[47] Par le procès-verbal de l'ouverture du cercueil de Charles Ier, qui ne fut retrouvé que sous George IV, il paraît évident qu'il n'avait jamais été ouvert auparavant. (Rev. britann., mars 1838, p. 179-181.)

[48] Gentlemen's Magazine, mai 1825, p. 350.—Henry Halford, Essays and Orations.

[49] M. Alfred de Terrebasse en a fait l'objet d'un intéressant article inséré dans la Revue de Paris (15 avril 1832, p. 176-180), et l'on trouve sur le même point, avec les mêmes conclusions négatives, une note de M. L. Benoît dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du protestantisme français, nov.-déc. 1862, p. 463.—Lemontey, d'ordinaire si exact, avait autorisé et popularisé l'erreur. Hist. de la Régence, t. II, p. 150, note.

[50] Vie de Milton, trad. franç., Paris, 1813, in-12, t. I, p. 95.

Oui, tout cela, certes, eût été excellent à développer dans la pleine lumière des preuves curieuses et imprévues! Il faut pourtant, de toute nécessité, que je me l'interdise. Je me suis fait la promesse de ne toucher ni à l'histoire ancienne, ni à l'histoire étrangère.

L'histoire de France est aujourd'hui mon seul domaine; encore dois-je surtout m'en tenir à la réfutation des mots et n'aborder qu'incidemment celle des faits. C'est le mensonge parlé, et faisant pour ainsi dire axiome historique, que je prends à partie, plutôt encore que le mensonge en épisode et en action.

Le premier est le plus vivace des deux, et celui qui tient le plus profondément. Ailleurs les paroles volent; ici c'est tout le contraire, elles restent et s'incrustent; or Bacon a dit: «Ce n'est pas le mensonge qui passe par l'esprit, qui fait le mal, c'est celui qui y rentre et qui s'y fixe[51]

[51] Politique, 2e partie, édit. de 1742, p. 18.

Les noms illustres sous le couvert desquels se faufile l'erreur augmentent son danger en ajoutant à sa fortune. On dirait qu'ainsi patronnée elle est à l'abri de toute attaque, et que chacun doit lui tirer respectueusement son chapeau. Allez donc dire, par exemple, que Cromwell ne mourut pas de la pierre, après cette admirable phrase des Pensées de Pascal[52]: «Rome même alloit trembler sous lui, mais ce petit gravier, qui n'étoit rien ailleurs, mis en cet endroit, le voilà mort, sa famille abaissée et le roi rétabli.» Il fallait à M. Havet toute sa conscience de commentateur pour oser signaler une erreur sous cette éloquence[53]: il nous faut tout notre courage pour dire qu'il a bien fait.

[52] 2e partie, art. 6, § 7.

[53] P. 39 de son édit. des Pensées de Pascal.

Nous devons dire aussi que, bien que la vérité soit une, il y a mensonge et mensonge. Tous ne tirent pas également à conséquence. Il est même telles inventions qui, une fois reconnues pour ce qu'elles sont, me semblent devoir rester dans la circulation à cause des beaux exemples qu'elles propagent et de l'honneur qui en ressort pour l'humanité. En ce point la poésie, qui les transmet et les colore, est, je ne dirai pas, comme Aristote, «plus vraie que l'histoire,» mais aussi utile.

Il est bon que l'enfant, à qui s'adressent ces choses, ait de l'homme la meilleure opinion possible; il faut donc, pour lui, recourir aux fables, et même lui laisser croire que ce sont des vérités, jusqu'au temps où le spectacle des réalités humaines lui fera penser ou que l'homme est bien déchu, ou que ces belles choses ne furent jamais vraisemblables: «Les anciens historiens, dit Rousseau,[54] sont remplis de vues dont on pourroit faire usage quand même les faits qui les présentent seroient faux... Les hommes sensés doivent regarder l'histoire comme un tissu de fables, dont la morale est très appropriée au cœur humain.» Puisque pour la morale et la règle du devoir, l'idéal n'est ainsi qu'en des mensonges sublimes, laissons passer ceux qui sont créés, et tirons-en des leçons que la vérité, telle que les hommes l'ont forcée d'être, ne saurait pas fournir. Tant pis pour l'humanité si rien n'est vrai de ce que l'on croit beau dans les actions humaines! La meilleure preuve de notre infériorité, et du besoin que nous ressentons d'une nature supérieure, où le vrai sera enfin dans le beau et dans le grand, se trouve là.

[54] Émile, édit. Pourrat, 1838, in-8, t. I, p. 307.

Il est encore d'autres mensonges pour lesquels il convient d'être indulgent: ce sont ceux qui naissent d'eux-mêmes, comme les fleurs héroïques d'une époque dont ils transmettent couleur et parfum. Ils n'ont rien du mensonge officieux, créé par l'imagination de celui dont il sert les intérêts; ils surgissent naturellement dans l'ardent esprit du peuple, et les légendes y trouvent une matière extensible et souple, tandis que l'histoire cherche où se prendre dans ce que lui apporte l'insaisissable et rigide vérité. Ils ne sont pas pour le souvenir fidèle, mais pour le sentiment charmé. Nés de l'imagination, c'est à elle qu'ils retournent pour l'aider à répandre la lumière et les couleurs sur les aridités du réel. Il leur suffit d'être conformes au génie du peuple dont ils grossissent les traditions, et à l'esprit du temps où ils naissent. M. Michelet[55] a dit d'un récit légendaire qui satisfaisait à toutes ces conditions: «Il peut bien n'être pas réel, mais il est éminemment, c'est-à-dire parfaitement conforme au caractère du peuple qui l'a donné pour historique.» Selon le même historien, inventer ainsi, dans le sens de la réalité, ce n'est pas commettre un mensonge.

[55] Hist. romaine, édit. belge, in-12, t. I, p. 257.—«Ces mensonges, dit aussi M. Valery, peignent l'esprit ou les mœurs d'une époque, et servent ainsi à la vérité.» (Études morales, polit. et litt., 1823, in-8, p. 79.)

Napoléon était du même avis, lorsque trouvant dans les tragédies de Corneille des héros supérieurs à ce qu'il leur était possible d'être, mais toujours grandis d'après la mesure logique de leur caractère, et devenus par là, comme exemples, d'une vérité plus utile et plus rayonnante que la sèche vérité des historiens, il disait: «Moi, j'aime surtout la tragédie haute, sublime, comme l'a faite Corneille. Les grands hommes y sont plus vrais que dans l'histoire[56]

[56] Villemain, Souvenirs contemporains, 1re partie, p. 226.

Mais inventer dans un intérêt de flatterie quelconque, ainsi que le fit Tite-Live pour embellir la nudité barbare des premiers temps de Rome[57], ou pour rendre plus illustre l'origine des familles patriciennes[58]; faire de sa tâche d'historien un exercice oratoire, comme ce même Tite-Live, qui, la tribune aux harangues étant interdite, la transporta dans les Décades, «et fut historien pour rester orateur[59];» imaginer un fait pour se donner le plaisir d'une déclamation, ainsi qu'il est arrivé pour un discours prêté à Périclès[60]: voilà les véritables mensonges historiques. Aussi ne ferons-nous aucune grâce à ceux de ce genre que nous rencontrerons.

[57] L'épisode de Porsenna, tourné par Tite-Live tout à la gloire de Rome, bien que, d'après Tacite (Histoires, liv. III, ch. 72) et d'après Pline, la ville se fût rendue à ce roi des Étrusques; l'aventure d'Horatius Coclès, qui, suivant Polybe, eut pour dénouement la mort du valeureux borgne; le combat singulier de Manlius Torquatus, qui ne doit avoir rien de réel, puisque Polybe n'en a pas parlé; la prétendue victoire de Camille sur Brennus, lequel fut en réalité maître de Rome et ne partit qu'après l'avoir mise à rançon, tout cela rentre dans la catégorie des mensonges officieux dont je parle ici, de ces inventions fabriquées tout exprès pour la plus grande gloire de Rome.

[58] Nous en avons eu déjà un exemple, à propos de Scævola. V. pour une foule d'autres, Michelet, Hist. romaine, édit. belge, t. I, p. 283-287.

[59] H. Taine, Essai sur Tite-Live, p. 9.—Montesquieu (Grandeur et Décadence des Romains, ch. v) disait à propos des bons mots prêtés à Annibal dans les Décades: «J'ai du regret de voir Tite-Live jeter ses fleurs sur ces énormes colosses de l'antiquité; je voudrais qu'il eût fait comme Homère, qui néglige de les parer, et qui sait si bien les faire mouvoir.»—Les harangues abondent moins dans Tacite, aussi sont-elles plus authentiques. On possède une preuve de son exactitude. Le discours de Claude au sénat, tendant à faire accorder aux Gaulois le droit d'admission parmi les sénateurs, a été retrouvé sur les tables de bronze découvertes à Lyon en 1528. Les paroles du prince y sont presque en tout point identiques à celles que Tacite lui a prêtées. (Annal., I. XI, ch. XXIV.)

[60] Cette harangue est celle qu'il aurait prononcée pour se défendre d'aspirer à la tyrannie, comme on l'en accusait. Elle n'a rien d'historique; ce n'est autre chose qu'un de ces exercices oratoires qu'on faisait faire dans les écoles. Celui-ci nous vient de Pachymère. (Boissonade, Anecdota græca, t. V, p. 350.)