peu près un an, dans le collège d’Atocha. Je dus monter plus haut. On me jeta le voletin (c’est le mince cordeau avec lequel on pend). Le bourreau me le mettait de travers.—Ivrogne, lui dis-je, mets-le bien ou ôte-le, car ces bons pères m’ont suffisamment jugulé!
J’en étais là, lorsque entra à toute poste un courrier de la cité de la Plata dépêché par le Secrétaire, sur l’ordre du Président don Diego de Portugal, à la requête de Martin de Mendiola, Biscayen, qui avait été informé de mon procès. Ce courrier rendit en mains propres au Corregidor, par-devant un greffier, un pli dans lequel l’Audience lui ordonnait de surseoir à l’exécution de la sentence, et de remettre l’accusé et les pièces à la Royale Audience, à douze lieues de là. La cause en fut singulière et manifeste miséricorde de Dieu. Il paraît que ces témoins soi-disant oculaires qui déposèrent contre moi dans l’affaire du meurtre du Portugais, tombèrent aux mains de la justice de la Plata, pour je ne sais quels méfaits, et furent condamnés à la potence. Au pied du gibet, ils déclarèrent, sans savoir l’état où j’étais, que induits et payés, ils avaient, sans me connaître, faussement témoigné contre moi dans cette affaire d’homicide. C’est pourquoi l’Audience, à la requête de Martin de Mendiola, s’émut et ordonna le renvoi.
Cette dépêche venue si à point excita l’allégresse du peuple compatissant. Le Corregidor me fit ôter du gibet et ramener à la prison, d’où il m’expédia sous bonne garde à la Plata. A peine arrivé, mon procès fut revu et annulé sur la déclaration faite par ces hommes au pied de la potence, et, n’ayant rien autre à ma charge, je fus relâché au bout de vingt-quatre jours. Je séjournai quelque temps à la Plata.
DE la Plata, je passai à la cité de Cochabamba, afin d’y régler des comptes qu’avait ledit Juan Lopez de Arquijo avec don Pedro de Chavarria, Navarrais de naissance, y résidant et marié à doña Maria Davalos, fille de feu le capitaine Juan Davalos et de Maria de Ulloa, nonne à la Plata dans le couvent qu’elle y fonda. Nous arrêtâmes les comptes, et il en résulta un reliquat de mille pesos en faveur dudit Arquijo, mon maître. Ledit Chavarria me les versa de fort bonne grâce, m’invita à dîner et m’hébergea deux jours. Ensuite, je pris congé et partis, chargé par la femme de plusieurs commissions pour sa mère, nonne à la Plata, que je devais aller visiter de sa part.
Après avoir quitté mes hôtes, je m’amusai avec des amis à des bagatelles, jusque sur le tard. Enfin je partis. Mon chemin était de passer devant la porte de Chavarria. En passant, je vis du monde dans l’allée de la maison; au dedans on menait grand bruit. Je m’arrêtai pour écouter. Au même instant, doña Maria Davalos me cria de la fenêtre:—Seigneur capitaine, emmenez-moi, mon mari veut me tuer! Ce disant, elle se jette en bas. Deux moines s’approchèrent et me dirent:—Emmenez-la! son mari l’a trouvée avec don Antonio Calderon,
neveu de l’Évêque; il a tué l’homme et veut en faire autant à la femme, qu’il tient enfermée. Sur ce, ils me la mirent en croupe et je piquai ma mule.
Je n’arrêtai pas de marcher jusqu’à la minuit que j’arrivai au rio de la Plata. J’avais rencontré en chemin, venant de la Plata, un domestique de Chavarria qui nous dut reconnaître, malgré tout ce que je fis pour m’écarter et me celer. Il avisa probablement son maître. En arrivant au fleuve, je fus désespéré; il était fort gros et il me parut impossible de le franchir à gué. Elle me dit:—En avant! Il faut passer, coûte que coûte, à la grâce de Dieu! Je mis pied à terre, tâchai de découvrir un gué et me décidai pour celui qui me parut le meilleur. Je remontai, mon affligée toujours en croupe, et entrai dans l’eau. Nous enfonçâmes, Dieu nous soutint et nous passâmes. Une auberge était proche, je réveillai l’hôte qui fut ébahi de nous voir à pareille heure, ayant traversé le fleuve. Je m’occupai de faire reposer ma mule. L’hôte nous servit des œufs, du pain et des fruits. Nos vêtements tordus et égouttés, nous repartîmes grand’erre et, au point du jour, découvrîmes, à cinq lieues environ, la cité de la Plata.
Cette vue nous avait un peu consolés, quand tout à coup doña Maria m’étreint plus fort en s’écriant:—Aïe, Seigneur, mon mari! Je me tournai et le vis monté sur un cheval qui paraissait rendu.
Je ne sais vraiment pas, et j’en suis encore émerveillé, comme cela se put faire. Je partis de Cochabamba le premier, le laissant dans sa maison, et, sans m’arrêter une minute, j’allai jusqu’au fleuve, je le passai, gagnai l’auberge, y demeurai à peu près une heure et repartis. D’ailleurs, il fallut à ce domestique rencontré en route, et qui probablement l’avisa, le temps d’arriver et à Chavarria celui de monter
à cheval et de partir. Comment donc me sortit-il à l’encontre sur le chemin? Je n’y comprends rien, à moins que, connaissant mal le pays, je n’aie fait plus de détours que lui.
Quoi qu’il en soit, il nous tira un coup d’escopette à trente pas et nous manqua. Les balles nous passèrent si près que nous les ouïmes siffler. Je poussai ma mule et dévalai à travers les halliers d’une côte, sans plus le voir. Son cheval devait être fourbu. Après quatre longues lieues de course, j’entrai à la Plata, las et éreinté, et allant droit à la grand’porte du couvent de San Agustin, je remis doña Maria Davalos à sa mère.
En revenant prendre ma mule, je me trouvai nez à nez avec Pedro de Chavarria. Il se jeta sur moi, l’épée au poing, sans me donner le loisir de le raisonner. Sa brusque apparition m’alarma fort. Il me surprenait, recru de fatigue, plein de compassion pour son erreur, car il me tenait pour l’affronteur. Je tâchai de me défendre. Tout en ferraillant, nous entrâmes dans l’église. Là, il me piqua par deux fois à la poitrine, sans que je l’eusse touché. Il était sans doute plus dextre que moi. La colère me gagna, je le pressai et le menai toujours rompant, jusqu’à l’autel. Là, il me porta une rude botte à la tête, je la parai de la dague et lui entrai d’un empan mon fer à travers les côtes. La foule était telle qu’il ne put riposter. La Justice survint qui nous voulait tirer de l’église. Mais deux moines de San Francisco qui est en face me transportèrent dans le couvent avec l’aide secrète de l’Alguacil Mayor don Pedro Beltran, beau-frère de mon maître Juan Lopez de Arquijo. Recueilli charitablement et assisté en ma cure par ces saints pères, je demeurai cinq mois dans cette retraite de San Francisco.
Chavarria resta aussi de longs jours à se guérir de sa blessure, toujours réclamant à grands cris sa femme. Il y eut à ce sujet procédures et diligences. Elle résistait, alléguant le risque manifeste de la vie. L’Archevêque, le Président et d’autres seigneurs s’y employèrent et convinrent enfin qu’ils entreraient tous deux en religion et feraient profession, elle au couvent où elle était et lui là où il lui plairait.
Il ne restait plus à régler que mon cas. Plainte avait été déposée. Mon maître Juan Lopez de Arquijo vint et informa l’Archevêque don Alonso de Peralta, le Président et les Seigneurs de la vérité et de la rare aventure où, naïvement et sans malice aucune, je m’étais embesogné, si différente de ce que cet homme s’était imaginé, n’ayant fait rien autre que secourir au dépourvu une femme qui s’était jetée à moi pour fuir la mort et la remettre, sur sa requête, au couvent de sa mère. La chose vérifiée et reconnue patente fut jugée satisfaisante et la plainte sans objet. On poursuivit l’entrée en religion des deux autres. Je sortis de ma retraite, réglai mes affaires et visitai fréquemment ma nonne, sa mère et d’autres dames du lieu qui, par reconnaissance, me régalèrent à qui mieux mieux.
JE me mis en quête d’un emploi. Madame doña Maria de Ulloa, sensible à mon service, m’obtint du Président et de l’Audience une commission pour Piscobamba et les plaines de Mizque, ayant pour objet la recherche et le châtiment de certains délits qui y avaient été commis. Flanqué d’un greffier et d’un alguacil, je partis. J’allai à Piscobamba où je poursuivis et appréhendai l’Alferez Francisco de Escobar résidant et marié audit endroit. Il était accusé d’avoir traîtreusement occis deux Indiens pour les voler et de les avoir enterrés chez lui, dans une carrière. J’y fis creuser et les retrouvai. Je poursuivis la cause dans tous ses termes jusqu’à la mettre en état. Je la fermai. Les parties citées, je rendis sentence, condamnant le coupable à mort. Il en appela. J’octroyai l’appel, et procès et accusé furent transférés à l’Audience de la Plata. Le jugement y fut confirmé et l’homme pendu.
Je passai aux plaines de Mizque et, après avoir réglé l’affaire qui m’y appelait, je revins rendre compte de ma mission et remettre les pièces concernant Mizque. Puis je restai quelques jours à la Plata.
JE passai à la Paz où je vécus tranquille pendant quelque temps. Un beau jour, libre de tout souci, je m’arrêtai à la porte du corregidor don Antonio Barraza à converser avec un sien domestique, quand le diable soufflant la braise, il finit par me donner un démenti et me frappa de son chapeau par le visage. Je tirai la dague et il tomba mort sur la place. Tant de gens se ruèrent sur moi que je fus saisi, blessé et jeté en prison. Ma guérison et mon procès marchèrent de compagnie. La cause fut instruite, mise en état, d’autres y furent jointes et le Corregidor me condamna à mort. J’en appelai, mais, ce nonobstant, il fut ordonné de passer outre à l’exécution.
Je mis deux jours à me confesser. Le suivant, la messe fut dite dans la prison et le saint prêtre, ayant consommé, se retourna, me donna la communion et revint à l’autel. Tout aussitôt, je crachai l’hostie que j’avais dans la bouche et la reçus dans la paume de la main droite en criant:—J’en appelle à l’Église! J’en appelle à l’Église! Le tumulte fut extrême. Tous disaient que j’étais hérétique. Le prêtre vint au bruit et défendit que personne m’approchât. Comme il achevait sa messe, le seigneur Évêque don fray Domingo de Valderrama, dominicain, entra accompagné du Gouverneur. Prêtres et peuple s’assemblèrent, les cierges furent allumés, le dais apporté, et l’on me mena en procession au tabernacle. Là, tous à genoux, un prêtre revêtu de ses ornements me prit l’hostie de la main et l’introduisit dans le tabernacle. Je ne vis pas où il la mit. Ensuite, on me gratta la main, on me la lava à plusieurs reprises et on me l’essuya. Après quoi, l’église évacuée et Leurs Seigneuries sorties, je restai seul. Un saint religieux franciscain qui était dans la prison, et qui en dernier lieu me confessa, m’avait, outre ses bons avis, donné ce bon conseil.
Durant plus d’un mois, le Gouverneur tint l’église cernée. Moi, je m’y tenais bien à couvert. Enfin, il retira les gardes. Un saint prêtre du lieu, par ordre du seigneur Évêque, à ce que je supposai, après avoir reconnu les alentours et la route, me donna une mule et de l’argent et je partis pour le Cuzco.
LA cité du Cuzco ne le cède en rien à Lima en habitants et richesses. Tête d’Évêché, sa cathédrale dédiée à l’Assomption de Notre-Dame est desservie par cinq prébendiers et huit chanoines. Elle a huit paroisses, quatre monastères de religieux Franciscains, Dominicains, Augustins et de la Merci, quatre collèges, deux couvents de femmes et trois hôpitaux.
Là m’advint, au bout de quelques jours, une cruelle mésaventure réellement et vraiment non méritée, car je n’étais aucunement coupable, mais bien mal noté. Une nuit, à l’improviste, mourut don Luis de Godoy, Corregidor du Cuzco, Cavalier des mieux doués et qualifiés de l’endroit. Il fut tué, comme on le découvrit depuis, par un certain Carranza, à la suite de contestations trop longues à déduire. L’auteur du méfait étant inconnu, on me l’imputa. Le corregidor don Fernando de Guzman m’arrêta et me tint cinq mois en prison et lourde affliction. Enfin, au bout de ce temps, Dieu permit que la vérité fût découverte et ma complète innocence en cette affaire. Je fus mis en liberté et déguerpis du Cuzco.