DONT IL EST PARLÉ DANS LE SIÈCLE DE LOUIS XIV.
Charles Iᵉʳ, assassiné juridiquement sur un échafaud, en 1649.
Cromwell (Olivier), protecteur, le 22 décembre 1653, plus puissant qu’un roi: mort le 13 septembre 1658.
Cromwell (Richard), protecteur immédiatement après la mort de son père, dépossédé paisiblement au mois de juin 1659: mort en 1685[24].
Charles II, mort en 1685.
Jacques II, détrôné en 1688: mort en 1701.
Anne Stuart, morte en 1714.
George Iᵉʳ, mort en 1727.
Christian IV, mort en 1648.
Frédéric III, reconnu, en 1661, par le clergé et les bourgeois, pour souverain absolu, supérieur aux lois, pouvant les faire, les abroger, les négliger, à sa volonté. La noblesse fut obligée de se conformer aux vœux des deux autres ordres de l’état. Par cette étrange loi, les rois de Danemark ont été les seuls princes despotiques de droit; et ce qui est encore plus étrange, c’est que ni ce roi ni ses successeurs n’en ont abusé que rarement. Mort le 19 février 1670.
Christian V, mort en 1699.
Frédéric IV, mort en 1730.
Christine. Il en est parlé beaucoup dans le siècle de Louis XIV. Elle avait abdiqué en 1654. Morte à Rome en 1689.
Charles X, plus communément appelé Charles-Gustave: il était de la maison palatine, et neveu de Gustave-Adolphe par sa mère. Il voulut établir en Suède la puissance arbitraire. Mort en 1660.
Charles XI, qui établit cette puissance: mort en 1697.
Charles XII, qui en abusa, et qui, par cet abus, fut cause de la liberté du royaume: mort en 1718[25].
Ladislas-Sigismond, vainqueur des Turcs. Ce fut lui qui, en 1645, envoya une magnifique ambassade pour épouser par procureur la princesse Marie de Gonzague de Nevers. Les personnes, les habits, les chevaux, les carrosses des ambassadeurs polonais, éclipsèrent la splendeur de la cour de France, à qui Louis XIV n’avait pas encore donné cet éclat qui éclipsa depuis toutes les autres cours du monde. Mort en 1648.
Jean-Casimir, frère du précédent, jésuite, puis cardinal, puis roi, épousa la veuve de son frère, s’ennuya de la Pologne, la quitta en 1670[26], se retira à Paris, fut abbé de Saint-Germain-des-Prés, vécut beaucoup avec Ninon. Mort en 1672.
Michel Viesnovieski, élu en 1670. Il laissa prendre par les Turcs Kaminieck, la seule ville fortifiée et la clef du royaume, et se soumit à être leur tributaire: mort en 1673.
Jean Sobieski, élu en 1674, vainqueur des Turcs et libérateur de Vienne. Sa vie a été écrite par l’abbé Coyer, homme d’esprit et philosophe. Il épousa une Française, ainsi que Ladislas et Casimir[27]; c’était mademoiselle d’Arquien. Mort en 1696.
Auguste Iᵉʳ[28], électeur de Saxe, élu en 1697, par une partie de la noblesse, pendant que le prince de Conti était choisi par l’autre. Bientôt seul roi; détrôné par Charles XII, rétabli par le czar Pierre Iᵉʳ: mort en 1733.
Stanislas, établi au contraire par Charles XII, et détrôné par Pierre Iᵉʳ: mort en 1765[29].
Frédéric, le premier roi: mort en 1700[30].
Frédéric-Guillaume, le premier qui eut une grande armée et qui la disciplina, père de Frédéric-le-Grand, le premier qui vainquit avec cette armée: mort en 1740.
DEPUIS EMPEREURS.
Michel Romanov[31], fils de Philarète, archevêque de Rostou, élu en 1613, à l’âge de quinze ans. De son temps les czars n’épousaient que leurs sujettes; ils fesaient venir à leur cour un certain nombre de filles, et choisissaient. Ce sont les anciennes mœurs asiatiques. C’est ainsi que Michel épousa la fille d’un pauvre gentilhomme qui cultivait ses champs lui-même: mort en juillet 1645.
Alexis, fils de Michel, qui combattit les Ottomans avec succès: mort en février 1676[32].
Fédor, fils d’Alexis, qui voulut policer les Russes, ouvrage réservé à Pierre-le-Grand: mort en 1682.
Ivan, frère de Fédor, et aîné de Pierre, incapable du trône: mort en 1696.
Pierre-le-Grand, vrai fondateur: mort en janvier 1725[33].
Les Pays-Bas ayant presque toujours été le théâtre de la guerre sous Louis XIV, il paraît convenable de placer ici la suite des gouverneurs de cette province, qui ne vit aucun de ses rois depuis Philippe II.
Le marquis Francisco de Mello D’Asumar, le même qui fut battu par le grand Condé: démis en 1644.
Le grand commandeur Castel Rodrigo: mort en 1647[34].
Léopold-Guillaume, archiduc d’Autriche, c’est-à-dire portant le titre d’archiduc, mais n’ayant rien dans l’Autriche, frère de Ferdinand II. Ce fut lui qui envoya un député au parlement de Paris pour s’unir avec lui contre le cardinal Mazarin. Mort en 1656.
Don Juan d’Autriche, fils naturel de Philippe IV, fameux ennemi du premier ministre d’Espagne, le jésuite Nitard, comme le prince de Condé du cardinal Mazarin, mais plus heureux que le prince de Condé, en ce qu’il fit chasser Nitard pour jamais. Ce fut lui qui fut battu par Turenne à la bataille des Dunes. Mort en 1659[35].
Le marquis de Caracène: mort en 1664.
Le marquis de Castel Rodrigo, qui soutint mal la guerre contre Louis XIV, et qui ne pouvait pas la bien soutenir: mort en 1668.
Fernandès de Velasco, connétable de Castille: mort en 1669.
Le comte de Monterey, qui secourut sous main les Hollandais contre Louis XIV: mort en 1675.
Le duc de Villa Hermosa, l’homme le plus généreux de son temps: mort en 1678.
Alexandre Farnèse, second fils du duc de Parme. Ce nom d’Alexandre était difficile à soutenir: démis en 1682.
Le marquis de Grana: mort en 1685.
Le marquis de Castanaga: mort en 1692.
Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière, fut gouverneur des Pays-Bas, après la bataille d’Hochstedt, et en garda le titre jusqu’à la paix d’Utrecht en 1714. Mort la même année.
Le prince Eugène, vicaire général des Pays-Bas. Il n’y résida jamais. Mort en 1736.
MORTS SOUS LOUIS XIV, OU QUI ONT SERVI SOUS LUI.
Albret (César-Phœbus d’), de la maison des rois de Navarre, maréchal de France en 1653[36]. Il ne fit point de difficulté d’épouser la fille de Guénégaud, trésorier de l’épargne, qui fut une dame d’un très grand mérite. Saint-Évremond l’a célébrée. Il fut amant de madame de Maintenon et de la fameuse Ninon; chéri dans la société, estimé à la guerre. Mort en 1676.
Alègre (Yves d’), ayant servi près de soixante ans sous Louis XIV, n’a été maréchal qu’en 1724: mort en 1733.
Asfeld (Claude-François Bidal d’) s’acquit une grande réputation pour l’attaque et la défense des places. Il contribua beaucoup à la bataille d’Almanza: maréchal en 1734: mort en 1743.
Aubusson de la Feuillade (François d’), maréchal en 1675. C’est lui qui, par reconnaissance, fit élever la statue de Louis XIV à la place des Victoires. Mort en 1691. Son fils ne fut maréchal que long-temps après, en 1725.
Aumont (Antoine d’), petit-fils du célèbre Jean, maréchal d’Aumont, l’un des grands capitaines de Henri IV. Antoine contribua beaucoup au gain de la bataille de Rethel en 1650. Il eut le bâton de maréchal pour récompense, et mourut en 1669.
Balincourt (Testu de), maréchal en 1746.
Barwick, ou plutôt Berwick (Jacques Fitzjames, duc de), fils naturel du roi d’Angleterre, Jacques II, et d’une sœur du duc de Marlborough. Son père le fit duc de Barwick en Angleterre. Il fut aussi duc en Espagne. Il le fut en France. Maréchal en 1706; tué au siége de Philipsbourg en 1734. Il a laissé des Mémoires que M. l’abbé Hook a publiés en 1778; on y trouve des anecdotes curieuses, et des détails instructifs sur ses campagnes[37].
Bassompierre (François de), né en avril 1579, colonel général des Suisses, maréchal en 1622; détenu à la Bastille depuis 1631 jusqu’à la mort du cardinal de Richelieu. Il y composa ses Mémoires qui roulent sur des intrigues de cour et ses galanteries. César, dans ses Mémoires, ne parle point de ses bonnes fortunes. L’on ignore assez communément qu’il fit revêtir de pierres, à ses dépens, le fossé du Cours-la-Reine, qu’on vient de combler. Mort en 1646.
Bellefonds (Bernardin Gigault, marquis de), maréchal en 1668; il gagna une bataille en Catalogne, en 1684. Mort en 1694.
Belle-Isle (Charles-Louis-Auguste Fouquet, comte de), petit-fils du surintendant, distingué dans les guerres de 1701; duc et pair, prince de l’empire, maréchal en 1741. Il fit avec son frère (Louis-Charles) tout le plan de la guerre contre la reine de Hongrie[38], où son frère fut tué. Mort ministre et secrétaire d’état de la guerre, en 1761.
Bezons (Jacques Bazin de), maréchal en 1709: mort en 1733.
Biron (Armand-Charles de Gontaut, duc de), qui a fait revivre le duché de sa maison[39]. Ayant servi dans toutes les guerres de Louis XIV, et perdu un bras au siége de Landau, n’a été maréchal qu’en 1734.
Boufflers (Louis-François, duc de), l’un des meilleurs officiers de Louis XIV; maréchal en 1693: mort en 1711.
Bourg (Éléonor-Marie du Maine, comte du), gagna un combat important sous Louis XIV, et ne fut maréchal qu’en 1725. Mort la même année.
Brancas (Henri de), ayant servi long-temps sous Louis XIV, fut maréchal en 1734.
Brézé (Urbain de Maillé, marquis de), beau-frère du cardinal de Richelieu, maréchal en 1632, vice-roi de Catalogne: mort en 1650.
Broglio (Victor-Maurice), ayant servi dans toutes les guerres de Louis XIV, maréchal en 1724: mort en 1727.
Broglio (François-Marie, duc de), fils du précédent. L’un des meilleurs lieutenants-généraux dans les guerres de Louis XIV, maréchal en 1734; père d’un autre maréchal de Broglio[40], qui a réuni les talents de ses ancêtres.
Castelnau (Jacques de), maréchal en 1658, blessé à mort, la même année[41], au siége de Calais.
Catinat (Nicolas de), maréchal en 1693. Il mêla la philosophie aux talents de la guerre. Le dernier jour qu’il commanda en Italie, il donna pour mot, Paris et Saint-Gratien, qui était le nom de sa maison de campagne. Il y mourut en sage, après avoir refusé le cordon bleu, en 1712.
Chamilli (Noël Bouton, marquis de), avait été au siége de Candie; maréchal en 1703, il s’est rendu célèbre par la défense de Grave en 1675; le siége de cette petite place dura quatre mois, et coûta seize mille hommes à l’armée des alliés. Les gens de l’art regardent encore cette défense comme un modèle. Mort en 1715.
Chateau-Regnaud (François-Louis Rousselet, comte de), vice-amiral de France, servit également bien sur terre et sur mer, nettoya la mer des pirates, battit les Anglais dans la baie de Bantri, bombarda Alger en 1688, mit en sûreté les îles de l’Amérique. Maréchal en 1703: mort en 1716.
Chaulnes (Honoré d’Albert, duc de), maréchal en 1620: mort en 1649.
Choiseul-Francières (Claude, comte de), troisième maréchal de France de ce nom, en 1693: mort en 1711.
Clérembault (Philippe de), comte de Palluau, maréchal en 1653: mort en 1665.
Clermont-Tonnerre (Gaspard, marquis de), ayant servi dans la guerre de 1701, maréchal en 1747.
Coigni (François de Franquetot, duc de), long-temps officier général sous Louis XIV, maréchal en 1734, a gagné deux batailles en Italie[42].
Coligni (Gaspard de), petit-fils de l’amiral; maréchal en 1622; il commanda l’armée de Louis XIII contre les troupes rebelles du comte de Soissons. Tué à La Marfée: mort en 1646.
Créqui (François de Bonne de), maréchal en 1668; mort avec la réputation d’un homme qui devait remplacer le vicomte de Turenne, en 1687. Il était de la maison de Blanchefort.
Duras (Jacques-Henri de Durfort, duc de), neveu du vicomte de Turenne, fut maréchal en 1675, immédiatement après la mort de son oncle: mort en 1704.
Duras (Jean-Baptiste de Durfort, duc de), maréchal de camp sous Louis XIV; maréchal de France en 1741[43]; fils de Jacques-Henri, et père du maréchal de Duras actuellement vivant.
Estampes (Jacques de La Ferté-Imbaut d’), maréchal en 1651: mort en 1668[44].
Estrées (François-Annibal, duc d’), maréchal en 1626. Ce qui est très singulier, c’est qu’à l’âge de quatre-vingt-treize ans il se remaria avec mademoiselle de Manicamp, qui fit une fausse couche. Il mourut à plus de cent ans, en 1670.
Estrées (Jean, comte d’), vice-amiral en 1670, et maréchal en 1681: mort en 1707.
Estrées (Victor-Marie, duc d’), fils de Jean d’Estrées, vice-amiral de France, comme son père, avant d’être maréchal. Il est à remarquer qu’en cette qualité de vice-amiral de France il commandait les flottes française et espagnole en 1701; maréchal en 1703. Mort en 1737.
Fabert (Abraham), maréchal en 1658. On s’est obstiné à vouloir attribuer sa fortune et sa mort à des causes surnaturelles. Il n’y eut d’extraordinaire en lui que d’avoir fait sa fortune uniquement par son mérite, et d’avoir refusé le cordon de l’ordre, quoiqu’on le dispensât de faire des preuves[45]. On prétend que le cardinal Mazarin lui proposant de lui servir d’espion dans l’armée, il lui dit: «Peut-être faut-il à un ministre de braves gens et des fripons. Je ne puis être que du nombre des premiers.» Mort en 1662.
Fare (de La), fils du marquis de La Fare, célèbre par ses poésies agréables; officier dans la guerre de 1701, maréchal en 1746.
Ferté-Sennecterre (Henri, duc de La), fait maréchal de camp sur la brèche de Hesdin, commanda l’aile gauche à la bataille de Rocroi; maréchal en 1651: mort en 1681.
Force (Jacques Nompar de Caumont, duc de La), maréchal en 1622. C’est lui qui échappa au massacre de la Saint-Barthélemi, et qui a écrit cet événement dans des Mémoires[46] conservés dans sa maison. Mort à quatre-vingt-dix-sept ans, en 1652.
Foucault (Louis), comte de Daugnon, maréchal en 1653: mort en 1659.
Gassion (Jean de), élève du grand Gustave, maréchal en 1643. Il était calviniste. Il ne voulut jamais se marier, disant qu’il fesait trop peu de cas de la vie pour en faire part à quelqu’un. Tué au siége de Lens, en 1647.
Grammont (Antoine de), maréchal en 1641: mort en 1678.
Grammont (Antoine de), petit-fils du précédent, maréchal en 1724, père du duc de Grammont, tué à la bataille de Fontenoi: mort en 1725.
Grancei (Jacques Rouxel, comte de), maréchal en 1651: mort en 1680.
Guébriant (Jean-Baptiste Budes, comte de), maréchal en 1642, l’un des grands hommes de guerre de son temps; tué, en 1643, au siége de Rotveil, enterré avec pompe à Notre-Dame.
Harcourt (Henri, duc d’). On peut dire que c’est lui qui mit fin à l’ancienne inimitié des Français et des Espagnols, lorsqu’il était ambassadeur à Madrid. Sa dextérité et son art de plaire disposèrent si favorablement la cour d’Espagne, qu’enfin Charles II n’eut point de répugnance à instituer son héritier un petit-fils de Louis XIV. Il devait commander à la place du maréchal de Villars, l’année de la belle campagne de Denain; mais il lui aurait été difficile de mieux faire. Maréchal en 1703: mort en 1718. Son fils maréchal depuis, en 1746.
Hocquincourt (Charles de Monchi), maréchal en 1651: tué en servant les ennemis devant Dunkerque, en 1658.
Hospital-Vitri (Nicolas de L’), capitaine des gardes de Louis XIII; maréchal en 1617, pour avoir tué le maréchal d’Ancre: mais il mérita d’ailleurs cette dignité par de belles actions. On le compte parmi les maréchaux de ce siècle, parcequ’il mourut sous Louis XIV, en 1644.
Humières (Louis de Crevant, duc d’), maréchal en 1668: mort en 1694.
Isenghien (d’), de la maison de Gand, officier sous Louis XIV, maréchal en 1741.
Joyeuse (Jean-Armand de), maréchal de France en 1693: mort en 1710.
Lorges (Gui-Aldonce de Durfort, duc de), neveu du vicomte de Turenne; maréchal en 1676: mort en 1702.
Luxembourg (François-Henri de Montmorenci, duc de), l’élève du grand Condé; maréchal en 1675. Il y a eu sept maréchaux de ce nom, indépendamment des connétables; et depuis le onzième siècle, on n’a guère vu de règne sans un homme de cette maison à la tête des armées. Mort en 1695.
Luxembourg (Christian-Louis de Montmorenci), petit-fils du précédent, s’est signalé dans la guerre de 1701. Maréchal en 1747.
Maillebois (Jean-Baptiste-François, marquis de), fils du ministre d’état Desmarets, s’étant signalé dans toutes les occasions pendant la guerre de 1701; fait maréchal en 1741.
Marsin ou Marchin (Ferdinand, comte de), ayant passé du service de la maison d’Autriche à celui de France; maréchal en 1703: tué à Turin en 1706.
Matignon (Charles-Auguste Goyon de Gacé de), maréchal en 1708: mort en 1729.
Maulevrier-Langeron, maréchal en 1745.
Médavi (Jacques-Léonor Rouxel de Grancei, comte de), n’a été fait maréchal qu’en 1724, quoiqu’il eût gagné une bataille complète en 1706: mort en 1725.
Meilleraye (Charles de La Porte, duc de La), fait maréchal en 1639, sous Louis XIII, qui lui donna le bâton de maréchal sur la brèche de la ville de Hesdin. Il était grand-maître de l’artillerie, et avait la réputation d’être le meilleur général pour les siéges. Mort en 1664.
Montesquiou-d’Artagnan (Pierre de), maréchal en 1709: mort en 1725.
Montrevel (Nicolas-Auguste de La Baume, marquis de), maréchal en 1703: mort en 1716.
Mothe-Houdancourt (Philippe de La), maréchal en 1642. Il fut mis au château de Pierre-Encise en 1645; et il est à remarquer qu’il n’y a aucun général qui n’ait été emprisonné ou exilé sous les ministères de Richelieu et Mazarin. Mort en 1657. Son petit-fils, maréchal en 1747.
Nangis (Louis-Armand de Brichanteau, marquis de), servit avec distinction, sous le maréchal de Villars, dans la guerre de 1701. Maréchal sous Louis XIV: mort en 1742.
Navailles (Philippe de Montault-Bénac, duc de), maréchal en 1675, commanda à Candie sous le duc de Beaufort, et après lui. Mort en 1684.
Noailles (Anne-Jules, duc de), maréchal en 1693. Il se signala en Espagne, où il gagna la bataille du Ter. Mort en 1708.
Noailles (Adrien-Maurice de), fils du précédent, général d’armée dans le Roussillon, en 1706, grand d’Espagne en 1711, après avoir pris Gironne. Il n’a été maréchal de France qu’en 1734. Il gouverna les finances en 1715, et a été depuis ministre d’état. Personne n’a écrit des dépêches mieux que lui. M. l’abbé Millot a publié, en 1777, des Mémoires[47] tirés de ses manuscrits; on y trouve des anecdotes curieuses sur les deux règnes où il a vécu. Ses deux fils ont été faits maréchaux de France en 1755. Mort en 1766.
Plessis-Praslin (César, duc de Choiseul, comte de), maréchal en 1645. Ce fut lui qui eut la gloire de battre le vicomte de Turenne à Rethel, en 1650. Mort en 1675.
Puységur (Jacques de Chastenet, marquis de), maréchal en 1734, fils de Jacques, lieutenant général sous Louis XIII et Louis XIV, qui s’est acquis beaucoup de considération, et qui a laissé des Mémoires. Le maréchal a écrit sur la guerre[48]. C’était un homme que le ministère consultait dans toutes les affaires critiques.
Rantzau (Josias, comte de), d’une famille originaire du duché de Holstein, maréchal en 1645, catholique la même année, mis en prison en 1649, pendant les troubles, relâché ensuite: mort en 1650. Il avait été souvent blessé; et Bautru disait de lui «qu’il ne lui était resté qu’un de tout ce dont les hommes peuvent avoir deux.» On lui fit une épitaphe qui finissait par ce vers:
Richelieu (Louis-François-Armand du Plessis, duc de), brigadier sous Louis XIV, général d’armée à Gênes, maréchal en 1748, a pris l’île de Minorque sur les Anglais, en 1756.
Rochefort (Henri-Louis d’Aloigni, marquis de), maréchal en 1675: mort en 1776.
Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, duc de), maréchal en 1724.
Rosen ou Rose (Conrad de), d’une ancienne maison de Livonie, vint d’abord servir simple cavalier dans le régiment de Brinon; mais son mérite et sa naissance ayant été bientôt connus, il fut élevé de grade en grade. Jacques II le fit général de ses troupes en Irlande. Maréchal de France en 1703: mort à l’âge de quatre-vingt-sept ans, en 1715.
Saint-Luc (Timoléon d’Épinai, seigneur de), fils du brave Saint-Luc, dont l’éloge est dans Brantôme; maréchal en 1628: mort en 1644.
Schomberg (Frédéric-Armand), élève de Frédéric-Henri, prince d’Orange; maréchal en 1675, duc de Mertola en Portugal, gouverneur et généralissime de Prusse, duc et général en Angleterre. Il était protestant zélé, et quitta la France à la révocation de l’édit de Nantes. Tué à la bataille de La Boyne, en 1690.
Schulemberg (Jean de), comte de Mondejeu, originaire de Prusse; maréchal en 1658: mort en 1671.
Tallard (Camille de Hostun, duc de). Ce fut lui qui conclut les deux traités de partage. Maréchal en 1703, ministre d’état en 1726: mort en 1728.
Tessé (René de Froulai, comte de), maréchal en 1703: mort en 1725.
Tourville (Anne-Hilarion de Costentin, comte de), se fit connaître, étant chevalier de Malte, par ses exploits contre les Turcs et les Barbaresques. Vice-amiral en 1690, il remporta une victoire complète sur les flottes d’Angleterre et de Hollande, et perdit, en 1692, celle de La Hogue; défaite qui l’a rendu plus célèbre que ses victoires. Maréchal de France en 1693: mort en 1701.
Turenne (Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de), né en 1611; maréchal de France en 1644, maréchal général en 1660: mort en 1675.
Uxelles (Nicolas Châlon du Blé, marquis d’), maréchal en 1703, président du conseil des affaires étrangères en 1718: mort en 1730.
Vauban (Sébastien Le Prêtre, marquis de), maréchal en 1703: mort en 1707[49].
Villars (Louis-Claude, duc de), qui prit le nom d’Hector, maréchal en 1702, président du conseil de guerre en 1718[50], représenta le connétable au sacre de Louis XV en 1722. Mort en 1734. Il est assez mention de lui dans cette histoire, ainsi que de Turenne.
Villeroi (Nicolas de Neuville, duc de), gouverneur de Louis XIV en 1646; maréchal la même année: mort en 1685.
Villeroi (François de Neuville, duc de), fils du précédent, gouverneur de Louis XV, maréchal en 1693. Son père et lui ont été chefs du conseil des finances, titre sans fonction qui leur donnait entrée au conseil. Mort en 1730.
Vivonne (Louis-Victor de Rochechouart, duc de), gonfalonier de l’Église, général des galères, vice-roi de Messine; maréchal de France en 1675. On ne le compte point comme le premier maréchal de la marine, parcequ’il servit long-temps sur terre: mort en 1688.
SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XIV.
Armand de Maillé, marquis de Brézé, grand-maître, chef et surintendant-général de la navigation et du commerce de France en 1643: tué sur mer d’un coup de canon, le 14 juin 1646.
Anne d’Autriche, reine régente, surintendante des mers de France en 1646: elle s’en démit en 1650.
César, duc de Vendôme et de Beaufort, grand-maître et surintendant-général de la navigation et du commerce de France en 1650.
François de Vendôme, duc de Beaufort, fils de César, tué au combat de Candie le 25 juin 1669.
Louis de Bourbon, comte de Vermandois, légitimé de France, amiral au mois d’août 1669, âgé de deux ans: mort en 1683.
Louis-Alexandre de Bourbon, légitimé de France, comte de Toulouse, amiral en 1683, et mort en 1737.
SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XIV.
Armand-Jean du Plessis, duc de Richelieu, pair de France en 1643, du vivant de François son père; et se démit de cette charge en 1661.
François, marquis de Créqui, lui succéda, et se démit en 1669, un an après avoir été nommé maréchal de France.
Louis-Victor de Rochechouart, comte, puis duc de Vivonne, prince de Tonnai-Charente, en 1669.
Louis de Rochechouart, duc de Mortemar, en survivance de son père: mort le 3 avril 1688.
Louis-Auguste de Bourbon, légitimé de France, prince de Dombes, duc du Maine et d’Aumale, en 1688; et s’en démit en 1694.
Louis-Joseph, duc de Vendôme, en 1694: mort en 1712.
René, sire de Froulai, comte de Tessé, maréchal de France en 1712, et s’en démit en 1716.
Le chevalier d’Orléans[51], en 1716: mort en 1748. Après lui cette dignité a été réunie à l’amirauté.
Giulio Mazarini, cardinal, premier ministre, d’une ancienne famille de Sicile transplantée à Rome, fils de Pietro Mazarini et d’Hortenzia Bufalini, né en 1602; employé d’abord par le cardinal Sacchetti. Il arrêta les deux armées française et espagnole prêtes à se charger auprès de Casal, et fit conclure la paix de Quérasque, en 1631. Vice-légat à Avignon, et nonce extraordinaire en France en 1634. Il apaisa les troubles de Savoie, en 1640, en qualité d’ambassadeur extraordinaire du roi. Cardinal en 1641, à la recommandation de Louis XIII. Entièrement attaché à la France depuis ce temps-là. Admis au conseil suprême, le 5 décembre 1642, sous le nom de spécial conseiller. Il y prit place au-dessus du chancelier. Déclaré seul conseiller de la reine régente pour les affaires ecclésiastiques, par le testament de Louis XIII. Parrain de Louis XIV avec la princesse de Condé-Montmorenci. Il se désista d’abord de la préséance sur les princes du sang, que le cardinal de Richelieu avait usurpée; mais il précédait les maisons de Vendôme et de Longueville: après le traité des Pyrénées, il prit le pas en lieu tiers sur le grand Condé. Il n’eut point de lettres patentes de premier ministre, mais il en fit les fonctions. On en a expédié pour le cardinal Dubois. Philippe d’Orléans, petit-fils de France, a daigné en recevoir après sa régence. Le cardinal de Fleuri n’a jamais eu ni la patente, ni le titre. Le cardinal Mazarin, mort en 1661.
Charles de l’Aubespine, marquis de Châteauneuf, long-temps employé dans les ambassades. Garde des sceaux en 1630, mis en prison en 1633 au château d’Angoulême, où il resta dix ans prisonnier. Garde des sceaux en 1650, démis en 1651, vécut et mourut dans les orages de la cour. Mort en 1653.
Pierre Séguier, chancelier, duc de Villemor, pair de France. Il apaisa les troubles de la Normandie en 1639, hasarda sa vie à la journée des barricades. Il fut toujours fidèle dans un temps où c’était un mérite de ne l’être pas. Il ne contesta point au père du grand Condé la préséance dans les cérémonies, quand il y assistait avec le parlement. Homme équitable, savant, aimant les gens de lettres, il fut le protecteur de l’Académie française[52] avant que ce corps libre, composé des premiers seigneurs du royaume et des premiers écrivains, fût en état de n’avoir jamais d’autre protecteur que le roi. Mort à quatre-vingt-quatre ans, en 1672.
Matthieu Molé, premier président du parlement de Paris en 1641, garde des sceaux en 1651, magistrat juste et intrépide. Il n’est pas vrai, comme le disent deux nouveaux dictionnaires[53], que le peuple voulut l’assassiner; mais il est vrai qu’il en imposa toujours aux séditieux par son courage tranquille. Mort en 1656.
Étienne d’Aligre, chancelier en 1674, fils d’un autre Étienne, chancelier sous Louis XIII. Mort en 1677.
Michel Le Tellier, chancelier en 1677, père de l’illustre marquis de Louvois. Sa mémoire a été honorée d’une oraison funèbre par le grand Bossuet. Mort en 1685.
Louis Boucherat, chancelier en 1685. Sa devise était un coq sous un soleil, par allusion à la devise de Louis XIV. Les paroles étaient, Sol reperit vigilem. Mort en 1699.
Louis Phélypeaux, comte de Pontchartrain, descendant de plusieurs secrétaires d’état, chancelier en 1699. Se retira à l’institution de l’Oratoire en 1714. Mort en 1727.
Daniel-François Voisin, mort en 1717, prédécesseur du célèbre D’Aguesseau.
Claude Le Bouthillier, d’abord surintendant, conjointement avec Claude de Bullion, en 1632; seul en 1640. Ce fut lui qui le premier fit imposer les tailles par les intendants. Retiré en 1643. Mort en 1655.
Nicolas Bailleul, marquis de Château-Gontier, président du parlement, surintendant des finances, en 1643 jusqu’en 1648; mort en 1652: plus versé dans la connaissance du barreau que dans celle des finances. Il eut sous lui, pour contrôleur-général, Particelli, dit Émeri, connu par ses déprédations[55].
Cet Émeri était le fils d’un paysan de Sienne, placé par le cardinal Mazarin. Il disait que les ministres des finances n’étaient faits que pour être maudits.
Émeri imagina bien des sortes d’impôts, de nouveaux offices de jurés mesureurs et porteurs de charbon; de mouleurs, chargeurs et porteurs de bois; de premiers commis de la taille et des ponts-et-chaussées, du sou pour livre, d’augmentations de gages; de contrôleurs des amendes et des épices, etc.
Le même Émeri fut surintendant en 1648; mais, quelques mois après, on le sacrifia à la haine publique en l’exilant.
Le maréchal duc de La Meilleraye, surintendant en 1648, pendant l’exil d’Émeri. On avait déjà vu des guerriers dans cette place. Il avait la probité du duc de Sulli, mais non pas ses ressources. Il vint dans le temps le plus difficile, et le duc de Sulli n’avait eu la surintendance qu’après la guerre civile. Il taxa tous les financiers et tous les traitants. La plupart firent banqueroute, et on ne trouva plus d’argent. Il abandonna la surintendance en 1649. Mort en 1664.
Émeri reprit la surintendance immédiatement après la démission du maréchal. Un Italien, nommé Tonti, imagina alors les emprunts en rentes viagères, rentes distribuées en plusieurs classes, et qui sont payées au dernier vivant de chaque classe. Elles furent appelées Tontines, du nom de l’inventeur. Il y en eut pour un million vingt-cinq mille livres annuelles, ce qui forma un revenu prodigieux pour le dernier qui survécut; invention qui charge l’état pour un siècle, mais moins onéreuse que celle des rentes perpétuelles, qui chargent l’état pour toujours. Mort en 1650.
Claude de Mesme, comte d’Avaux, d’une ancienne maison en Guienne, homme de lettres qui unissait l’esprit et les graces à la science; plénipotentiaire avec Servien; chéri de tous les négociateurs autant que Servien en était redouté. Surintendant en 1650: mort la même année.
Charles, duc de La Vieuville, le même que le cardinal de Richelieu avait fait chasser du conseil, et enfermer dans le château d’Amboise, en 1624, qui, échappé de ce château, avait fui en Angleterre, et qui avait été condamné à mort par contumace. Créé duc et pair en 1651, et surintendant la même année. Mort en 1653.
René de Longueil, marquis de Maisons, président à mortier, surintendant en 1651. Il ne le fut qu’un an. On a prétendu qu’il avait bâti pendant cette année le château de Maisons[56] qui est un des plus beaux de l’Europe; mais il fut construit un an auparavant. C’est le coup d’essai et le chef-d’œuvre de François Mansard, qui était alors un jeune homme, et simple maçon. Il y a sur cela une singulière anecdote, que plusieurs personnes ont apprise comme moi du petit-fils[57] du surintendant. Son hôtel, démoli aujourd’hui, formait un impasse dans la rue des Prouvaires. Un jour, en fesant fouiller dans un ancien petit caveau, il y trouva quarante mille pièces d’or au coin de Charles IX. C’est avec cet argent que le château de Maisons fut bâti. Mort en 1677.
On voit que les surintendants se succédaient rapidement dans ces troubles.
Abel Servien, après avoir négocié la paix de Westphalie avec le duc de Longueville et le comte d’Avaux, et en ayant eu le principal honneur, surintendant en 1653, conjointement avec Nicolas Fouquet, administra jusqu’à sa mort, arrivée en 1659. Mais Fouquet eut toujours la principale direction.
Nicolas Fouquet, marquis de Belle-Isle, surintendant en 1653, quoiqu’il fût procureur-général du parlement de Paris. On a imprimé par erreur, dans les premières éditions du Siècle de Louis XIV, qu’il dépensa dix-huit cent mille francs à bâtir son palais de Vaux, aujourd’hui Villars; c’est une erreur de typographie; il y prodigua dix-huit millions de son temps, qui en feraient près de trente-six du nôtre.
Le cardinal Mazarin, depuis son retour en 1653, se fesait donner, par le surintendant, vingt-trois millions par an pour les dépenses secrètes. Il achetait à vil prix de vieux billets décriés, et se fesait payer la somme entière. Ce fut ce qui perdit Fouquet. Jamais dissipateur des finances royales ne fut plus noble et plus généreux que ce surintendant. Jamais homme en place n’eut plus d’amis personnels, et jamais homme persécuté ne fut mieux servi dans son malheur. Condamné cependant au bannissement perpétuel[58], par commissaires, en 1664: mort ignoré en 1680[59].
Après sa disgrace, la place de surintendant fut supprimée.
Sous les surintendants il y avait des contrôleurs-généraux. Le cardinal Mazarin nomma à cette place un étranger, calviniste d’Augsbourg, nommé Barthélemi Hervart, qui était son banquier. Cet Hervart avait en effet rendu les plus grands services à la couronne. Ce fut lui qui, après la mort du duc Bernard de Saxe-Veimar, donna son armée à la France, en avançant tout l’argent nécessaire. Ce fut lui qui retint cette même armée et d’autres régiments dans le service du roi, lorsque le vicomte de Turenne voulut la faire révolter, en 1648. Il avança deux millions cinq cent mille livres de la monnaie d’alors pour la retenir dans le devoir; deux importants services qui prouvent qu’on n’est le maître qu’avec de l’argent.
Lorsqu’on arrêta le surintendant Fouquet, il prêta encore au roi deux millions. Il jouait un jeu prodigieux, et perdit souvent cent mille écus dans une séance. Cette profusion l’empêcha d’avoir la première place. Le roi eut avec raison plus de confiance en Colbert. Hervart, mort simple conseiller d’état, en 1676.
Sa famille quitta le royaume après la révocation de l’édit de Nantes, et porta des biens immenses dans les pays étrangers.
Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, eut le département des affaires étrangères pendant la minorité de Louis XIV. Sa fierté ne lui fit point de tort, parcequ’elle était fondée sur des sentiments d’honneur. Nous avons de lui des Mémoires[60] instructifs. Mort en 1666.
François Sublet des Noyers, retiré en 1643, mort en 1645.
Léon Le Bouthillier de Chavigni, fils de Claude Le Bouthillier, eut le département de la guerre: mort en 1652.
Louis Phelypeaux, marquis de La Vrillière, eut le département des affaires du royaume: mort en 1681.
Louis Phelypeaux, son fils, fut reçu en survivance; mais la charge fut donnée à un autre de ses enfants, Balthasar Phelypeaux, qui eut pour successeur un autre Louis Phelypeaux, son fils. Balthasar Phelypeaux, reçu en survivance en 1669, entre en exercice en 1676: mort en 1700. Tous trois estimés pour leurs vertus, et aimés pour leur douceur. Cette charge de secrétaire d’état est restée sans interruption dans la famille des Phelypeaux pendant cent soixante-cinq ans, depuis Paul Phelypeaux, fait secrétaire d’état en 1610, jusqu’à Louis Phelypeaux, duc de la Vrillière, retiré en 1775[61].
Henri-Louis de Loménie, comte de Brienne, fils de Henri-Auguste, eut la vivacité de son père, mais n’en eut pas les autres qualités. Étant conseiller d’état dès l’âge de seize ans, et destiné aux affaires étrangères, envoyé en Allemagne pour s’instruire, il alla jusqu’en Finlande, et écrivit ses voyages en latin. Il exerça la charge de secrétaire d’état des affaires étrangères à vingt-trois ans; mais ayant perdu sa femme, Henriette de Chavigni, il en fut si affligé que son esprit s’aliéna; on fut obligé de l’éloigner de la société. Le reste de sa vie fut très malheureux. On a déchiré sa mémoire dans les derniers Dictionnaires historiques[62]; on devait montrer de la compassion pour son état et de la considération pour son nom[63].
Hugues, marquis de Lyonne, d’une ancienne maison de Dauphiné, eut les affaires étrangères jusqu’en 1670. On a de lui des Mémoires. C’était un homme aussi laborieux qu’aimable: son fils avait obtenu la survivance de sa charge; mais à la mort du père elle fut donnée à M. de Pomponne. Mort en 1671.
Jean-Baptiste Colbert s’avança uniquement par son mérite. Il parvint à être intendant du cardinal Mazarin. S’étant instruit à fond de toutes les parties du gouvernement, et particulièrement des finances, il devint un homme nécessaire dans le délabrement où le cardinal Mazarin, le surintendant Fouquet, et encore plus le malheur des temps, avaient mis les finances. Louis XIV le fit travailler secrètement avec lui pour s’instruire. Il perdit Fouquet de concert avec Le Tellier, alors secrétaire d’état; mais il se fit pardonner cet acharnement par l’ordre invariable qu’il mit dans les finances, et par des services dont on ne doit point perdre la mémoire. Contrôleur-général en 1664, on peut le regarder comme le fondateur du commerce et le protecteur de tous les arts: il n’a point négligé l’agriculture, comme on le dit dans tant de livres nouveaux. Son génie et ses soins ne pouvaient négliger cette partie essentielle. On ne peut lui reprocher peut-être que d’avoir cédé au préjugé qui ne voulait pas que le commerce des grains avec l’étranger restât libre. Mort en 1683.
Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelai, fils du précédent, d’un esprit plus vaste encore que son père, beaucoup plus brillant et plus cultivé: secrétaire d’état de la marine, qu’il rendit la plus belle de l’Europe. Mort en 1690.
Charles Colbert de Croissi, frère du grand Colbert; secrétaire d’état des affaires étrangères, en 1679, après plusieurs ambassades glorieuses. Il eut la place de secrétaire d’état d’Arnauld de Pomponne; mais on le place ici pour ne pas interrompre la liste des Colbert. Mort en 1696.
Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torci, fils du précédent, secrétaire d’état des affaires étrangères, à la mort de son père. Il joignit la dextérité à la probité, ne donna jamais de promesse qu’il ne tînt, fut aimé et respecté des étrangers. Mort en 1746.
Simon Arnauld de Pomponne, secrétaire d’état des affaires étrangères en 1671, homme savant et de beaucoup d’esprit, ainsi que presque tous les Arnauld, chéri dans la société, et préférant quelquefois les agréments de cette société aux affaires, renvoyé en 1679, et remplacé par le marquis de Croissi. Il ne fut point secrétaire d’état toute sa vie, comme le disent les nouveaux Dictionnaires historiques; mais le roi lui conserva le titre de ministre d’état, avec la permission d’entrer au conseil, permission dont il n’usa pas. Mort en 1699.
Michel Le Tellier, le chancelier, secrétaire d’état jusqu’en 1666.
François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, le plus grand ministre de la guerre qu’on eût vu jusqu’alors, secrétaire d’état en 1666. Il fut plus estimé qu’aimé du roi, de la cour, et du public; il eut le bonheur, comme Colbert, d’avoir des descendants qui ont fait honneur à sa maison, et même des maréchaux de France; il n’est pas vrai qu’il mourut subitement au sortir du conseil, comme on l’a dit dans tant de livres et de dictionnaires. Il prenait les eaux de Balaruc, et voulait travailler en les prenant: cette ardeur indiscrète de travail causa sa mort, en 1691[64].
Louis-François-Marie Le Tellier, marquis de Barbesieux, fils du marquis de Louvois, secrétaire d’état de la guerre, après la mort de son père, jeune homme qui commença par préférer les plaisirs et le faste au travail. Mort à trente-trois ans, en 1701.
Claude Le Pelletier, président aux enquêtes, prevôt des marchands, homme de bien, modeste, retiré, travailla au code de droit canon. Cette étude ne paraissait pas le désigner pour successeur du grand Colbert; cependant il le fut en 1683. On dit[65] au roi qu’il n’était pas propre pour cette place, parcequ’il n’était pas assez dur: c’est pour cela que je le choisis, répondit Louis XIV. Il quitta le ministère et la cour au bout de six ans. Toute sa famille a été renommée, comme lui, pour son intégrité. Mort en 1711.
Louis Phelypeaux, comte de Pontchartrain, le même qui fut chancelier, commença par être premier président du parlement de Bretagne; contrôleur-général en 1690, après la retraite du contrôleur-général Le Pelletier; secrétaire d’état après la mort du marquis de Seignelai, la même année 1690. C’est lui qui, par l’avis de l’abbé Bignon, soumit toutes les académies aux secrétaires d’état, excepté l’académie française, qui ne pouvait dépendre que du roi.
Jérôme Phelypeaux, comte de Pontchartrain, fils du précédent, secrétaire d’état du vivant de son père le chancelier, exclu par le duc d’Orléans, à la mort de Louis XIV.
Michel de Chamillart, conseiller d’état, contrôleur-général en 1699, secrétaire d’état de la guerre en 1701, homme modéré et doux, ne put porter ces deux fardeaux dans des temps difficiles, obligé bientôt de les quitter: son fils, qui avait la survivance du ministère de la guerre, se démit, en 1709, en même temps que lui. Mort en 1721.
Daniel Voisin, secrétaire d’état de la guerre en 1709, exerça le ministère, quoique chancelier, en 1714, jusqu’à la mort de Louis XIV.
Nicolas Desmarets, contrôleur-général en 1708, zélé, laborieux, intelligent, ne put réparer les maux de la guerre. Démis après la mort de Louis XIV. En quittant sa place, il donna au régent une apologie de son administration qu’on a imprimée depuis. Il y parle avec franchise des opérations injustes en elles-mêmes auxquelles il a été forcé, par le malheur des temps, pour prévenir de nouveaux malheurs et de plus grandes injustices. Ce mémoire prouve qu’il avait des talents, une grande modestie, et des intentions droites. On peut le regarder comme un modèle de la manière simple, noble, respectueuse, et ferme, qui convient à un ministre obligé de rendre compte de son administration. Il fut immolé à la haine publique, et ses successeurs le firent regretter. Mort en 1721.
Abadie ou Labadie[66] (Jean), né en Guienne, en 1610, jésuite, puis janséniste, puis protestant, voulut faire enfin une secte et s’unir avec Antoinette Bourignon, qui lui répondit que chacun avait son Saint-Esprit, et que le sien était fort supérieur à celui d’Abadie. On a de lui trente et un volumes[67] de fanatisme. On n’en parle ici que pour montrer l’aveuglement de l’esprit humain. Il ne laissa pas d’avoir des disciples. Mort à Altena, en 1674.
Abbadie (Jacques), né en Béarn, en 1658, célèbre par son traité de la Religion chrétienne, mais qui fit tort ensuite à cet ouvrage par celui de l’Ouverture des sept sceaux. Mort en Irlande[68], en 1727.
Acheri (Dom Jean-Luc d’), bénédictin, grand et judicieux compilateur. Né en 1608, mort en 1685.
Alexandre (Noël), né à Rouen, en 1639, dominicain. Il a fait beaucoup d’ouvrages de théologie, et disputé beaucoup sur les usages de la Chine contre les jésuites qui en revenaient. Mort en 1724.
Amelot de La Houssaie (Nicolas), né à Orléans, en 1634. Ses traductions avec des notes politiques et ses histoires sont fort recherchées; ses Mémoires, par ordre alphabétique, sont très fautifs. Il est le premier qui ait fait connaître le gouvernement de Venise. Son histoire déplut au sénat, qui était encore dans l’ancien préjugé qu’il y a des mystères politiques qu’il ne faut pas révéler. On a appris depuis qu’il n’y a plus de mystères, et que la politique consiste à être riche et à entretenir de bonnes armées. Amelot traduisit et commenta le Prince de Machiavel, livre long-temps cher aux petits seigneurs qui se disputaient de petits états mal gouvernés, devenu inutile dans un temps où tant de grandes puissances, toujours armées, étouffent l’ambition des faibles. Amelot se croyait le plus grand politique de l’Europe; cependant il ne sut jamais se tirer de la médiocrité, et il mourut dans la misère: c’est qu’il était politique par son esprit, et non par son caractère. Mort en 1706.
Amelotte (Denys), né en Saintonge, en 1606, de l’Oratoire. Il est principalement connu par une assez bonne version du Nouveau Testament: mort en 1678.
Amontons (Guillaume), né à Paris, en 1663, excellent mécanicien: mort le 11 octobre en 1705.
Ancillon (David), né à Metz, en 1617, calviniste, et son fils Charles, mort à Berlin en 1715, ont eu quelque réputation dans la littérature.
Anselme[69], moine augustin, le premier qui ait fait une histoire généalogique des grands officiers de la couronne, continuée et augmentée par Dufourni, auditeur des comptes. On a une notion très vague de ce qui constitue les grands officiers. On s’imagine que ce sont ceux à qui leur charge donne le titre de grand, comme grand écuyer, grand échanson; mais le connétable, les maréchaux, le chancelier, sont grands officiers, et n’ont point ce titre de grand, et d’autres qui l’ont ne sont point réputés grands officiers. Les capitaines des gardes, les premiers gentilshommes de la chambre, sont devenus réellement de grands officiers, et ne sont pas comptés par le père Anselme. Rien n’est décidé sur cette matière, et il y a autant de confusion et d’incertitude sur tous les droits et sur tous les titres en France, qu’il y a d’ordre dans l’administration. Mort en 1694.
Arnauld (Antoine), vingtième fils de celui qui plaida contre les jésuites, docteur en Sorbonne, né en 1612. Rien n’est plus connu que son éloquence, son érudition, et ses disputes, qui le rendirent si célèbre et en même temps si malheureux, selon les idées ordinaires qui mettent le malheur dans l’exil et dans la pauvreté, sans considérer la gloire, les amis, et une vieillesse saine, qui furent le partage de cet homme fameux. Il est dit dans le supplément au Moréri qu’Arnauld, en 1689, pour avoir les bonnes graces de la cour, fit un libelle contre le roi Guillaume, intitulé: «Le vrai portrait de Guillaume-Henri de Nassau, nouvel Absalon, nouvel Hérode, nouveau Cromwell, nouveau Néron.» Ce style, qui ressemble à celui du père Garasse, n’est guère celui d’Arnauld. Il ne songea jamais à flatter la cour. Louis XIV eût fort mal reçu un livre si grossièrement intitulé; et ceux qui attribuent cet ouvrage et cette intention au fameux Arnauld[70] ne savent pas qu’on ne réussit point à la cour par des livres. Mort à Bruxelles, en 1694.
L’auteur du Dictionnaire historique, littéraire, critique, et janséniste[71], dit à l’article Arnauld qu’aussitôt que son livre sur la Fréquente Communion parut, l’enfer en frémit, et que le jésuite Nouet fit la première attaque. Il est difficile de savoir au juste quelle est l’opinion de l’enfer sur un livre nouveau; et, à l’égard des hommes, ils ont entièrement oublié le P. Nouet. Il est très vrai que la plupart des écrits polémiques d’Arnauld ne sont plus connus aujourd’hui. C’est le sort de presque toutes les disputes. Le Dictionnaire historique, littéraire, critique, et janséniste, s’emporte un peu contre cette vérité; il a raison: mais l’auteur devrait savoir que les injures prodiguées au sujet des querelles théologiques sont aujourd’hui aussi méprisées que ces querelles mêmes, et c’est beaucoup dire.
Arnauld-d’Andilli (Robert), frère aîné du précédent, né en 1588, l’un des plus grands écrivains de Port-Royal. Il présenta à Louis XIV, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, sa traduction de Josèphe, qui de tous ses ouvrages est le plus recherché. Il fut père de Simon Arnauld, marquis de Pomponne, ministre d’état; et ce ministre ne put empêcher ni les disputes ni les disgraces de son oncle le docteur de Sorbonne. Mort en 1674.
Auberi (Antoine), né en 1616. On a de lui les vies des cardinaux de Richelieu et de Mazarin, ouvrages médiocres, mais dans lesquels on peut s’instruire. Mort en 1695. C’est lui qui le premier fit connaître la fourberie de l’auteur du Testament politique du cardinal de Richelieu.
Aubignac (François d’), né en 1604. Il n’eut jamais de maître que lui-même. Attaché au cardinal de Richelieu, il était l’ennemi de Corneille. Sa Pratique du théâtre est peu lue; il prouva par sa tragédie de Zénobie que les connaissances ne donnent pas les talents. Mort en 1676.
Aulnoi (La comtesse d’). Son Voyage et ses Mémoires d’Espagne, et des romans écrits avec légèreté, lui firent quelque réputation. Morte en 1705.
Avrigni (Hyacinthe Robillard d’), jésuite[72] auteur d’une nouvelle manière d’écrire l’histoire. On a de lui des Annales chronologiques depuis 1601 jusqu’à 1715. On y voit ce qui s’est passé de plus important dans l’Europe exactement discuté, et en peu de mots; les dates sont exactes. Jamais on n’a mieux su discerner le vrai, le faux, et le douteux. Il a fait aussi des Mémoires ecclésiastiques[73]; mais ils sont malheureusement infectés de l’esprit de parti. Marcel et lui ont été tous deux effacés par l’Histoire chronologique de France du président Hénault, l’ouvrage à-la-fois le plus court, le plus plein que nous ayons en ce genre, et le plus commode pour les lecteurs.
Baillet (Adrien), né près de Beauvais, en 1649; critique célèbre. Mort en 1706.
Baluze (Étienne), du Limousin, né en 1630. C’est lui qui a formé le recueil des manuscrits de la bibliothèque de Colbert. Il a travaillé jusqu’à l’âge de quatre-vingt-huit ans. On lui doit sept volumes d’anciens monuments. Exilé pour avoir soutenu les prétentions du cardinal de Bouillon, qui se croyait indépendant du roi, et qui fondait son droit sur ce qu’il était né d’une maison souveraine, et dans la principauté de Sédan, avant que l’échange de cette souveraineté avec le roi eût été consommé. Mort en 1718.
Balzac (Jean-Louis Guer, de), né en 1594. Homme éloquent, et le premier qui fonda un prix d’éloquence. Il eut le brevet d’historiographe de France et de conseiller d’état, qu’il appelait de magnifiques bagatelles. La langue française lui a une très grande obligation. Il donna le premier du nombre et de l’harmonie à la prose. Il eut de son vivant tant de réputation, qu’un nommé Goulu, général des feuillants, écrivit contre lui deux volumes d’injures. Mort en 1654[74].
Baratier, le plus singulier peut-être de tous les enfants célèbres. Il doit être compté parmi les Français, quoique né en Allemagne[75]. Son père était un prédicant réfugié. Il sut le grec à six ans, et l’hébreu à neuf. C’est à lui que nous devons la traduction des voyages du Juif Benjamin de Tudèle avec des dissertations curieuses. Le jeune Baratier était déjà savant en histoire, en philosophie, en mathématique. Il étonna tous ceux qui le connurent pendant sa vie, et en fut regretté à sa mort; il n’avait que dix-neuf ans lorsqu’il fut ravi au monde; il est vrai que son père travailla beaucoup aux ouvrages de cet enfant.
Barbeyrac (Jean), né à Béziers, en 1674; calviniste, professeur en droit et en histoire à Lausanne, traducteur et commentateur de Puffendorf et de Grotius. Il semble que ces Traités du droit des gens, de la guerre, et de la paix, qui n’ont jamais servi ni à aucun traité de paix, ni à aucune déclaration de guerre, ni à assurer le droit d’aucun homme, soient une consolation pour les peuples des maux qu’ont faits la politique et la force. Ils donnent l’idée de la justice, comme on a les portraits des personnes célèbres qu’on ne peut voir. Sa préface de Puffendorf mérite d’être lue: il y prouve que la morale des Pères est fort inférieure à celle des philosophes modernes. Mort en 1729.
Barbier d’Aucour (Jean), connu chez les jésuites sous le nom de l’Avocat Sacrus, et dans le monde par sa Critique des entretiens du P. Bouhours, et par l’excellent plaidoyer pour un homme innocent appliqué à la question et mort dans ce supplice; il fut long-temps protégé par Colbert, qui le fit contrôleur des bâtiments du roi; mais ayant perdu son protecteur, il mourut dans la misère, en 1694.