Barbier (Mademoiselle) a fait quelques tragédies[76].

Baron (Michel). On ne croit pas que les pièces qu’il donna sous son nom soient de lui[77]. Son mérite plus reconnu était dans la perfection de l’art du comédien, perfection très rare, et qui n’appartint qu’à lui. Cet art demande tous les dons de la nature, une grande intelligence, un travail assidu, une mémoire imperturbable, et surtout cet art si rare de se transformer en la personne qu’on représente. Voilà pourtant ce qu’on s’obstine à mépriser. Les prédicateurs venaient souvent à la comédie dans une loge grillée étudier Baron, et de là ils allaient déclamer contre la comédie. C’est la coutume que les confesseurs exigent des comédiens mourants qu’ils renoncent à leur profession. Baron avait quitté le théâtre en 1691, par dégoût. Il y avait remonté en 1720, à l’âge de 68 ans: et il y fut encore admiré, jusqu’en l’année 1729. Il était alors âgé de près de soixante et dix-huit ans: il se retira encore et mourut la même année, en protestant qu’il n’avait jamais eu le moindre scrupule d’avoir déclamé devant le public les chefs-d’œuvre de génie et de morale des grands auteurs de la nation; et que rien n’est plus impertinent que d’attacher de la honte à réciter ce qu’il est glorieux de composer.

Basnage (Jacques), né à Rouen en 1653. Calviniste, pasteur à La Haye, plus propre à être ministre d’état que d’une paroisse. De tous ses livres, son Histoire des Juifs, celles des Provinces-Unies et de l’Église, sont les plus estimés. Les livres sur les affaires du temps meurent avec les affaires; les ouvrages d’une utilité générale subsistent. Mort en 1723.

Basnage de Beauval (Henri), de Rouen, frère du précédent, avocat en Hollande, mais encore plus philosophe, qui a écrit De la tolérance des Religions. Il était laborieux, et nous avons de lui le Dictionnaire de Furetière augmenté. Mort en 1710.

Bassompierre (François, maréchal de). Quoique ses Mémoires[78] appartiennent au siècle précédent, on peut le compter dans cette liste, étant mort en 1646.

Baudrand (Michel-Antoine), né à Paris en 1633, géographe, moins estimé que Sanson. Mort en 1700.

Bayle[79] (Pierre), né au Carlat dans le comté de Foix, en 1647, retiré en Hollande plutôt comme philosophe que comme calviniste, persécuté pendant sa vie par Jurieu, et après sa mort par les ennemis de la philosophie. Ce savant, que Louis Racine appelle un homme affreux[80], donnait aux pauvres son superflu: et quand Jurieu lui eut fait retrancher sa pension, il refusa une augmentation de l’honoraire que lui donnait Reiniers Leers, son imprimeur. S’il avait prévu combien son Dictionnaire serait recherché, il l’aurait rendu encore plus utile, en retranchant les noms obscurs, et en y ajoutant plus de noms illustres. C’est par son excellente manière de raisonner qu’il est surtout recommandable, non par sa manière d’écrire, trop souvent diffuse, lâche, incorrecte, et d’une familiarité qui tombe quelquefois dans la bassesse. Dialecticien admirable, plus que profond philosophe, il ne savait presque rien en physique. Il ignorait les découvertes du grand Newton. Presque tous ses articles philosophiques supposent ou combattent un cartésianisme qui ne subsiste plus. Il ne connaissait d’autre définition de la matière que l’étendue: ses autres propriétés reconnues ou soupçonnées ont fait naître enfin la vraie philosophie. On a eu des démonstrations nouvelles, et des doutes nouveaux: de sorte qu’en plus d’un endroit le sceptique Bayle n’est pas encore assez sceptique. Il a vécu et il est mort en sage. Des-Maizeaux a écrit sa vie en un gros volume[81]; elle ne devait pas contenir six pages: la vie d’un écrivain sédentaire est dans ses écrits. Mort en 1706.

Il ne faut jamais oublier la persécution que le fanatique Jurieu suscita dans un pays libre à ce philosophe. Il arma contre lui le consistoire calviniste sous plusieurs prétextes, et surtout à l’occasion du fameux article de David. Bayle avait fortement relevé les excès, les trahisons, et les barbaries, que ce prince juif avait commises dans les temps où la grâce de Dieu l’abandonnait. Il n’eût pas été indécent à ce consistoire d’engager Bayle à célébrer ce prince juif qui fit une si belle pénitence, et qui obtint de Dieu que soixante et dix mille de ses sujets mourussent de la peste, pour expier le crime de leur roi qui avait osé faire le dénombrement du peuple. Mais ce qui doit être soigneusement observé, c’est que ces pasteurs, dans leur censure, le reprennent d’avoir quelquefois donné des éloges à des papes gens de bien, et lui enjoignent de ne jamais justifier aucun pape, parceque, disent-ils expressément, ils ne sont pas de leur Église. Ce trait est un de ceux qui caractérisent le mieux l’esprit de parti. Au reste, on a voulu continuer son Dictionnaire; mais on n’a pu l’imiter[82]. Les continuateurs ont cru qu’il ne s’agissait que de compiler. Il fallait avoir le génie et la dialectique de Bayle pour oser travailler dans le même genre.

Beaumont de Péréfixe (Hardouin), précepteur de Louis XIV, archevêque de Paris. Son Histoire de Henri IV, qui n’est qu’un abrégé, fait aimer ce grand prince, et est propre à former un bon roi. Il la composa pour son élève. On crut que Mézerai y avait eu part; en effet, il s’y trouve beaucoup de ses manières de parler; mais Mézerai n’avait pas ce style touchant et digne, en plusieurs endroits, du prince dont Péréfixe écrivait la vie, et de celui à qui il l’adressait. Les excellents conseils qui s’y trouvent pour gouverner par soi-même ne furent insérés que dans la seconde édition, après la mort du cardinal Mazarin. On apprend d’ailleurs à connaître Henri IV beaucoup plus dans cette histoire que dans celle de Daniel, écrite un peu sèchement, et où il est trop parlé du P. Coton, et trop peu des grandes qualités de Henri IV, et des particularités de la vie de ce bon roi. Péréfixe émeut tout cœur né sensible, et fait adorer la mémoire de ce prince, dont les faiblesses n’étaient que celles d’un homme aimable, et dont les vertus étaient celles d’un grand homme. Mort en 1670.

Beausobre (Isaac de), né à Niort, en 1659, d’une maison distinguée dans la profession des armes, l’un de ceux qui ont fait honneur à leur patrie qu’ils ont été forcés d’abandonner. Son Histoire du manichéisme est un des livres les plus profonds, les plus curieux, et les mieux faits. On y développe cette religion philosophique de Manès, qui était la suite des dogmes de l’ancien Zoroastre et de l’ancien Hermès; religion qui séduisit long-temps saint Augustin. Cette histoire est enrichie de connaissances de l’antiquité; mais enfin ce n’est (comme tant d’autres livres moins bons) qu’un recueil des erreurs humaines. Mort à Berlin, en 1738.

Benserade (Isaac de), né en Normandie, en 1612. Sa petite maison de Gentilli, où il se retira sur la fin de sa vie, était remplie d’inscriptions en vers, qui valaient bien ses autres ouvrages; c’est dommage qu’on ne les ait pas recueillies. Mort en 1691.

Bergier (Nicolas) a eu le titre d’historiographe de France; mais il est plus connu par sa curieuse Histoire des grands chemins de l’empire romain, surpassés aujourd’hui par les nôtres en beauté, mais non pas en solidité. Son fils mit la dernière main à cet ouvrage utile, et le fit imprimer sous Louis XIV[83]. Mort en 1623.

Bernard[84] (mademoiselle), auteur de quelques pièces de théâtre, conjointement avec le célèbre Bernard de Fontenelle, qui a fait presque tout le Brutus. Il est bon d’observer que la Fable allégorique de l’imagination et du bonheur, qu’on a imprimée sous son nom, est de l’évêque de Nîmes, La Parisière, successeur de Fléchier.

Bernard (Jacques), du Dauphiné, né en 1658, savant littérateur. Ses journaux ont été estimés. Mort en Hollande, en 1718.

Bernier (François), surnommé le Mogol; né à Angers, vers l’an 1625. Il fut huit ans médecin de l’empereur des Indes. Ses Voyages sont curieux. Il voulut, avec Gassendi, renouveler en partie le système des atomes d’Épicure; en quoi certes il avait très grande raison, les espèces ne pouvant être toujours reproduites les mêmes, si les premiers principes ne sont invariables: mais alors les romans de Descartes prévalaient. Mort en vrai philosophe, en 1688.

Bignon (Jérôme), né en 1589. Il a laissé un plus grand nom que de grands ouvrages. Il n’était pas encore du bon temps de la littérature. Le parlement, dont il fut avocat général, chérit avec raison sa mémoire. Mort en 1656.

Billaut (Adam), connu sous le nom de Maître Adam, menuisier à Nevers. Il ne faut pas oublier cet homme singulier qui, sans aucune littérature, devint poëte dans sa boutique. On ne peut s’empêcher de citer de lui ce rondeau, qui vaut mieux que beaucoup de rondeaux de Benserade:

Pour te guérir de cette sciatique
Qui te retient comme un paralytique
Dedans ton lit sans aucun mouvement,
Prends-moi deux brocs d’un fin jus de sarment,
Puis lis comment on le met en pratique.
Prends-en deux doigts, et bien chauds les applique
Dessus l’externe où la douleur te pique;
Et tu boiras le reste promptement
Pour te guérir.
Sur cet avis ne sois point hérétique;
Car je te fais un serment authentique
Que si tu crains ce doux médicament,
Ton médecin, pour ton soulagement,
Fera l’essai de ce qu’il communique
Pour te guérir.

Il eut des pensions du cardinal de Richelieu, et de Gaston frère de Louis XIII. Mort en 1662.

Bochart (Samuel), né à Rouen, en 1599, calviniste, un des plus savants hommes de l’Europe dans les langues et dans l’histoire, mais systématique, comme tous les savants. Il fut un de ceux qui allèrent en Suède instruire et admirer la reine Christine. Mort en 1667. [85] Boileau Despréaux (Nicolas), de l’académie, né au village de Crône auprès de Paris, en 1636. Il essaya du barreau, et ensuite de la Sorbonne. Dégoûté de ces deux chicanes, il ne se livra qu’à son talent, et devint l’honneur de la France. On a tant commenté ses ouvrages, on a chargé ces commentaires de tant de minuties, que tout ce qu’on pourrait dire ici serait superflu.

On fera seulement une remarque qui paraît essentielle; c’est qu’il faut distinguer soigneusement dans ses vers ce qui est devenu proverbe d’avec ce qui mérite de devenir maxime. Les maximes sont nobles, sages, et utiles. Elles sont faites pour les hommes d’esprit et de goût, pour la bonne compagnie. Les proverbes ne sont que pour le vulgaire, et l’on sait que le vulgaire est de tous les états.

Pour paraître honnête homme, en un mot il faut l’être.
On me verra dormir au branle de sa roue[86].
Chaque âge a ses plaisirs, son esprit, et ses mœurs.
L’esprit n’est point ému de ce qu’il ne croit pas.
Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.

Voilà ce qu’on doit appeler des maximes dignes des honnêtes gens. Mais pour des vers tels que ceux-ci,

J’appelle un chat un chat, et Rolet un fripon.
S’en va chercher son pain de cuisine en cuisine.
Quand je veux dire blanc, la quinteuse dit noir.
Aimez-vous la muscade? on en a mis partout.
La raison dit Virgile, et la rime Quinault.

ce sont là plutôt des proverbes du peuple que des vers dignes d’être retenus par les connaisseurs. Mort en 1711.

Boileau (Gilles), né à Paris, en 1631, frère aîné du fameux Boileau. Il a fait quelques traductions qui valent mieux que ses vers: mort en 1669.

Boileau (Jacques), autre aîné de Despréaux, docteur de Sorbonne: esprit bizarre, qui a fait des livres bizarres, écrits dans un latin extraordinaire, comme l’Histoire des flagellants, les Attouchements impudiques, les Habits des prêtres, etc. On lui demandait pourquoi il écrivait toujours en latin: C’est, dit-il, de peur que les évêques ne me lisent; ils me persécuteraient. Mort en 1716.

Boindin (Nicolas), trésorier de France et procureur du roi de sa compagnie, de l’académie des belles-lettres, connu par d’excellentes recherches sur les théâtres anciens, et sur les tribus romaines, par la jolie comédie du Port de mer. C’était un critique dur; le Dictionnaire historique et janséniste[87] le traite d’athée. Il n’a jamais rien écrit sur la religion. Pourquoi insulter ainsi à la mémoire d’un magistrat que les auteurs de ce Dictionnaire n’ont point connu? Quelle insolence punissable! Comme il était mort sans sacrements, les prêtres de sa paroisse voulaient lui refuser la sépulture, espèce de juridiction qu’ils prétendent avoir droit d’exercer; mais le gouvernement et les magistrats, qui veillent au maintien des lois, de la décence, et des mœurs, répriment avec soin ces actes de superstition et de barbarie. Cependant on craignit que ces prêtres n’ameutassent le petit peuple contre le convoi de Boindin, ainsi qu’ils l’avaient ameuté contre celui de Molière; et Boindin fut enterré sans cérémonie: mort en 1751.

Boisrobert (François Le Metel de), plus célèbre par sa faveur auprès du cardinal de Richelieu, et par sa fortune, que par son mérite. Il composa dix-huit pièces de théâtre qui ne réussirent guère qu’auprès de son patron. Mort en 1662.

Boivin (Jean), né en Normandie, en 1663, frère de Louis Boivin, et utile comme lui pour l’intelligence des beautés des auteurs grecs: mort en 1726.

Bossuet (Jacques-Bénigne), de Dijon, né en 1627, évêque de Condom, et ensuite de Meaux. On a de lui cinquante-un[88] ouvrages; mais ce sont ses Oraisons funèbres et son Discours sur l’Histoire universelle qui l’ont conduit à l’immortalité. On a imprimé plusieurs fois que cet évêque a vécu marié; et Saint-Hyacinthe[89], connu par la part qu’il eut à la plaisanterie de Mathanasius, a passé pour son fils; mais c’est une fausseté reconnue. La famille des Secousses, considérée dans Paris, et qui a produit des personnes de mérite, assure qu’il y eut un contrat de mariage secret entre Bossuet, encore très jeune, et mademoiselle Desvieux[90]; que cette demoiselle fit le sacrifice de sa passion et de son état à la fortune que l’éloquence de son amant devait lui procurer dans l’Église; qu’elle consentit à ne jamais se prévaloir de ce contrat, qui ne fut point suivi de la célébration; que Bossuet, cessant ainsi d’être son mari, entra dans les ordres; et qu’après la mort du prélat, ce fut cette même famille qui régla les reprises et les conventions matrimoniales. Jamais cette demoiselle n’abusa, dit cette famille, du secret dangereux qu’elle avait entre les mains. Elle vécut toujours l’amie de l’évêque de Meaux, dans une union sévère et respectée. Il lui donna de quoi acheter la petite terre de Mauléon, à cinq lieues de Paris. Elle prit alors le nom de Mauléon, et a vécu près de cent années. On raconte qu’ayant dit au jésuite La Chaise, confesseur de Louis XIV: «On sait que je ne suis pas janséniste,» La Chaise répondit: «On sait que vous n’êtes que mauléoniste.» Au reste, on a prétendu que ce grand homme avait des sentiments philosophiques différents de sa théologie, à peu près comme un savant magistrat qui, jugeant selon la lettre de la loi, s’élèverait quelquefois en secret au-dessus d’elle par la force de son génie. Mort en 1704.

Boudier (Réné), de La Jousselinière[91], auteur de quelques vers naturels. Il fit en mourant, à quatre-vingt-dix ans, son épitaphe:

J’étais poëte, historien;
Et maintenant je ne suis rien.

Bouhier (Jean), président du parlement de Dijon, né en 1673. Son érudition l’a rendu célèbre. Il a traduit en vers français quelques morceaux d’anciens poëtes latins. Il pensait qu’on ne doit pas les traduire autrement; mais ses vers font voir combien c’est une entreprise difficile. Mort en 1746[92].

Bouhours (Dominique), jésuite, né à Paris, en 1628. La langue et le bon goût lui ont beaucoup d’obligations. Il a fait quelques bons ouvrages dont on a fait de bonnes critiques: Ex privatis odiis respublica crescit.

La vie de saint Ignace de Loyola, qu’il composa, n’a réussi ni chez les gens du monde, ni chez les savants, ni chez les philosophes. Celle de Xavier a été plus mal reçue. Ses Remarques sur la langue, et surtout sa Manière de bien penser sur les ouvrages d’esprit, seront toujours utiles aux jeunes gens qui voudront se former le goût: il leur enseigne à éviter l’enflure, l’obscurité, le recherché, et le faux: s’il juge trop sévèrement en quelques endroits le Tasse et d’autres auteurs italiens, il les condamne souvent avec raison. Son style est pur et agréable. Ce petit livre de la Manière de bien penser blessa les Italiens, et devint une querelle de nation; on sentait que les opinions de Bouhours, appuyées de celles de Boileau, pouvaient tenir lieu de lois. Le marquis Orsi et quelques autres composèrent deux gros volumes pour justifier quelques vers du Tasse.

Remarquons que le P. Bouhours ne serait guère en droit de reprocher des pensées fausses aux Italiens, lui qui compare Ignace de Loyola à César, et François Xavier à Alexandre, s’il n’était tombé rarement dans ces fautes. Mort en 1702.

Bouillaud[93] (Ismaël), de Loudun, né en 1605, savant dans l’histoire et dans les mathématiques. Comme tous les astronomes de ce siècle, il se mêla d’astrologie, ainsi qu’on le voit dans les lettres que lui écrivait Desnoyers, ambassadeur en Pologne, et depuis secrétaire d’état; c’était alors un moyen de faire la cour aux gens puissants. Confugiendum ad astrologiam, astronomiæ altricem, disait Kepler. Mort en 1694.

Boulainvilliers (Henri, comte de), de la maison de Crouï, le plus savant gentilhomme du royaume dans l’histoire, et le plus capable d’écrire celle de France, s’il n’avait pas été trop systématique. Il appelle notre gouvernement féodal le chef-d’œuvre de l’esprit humain. Le système féodal pourrait mériter le nom de chef-d’œuvre en Allemagne; mais en France il ne fut qu’un chef-d’œuvre d’anarchie. Il regrette les temps où les peuples, esclaves de petits tyrans ignorants et barbares, n’avaient ni industrie, ni commerce, ni propriété; et il croit qu’une centaine de seigneurs, oppresseurs de la terre et ennemis du roi, composaient le plus parfait des gouvernements. Malgré ce système, il était excellent citoyen, comme, malgré son faible pour l’astrologie judiciaire, il était philosophe de cette philosophie qui compte la vie pour peu de chose, et qui méprise la mort. Ses écrits, qu’il faut lire avec précaution, sont profonds et utiles. On a imprimé, à la fin de ses ouvrages, un gros Mémoire pour rendre le roi de France plus riche que tous les autres monarques ensemble[94]. Il est évident que cet ouvrage n’est pas du comte de Boulainvilliers; cependant tous ces petits écrivains politiques, qui gouvernent l’état dans leur grenier, citent cette rapsodie. Mort vers l’an 1720[95].

Bourchenu (Jean-Pierre Moret de), marquis de Valbonais, né à Grenoble, en 1651. Il voyagea dans sa jeunesse, et se trouva sur la flotte d’Angleterre à la bataille de Solbaye. Il fut depuis premier président de la chambre des comptes du Dauphiné. Sa mémoire est chère à Grenoble pour le bien qu’il fit, et aux gens de lettres pour ses grandes recherches. Ses Mémoires sur le Dauphiné[96] furent composés dans le temps qu’il était aveugle, et sur les lectures qu’on lui fesait. Mort en 1730.

Bourdaloue (Louis), né à Bourges, en 1632, jésuite; le premier modèle des bons prédicateurs en Europe: mort en 1704.

Boursault (Edme), né en Bourgogne, en 1638. Ses Lettres à Babet, estimées de son temps, sont devenues, comme toutes les lettres dans ce goût, l’amusement des jeunes provinciaux. On joue encore sa comédie d’Ésope[97]. Mort en 1701.

Boursier (Laurent-François), de la société de Sorbonne, né en 1679, auteur du fameux livre de l’action de Dieu sur les créatures, ou de la prémotion physique. C’est un ouvrage profond par les raisonnements, fortifié par beaucoup d’érudition, et orné quelquefois d’une grande éloquence; mais l’attachement à certains dogmes peut ravir à ce célèbre écrit beaucoup de sa solidité et de sa force. L’auteur ressemble à un homme d’état qui, en voulant établir des lois générales, les corrompt par des intérêts de famille. Il est trop difficile d’allier les systèmes sur la grace avec le grand système de l’action éternelle et immuable de Dieu sur tout ce qui existe. Il faut avouer qu’il n’y a que deux manières philosophiques d’expliquer la machine du monde: ou Dieu a ordonné une fois, et la nature obéit toujours; ou Dieu donne continuellement à tout l’être et toutes les modifications de l’être: un troisième parti est inexplicable.

Il est dit dans le nouveau Dictionnaire historique[98], littéraire, critique, et janséniste, que «Boursier, semblable à l’aigle, s’élève en haut, et trempe sa plume dans le sein de Dieu.» On ne voit pas trop comment Dieu peut servir de cornet à M. Boursier. Voilà la première fois qu’on ait comparé Dieu à la bouteille à l’encre. Mort en 1749.

Bourzeis (Amable de), né en Auvergne en 1606, auteur de plusieurs ouvrages de politique et de controverse. Silhon[99] et lui sont soupçonnés d’avoir composé le Testament politique attribué au cardinal de Richelieu[100]. Mort en 1672.

Brébeuf (Guillaume de), né en Normandie en 1618. Il est connu par sa traduction de la Pharsale; mais on ignore communément qu’il a fait le Lucain travesti[101]. Mort en 1661.

Breteuil (Gabrielle-Émilie Le Tonnelier de), marquise du Châtelet, née en 1706. Elle a éclairci Leibnitz, traduit et commenté Newton, mérite fort inutile à la cour, mais révéré chez toutes les nations qui se piquent de savoir, et qui ont admiré la profondeur de son génie et de son éloquence. De toutes les femmes qui ont illustré la France, c’est celle qui a eu le plus de véritable esprit, et qui a moins affecté le bel esprit[102]. Morte en 1749.

Brienne (Henri-Auguste de Loménie de), secrétaire d’état. Il a laissé des Mémoires. Il serait utile que les ministres en écrivissent, mais non tels[103] que ceux qui sont rédigés depuis peu[104] sous le nom du duc de Sulli. Mort en 1666.

Brueys (l’abbé de), né en Languedoc en 1639[105]. Dix volumes de controverse qu’il a faits auraient laissé son nom dans l’oubli; mais la petite comédie du Grondeur, supérieure à toutes les farces de Molière, et celle de l’Avocat Patelin, ancien monument de la naïveté gauloise qu’il rajeunit, le feront connaître tant qu’il y aura en France un théâtre. Palaprat l’aida dans ces deux jolies pièces. Ce sont les seuls ouvrages de génie que deux auteurs aient composés ensemble. Mort en 1723.

On croit devoir relever ici un fait très singulier qui se trouve dans un recueil d’Anecdotes littéraires[106], 1750, chez Durand, tome II, page 369. Voici les paroles de l’auteur: «Les amours de Louis XIV ayant été jouées en Angleterre, Louis XIV voulut faire jouer aussi celles du roi Guillaume. L’abbé Brueys fut chargé par M. de Torci de faire la pièce; mais, quoique applaudie, elle ne fut pas jouée.»

Remarquez que ce recueil d’Anecdotes, qui est rempli de pareils contes, est imprimé avec approbation et privilége; jamais on ne joua les amours de Louis XIV sur aucun théâtre de Londres, et on sait que le roi Guillaume n’eut jamais de maîtresse. Quand il en aurait eu, Louis XIV était trop attaché aux bienséances pour ordonner qu’on fît une comédie des amours de Guillaume; M. de Torci n’était pas homme à proposer une chose si impertinente; enfin l’abbé Brueys ne songea jamais à composer ce ridicule ouvrage qu’on lui attribue. On ne peut trop répéter que la plupart de ces recueils d’anecdotes, de ces ana, de ces mémoires secrets, dont le public est inondé, ne sont que des compilations faites au hasard par des écrivains mercenaires.

Brumoy (Pierre), jésuite, né à Rouen en 1688. Son Théâtre des Grecs passe pour le meilleur ouvrage qu’on ait en ce genre, malgré ses fautes et l’infidélité de la traduction. Il a prouvé par ses poésies qu’il est bien plus aisé de traduire et de louer les anciens, que d’égaler par ses propres productions les grands modernes. On peut d’ailleurs lui reprocher de n’avoir pas assez senti la supériorité du théâtre français sur le grec, et la prodigieuse différence qui se trouve entre le Misanthrope et les Grenouilles. Mort en 1742[107].

Buffier (Claude), jésuite. Sa Mémoire artificielle est d’un grand secours pour ceux qui veulent avoir les principaux faits de l’histoire toujours présents à l’esprit. Il a fait servir les vers (je ne dis pas la poésie) à leur premier usage, qui était d’imprimer dans la mémoire des hommes les événements dont on voulait garder le souvenir. Il y a dans ses traités de métaphysique des morceaux que Locke n’aurait pas désavoués; et c’est le seul jésuite qui ait mis une philosophie raisonnable dans ses ouvrages. Mort en 1737.

Bussi Rabutin (Roger de Rabutin, comte de), né dans le Nivernois, en 1618. Il écrivit avec pureté. On connaît ses malheurs et ses ouvrages. Ses Amours des Gaules passent pour un ouvrage médiocre dans lequel il n’imita Pétrone que de fort loin. La manie des Français a été long-temps de croire que toute l’Europe devait s’occuper de leurs intrigues galantes. Vingt courtisans ont écrit l’histoire de leurs amours, à peine lue des femmes de chambre de leurs maîtresses. Mort à Autun, en 1693.

Cailli (Le chevalier de), qui n’est connu que sous le nom d’Aceilli, était attaché au ministre Colbert. On ignore le temps de sa naissance et de sa mort[108]. Il y a de lui un recueil de quelques centaines d’épigrammes, parmi lesquelles il y en a beaucoup de mauvaises, et quelques unes de jolies. Il écrit naturellement, mais sans aucune imagination dans l’expression.

Calmet (Augustin), bénédictin, né en 1672. Rien n’est plus utile que la compilation de ses recherches sur la Bible. Les faits y sont exacts, les citations fidèles. Il ne pense point, mais en mettant tout dans un grand jour, il donne beaucoup à penser. Mort en 1757.

Calprenède (Gautier-Coste de La), né à Cahors[109] vers l’an 1612, gentilhomme ordinaire du roi. Ce fut lui qui mit les longs romans à la mode. Le mérite de ces romans consistait dans des aventures dont l’intrigue n’était pas sans art et qui n’étaient pas impossibles, quoiqu’elles fussent presque incroyables. Le Boiardo, l’Arioste, le Tasse, au contraire, avaient chargé leurs romans poétiques de fictions qui sont entièrement hors de la nature: mais les charmes de leur poésie, les beautés innombrables de détail, leurs allégories admirables, surtout celles de l’Arioste, tout cela rend ces poëmes immortels, et les ouvrages de La Calprenède, ainsi que les autres grands romans, sont tombés. Ce qui a contribué à leur chute, c’est la perfection du théâtre. On a vu dans les bonnes tragédies et dans les opéras beaucoup plus de sentiments qu’on n’en trouve dans ces énormes volumes: ces sentiments y sont bien mieux exprimés, et la connaissance du cœur humain beaucoup plus approfondie. Ainsi Racine et Quinault, qui ont un peu imité le style de ces romans, les ont fait oublier en parlant au cœur un langage plus vrai, plus tendre, et plus harmonieux. Mort en 1663.

Campistron (Jean-Galbert de), né à Toulouse en 1656, élève et imitateur de Racine. Le duc de Vendôme, dont il fut secrétaire, fit sa fortune, et le comédien Baron une partie de sa réputation. Il y a des choses touchantes dans ses pièces; elles sont faiblement écrites, mais au moins le langage est assez pur: après lui on a tellement négligé la langue dans les pièces de théâtre, qu’on a fini par écrire d’un style entièrement barbare. C’est ce que Boileau déplorait en mourant[110]. Mort en 1723.

Cassandre (François), a rendu, aussi bien que Dacier, plus de services à la réputation d’Aristote que tous les prétendus philosophes ensemble. Il traduisit la Rhétorique, comme Dacier a traduit la Poétique de ce fameux Grec. On ne peut s’empêcher d’admirer Aristote et le siècle d’Alexandre, quand on voit que le précepteur de ce grand homme, tant décrié sur la physique, a connu à fond tous les principes de l’éloquence et de la poésie. Où est le physicien de nos jours chez qui on puisse apprendre à composer un discours et une tragédie? Cassandre vécut et mourut dans la plus grande pauvreté. Ce fut la faute non pas de ses talents, mais de son caractère intraitable, farouche, et solitaire. Ceux qui se plaignent de la fortune n’ont souvent à se plaindre que d’eux-mêmes. Mort en 1695.

Cassini (Jean-Dominique), né dans le comté de Nice en 1625, appelé par Colbert en 1666. Il a été le premier des astronomes de son temps, du moins suivant les Italiens et les Français; mais il commença comme les autres par l’astrologie. Puisqu’il fut naturalisé en France, qu’il s’y maria, qu’il y eut des enfants, et qu’il est mort à Paris, on doit le compter au nombre des Français. Il a immortalisé son nom par sa Méridienne de Saint-Pétrone à Bologne; elle servit à faire voir les variations de la vitesse du mouvement de la terre autour du soleil. On lui doit les premières tables des satellites de Jupiter, la connaissance de la rotation de Jupiter et de Mars, ou de la durée de leurs jours, la découverte de quatre des satellites de Saturne. Huygens n’en avait aperçu qu’un; et cette découverte de Cassini fut célébrée par une médaille dans l’histoire métallique de Louis XIV. Il a le premier observé et fait connaître la lumière zodiacale. Il a donné une méthode pour déterminer la parallaxe d’un astre par des observations faites dans un même lieu, et s’en servir pour déterminer la distance des astres à la terre, avec plus de précision qu’on ne l’avait encore fait; mais la première idée de cette méthode est due à Morin[111].

Le fils[112], le petit-fils de Cassini[113], ont été de l’académie des sciences, et son arrière-petit-fils[114] y est entré en 1772: cette espèce d’illustration est plus réelle et sera plus durable que celle dont la famille de Cassini avait joui en Italie, quelques siècles auparavant, et que les révolutions de ce pays lui avaient fait perdre. Mort en 1712.

Catrou (François), né en 1659, jésuite. Il a fait avec le P. Rouillé vingt tomes de l’Histoire romaine. Ils ont cherché l’éloquence, et n’ont pas trouvé la précision. Mort en 1737.

Cerisi (Germain Habert de) était du temps de l’aurore du bon goût et de l’établissement de l’académie française. Sa Métamorphose des yeux de Philis en astres fut vantée comme un chef-d’œuvre, et a cessé de le paraître dès que les bons auteurs sont venus. Mort en 1655[115].

Chantereau Le Fèvre (Louis), né en 1588. Très savant homme, l’un des premiers qui ont débrouillé l’histoire de France; mais il a accrédité une grande erreur, c’est que les fiefs héréditaires n’ont commencé qu’après Hugues Capet. Quand il n’y aurait que l’exemple de la Normandie, donnée ou plutôt extorquée à titre de fief héréditaire en 912, cela suffirait pour détruire l’opinion de Chantereau, que plusieurs historiens ont adoptée. Il est d’ailleurs certain que Charlemagne institua en France des fiefs avec propriété, et que cette forme de gouvernement était connue avant lui dans la Lombardie et dans la Germanie. Mort en 1658.

Chapelain (Jean), né en 1595. Sans la Pucelle il aurait eu de la réputation parmi les gens de lettres. Ce mauvais poëme lui valut beaucoup plus que l’Iliade à Homère. Chapelain fut pourtant utile par sa littérature. Ce fut lui qui corrigea les premiers vers de Racine. Il commença par être l’oracle des auteurs, et finit par en être l’opprobre. Mort en 1674.

Chapelle (Jean de La). Voyez La Chapelle.

Chapelle[116] (Claude-Emmanuel Luillier), fils naturel de François Luillier, maître des comptes. Il n’est pas vrai qu’il fut le premier qui se servit des rimes redoublées; Dassouci[117] s’en servait avant lui, et même avec quelque succès.

Pourquoi donc, sexe au teint de rose,
Quand la charité vous impose
La loi d’aimer votre prochain,
Pouvez-vous me haïr sans cause,
Moi qui ne vous fis jamais rien?
Ah! pour mon honneur je vois bien
Qu’il faut vous faire quelque chose, etc.

On trouve beaucoup de rimes redoublées dans Voiture. Chapelle réussit mieux que les autres dans ce genre qui a de l’harmonie et de la grace, mais dans lequel il a préféré quelquefois une abondance stérile de rimes à la pensée et au tour. Sa vie voluptueuse et son peu de prétention contribuèrent encore à la célébrité de ces petits ouvrages. On sait qu’il y a dans son Voyage de Montpellier beaucoup de traits de Bachaumont[118], fils du président Le Coigneux, l’un des plus aimables hommes de son temps. Chapelle était d’ailleurs un des meilleurs élèves de Gassendi. Au reste, il faut bien distinguer les éloges que tant de gens de lettres ont donnés à Chapelle et à des esprits de cette trempe, d’avec les éloges dus aux grands maîtres. Le caractère de Chapelle, de Bachaumont, du Broussin[119], et de toute cette société du Marais, était la facilité, la gaîté, la liberté. On peut juger de Chapelle par cet impromptu, que je n’ai point vu encore imprimé. Il le fit à table, après que Boileau eut récité une épigramme.

Qu’avec plaisir de ton haut style
Je te vois descendre au quatrain;
Et que je t’épargnai de bile
Et d’injures au genre humain,
Quand, renversant ta cruche à l’huile,
Je te mis le verre à la main!

Mort en 1686.

Charas (Moyse), de l’académie des sciences, le premier qui ait bien écrit sur la pharmacie; tant il est vrai que sous Louis XIV tous les arts élargirent leur sphère. Ce pharmacien, voyageant à Madrid, fut mis dans les cachots de l’inquisition, parcequ’il était calviniste. Une prompte abjuration et les sollicitations de l’ambassadeur de France lui sauvèrent la vie et la liberté. Il s’occupa long-temps d’expériences sur les vipères, et des moyens d’empêcher les effets souvent mortels de leur morsure: mais il se trompa en soutenant contre Redi[120] que le venin des vipères n’était pas contenu dans le suc jaune qui sort de deux vésicules placées derrière les crochets de leurs mâchoires. Dans le cours de ses expériences, il fut mordu plusieurs fois, sans qu’il en résultât d’accidents très graves. Mort en 1698.

Chardin (Jean), né à Paris en 1643. Nul voyageur n’a laissé des Mémoires plus curieux. Mort à Londres en 1713.

Charleval (Charles Faucon de Ris), l’un de ceux qui acquirent de la célébrité par la délicatesse de leur esprit, sans se livrer trop au public. La fameuse Conversation du maréchal d’Hocquincourt et du P. Canaye, imprimée dans les Œuvres de Saint-Évremond, est de Charleval, jusqu’à la petite Dissertation sur le jansénisme et sur le molinisme que Saint-Évremond y a ajoutée. Le style de cette fin est très différent de celui du commencement. Feu M. de Caumartin[121], le conseiller d’état, avait l’écrit de Charleval, de la main de l’auteur. On trouve dans le Moréri[122] que le président de Ris, neveu de Charleval, ne voulut pas faire imprimer les ouvrages de son oncle, de peur que le nom d’auteur peut-être ne fût une tache dans sa famille. Il faut être d’un état et d’un esprit bien abject pour avancer une telle idée dans le siècle où nous sommes; et c’eût été dans un homme de robe un orgueil digne des temps militaires et barbares, où l’on abandonnait l’étude purement à la robe, par mépris pour la robe et pour l’étude. Mort en 1693[123].

Charpentier (François), né à Paris en 1620, académicien utile. On a de lui une traduction de la Cyropédie. Il soutint vivement l’opinion que les inscriptions des monuments publics de France doivent être en français. En effet, c’est dégrader une langue qu’on parle dans toute l’Europe, que de ne pas oser s’en servir; c’est aller contre son but, que de parler à tout le public dans une langue que les trois quarts au moins de ce public n’entendent pas. Il y a une espèce de barbarie à latiniser des noms français que la postérité méconnaîtrait, et les noms de Rocroi et de Fontenoi font un plus grand effet que les noms de Rocrosium et Fonteniacum. Mort en 1702.

Chastre (Edme de La Chastre-Nançay, comte de La), a laissé des Mémoires. Mort en 1645.

Chaulieu (Guillaume Anfrye de), né en Normandie en 1639, connu par ses poésies négligées, et par les beautés hardies et voluptueuses qui s’y trouvent. La plupart respirent la liberté, le plaisir, et une philosophie au-dessus des préjugés; tel était son caractère. Il vécut dans les délices, et mourut avec intrépidité en 1720.

Les vers qu’on cite le plus de lui sont la pièce intitulée la Goutte, qui commence ainsi,