Title: Paris de siècle en siècle: Le Cœur de Paris — Splendeurs et souvenirs
Author: Albert Robida
Release date: April 16, 2022 [eBook #67853]
Most recently updated: October 18, 2024
Language: French
Original publication: France: Librairie illustrée, 1896
Credits: Laurent Vogel, Hans Pieterse and the Online Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was produced from images generously made available by The Internet Archive/Canadian Libraries)
PARIS DE SIÈCLE EN SIÈCLE
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Au lecteur
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LA VIEILLE FRANCE. Normandie. Bretagne. Provence. Touraine. Quatre volumes in-4o, illustrés de très nombreuses gravures dans le texte et hors texte. (A la Librairie illustrée.)
LES VIEILLES VILLES D’ITALIE. Un volume in-8o raisin, illustré de nombreuses gravures. (Maurice Dreyfous, éditeur.)
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LES VIEILLES VILLES D’ESPAGNE. Un volume in-8o raisin, illustré de nombreuses gravures. (Maurice Dreyfous, éditeur.)
VOYAGES TRÈS EXTRAORDINAIRES DE SATURNIN FARANDOUL. Un fort vol. in-8o jésus, illustré de nombreuses gravures. (A la Librairie illustrée.)
LA GRANDE MASCARADE PARISIENNE. Un volume in-8o jésus, illustré de nombreuses gravures. (A la Librairie illustrée.)
LE VINGTIÈME SIÈCLE. Un volume in-8o colombier, illustré de gravures dans le texte et hors texte. (A la Librairie illustrée.)
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MESDAMES NOS AIEULES, DIX SIÈCLES D’ÉLÉGANCES. Un volume in-18 couronne, illustré de très nombreuses gravures en noir et en couleurs. (A la Librairie illustrée.)
EVREUX, IMPRIMERIE DE CHARLES HERISSEY
PARIS DE SIÈCLE EN SIÈCLE
LE
CŒUR DE PARIS
SPLENDEURS ET SOUVENIRS
TEXTE, DESSINS ET LITHOGRAPHIES
PAR
A. ROBIDA
PARIS
A LA LIBRAIRIE ILLUSTRÉE
8, RUE SAINT-JOSEPH, 8
Tous droits réservés.
Écrasement de l’antique cité.—Ce que représente l’étroit espace entre Notre-Dame et le palais.—L’établissement des Francs.—Le palais gallo-romain devient le palais des chefs mérovingiens.—Clotilde et les fils de Clodomir.—Frédégonde à Paris.—Les deux ponts de la Cité.—Le départ de Rigonthe.—Le comte Leudaste.—Saint Eloi.—Les incendies de la cité.
La cité de Paris, la noble nef qui, depuis si longtemps, malgré tant d’ouragans, sous l’assaut des vents furieux ou sous les caresses d’un soleil ami, vogue avec audace et fierté, souvent rudement ballottée mais jamais submergée, a vu pour ainsi dire, commencer l’histoire de France, avec les aventures de jeunesse de Lutetia, dans les jours où se formait, sur les rives de la Seine, le petit État barbare d’un chef franc.
Pendant des siècles, sur ce point minuscule, à cet étroit îlot enserré par les eaux de la rivière, vinrent à ce qu’il semble s’attacher tous les fils reliant au mince domaine royal des premiers temps, les terres, les fiefs et les provinces qui grossissaient peu à peu le naissant pays de France, et lui ramenaient un à un tous les lambeaux de la Gaule éparpillée après l’écroulement du monde romain.
Le point central de cette France, à la formation difficile et lente après les temps de bouleversement, il est là jusqu’au XIIIe siècle, entre l’église cathédrale de Paris et le Palais de la Cité, tout petit noyau de la solide agglomération. Toutes les choses de la politique brutale et confuse des chefs francs, campés dans les palais conquis, des rois de Paris et des ducs de France, en attendant les rois réels surgissant du chaos débrouillé et s’imposant comme suzerains définitifs aux grands barons, aboutissaient ou commençaient là, sur ces quelques arpents de sol parisien particulièrement vénérables, et que pourtant nous avons traités avec assez peu de respect en notre temps, faisant table rase de tout ce qui pouvait marquer encore quelques-uns de tous ces grands souvenirs ou conserver un peu l’empreinte du glorieux passé.
Était-il, on peut le répéter, un point de la capitale française qui méritât plus le respect que cet antique berceau de la grande ville, que l’île des Parisii, la vieille aïeule Lutetia, devenue peu à peu la Cité? Au lieu d’abattre tous les souvenirs monumentaux, que l’injure des siècles avait profondément entamés, mais qui pouvaient être soignés et gardés, que n’a-t-on pensé à les conserver, à les relever même, très religieusement, à sauver ce qui pouvait être sauvé des anciens cadres et des anciens aspects, ou bien, que n’a-t-on songé au moins à élever sur cet emplacement sacré, sur ce sol aux superbes souvenirs, un monument à la gloire du vieux Paris?
Hélas! à part la cathédrale et quelques tours du Palais, l’illustre cité de Paris n’existe plus que dans les livres, elle a été sans pitié étouffée et écrasée. Qui peut nous rappeler encore ce qu’il y eut, jadis, à la place du colossal amas de pierres neuves d’aujourd’hui, chargeant la nef parisienne entre ses châteaux d’avant et d’arrière, entre le Palais et Notre-Dame?
Pauvre nef parisienne, si elle ne sombre point sous le poids, en dépit de sa fière devise, c’est que sa carène fut finement et merveilleusement taillée! Mais c’est grand’pitié tout de même de voir à la place de l’antique cité disparue, cet énorme entassement de bâtisses cubiques, maussades, par destination sévères et tristes, parfois sinistres, en cet endroit déjà admirablement disposé par la nature, sur cet emplacement consacré par l’histoire, et qui devrait être l’écrin des souvenirs respectés.
Qu’avons-nous mis là, nous, Parisiens du XIXe siècle? Des édifices destinés à des services fort utiles sans doute, mais qui ne sont point à étaler au point le plus noble, le plus glorieux d’une ville, des casernes de police, un immense Hôtel-Dieu comme un dépôt central de germes infectieux, bâti juste au moment où la science réclamait l’éparpillement des hôpitaux à la périphérie des villes, alors que la nécessité ne forçait plus, comme jadis dans les villes fermées, à les garder dans l’enceinte. Et pour comble, enfin, une Morgue à la pointe de l’île, sans doute comme ornement ajouté aux splendeurs gothiques du chevet de Notre-Dame!
Voilà ce que nous avons si lourdement étalé ici, le réalisme plat à la place de la poésie, l’ennui administratif que l’on pourrait voiler, les laideurs ou tristesses qu’il serait bon de cacher.
C’est par-dessus toutes ces choses que, vestige sublime d’un grand passé surnageant à l’engloutissement général, domine la vieille cathédrale, Idéalité persistante au milieu des sévères réalités ou des banalités enlisantes.
Le Palais de la Cité, c’était la résidence des magistrats de la province gallo-romaine, demeure solide, défendue par des tours. Des empereurs probablement, pendant le temps de leurs séjours dans le nord des Gaules, y passèrent aussi; plus tard, à la place des préfets romains, s’installèrent les chefs francs qui peu à peu, passant le Rhin et les profondes forêts du Nord-Est, se taillaient des petits royaumes dans les débris de l’empire assailli de toutes parts.
Longtemps les rois francs des premières races se contentèrent des fortes constructions romaines du Palais de la Cité, transformant peu à peu ce palais, l’adaptant à leurs habitudes, restaurant et reconstituant ce que touchait le temps, ou ce que ruinait la guerre,—car il eut à jouer bravement son rôle de forteresse pendant les sièges soutenus contre les Normands.
Des restaurations importantes, de vastes remaniements eurent lieu sous le roi Robert, fils de Hugues Capet, puis saint Louis commença une reconstruction totale achevée sous Philippe le Bel.
Le palais demeure encore résidence des rois après saint Louis; le Louvre est un château-fort extérieur, l’hôtel Saint-Paul plus tard est préféré, mais en bien des occasions, aux jours troublés, ainsi qu’aux jours de fêtes solennelles, les rois reviennent à l’antique berceau de la monarchie.
Puis le Parlement reste seul en possession, puissance grandissante, en lutte si souvent avec le pouvoir royal; c’est une autre royauté qui commence là, lentement et qui se développe à l’ombre des vieilles tours. Dans ce vieux palais, il semble que toutes les institutions de la France doivent prendre germe, car après les préfets des Empereurs, les chefs francs, les ducs de France et les rois, le pouvoir législatif lui-même, comme ou l’entend aux temps modernes, en sortira. La filiation est directe, du Parlement naîtront les États généraux, et des États généraux l’Assemblée nationale; et le vieux Parlement mourra de l’enfantement le 3 novembre 1790.
Pour Notre-Dame, à l’autre extrémité de la cité, merveilleuse cathédrale élevée par le XIIIe siècle à la place d’églises plus modestes qui s’étaient succédé sur le même point, augmentant en grandeur et en splendeurs à chaque reconstruction, pendant des siècles l’écho de tous les grands événements, heureux ou malheureux pour notre pays de France, s’est répercuté sous ses voûtes. Les vagues de l’histoire, pour ainsi dire, à chaque grand fait sont venues battre ses murs.
Saint Louis vient solennellement à Notre-Dame en partant pour sa première croisade, Philippe le Bel y convoque les États généraux pour s’appuyer sur la nation dans sa lutte contre le pape Boniface. Après les désastres des XIVe et XVe siècles, quand le pays est aux Anglais, le roi d’Angleterre s’y fait couronner roi de France bien peu de temps avant le définitif retour de fortune qui verra Charles VII le Victorieux rentrer dans Paris, et le léopard britannique reculer jusqu’à Calais.
Dans les guerres civiles du siècle suivant, Notre-Dame sera une caserne de la Ligue et logera dans ses galeries les troupes guisardes, des bataillons de parisiens ligueurs. Enfin, toutes les victoires des armes de France sous l’ancienne monarchie apporteront pour les accrocher sous les voûtes augustes, les drapeaux sanglants, noircis et déchirés, enlevés à l’ennemi. Notre-Dame aura pour «Tapissiers», les grands généraux de la monarchie Condé, Turenne, Luxembourg, le maréchal de Saxe...
Puis éclate l’orage de la grande Révolution, c’est le temps des écroulements. Notre-Dame au début de la tourmente abrite quelques jours, dans une salle de l’archevêché, l’Assemblée Nationale venant de Versailles. Et quand le trône a croulé, quand on veut sur ses débris jeter les ruines de la vieille religion, c’est la déesse Raison, représentée par une plantureuse beauté de l’Opéra, qu’on installe sur l’Autel. Lorsqu’une quatrième dynastie se fonde, trempée dans le sang de l’Europe qui coule dans les grands carnages du commencement de notre siècle, Notre-Dame remplace Reims, et voit un pape enlevé de force à Rome sacrer empereur le grand soldat qui promène à travers les nations la France ivre de gloire militaire, les bandes gauloises guidées par les victoires tourbillonnantes.
La cité de Paris c’est tout cela, c’est tout ce passé, tous ces grandioses souvenirs qui planent autour de ces deux monuments, sévère château d’avant et splendide château d’arrière de la nef parisienne. Il y a mille autres choses encore sur cet étroit espace, la barbarie conquérante, la féodalité, la royauté, la religion—la science naissant avec l’université sous la cathédrale,—la Justice, le Parlement;—et des souvenirs de combien d’événements, des luttes anciennes, des querelles passées et de tous les soulèvements d’autrefois;—des vestiges de vieilles traditions rappelées par tant de vieilles pierres,—de l’histoire se levant à chaque tournant de ruelle, surgissant de chacun de ces pavés tant de fois soulevés...
A jamais resteront enveloppés dans une profonde obscurité les temps qui virent la vieille Gaule devenir peu à peu la terre des Francs. Il y a un grand siècle de luttes pied à pied, sur lesquelles nous n’avons que de vagues données, les grands traits sans le détail, des dates d’incursions, de saccages de villes par les barbares, ou de retraites forcées de ceux-ci derrière leurs forêts et leurs rivières. Malgré les échecs d’expéditions, malgré les revers parfois éprouvés, il sort toujours, des marécages du Nord ou des forêts d’Outre-Rhin, de nouvelles bandes de barbares entraînées par le plus farouche courage, des hommes grands aux longues moustaches blondes ou rousses, se lançant couverts de toiles et de peaux de bêtes, la framée et l’angon, la pique en hameçon à la main, à la conquête du butin ou des terres. Ils font des progrès peu à peu et gardent ce qu’ils ont conquis, s’établissent solidement dans certaines régions et poussent toujours des pointes en avant.
Alors dans la vieille Gaule romanisée, dévorée morceau à morceau, les chefs francs se découpaient avec l’épée des royaumes au hasard de leurs convenances ou des événements de la conquête, royaumes qu’ils étaient à l’occasion prompts à s’arracher les uns aux autres et qui fondaient rapidement dans des partages répétés, par succession, par force, ou de gré à gré.
C’est probablement le rude Hlodowig ou Chlodowig, dont nous avons fait Clovis Ier roi de France, alors que de son temps la France n’existait pas, vaillant, terrible, féroce et astucieux, véritable type du chef franc, qui mit le premier la main sur la ville de Lutèce et l’incorpora dans les territoires conquis au nord de la Gaule.
Ce ne fut pas sans peine; longtemps les Francs restèrent cantonnés vers les rives de l’Oise, la grande masse de la nation étant occupée ailleurs dans l’empire entamé de tous les côtés, dans la Gaule de l’est et du sud que les barbares disputaient aux Romains et s’arrachaient entre eux. Chlodowig, fils de Childeric Ier, quand il eut enlevé Soissons, tourna cinq ans autour de Lutèce. Les Romains luttaient encore en certaines parties de la région, et sur d’autres points les villes gallo-romaines du nord-ouest s’étaient confédérées pour leur défense particulière, sous la direction de leurs évêques.
Sainte Geneviève, qui déjà du temps de l’invasion des Huns avait sauvé Paris eut encore, avec l’évêque de Paris, à soutenir la constance des Parisiens affamés par les bandes franques, installées dans les camps fortifiés autour de la ville. Elle organisa même et dirigea de sa personne une expédition de ravitaillement sur Melun, un convoi de barques qui profita de quelque circonstance inconnue du siège, pour aller chercher des vivres amassés à l’intention de Lutèce dans l’île de Melun.
L’un de ces camps, l’établissement le plus important, le lower ou lowar, mot signifiant camp fortifié, était situé sur la rive droite en face des prairies où fut plus tard Saint-Germain des Prés. C’était une grande enceinte carrée couverte par un large fossé dérivé de la Seine, et défendue au sommet du vallum par de fortes palissades. Des logements, des bâtiments divers s’élevaient çà et là dans l’intérieur de l’enceinte. Au centre, sur une motte, s’élevait une grosse tour de pierres et de bois, un donjon de vastes proportions où pouvaient se retirer les défenseurs si le camp était forcé. C’est ce lower, dont Philippe-Auguste put trouver encore les ruines et les fossés, qui devint plus tard le château du Louvre, et la grosse tour au milieu de la cour carrée put remplacer le donjon primitif des Francs.
Clovis s’installa sans doute là, attendant la chute de la ville ou un arrangement possible avec les évêques et la ligue des villes, car, en même temps que l’on combattait, on négociait aussi. Cet arrangement put enfin se conclure sous une forme inattendue, par un mariage. Clovis épousait Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes, lequel avait assassiné son frère pour ne point partager son trône avec lui.
Clotilde était chrétienne et Clovis promettait de se laisser instruire dans la religion du Christ. La résistance ne pouvait que retarder sans l’empêcher la chute désormais fatale des dernières cités gallo-romaines, les évêques le comprirent et composèrent avec le Sicambre.
Clovis, vers 493, est maître du territoire de Lutèce. Sa puissance augmente rapidement, le succès l’accompagne dans les incessantes expéditions qu’il entreprend et dans toutes les luttes qu’il doit soutenir. A force de victoires, d’habiletés politiques et aussi de crimes heureux, Hlodowig, à ses débuts simple chef d’une tribu, concentre entre ses mains les territoires arrachés aux Romains, les possessions enlevées à ses parents massacrés, à ses rivaux vaincus, et devient un puissant monarque.
Fatigué par tant de luttes, par trente années de courses commencées à l’âge de quinze ans, le roi franc s’établit à Lutèce dans les palais laissés par les préfets romains, Hlodowig habita soit le palais des Thermes dans le faubourg méridional de Lutèce, au pied du mont Lucotitius, où, devenu chrétien, il faisait construire la basilique destinée à devenir l’église Sainte-Geneviève, soit le palais qui existait dans l’île à la pointe tournée vers le couchant. Ce palais d’une importance considérable déjà, dans une admirable situation, dominait toute la fuite de la Seine vers les collines de l’ouest; au pied de ses tours, des jardins enclos par la muraille de la cité s’en allaient rejoindre l’avant-garde de petites îles verdoyantes précédant la grande île, maintenant soudées à elles et formant le terre-plein du Pont-Neuf.
Un des égorgements le plus fameux parmi tous les égorgements de frères, d’oncles, de neveux ou de fils qui remplissent les annales de ces temps, et qui étaient la façon dont les rois barbares réglaient l’ordre de succession dans les royaumes qu’ils essayaient de fonder, le meurtre des fils de Clodomir eut lieu à Lutèce, et selon toutes probabilités dans ce palais de la Cité. Les royaumes réunis par le brutal génie de Clovis, à sa mort, avaient été partagés entre ses quatre fils, qui n’avaient pas tardé à essayer de s’enlever réciproquement des morceaux de leurs parts respectives. Ils se tendaient mutuellement embûches et pièges et cherchaient à s’assassiner, mais chacun se tenait sur ses gardes. Enfin l’un d’eux, Clodomir roi d’Orléans, ayant trouvé la mort dans une expédition en Burgondie, entreprise à l’instigation de leur mère Clotilde, Clotaire, roi de Soissons, et Childebert, roi de Paris, s’entendirent pour supprimer les enfants que leur frère avait laissés.
Leur grand’mère, la vieille reine Clotilde, avait pris ces trois enfants avec elle dans le palais des Thermes qu’elle habitait. Les deux oncles se réunirent à Paris au palais de la Cité; et, sous prétexte de faire reconnaître par les principaux chefs francs appelés à Paris la transmission du royaume de Clodomir à ses enfants, ils demandèrent à la vieille reine de les leur envoyer. Celle-ci tout heureuse de ces bonnes dispositions des deux rois s’empressa de remettre les enfants à leur messager.
Dès que Clother et Childebert eurent leurs neveux entre les mains, ils envoyèrent un second messager à la grand’mère. C’était un gallo-romain, entré au service des conquérants germains. Le message était simple et d’une clarté terrible. Éloquemment l’homme présenta des ciseaux et une épée nue à Clotilde:
—Tes fils, reine, les très glorieux rois Clotaire et Childebert te demandent d’ordonner toi-même comment tu entends que les enfants soient traités... Veux-tu qu’ils vivent, les cheveux coupés dans quelque église, ou veux-tu qu’ils meurent par l’épée?
Clotilde, dans le trouble de sa fureur indignée, répondit imprudemment: «Si on ne les élève pas sur le trône, j’aime mieux les voir morts que tondus!» Le messager n’en demanda pas davantage et retourna aussitôt au palais porter le mot fatal échappé à la reine.
Immédiatement Clotaire et Childebert pénétrèrent dans la salle où l’on avait enfermé leurs neveux et les égorgèrent malgré larmes et prières. Childebert un instant faillit se laisser attendrir par les supplications du plus petit des enfants, mais comme Clotaire, ayant goûté au sang, menaçait de l’abattre aussi, il repoussa l’enfant qui s’accrochait à ses genoux et laissa son frère achever l’œuvre, pendant que l’on égorgeait aussi les gouverneurs et les serviteurs des jeunes princes, venus avec eux au palais de la Cité.
Un troisième fils, Chlodowald, put éviter le sort de ses frères, probablement enlevé par quelques compagnons dévoués de son père. Mais pour échapper complètement à la férocité de ses oncles, il renonça de lui-même à toute prétention sur l’héritage de Clodomir et se fit prêtre. Ayant fondé un monastère en un petit village caché sous les grands arbres au tournant de la Seine après Meudon, il y vécut de longs jours tranquilles, tout occupé à de bonnes œuvres. Ce doux mérovingien issu de la farouche lignée mourut avec la renommée d’un saint, et le village où sa tombe était révérée changea son nom de Nogent en celui de Saint-Chlodowald ou Saint-Cloud.
Augustin Thierry qui a porté la lumière sur ces terribles époques, enlevées par lui à l’ombre confuse et peintes magnifiquement dans ses récits, fresques puissantes aux rudes et franches couleurs, nous montre ces conquérants barbares pendant longtemps campés dans les cités gauloises comme des occupants plutôt que comme des habitants fixés, exploitant les royaumes découpés par eux à travers les Gaules, et possédés très précairement parfois; pillant, brûlant et rançonnant, enlevant à l’occasion les lots des autres rois ou chefs,—pendant que les populations conquises, passées d’un roi à un autre, continuent à vivre tant mal que bien de leur vie à part, et s’efforcent de limiter autant que possible les exigences ou les déprédations des Francs, pendant que les évêques ou les gallo-romains de haute situation font leur possible pour adoucir et policer ces rois et leurs leudes ou compagnons.
On les voit, ces Sicambres rudes et grossiers, à la fois vaillants et rusés, dans ce décor romain déjà bien mutilé par les guerres, couvert de cicatrices, parmi ces murailles écrêtées dont ils rétablissent les couronnements et dont ils complètent les défenses par des ouvrages de bois, dans ces palais où ils apportent les usages des forêts germaines, qu’ils s’efforcent de modifier peu à peu pour se hausser au niveau des anciens gouverneurs, ou patrices romains. Ils abrègent autant que possible leur séjour dans les cités où ils se sentent gênés, préférant une existence plus large dans leurs villas, près des grandes forêts des rives de l’Oise, où, dans l’intervalle des guerres et des courses entreprises sur les royaumes voisins, ils se livrent violemment au plaisir des grandes chasses.
Devenus chrétiens, baptisés, on les voit aux églises qui se multiplient dans la Cité, écouter patiemment les prêtres leur prêcher la douceur de la religion du Christ, mais ils gardent au fond du cœur les sauvages passions des barbares et se livrent à l’occasion aux plus farouches excès, quand il s’agit de savourer les joies de la vengeance ou de préparer quelques meurtres profitables.
Lutèce, qui gagnait en importance et commençait à s’appeler Paris, passa alors quelquefois d’un royaume dans un autre, au moment des partages parmi les descendants de Clovis. Chilpéric, fils de Clotaire, l’eut quelque temps en sa possession, puis après une lutte avec ses trois frères, Paris devint le lot de Caribert, tandis que les autres allaient régner à Soissons, à Orléans et à Reims sur des territoires bizarrement découpés. A la mort de Caribert, la ville resta même indivise entre les trois frères survivants.
Dans la longue lutte entre Frédégonde, femme de Chilpéric, et Brunehaut, femme de Sigebert, Paris vit plusieurs fois passer dans ses murs les deux terribles rivales, qui poussaient successivement au combat et à la mort leurs fils et leurs petits-fils, et avec eux les divers peuples francs d’Austrasie, de Neustrie, de Burgondie. L’horrible Frédégonde qui mourut la première, tranquillement et dans son lit, probablement en un palais de Paris qu’elle avait ressaisi à la mort de Childebert, fut enterrée en l’église du monastère de Sainte-Croix et Saint-Vincent, plus tard Saint-Germain des Prés. Ainsi que le dit Henri Martin, Frédégonde, la victorieuse, épouvantablement souillée de crimes, apparaît comme «le génie même de la barbarie triomphante» tandis que la reine vaincue, Brunehaut, contre qui sa rivale, ou le fils de sa rivale Clother, put réunir la majorité des chefs francs, représentait les tendances civilisatrices, une tentative d’organisation régulière, sous un régime se rapprochant de la vraie monarchie.
Très probablement les faubourgs de Paris, s’allongeant au nord au delà du Grand Pont et au sud après le Petit Pont, devaient former une agglomération de population assez considérable, peut-être autant que celle qui restait fidèle à l’antique Lutèce, la Cité de l’île.
Ces deux ponts construits en charpente existaient depuis des siècles déjà, ayant remplacé les ponts brûlés par les gens de Lutèce à l’arrivée des Romains. Le Petit Pont se retrouve toujours sous le même nom, à la même place, au bas de la rue Saint-Jacques.
Pour le Grand Pont il y a doute. Est-il l’ancêtre de notre Pont au Change donnant sur la grande route des provinces du Nord représentée par la rue Saint-Denis, ainsi qu’on l’a cru longtemps? ou bien peut-il être représenté aujourd’hui par le pont Notre-Dame, comme on le suppose maintenant? Les deux opinions s’appuient sur des probabilités également fortes. En plaçant le Grand Pont de Lutèce au Pont au Change il faut admettre que la voie traversière de l’île partant du Petit Pont faisait un fort crochet sur la gauche, tandis que pour se diriger vers le pont Notre-Dame, elle n’avait qu’à pousser tout droit. Cependant, comme il existait une grande place marchande entourée de portiques au débouché du Petit Pont, la voie pouvait très bien partir de l’angle gauche de cette place pour gagner le Pont au Change sans trop de détours, ce qui donnerait raison à la vieille tradition. D’ailleurs l’existence du Grand Châtelet au bout du Pont au Change et du Petit Châtelet à l’extrémité du Petit Pont, forteresses succédant certainement à des têtes de pont fortifiées, est encore une raison de plus pour faire admettre la quasi-certitude de l’ancienne tradition.
Combien de fois ces deux antiques passages ont-ils été renouvelés, après des aventures diverses, brûlés par accidents fortuits ou faits de guerre, emportés par les inondations ou la débâcle des glaces à la fin des hivers rigoureux; reconstruits en pierres, chargés de maisons serrées en deux files encorbellées sur la rivière, incendiés encore, écroulés, endommagés par les ans,—toujours reconstruits et transbordant d’une rive à l’autre tant de générations, depuis les Gaulois de jadis jusqu’aux Parisiens d’aujourd’hui;—voyant passer sous leurs arches tant d’embarcations diverses, depuis les bateaux gaulois, les nefs romaines, les barques de guerre des Normands, jusqu’aux péniches marchandes et aux bateaux omnibus de nos jours,—et défiler sur leurs pavés tant de cortèges et de si différents, troupes joyeuses, cavalcades de princes et princesses, bataillons en marche pour des parades pacifiques, ou bandes armées se ruant aux massacres des jours de révolution.
Quelques épisodes de la longue et sanglante histoire de Frédégonde appartiennent à l’histoire de Paris. Concubine de Chilpéric, elle avait débuté dans sa carrière de crimes en lui faisant étrangler sa femme Galeswinthe, fille du roi des Wisigoths et sœur aînée de Brunehaut.
«Moult estoit belle femme la royne Frédégonde, en conseil sage et subtile, en tricherie, ni en malice n’avoit son pareil, fors Brunehaut tout seulement,» disent les vieux historiens racontant comment, après seize ans de mariage, voyant le secret de sa liaison avec un leude du roi Landry surpris par Chilpéric, elle prévint la colère de Chilpéric en le faisant poignarder lui-même dans sa villa de Chelles. Le crime commis, Frédégonde se réfugia aussitôt avec son fils Clotaire II âgé de quatre mois, ses serviteurs et ses trésors dans l’église cathédrale de Paris, prés de l’évêque Raguewode, et dans ce lieu d’asile elle détourna l’orage qui pouvait tomber sur elle, et continua ses trames.
Peu avant, sa fille Rigonthe, promise pour épouse à Récared, fils du roi des Wisigoths, était partie pour l’Espagne avec un long envoi de chariots chargés d’un véritable trésor constituant sa dot. Outre l’escorte armée, Chilpéric avait violemment arraché à leurs foyers pour les donner comme serviteurs à la princesse, une foule de jeunes filles, d’hommes et de femmes des plus importantes familles parisiennes, ainsi qu’un grand nombre de gens de condition inférieure destinés à divers emplois. Ce fut une désolation terrible dans la ville et, rapporte Grégoire de Tours, on vit, parmi les malheureux ainsi arrachés à leurs familles, quelques-uns distribuer tous leurs biens entre leurs héritiers et d’autres se donner la mort pour ne pas s’expatrier.
Cet immense convoi, sur sa longue route, fut dès le départ en butte à tous les malheurs: désertions des serviteurs entraînés au loin malgré eux, vols, enlèvements de chevaux et d’objets précieux, attaques à main armée... Le cortège fondait en route et les richesses entassées dans les chariots diminuaient d’étape en étape; les princes sur le territoire desquels passait la malheureuse reine voulaient avoir leur part de ses richesses, si bien que Rigonthe complètement dépouillée ne put dépasser Toulouse où, abandonnée de tous, elle dut attendre en un monastère que Frédégonde la fit reprendre. Il n’est pas nécessaire de beaucoup s’apitoyer sur le sort de cette princesse Rigonthe qui, d’après Grégoire de Tours, ne valait pas beaucoup mieux que son affreuse mère. Ces deux femmes, souvent en querelles, allaient parfois jusqu’à se prendre aux cheveux, et un jour Frédégonde avait tenté d’étrangler sa fille en faisant brusquement retomber sur sa tête le couvercle d’un grand et lourd coffre, vers lequel elle l’avait attirée, sous prétexte de lui faire admirer des objets précieux. Rigonthe se débattait, Frédégonde à genoux sur le couvercle pesait de tout son poids et s’efforçait d’achever son œuvre, lorsque, aux cris de la victime étranglée, on avait pu forcer la porte, et l’arracher à sa mère.
L’aventure du comte Leudaste, qui forme le sujet d’un des récits d’Augustin Thierry, se passa à Paris pendant un séjour de Chilpéric et de Frédégonde au palais de la Cité en 583. Leudaste, ancien esclave gaulois devenu comte de Tours, détesté pour ses brutales exactions, mais longtemps soutenu par Frédégonde, avait fini par encourir la haine de la terrible reine, à la suite d’intrigues fort compliquées par lesquelles il avait essayé de perdre l’évêque Grégoire de Tours, en faisant de cet évêque l’accusateur des désordres de Frédégonde.
Dans un synode d’évêques réunis dans la villa de Chilpéric à Braines, Grégoire de Tours ayant été complètement déchargé, l’affaire se retourna contre son dénonciateur Leudaste, qui devenait l’auteur du scandale et l’ennemi de Frédégonde.
L’occasion de la vengeance attendue quelque temps arriva enfin pour celle-ci, par l’imprudence de Leudaste qui vint lui-même se mettre dans la main de son ennemie. Un dimanche que Chilpéric et la reine assistaient à la messe dans l’église cathédrale Saint-Etienne, plus tard remplacée par Notre-Dame, Leudaste, qui venait de retrouver les bonnes grâces de Chilpéric pour avoir combattu à Melun dans son armée, croyant la fureur de Frédégonde calmée et espérant faire sa paix, osa entrer dans l’église, et fendant la foule, aller jusqu’au siège royal se jeter aux pieds de Frédégonde en la suppliant de lui accorder son pardon. Une scène étrange s’ensuivit. Frédégonde, un instant surprise, fut saisie d’une fureur sauvage, elle accabla son ennemi de sa colère et l’eût bien fait tuer sur l’heure, mais Chilpéric, à qui elle réclamait sa vengeance, se contenta de faire chasser Leudaste de l’église par ses gardes.
Leudaste dans sa présomption ne se hâta point, après cet avertissement, de chercher son salut dans une fuite rapide hors de la portée de Frédégonde; au contraire, supposant qu’il aurait dû se faire précéder par de riches présents pour adoucir la reine, il resta dans la cité afin de réparer cet oubli. La rue conduisant de l’église cathédrale au palais, devenue plus tard la rue de la Calandre et la rue Neuve-Notre-Dame, trouvait au débouché du petit pont, c’est-à-dire à l’extrémité de la place du Parvis actuelle, une large place, centre du commerce de la cité, bordée de maisons de négociants, sous les arcades ou les auvents desquelles ceux-ci étalaient leurs marchandises. L’ex-comte de Tours, au lieu de fuir, s’arrêta sur cette place pendant que s’achevait la messe, allant de boutique en boutique, marchandant, faisant mettre de côté les plus riches objets. Tout à coup, la grande messe terminée, un mouvement se produisit sur la place, le cortège royal défilait au milieu du peuple. Chilpéric et Frédégonde rentraient au palais. Frédégonde aperçut Leudaste continuant ses achats sous l’auvent des boutiques et, aussitôt arrivée au palais, envoya rapidement quelques hommes à elle avec l’ordre de lui amener son ennemi vivant et garrotté.
Leudaste fut arraché à sa sécurité par leur attaque; comme il était brave, il fit face au danger et fondit l’épée à la main à travers la bande; blessé, couvert de sang, il put se frayer passage et gagna le Petit Pont sur lequel il s’engagea en courant. Par malheur pour lui, le Petit Pont se trouvait alors en mauvais état, les planches du tablier étaient pourries par endroits et percées de trous. Leudaste en fuyant mit le pied dans un de ces trous et tomba en se brisant la jambe.
Il était pris; on le porta tout sanglant dans la prison de la ville. Au lieu de le faire mourir tout de suite, Frédégonde, qui ne se fût pas crue assez vengée, le fit soigner et même transporter en meilleur air dans une de ses Villas, mais au bout de quelque temps, comme l’état du blessé s’aggravait, la reine eut peur de perdre sa vengeance, elle fit jeter Leudaste en bas de son lit, le fit coucher sur le sol, la nuque appuyée sur une barre de fer, tandis qu’un bourreau frappait le malheureux sur la gorge à grands coups d’une autre barre de fer pour lui briser les vertèbres.
Dans l’histoire de la cité parisienne apparaît le nom de saint Eloi avec le règne du petit-fils de Frédégonde, Dagobert Ier. Celui-ci, mérovingien adouci, n’était plus seulement un chef barbare, mais un vrai roi, législateur ferme, réprimant sévèrement les brutalités des leudes et, à l’occasion, expiant les siennes par des fondations pieuses, comme celle de l’abbaye de Saint-Denis. Habile orfèvre et honnête homme, Eligius ou Eloi, dès le début du règne de Dagobert, devint son argentier ou maître des monnaies. Il resta personnage important, principal conseiller de Dagobert pendant tout le règne et fut ensuite évêque de Noyon. Ce n’était pas le premier marchand qui parvenait à l’épiscopat, puisque précédemment le successeur de l’évêque de Paris, Raguewode, l’ami de Frédégonde, avait été un marchand syrien nommé Eusèbe.
Saint Eloi employait ses richesses en bonnes œuvres: à Paris il fonda vers 632, au cœur de la cité, l’abbaye de Saint-Martial, vaste monastère qui tenait tout l’espace compris au nord et au sud entre les rues de la Calandre et de la Vieille-Draperie, à l’est et à l’ouest entre les rues aux Fèvres et de la Barillerie, juste devant le palais, à l’endroit occupé aujourd’hui par la caserne des pompiers. Trois cents nonnes sous la direction de l’abbesse Aurée (sainte Aure) occupaient l’abbaye; dans l’épidémie qui désola Paris en 666, enlevant une partie considérable de la population, cent soixante religieuses de Saint-Martial périrent et avec elles leur abbesse.
Le pourtour de cet enclos monastique s’appelait la ceinture Saint-Eloi. Son église Saint-Martial avait failli, peu après sa construction, être détruite par un incendie lequel, raconte la légende, s’arrêta sur une objurgation d’Eloi au saint patron de l’église. Tout pleurant de voir son œuvre ravagée par les flammes qu’activait un vent violent, Eloi en «grande ire» admonesta vertement saint Martial qui souffrait ainsi par sa paresse que son église fût arse et dévorée, et lui jura que s’il la laissait périr, elle ne serait jamais rebâtie. La menace fit son effet, car l’incendie aussitôt s’arrêta.
Hélas! saint Eloi n’était plus là en 1034 quand un autre incendie dévora les bâtiments de l’abbaye.
Parmi les incendies dont la cité eut à souffrir il y en eut un, en 586, au temps de Chilpéric, qui faillit la détruire complètement et fut certainement cause de la disparition de bien des édifices de la Lutèce gallo-romaine. Il commença un soir dans la maison d’un marchand sise à l’entrée méridionale de la Cité, c’est-à-dire près du Petit Pont. Une chandelle, oubliée dans un cellier à côté d’une barrique d’huile, mit le feu à cette barrique; le cellier fut bientôt en flammes et l’incendie se communiqua de proche en proche, aux maisons de bois et aux boutiques, à travers toute l’île, d’un bras de la Seine à l’autre, en suivant la grande voie entre les deux ponts, parmi le quartier des négociants.
Le palais sur la gauche ne fut pas atteint par les flammes, les églises furent aussi préservées. L’incendie endommagea fortement une vieille construction romaine, la prison de Glaucin, sise sur l’emplacement du quai aux Fleurs actuel, vers l’endroit où jusqu’à la Révolution subsista l’église Saint-Denis de la Chartre, dont le surnom de la Chartre ou prison indiquait la proximité des restes de cette prison. Les prisonniers se voyant atteints par les flammes se soulevèrent, échappèrent à leurs gardiens et purent se réfugier sur la rive gauche du fleuve, à la nouvelle église Saint-Vincent (Saint-Germain des Prés) qui était lieu d’asile.