Constantinople ne comprenait d’abord que cinq collines. Mais, vu l’extrême rapidité avec laquelle la population augmenta, Théodose II jugea nécessaire d’entourer d’une seconde ceinture de murailles les quartiers qui se trouvaient en dehors de la première enceinte, construite par Constantin le Grand. Tous ces quartiers qui occupaient l’espace compris entre les murs constantiniens et les murs théodosiens furent appelés d’abord χώρα (la campagne) et aussi ἐξωκιόνιον.
Voici quelle était l’origine de ce nom. Les gardes goths, ariens comme leur empereur Constance, avaient voulu par la suite rester fidèles à l’arianisme. Théodose Ier, protecteur de l’orthodoxie, ne leur permit d’habiter qu’en dehors des murs. Comme à l’intérieur des murs constantiniens se dressait une colonne (Kion) de Constantin, les Goths furent appelés Exokionites, «ceux qui habitent en dehors de la colonne», et leur camp, Exokionion. Cette partie de la ville, assignée aux sept corps gothiques, fut divisée en sept quartiers appelés (d’après M. Dethier) Deuteron, Triton, Pempton, Hebdomon, etc.[22] Plus tard, quand l’émigration des peuples des Balkans, fuyant devant Attila, vint augmenter la population de ces quartiers extérieurs. Le préfet Anthémius, sous le règne de Théodose II, entoura cette partie de la cité d’une nouvelle muraille. Après la construction des murs théodosiens, la ville comprit sept collines; semblable à Rome, elle fut divisée, dans sa partie ancienne construite par Constantin, en quatorze régions, quartiers ou arrondissements. Chaque région était gouvernée par un curator ou régionarchis, ayant sous ses ordres un diangeleas (officier d’ordre), cinq deutereuontai ou topoteretai (gardiens de nuit).
[22] Cf. Dr Mordtmann, Esquisse topographique de Constantinople.—Dethier, Le Bosphore et Constantinople.
Région I.—La première région commençait à la porte de Sainte-Barbe et, passant au sud-est de l’Hippodrome, s’étendait jusqu’à Saint-Serge et Bacchus. Le rocher de l’Acropole, qui portait jadis un temple dédié à Jupiter, l’Augustéon et l’Hippodrome la séparaient de la deuxième et de la troisième région. Elle contenait 29 rues, 118 maisons, 2 emboloi (rues à portiques), 4 bains publics, 2 bathra (endroits où l’on distribuait du pain au peuple).
Région II.—La deuxième région comprenait l’Acropole, le Sénat, l’église de Sainte-Sophie, celle de Sainte-Irène et l’Augustéon; elle comptait 34 rues, 98 maisons, 4 marchés couverts, 4 bathra.
Région III.—La troisième région commençait aux thermes de Zeuxippe, renfermait l’Hippodrome et la partie sud de la rue centrale appelée Mésè (Divan Yolou), et descendait jusqu’à la mer. Le port Sophien ou Portum Novum, appelé actuellement Cadriga limani, faisait partie de cette région. Elle comprenait 7 rues, 98 maisons, 4 rues à portiques et 4 bathra.
Région IV.—La quatrième région était bordée sur un petit parcours par la rue principale; elle descendait jusqu’à l’échelle de Timasus, au bord de la Corne d’Or, en suivant les murs. Cette région comprenait le Miliaire[23], l’église de Saint-Jean-l’Apôtre, le Diippion, les Chalcopratia, 32 rues, 375 maisons, 4 marchés (rues à portiques).
[23] Le Miliaire, qui était une des portes terrestres de l’ancienne petite ville de Byzas, a été indiqué dans le plan de M. Labarte au milieu de l’Augustéon (l’espace compris entre le sénat, l’hippodrome et Sainte-Sophie). Mais le Dr Mordtmann prouve que la place du Miliaire doit être cherchée à l’ouest de Sainte-Sophie, au nord des Thermes de Zeuxippe et au commencement de la rue centrale.
Région V.—La cinquième région était limitée d’un côté par la troisième et de l’autre par la quatrième. On y trouvait, au bord de la Corne d’Or, le Portus Prosphorianus et l’échelle de Chalcédoine (Sirkedji-Iskelessi) où se déchargeaient les denrées alimentaires; le Stratégium, (emplacement de la Sublime Porte) était situé dans cette région.
Région VI.—La sixième région occupait tout l’espace compris entre la deuxième et la troisième colline, depuis le forum de Constantin jusqu’à la Corne d’Or. Le port et l’échelle de Neorium se trouvaient dans cette région. Les quartiers de la cinquième et de la sixième région furent assignés plus tard aux colonies génoise et vénitienne.
Région VII.—La septième région était limitée au nord par la rue centrale et s’étendait depuis le forum de Constantin jusqu’au forum Tauri. Au sud, elle descendait jusqu’à la Propontide et renfermait le port de Contoscalion.
Région VIII.—La huitième région occupait tout le plateau de la troisième colline, depuis le forum de Constantin jusqu’aux hauteurs de la Corne d’Or. Elle n’aboutissait pas à la mer. Du côté de la Corne d’Or, les pentes raides de la troisième colline la séparaient de la sixième région, qui comprenait les quartiers des Vénitiens. A l’est, elle s’étendait jusqu’au Macros Embolos (Ouzoun-tcharchi).
Région IX.—La neuvième région, qui se trouvait sur le versant méridional de la troisième colline, était séparée de la septième région par la rue portant actuellement le nom de Tavchan-Tach Yocouchou et bordée à l’ouest par la rue principale qui descendait du quartier Philadelphium au forum Bovis et de là au port Théodosiaque, situé dans la douzième région.
Région X.—La dixième région comprenait tous les quartiers situés sur le versant occidental de la troisième colline. C’était la région extrême près des murs constantiniens. Elle touchait du côté de l’occident à la rue principale et avait comme limite la colonne de Marcien (Kiz-Tachi), le Nympheum Majus (probablement Sou-Terazisi) et le plateau où s’élevait l’église des Saints-Apôtres et qui faisait partie de la onzième région.
Région XI.—La onzième région était située sur le versant occidental de la quatrième colline et descendait jusqu’à la vallée du Lycus. Elle s’étendait jusqu’au forum Bovis (Ak-Seraï) où la douzième, onzième et neuvième régions se rencontraient. La vallée du Lycus séparait la onzième région de la douzième. Comme la huitième, la onzième ne touchait pas à la mer.
Région XII.—La douzième région, qui était bordée par le petit fleuve du Lycus, touchait du côté de l’ouest aux murs de Constantinople. Elle comprenait tous les quartiers de la septième colline qui s’étendaient jusqu’aux bords de la Propontide. Le grand port de Théodose (Vlanga) et la colonne d’Arcadius faisaient partie de cette région.
Pl. 10.
Région XIII.—La treizième région se trouvait sur la pointe séparée de la ville par la Corne d’Or et qu’on appelait Sycae (figuiers), l’actuelle Galata.
Région XIV.—La quatorzième région comprenait les quartiers des Blaquernes et se trouvait hors des murs constantiniens. Cette région était séparée de la dixième région par des terrains vagues qui longeaient les rives de la Corne d’Or.
Sur la première colline de la ville s’élevait l’ancienne Acropole construite par Sévère. Dans l’antiquité, on y donnait les jeux publics. Après la conquête de Constantinople, les Turcs y construisirent le Serai actuel (Top Kapou ou Seraï Djedid).
Une grande rue principale, appelée Mésè, traversait la ville d’un bout à l’autre. Cette rue commençait à l’Augustéon, grande place, sorte d’atrium public, à côté de Sainte-Sophie, entouré de portiques à doubles colonnades, où l’on vendait des livres et qui garantissaient les passants contre le soleil et la pluie. Du côté oriental de l’Augustéon se trouvaient les murs du palais avec la grande porte de Chalké et la porte dite Monothyros. Les colonnades construites par Constantin ayant été détruites avec le temps, Justinien les avait reconstruites. Le sol était pavé de grands blocs de pierre. Cette rue passait du côté nord par l’Hippodrome et, suivant la direction de la rue actuellement nommée Divan Yolou, débouchait dans le forum de Constantin, au milieu duquel se dressait la colonne de Constantin, aujourd’hui Tchemberli-Tach ou colonne cerclée, ou colonne brûlée; ce dernier nom lui venait de ce qu’elle avait été la proie des flammes dans un grand incendie.
La rue principale, après avoir traversé ce forum, prenait la direction de la grande place appelée forum Tauri, place de Bayazid et Seraskiérat.
Ce forum contient actuellement la grande tour du feu, Seraskiérat, qui remplace, d’après M. Dethier, la célèbre colonne de Théodose Ier, conservée jusqu’à Selim Ier et renversée par la tempête, et le monument nommé Tétradysion qui datait de Théodose II. M. Dethier, qui visita les fouilles qu’on a faites pendant la construction du Seraskiérat, a découvert un fragment qui lui a permis de restituer la statue de Théodose II. Il écrit à ce propos: «Cette statue ne pourra plus être que celle de Théodose II, car la statue de Théodose Ier, sur le forum Tauri (comme celle sur l’Augustéon), était à pied et placée sur la colonne spirale.»
Une grande partie de la rue Mésè était garnie de colonnes et d’arcades en plein cintre (selon le système de construction de l’époque), dont l’abri permettait l’étalage des étoffes et des marchandises précieuses[24].
[24] Ces portiques s’appelaient ἔμβολοι. On voit encore de nos jours des colonnades semblables dans la grande rue de Chahzadé qu’on appelle Direhler Arassi et dans plusieurs villes de Syrie.
Le forum Tauri qui était, et qui est encore aujourd’hui une des plus grandes places de Constantinople, se trouvait au centre de la ville. Deux grandes rues descendaient de cette place vers la Corne d’Or; deux autres venaient du côté de Sainte-Sophie, l’une passant par le forum de Constantin et l’autre traversant le petit forum de Théodose et le forum Artopolion. Quelques parties couvertes de ces rues ont sans doute été englobées dans le bazar actuel (Tcharchi); du côté occidental du forum Tauri, une rue suivait la direction de l’aqueduc de Valens (Bosdogan-Kemeri) et conduisait à l’église des Saints-Apôtres (Fatih).
La rue principale ou rue triomphale, qu’empruntait toujours le cortège impérial, menait au quartier du Philadelphium (Chahzade-Bachi) et aboutissait à un petit forum appelé forum Amastrianon; là, elle se divisait en deux rues, dont l’une montait à l’église des Saints-Apôtres et l’autre, passant près de la citerne de Phocas, descendait au forum Bovis (Ak-Seraï).
Les deux rues conduisant à l’église des Saints-Apôtres se réunissaient après avoir traversé la place, et conduisaient à la porte de Charisios (Edirne-Kapoussou). La rue qui descendait au forum Bovis en suivant la route actuelle du tramway, rejoignait au forum Tauri celle qui descendait du forum Amastrianon. Du forum Bovis, partaient plusieurs rues qui aboutissaient aux nombreuses portes de la ville. L’une, suivant la rue actuelle du tramway, conduisait à la porte Saint-Romain; une autre, gravissant la septième colline, arrivait au forum d’Arcadius (Avrat Bazari), au milieu duquel s’élevait la colonne de ce nom. D’après le livre des Cérémonies, l’Empereur, en suivant la grande rue, depuis le palais jusqu’au forum de Constantin, était tenu de faire les stations suivantes:
Du forum de Constantin au Philadelphium:
Du Philadelphium jusqu’à l’église de la Zoodochos Pigi (source vivifiante):
Il tourne ensuite à droite et passe par:
La partie de la Mésè qui se trouvait entre le forum de Constantin et le forum Tauri était appelée Artopolia (les boulangeries). A l’entrée, s’élevaient deux statues colossales, dont l’une a été retrouvée en 1870, et transportée à Sainte-Irène. Le docteur Mordtmann pense, d’après les auteurs anciens, comme la chronique pascale, Théophane et Cédrenus, que les bazars byzantins se trouvaient entre le forum de Constantin et la grande basilique, tandis qu’aujourd’hui ils se trouvent vers le nord-ouest de ce forum.
Du forum d’Arcadius, la rue principale conduisait de la première enceinte de Constantinople à la Porte Dorée, actuellement Essé-Kapousou. (Porte de Jésus.)
Un embranchement de cette rue passait par l’église de Saint-André (mosquée Kodja Moustapha Pacha); un deuxième, passant par l’église de la Peribleptos (Soulou Monastir), conduisait à la Porte Dorée des murs théodosiens (Yedi Koulé Kapoussou). Une autre rue parallèle allait du forum Bovis à l’église Saint-Jacques-le-Perse (Hekim-Oglou Djamissi) et traversait le quartier d’Exokionion. Le nom d’Exokionion (hors de la colonne) se changea plus tard en Exi Marmara, que les Turcs traduisirent par Alti Mermer (six marbres).
Ce quartier était sur le chemin de la porte de Pigi ou Pegana (Silivri Kapoussou). D’autres rues faisaient communiquer entre elles les principales artères. Une rue partant de la porte de Plateia ou porte Mesa (Oun Kapani), se dirigeait vers le Philadelphium, réunissant ainsi cette partie de la rue principale à la rive de la Corne d’Or. Un autre embranchement montait vers l’église des Saints-Apôtres, parallèlement à la première enceinte de la ville. Cette rue, passant à l’ouest de l’église des Saints-Apôtres, descendait dans la vallée du Lycus (Yeni Bagtche) et de là, par de petites ruelles tortueuses, arrivait au forum d’Arcadius. D’autres rues longeaient les murailles de la Propontide et de la Corne d’Or.
Le quartier des Vénitiens était séparé de la ville par un mur dont on voit encore quelques vestiges et qui amena plus tard les Ottomans à appeler ce quartier Tahta Kalé (sous les murs). Plusieurs topographes ont traduit à tort «la tour en bois». A l’est du quartier des Vénitiens se trouvait celui des Amalfitains et des Pisans. Celui des Amalfitains ne dépassait pas la porte de Saint-Marc (Yeni Djami); celui des Pisans s’étendait jusqu’à la porte du Neorium (Bagtche Kapoussou). Là, commençait le quartier des Génois qui allait jusqu’à la porte d’Eugène, tout près du couvent Apologotheton (Turbé d’Abdul Hamid I), où s’élevaient les murs limites de la ville.
Le long de la Corne d’Or, une large bande de terrains s’étendait entre les murs et le port.
Un grand nombre d’autres rues, très étroites et tortueuses, bordées de maisons à encorbellement, donnaient à la ville un caractère fort original.
Outre la Corne d’Or, la ville possédait encore d’autres ports.
On peut citer, sur la Propontide, le port de Julien ou Sophien (Kadriga Limani) et le port de Théodose ou d’Eleuthère (Vlanga Bostani[25]).
[25] Le nom de Vlanga ou Blanca provient selon les uns d’une princesse nommée Bianca, qui y avait son palais, et selon les autres de Blaquos qui aurait transformé l’ancien port en un jardin potager.
Ces deux ports ont été comblés par les terres apportées par les eaux et par les déblais des fondations nouvelles. Sur l’emplacement du dernier se trouve aujourd’hui un jardin maraîcher qui produit une grande quantité de légumes.
Ce port se trouve à l’embouchure de la vallée du Lycus qui commence sur les collines voisines des murailles. Il naît en dehors de la ville et en est séparé par une poterne située près de la porte de Sainte Cyriaque (Soulou Koulé Kapoussou) actuellement murée. Les eaux continuent leurs cours entre la colline où se trouvait l’église des Saints-Apôtres et celle de Xérolophos. Puis passant par le forum Bovis (Ak Serai), le fleuve arrivait à Vlanga où il se jette à la mer. Les terres apportées par les eaux avaient déjà, au temps des Byzantins, comblé une partie du port de Théodose. L’entrée de ce port était gardée par des grilles en fer fixées à deux tours. Une de ces tours, nommée Contoscopium, servait à la surveillance du port. Il est probable que, pendant le siège de Constantinople, les navires génois, venant au secours des Byzantins, sont entrés dans un de ces ports.
Des champs, des jardins potagers, des prairies entouraient la ville. Le peuple venait s’y promener. On y voyait de nombreux monastères souvent désignés sous le nom d’ayasma (lieu sacré). Le monastère appelé actuellement Baloukli renfermait lui aussi une source sacrée. Les empereurs, qui habitaient le palais des Blaquernes, villégiaturaient en été dans les jardins de ces monastères[26].
[26] Ce monastère contient une curieuse image de sainte Irène. Quand on creusa les fondements de l’église actuelle en 1833, on découvrit les fondements de l’ancienne basilique.
Hors de la porte de Xyloporta, un village nommé Cosmidion (Eyoub) s’étendait jusqu’au fond de la Corne d’Or. D’après plusieurs cartographes du moyen âge, ce village possédait une jolie église, plusieurs châteaux et des fontaines. Un cirque en bois (xylokerkos) s’élevait à côté du monastère des saints Cosme et Damien: c’est probablement de là que vient le nom de Cosmidion. C’est un lieu sacré pour les musulmans; ils y trouvèrent en effet le tombeau d’Aba-Eyoub-Ansari, un des compagnons du Prophète, qui vint à Byzance et y mourut pendant la première grande campagne arabe, en 672 après J.-C. Tous les musulmans cherchent à faire déposer leur dépouille mortelle dans les immenses cimetières qui entourent le tombeau du saint.
L’autre rive de la Corne d’Or était peuplée également. Il y avait à Galatiani (Sutludje), un ayasma réputé pour guérir la stérilité et rendre abondant le lait des nourrices: de là son nom de Galatiani.
Une partie de l’arsenal actuel (Tersané)[27], qui se trouve près de Haskeuy, était appelée autrefois Paraskeuè et aussi Keramidia (quartier de Piri Pacha), parce que l’on y fabriquait des briques et des tuiles. Sur la hauteur s’élevait Sainte-Paras Kévi. Près de là se trouvait l’Ok Meidan (place aux flèches), une plaine où les anciens Turcs s’exerçaient au tir à l’arc.
[27] Les Turcs ont tiré ce nom du mot Darcina, dont les Espagnols se servent pour désigner les chantiers. L’origine de ce mot paraît être Dar-u-ssnaa, mot arabe qui signifie atelier.
Galata, jadis une des quatorze régions de Byzance, fut habité dans la suite par les Génois. C’était une citadelle entourée de murailles percées de douze portes et garnies de plusieurs tours. Ces portes étaient appelées par les Turcs, 1, Tophané Kapoussou; 2, Azeb Kapoussou; 3, Kutchuk Koulé Kapoussou; 4, Buyuk Koulé Kapoussou; 5, Meit Kapoussou; 6, Kurkdji Kapoussou; 7, Yag Kapan Kapoussou; 8, Moumhané Kapoussou; 9, Kiredj Kapoussou; 10, Egri Kapoussou. Les portes des murs de séparation s’appelaient: 1, Kutchuk Karakeuï Kapoussou; 2, Mikhal Kapoussou; 3, Meïdanjik Kapoussou; 4, Klisee Kapoussou; 5, Itch Azeb Kapoussou; 6, Sarik Kapoussou.
Le nom de Galata vient, d’après quelques auteurs, des vacheries qui y existaient autrefois. On l’appelait aussi Sycae (figuiers), à cause des figuiers qui y poussaient en grand nombre. Certains auteurs attribuent l’origine du nom de Galata aux Gaulois qui y résidèrent et que les Grecs appelaient Galates, mais cela ne semble pas très fondé, et l’étymologie la plus vraisemblable paraît être celle qui s’explique par les vacheries de Galata (lait). On l’appelait aussi Justinianopolis. Quand il fut indépendant de Byzance, Galata devint une place forte.
Pl. 11.
| Sainte-Sophie.—Galeries supérieures du Gynécée. | Sainte-Sophie.—Arcades supportant les galeries supérieures. |
Sur le point le plus élevé des murailles se dressait une tour nommée Tour du Christ (Galata Koulessi). Quoique la partie supérieure en ait été démolie, la tour a été conservée jusqu’à nos jours. Elle avait été construite sous Zénon (474-491), puis surélevée à deux reprises en 1348 et en 1446. La tour possède aujourd’hui un escalier en pierre, de 146 marches prises dans l’épaisseur du mur et comprend intérieurement cinq grands paliers en bois. Au sommet de la tour s’élevait une croix. Un incendie détruisit le toit en 1794; le monument fut ensuite réparé sous le règne du sultan Sélim. En 1824, devenu encore une fois la proie des flammes, il fut réparé par le sultan Mahmoud. La tour n’a plus son toit primitif. Elle est aujourd’hui occupée par des gardes chargés de veiller aux incendies.
Pour récompenser les Génois qui avaient aidé les Byzantins à secouer le joug des Latins, l’empereur Michel Paléologue leur avait donné Galata et le faubourg de Péra. Une fois établis (1267), les Génois se placèrent sous l’autorité d’un podestat nommé par la république de Gênes. C’est seulement en 1303, sous Andronic, qu’ils obtinrent l’autorisation d’entourer leur ville d’un mur d’enceinte; et ce n’est qu’en 1341, après bien des difficultés, qu’ils parvinrent à transformer leur mur en une forteresse munie de tours. L’ancienne ville génoise est aujourd’hui le centre du commerce de la capitale.
Pendant le siège, les Génois avaient conclu avec le Sultan un traité de neutralité et avaient ainsi pu sauver leur vie et leurs biens. Mais Mehmet II, instruit de l’infidélité des Génois qui avaient aidé secrètement les Byzantins, fit démolir leurs murs et leur imposa un conseil municipal.
Deux ponts en fer, construits par les Ottomans, relient aujourd’hui Galata à la capitale. Au temps des Byzantins, il n’existait qu’un pont en bois aux environs d’Eyoub.
Galata garde encore plusieurs maisons byzantines. C’est le seul quartier qui ait conservé un si grand nombre de types de l’architecture civile du XIVe siècle. Entre autres monuments de cette époque, on peut citer Arab-Djami, ancienne église transformée, après la conquête arabe, en mosquée; l’église de Saint-Pierre, le couvent de Saint-Benoît, occupé par les Lazaristes. En dehors des murs de Galata, s’étendaient des vignes et des jardins. Plus tard, quand les habitants de Galata se multiplièrent, la ville se développa, formant sur ses hauteurs le faubourg de Péra, qui est actuellement le quartier européen.
Le nom de Péra provient du mot grec πέρα (qui signifie au delà, d’où περαία, le quartier de la rive opposée). Les Turcs l’appelaient Bey Oglou, qui veut dire fils du Prince, parce qu’un des fils de Jean Comnène habitait ce faubourg. Le nom de Tarlabachi démontre encore que ces parages ne contenaient au XVIe siècle que des champs et des vignes.
Le Bosphore depuis Galata était bordé de villages. Pour arriver au village Argyropolis (Foundouklou) renfermant l’église de Saint-André, il fallait traverser une forêt. Un peu plus loin, s’élevait le village de Diplokionion ou Gunella, Bechiktache (bechik, berceau, tache, pierre.) Entre Argyropolis et Diplokionion se trouvait un port qui fut comblé sous Ahmed Ier en 1023 de l’Hégire et qui fut nommé Dolma Bagtché. Arnaoutkeuy, connu par ces forts courants que les Grecs appelaient Megarevma, possédait l’église de l’archange Saint-Michel, construite par Constantin et réparée par Justinien. Chelae (Bebek) possédait un temple de Diane. Après le village de Bebek on trouve Roumili-Hissar, château fort construit en quatre mois par Mahomet II avant la conquête de Byzance. Sténia, autrefois Sosthénion, ou Léosthénion, village du Haut-Bosphore, possédait un temple et la statue que les Argonautes avaient élevée en l’honneur du Génie qui les avait secourus. Constantin le Grand consacra ce temple à l’archange saint Michel. Il fut détruit en 865 pendant l’invasion russe.
Les habitants du Bosphore voyaient alors pour la première fois l’invasion d’un peuple qui, jusqu’alors, leur était inconnu. C’étaient les Russes idolâtres, qu’ils appelaient les «Rhos homicides». Sous la conduite d’Ascold et de Dir, leurs chefs, les Russes avaient traversé le Pont-Euxin sur des centaines de petits navires et occupé les rives du Haut-Bosphore. «Ils décapitèrent les moines, dit M. Schlumberger, les crucifiant, les tuant à coups de flèches et s’acharnant à leur enfoncer des clous dans le crâne.»
Thérapia, qui veut dire en grec «guérison», était un lieu de convalescence pour les malades, désireux de changer d’air. Ancien promontoire de Simas, cette ville possédait autrefois un temple de Vénus Meretricia, vénéré par les navigateurs.
Buyukdéré était appelé Bathycolpos, ou Megas Agros; on prétend que Godefroy de Bouillon y avait campé.
Après avoir passé Roumili-Kavak, où Jason avait élevé un autel à Cybèle et les Byzantins le temple de Sérapis, on arrive aux châteaux forts que les Génois avaient construits afin de s’assurer le commerce du Bosphore. Les Génois avaient, dit-on, fermé le détroit par une chaîne semblable à celle des Byzantins.
Ensuite vient Buyuk Liman, ancien port des Ephésiens, protégé par le cap Garibtché, la Charybdis des Phéniciens.
La côte asiatique du Bosphore ne comptait pas moins de villages. A l’entrée du Bosphore, près de la mer Noire, sur les hauteurs du promontoire de Hiéron (Anatoli-Kavak), on voyait le grand château génois, Hiero Kalessi, ancienne forteresse dont subsistent encore les ruines, et le temple des douze dieux, consacré par l’Argien Phrygos et doté par Jason à son retour de la Colchide. On peut encore rappeler, tout près de là, le temple de Jupiter élevé par les Chalcédoniens. Ce temple fut transformé en église par Justinien. Les anciens se disputaient la possession de ce promontoire qui était la clef du Bosphore.
Au pied de ce promontoire, la douane byzantine était établie. Prusias, roi de Bithynie, l’avait enlevée aux Byzantins en 192 avant J.-C. Vers le XIVe siècle, les Génois l’occupèrent sous les Paléologues et bâtirent, avec les fragments d’Hiéron, le château fort dont on retrouve aujourd’hui les ruines.
«C’est en ce lieu grandiose, raconte M. Schlumberger, que l’eunuque pontife, Ignace, arraché à sa cellule d’Anderovithos, fut jeté par ses gardes dans une étable à chèvres; on l’y laissa de longs mois en plein hiver, demi nu, enchaîné, mourant de faim. Chaque jour, Lalacon le frappait et le couvrait d’injures. On croit rêver en songeant que ce prisonnier était le chef de l’église établie et que ceci se passait à quelques heures de la ville la plus civilisée, rendez-vous des philosophes et des lettrés de tout l’ancien monde».
Pl. 12.
| Sainte-Sophie.—Gynécée. | Sainte-Sophie.—Gynécée. |
En suivant la rive asiatique du Bosphore, on arrive à la petite échelle nommée Sutludjé, d’où un sentier conduit sur la plus haute montagne du Haut-Bosphore. Au sommet de cette montagne (180 mètres au-dessus de la mer) se trouve le tombeau de Josué (Youcha), le juge des Hébreux, vénéré aussi par les musulmans. Les superstitions de tous les temps se mêlent autour de cette tombe gigantesque qui a quatre mètres de longueur et un demi-mètre de largeur. Selon les uns, c’était le lit d’Hercule, selon les autres le tombeau d’Amycus, tué par Pollux. Les musulmans la considèrent comme la tombe de Josué. Les malades s’y rendent souvent et, pour se mettre sous la protection du saint, attachent des bouts de chiffons aux grilles de cette tombe, espérant ainsi obtenir la guérison de leurs maux.
Cette montagne possède quelques ruines byzantines provenant peut-être de Saint-Pantéléimon et un ayasma (source sacrée) dont l’eau donne aux femmes stériles, dit-on, l’espoir de connaître les joies de la maternité. A l’époque byzantine, cet endroit portait le nom de Κλίνη Ἡρακλέους, lit d’Hercule.
L’histoire ne parle ni de la mort ni de l’enterrement d’Hercule qui, pendant l’expédition des Argonautes, avait quitté ses compagnons avant l’entrée du Bosphore. Mais, à ce propos, le docteur Mordtmann, dans ses études sur le Bosphore, écrit justement: «En lisant chez Strabon que les ossements de Melkart étaient conservés à Cadix dans un magnifique tombeau en marbre, au milieu de son temple, nous pouvons bien admettre qu’il s’agit aussi, sur le mont du géant, d’un tombeau ou lit de Melkart, l’Héraclès Syrien, relique préhistorique de la navigation phénicienne pour le Pont-Euxin.
«La découverte d’un dieu phénicien dans les décombres d’Amathonte de Chypre, statue en calcaire poreux de 4 m. 20 de hauteur, appartenant au VIIIe siècle et conservée actuellement au Musée impérial ottoman (pavillon Tchinili Kiosk), nous a fait connaître Baal Melkart, appelé par les Hellènes Ἡρακλῆς ἄρχηγευς de Tyr.
«On célébrait la fête du réveil de Melkart pendant la saison où les eaux de source recommençaient à couler».
On sait que, bien avant la prise de Troie, les Phéniciens naviguaient dans la mer Noire, ouvrant ainsi un chemin au commerce de Tyr et de Sidon. D’ailleurs, le nom phénicien Achkenas, donné à cette mer, suffirait à l’établir. Les Grecs ont fait de ce nom, Achkenas, ἔυξενος (Euxin), attribuant ainsi comme toujours aux mots traduits par eux la signification qu’ils leur souhaitaient. Ils appelaient hospitalière une mer qui ne l’était guère, souhaitant sans doute calmer, par ce qualificatif flatteur, les tempêtes qui l’agitaient.
Au pied de cette montagne se trouve le célèbre village de Beïkos, où les vaisseaux des Argonautes se ravitaillèrent et où le roi Amycus fut tué.
C’est à Tchoubouclou que s’élevait autrefois le cloître des Akoimètes. Lembos (Kanlidja) possédait un petit port appelé Lycadien, Nafzimakion (Vani Keui), un monastère construit par Justinien, où les femmes de mauvaise vie se retiraient pour y passer leur vie en prières.
Le long des rives asiatiques du Bosphore, nous pouvons citer encore les villages d’Anatoli-Hissar où Bayazid Ier construisit un château fort pour assurer le passage de son armée sur le Bosphore, Botamonion (Geuk Sou), où se trouvent les Eaux douces d’Asie, Protos Discos (Tchenguel Keui), Deuteros Discos (Beyler bey), Chrysokeramos (tuiles dorées) (Kousgoundjouk), le port du Bœuf, Eukus Limani, et enfin Chrysopolis (ville d’or), aujourd’hui Scudar ou Scutari situé en face de la pointe du Seraï. Son nom lui venait selon les uns de Chrysès, fils d’Agamemnon, et selon les autres du mot uscudar qui veut dire en persan lieu de campement. Les Persans accumulaient les richesses de l’Asie Mineure dans cette ville qui a joué dans l’histoire un rôle important. A l’époque des Byzantins, ces parages étaient désignés pour servir au campement des soldats nommés scutarii, qui y avaient leur caserne appelée scutarion. Cette étymologie paraît la plus vraisemblable.
Entre cette ville et Byzance, à peu de distance du rivage asiatique, se dresse en pleine mer un petit rocher surmonté d’une tour. Dans cette tour qui a perdu sa forme primitive, les Byzantins avaient installé un bureau de douanes, et elle est célèbre dans l’histoire sous le nom de la tour de Damalis. Damalis, femme de Charès, général athénien qui résidait à Chrysopolis, fut enterrée sur ce rocher même. Les Européens l’appellent tour de Léandre et les Turcs, Kis Koulessi (tour de la fille). Après la conquête turque, cette tour ayant menacé ruine fut démolie et rebâtie en bois. Quand elle fut plus tard la proie des flammes, on la rebâtit en pierre (sous Ahmed III).
Damalis, le promontoire situé vis-à-vis de la tour de Léandre, portait une statue représentant une vache. Une autre statue semblable se trouvait entre Couroutchéchmé et Ortakeui, sur un point appelé Vaka. Plusieurs promontoires du Bosphore portaient également des colonnes que les Phéniciens avaient érigées sur le passage de leurs navigateurs et qui remplissaient un rôle analogue au service actuel des phares.
Chalcédoine, Kadi Keuï[28], existait bien avant la fondation de Byzance. C’est la ville que la fable a présentée comme le village des aveugles; les raisons qui avaient fait choisir Kadi Keuï, de préférence à la ville de Byzance, ne témoignaient pourtant pas d’un tel aveuglement. Elles étaient inspirées par diverses considérations pratiques, telles que la fertilité du sol, l’abondance de l’eau et peut-être aussi par ce fait que la côte d’Europe était déjà occupée par un peuple guerrier, comme l’attestent les murs cyclopéens mis à jour par les travaux du chemin de fer de la Turquie d’Europe à la pointe du Seraï. Le Dr Paspati prétend même qu’il a dû exister là autrefois une acropole semblable à celle de Mycènes et de Troie. Codinus dit qu’à la place de la colonne brûlée s’élevait un sanctuaire du cavalier thrace.
[28] Le nom actuel de Kadi Keuï (village du juge) date du moment où les revenus de ce village ont été donnés comme appointements, Arpalik, par le Sultan conquérant à Hidir bey, premier Kadi (juge) de Constantinople.
Ce village était fameux par son temple d’Apollon, que remplaça l’église d’Euphémie rendue célèbre par le concile de 451. Valens en avait démoli les murailles pour construire son aqueduc. Les Turcs l’appelèrent d’abord Kaldja Dunia[29].
[29] D’après Melling, l’architecte du Sultan Selim III, qui dessina en 1715 une vue de ce village, Kadi Keuï ne possédait alors que 400 maisons environ; actuellement on en compte plus de dix mille.
Depuis Chalcédoine jusqu’à la ville de Nicomédie (Ismid), on rencontrait de petits villages tout le long de la rive asiatique de la Propontide. Après avoir doublé le promontoire de Moda Bournou[30], occupé par une partie de Chalcédoine et qui était dans le temps le comptoir phénicien, on se trouve en présence de Kalamick Keurfezi, ancien port d’Eutrope, dont le nom rappelle le vieil eunuque qui succéda à Rufin. La rive méridionale du port est limitée par l’ancien cap Hiéron où s’élève actuellement un phare. C’est un des plus beaux points de vue des environs de Constantinople. Justinien y avait bâti un palais, des bains et des chapelles. Théodora y venait souvent passer l’été, fuyant la vie agitée du cirque et la terreur des grandes séditions.
[30] Dans les couches inférieures de la falaise, on a dernièrement découvert des ustensiles et des objets appartenant aux époques préhistoriques; le Dr Mordtmann les juge semblables aux antiquités découvertes à Chypre. Voici ce que dit à ce sujet le savant docteur: «Il est permis de formuler deux conclusions: d’abord la présence d’une population indigène (Thrace) dans la vallée de Kourbali Dèré où furent récemment trouvés par M. Milliopoulo des ustensiles préhistoriques de l’âge de la pierre polie, et qui sont identiques à ceux découverts par Schliemann à Hissarlik. Cette population doit être contemporaine de celle de Hissarlik; ensuite, l’existence d’un établissement sur le plateau de Moda Bournou à l’époque égéenne où se faisaient les échanges commerciaux avec les étrangers arrivant par mer.»
Ce comptoir existait encore au IXe siècle, lorsque les premiers colons mégariens apportèrent le culte dorien d’Apollon. Une preuve de plus de l’existence d’une peuplade préhistorique sur la côte asiatique résulte de ce fait que nous-mêmes avons constaté récemment sur le promontoire de Maltépe des vestiges de cette époque, rappelant un tumulus. Les fouilles que nous allons incessamment y entreprendre en préciseront sans doute l’origine.
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Sur l’extrême hauteur du mont de Kaïch Dag, était bâti un monastère; on y découvre aujourd’hui, quand on fouille le sol, des mosaïques qui en proviennent.
Là encore se trouvait la station de télégraphie optique. Cette station communiquait jusqu’à la frontière par l’intermédiaire de postes situés sur les points les plus élevés des montagnes. Dès que l’ennemi était en vue, on allumait de grands feux sur le poste le plus voisin, et chacun des autres, répétant à son tour le signal, transmettait la nouvelle jusqu’à la station, établie dans le jardin du Palais impérial byzantin.
Le Grand Palais correspondait ainsi, par des signaux et des feux, avec toutes les provinces de l’empire. Les restes du phare employé à cet effet, et qui portait le nom de Kontoscopium, ont été retrouvés par M. Paspati dans l’enceinte du Grand Palais, au milieu d’une agglomération de maisons turques. Un corps spécial, militairement organisé, montait la garde dans ce monument dont l’importance était très grande pour la sécurité de l’Empereur. Cela n’empêcha pas Michel III, surnommé l’ivrogne, qui était passionné pour les jeux du cirque, de supprimer tous les signaux, parce qu’un jour, pendant les jeux, un signal ayant annoncé l’ennemi, l’esprit du peuple en avait été troublé et le plaisir de l’Empereur compromis.
Dans la Propontide, à une distance d’une dizaine de milles de la capitale et à l’entrée du golfe de Nicomédie, en face de l’Olympe de Thrace, vieille montagne sacrée du paganisme asiatique, se trouvent plusieurs îles appelées dans le temps Demonisia (îles du peuple) ou Papadonisia (îles des prêtres), à cause de leurs nombreux monastères et couvents. On les a appelées aussi îles des Princes. Comme les intrigues du palais ne cessaient jamais à Byzance, ces îles servirent en effet pendant des siècles de lieu d’exil aux empereurs détrônés et aux plus illustres personnages de l’histoire byzantine.
Nul coin sur la terre n’a vu mourir plus de princes et de princesses, souvent les yeux crevés, au fond des cellules. Nul endroit dans le monde n’est rempli d’aussi tragiques souvenirs, contrastant avec la beauté naturelle et le pittoresque de ces îles.
Elles ne contenaient autrefois que les monastères fondés en majeure partie par des princes et princesses. Quelques bâtiments sans intérêt architectural, agglomération d’oratoires, d’églises, de logements pour les prêtres, de cellules, quelques cabanes de pêcheurs et de fournisseurs des monastères, formaient l’ensemble de ces constructions. Les îles des Princes, au nombre de neuf, sont disposées en quelque sorte sur une ligne parallèle à la côte asiatique, dans l’ordre suivant: Proti, Antigoni, Pitys, Halki, Prinkipo, Andérovithos, ou Terebinthos, Neandros et, un peu à l’ouest vers l’Hellespont, Plati et Oxya.
De ces neuf îles, quatre seulement sont habitées aujourd’hui, les autres n’étant que des étendues de terre sans arbres et sans eau. L’île la plus rapprochée de la capitale s’appelait Proti (première) (Tinaki). Elle contenait trois monastères et une gigantesque citerne dont on voit encore les restes. L’Empereur romain Lécapène fut relégué par ses propres fils dans un de ces monastères que le Romain avait bâti sur la partie la plus élevée de l’île. Là fut enterré le corps mutilé à coups de hache de l’empereur Léon l’Arménien (820). Michel Rangabé et plusieurs autres y furent exilés après avoir eu les yeux crevés.
La deuxième île s’appelait Antigoni, en turc, Bourgas, «Antigoni doit, semble-t-il, son nom, dit M. Schlumberger, au fameux Antigone, l’ancien général d’Alexandre. Son fils, Démétrius Poliorcète, voulut de la sorte immortaliser le nom de son père lorsqu’il vint dans la mer de Marmara, en 298 avant J.-C., combattre pour la liberté des détroits et l’empire du monde, contre Lysimaque de Thrace et Cassandre de Macédoine.» Là se trouvait l’ancienne église de Saint-Jean-Baptiste construite par l’impératrice Théodora (842), après la mort de son époux, Théophile l’Iconoclaste. Basile le Macédonien y avait fait bâtir un couvent. Constantin Porphyrogénète y avait fait enfermer Etienne, fils de Lécapène (912-959).
Tout près de cette île on voit l’île de Halki, appelée en turc, Heibeli Ada, et qui tirait son nom de Halki, Chalcitis, d’une mine de cuivre très probablement déjà exploitée dans les temps préhistoriques. Des gâteaux de cuivre récemment découverts à Moda semblent provenir de cette mine.
Halki possédait le couvent de la Panagia bâti par Jean Paléologue et sa femme Marie. Ce couvent brûla en 1672. Sur son emplacement s’élève actuellement l’école grecque commerciale. On y trouvait aussi le monastère de la Trinité, fondé par Photius, un des patriarches les plus savants du IXe siècle, qui proclama en 857 le grand schisme d’Orient. «On ne sait rien, dit M. Schlumberger, de l’histoire de cet édifice à l’époque byzantine, ni de celle des moines qui y ont vécu sous les empereurs grecs, comme sous les sultans ottomans.» Une école théologique grecque, qui est actuellement le séminaire de l’Église orthodoxe, fut en 1844 construite sur son emplacement. En 1828, pendant le conflit turco-russe, le monastère de Halki devint le séjour des prisonniers russes. A une faible distance du collège, non loin du cimetière russe, on remarque la tombe de sir Edouard Barton, le second ambassadeur anglais envoyé auprès de la Sublime Porte et mort (1598) à Halki.
Parmi les îles habitées, la plus éloignée de la ville s’appelait Prinkipo, Buyuk ada. C’est la plus grande et la plus importante: elle est formée de deux grands pics séparés l’un de l’autre par un col; elle a à peu près 8 kilomètres de circonférence et forme un site des plus pittoresques. Au nord-ouest de la ville, se trouvait le couvent appelé Camaraïa (les voûtes) ou monastère d’Irène, construit d’abord par Justin et reconstruit par l’impératrice Irène. Cette dernière, régente pour son fils Constantin, le détrôna, et après lui avoir fait crever les yeux, l’emprisonna dans ce couvent. Elle y avait aussi enfermé sa petite-fille, Euphrosyne, que l’empereur Michel le Bègue (820-829) enleva plus tard pour l’épouser.
L’impératrice Irène, détrônée à son tour par Nicéphore le logothète, fut reléguée d’abord dans ce monastère, puis transférée à Lesbos (Mitylène), où elle mourut en 803. On ramena son corps à Prinkipo et on l’inhuma dans ce même couvent.
Actuellement, du grand couvent de femmes de Prinkipo, on ne voit que des chambres demi voûtées, des restes de cellules, et les murs épais d’un oratoire.
L’impératrice Zoé, fille de Constantin VIII, fut aussi reléguée à Prinkipo par ordre de Michel le Calfat, et la mère d’Alexis Comnène et ses enfants y furent emprisonnés par ordre de Michel Ducas.
Cette île compte encore plusieurs autres monastères, dont les principaux sont reconstruits, tels que celui de Christos et de Saint-Nicolas et celui de Saint-Georges.
Les autres petites îles, quoique non habitées, ont été aussi le théâtre d’événements historiques: Constantin, fils de l’empereur Romain Lécapène, fut exilé en 945 par son père à Terebinthos, située en face du couvent de Saint-Nicolas. Le patriarche Théodose y fut relégué par ordre d’Andronic Comnène en 1183.
Oxya (la pointue), située derrière les îles de Proti et d’Antigoni, vit l’exil de Gébon qui prétendait être fils de l’impératrice Théodora, ainsi que celui de Niképhoritzès, le cruel eunuque, à qui l’on avait auparavant crevé les yeux. On y remarquait un petit oratoire, devenu célèbre et qui avait été bâti par le patriarche Anastase.
Plati (la plate) voisine d’Oxya, fut un lieu de supplices. On y voit encore les ruines d’une ancienne église, élevée en 860 par le patriarche Ignace Rangabé, ainsi que celles des horribles prisons souterraines, véritables tombeaux vivants, dont l’origine remonte à l’époque hellénique, et les vestiges d’un château construit en ces temps derniers par un anglais, sir Henry Bulwer. Par ordre de l’empereur Constantin VIII, le patrice Basile Bardas fut emprisonné dans les oubliettes de Plati.
Les îles des Princes durent à leur voisinage de la capitale d’être souvent pillées par l’ennemi et ravagées par les pirates. Pendant la conquête latine, Dandolo avait recommandé le pillage des îles des Princes comme moyen d’approvisionnement.
«Plusieurs fois encore, dit M. Schlumberger, sous le terrible Andronic Comnène, puis sous Andronic Paléologue le vieux, des aventuriers latins vinrent occuper les îles, après y avoir brûlé couvents et maisons d’habitations. Les corsaires vénitiens de Candie, en arrivant à Prinkipo, brûlèrent toutes les constructions et s’emparèrent de tous les habitants, moines et laïques. Puis, ayant empilé sur leurs navires les plus considérables de leurs captifs, ils allèrent jeter l’ancre en vue de Constantinople. Là, ces infortunés, dépouillés de leurs vêtements, furent pendus par les pieds aux vergues des mâts et déchirés à grands coups de fouet: il fallut que le vieil Andronic vidât son trésor presque épuisé déjà, pour payer à ces forbans les quatre mille pièces d’or de rançon qu’ils réclamaient.»
Constantin avait entouré Constantinople d’une enceinte qui enfermait seulement les cinq collines de la ville. Ces murs commençaient à proximité de Psamatia et arrivaient à l’ancienne porte Dorée, près de la mosquée Essé-Kapoussou, dont le nom fut plus tard donné à la porte Dorée de la ville. Ils passaient près du monastère de Dius, traversaient la vallée du Lycus et, après avoir gravi la colline qui partait de l’église des Saints-Apôtres, descendaient à la porte de Platea Mesa (Oun Kapani).
Aujourd’hui, on ne rencontre que quelques fondations en ruines de cette muraille. La construction et la garde de ces murs avaient été confiés à 40.000 Goths.
Plus tard, sous Théodose II, il fallut élargir cette enceinte, et protéger les nouveaux quartiers qui s’étaient formés en dehors des murs constantiniens. Le préfet Anthémius bâtit d’abord en 412 un premier mur intérieur, puis en 447, Cyrus Constantin, un autre préfet, doubla la nouvelle muraille qui avait souffert d’un tremblement de terre, et porta le fossé plus loin. Ce sont ces murs que l’on voit encore aujourd’hui. «Ce rempart, dit M. Schlumberger, est bien plus grandiose que celui de Rome, plus poétique et plus sauvage que celui d’Avignon, infiniment plus étendu et plus important que ceux de Carcassonne ou d’Aigues-Mortes.»
L’ensemble de tous les murs qui défendaient la ville formait un triangle. Les murs maritimes ne comportaient qu’une rangée de murs consolidés par des tours, tandis que ceux du côté de la terre étaient les plus importants. Ils consistaient en trois lignes de défense, protégées par des tours octogonales, carrées et hexagonales et par un vaste fossé rempli d’eau.
Les eaux de la Propontide pénétraient dans le fossé jusqu’à la porte de Pigi, et celles de la Corne d’Or jusqu’à un certain point près des Blaquernes. A partir de ces deux points, le terrain était en effet plus élevé que le niveau de la mer, et le fossé n’était plus rempli que par les eaux de pluie. Des diataphrismata (murs, digues) arrêtaient l’eau aux points inclinés, en sorte que la ville se trouvait entourée de tous côtés par les eaux. Des ponts en bois reliaient les rives entre elles. On les détruisait en temps de guerre. Les portes militaires n’avaient pas de ponts. Les ponts en pierre qu’on voit actuellement sont d’une construction postérieure à la conquête de Constantinople.
Les murs théodosiens s’étendaient depuis la côte de la Propontide jusqu’au palais de Blaquernes. La partie située entre Tekfour-Séraï et la Corne d’Or était plus fortifiée que les autres. Le palais des Blaquernes était entouré par quatre rangées de murs. Le mur de l’intérieur avait été construit par Anastase, lors de la reconstruction du palais ou plus probablement par Héraclius, quand il arma la ville en prévision de l’agression des Avares. La quatrième ligne de défense était formée par des murs solidement construits qui touchaient d’un côté au fossé du tribunal et de l’autre à la tour d’Isaac l’Ange.
La colline des Blaquernes était divisée en deux parties par un mur: l’une, avec le palais et le quartier des Caligaria et l’autre, la partie basse de la colline, qui touchait à la Corne d’Or. Cette dernière, comprenant les églises de Notre-Dame des Blaquernes, des Saints-Nicolas et Priscus et de Saint-Pierre et Saint-Marc, n’était défendue que par deux rangées de murs construits sous Héraclius.
Léon V l’Arménien y avait ajouté un second mur destiné à protéger l’église des Saints-Nicolas et Priscus restée hors des murs d’Héraclius. Ce petit quadrilatère, qui contient aujourd’hui un ayasma, est appelé d’après les topographes modernes Pentapyrgion, tandis que d’après les historiens byzantins, le bâtiment de ce nom faisait partie du grand palais bâti sur la Propontide. Les murs avaient 16 kilomètres de longueur et étaient renforcés par plus de 400 grandes tours de formes différentes. La plupart de ces tours sont carrées; quelques-unes sont de forme hexagonale, octogonale ou ronde. Elles avaient à l’intérieur plusieurs étages, auxquels on accédait par des escaliers en pierre, pris dans l’épaisseur des murs. Chaque tour était munie de canons, de grosses pierres et d’autres engins de guerre.
Ces murs, souvent ébranlés par les tremblements de terre et par les assauts des armées ennemies, tombèrent plus d’une fois en ruine et furent réparés au cours des siècles par les différents empereurs byzantins, et principalement par Théophile, qui les reconstruisit de fond en comble, ainsi que l’indiquent plusieurs inscriptions gravées sur les tours. Les murs et les tours ont été à différentes reprises consolidés par les Turcs après la prise de Constantinople. Ce serait donc une erreur de voir dans ces ruines les effets de la guerre. En les observant avec soin, on constate qu’elles proviennent surtout des ravages du temps et des tremblements de terre.
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Parmi les tours les plus remarquables, plusieurs sont célèbres par le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire. Les tours du Cyclobion, Yedi-Koulé (les sept tours), appelées aussi par les Grecs Pentapyrgion, car le château n’avait alors que cinq tours, furent réparées et reconstruites successivement par les sultans turcs, et servirent longtemps de prison aux ambassadeurs étrangers. Deux de ces tours furent ajoutées en 1470 par Mehmet II. Les deux tours carrées qui protègent la porte Dorée consistent simplement en des blocs de marbre posés les uns sur les autres.
Les prisonniers des légations européennes étaient jusqu’en 1768 enfermés dans les cachots de ces tours. A cette date, M. Obreskow, chargé d’affaires de Russie, qui était en prison, tomba malade et les autres ambassadeurs obtinrent du Sultan que les prisonniers pussent habiter une des maisons qui se trouvaient dans l’enceinte du château fort. Il y avait une dizaine de maisons et une mosquée destinées aux troupes de la garnison, qui comportait l’agha (commandant), le kahia (lieutenant), 6 beuluks bachi (officiers) et environ 50 soldats. Dans la suite, le général Sébastiani, alors ambassadeur de France à Constantinople, amena le Sultan à autoriser M. Obreskow à retourner dans son pays.
Le plan de ce château fort qui figure dans l’ouvrage de Melling, a été dessiné d’après les renseignements fournis par M. Pouqueville aîné, consul général de Janina, qui a été longtemps enfermé dans cette prison. Il nous donne une idée exacte de la disposition des maisons qui existaient alors dans son enceinte.
Près de la porte de Selymbria, on trouve la tour dite de Constantin; on y voit six colonnes de marbre rouge encastrées dans les murs. Un peu plus loin, la tour de Saint-Romain.
A l’endroit où les eaux de la vallée du Lycus pénètrent dans la ville, s’élève une tour appelée par les Ottomans Soulou Koulé (tour mouillée); vient ensuite la tour d’Andronic et la tour de Basile. Puis, sur les murs de Manuel, se trouvent la tour d’Isaac l’Ange et la tour d’Anémas. Cette dernière servait de prison. Son nom provenait, dit-on, de Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut enfermé sous Alexis Comnène.
La tour d’Isaac l’Ange avait trois fenêtres sur la façade extérieure et un balcon. Les trois autres façades n’avaient qu’une seule fenêtre chacune. De ces fenêtres, celle du sud faisait communiquer l’intérieur de la tour avec la plate-forme des murs, celle du nord servait de communication avec le chemin de ronde de la tour d’Anémas. Tout près de cette tour on voit aujourd’hui les substructions d’un mur qui séparait jadis le palais du quartier des Blanquernes. La tour a servi au dernier empereur de Byzance d’observatoire pour étudier les mouvements de l’ennemi pendant le siège.
A côté des murs maritimes de la Propontide, une des tours les plus célèbres était celle de Marmara Koulé, la tour de marbre, dont le pied est baigné par les eaux de la Propontide. Elle servait de prison aux Byzantins. Son origine remonte au temps de la dynastie macédonienne. Dans cette tour, on peut voir la prison des Byzantins mentionnée par Nicétas Acominate. On y voit encore l’ouverture par laquelle on jetait les corps des suppliciés dans la mer. Près de cette tour, il en existait une autre appelée par les Turcs Arab Koulessi et qui servait jadis d’hôtel des monnaies. A l’ouest de cette porte, une échelle nommée tach iskellessi était autrefois utilisée pour le débarquement des empereurs quand ils se rendaient du Grand Palais à Pigi par voie de mer.
La tour des Manganes est souvent citée également par les historiens. Il est assez difficile aujourd’hui d’indiquer d’une façon exacte son emplacement, qui était voisin de l’Acropole.
Parmi les tours qui garnissaient l’enceinte de Galata, il faut citer la tour du Christ qu’on voit encore aujourd’hui, Galata Koulessi, et qui avait probablement été construite par Anastase Ier ou par Zénon au Ve siècle. Cette tour, qui est actuellement la plus élevée, avait 40 mètres de hauteur et atteignait une altitude de 150 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle était recouverte d’un toit conique très original. On y montait par un escalier de 140 marches adossées contre le mur de la tour, et divisé en huit paliers. On l’appelait aussi tour des Génois. D’après Melling, elle servait encore en 1751 de corps de garde pour les officiers préposés au maintien de l’ordre public. Au premier signe d’incendie, ou dès qu’un événement extraordinaire se produisait, l’alarme était donnée de la tour, au moyen d’un énorme tambour et, s’il faisait nuit, au moyen de feux allumés au sommet de la tour. La tour exhaussée et réparée plusieurs fois par les Turcs a perdu sa forme primitive. A l’époque où Melling l’a décrite (1703-1730) elle possédait encore son toit conique qui lui donnait un aspect moyenâgeux. Ce toit ayant été brûlé en 1794 fut remplacé par un toit d’une autre forme.
Parmi les nombreuses portes, on distinguait les portes civiles et les portes militaires. Les premières servaient de passage aux habitants et facilitaient la communication avec les quartiers situés hors de la ville. C’est à elles qu’aboutissaient les routes venant des environs et celles partant des portes de la première muraille constantinienne, qui n’avait pas été rasée, comme on l’a prétendu à tort. Les portes civiles étaient reliées avec l’extérieur par de larges ponts jetés sur le fossé. En temps de guerre, on détruisait ces ponts et on murait la baie des portes.
Les portes militaires, protégées stratégiquement par des tours et d’autres dispositifs, restaient toujours fermées par de lourdes et doubles portes en fer et ne s’ouvraient que pour les contre-attaques ou pour permettre l’entrée des secours. Plusieurs de ces portes militaires, ouvertes pendant la guerre, étaient murées ensuite. Les portes civiles de la muraille théodosienne eurent les mêmes noms que celles de Constantin. On les distinguait seulement entre elles par l’attribut de Vieille et de Nouvelle. Cette appellation a subsisté jusqu’à nos jours et plusieurs portes sont qualifiées de «Nouvelles» (Yeni), bien qu’elles soient couvertes d’inscriptions très anciennes. Il est facile aujourd’hui de retrouver l’emplacement de ces portes, qui sont encore fort bien conservées. Mais il est plus malaisé de les désigner exactement par leur nom, car les plans et ouvrages, édités au cours des siècles, ne s’accordent pas sur les noms. Cette confusion a induit en erreur plusieurs auteurs, pour ce qui touche, entre autres, les portes de Charisios et de Caligaria, qui ont été le théâtre de grands événements historiques et qui ont par la suite fait l’objet de longues discussions. Les portes murées, en effet, désorientèrent beaucoup les topographes, qui ne savaient pas au juste quel emplacement assigner à chacune des portes citées par séries dans les ouvrages historiques.
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| Sainte-Sophie.—Porte en bronze. | Mosquée de Kahrié.—Chapiteau avec croix de l’église Khora. |
Du côté de la terre ferme les portes avaient les situations suivantes:
1o Aurea Porta (Porte Dorée), (Yaldizli Kapou):
Cette porte, percée dans le mur de Théodose, avait autrefois la forme d’un arc de triomphe à trois arcades; celle du centre, destinée au passage du cortège triomphal de l’Empereur, était monumentale. L’entrée de cette porte était ornée de statues parmi lesquelles on remarquait la statue d’Hercule, le supplice de Prométhée et un bas-relief représentant une victoire sur Maxime. La grande rue triomphale qui traversait la ville pour conduire à l’Augustéon, partait de cette porte.
A leur retour de campagne, les empereurs y passaient en triomphe pour pénétrer dans la ville. Exclusivement réservée aux entrées solennelles des empereurs, elle n’était point accessible au peuple, qui traversait le passage ouvert à quelques pas au nord, et qu’on nommait la Petite Porte, tandis que pour l’en distinguer, on appelait Grande Porte la porte comprise dans le château des Sept-Tours.
«D’après les topographes modernes, dit le Dr Mordtmann, la petite porte dorée aurait été ouverte après la conquête ottomane. Mais l’insertion de l’arc construit en briques, au niveau des briques des murs anthémiens, est un témoignage irrécusable de son origine byzantine.
De plus, au-dessous de la voûte se trouve l’aigle byzantine en marbre, emblème que les Turcs n’auraient certainement pas fait figurer là, mais qu’ils ont laissé subsister, de même qu’ils ont respecté les images dans les églises converties en mosquées.»
2o Porta Pentapyrgii (Porte des Cinq-Tours), (Yedi Koulé Kapoussou):
Cette porte était la porte civile du château du Pentapyrgion; elle fut appelée plus tard Heptapyrgion (Sept-Tours), après qu’un des Cantacuzène eut ajouté deux autres tours en 1350. Le château des Sept-Tours répond à peu près au style de l’époque byzantine; il était connu alors sous le nom de Cyclobion. La forme actuelle remonte à l’époque du Sultan conquérant.
Au-dessus de la porte, à l’intérieur, on aperçoit une aigle byzantine sculptée sur une plaque et enclavée dans le mur.
3o Porta Pegana (porte de Pigi), (Silivri Kapoussou):
Sur la façade Est de la tour méridionale anthémienne de cette porte, on voit l’inscription suivante:
«Cette porte de la fontaine vivifiante, protégée par Dieu, fut réparée avec le concours et aux frais de Manuel Bryenne Leontaris, le loyal serviteur de l’empire des très pieux empereurs, Jean et Marie Paléologue, au mois de mai 6946 = 1438.»
4o Porta Melandisia (Mevlevi Hané Kapoussou):
Les nombreuses inscriptions qui la garnissent l’identifient avec l’ancienne porte de Rhegium; on l’a aussi nommée porte de la Faction Rouge ou Porta Roussii. A l’intérieur de la porte, on voit quelques inscriptions, desquelles le nom de la faction a été enlevé au moyen du ciseau.
«Victoire à la fortune de Constantin, notre seigneur protégé par Dieu et par la [faction rouge].»
C’est la même porte, dit M. Dethier, à laquelle Igor fixa son bouclier en 912, comme signe que les Rhos (Moscovites) reçus hospitalièrement à Eyoub comme mécréants, auraient le droit d’entrer dans la cité.
5o Porta Ayos Romanos (Porte Saint-Romain), (Top Kapou):
Cette porte, surtout, est célèbre dans l’histoire; elle a été appelée Top Kapou par les Turcs, parce que le Conquérant avait installé son grand canon en face d’elle.
6o Porta Aya Kiriaky (Porte des Avares), (Soulou Koulé Kapoussou):
Cette porte actuellement murée était ainsi appelée du fait que les Avares s’en étaient servis pour entrer dans la ville.
7o Porta Charisii ou Porta Myriandrii ou Polyandrii (porte d’Andrinople), (Edirné Kapoussou):
L’emplacement de cette porte a toujours fait l’objet des plus vives controverses. Quelques-uns ont cru qu’elle devait se trouver à la place de la porte d’Egri Kapou. Mais plusieurs topographes nous démontrent que cet emplacement est loin d’être correct. Le Dr Mordtmann ayant étudié les différentes inscriptions qui ornent cette porte, la situe au lieu dit aujourd’hui, Edirne Kapoussou.
8o Porte de Constantin:
Actuellement murée. Elle se trouve à environ quarante pas vers le sud du point où les murs prennent la perpendiculaire, après avoir formé un angle près du palais de Constantin.
Cerca Porta (porte du cirque). Selon quelques chroniqueurs, les Ottomans seraient entrés pour la première fois dans la ville par cette porte, négligée pendant le siège. «Les savants, dit M. Dethier, qui prennent pour paroles d’évangile tout ce que les auteurs contemporains racontent, se sont évertués à trouver cette porte, l’un par-ci, l’autre par-là, sans réfléchir que chaque tour offrait de petites portes de sortie, sans parler d’une quantité de pylidia dans les murailles. Ce n’est pas là le seul récit que de tous temps, même de nos jours, on raconte pour se placer comme invincibles et pour ne pas convenir que l’ennemi a été le vainqueur en règle.» Mais si, selon les topographes modernes, il existait deux portes de Constantin, l’une appelée porte A et l’autre porte B, il faut chercher la porte du cirque ailleurs qu’à l’endroit indiqué sur la carte.
9o Porta Caligaria ou Ayos Yannis (porte de Saint-Jean), (Egri Kapou):
Cette porte donnait accès au quartier de Caligaria.
10o Xylina Porta (Aïvan Seraï Kapoussou):
Cette porte, qui est la dernière sur les murs terrestres, ne conduisait pas directement dans la ville. Elle ne servait qu’aux communications de la partie littorale de la ville avec la route arrivant du Cosmidion. Elle fut détruite dernièrement, en même temps qu’une tour et une partie des murs qui reliaient le mur héracléen à la mer. Le quartier qui était situé dans la partie du littoral de la ville, entre la mer et les murailles, était appelé τὸ μέροσ τοῦ Κυνηγοῦ, mais il faut bien distinguer cette appellation de celle du théâtre des combats de bêtes fauves situé sur la pointe du Seraï.
11o Poterne de Saint-Callinique:
Était célèbre du temps des Byzantins comme lieu d’exécution des condamnés.
A côté de la Xylo Porta, il y a une porte qui mène directement à l’Ayasma des Blaquernes. Cette porte n’a été ouverte que lorsque la porte des Blaquernes eut été définitivement close.
Pl. 16.
Les murs de la Corne d’Or ne se trouvaient pas tout à fait au bord de la mer. Un assez large espace les séparait du rivage.
En partant de Xylo Porta, les portes de la Corne d’Or étaient situées comme suit:
12o Porta Palati ou Cynegii (porte du palais des Blaquernes), (Balat Kapoussou):
Cette porte était appelée jadis Basilica Porta ou Porte impériale. Pendant la conquête, c’était Lucas Notaras qui la défendait. Hamza, amiral Turc, passa par cette porte pour entrer dans la ville.
13o Porta phari (Fener Kapoussou):
Sur le promontoire où se trouvait cette porte, s’élevait jadis le phare de la Corne d’Or. C’est à cet endroit seulement que les murs maritimes étaient doublés.
14o Porta Petrii ou Sidero Porta (Petri Kapoussou):
Cette porte est mentionnée pour la première fois par l’Alexiade sous le nom de porte de Fer. Les croisés, ainsi qu’une partie des Turcs, pénétrèrent dans la ville par cette porte. De là jusqu’à la porte du Phare, un second mur s’étendait, formant une enceinte intérieure appelée le château de Petrion.
Cette enceinte renfermait de nombreux couvents et églises. Il faut bien distinguer le Petrion ou Petria, qui doit son nom à l’église de Saint-Pierre, du quartier de Palea Petra (ancien Petra) siège de nombreuses églises et qui se trouve près de Balat dans le quartier de Kesmé Kaya (rocher argileux).
15o Porta Aya Teodosi (ancienne porte de Sainte-Théodosie), (Eski Aya Kapoussou):
Le nom de cette porte vient d’une église qui s’appelait Aya Theodosia (actuellement Gul Djami). Là reposent les restes du seïd Mehmed, Segban-Bachi du Conquérant.
16o Yeni Aya Kapoussou:
Cette porte fut ouverte par les Turcs après la prise de Constantinople. On voit encore non loin d’elle les ruines d’une ancienne église byzantine.
17o Porta Puteae (Djubali Kapoussou):
Appelée ainsi par les Turcs, du nom d’un chef de l’armée arabe nommé Ali, qui fut fait prisonnier pendant l’invasion arabe.
18o Porta Platea Mesa ou Farina (Oun Kapan Kapoussou):
Ainsi appelée à cause de la disposition du terrain des quartiers qui se trouvaient derrière elle, Plateia (plaine). Quant à l’appellation de Mesa (milieu) elle vient de ce que cette porte se trouvait à égale distance des extrémités des murailles de la Corne d’Or.
19o Porta Drungarii (Odoun Kapoussou):
D’après M. Diehl, la Porta Drungarii correspondait à Zindan Kapoussou, mais c’est à la place d’Odoun Kapoussou qu’il faut la chercher. Derrière cette porte se trouvait le quartier des Vénitiens, renfermant les églises de Saint-Marc et de Sainte-Marie.
20o Porta juxta quam est ecclesia Precursoris (Zindan Kapoussou).
21o Porta Peramatis (Balik Bazar Kapoussou).
22o Porta Ebraiki (porte des Juifs), (Tchifut Kapoussou ou Yeni Djami Kapoussou):
La partie du littoral qui se trouvait derrière cette porte était appelée Zeugma (trajet), parce que le trajet de Galata s’accomplissait par là. Ce nom a été remplacé plus tard par celui de Pérama.
23o Porta Neorii ou Porta Eugenii (Eugène), (Bagtché Kapoussou):
Cette porte séparait le quartier des Vénitiens de celui des Pisans. Son nom provenait, dit-on, d’Eugénius, un des sénateurs qui y avait son palais. C’est par elle que toutes les marchandises entraient dans la ville et elle était une des plus importantes de la Corne d’Or. Une des extrémités de la grande chaîne qui barrait la Corne d’Or était attachée[31] à une des tours, voisine de cette porte. Là se trouvait aussi le quartier des Arabes, qui correspond actuellement aux environs de la station de chemin de fer de Sirkedji.
24o Porta Aya Barbara, (porte de Sainte-Barbe), (Top Kapoussou):
Cette porte se trouvait sur la pointe du Séraï près de Saint-Démétrius.
[31] L’autre extrémité de la chaîne était attachée en face, sur les rives de Galata, à une autre tour située près d’un castel que l’on surnomme actuellement Kourchounlou Mahzen.
25o Après la porte d’Aya Barbara venait une autre porte appelée par les Turcs Deïrmen Kapoussou, qui conduisait au couvent de Saint-Georges. La tour des Manganes se trouvait au nord de cette porte. Cette tour était le point d’attache de la chaîne qui barrait jadis le Bosphore. Elle était située en face du rocher de Damalis. D’après Nicétas, Manuel Comnène avait fait construire sur ce rocher une tour appelée alors Arcla.
26o Porta Ayos Lazaros:
Cette porte était appelée aussi porte de l’Hodigitria. C’est par là qu’on montait vers Sainte-Irène.
27o Porta Palatii Imperialis.
28o Porta marina (Tchadladi Kapou):
Cette porte, qui se trouve près du port de Julien, est appelée par les Turcs Tchadladi-Kapou (porte fendue); elle fut en effet fendue par un tremblement de terre en 1532. A quelques pas sur la mer, subsistent des ruines qu’on suppose être celles de l’ancienne maison de Justinien. On y rencontre des substructions de voûtes et un large mur qui formait la limite occidentale du grand palais.
Tout près de cette porte, à l’entrée d’un égout, on voit actuellement deux colonnes. Les inscriptions qui y sont gravées permettent de rattacher ces piliers au piédestal qui portait jadis la statue de Justinien à l’Augustéon.
29o Porta Contoscali. Ici le mur tourne vers l’intérieur et, après avoir formé un rectangle, arrive de nouveau à la mer.
30o Porta Vlanga (Vlanga Kapoussou).
31o Porta Ayos Emilianos.
32o Porta Psamathia (Samathia Kapoussou):
Ainsi appelée à cause du rivage sablonneux.
33o Porta Ayos Yannis (Narli Kapou):
Son nom provenait du couvent de Saint-Jean-Baptiste du Stoudion (Imrahor djamissi); on l’appelle actuellement Porte aux grenades, à cause des grenadiers qui y poussaient en abondance.
L’inscription qu’on peut lire sur la tour octogonale de cette porte témoigne qu’elle a été construite par Manuel Comnène Porphyrogénète.