V.
GONTIER COL TO CHRISTINE, ASKING FOR A COPY OF NO. IV.
A prudent, honnouree et sauent damoiselle
Christine.
Femme de hault et esleué entendement, digne d’onneur et
recommendacions grans, j’ay ouy parler par la bouche de
5pluseurs notables clers que entre tes aultres estudes et euures
vertueuses moult a louer, comme ie entens par leur relacion,
tu as nouuellement escript par maniere de inuectiue aucunement
contre ce que mon maistre,
enseigneur et familier feu
maistre Jehan de Meun, vray catholique, solennel maistre, et
10docteur en son temps en saincte theologie, philosophe tresperfont
est scible, duquel la gloire et renommee vit et viura
leuez par grace de dieu et euure de nature, fist et compila
15ou liure de la Rose. Et comme dient les relateurs ou
refferendaires de ceste chose, t’efforces et estudies de
le reprendre
et chargier de faultes en ta dicte œuure nouuelle,
laquelle chose me vient a grant admiracion et merueille inextimable,
et ad ce non croire me meut l’experience et exercite
20de toy d’auoir sceu, leu, et entendu lui ou dit liure, et en ses
autres fais en francois, et autres pluseurs et diuers docteurs,
aucteurs, et poetes. Et pour ce que les denunciateurs de ceste
chose tiennent et gardent, les aucuns par auenture comme
enuieux sur les fais du dit feu maistre
Jehan, ta dicte inuectiue
25comme chose singuliere et haultement composee, edefiee et
conduicte a leur plaisir et intencion, si que de eulx n’en puis
auoir copie ne original, te pry et requier sur l’amour que tu as
a science que ta dicte œuure, telle que elle est, me vueilles
enuoier par cest mien message ou autre tel comme il te plaira,
30afin que sur ce je puisse labourer et moy emploier a soustenir
mon maistre et ses fais, dont il ne fust ia besoing que moy ne
autre mortel s’en meslast s’il fust en vie, laquelle
mieulx
ameroie auoir esté en mon temps que estre empereur des Romains
presentement. Et pour toy ramener a vraie verité et
35que plus auant saches et cognoisses les fais du dit de Meun;
pour toy donner matiere de plus escripre contre lui, se bon te
semble, ou a tes [fol. 88 verso a] satalices [read satellites], qui en
ce fait t’ont boutee, pour ce que touchier n’y osoient ou ne
sauoient, mais de toy veulent faire chappe a pluye; pour dire
40que plus y sauroient que une femme et plus reprimer la renommee
(indeficient entre les mortelz) d’un tel homme,
t’enuoie patentement et hastiuement un pou de tresor
[36] que il
compila pour estre de ses enuieux et de aultres congneu a sa
mort; lequel est incorrect par faulte d’escripuain, qui
pas ne
45l’entendi comme il y pert, et n’ay eu espace ne loisir de le veoir
ne corrigier au long pour la haste et ardeur que j’ay de veoir
ton dessusdit œuure, et
mesmement qu’il est a supposer
corrigier et entendre. Et quant
ad ce qu’il fist du liure de la
50rose, ou plus a lettres et sentences estranges et diuerses, l’as
voulu ou osé chargier, corrigier et reprendre comme ilz dient,
une chose ne vueil oublier ne passer soubz dissimulacion: que
se de ce ne te rappelles et desdis, je, confiant de bonne et vraye
iustice et que verité (qui ne quiert angles) sera
o moy, combien
55que en grans autres occupacions soye de present astraint
et aye esté le temps passé, entreprendray le soustenir contre
tes autres escrips quelconques.
Escript hastiuement, presens
maistres Jehan de Quatre
Mares, Jehan Porchier, conseilliers, et Guillaume de Neauuille,
60secretaire du roy nostre sire, le mardi XIII. jour de septembre,
l’an mil C/iiii et un.
Le tien, tant comme loy d’amistié puet souffire—Gontier
Col, secretaire du roy nostre sire.
VI.
GONTIER COL TO CHRISTINE, REPROVING HER FOR HER ATTITUDE
TOWARDS THE ROMAN DE LA ROSE.
Maistre Gontier Col.
A femme de hault entendement damoyselle Christine.
Pour ce que la diuine escripture nous enseingne et comande
que quant on voit son ami errer ou faire faulte, on le doit
5corrigier et reprendre premierement a part, et se il ne se
veult amender pour celle fois, que on le corrige deuant gent;
et se pour ce ne se veult corrigier, que on le tiengne tanquam
eunucus[37] et publicanus, et je te aime loyaument pour tes [fol.
92 b] vertus et merites, t’ay premierement par une mienne
10lettre, que auant yer t’enuoyay, exortee, auisee, et priee de
toy corrigier et amender de l’erreur manifeste, folie ou demenance
trop grant a toy venue par presompcion ou oultrecuidance
et comme femme passionnee en ceste matiere—ne te
desplaise se ie dy voir. Je ensuiuant le commandement diuin
15ayant de toy compassion par amour charitable te pry, conseille
et requier la seconde fois par ceste moye cedule que ton
dessusdit erreur tu vueilles corrigier, desdire et amender
enuers le tresexcellent et irreprehensible docteur en saincte
diuine escripture, hault philosophe et en toutes les sept ars
20liberaux, clerc tresperfont, que si orriblement oses et presumes
corrigier et reprendre a sa grant charge et aussi enuers ses
vrais et loyaulz disciples Monseigneur le preuost de Lysle
et moy et aultres, et confesser ton erreur. Et nous arons
pitié de toy et te prendrons a mercy en te baillant penitence
25salutaire. Et de ce auec la response de mon aultre lettre te
plaise moy ta bonne voulenté faire sauoir a ton aise et loisir,
auant que ie me mette en peine d’escripre encontre tes faulses
(sauue ta reuerence) escriptures, que de lui tu as voulu escripre.
Et se ores et aultreffois, quant ie te escripray, te appelle en singulier,
30ne te desplaise, ne le me imputes a arogance ou orgueil,
car c’est et a esté tousiours ma maniere, quant j’ay escript a
mes amis, especialment quant sont lettrés. Dieux vuelle
briefment ramener ton cuer et entendement a vraye lumiere
et cognoiscence de verité, car ce seroit dommage se plus demouroies
35en tel erreur soubz les tenebres [fol. 92 verso a]
d’ignorance. Escript ce jeudi XV iour de septembre.
le tien Gontier Col.
Cy apres s’ensuit la response enuoyee au dit maistre Gontier
Col.
VII.
CHRISTINE’S REPLY TO NO. VI.
A
tresnoble et souffisant personne, maistre Gontier Col,
secretaire du roy nostre sire.
O clerc soubtil d’entendement philosophique, stillé es
5sciences, prompt en polie rethorique et subtilité poetique, ne
vueilles par erreur voulontaire reprendre et
reprouuer ma
veritable opinion justement meue pourtant, s’elle n’est a ta
plaisance. Et comme i’ay sceu par tes premieres lettres a
moy enuoiees, tu desirant auoir la copie d’un petit traictié en
10maniere d’epistre de par moy ja enuoyé a sollennel clerc,
monseigneur le preuost de Lisle, ouquel est traictié et dit au
long, selons l’estendue de mon petit engin, l’oppinon de moy
tenue a la siene contraire de la grant louenge qu’il attribue
a la compilacion du Romans de la Rose, comme il m’apparu
15par un sien dictié
adrecé a un soubtil clerc docteur sien ami
contraire a sa dicte oppinion a laquelle la moye se confere, et,
pour vouloir emplir ton bon mandement, le t’ay enuoyé. Parquoy,
apres la veue et visitacion d’ycellui comme ton erreur
pointe et touchee de verité, meu de impatience m’as escript
20tes
deusiesmes lettres plus iniurieuses reprochant [fol. 92 verso
b] mon femenin sexe, lequel tu dis passioné comme par nature
et meu de folie et presompcion d’oser corrigier et reprendre si
hault docteur, si gradué et tant sollennel, comme tu claimes
l’
aucteur d’ycellui. Et de ce moult m’enortes que ie m’en desdie
25et
repente et mercy piteuse sera encore vers moy estendue, ou
se non, de moy sera fait comme du publican, etc. Ha!
homme
close la soubtilleté de ton engin! Regardes droit selon voye
theologienne la plus souueraine, et tu tant ne condempneras
30mes diz ainsi comme les ay escrips, et considereras se louenge
affiert es pas particuliers que ilz reprennent. Et toutefois
et quelles non. Et se tu tant desprises mes raisons pour la
petitece de ma faculté, laquelle tu me reproches de dire comme
35femme passionnee, etc., saches de voir que ce ne tiens ie a villenie
ou aucun reproche pour le renconfort de la noble memoire
et continuele experience de tresgrant foison vaillans femmes
auoir esté et estre tresdignes de louenge et en toutes vertus
apprises, auxquieulx mieulx
vouldroie ressembler que estre
40enrichie de tous les biens de fortune. Mais encore, se a toutes
fins veulz pour ce amenuisier mes vehementes raisons, vueilles
toy reduire a memoire que une petite pointe de ganiuet ou coutelet
puet percier un grant sac plein et enflé de materieles
choses. Et ne sces tu que une petite
mustellete assault un
45grant lion et a la fois le [fol. 93 a] desconfist? Si ne cuides
aucunement moy estre meue ne
desmeue par legiereté par quoy
soye tost desdicte, ja soit ce que en moy disant villennie me
menaces de tes soubtilles raisons, lesquelles choses sont communement
espouentement aux couars. Mais afin que tu
50puisses retenir en brief
ce que au long ay autrefois escript, je
dis derechief et replique et triplique tant de fois comme tu
vouldras que le dit
intitulé Romant de la Rose, nonobstant y
ait de bonnes choses (et de
tant est le peril plus grant comme
le bien y est plus autentique, comme autrefois ay dit) mais,
55pour ce que nature humaine est plus descendent au mal, je dis
qu’il puet estre cause de
mauuaise et peruerse exortacion en
tresabhominables meurs, confortant vie dissolue, doctrine
pleine de deceuance, voie de dampnacion, diffameur
publique,
cause de souspeçon et mescreandise et honte de pluseurs personnes
60et puet estre d’erreur; et tresdeshonneste lecture en
pluseurs pars. Et tout ce ie vuel et ose tenir et maintenir
partout et deuant
tous et prouuer par lui mesmes
et m’en raporter
et attendre au iugement de tous iustes preudeshommes,
theologiens et vrays catholiques, et gens de honneste et saluable
65vie.
la tienne Christine de Pizan.
VIII.
CHRISTINE’S DEDICATORY EPISTLE TO THE QUEEN OF FRANCE.
DEBAT
SUR LE ROMANT DE LA ROSE ENTRE NOTABLES
PERSONNES, MAISTRE GONTIER COL,
GENERAL
A tresexcellent, treshaulte, et tresredoubtee
princesse,
madame Ysabel de Bauiere, par la grace de dieu royne de
10France.
Treshaulte, trespoissant et tresredoubtee dame, toute
humble recommendacion mise auant toute œuure. Et comme
ie aye entendu que vostre tres noble
excellence se delicte
15chose est accroisement de vertus et bonnes meurs a vostre
noble personne; car si comme dit un sage: vertus auec vertus,
sagece auec noblece rendent la personne reuerend, qui puet
ce que telle vertu est trouuee en vostre noble entendement,
20est chose conuenable que dictiez de choses esleues vous soient
presentés comme a souueraine. Pour tant moy simple et
ignorant entre les femmes, vostre humble chamberiere soubz
vostre obeissance, desireuse de vous seruir, se tant valoye en la
confiance de vostre benigne humilité,
suis meue a vous enuoier
25les presentes epistres, esquelles, ma tresredoubtee
dame, s’il
vous plaist me tant honnorer que ouir les daigniez, pourrez
[fol. 87 b] entendre la deligence, desir et voulenté, ou ma
petite poissance s’estent, a soustenir par deffences veritables
contre aucunes oppinions a honnesteté contraires et aussi l’onneur
30et louenge des femmes, laquelle pluseurs clers et autres
se sont efforcés par leurs dictiez d’amenuisier, qui n’est chose
loisible
ne a souffrir ne soustenir. Et combien que foible soie
pour porter tel charge contre si soubtilz maistres, non obstant
ce, comme de verité meue ainsi com ie sçay de certaine science
35leur bon droit estre digne de deffence, mon petit entendement
a voulu et veult soy emploier, comme ycy appert et en autres
miens dictiez, a debatre leurs contraires et accusans. Si
suppli humblement vostre digne haultece que a mes raisons
droicturieres, non obstant que ne les sache conduire et mener
40par si beau language comme autre mieulz le feroit, y vueilliez
tout soit fait
soubz vostre sage et benigne correction. Treshaulte
et tresexcellent, ma tresredoubtee dame, je pri
la vray
Trinité
qu’il vous octroit bonne vie et longue et accomplissement
45de tous voz bons desirs.
La toute vostre treshumble creature—
CHRISTINE DE PIZAN.
IX.
CHRISTINE’S DEDICATORY EPISTLE TO GUILLAUME DE TIGNONVILLE.
A mon treschier seigneur, noble cheualier et sage, messire
Guillaume de Tignonville, preuost de Paris.
A vous monseigneur le preuost de Paris par la grace de
5dieu et prouidence de vostre bon sens esleu a si digne siege et
office comme garde de si haulte iustice, recommendacion auec
obeissance premise, de par moy Christine
de Pizan, foible d’entendement
et la mendre des femmes desireuses vie honneste!
Sauoir vous fais que soubz la fiance de vostre sagece et valeur
10suis meue a vous
segnefier le debat gracieux et non haineux
meu par oppinions contraires entre sollenneles personnes,
maistre Gontier Col, a present general conseillier du roy nostre
sire, et maistre Jehan Johannes preuost de
Lisle et secretaire
du dit seigneur, duquel
dit debat vous pourrez ouir les premisses
15par les epistres enuoyees entre nous, et par les memoires,
preuost, je supplie vostre humilité que non obstant les laborieuses
occupacions de plus grandes et necessaires negoces,
vous plaise par maniere de soulas vouloir entendre les raisons
20de nos discors. Et auec ce suppli la bonne discrete consideracion
de vostre sauoir que vueille discuter et proprement eslire
le bon droit de mon opinion, non obstant ne le sache viuement
disvulguer ne mettre en termes consonans et propices a la
deffense de mon dit droit, si comme aultre mieulx le scaroit.
25Pour ce requier vous tressauent que par compassion de ma
femmenine ignorance vostre humblece s’encline a ioindre a
mes dictiez vraies opinions par si que vostre sagece me soit
force, aide, deffence et appuial contre si notables et esleus
maistres, desquelz les soubtilles raisons aroient en petit d’eure
30mis au bas ma iuste cause par faulte de sauoir soustenir. Et
aliance soie plus hardiement inanimee de continuer la guerre
encommencee contre les diz poissans et fors, et de ce vous
plaise n’estre reffusant pour consideracion de leur grant faculté
35et la moye petite, comme vostre bon sens soit expert qu’il
appartiengne a vostre
office soustenir en tous cas la plus foible
partie par si que cause ait iuste. Aussi, chier seigneur, ne vous
a rimoyer, cestui estre en prose. Car comme la matiere ne le
40requiere autressi, est droit que je suiue le stile de mes assaillans,
combien que mon petit sauoir soit pou respondent a leur belle
eloquence. Si vous ottroit paradis cil qui toutes choses a
crees.
Comme ja pieça paroles fussent meues entre monseigneur le
45preuost de Lisle, maistre Jean Johannes, et Christine de Pizan
touchans traictiez et liures de pluseurs materes, esquelles dictes
paroles le dit preuost ramentut le Romant de la Rose en lui
attribuant tresgrant et singuliere louenge et grant digneté, de
laquel chose en repliquant et assignant pluseurs raisons
la dicte
50dist que (sauue sa reuerence) si grant louenge ne lui appartenoit
aucunement selon son avis.
Item.—
Apres pluseurs jours enuoya le dit preuost a la dicte
Christine la copie de une epistre, laquelle adreçoit a un sien ami,
notable clerc, lequel dit clerc meu de raison estoit de la meismes
auoit le dit preuost escript la dicte epistre, moult notablement
aournee de belle rethorique, et pour estre en deux pars valable,
Item.—
Comme la dicte veu et consideré la dicte epistre
60rescript audit preuost si comme cy apres pourra estre veu.
Item.—Comme apres ces choses venist a cognoiscence a
notable personne maistre Gontier Col, que la dicte Christine auoit
X.
GERSON’S TRACTATUS.