Fig. 170.—Armoiries peintes sur un tableau anciennement placé dans le chœur de l’église du Mont-Saint-Michel.—D’après un dessin de M. de Rothemont; ms. nº 4902 à la Bibliothèque nationale. Dix-huitième siècle.
L’origine du village, ou plutôt,—suivant la tradition séculaire,—de la ville du Mont-Saint-Michel, est fort ancienne, si l’on en croit les chroniqueurs, qui la font remonter au dixième siècle, à l’époque où, les Normands ravageant le pays d’Avranches, quelques familles vinrent se réfugier sur le rocher appelé, dès le huitième siècle, le Mont-Saint-Michel.
La petite bourgade prospéra sous la protection des Bénédictins établis en 966 par le duc de Normandie, Richard sans Peur. Elle suivit la fortune du monastère, au pied duquel ses maisons s’étaient groupées sur les escarpements du rocher à l’est, qui lui formaient une première défense naturelle contre les envahissements de la mer et les attaques des hommes. Elle s’augmenta successivement, préservée, sur ses parties les plus faibles, par des palissades, et, lors de la reconstruction des bâtiments de l’abbaye, elle fut comme celle-ci, du treizième au quatorzième siècle, entourée de solides murailles[34] formant la première enceinte du monastère.
Vers ce même temps, les magasins de l’abbaye, établis dès le douzième siècle au sud-ouest, sur le seul côté du rocher accessible aux chevaux et aux voitures, et qui avaient été incendiés ou détruits comme la ville en 1203, furent reconstruits, fortifiés et devinrent un point stratégique d’une grande importance, aussi bien pour la défense de l’abbaye-forteresse que pour la facilité de ses approvisionnements. Aussi ces magasins—fortifiés—constituèrent-ils dès le treizième siècle, époque à laquelle les bâtiments abbatiaux s’élevèrent à l’est et au sud, un poste avancé, fortement défendu, relié à l’abbaye, dont il formait l’entrée au sud-ouest, par des chemins de ronde, et complètement indépendant d’ailleurs du corps de la place, qui avait elle-même ses propres ouvrages défensifs, protégeant les approches du monastère à l’est.
La ville, agrandie de 1415 à 1420, qui s’étage au pied de l’abbaye au sud (fig. 171) et sur les escarpements de la montagne à l’est, ne possède qu’une seule entrée s’ouvrant au sud du Mont, sur le flanc ouest de ses remparts du quinzième siècle, dont la porte est précédée d’ouvrages qui en couvrent les approches.
Après avoir franchi les passages-défilés de l’Avancée et de la Barbacane, on arrive à la porte principale,—porte du Roi,—qui donne accès dans la ville. L’unique rue de la petite cité suit à peu près la ligne des murailles, et, de niveau avec l’entrée jusqu’à la hauteur de la tour dite de la Liberté, elle s’élève bientôt rapidement, serpente vers le nord sur les rampes du rocher et aboutit, par de grands emmarchements à l’est, au point où se dressait jadis la première porte du Grand Degré montant à la barbacane du châtelet.
Quelques ruelles fort étroites, escaladant le roc, grimpent aux jardins en terrasses ou aux maisons les plus élevées et aboutissent, par des détours, aux murs de ronde et à la poterne de l’escalier sud de la barbacane, protégeant l’entrée de l’abbaye.
La rue de la Ville est bordée des deux côtés de maisons, dont quelques-unes sont encore telles qu’elles devaient être au moyen âge. Elles n’offrent rien de bien curieux dans leurs détails; pourtant, par leur réunion et leur étagement, elles forment un ensemble pittoresque, dont la figure 172 donne une idée (vue prise dans la partie basse de la rue).
De temps immémorial, la ville, qui se compose aujourd’hui d’une soixantaine de maisons, a été habitée par des pêcheurs, excellents marins, rompus à toutes les fatigues de leur rude métier et bravant courageusement
Fig. 171.—Vue générale de la façade sud du Mont-Saint-Michel. (restauration).
tous les périls des grèves dangereuses qui n’ont plus de secrets pour eux; mais la plus grande partie des habitations de l’ancienne cité et de la ville nouvelle furent de tout temps, en plus ou moins grand nombre, ce qu’elles sont de nos jours, c’est-à-dire des hôtelleries pour les pèlerins, ou bien des boutiques où se vendaient les images ou enseignes du benoist arcange Monsieur saint Michel, et où se débitent encore toutes sortes d’objets de piété.
Les boutiques et les marchands d’images, ou de quiencaillerie, furent toujours très nombreux au Mont-Saint-Michel, aussi bien dans l’ancienne ville, avant le quinzième siècle, que dans la nouvelle depuis cette époque. Les nombreux pèlerinages avaient fait naître une industrie d’art fort curieuse qui eut une importance considérable au Mont-Saint-Michel, et surtout à Paris.
Le sanctuaire dédié à saint Michel fut, dès son origine, visité par un grand nombre de pèlerins. Dès le onzième siècle, le Mont-Saint-Michel était célèbre par les pèlerinages qui s’y accomplissaient. Il le fut surtout au moyen âge, même jusqu’à la fin du dix-septième siècle, et sa renommée s’étendait non seulement par toute la France, mais encore dans plusieurs parties de l’Europe.
Une confrérie de Pèlerins de Saint-Michel du Mont de la Mer fut fondée à Paris, dans les premières années du treizième siècle. Déjà, pendant le siècle précédent, il existait, dans l’Enclos du Palais, une chapelle dédiée à saint Michel,—celle où fut baptisé Philippe-Auguste.—Après la construction de la Sainte-Chapelle, Philippe le Bel permit à son échanson Galerau de fonder dans la Sainte-Chapelle la Chapellenie de Saint-Michel. En 1476, Louis XI fonda dans la chapelle de Saint-Michel aux Pèlerins une collégiale pour l’Ordre de Saint-Michel, dont l’établissement fut confirmé par lettres-patentes des rois Charles IX, Henri III et Henri IV.
Au moyen âge, les pèlerinages étaient très suivis; ceux de Saint-Michel et de Saint-Jacques de Compostelle étaient les plus particulièrement en honneur et attiraient un nombre considérable de pèlerins. La confrérie de Saint-Jacques aux Pèlerins, de Paris, rue Saint-Denis, à côté de la porte de ville, avait, avec sa chapelle, un hôpital destiné à héberger gratuitement, chaque nuit, les pèlerins de passage à Paris, qui se
Fig. 172.—Rue de la Ville.
rendaient à Saint-Jacques de Compostelle, au Mont-Saint-Michel et en d’autres lieux vénérés.
Presque tous les rois de France, jusqu’à Charles IX, qui fut le dernier monarque qui vint faire ses dévotions à Saint-Michel, se rendirent en pèlerinage au Mont; il faut surtout remarquer: saint Louis, Philippe le Hardi, Philippe le Bel, Charles VI, la reine Marie, femme de Charles VII, Louis XI, Charles VIII et François Iᵉʳ, et la liste des grands personnages qui y vinrent dans les mêmes conditions serait interminable.
La dévotion à saint Michel fut de tout temps très vive, et, particulièrement au quatorzième siècle, elle se manifesta par des pèlerinages plus nombreux qu’en d’autres temps, auxquels prirent part des hommes et des femmes de tous rangs et de toutes conditions, et, ce qui est très remarquable, des enfants, qui se nommaient Pastoureaux. Guidés par leur foi naïve, ils se réunissaient, se rendaient au Mont-Saint-Michel au travers de tous les obstacles, sans aucune crainte, et n’ayant d’autre préoccupation que celle d’arriver et de faire leurs prières au sanctuaire de Saint-Michel. Il faut encore citer parmi ces faits extraordinaires les pèlerins venus d’Allemagne en grand nombre avec leurs femmes et leurs petits enfants, malgré la distance et les dangers des chemins.
Dès les premiers temps des pèlerinages au Mont-Saint-Michel, les pèlerins recueillirent dans la baie des coquilles, qu’on nomme encore coquilles Saint-Michel, et qu’ils attachaient à leurs vêtements en souvenir de leurs voyages au Mont. Bientôt on remplaça les coquilles naturelles par des coquilles en plomb ou en étain fondu; on orna ces coquilles d’une image de saint Michel, puis on fondit des médailles ou enseignes, et dès les premières années du treizième siècle naquit une industrie d’art qui prit rapidement un développement considérable. Le commerce des enseignes et des plombs de pèlerinage était assez important pour que les rois de France eussent établi de lourds impôts sur la vente de ces objets, et il existait à Paris, au treizième siècle, des fondeurs de plomb et d’étain que les historiens nomment les biblotiers: c’était un faiseur et mouleur de petites images en plomb qui se vendent aux pèlerins et autres.
Les objets de plomb ou d’étain fondu, trouvés dans la Seine à Paris, aux abords des ponts: pont au Change (ancien Grand-Pont), pont Saint-Michel, pont Notre-Dame, démontrent qu’il y avait à Paris, et particulièrement sur le pont au Change, un centre important de fabrication qui devait alimenter les pèlerinages. Ces objets se fabriquaient également au Mont Saint-Michel, ainsi que le prouve un moule en ardoise que nous y avons trouvé l’année dernière. (Voir fig. 71 et 72.)
Nous possédons un certain nombre de plombs—trouvés dans la Seine à Paris—d’une authenticité incontestable, qui ont été fabriqués à Paris, du treizième au seizième siècle, pour les pèlerinages. Une partie importante de ces objets était particulièrement destinée aux pèlerins du Mont Saint-Michel et de Tombelaine—où la Vierge était vénérée sous le nom de Notre-Dame la Gisante.—Ils se composent d’ampoules ou sachets destinés à renfermer des reliques, de coquilles, de sonnettes et d’anneaux en étain, de colliers, de boutons même, de cornets de pèlerin; enfin, d’images de saint Michel, de médailles de plomb ou d’étain (qui s’appelaient des enseignes), qui pouvaient se fixer aux chapeaux ou aux vêtements des pèlerins.
Quelques-uns de ces objets ont été fabriqués par les biblotiers, mais la plupart sont l’œuvre d’orfèvres ou dans tous les cas, d’artistes consommés.
Toutes ces anciennes images sont toujours composées avec un art extrême, et, si elles sont parfois d’une exécution naïve, elles ont toujours, avec le sentiment décoratif qui leur est particulier, un très grand caractère symbolique, où l’inspiration religieuse domine et dirige l’esprit de l’imagier si elle ne conduit pas toujours heureusement sa main. Elles sont bien dignes d’inspirer nos modernes fabricants d’images, surtout en ce qui concerne saint Michel, qu’ils habillent de vêtements grotesques ou qu’ils affublent d’un costume théâtral—à la romaine.—En attendant qu’ils aient cherché et surtout trouvé pour saint Michel un vêtement digne d’un aussi grand personnage, ils devraient tout au moins restituer au séculaire Patron de la France son costume national, c’est-à-dire l’armure française du moyen âge. Les modèles ne manquent pas: nos cathédrales, nos musées, nos bibliothèques, possèdent sur ce sujet des richesses inépuisables.
En terminant cette étude faite aussi exactement que possible, qu’il nous soit permis d’exprimer notre admiration pour le célèbre monument dont nous avons essayé de peindre les beautés. Une description fidèle, des dessins exacts, des photographies même, donnent bien une idée des détails des monuments ou du paysage; mais rien ne remplace l’impression de la vue, et, au Mont Saint-Michel en particulier, cette impression est saisissante et ne peut être décrite. Les phénomènes des marées, toujours si curieux à observer partout ailleurs, sont particulièrement étonnants sur ces grèves immenses où l’arrivée de la mer produit une sorte de mascaret de plusieurs lieues de largeur. Rien n’est plus facile d’ailleurs que d’aller au Mont Saint-Michel, de le visiter dans tous ses détails après en avoir fait le tour soit à pied sur les grèves à marée basse, soit en bateau pendant la pleine mer. Cette dernière manière de voir le Mont est à notre avis la meilleure, parce qu’elle permet de s’éloigner un peu de la base du rocher qu’on est forcé de côtoyer à pied. La vue change alors à chaque coup d’aviron pour ainsi dire, et toutes les faces de l’antique abbaye semblent se dérouler et présentent successivement les aspects les plus imposants et les plus grandioses. Il n’est pas de spectacle plus beau et plus instructif pour les touristes et surtout pour les artistes et les savants, sans parler des grands enseignements que tous doivent tirer de l’étude de ces splendides monuments. Aussi, que nos lecteurs nous permettent de leur dire comme conclusion, persuadé que le conseil est excellent: Allez au Mont Saint-Michel et que la vue de toutes ses merveilles vous inspire de belles et grandes œuvres, comme celles qui ont été créées jadis pour l’honneur de notre cher pays.
L’iconographie de saint Michel nous présente une des plus belles pages de l’art chrétien. L’Archange, avec sa noble physionomie, sa fidélité à toute épreuve, sa mâle énergie et son amour de la justice, est le plus beau de tous les types, après ceux du Sauveur et de la Vierge. En lui nous trouvons toutes les grâces de l’adolescence unies à la valeur de l’âge mûr, toute la sévérité d’un juge qui défend les droits de Dieu, tout l’éclat de la lumière dont il est le reflet, toute l’indignation d’une âme généreuse qui a pour mission de combattre l’esprit du mal et le père du mensonge. Son étendard est la croix, en vertu de laquelle il triomphe; son cri de guerre est son nom: «Michel, qui est semblable à Dieu;» son arme est le bouclier, la lance et le glaive; son vêtement est le manteau royal et la cuirasse du chevalier; sur son front brille parfois une couronne, ou bien sa chevelure flotte librement sur ses épaules; ses grandes ailes déployées indiquent son action; la balance qu’il tient souvent à la main est le signe de sa mission auprès des âmes; sous ses pieds s’agite le dragon, son implacable ennemi, qu’il combat toujours sans jamais le détruire et dont il triomphera au dernier jour, quand le nombre des élus sera complet.
Nous avons fait revivre ce type sublime dans l’ouvrage que nous offrons au public. Les nombreuses gravures que nous publions peuvent se rattacher à cinq groupes principaux: saint Michel, ange des batailles; saint Michel, prince de la lumière; saint Michel, conducteur des âmes; saint Michel, peseur des âmes; et les monuments élevés en l’honneur de saint Michel.
Saint Michel, en sa qualité de contradicteur de Satan, est toujours en lutte avec ce dernier: tantôt il lui perce la mâchoire inférieure, selon la parole de Job: «Perforabis maxillam ejus;» tantôt il le précipite du ciel, à la suite du grand combat décrit dans l’Apocalypse; quelquefois il le tient enchaîné, ou il l’attend appuyé sur son bouclier et armé de pied en cap. (Voir la photogravure en frontispice, les chromos des pages 88 et 268 et les figures 2, 3, 7, 9, 10, 12, 13, 40, 71, 72, 177 à 183, et 209 à 212.)
Satan est le prince des ténèbres. Saint Michel est le prince de la lumière. Pénétrés de cette pensée, les artistes l’ont souvent représenté le regard fixé sur Dieu, le front environné d’un éclat céleste et les vêtements pour ainsi dire ruisselants de lumière. Les architectes lui ont bâti des temples sur les plus hautes montagnes, et ils ont dressé des autels en son honneur au sommet des tours. Ils auraient voulu le placer dans ces régions supérieures où saint Paul nous représente la lutte des bons anges contre les esprits de ténèbres. De temps en temps ils l’unissent au Verbe incarné, à la Lumière divine descendue sur la terre. Saint Michel est l’ami du Sauveur et le gardien des sanctuaires. (Voir les figures 1, 4, 8, 15, 37, 66, 131 à 133, 184 et 191.)
L’ange rebelle est devenu l’ennemi des âmes. Son heureux contradicteur a reçu la mission de les défendre. Il veille sur elles; il les protège, il les guide, il les éclaire; il prend sous sa protection les âmes les plus saintes et les plus pures. La Vierge Marie et Jeanne d’Arc lui sont confiées. Il est l’ange protecteur de l’Église et de la France, c’est-à-dire de la patrie des âmes et de la nation chérie de Dieu. Il est le guide des chevaliers et des pèlerins, le patron des confréries et des associations ouvrières. Après la séparation de l’âme et du corps, il prend soin de notre dépouille mortelle et veille sur notre tombe, c’est pourquoi les artistes l’ont souvent représenté avec les attributs d’un ange gardien. (Voir les figures 5, 11, 14, 18, 34, 44, 92, 94, 95 à 102, 104, 105, 116 à 124, 141, 185 et 186.)
Au tribunal de Dieu, Satan réclame sa proie; mais saint Michel est là pour la défendre. Il pèse les bonnes et mauvaises actions; il écarte souvent, du bout de sa lance, un petit diable sournois qui essaie de tricher et de faire incliner vers la terre le plateau de la balance où les péchés sont contenus. La bonne et miséricordieuse Vierge intervient d’ordinaire dans cette pesée des âmes; elle intercède pour le défunt auprès du Juge suprême assis sur son trône. (Voir la chromo de la page 388 et les figures 6, 103, 142, 186, 187, 188 et 207.)
Les monuments élevés en l’honneur de saint Michel, depuis l’origine de l’Église, ne sauraient être comptés. Plusieurs sont remarquables par la beauté de l’architecture, la hardiesse du plan, la richesse de l’exécution. En première ligne, nous plaçons la basilique du Mont-Tombe, les églises de Bruxelles et de Bordeaux, la chapelle de Saint-Michel d’Aiguilhe, dans le Velay. Les châteaux forts, les tours, les beffrois dédiés à l’Archange guerrier ne sont ni moins remarquables ni moins nombreux. (Voir les chromos des pages 88 et 268 et les figures 16, 20, 22, 24 à 27, 28, 52 à 61, 70, 143 à 151 et 182.)
Nous désirons compléter cette partie de notre ouvrage en mettant sous le regard du lecteur une nouvelle série de gravures. Les documents iconographiques qui suivent sont comme une synthèse de toute la partie artistique de notre travail: ils résument ce que la peinture, la sculpture et l’architecture ont entrepris à la gloire de saint Michel.
Fig. 173.—Sou d’or concave. Isaac II, l’Ange, 1185-1195.
Fig. 174.—Pierre gravée du quatrième siècle, formant le sceau de Chrétien, chanoine d’Amiens. 1210.
Fig. 175.—Sou d’or concave. Michel VIII Paléologue. 1261-1282.
Fig. 176.—Sceau du douzième siècle. Bruxelles. Archives nationales.
Fig. 177.—Enseigne (image) en plomb de saint Michel, trouvée au Mont. Treizième siècle.
Fig. 178.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel au douzième siècle. Le revers est le sceau de Robert de Torigni. Archives nationales.
Fig. 179.—Sceau de la Nation de Picardie, à l’Université de Paris. Quatorzième siècle. Archives nationales.
Fig. 180.—Sceau de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, en 1520. Archives nationales.
Fig. 181.—Moule d’un plomb de pèlerinage. Quatorzième siècle. Collection de M. Alfred Ramé.
Fig. 182.—Statue de l’Archange sur l’église Saint-Michel de Lucques (Toscane), fondée au huitième siècle. La façade est postérieure de plusieurs siècles.
Fig. 183.—Saint Michel et ses anges terrassant le démon. Peint par Cimabue dans l’église Sainte-Croix de Florence. Treizième siècle.
Fig. 184.—Saint Michel, saint Gabriel et saint Raphaël groupés autour de la figure centrale du Sauveur. Peinture grecque du quinzième siècle.
Fig. 185.—Saint Michel avec la Vierge et l’enfant Jésus. Peint à fresque dans l’église Sainte-Croix de Florence. École de Giotto.
Fig. 186.—Saint Michel conducteur des âmes.—Un ange présentant une âme à saint Michel. Miniature du Livre des Angelz. Ms. du XVᵉ siècle. Nº 186 à la Bibl. nat.
Fig. 187.—Saint Michel peseur des âmes. Partie centrale du tableau du Jugement dernier peint par Memling, dans l’église Sainte-Marie, à Dantzig. Quinzième siècle.
Fig. 188.—Saint Michel pesant les âmes et terrassant le Dragon. Peint par Luca Signorelli. Église Saint-Grégoire, à Rome. Seizième siècle.
Fig. 189.—Plaque italienne en bronze. Seizième siècle.
Fig. 190.—Plaque allemande en argent repoussé. Seizième siècle.
Fig. 191.—Saint Michel terrassant le démon avec les seules paroles: Quis ut Deus. Tableau italien du seizième siècle.
Fig. 192 à 206.—Jetons d’échevinage et monnaies à l’effigie de saint Michel.
Fig. 207.—Saint Michel conducteur et défenseur des âmes. Fragment d’un tableau peint par Mabuse. Seizième siècle.
Fig. 208.—Saint Michel en costume de l’époque de Louis XIV. Sculpture en ivoire du dix-septième siècle.
Fig. 209.—Saint Michel d’après un émail de Limoges signé Laudin. Dix-septième siècle.
Fig. 210.—Plaque en bronze de la fin de la Renaissance italienne.
Fig. 211.—Saint Michel terrassant le Démon. D’après une plaque en faïence émaillée d’Aranda (Espagne). Dix-septième siècle.
Fig. 212.—Saint Michel terrassant le Dragon. D’après une broderie au passé. Dix-huitième siècle.
L’histoire générale ne comporte pas tous les détails d’une chronique locale; elle se prête encore moins aux longues citations, aux froides nomenclatures et aux discussions sur les points controversés.
Il en est ainsi dans l’histoire du culte de saint Michel. Plusieurs assertions demandent des preuves; certains faits ont besoin d’être éclaircis. Le lecteur ne serait pas satisfait, s’il ne trouvait des pièces justificatives à l’appui des opinions que l’auteur émet le premier, ou défend contre des écrivains d’une valeur incontestée. D’autre part, saint Michel avec ses attributs guerriers, sa mission auprès des âmes, ses luttes et ses triomphes, a excité de tous temps l’enthousiasme des poètes. Il a partout sa place d’honneur dans la poésie lyrique, dans le drame et dans l’épopée. Nous avons rapporté plusieurs faits pour démontrer cette assertion; mais il est utile de multiplier les citations, afin de mieux faire ressortir l’influence que saint Michel a exercée dans la littérature et les arts.
C’est pourquoi nous publions ici quatorze pièces justificatives ou appendices que nous classons selon l’ordre chronologique, et nous indiquons, quand il y a lieu, les pages qui leur correspondent dans le texte. La première de ces pièces, La révolte des Anges d’après une tablette chaldéenne, prouve que la grande lutte engagée entre saint Michel et Lucifer, était connue dès la plus haute antiquité. Dans les pièces II, III, IV, V, VI, IX, X, XI et XII, nous avons des modèles de cette poésie où l’Archange figure tour à tour comme le vainqueur de Satan, le conducteur et le peseur des âmes, le génie tutélaire de l’Église et de la France. Le septième appendice est dû à M. Deschamps de Vadeville: il renferme la liste des chevaliers qui défendaient le Mont-Saint-Michel en 1427, sous la conduite de Louis d’Estouteville. Jusqu’ici, la question de l’atelier monétaire établi au Mont-Saint-Michel n’avait pas été résolue; le huitième appendice comble cette lacune. Enfin, les pièces XIII et XIV nous fournissent des documents précieux sur l’histoire du Mont-Saint-Michel pendant le XVIIIᵉ siècle et à l’époque de la Révolution.
C’est à M. Talbot que nous empruntons et la traduction de cette tablette et les réflexions qui précèdent cette traduction.
Cette description de la révolte des Dieux ou des Anges semble avoir été précédée d’un récit de l’harmonie parfaite qui existait d’abord dans les Cieux. La guerre entre Michel et le Dragon a beaucoup de rapport avec le combat de Bel contre le Dragon qu’une tablette chaldéenne raconte[35]. Et il n’est pas inutile de remarquer que le dragon chaldéen a sept têtes, comme celui dont parle l’Apocalypse.
Nous venons de dire que les premières lignes (au moins quatre) de la tablette manquent.
5. «L’Être divin dit trois fois le commencement d’un psaume[36].
6. Le Dieu des saints cantiques, Seigneur de religion et d’adoration,
7. Établit mille chanteurs et musiciens, et institua un chœur
8. Aux chants duquel des multitudes répondaient.....
9. Avec un bruyant cri de mépris, ils interrompirent son saint cantique,
10. Abîmant, confondant, rendant confus son hymne de louange.
11. Le Dieu de la brillante couronne, avec un désir de réunir ses adhérents,
12. Sonna de la trompette pour éveiller la mort
13. Qui défendit aux dieux rebelles de revenir.
14. Il refusa leur service. Il les éloigna parmi les dieux ses ennemis.
15. A leur place il créa l’humanité.
16. Le premier qui reçut la vie habita seul avec lui.
17. Puisse-t-il leur donner la force pour qu’ils ne négligent pas sa parole,
18. En suivant la voix du Serpent[37], que ses mains ont créé.
19. Et puisse le Dieu de divine (parole) chasser de ses cinq mille ces mauvais mille
20. Qui, au milieu de son chant céleste, ont crié des blasphèmes mauvais.
21. Le dieu Ashur, qui avait vu la malice de ces Dieux qui avaient abandonné leur place
22. Pour se révolter, n’alla pas avec eux[38].»
Guillaume de Saint-Pair avait raconté en un style charmant les miracles du Mont-Saint-Michel; mais ce n’était là qu’une narration, et il fallait un jour en venir à la dramatiser. C’est ce que fit, au quatorzième siècle, un moine inconnu du Mont-Saint-Michel, qui fit jouer son drame «en présence de ces foules immenses qui, à certains jours de fêtes privilégiées, encombraient les abords de l’Abbaye». Le texte de ce drame a été dressé par M. Léopold Delisle et publié par M. de Beaurepaire. «C’est une œuvre incorrecte, inégale et généralement dépourvue d’invention; mais enfin c’est une œuvre théâtrale, et cette transformation de la légende en drame est un fait important à noter.» Le premier miracle (I) n’est qu’un fragment. Une pèlerine au Mont-Saint-Michel a mis au jour un enfant au milieu de la grève, et saint Michel l’a miraculeusement préservée contre le flot montant. Elle quitte avec son mari le Mont où elle a été recueillie, et le poète nous fait assister à ce départ. Le second miracle (II) est plus compliqué, et se rapporte à un serpent merveilleux, qui fut tué grâce à saint Michel. Le troisième (III) est sans doute relatif à l’une de ces visites que saint Michel faisait de temps en temps à sa montagne de prédilection et à celle peut-être qu’a racontée plus haut Guillaume de Saint-Pair. Ce ne sont que des débris, et, si nous les reproduisons ici, c’est à cause de l’intérêt exceptionnel que présentent ces représentations théâtrales à l’usage des pèlerins au Mont. (Voy. E. de Beaurepaire, Les Miracles du Mont-Saint-Michel, Avranches, 1862, in-8º. C’est d’après cette publication que nous imprimons notre texte.)
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