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Fig. 18.—Plan de la nef de l’église de Saint-Maurice, à Angers.

Agen, qui montre les mêmes modifications et l’immense nef—de 19 mètres de largeur—de Saint-Étienne à Toulouse, construite toute en briques, sont autant de preuves, pour ne citer que les plus importantes, de la progression des principes nouveaux dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle.

Vers le Nord la marche est tout aussi générale. Les édifices démontrent le parti que les constructeurs du temps tirèrent de la croisée d’ogives permettant, sous tous les climats, l’emploi judicieux des matériaux les plus divers. Mais il était donné à Angers, son berceau, de perfectionner encore cet ingénieux système.

L’église de la Sainte-Trinité, sur la rive droite de la Maine, construite par les fils ou les disciples des architectes qui avaient bâti Saint-Maurice sur la colline dominant la rive opposée, marque encore un nouveau progrès dans la construction de ces voûtes. La nef, unique comme à Saint-Maurice, est divisée en trois travées, carrées ou à très peu de chose près. Le système des voûtes, dérivant de la coupole sur pendentifs, s’affine en divisant et, par conséquent, en diminuant les

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Fig. 19.—Plan de l’église de la Sainte-Trinité, à Angers.

charges réparties sur les quatre points d’appui principaux par la croisée d’ogives, qui elle-même se trouve

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Fig. 20.—Coupe longitudinale d’une travée de l’église de la Sainte-Trinité, à Angers.

soulagée par un arc-doubleau soutenant les arcs-ogifs à leur point de croisement, c’est-à-dire à la clef.

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Fig. 21.—Coupe transversale d’une travée de l’église de la Sainte-Trinité, à Angers.

La figure 19 donne le plan de ces voûtes dont l’exemple fut bientôt suivi par les architectes du Nord, car la grande église abbatiale de Noyon paraît avoir été une des premières copies de la nouvelle transformation des voûtes angevines.

De grandes églises abbatiales et d’immenses cathédrales élevées de la seconde moitié du XIIᵉ siècle jusqu’au milieu du XIIIᵉ prouvent, par la disposition de leurs voûtes sur plan carré, l’importance du perfectionnement réalisé à la Sainte-Trinité d’Angers; car il faut en constater l’application dans les églises ou cathédrales de Noyon, de Laon, de Notre-Dame de Paris, de Sens et de Bourges, pour ne parler que de celles qui passent pour les chefs-d’œuvre de l’architecture dite gothique.

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Fig. 22.—Coupe d’une église à nef unique voûtée sur croisée d’ogives et maintenue par des contreforts.

L’influence de la coupole, que nous avons établie au chapitre premier, s’est exercée directement et consécutivement. Elle est directe sur les églises à une seule nef voûtées sur croisée d’ogives, et consécutive dans les églises de l’époque dite romane, qui furent complétées ou modifiées par le voûtement sur croisée d’ogives en pierre appareillée de la nef centrale, remplaçant la charpente. Un grand nombre d’édifices, en Angleterre, en Normandie, en Allemagne, dans l’Italie du Nord, en Suisse, dans les provinces rhénanes et celles du nord de la France, fournissent des documents des plus intéressants sur les transformations qu’ils ont subies après l’invention de la voûte sur croisée d’ogives et son application générale.

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Fig. 23.—Coupe d’une église à trois nefs voûtée sur croisée d’ogives et maintenue par des arcs-boutants.

Les architectes, instruits aux grandes écoles des abbayes, fortifiés par les travaux de leurs devanciers et par leur propre expérience, construisirent de toutes parts d’immenses cathédrales dans lesquelles tous les perfectionnements connus furent appliqués avec une hardiesse incomparable. De progrès en progrès, ils abandonnèrent les traditions antiques et, changeant les conditions statiques qui ont assuré la durée des édifices anciens, ils inventèrent un système de construction qui n’est qu’une charpente de pierre, pour ainsi dire; son expression, c’est l’étai permanent en pierre,—l’arc-boutant;—sa loi, c’est l’équilibre, qui n’est assuré qu’à l’aide de stratagèmes architectoniques des plus ingénieux, mais aussi des plus précaires (fig. 22 et 23). Son existence ou sa durée dépend le plus souvent de la qualité des matériaux et de leur degré de résistance, l’organe essentiel, c’est-à-dire la partie portante, l’étai permanent, le soutien suprême dont l’écroulement entraînerait la ruine totale de l’édifice étant à l’extérieur et, par conséquent, plus exposé à toutes les causes de destruction que la partie portée, c’est-à-dire les voûtes, mieux protégées, puisqu’elles se trouvent à l’intérieur de l’édifice.

Les grands édifices construits par ces nouveaux procédés architectoniques comprenaient une nef centrale accompagnée de deux et même de quatre bas côtés. Il fallait éclairer ces immenses vaisseaux, d’abord par des fenêtres basses pour les collatéraux, puis par des fenêtres hautes. Par conséquent, il était nécessaire de surélever la voûte de la nef centrale, et surtout de la contrebuter par des arcs libres, en forme de quart de cercle, c’est-à-dire des arcs-boutants. Ces arcs, surmontés de rampants obliques, faisant fonction d’étais permanents, butent leurs sommets ou clefs sur les flancs des piles recevant le faisceau des retombées des arcs, formerets, doubleaux et croisées d’ogives, aux points de leurs poussées; les bases, ou sommiers de ces arcs libres, reposent sur des contreforts qui, fortement chargés pour neutraliser les effets de renversement des voûtes et des arcs, maintiennent en équilibre toutes les parties actives de l’ossature intérieure de l’édifice.

CHAPITRE V

ORIGINE DE L’ARC-BOUTANT.

Le mode primitif de voûtement adopté dans les provinces du centre de la France pour la construction des églises à trois nefs, dont la principale était voûtée en berceau plein cintre, maintenue par des demi-berceaux, nécessitait des formes basses et lourdes; l’édifice éclairé seulement par les fenêtres des bas côtés, la nef principale était par conséquent fort sombre. Les architectes normands, en Normandie d’abord et en Angleterre après la conquête, avaient tourné la difficulté en ne voûtant que les bas côtés à un ou à deux étages, et en élevant librement les murs latéraux de la nef centrale, qui était couverte par une charpente apparente et permettait d’éclairer la nef principale par des fenêtres ménagées au-dessus des toitures en appentis couvrant les bas côtés.

La galerie disposée latéralement au premier étage des collatéraux, dans les églises normandes de forme basilicale, n’est qu’une suite des traditions antiques[10]; elle est désignée sous le nom moderne de triforium, parce que chaque travée de cette galerie intérieure, entre les piles principales, était originellement—dit-on—divisée en trois parties par des pilastres supportant des plates-bandes, ou par des colonnettes recevant de petites arcades.

Vers la fin du XIᵉ siècle, les constructeurs normands élevaient des deux côtés du détroit d’immenses églises dont les bas côtés, voûtés d’arêtes, étaient surmontés d’une galerie couverte—comme les basiliques primitives—par une charpente apparente, de même que la nef centrale. Les travées étaient marquées, dans cette nef et dans les bas côtés des galeries supérieures latérales, par des arcs-doubleaux servant de soutènements à ceux du vaisseau principal. Mais, après l’adoption générale, vers le milieu du XIIᵉ siècle, des méthodes angevines pour le voûtement des édifices religieux, le rôle des murs et des arcs de soutènement latéraux devint plus actif, parce que ces murs et arcs devaient contrebuter l’arc-doubleau, ainsi que les arcs-ogifs ou croisées d’ogives retombant sur les piles, et qui augmentaient encore l’énergie des poussées de ces arcs réunis.

C’est alors que les murs transversaux des bas côtés ou les arcs-doubleaux se modifient et deviennent des arcs de soutènement cachés sous la toiture des collatéraux.

Nous avons vu cette modification à l’Abbaye-aux-Dames de Caen[11]; la figure 24 nous en donne un exemple, et on peut, en Angleterre, la suivre dans un grand nombre d’autres églises, en Italie à Pavie, en

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Fig. 24.—Église de Durham (Angleterre).—Coupe transversale.

Suisse à Zurich, sur les bords du Rhin à Bâle, pour ne citer que quelques-unes des églises dans lesquelles la modification des voûtes s’est opérée longtemps après la construction de l’édifice même.

En France, Noyon présente un sujet d’études des plus intéressantes, parce qu’il paraît être un des premiers grands édifices résumant, à l’époque de sa construction,

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Fig. 25.—Église de Noyon.—Plan.

vers le dernier quart du XIIᵉ siècle, les progrès réalisés par les architectes de l’Ile-de-France. On trouve réunies, dans ce curieux édifice, les traditions antiques suivies par les Normands pour les triforiums; les méthodes angevines qui se manifestent par les voûtes sur croisée d’ogives dérivant de la coupole, et perfectionnées par celles de la Sainte-Trinité d’Angers, c’est-à-dire par les voûtes sur croisée d’ogives, mais disposées sur plan carré, reportant les charges sur les piles principales et soulagées par un arc-doubleau intermédiaire. On voit apparaître l’arc de soutènement intérieur sous la toiture du collatéral, et qui se confond à sa naissance avec l’arc-doubleau latéral, afin de maintenir les poussées des arcs-doubleaux et croisées d’ogives formant les voûtes du vaisseau principal.

On a dit que Noyon procède de Tournai, sans doute parce qu’on n’en considère que l’aspect; mais là s’arrête la ressemblance, car le mode de construction n’est pas semblable. A Tournai, les transsepts semi-circulaires nord et sud sont voûtés par des arcs-doubleaux très puissants, réunis au centre par une clef en couronne appareillée, et au pourtour par des voûtains en pénétration reliant les arcs-doubleaux, disposition très ingénieuse qui rappelle la voûte de la salle des Capitaines au-dessus du porche de l’église du Moustier, à Moissac.

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Fig. 26.—Église abbatiale de Noyon.—Coupe transversale.

La combinaison de ces arcs-doubleaux, fortement établis à l’intérieur et solidement maintenus par les murs très épais du circuit formant culée, est très particulière, car elle ne nécessite aucun arc de soutènement ni même de contrefort. Tournai n’a donc pas engendré Noyon, car, dans ce dernier édifice, les voûtes, construites sur croisée d’ogives, devaient être contrebutées par des contreforts ou des arcs apparents ou cachés, pour soutenir les poussées de ces voûtes au-dessus des arcs-doubleaux latéraux.

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Fig. 27.—Église de Tournai (Belgique).—Vue extérieure du transsept nord vers l’Escaut.

Mais ces dispositions ingénieuses n’avaient pas modifié le mode de soutènement suivi par les constructeurs du XIIᵉ siècle, même après l’adoption des voûtes sur croisée d’ogives, et qui consistaient en des contreforts, des murs ou des arcs dissimulés sous les toitures des collatéraux.

C’est à Soissons que nous voyons les premières applications d’un système architectonique, dont le caractère particulier est l’arc-boutant.

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Fig. 28.—Église du Moustier, à Moissac. Voûte de la salle, dite des Capitaines, au-dessus du porche.

Le transsept sud de la cathédrale de Soissons procède évidemment de Noyon comme parti de construction déterminé par les bas côtés à deux étages et la

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Fig. 29.—Église de Tournai (Belgique). Vue intérieure du transsept nord.

forme semi-circulaire; mais le voûtement sur croisée d’ogives dans les deux églises s’est affiné à Soissons. Réduites à leur plus simple expression de force par la délicatesse nerveuse de l’appareil, les voûtes n’en exercent pas moins fortement leurs poussées dans la partie qui se dégage au-dessus de la galerie haute.

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Fig. 30.—Cathédrale de Soissons. Transsept sud. Coupe de l’arc-boutant.

L’architecte de Soissons ne s’est pas contenté, comme à Noyon, de maintenir latéralement la voûte par des arcs intérieurs combinés avec les arcs-doubleaux du triforium, butant sur un contrefort qui vient épauler le flanc de la nef centrale, il a construit à l’extérieur des arcs libres, naissant au-dessus des combles du triforium, des contreforts, et divisant chacune des travées, c’est-à-dire des arcs-boutants, accusant franchement leur destination effective et leurs fonctions spéciales, qui sont de contrebuter les arcs et les voûtes intérieures aux points de leurs poussées.

L’arc-boutant, combiné avec la croisée d’ogives, en donnant l’essor à un système qui a créé d’immenses édifices qu’il faut admirer, étudier surtout, mais non refaire, prouve la merveilleuse habileté des architectes des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles et en même temps les dangers d’un rationalisme—plus apparent que réel,—qu’ils ont poussé à son extrême limite en s’affranchissant de tout principe traditionnel

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Fig. 31.—Vue perspective du transsept sud (cathédrale de Soissons)[12].

et, par conséquent, de toute autorité. Il semble que les constructeurs de ce temps, depuis Noyon, Soissons, Laon, Paris, Sens et Bourges, s’enhardissant à Reims, à Amiens, au Mans, jusqu’à la suprême folie architectonique de Beauvais, se soient ingéniés, en renchérissant les uns sur les autres, à créer des monuments aussi étonnants par leurs dimensions que par les problèmes d’équilibre qu’ils ont posés, sinon résolus.

CHAPITRE VI

ÉGLISES ET CATHÉDRALES DES XIIᵉ ET XIIIᵉ SIÈCLES.

L’étude des grands édifices du moyen âge est des plus attachantes, mais il faut convenir qu’elle est en même temps des plus difficiles. L’obscurité qui couvre l’origine de ces monuments est profonde et souvent impénétrable.

L’indécision sur la date de leur construction doit provenir de ce que la date de fondation d’un édifice est souvent prise pour celle de sa consécration; généralement il a été construit, puis simplement modifié plutôt que complètement réédifié sur le même emplacement consacré.

La cause principale de la destruction partielle ou totale de ces édifices religieux était la foudre. Tombant sur le clocher, sur la tour ou sur la toiture, elle incendiait la charpente de la nef centrale, ce qui n’était qu’un accident réparable; mais la charpente s’écroulant, les bois incandescents calcinaient les piles et entraînaient la ruine de l’édifice; on le restaurait alors ou on le reconstruisait selon les usages du temps. De sorte que, suivant que les notes historiques sont plus ou moins authentiques ou que les faits sont traduits plus ou moins fidèlement, il résulte souvent une confusion pour les monuments disparus ou une contradiction entre les relations transmises et les édifices qui existent encore.

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Fig. 32.—Église de Laon.—Plan.

Rajeunir les monuments ou le plus souvent les vieillir, suivant des théories intéressées, est d’autant plus facile qu’on n’a pas à redouter le démenti des auteurs; car, à part quelques exemples, il est souvent difficile d’assigner une date exacte à la construction des grandes églises abbatiales et des cathédrales, ou, si l’on peut fixer ces dates, on ne connaît pas exactement les auteurs de ces magnifiques monuments. Cet anonymat s’expliquerait peut-être par ce fait que les architectes étaient des religieux et que l’honneur de leurs travaux s’attachait à la corporation même, à l’ordre tout entier plutôt qu’aux individus, membres de l’ordre qui, presque toujours, avaient fait vœu d’humilité.

Les savants modernes, architectes et archéologues les plus autorisés, n’ont pas encore fait la lumière totale sur cette question; ils procèdent la plupart du temps par des hypothèses ingénieuses, par des raisonnements savamment déduits, qui ne donnent pas cependant des dates absolument sûres. Mais ce qui ne trompe pas, c’est l’étude architectonique qu’il faut faire de l’édifice même, sans négliger, bien entendu, les documents historiques; elle établit que l’art a suivi au moyen âge, comme en tout temps, les lois immuables de la filiation et de la transformation; elle montre le parti adopté par les constructeurs, leurs recherches, leurs hésitations, leurs erreurs et leurs repentirs même.

C’est sur ces documents certains qu’il convient d’étudier l’origine d’un édifice et ses transformations successives, ce qui a eu lieu plus souvent qu’une reconstruction totale; car ce n’est qu’à partir du commencement du XIIIᵉ siècle que l’on construisit de toutes pièces ces grandes églises, ces immenses cathédrales qui existent encore en grand nombre[13].

Les grandes églises abbatiales élevées dans le domaine royal pendant les dernières années du XIIᵉ siècle, continuées et achevées dans les premières années du XIIIᵉ, conservent des traditions plus anciennes.

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Fig. 33.—Église de Laon. Vue intérieure de la nef.

A Laon, qui procède de Noyon et du transsept sud de Soissons, l’église se compose d’une nef, avec transsepts, et de bas côtés à deux étages, voûtés sur croisée d’ogives, au-dessus desquels s’élèvent des arcs-boutants—comme à Soissons—qui maintiennent les voûtes supérieures du vaisseau central.

Cette disposition des bas côtés prouve la continuité

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Fig. 34.—Église de Laon. Façade principale.

des formules normandes, de même que le mode de

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Fig. 35.—Église de Laon.—Façade de l’abside.

construction des voûtes principales démontre l’influence persistante de la coupole[14].

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Fig. 36.—Église de Laon. Coupe sur la nef.

La voûte centrale, admirablement construite sur plan carré comprenant deux travées, selon les méthodes angevines dérivant directement de la coupole aquitaine, indique que, si les constructeurs de l’église de Laon étaient en pleine possession de ces méthodes, ils éprouvaient encore quelques inquiétudes sur les fonctions de l’arc-boutant. Celui-ci est nécessaire au droit des piles recevant les retombées réunies des arcs-doubleaux et des croisées d’ogives, mais il n’est pas rationnel que la pile intermédiaire qui ne reçoit que l’arc-doubleau de secours, secondaire par conséquent, soit contrebuté par un arc-boutant semblable à celui des piles principales qui reçoivent en même temps les arcs-doubleaux et les croisées d’ogives.

Cet illogisme, si frappant à Laon, ne s’est pas manifesté à Noyon où les architectes—ceux de la construction primitive,—avaient accusé extérieurement les fonctions des piles principales par des contreforts plus saillants et plus puissants que ceux des piles secondaires.

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Fig. 37.—Notre-Dame de Paris. Plan.

Notre-Dame de Paris, commencée vers la fin du XIIᵉ siècle et achevée, sauf les chapelles, dans la première moitié du XIIIᵉ, suit, comme à Laon, les mêmes traditions normandes dans la disposition des galeries hautes des bas côtés et subit encore l’influence de la coupole par le parti des voûtes sur plan carré comprenant deux travées et contrebutées aussi illogiquement qu’à Laon.

Cet immense édifice, composé d’une nef et de doubles bas côtés de hauteur égale, contournant le chœur semi-circulaire, paraît être une des premières cathédrales à cinq nefs; il marque par son plan grandiose, par la hardiesse de ses combinaisons et la perfection de ses détails, de sa construction, les progrès considérables réalisés par les architectes de l’Ile-de-France.

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Fig. 38.—Notre-Dame de Paris.—Coupe de la nef.

Le parti de construction pour les galeries hautes intérieures, voûtées sur croisée d’ogives, rampantes afin d’éclairer la galerie au-dessus de la toiture des appentis couvrant le deuxième bas côté, ainsi que la hardiesse des arcs-boutants à grande volée franchissant les deux bas côtés contrebutant les grandes voûtes du vaisseau central, démontrent que les constructeurs de Notre-Dame de Paris avaient adopté, même dans leurs excès, les diverses méthodes en usage et qu’ils les employaient avec une habileté et une adresse incomparables.

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Fig. 39.—Notre-Dame de Paris. Arcs-boutants et tour sud.

Les traditions normandes qui s’étaient propagées dans l’Ile-de-France s’éteignent dans les premières années du XIIIᵉ siècle. A Châlons-sur-Marne, la nef de la cathédrale est encore accompagnée de bas côtés à deux étages; mais la galerie haute, voûtée, rétrécie, montre la fin de cette disposition traditionnelle.

L’influence de la coupole s’est maintenue plus longtemps par le parti adopté pour la construction des voûtes. Langres le prouve par la forme bombée de ses voûtes, qui, malgré leur plan rectangulaire, semblent être une copie réduite des nefs angevines.

Les nefs de Sens et de Bourges sont encore voûtées

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Fig. 40.—Cathédrale de Sens. Plan d’une travée.

Voûtes sur plan carré comprenant deux travées.

sur plan carré reportant, par la croisée d’ogives, les charges des voûtes de deux en deux piles, la pile intermédiaire ne soutenant que l’arc-doubleau, de secours, dont nous avons déjà parlé. Cependant les arcs-boutants extérieurs sont semblables, aussi forts pour les piles principales que pour les piles intermédiaires, disposition plus prudente que logique, qui prouve une fois de plus avec quelle défiance les constructeurs employaient ce système de soutènement extérieur, caractérisé par un arc libre exposé à tous les dangers des intempéries, l’existence même de l’édifice étant subordonnée à la durée d’un étai aussi fragile.

La cathédrale de Sens est un exemple d’une nouvelle transformation qui s’opère par la suppression de la galerie haute des collatéraux. Les bas côtés sont voûtés et couverts par une toiture en appentis; l’arc-boutant à simple volée s’élève au-dessus et vient contrebuter les voûtes de la nef centrale. L’édifice est solidement établi; sa structure est savante, mais elle est aussi illogique qu’à Laon et à Paris, parce que les arcs-boutants qui sont égaux extérieurement ne répondent pas à leurs véritables fonctions, puisque les poussées intérieures ne sont pas égales.

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Fig. 41.—Cathédrale de Sens.—Coupe d’une travée de la nef.

La cathédrale de Bourges, qui paraît avoir été construite, si elle n’a pas été achevée, dans la première moitié du XIIIᵉ siècle, montre une autre disposition que celle de Sens. L’édifice comprend cinq nefs et rappelle, en plan, Notre-Dame de Paris; mais le parti est très sensiblement différent. Les bas côtés joignant la

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Fig. 42.—Cathédrale de Sens. Vue intérieure des travées latérales.

nef centrale ne sont plus surmontés d’un étage, ni égaux en hauteur; les deux nefs latérales s’étagent afin de ménager des jours éclairant l’église (fig. 43). Le vaisseau central est encore voûté sur plan carré comprenant deux travées; mais le même illogisme que nous avons constaté plusieurs fois déjà, et sur lequel nous croyons devoir insister afin de le mieux connaître après une étude approfondie, s’accuse encore plus à Bourges que partout ailleurs, en raison de l’importance extrême des arcs-boutants dont les doubles volées franchissent les collatéraux.

A Bourges, comme à Sens, la partie intérieure comprise entre le sommet des archivoltes basses et la base des fenêtres hautes: frise, litre,—ou triforium, selon la désignation moderne,—n’est plus qu’une décoration traditionnelle composée d’arcatures formant galerie de passage et occupant à l’intérieur la hauteur prise à l’extérieur par la toiture adossée des bas côtés. A Sens, cette galerie est simple; à Bourges, elle

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Fig. 43.—Cathédrale de Bourges.—Coupe sur la nef.

est double par la disposition très particulière résultant de l’étagement des bas côtés, qui paraît être une application des méthodes angevines et poitevines, très habilement combinées avec celles de l’Ile-de-France.

CHAPITRE VII

CATHÉDRALES DU XIIIᵉ SIÈCLE.

La cathédrale de Reims, commencée dans les années qui suivirent la destruction de l’église primitive par l’incendie de 1211, est la superbe expression des inventions antérieures des constructeurs de l’Aquitaine et de l’Anjou, réunies à celles des architectes de l’Ile-de-France. Elle est la manifestation la plus complète de leurs efforts persévérants pour établir un système de construction, qui a comme principe de maintenir en équilibre un édifice dont les poussées des voûtes, sur croisée d’ogives, sont contrebutées par des arcs-boutants extérieurs.

Les architectes du XIIIᵉ siècle en ont démontré la témérité, le danger même; car, malgré des efforts et des tentatives admirables, ils ne sont pas arrivés à fixer les règles scientifiques de leurs combinaisons, l’équilibre des monuments qu’ils ont élevés étant subordonné à la résistance variable des matériaux et suivant que ces matériaux de même nature, formant l’ossature intérieure ou extérieure de l’édifice, sont exposés ou soustraits à l’action du climat et de ses effets destructifs.

Les dangers de ce mode de construction apparaissent plus visiblement à Reims que partout ailleurs, en raison des dimensions colossales de l’édifice. Cependant, la disposition des arcs-boutants est plus logique que dans les églises et les cathédrales de Laon, de Paris, de Sens et de Bourges, parce que les travées étant sur

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Fig. 44.—Cathédrale de Reims. Plan.

un plan rectangulaire, la poussée des voûtes intérieures, sur croisée d’ogives, répartie également sur les piles recevant le faisceau des retombées des arcs, est contrebutée régulièrement par les arcs-boutants extérieurs, de dimension et de force égales. Mais cette disposition, logique en apparence par la structure rationnelle des arcs-boutants placés aussi exactement que possible aux points des poussées, n’en est pas moins précaire comme système de soutènement, son extrême fragilité l’exposant à des accidents résultant de l’usure constante de la pierre sous un double effet: actif par ses fonctions d’arc et passif par suite de sa désagrégation incessante causée par les intempéries. Et ce qui le prouve ici, c’est la réfection en sous-œuvre qu’il a fallu faire, dans ces dernières années, des arcs-boutants de la nef, pour assurer la conservation de l’immense édifice, qui ne peut exister qu’à la condition d’être arc-bouté par des étais permanents, sous forme d’arcs-boutants.

Mais ce qu’il faut admirer sans réserve à Reims, c’est la conception grandiose de l’œuvre et sa puissante exécution, c’est la magnifique ordonnance de sa façade occidentale et la parfaite convenance de l’ornementation, étudiée et appliquée avec autant de sobriété que de justesse, qui fait de la statuaire[15], des chapiteaux, des frises, des crochets et des fleurons autant d’exemples de l’art décoratif du moyen âge.

La cathédrale d’Amiens, commencée vers 1220, l’une des plus grandes cathédrales de l’époque dite gothique, et celle qui passe pour en être le chef-d’œuvre, procède directement de Reims. Le plan présente le même parti, avec cette particularité que le chœur a pris à Amiens une importance très considérable par rapport à la nef et que les piles et les points d’appui sont plus faibles et d’une hauteur beaucoup plus grande.

Les architectes de Reims, préoccupés des problèmes d’équilibre posés par leur système de construction, avaient cherché à réduire au minimum ses dangers, qu’ils semblaient redouter comme leurs prédécesseurs, en évitant sagement tout porte-à-faux. Il est facile de voir, par la comparaison des deux coupes (fig. 45 et 48), que les architectes d’Amiens n’ont pas eu les mêmes inquiétudes, ou qu’ils étaient beaucoup plus hardis, sinon plus savants; car ils n’ont pas craint d’échafauder les colonnes isolées supportant les clefs des arcs-boutants, sur des encorbellements latéraux qui portent à faux, ainsi que l’indique la ligne ponctuée X, sur les piles; la hardiesse ou plutôt l’imprudence de cette combinaison est évidente, car l’écrasement d’une assise ou l’affaissement d’une partie de la pile, sur laquelle sont basés ces encorbellements, entraînerait inévitablement la rupture des arcs-boutants, qui sont les étais suprêmes des voûtes intérieures et, comme conséquence logique, le déséquilibrement,

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Fig. 45.—Cathédrale de Reims. Coupe sur la nef.

pour ainsi dire, de tout l’ouvrage et

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Fig. 46.—Cathédrale de Reims.—Arcs-boutants du chœur.

fatalement la ruine totale de l’édifice. Les dangers de ces

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Fig. 47.—Cathédrale d’Amiens. Plan.

combinaisons ou, plus exactement, de ces tours de force d’équilibre se sont manifestés et prouvés à Beauvais. Les architectes qui construisirent, vers 1225, le chœur de la cathédrale, tout en s’inspirant de celle d’Amiens, avaient marqué l’intention d’élever un monument dépassant en plan et en élévation toutes les grandes églises en construction à cette époque. Ils augmentèrent la largeur du chœur et des travées qui le composent en élevant, sur les clefs des archivoltes inférieures, des piles intermédiaires, afin de diviser, au-dessus, les travées et de soulager la voûte par des arcs-doubleaux

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Fig. 48.—Cathédrale d’Amiens. Coupe sur la nef.—Arcs-boutants.

de secours. Ils donnèrent une hauteur exagérée aux archivoltes et aux grandes fenêtres en diminuant leurs épaisseurs, afin d’obtenir plus de légèreté, et la voûte de la nef centrale s’éleva à plus de cinquante mètres au-dessus du sol. Cette hauteur énorme et dont l’exagération, par rapport à la largeur du vaisseau, est évidente, nécessita un système compliqué d’arcs-boutants, dépassant en hardiesse tout ce qui avait été fait jusqu’alors. La coupe (fig. 51) peut donner une idée exacte de ce qu’on a appelé, justement, une folie, et ce qui doit étonner, c’est que cette construction ait duré, étant donnée la disposition des piles intermédiaires portant à faux, indiquée par la ligne ponctuée X (fig. 51), de moitié de leur épaisseur sur les

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Fig. 49.—Cathédrale de Beauvais.—Abside.

piles inférieures qui se sont déformées sous la charge, qui ont dû être étrésillonnées et qui devront être

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Fig. 50.—Cathédrale de Beauvais. Façade nord.

consolidées.

Cependant, le chœur fut achevé vers 1270 et se maintint pendant quelques années; mais des désordres se produisirent dans ces constructions, si légèrement établies qu’elles semblaient être un échafaudage de pierres, et les voûtes s’écroulèrent le 29 novembre 1284, entraînant dans leur chute une partie des arcs-boutants, disloquant et ébranlant le reste de l’édifice. Il fallut alors, en reconstruisant les voûtes, doubler les points d’appui dans les travées du chœur et des bas côtés et relier les arcs-boutants par des chaînages en fer.

Pendant le XIIIᵉ siècle, un grand nombre de cathédrales s’élevèrent dans toute l’Europe, à l’exemple des grands édifices du nord de la France et particulièrement d’Amiens, qui paraît avoir excité, vers le milieu du XIIIᵉ siècle, un grand enthousiasme, mais sur des dimensions plus modestes; ils ne présentent pas d’ailleurs les dimensions exagérées, ni les hardiesses de construction de leur modèle. Ces églises et ces cathédrales, dont la reconstruction suivant les nouvelles méthodes

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Fig. 51.—Cathédrale de Beauvais. Coupe transversale.

commençait généralement par le chœur, qui venait se joindre à une nef plus ancienne, étaient loin d’être terminées; les plus favorisées s’achevèrent dans le courant du XIVᵉ siècle,

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Fig. 52.—Cathédrale de Chartres.—Rose du transsept nord.

mais, pour la plupart, les travaux furent continués péniblement et ne prirent fin que deux siècles plus tard. Dans un grand nombre d’édifices, les travaux de reconstruction furent interrompus par suite des guerres ou des convulsions sociales, diminuant ou supprimant les ressources des constructeurs, évêques et architectes, circonstances favorables aux études archéologiques modernes, parce qu’elles permettent de constater les transformations qui se sont accomplies sans interruption