[12] Si l’on veut se documenter à fond sur cette question et sur beaucoup d’autres qui préoccupent les esprits sérieux, inquiets pour notre avenir social et chrétien, il faut consulter les publications supérieurement actuelles et pratiques de l’Action Populaire, dont les bureaux sont établis à Reims, 5, rue des Trois-Raisinets.
Ainsi préservés, bien encadrés et bien entraînés, les plus faibles prendront du courage : les braves feront des merveilles. Forts de leur union, ils sauront tous faire respecter leurs croyances ; ils deviendront, en dépit de l’Université, de vaillants chrétiens, et peut-être la convertiront-ils, si elle est encore convertissable.
Mais faut-il essayer de la convertir ? Grave question.
Je réponds carrément : Non, si ce n’est comme les catholiques allemands essayent de convertir le protestantisme, en lui prouvant par des actes qu’ils n’ont pas peur de lui et qu’il n’a à attendre d’eux aucune concession de principe.
Des concessions, les catholiques en ont fait assez et trop : elles n’ont eu d’autre effet que de hâter l’étranglement de nos dernières libertés. Dans le cas présent, la seule concession qui leur reste à faire, serait de livrer leurs enfants, pieds et poings liés, à un enseignement corrupteur : ils n’en ont pas le droit. Leur devoir rigoureux est de les encourager, de parole et d’exemple, à observer envers leurs nouveaux maîtres une attitude résolument défensive.
On peut s’attendre à ce que l’Université, ou du moins la partie la plus avancée de l’Université, s’emploiera de tout son pouvoir à effacer la distinction connue entre les deux jeunesses : l’une neutre, c’est-à-dire, en réalité, sans croyance aucune, l’autre franchement croyante. Commencera-t-elle par montrer patte de velours, ou osera-t-elle immédiatement sortir ses griffes ? Dans le premier cas, nos jeunes gens feront bien de se défier des avances tant soit peu louches et, tout en se montrant bons élèves et bons camarades, de se tenir sur une grande réserve.
Dans le second, sans prendre des airs de bravade, ils sauront témoigner que la menace ne les touche pas, de si haut qu’elle puisse venir, et ils avertiront parents ou tuteurs de ce qui se passe. Ceux-ci aviseront sans retard à faire respecter le droit de leurs enfants à un traitement équitable et, si on ne leur rend pas justice, ils en appelleront hardiment à l’opinion publique par la voie de la presse. De même, chaque fois que, dans l’enseignement ou la discipline, il se produira un écart de quelque importance ou un scandale, ils regarderont comme un devoir de crier au loup. Ainsi surveillés de près et sûrs d’être rappelés à l’ordre pour chacun de leurs errements, les professeurs apprendront à s’observer et à observer les convenances de leur charge.
Mais, objecteront certains, ils seront peut-être tentés de prendre leur revanche, quand arrivera le redoutable moment des examens, en refusant le témoignage obligatoire de satisfaction aux élèves cléricaux et en leur fermant, du même coup, l’entrée des carrières de l’État ?
Il sera, je crois, possible de prévenir cet inconvénient. L’Université n’aura aucun intérêt à compromettre aux examens le succès des élèves intelligents et travailleurs, les plus capables, les seuls capables de faire honneur à son enseignement. Que nos jeunes gens donnent l’exemple du travail consciencieux ; qu’ils ne fournissent, de parti pris, à personne, un sérieux sujet de plainte par leur conduite ; que dans les compositions ils enlèvent les meilleures places ; bref, qu’ils forcent l’estime de leurs nouveaux maîtres en même temps que celle de leurs camarades, et ils n’auront rien à craindre pour leurs examens.
Que si, pourtant, l’athéisme officiel, s’obstinant jusqu’au bout dans son abominable entreprise sur la liberté des âmes, prétendait contraindre nos enfants à opter entre les faveurs de l’État et une apostasie, est-il besoin de dire ce que commanderaient le devoir et l’honneur ? Il faudrait répondre par un souverain mépris à ce pouvoir marchandeur de consciences et lui rejeter en plein visage ses infâmes propositions.
A voir comme on traite nos magistrats et nos officiers, trop fiers pour lécher les bottes ou les bottines ministérielles, est-ce que ces carrières sont donc aujourd’hui si enviables ? Il en reste assez d’autres plus sûres et plus indépendantes, le commerce, l’industrie, l’agriculture, où l’intelligence et l’énergie de volonté savent toujours trouver leur emploi et le succès. On y trouve mieux encore : un bonheur tranquille, la liberté de prier Dieu sans crainte des dénonciateurs, mille occasions de rendre service à ses semblables, et aussi, quand leur estime vous a porté aux assemblées électives, le droit de parler haut aux tyranneaux officiels et d’empêcher une partie du mal qu’ils voudraient faire.
Et ne pourrait-on pas dire aujourd’hui qu’en elles réside l’âme de notre pays ? Si cela est, quelle noble ambition pour un jeune homme au cœur bien né que de contribuer pour sa part à moraliser cette âme, afin qu’elle arrive quelque jour à secouer le joug odieux qui pèse sur elle et à reconquérir ses vieilles destinées chrétiennes !
Pourquoi donc les Comités de défense religieuse n’inscriraient-ils pas dans leurs statuts la protection des jeunes chrétiens qui se destinent à ces carrières ? Pourquoi ne profiterait-on pas des facilités qu’offre la loi sur les associations pour fonder des syndicats, ayant pour but spécial de favoriser les agriculteurs, les commerçants et les industriels catholiques par tous les moyens légaux, y compris certaines mesures d’exclusion ? Puisqu’on nous met la paix à des conditions inacceptables, pourquoi la chercher plus longtemps ? Mieux vaut la guerre franche qu’une paix honteuse.
Pardonne-moi : je n’ai pas trouvé le temps d’être plus bref.
Ton frère,
Jean.
FIN