La passion du jeu captive celui qui s'y livre en proportion du gain qu'il y trouve, et lui fait oublier tout le reste. Dans cette situation il néglige sa maîtresse, et celle-ci se dédommage par des infidélités; telle est probablement la raison de ce proverbe, qui doit être fort ancien puisque le troubadour Bérenger de Puivert l'a rappelé dans les vers suivants:
Puisque je n'ai point de chance aux dés, je devrais bien avoir quelque dame conquise.
Nous avons encore cet autre proverbe corrélatif: Malheureux au jeu, heureux en amour, lequel est fondé sur la supposition que le joueur maltraité de la fortune revient à sa belle, dont la reconnaissance et la fidélité font son bonheur. Supposition fréquemment démentie. Quoi qu'il en soit, tous les joueurs ressemblent à celui de Regnard, qui oublie sa belle Angélique lorsqu'il gagne, et lui adresse des invocations quand il a perdu.
C'est nourrir longtemps un amour tendre et romanesque.—Cette façon de parler fait allusion à la conduite d'Hercule filant aux pieds de la reine Omphale. Elle fut probablement introduite dans notre langue à l'époque où les confrères de la Passion représentaient le mystère d'Hercule sur leur théâtre. On sait que ce titre de mystère, consacré à certains ouvrages dramatiques, s'appliquait à un sujet profane comme à un sujet religieux.
L'amour se paye par l'amour.
Ce proverbe se retrouve textuellement dans celui des Basques, Maitazeac maitaze du harze. Il peut avoir inspiré à Ninon de Lenclos le mot suivant, qui en est le commentaire: «L'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-même, et l'amour seul peut acquitter l'amour.»
«En amour, dit Pascal, un silence vaut mieux qu'un langage. Il est bon d'être interdit. Il y a une éloquence de silence qui pénètre plus que la langue ne saurait faire. Qu'un amant persuade bien sa maîtresse, quand il est interdit, et que d'ailleurs il a de l'esprit! Quelque vivacité que l'on ait, il est bon, dans certaines rencontres, qu'elle s'éteigne. Tout cela se passe sans règle et sans réflexion, et quand l'esprit le fait il n'y pensait pas auparavant. C'est par nécessité que cela arrive.» (Discours sur les passions de l'amour).
Ce silence qui survient tout à coup sans qu'on y pense, qui résulte, non d'un calcul, mais de la nécessité, est le plus tendre et le plus vrai langage des amants. Aucun discours ne rendrait aussi bien ce qu'ils sentent. Les paroles ne peuvent être que des signes d'une faible passion: elles sont comme ces bluettes qui ne jaillissent guère que d'un feu peu ardent. «Celui qui peut dire combien il aime, s'écrie Pétrarque, n'a qu'une petite ardeur.»
(Sonetto 137.)
C'est-à-dire que l'amitié entre homme et femme mène très-souvent à l'amour, ou, dans un autre sens, que celui qui veut se rendre maître du cœur d'une belle doit préluder au rôle d'amant par le rôle d'ami. C'est la tactique recommandée dans l'Art d'aimer d'Ovide, vers la fin du premier livre d'où le proverbe est pris. Le poëte engage le jeune homme qui aspire à la conquête d'une femme à ne montrer aucun espoir d'y réussir, de peur de l'effaroucher: «Que l'amour, dit-il, s'introduise sous le nom d'amitié.»
«J'ai vu, ajoute-t-il, plus d'une beauté farouche dupe de ce manége, et son ami devenir bientôt son amant.»
Si l'amour est produit par une amitié feinte, il doit l'être à plus forte raison par une amitié réelle. Il y a de cette amitié à l'amour une pente qui entraîne, et l'on s'y laisse aller avec d'autant plus de facilité que le passage du premier sentiment au second, ou plutôt la fusion des deux ajoute à l'affection un surcroît de délices.
Voici quelques lignes charmantes de Mlle de Scudéri sur cet état:
«Lorsque l'amitié devient amour dans le cœur d'un amant, ou, pour mieux dire, lorsque cet amour se mêle à l'amitié sans la détruire, il n'y a rien de si doux que cette espèce d'amour, car tout violent qu'il est, il est pourtant toujours un peu plus réglé que l'amour ordinaire; il est plus durable, plus tendre, plus respectueux et même plus ardent, quoiqu'il ne soit pas sujet à tant de caprices tumultueux que l'amour qui naît sans amitié. On peut dire, en un mot, que l'amour et l'amitié se mêlent comme deux fleuves dont le plus célèbre fait perdre le nom de l'autre.»
Les femmes, en général, sont plus sensibles aux déclarations amoureuses d'un sot qu'à celles d'un homme d'esprit; car elles se persuadent volontiers que le premier a plus d'amour qu'il n'en exprime, et elles savent très-bien que le second en exprime toujours plus qu'il n'en a. La difficulté de l'un à s'expliquer passe à leurs yeux pour l'effet d'un saisissement produit par leurs charmes, et leur amour-propre en est infiniment touché, tandis que la facilité de l'autre à débiter de galants propos où l'art se montre plus que le naturel, où l'imagination a plus de part que le cœur, les avertit qu'il joue un personnage qui cherche à leur en imposer, et qu'elles doivent se défier de lui. Elles peuvent être déçues par les illusions qu'elles se font elles-mêmes, mais elles ne sont presque jamais dupes des beaux diseurs. Au reste, il est tout simple que celui à qui la parole fait défaut leur paraisse plus amoureux que celui qui parle beaucoup. L'amour muet n'est-il pas le moins menteur?
Un autre motif qui les porte également à préférer le sot à l'homme d'esprit, c'est qu'elles le supposent plus maniable, et se flattent de le gouverner plus aisément.
Peut-être aussi leur détermination en sa faveur est-elle due en partie à la secrète influence de quelques raisons inspirées par un sentiment peu platonique… Mais ces raisons-là, je ne les examinerai point, afin de ne pas trop m'écarter d'un précepte de goût autant que de décence, qui recommande de ne jamais tout dire, et je laisserai aux lecteurs le soin de s'expliquer, sous ce rapport, le penchant de la belle pour la bête.
On dit que la vieillesse, affaiblissant et changeant même les organes, rend incapable d'aimer; mais on voit trop de vieilles personnes affriandées à l'amour pour ne pas croire à la vérité de ce proverbe, qu'il faut entendre dans le même sens que ces deux autres, expliqués plus haut: Le cœur ne vieillit pas.—Le cœur n'a point de rides.
On ne peut être aimé à tout âge, mais à tout âge on peut aimer, et l'on a toujours des raisons de le faire. Je ne veux pas énumérer ces raisons, plus nombreuses chez les femmes que chez les hommes, et je me contente de rappeler celles qu'a données Mme d'Houdetot dans ce charmant huitain où elle a esquissé en quelques traits pleins de grâce et de poésie l'histoire de son cœur aimant:
Et si bien trotter que rien ne les arrête. Il y a un assez grand nombre de trotteuses de cette espèce, qui ne craindraient pas d'user leurs jambes jusqu'aux genoux pour arriver au but où elles espèrent trouver ce qu'elles ne se lassent jamais de chercher.
Le comte de Bussy-Rabutin raconte qu'une d'elles parcourait un soir, à grands pas, les galeries de Fontainebleau, sans doute à la poursuite de quelque page, lorsqu'elle se trouva face à face avec le chevalier de Rohan qui lui dit: «Madame, que cherchez-vous?—Ce n'est pas vous, répondit-elle, en allant plus vite encore.—Oh! répliqua-t-il, je ne voudrais pas avoir perdu ce que vous cherchez.»
C'est ce que disait Louis XII, qui avait appris la chose par sa propre expérience, quoiqu'il ne fût que dans le commencement de la vieillesse quand il mourut des suites de son troisième mariage. Ce mot passa en proverbe pour signifier que l'amour réserve ses douceurs pour les jeunes gens, et qu'il ne cause que des peines aux vieillards.
C'est à peu près la pensée exprimée dans ce vers de Labérius:
Suivant Ovide, Vénus en cheveux blancs est ridicule:
Le même poëte condamne l'amour sénile comme chose honteuse: Turpe senilis amor.
«C'est une grande difformité dans la nature qu'un vieillard amoureux.» (La Bruyère, ch. XI.)
L'amour, chez le vieillard, est-il donc une énormité si odieuse, et mérite-t-il d'être flétri comme un crime? C'est une question que Saint-Évremont me paraît avoir traitée et résolue d'une manière charmante. Voici ce que dit cet aimable épicurien, qui se plaisait à réchauffer l'hiver de sa vie de quelques rayons de feu de son printemps. «Vous vous étonnez mal à propos que les vieilles gens aiment encore, car leur ridicule n'est pas à se laisser toucher, c'est à prétendre imbécilement de pouvoir plaire. Pour moi, j'aime le commerce des belles personnes autant que jamais; mais je les trouve aimables sans dessein de m'en faire aimer. Je ne compte que sur mes sentiments, et cherche moins avec elles la tendresse de leur cœur que celle du mien… Le plus grand plaisir qui reste aux vieillards, c'est de vivre: Je pense, donc je suis, sur quoi roule toute la philosophie de Descartes, est une conclusion pour eux bien froide et bien languissante. J'aime, donc je suis, est une conséquence toute vive, toute animée, par où l'on rappelle les désirs de la jeunesse jusqu'à s'imaginer quelquefois être jeune encore. Vous me direz que c'est une double erreur de ne pas croire être ce qu'on n'est plus. Mais quelles vérités peuvent être si avantageuses que ces bonnes erreurs qui nous ôtent le sentiment des maux que nous avons, et nous rendent celui des biens que nous n'avons pas?»
Saint-Évremont a raison, et l'on a tort de blâmer, de ridiculiser le vieillard qui cherche à ranimer sa vie défaillante par un amour purement platonique. Laissez-le se retremper discrètement dans cette fontaine de Jouvence et goûter le plaisir d'aimer pour compensation du malheur de ne pouvoir plus plaire, comme le dit ce vers latin traduit par Apulée d'un vers grec de Ménandre.
C'est-à-dire que l'amour physique abrége la vie du vieillard. Le regain de cet amour dans le cœur du vieillard est souvent le signe et la cause de sa fin prochaine, et, sous ce double rapport, il ressemble au gui qui fleurit sur un arbre mourant.
Le Florilegium de Grutter cite ce proverbe latin sur les vieilles amoureuses: Anus cum ludit, morti delicias facit. «Vieille qui se livre aux folâtreries de l'amour fait les délices de la mort.»
Ce proverbe, d'une originalité spirituelle, exprime la même idée que le précédent. Il fait allusion à une ancienne coutume qui consistait à conserver soigneusement la chemise qu'on portait le jour de son mariage pour la reprendre au lit funèbre, comme un suaire dans lequel on devait être inhumé. Cette coutume existe encore en Bretagne et dans plusieurs autres localités, où l'on se fait un pieux devoir de tenir en réserve la chemise nuptiale, afin de l'employer à une toilette de mort, à une toilette dans laquelle on doit, dit-on, paraître devant le bon Dieu.
Voilà le Cupidon mythologique transformé en un ogre à qui il faut la chair fraîche des jouvenceaux et des jouvencelles. Cet ogre-là pourtant ne fait peur à personne; on ne le fuit pas; on cherche, au contraire, à s'approcher de lui, on met tous ses soins à l'attirer, on veut lui servir d'aliment, et de toute part on n'entend que des voix qui lui crient, comme les enfants d'Ugolin à leur père: «Mangia di noi, mange de nous.» Les vieux et les vieilles ne sont pas moins empressés que les jeunes à s'offrir en sacrifice; mais il se montre fort peu disposé en leur faveur, leur viande coriace ne lui paraît pas propre à entretenir son appétit.
Ce proverbe était très-répandu au dix-septième siècle, et c'est sans doute à cause de cela que La Fontaine, dans son conte intitulé Comment l'esprit vient aux filles, ne craignit pas de risquer ces deux vers dont tout le sel ne consiste qu'à y faire allusion:
C'est ce qu'a dit saint Jérôme vers la fin de sa lettre à Chromatius: «Amor nescit ordinem. L'amour ne connaît point l'ordre ou la règle.» Anacréon avait dit avant lui: «Bacchus, secondé de l'amour, folâtre sans règle.» (Od. 50.) L'amour, en effet, semble ne pouvoir s'astreindre à rien de régulier dans sa manière d'être, et ses élans passionnés ne peuvent se plier aux froids calculs de la réflexion. «Qui ne sçait en son eschole, combien on procede au rebours de tout ordre? l'estude, l'exercitation, l'usage sont voyes à l'insuffisance: les novices y regentent: Amor ordinem nescit. Certes, sa conduicte a plus de garbe (bonne grâce) quand elle est meslée d'inadvertence et de trouble; les faultes, les succez contraires, y donnent poincte et grace: pourveu qu'elle soit aspre et affamée, il chault peu qu'elle soit prudente: voyez comme il va chancellant, chopant et follastrant; on le met aux ceps (aux entraves, aux chaînes), quand on le guide par art et sagesse, et contrainct-on sa divine liberté, quand on la soubmet à ces mains barbues et calleuses.» (Montaigne, Essais, liv. III, ch. V.)
Panard, dont les poésies sont pleines de proverbes, a pris celui-ci pour titre des vers suivants, qui en sont l'explication, et qui se terminent par un autre proverbe qu'il a littéralement emprunté aux Orientaux:
On rapporte qu'un jeune Grec, nommé Thrasonidès, était si convaincu de cette vérité proverbiale et en même temps si amoureux de son amour, qu'il ne voulut jamais jouir de sa maîtresse, de peur d'amortir sa passion par la jouissance. Vous demanderez peut-être si, en aimant ainsi davantage, il fut plus aimé de sa belle. Je ne puis vous le dire, car l'histoire n'en parle pas: elle se borne à le signaler comme un amant inimitable.
Helvétius a dit: «L'homme hait la dépendance. De là peut-être sa haine pour ses père et mère, et le proverbe fondé sur une observation commune et constante: L'amour des parents descend, et ne remonte pas.» Il a pris le proverbe dans un sens affreusement exagéré. Le véritable sens est que l'amour des père et mère pour les enfants surpasse celui des enfants pour les père et mère. La nature, veillant à la conservation des espèces, a voulu donner la plus grande énergie au sentiment paternel et maternel, afin d'enchaîner les parents à tous les soins nécessaires pour protéger la frêle existence des enfants; et nous voyons qu'elle a agi ainsi dans tous les animaux comme dans l'homme. Elle n'a pas développé de même, il est vrai, le sentiment filial; mais de cette disproportion qu'elle a laissée dans l'amour il y a bien loin jusqu'à la haine. L'une est dans la nature et l'autre est dénaturée, dit La Harpe, en réfutant l'opinion d'Helvétius dans une de ces belles pages dont je viens de reproduire les traits principaux, et qui se termine par ces paroles remarquables: «Le plus funeste effet de ces calomnieux paradoxes, c'est qu'en les lisant l'ingrat et le fils dénaturé pourront se dire qu'ils sont comme les autres hommes. Méritent-ils le nom de philosophes, ceux qui n'ont écrit que pour la justification des monstres?»
Les Arabes disent: Le cœur d'un père est dans son fils, le cœur du fils est dans la pierre.
Bossuet a expliqué ce miracle, et ceux qui connaissent son explication seront charmés de la retrouver ici, car elle est si belle de pensée, de sentiment et d'expression, qu'il est impossible de ne pas trouver un nouveau charme à la relire: «On ne peut assez admirer, dit-il, les moyens dont la nature se sert pour unir les mères avec leurs enfants, car c'est le but auquel elle vise, et elle tâche de n'en faire qu'une même chose: il est aisé de le remarquer dans l'ordre de ses ouvrages. Et n'est-ce pas pour cette raison que le premier soin de la nature est d'attacher les enfants au sein de leur mère? elle veut que leur nourriture et leur vie passent par les mêmes canaux; ils courent ensemble les mêmes périls; ce n'est qu'une même personne. Voilà une liaison bien étroite; mais peut-être pourrait-on se persuader que les enfants, en venant au monde, rompent le nœud de cette union: ne le croyez pas. Nulle force ne peut diviser ce que la nature a si bien lié; sa conduite sage et prévoyante y a pourvu par d'autres moyens. Quand cette première union finit, elle en fait naître une autre à sa place, elle forme d'autres liens, qui sont ceux de l'amour et de la tendresse: la mère porte ses enfants d'une autre façon, et ils ne sont pas plutôt sortis de ses entrailles, qu'ils commencent à tenir beaucoup plus au cœur. Telle est la conduite de la nature ou plutôt de celui qui la gouverne; voilà l'adresse dont elle se sert pour unir les mères avec leurs enfants, et empêcher qu'elles ne s'en détachent. L'âme les reprend par l'affection en même temps que le corps les quitte; rien ne peut les arracher du cœur: la liaison est toujours si ferme qu'aussitôt que les enfants sont agités, les entrailles des mères sont encore émues, et elles sentent tous leurs mouvements d'une manière si vive et si pénétrante, qu'à peine leur permet-elle de s'apercevoir que leur sein en soit déchargé.» (Premier Sermon pour le vendredi de la Passion.)
Rien ne manque au cœur d'une mère, à ce chef-d'œuvre de l'amour. C'est une source de tendresse qui se renouvelle continuellement sans jamais s'épuiser, qui semble s'accroître, au lieu de diminuer par l'excessive effusion de sa substance. Qui pourrait dire les trésors de sentiment qui en découlent! «O ma mère, s'écrie un fils dans une pièce de poésie chinoise, vos bras furent mon premier berceau. J'y trouvai vos mamelles pour m'allaiter, vos vêtements pour me couvrir, votre sein pour me réchauffer, vos baisers pour me consoler, et vos caresses pour me réjouir.»
Mais ses bienfaits ne s'épanchent pas seulement sur le jeune âge. La nature n'a point limité chez la femme, comme elle l'a fait chez les femelles des animaux, l'énergie de l'amour maternel au temps où l'enfant ne peut se passer des soins de celle qui l'a mis au monde; elle a voulu, par un privilége exceptionnel en l'honneur de la dignité humaine, que cet amour subsistât inaltérable dans le cœur qui en est animé par delà les besoins de l'objet qui l'inspire. Il ne s'interrompt point, il ne perd rien de sa force en s'étendant à de nouveaux enfants; il se multiplie avec eux, il l'emporte sur toute autre affection. Les années ne l'usent point, il est de tous les jours et de tous les instants de la vie.
(A. de Latour.)
Les Allemands disent: «Mutterlieb ist immer neu. Amour de mère est toujours nouveau.» Ce proverbe a été développé d'une manière pleine d'intérêt dans une collection de jolies gravures faites d'après les dessins originaux de M. J.-Martin Ustéri. Les explications placées à côté de chaque estampe ajoutent au prix de cette collection, éditée à Zurich en 1803, et devenue le sujet d'un petit roman sentimental publié depuis à Paris.
Nous disons encore: Il a les mains fraîches, il doit être fidèle, et cela en vertu d'un axiome de chiromancie d'après lequel les mains froides ou fraîches sont le signe caractéristique d'un tempérament amoureux, parce que la chaleur du sang ne les quitte qu'afin de se concentrer dans le cœur, regardé comme le principal organe de la passion. Nous avons aussi ce proverbe corrélatif: Chaudes mains, froides amours.
Les mariages d'inclination sont rarement heureux, parce qu'ils sont presque toujours mal assortis. La passion qui porte seule à les contracter ne permet pas de voir les incompatibilités de caractère qui devraient les empêcher. Mais ces incompatibilités, se découvrant et se faisant sentir à mesure que cette passion diminue, les deux époux en viennent bientôt à se détester aussi cordialement qu'ils s'étaient aimés.
Les Provençaux ont ce proverbe très-expressif: «Qui d'amour si prend d'enrabi si quitto. Qui se prend avec amour se quitte avec rage.»
Il y a très-peu d'exemples d'une alliance prospère qui ait été contractée dans l'ivresse de l'amour. Le dégoût survient, et à sa suite le cortége des ennuis, des repentirs, des tracasseries, des querelles.
«J'ai vu bien des mariages où l'on commençait par ressentir une telle passion que l'on aurait voulu se manger mutuellement: au bout de six mois, on était séparé.» (Luther, Propos de table.)
Ou, suivant un autre proverbe, l'objet qu'on aime est toujours beau. «Tout cœur passionné, dit Bossuet, embellit dans son imagination l'objet de sa passion; il lui donne un éclat que la nature ne lui donne pas, et il est ébloui de ce faux éclat. La lumière du soleil, qui est la vraie joie des yeux, ne lui paraît pas aussi belle.»
Ce n'est pas la nature qui rend la femme belle, c'est l'amour.
(A. de Musset.)
Un proverbe roman dit: «Non es bel so qu'es bel, mas es bel so qu'agrada. N'est pas beau ce qui est beau, mais est beau ce qui agrée.» Ce proverbe s'est conservé en Provence et en Italie.
Quiconque aime une grenouille, prend cette grenouille pour Diane.
C'est Diane Limnatis, déesse des marais et des étangs, dont il est ici question. Cette remarque n'est pas inutile pour faire sentir l'analogie d'un tel rapprochement.
Les habitants de l'île de Cypre avaient érigé des autels à Vénus Barbue. Les Romains adoraient Vénus Louche, comme on le voit dans le second livre de l'Art d'aimer d'Ovide, et dans le Festin de Trimalcion par Pétrone. Ils employaient même proverbialement l'hémistiche d'Ovide: «Si pæta est, Veneri similis. Si elle est louche, elle ressemble à Vénus,» en parlant d'une belle qui avait le rayon du regard un peu faussé. Horace nous apprend qu'un certain Balbinus trouvait une grâce particulière dans le polype qu'Agna sa maîtresse avait au nez. Il observe que les amants ressemblent à Balbinus (Serm. I, 3). Il n'en est aucun en effet qui n'aime, comme on dit, jusqu'aux taches et aux verrues de sa belle.
Le meilleur développement du proverbe Il n'y a point de laides amours est dans les vers suivants, tirés de la traduction libre que Molière avait faite de Lucrèce, et placés dans la cinquième scène du second acte du Misanthrope:
Le proverbe n'est pas toujours cité tel que je l'ai rapporté: on y fait quelquefois une addition, en disant: Il n'y a point de belle prison ni de laides amours.
Cette félicité qu'on cherche toujours sans jamais la trouver est la pierre philosophale de l'âme, et ces amours sans fin par lesquelles on espère y parvenir ne sont que des illusions qui passent aussi vite que les fleurs des champs. Les Chinois en assimilent la courte durée à celle des roses par cette jolie métaphore proverbiale: Il n'y a pas de roses de cent jours; et l'on peut dire, en continuant leur idée, que rêver l'éternité des amours, c'est, suivant une charmante expression de M. V. Hugo, rêver l'éternité des roses.
Les vives impressions éprouvées dans ce premier épanouissement de la vie du cœur, et les ineffables illusions qu'elles ont fait naître, restent profondément gravées dans la mémoire, qui les pare de couleurs poétiques et en compose un type enchanteur, un idéal ravissant, dont l'éclat fait pâlir toutes les amours venues dans la suite. Celles-ci se montrent telles qu'elles sont avec les déplaisirs qui viennent souvent s'y mêler, tandis que les autres apparaissent telles qu'on se plaît à les supposer avec leurs voluptés fantastiques, et il résulte de la comparaison qu'on établit entre elles que les effets produits par l'imagination doivent sembler préférables à ceux de la réalité, et les premières amours à celles qui leur succèdent.
Le poëte Lebrun a dit d'une manière charmante, dans son ode intitulée Mes Souvenirs, ou les Deux Rives de la Seine:
Il ne faut pas croire que le proverbe signifie, comme le pensent mal à propos quelques personnes, que ce soit en réalité qu'on revient à ses premières amours: c'est uniquement en souvenir. Si c'était réellement, on les retrouverait, hélas! tout à fait dépourvues des attraits qu'on leur suppose, et l'on ressemblerait aux cerfs qui, après avoir successivement passé de biche en biche, reviennent à celle par laquelle ils ont commencé: Cervi vicissim ad alias transeunt, et ad priores redeunt. (Plin. Natur. Histor., X, 63.)
Un autre proverbe dit: Il ne faut pas revenir sur ses premières amours, ni aller voir la rose qu'on a admirée la veille.
Pour dire qu'on s'attarde volontiers dans un endroit où l'on se plaît, auprès de l'objet de ses amours. Ce vœu tendre et délicat, exprimé avec une simplicité exquise, me semble offrir un doux reflet du vœu passionné de Léandre traversant l'Hellespont à la nage, au milieu de la tempête, pour se réunir à son amante Héro, prêtresse de Vénus:
Ce charmant quatrain de Voltaire est traduit fidèlement d'une épigramme de l'Anthologie grecque, épigramme que le poëte latin Martial avait reproduite dans le distique suivant:
(Lib. XIV, epigr. 181.)
Ce vieux proverbe, qu'on trouve dans le Grand Testament de Villon, atteste combien les anciens seigneurs français devaient prendre à cœur tout ce qui concernait la fauconnerie, la vénerie, les tournois et la galanterie, quatre objets importants de leurs occupations et de leurs goûts. On sait qu'ils professaient un culte chevaleresque pour les dames, et qu'ils regardaient l'oiseau, le chien et l'épée comme des symboles qui caractérisaient les prérogatives de leur rang. Quand ils voyageaient, ils avaient toujours leur chien favori auprès d'eux, l'épervier sur le poing, et l'épée au côté. S'ils étaient faits prisonniers dans quelque combat, la loi ne leur permettait pas d'offrir pour rançon ces attributs de leur noblesse, mais elle leur laissait la faculté de livrer des centaines de paysans de leurs terres.
Le fait suivant, rapporté par Abbon de Saint-Germain dans son poëme latin sur le siége de Paris, est encore une preuve frappante de l'importance qu'ils attachaient particulièrement à leurs oiseaux. Douze gentilshommes près de périr dans la tour du Petit-Pont, à laquelle les Normands qui l'assiégeaient avaient mis le feu, donnèrent la volée à leurs autours pour les empêcher de tomber entre les mains de ces barbares, qu'ils jugeaient indignes d'une si précieuse conquête.
La brunette était une sorte de fin drap de soie de couleur brune, dont les personnes de qualité s'habillaient au treizième siècle, tandis que le bureau ou la bure était une étoffe grossière de laine à l'usage des gens du commun. De là ce proverbe qui se trouve textuellement dans le roman de la Rose, pour signifier que l'amour étend également son empire sur toutes les conditions, et qu'il n'a pas moins de charmes dans les petites que dans les grandes.
Ce proverbe, usité chez beaucoup de peuples, est traduit du vingtième article du Code d'amour: Amorosus semper est timorosus. Il s'explique très-bien par les réflexions suivantes tirées de divers endroits du Discours de Pascal sur les passions de l'amour. «Le premier effet de l'amour, c'est d'imposer un grand respect, l'on a de la vénération pour ce qu'on aime. Il est (c'est) bien juste: on ne reconnaît rien de grand comme cela.»—«Dans l'amour on n'ose hasarder de peur de tout perdre; il faut pourtant avancer; mais qui peut dire jusques où? L'on tremble toujours jusqu'à ce qu'on ait trouvé ce point.»—«Il n'y a rien de si embarrassant que d'être amant, et de voir quelque chose en sa faveur sans l'oser croire; l'on est également combattu de l'espérance et de la crainte. Mais enfin la dernière devient victorieuse de l'autre.»
Il y avait en langue romane un proverbe analogue: Qui non tem non ama coralmen, c'est-à-dire: «Qui ne craint pas, n'aime pas cordialement.»
Cette expression, dont on se sert pour désigner un amoureux timide, novice, froid, fait allusion à un ancien usage des justiciables volontaires de certaines cours d'amour, espèces d'énergumènes qui avaient fondé, sous le règne de Philippe V, une société ou confrérie nommée la ligue des amants, dont l'objet était de prouver l'excès de leur passion par une opiniâtreté invincible à braver les ardeurs de l'été et les glaces de l'hiver. Dans les chaleurs extrêmes, ils allumaient de grands feux pour se chauffer et ils ne sortaient de chez eux qu'enveloppés d'épaisses fourrures; au contraire, quand il gelait à pierre fendre, ils se couvraient très-légèrement et allaient par le froid, par la neige ou par la pluie, soupirer à la porte de leurs maîtresses, où ils se tenaient jusqu'à ce qu'ils les eussent aperçues, étant parfois tellement morfondus et transis dans l'attente, dit un vieux chroniqueur, qu'on entendait claquer leurs dents comme les becs des cigognes: la crainte des catarrhes et des fluxions de poitrine n'était rien pour eux auprès du plaisir qu'ils paraissaient prendre à baiser la serrure ou le verrou de cette porte. Outre ces témoignages de leur vasselage amoureux, ils avaient pour se distinguer certaines devises et certaines démonstrations d'une singularité extraordinaire. Tel confrère élisait son domicile à l'enseigne de la Passion, rue du Sacrifice, paroisse de la Sincérité; tel autre demeurait sur la place de la Persévérance, hôtel de l'Assiduité, etc., etc.
Il existe un ouvrage rare et curieux intitulé l'Amoureux transy sans espoir, par Jehan Bouchet. Cet ouvrage ne porte point de date. Selon toute apparence, il a paru vers 1505, et par conséquent il est postérieur à la locution qui en forme le titre.
On appelle ainsi celui qui devient amoureux de toutes les femmes qui s'offrent à sa vue.
Cette expression rappelle la légende des onze mille vierges. Voici ce que l'abbé Salgues a dit sur cette légende, qui passe aujourd'hui pour apocryphe:
«Croyez-vous que sainte Ursule soit partie de Londres pour la basse Bretagne, avec onze mille vierges qui devaient épouser les onze mille soldats du capitaine Conan, son fiancé, et peupler le pays? Croyez-vous qu'une tempête miraculeuse les ait jetées dans les bouches du Rhin, et qu'elles aient remonté le fleuve jusqu'à la ville de Cologne, alors occupée par les Huns, qui servaient l'empereur Gratien? Croyez-vous que ces impertinents aient voulu leur faire la cour un peu trop brusquement, et qu'irrités d'être repoussés avec trop de fierté ils les aient mises à mort pour leur apprendre à vivre? Nos bons aïeux le croyaient certainement, puisqu'ils célébraient annuellement, le 22 octobre, la fête de ces chastes héroïnes. Mais comme il n'est rien dans le monde sans contradiction, des critiques sourcilleux et difficiles ont contesté la vérité de ces récits. Ils ont fait d'abord observer que le nombre de onze mille vierges était un peu fort, qu'on aurait eu de la peine à le trouver dans les meilleurs temps du christianisme, et que le martyrologe de Wandelbert, composé en 850, et l'un des plus estimés des connaisseurs, n'en a porté le nombre qu'à mille, ce qui est encore beaucoup. Ensuite ils ont soutenu qu'il fallait pousser la réduction encore plus loin, et ils ont porté l'esprit de réforme jusqu'à effacer d'un trait de plume dix mille neuf cent quatre-vingt-neuf vierges, de sorte qu'ils n'en ont voulu accorder que onze; ce qui doit laisser beaucoup de places vacantes en paradis. Ils se sont autorisés d'une inscription qu'ils ont interprétée à leur manière: Sancta Ursula et XI M. V. Ceux qui tiennent pour les onze mille vierges ont traduit: Sainte Ursule et onze mille vierges. Mais nos critiques assurent que cette interprétation est fautive et erronée, et veulent que l'on traduise sainte Ursule et onze martyres vierges. Pour appuyer leur prétention, ils citent un catalogue de reliques tiré du Spicilége du père D. Luc d'Acheri, dans lequel on lit: «De reliquiis SS. undecim virginum. Des reliques des SS. onze vierges.»
«Réduire ainsi onze mille vierges à onze, c'est déjà beaucoup: cependant d'autres critiques, plus sévères encore, ont prétendu enchérir sur les premiers et porter la soustraction bien plus loin; car ils ne veulent absolument que deux vierges. Ils protestent qu'on a très-mal lu les anciens martyrologes, qui portaient: SS. Ursula et Undecimilla, Virg. Mart., c'est-à-dire «SS. Ursule et Undecimille, vierges martyres.» Des copistes ignorants ont pris un nom de femme pour un nom de nombre, et se sont imaginé que Undecimilla était une abréviation de undecim millia.
«Voilà ce que pense le savant père Sirmond, je ne sais s'il se trompe. Il est au moins constant qu'on a peu de renseignements exacts sur l'histoire de sainte Ursule et de ses compagnes. Baronius assure que les véritables actes de son martyre ont été perdus.»
Ce proverbe oppose franchement les joies de l'amour aux soucis de la richesse, et semble vous dire: Préférez ce qui dilate le cœur à ce qui le resserre. Il nous est venu de la langue romane, et il se trouve dans ce vers du troubadour Pierre Cardinal:
Dicton fondé sur un usage très-ancien, d'après lequel une jeune fille, lorsqu'elle voulait se débarrasser des poursuites d'un jeune homme qui la recherchait en mariage, lui donnait rendez-vous chez elle, et courait se cacher, à son arrivée, après avoir relevé les tisons du feu, lui signifiant par là sans doute qu'ils ne devaient pas avoir l'un et l'autre un foyer commun.
Il se pratique encore aujourd'hui quelque chose d'analogue dans le département des Hautes-Alpes, où les belles congédient les galants en leur présentant le bout non allumé d'un tison.
Il va sans dire que si l'on éconduisait un prétendant en lui faisant voir les tisons éteints, on le retenait en les lui montrant allumés. C'étaient deux choses corrélatives passées en coutume, qui se rattachaient également aux antiques formalités du mariage, où le feu entrait comme élément symbolique, ainsi que je l'ai remarqué en expliquant la locution proverbiale: Allumer la chandelle à quatre cornes.
On vient de lire deux exemples assez curieux de la première, en voici encore deux de la seconde qui ne le sont pas moins:
Dans la province d'Utrecht, principalement à Zeyst, près de cette ville, chez la secte indépendante des Hernudders, le jeune homme qui recherche une jeune fille en mariage va sonner à la porte de la maison qu'elle habite, et demande du feu pour allumer son cigare ou sa pipe. Cette visite est suivie d'une seconde, et si le feu lui est accordé, il se présente une troisième fois. Alors il est reçu comme épouseur, et la jeune fille lui donne une poignée de main. Si, pendant ce temps, il finit de fumer son cigare, elle lui en offre un nouveau, et l'affaire est conclue. Lorsqu'il n'est pas agréé, la porte reste fermée pour lui, et il faut qu'il aille chercher femme ailleurs.
Le même usage existe chez les Mormons; mais c'est la jeune fille qui prend l'initiative de présenter le cigare et le feu.
L'usage symbolique de notifier un refus de mariage en offrant aux yeux des prétendants les tisons relevés, c'est-à-dire le foyer sans feu, donna lieu dans la suite à une superstition dont il reste encore quelque vestige: «Lorsqu'il y a une femme veuve ou quelque fille à marier dans une maison, dit le curé Thiers, et qu'elles sont recherchées en mariage, il faut bien se donner de garde de relever les tisons, parce que cela chasse les amoureux.» (Traité des Superst., t. III, p. 455.)
Amoureux à beaux sentiments. Céladon est un personnage de l'Astrée, pastorale allégorique où son auteur, le marquis Honoré d'Urfé, homme célèbre dans le monde galant par sa beauté, sa grâce, son esprit et son tendre cœur, a décrit ses propres amours, dégagés de toute idée grossière. La scène de ce roman est placée sur les bords du Lignon, petite rivière du Forez. Les bergers et les bergères qui y figurent sont des portraits de grands seigneurs et de grandes dames de la cour de France. Astrée représente Mlle de Chateaumorand; Galathée, la reine Marguerite, sœur de Henri III; Céladon, c'est d'Urfé; Calidon, M. le prince; Calidée, madame la princesse; Euric, Henri le Grand. Le premier volume de l'Astrée parut en 1610, quelque temps avant l'assassinat de Henri IV, et fut dédié à ce roi, qui trouva le présent fort agréable, quoique l'auteur ne le lui fût guère à cause de ses amours avec Marguerite de Valois. Le second et le troisième volume furent publiés l'année suivante, le quatrième en 1620, et le cinquième en 1625, après la mort de d'Urfé, par les soins de son secrétaire Baro, qui le termina d'après les manuscrits de son maître ou d'après sa propre imagination. Ces publications successives, signalées par divers bibliographes à qui j'ai emprunté les détails qu'on vient de lire, furent accueillies avec la plus grande faveur.
Ajoutons un fait qui montre bien l'influence extraordinaire que d'Urfé, par son roman, exerça sur ses contemporains. On assure qu'en 1624 il reçut, en Piémont où il résidait, une lettre signée de vingt-neuf princes ou princesses, et de dix-neuf seigneurs ou dames d'Allemagne qui lui demandaient avec instance la fin de l'ouvrage. Ces personnages l'informaient qu'ils avaient pris les noms des héros et des héroïnes de l'Astrée, et qu'ils s'étaient constitués en académie des vrais amants.
C'est de ces confréries pastorales, qui remontent à une époque beaucoup plus ancienne, que sont dérivés les noms de berger et de bergère employés comme synonymes d'amant et d'amante.