Le passif se conjugue par l’auxiliaire estre en ajoutant le participe passif adourat, estendut, etc... Sieou adourat, sieou estendut, etc...
On a vu que la seule différence de terminaison des verbes se trouve dans l’imparfait, où les verbes qui ont l’infinitif en ar font ce temps en avi et ceux qui ont une autre terminaison font l’imparfait en ieou. D’après cela, il est facile de connaître les conjugaisons provençales. Il est bien quelques verbes irréguliers; mais, comme ils ont un rapport direct avec leurs correspondants français, il est inutile d’en faire mention ici.
La synthèse de la langue provençale a tant de rapports avec la française qu’il n’y a point de règles à donner, mais seulement des observations à présenter sur les tournures des phrases.
On met quelquefois l’article avant l’adjectif au lieu de le mettre avant le substantif. C’est une chose qui nous est commune avec les Grecs, et certainement c’est d’eux que nous tenons cette façon de nous exprimer: lou mieou béou, mon beau; lou mieou bel enfant, mon bel enfant; lou sieou fraire, son frère, etc.
J’ai dit plus haut que les noms ne changeaient pas de terminaison dans les nombres et qu’il était même reçu de ne pas ajouter l’s final pour désigner le pluriel, à moins que le mot suivant ne commence par une voyelle. Mais cette règle n’est pas encore générale; on dit bien leis ais, prononcez lei zai; mais on ne dit pas les ais avien en prononçant lei-zai zavien, mais lei-zai-avien; en sorte qu’il faut nécessairement entendre parler le provençal ou l’écrire comme on le parle. C’est un défaut de la langue, défaut qui ne doit pas surprendre ceux qui savent que les idiomes vulgaires n’ont pas de règles bien certaines, et que l’usage est la première de ces règles. Les Provençaux ne connaissent pas de mot qui forme seul un comparatif. C’est une faute de dire en provençal: milhour que l’autre, piegi que vous: meilleur que vous, pire que vous; il faut dire plus milhour, plus piegi, ce qui, en français, serait un pléonasme détestable.
Les pronoms personnels se sous-entendent toujours devant les verbes, comme on l’a vu dans les conjugaisons que j’ai placées en leur lieu. Ainsi on dit vendrai, je viendrai; esveray, il est vrai, etc.
Lorsqu’on parle de plusieurs personnes, on emploie toujours le pronom soun, sa, comme s’il ne s’agissait que d’une seule: ils viennent de leur maison de campagne, venoun de sa bastido.
De même, l’on dit pour les deux nombres: li ai dounat, je lui ai ou je leur ai donné; li digueri, je lui ou je leur ai dit, etc.
Lorsqu’on parle indéterminément de quelque chose, on emploie la particule va au lieu de l’article lou, le, etc. Exemple: Le croyez-vous? Va crésez? ou va créseti? Je le ferai, va farai. Mais, s’il était question d’une personne, on dirait: lou veiray, je le verrai.
L’adverbe relatif y, qui signifie en cet endroit-là, s’exprime en provençal par li: Veux-tu y aller? Li voues anar? J’(y) irai, l’anaraï; passes-y, passos-li; prends-y garde, pren li gardo.
Le relatif qui s’exprime par qun toutes les fois qu’il y a interrogation: Qun piquo? Qui frappe? Mais, dans le cours d’une phrase, il se rend par le mot que: aqueou que douerme, celui qui dort; lou cavaou ou lou chivaou que vendra, le cheval qui viendra.
Le nominatif précède toujours le verbe; cependant j’ai souvent entendu les gens de la campagne, et surtout les enfants, dire: a dich moun paire, pour moun paire a dich.
Le verbe Estre, Être, s’emploie ordinairement comme gouvernant l’accusatif si je fusse (sic) en leur place, se fouguessi elleis. On dit aussi se fougueissi d’elleis en sous-entendant en plaço.
Les infinitifs forment tout autant de noms substantifs: on dit lou proumenar pour la proumenado, lou dourmir pour lou souen, etc... Il semble même que cette façon d’exprimer les choses est plus énergique.
Il est d’usage encore d’employer le pronom si, se à la première personne du pluriel: nous nous reverrons, si vereins; allons-nous-en, s’en anan ou Enanen s’en.
On dit aussi: sau pas ce que si fa, il ne sait pas ce qu’il fait; quelle heure est-il? quant soun d’houro? Ce qui signifie littéralement: combien est-il d’heures?
Je ne dirai rien des adverbes et des prépositions, mais il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur les tournures des phrases. J’ai cru qu’il ne serait pas hors de propos de donner une courte notice de la poésie provençale et de citer quelques morceaux qui n’ont pas été livrés à l’impression.
L’auteur (comme exemple) donne un quatrain de Toussaint Gros, sur la Mort; il cite la Bourrido deis Dious, de Germain, et un extrait du Nouveau Lutrin, par d’Arvieux.
Les nombreux exemples que nous avons donnés de la poésie provençale nous dispensent de citer dans cet ouvrage des extraits, forcément incomplets et qui n’ajouteraient rien à la beauté de la langue. Mais ce que nous avons cru nécessaire de ne pas omettre, comme nous l’avons dit précédemment, c’est un aperçu grammatical du Provençal tel qu’on l’écrit et qu’on le parle aujourd’hui, d’après la méthode de la nouvelle école félibréenne, en parallèle avec la grammaire d’Achard, qui date des premières années du siècle dernier. Le lecteur pourra, par lui-même, constater les différences qui existent entre les deux orthographes et se faire une opinion, au point de vue linguistique et orthographique, sur les œuvres qui ont précédé le mouvement félibréen et celles qui l’ont suivi.
L’alphabet provençal aujourd’hui en usage se compose de vingt-trois lettres; l’y et l’x supprimés formaient la vingt-quatrième et la vingt-cinquième avant la réforme orthographique.
A garde le son qu’il a en français; B également, mais ne se prononce pas à la fin des mots, comme plumb, plomb.
C ne diffère de la prononciation française que lorsqu’il est suivi d’un h. Ainsi le mot chien s’écrit chin, et se prononce tsin. Cependant cette prononciation est plutôt vauclusienne que marseillaise. A Marseille, en effet, on écrit et on prononce chin.
Le D, comme en français. Ainsi que le b, il ne se prononce pas à la fin des mots: verd, vert.
L’E, dans la grammaire d’Achard, ne devait pas, suivant l’usage observé jusqu’à la Révolution, être accentué; aujourd’hui, sans accent ou avec un accent aigu, il se prononce comme l’e ouvert français. Ainsi devé, devoir, teté, sein, sonnent comme cité, vérité.
L’E est ouvert s’il est suivi d’une consonne, comme dans terro, terre, et encore s’il est surmonté d’un accent grave, comme dans venguè, il vint. Il est faible à la fin des mots: te, toi; fort dans les monosyllabes: vese, je vois.
F, pour efo, comme en français.
G, placé devant les voyelles a, o, u, est dur, comme dans goi, boiteux; gau, coq; degun, personne; mais, devant un e ou un i, il se prononce comme le z italien: soit gibous, bossu, que l’on prononce dzibous. Toutefois, cette dernière prononciation n’est pas usitée dans les Bouches-du-Rhône, où l’on continue à dire gibous, comme s’il était écrit djibous.
H, en provençal acho, n’est aspirée que dans quelques interjections: ho! ha! hoù! hoi! hèi! On l’emploie également pour rendre le son ch comme dans charpa, gronder, et remplacer l’ancienne forme lh pour séparer deux voyelles, ainsi: famiho, famille; abiho, abeille; Marsiho, Marseille.
I se prononce comme en français: camiso, chemise; mais, dans les monosyllabes im et in, il prend en provençal la prononciation latine; simplo, simple, ansin, ainsi; cinsaire, priseur; timbre, timbre.
Il y a aussi l’i fort et l’i faible: pali, pâlir; pàli, dois.
Le J devant l’e et l’i se prononce comme le g ou le z dans le provençal rhodanien: jamai, pour dzamai, jamais; genesto, dzenesto, genêt. A Marseille, on prononce jamai, ginesto.
K est peu ou pas usité en provençal, on le remplace généralement par c, qu et ch, suivant les cas.
L ou élo, comme en français; deux l précédées de la voyelle i ne se prononcent pas. Ainsi: mouillé se prononce, en provençal, mouyé.
M ou émo, comme en français. Cette lettre équivaut à l’n devant un b ou un p.
N ou éno, comme en français.
O, comme en français dans le corps des mots, mais remplace l’e français à la fin de quelques-uns. Exemple: Prouvenco, Provence; la peissounièro, la poissonnière.
P. En provençal, la forme ph est remplacée par f: farmacian, pharmacien.
Q conserve le son du k français: que, que; quitran, goudron.
R ou ero se prononce comme en français.
S ou esso également. Deux s en provençal remplacent l’x français. Ainsi Maximin se prononce et s’écrit: Meissemin; exemple, eissèmple.
T ou té conserve toujours en provençal le son dur, même lorsqu’il précède un i suivi d’une voyelle: carretoun, petite charrette; conventialo, religieuse; t dans la fin des mots ne se prononce pas: nougat, nougat.
U ne se prononce pas exactement comme en français. Dans le mot un, on le fait sonner comme dans une, tandis qu’en français il se change en la diphtongue eun. Dans le cas où l’u est précédé des voyelles a, e, ou d’un o accentué, il se prononce comme en italien; exemple: oustaù, maison, que l’on prononce oustaou suivant l’ancienne orthographe; néu, neige, ne-ou, pôu, pour poou, sont dans le même cas.
V, vé, se prononce comme en français ainsi que le z, izido.
Les diphtongues servent à unir deux voyelles ne formant qu’une syllabe.
Les cinq voyelles forment en provençal plusieurs diphtongues; ainsi:
| Ai, | qui se prononce: | aï. |
| Ei, | — — | eï. |
| Oi, | — — | oï. |
| Au, | — — | aou. |
| Eu, | — — | èou. |
Exemples:
| Aigo, | eau, | se prononce d’une seule émission: | aïgo. |
| Rèi, | roi, | —— | rèï. |
| Galoi, | joyeux, | —— | galoï. |
Avant la réforme orthographique, ces diphtongues s’écrivaient comme on les prononçait.
Comme triphtongues, les cinq voyelles donnent:
| Iau, | dans | niau, éclair. |
| Iai, | — | biais, manière de faire. |
| Ièi, | — | pièi, puis. |
Ces triphtongues se prononcent également par un simple son.
L’accent tonique est la base de la prononciation du provençal. Dans les mots terminés par e ou par o, il doit se porter sur la pénultième, ainsi: capello, chapelle, se prononce capélo; campana, cloche, campàno; il se porte sur toute syllabe accentuée: armàri, armoire.
Dans les mots terminés par a et i, il se porte sur la dernière syllabe: verita, vérité; sournaru, sournois; durbi, ouvrir. Mais, dans le cas où la dernière syllabe terminée en i est précédée d’une syllabe qui porte un accent, l’i devient muet, comme dans barri, rempart.
Si le mot est terminé par une consonne, on appuie plus fortement sur la dernière syllabe: auceloun, petit oiseau.
Dans les diphtongues, on doit appuyer sur la première voyelle: l’ai, l’âne, se prononce àï.
Dans le dialecte marseillais, la prononciation est souvent différente de celle du rhodanien. Ainsi la voyelle o se change souvent en oue; exemples:
| Font, | fontaine, | fait | fouent. |
| Cor, | cœur, | — | couer. |
| Colo, | colline, | — | coueli. |
U se change en ue quelquefois, comme dans: adurre, apporter, aduerre.
Io se change en ue: fio, feu, fait fue; agrioto, cerise, fait agrueto.
Ioù fait uou: bioù, bœuf, buou; aurioù, maquereau, auruou.
Ioun se change en ien: nacioun, nation, fait nacien; religioun, religion, religien; incarnacioun, incarnation, incarnacien.
Voici le tableau des articles en provençal singulier, en français et en provençal pluriel:
| Lou, la, | — | le, la, | — | li, les, |
| Doù, de la, | — | du, de la, | — | di, des, |
| Au, à la, | — | au, à la, | — | i, aux, |
| De, | — | du, de la, | — | de, des. |
Dans le dialecte marseillais, li, di, i font lei, dei, ei, au singulier, et leis, deis, eis, au pluriel.
L’article, en provençal, s’emploie comme en français devant les noms communs. Il y a exception dans les proverbes, dans les énumérations et quand des noms se trouvent liés à certains verbes.
On l’emploie également devant les noms propres des personnes généralement connues, et dans un sens familier: la Marietto, la petite Marie; devant le nom d’un personnage jouissant d’une certaine célébrité, il trouve aussi son emploi: Victor Gélu es lou Bérengier de Marsiho, Victor Gélu est le Bérenger de Marseille.
Il y a en provençal trois sortes de noms: le nom commun, le nom propre et le nom collectif.
Exemples de noms communs: l’oustaù, la maison; l’escalo, l’échelle; lou chin, le chien.
Exemples de noms propres: Anfos, Alphonse; José, Joseph; Goundran, Gontran.
Le nom de famille chez la femme affecte la forme féminine; on dira: Goundrano, et la forme diminutive chez l’enfant, que l’on appellera Goundranet.
Exemples de noms collectifs: la pinèdo, bois de pins; la mélouniéro, champ de melons; etc.
Les noms terminés par un o sont généralement féminins; il y a toutefois exception pour les noms propres d’hommes, d’animaux mâles, de science et de certaines professions.
La cadiero, la chaise; la telo, la toile, sont des noms communs féminins. Les noms qui se terminent par un n deviennent féminins en y ajoutant un o: couquin, couquino; ceux terminés en r changent cette lettre en la syllabe so: voulur, vouluso.
Les noms terminés par un e sont généralement du masculin: ome, homme; pese, pois.
Les terminaisons en cioun sont féminines: nacioun, nation; donacioun, donation; creacioun, création.
Les terminaisons par ta sont féminines: carita, charité.
Celles en aire et en adou sont masculines: pagaire, pagadou, payeur; pescaire, pescadou, pêcheur.
Enfin les noms collectifs terminés en rès, arès, eirés, un, au, sont du masculin.
Il y a dans le dialecte marseillais quelques variations dans ces diverses règles. Ainsi les mots terminés en e ou en o ou rhodaniens se terminent par un i en marseillais. Ainsi juge, juge, fait jùgi; justico, justice, fait justiçi.
Ceux en ouso se changent en ouo; urouso, heureuse, fait urouo.
Dans le provençal actuel, l’s a disparu en tant que marque du pluriel. C’est par l’article qu’on reconnaît cette marque. On dit et on écrit ainsi: l’ome, l’homme, au singulier; lis ome, au pluriel; etc., etc.
La langue provençale est riche en augmentatifs et en diminutifs.
Les augmentatifs donnent une idée de force et de grandeur, ils se terminent en as au masculin et en asso au féminin. Ainsi: oustaù, maison, devient oustalas; ome, homme, oumanas.
Quelquefois, on se sert d’un augmentatif comme terme de mépris. On dira de quelqu’un qui aura des manières communes et grossières: ès un pastras, augmentatif de pastre, berger. Pour un homme sale: ès un pourcassas.
Les diminutifs sont employés comme termes d’amitié et aussi pour exprimer l’idée de quelque chose de joli, de mignon. Au masculin, ils se terminent en oun, et, ot, in; au féminin, en ouno, eto, oto, ino. Ainsi on dira: d’une chemise, camiso, camisoun, camisoto; auceloun, petit oiseau, aucelet; chato, jeune fille, chatouno, chatouneto.
Les adjectifs, en provençal, sont tout aussi variés qu’en français, et, comme les noms, quand ils sont qualificatifs, peuvent subir une désinence augmentative ou diminutive. On dit ainsi d’un enfant doux et sage: ès brave, ès bravas, ès bravet, ès bravihoun.
Le genre se forme au masculin en ajoutant la lettre o, qui remplace l’e en français et l’a espagnol et italien: aimable, amablo; bonne, buèno; gracieux, gracioso; fortuné, fourtunad, et fortunée, fourtunado.
Il est cependant des cas où l’adjectif, terminé par un e muet en français, se termine en provençal par un e ouvert. Ainsi: invulnérable fait au masculin provençal invulnérable, et au féminin invulnérablo.
Les adjectifs qui, en provençal, se terminent au masculin par:
| Aú | font | au féminin | Alo. |
| Aire | — | — | Arello ou eiris. |
| Adou | — | — | Adouiro. |
| Eire | — | — | Erello ou eiris. |
| En | — | — | Enco. |
| Eû | — | — | Ello. |
| Ieu | — | — | Ivo ou ilo. |
| I ou ique | — | — | Ico. |
| I ou it | — | — | Ido. |
| Ou | — | — | Olo. |
| U | — | — | Udo. |
Comme le nom, l’adjectif ne prend pas la forme du pluriel quand il est placé après un nom pluriel. Ainsi, on dira: l’ome brave, lis ome brave, les hommes sages.
Placé avant un nom pluriel, l’adjectif s’accorde avec ce nom et prend le pluriel: la bello chato, li bélli chato: la belle et les belles filles.
Dans le dialecte de Marseille les terminaisons en i et en is se changent en ei et eis. On dira donc ici: lei béllei chato, les belles filles.
Ne donnant ici qu’un abrégé de grammaire, nous passerons rapidement sur les adjectifs numéraux, possessifs et démonstratifs.
Pour les premiers, on dit:
| Un, uno | pour | Un, une. |
| Dous, dos | — | Deux. |
| Tres | — | Trois. |
| Quatre | — | Quatre. |
| Cinq | — | Cinq. |
| Sieis | — | Six. |
| Sèt | — | Sept. |
| Vue | — | Huit. |
| Noû | — | Neuf. |
| Dès | — | Dix. |
| Vounge | — | Onze. |
| Douge | — | Douze, etc., etc., puis |
| Proumié | — | Premier. |
| Seound | — | Second. |
| Tresen | — | Troisième, etc. |
Quant aux adjectifs possessifs, ils font au masculin singulier:
| Moun. | Mon. |
| Toun. | Ton. |
| Soun. | Son. |
| Nostre. | Notre. |
| Vostre. | Votre. |
| Soun. | Leur. |
Au féminin, ils font:
| Ma. | Ma. |
| Ta. | Ta. |
| Sa. | Sa. |
| Nostro. | Notre. |
| Vostro. | Votre. |
| Sa. | Leur. |
Au pluriel:
Mi, mes. Ti, tes. Si, ses. Nostre ou nostro, nos. Vostre ou vostro, vos. Si, leurs.
Les adjectifs démonstratifs sont:
| Au masculin. | Au féminin. | ||
| Aquèu. | Ce | Aquelo. | Cette. |
| Aquest. | Cet | Aquesto. | |
| Est ou este. | Cet | Esto. |
| Au pluriel. | ||
| Aquéli. | Aquesti. | Èsti. |
Pour le dialecte marseillais, même remarque que précédemment:
| Mi, | ti. | Si, | aquèsti. | Aquèli, | èsti. | |
| font | Mei, | tei. | Sei, | aquestei. | Aquèlei, | èstei. |
| Nostre, | Nostro, | Vostre, | Vostro. | |
| font | Noste, | Noueste, | Vosto, | Vouesto. |
| et { | Voste Vosto |
} fait Voueste et Vouesto | ||
| Nôsti | — | Nouèstei. | ||
| Vôsti | — | Vouèstei. | ||
Les pronoms personnels sont, pour la première personne:
| Ièu, | je, moi. | |
| Me, | me, moi. | |
| Nous, | nous. | |
| Nous aùtro, | nous autres. | |
| ou | Noutre, Nautro, | nous. |
Deuxième personne:
| Tu, | tu, toi. | |
| Te, | te, toi. | |
| Vous, | vous. | |
| Vous autre, vous autro. | pour vous. | |
| ou | Vautre, Vautro. |
Troisième personne:
| Eù, | il, lui. |
| Élo, | elle. |
| Éli, | ils, eux, elles. |
| Lou, la, | le, la. |
| Li, lei, | les. |
| Iè, | lui, leur, y. |
| Se, | se, soi. |
| En, | en, de lui, d’elle, d’un, d’elles. |
Les pronoms ieù, tu, eù, nous, vous, éli se suppriment généralement devant les verbes. On dit ainsi:
| Rènde | et non | ieù rende. |
| Rèndes | — | tu rèndes. |
| Rènd | — | eù rend. |
| Rendên | — | nous rendèn. |
| Rendès | — | vous rendès. |
| Rèndon | — | éli rendon. |
Les pronoms possessifs sont:
Au masculin singulier:
| Lou mieù. | Le mien. |
| Lou tieù. | Le tien. |
| Lou sieù. | Le sien. |
| Lou nostre. | Le nôtre. |
| Lou vostre. | Le vôtre. |
| Lou sieù. | Le leur. |
Au masculin pluriel:
| Li mieù. | Les miens. |
| Li tieù. | Les tiens. |
| Li sieù. | Les siens. |
| Li nostre. | Les nôtres. |
| Li vostre. | Les vôtres. |
| Li sieù. | Les leurs. |
Féminin singulier:
| La mieùno. | La mienne. |
| La tieùno. | La tienne. |
| La sieùno. | La sienne. |
| La nostro. | La nôtre. |
| La vostro. | La vôtre. |
| La sieùno. | La leur. |
Féminin pluriel:
| Li mieùno. | Les miennes. |
| Li tieùno. | Les tiennes. |
| Li sieùno. | Les siennes. |
| Li nostro. | Les nôtres. |
| Li vostro. | Les vôtres. |
| Li sieùno. | Les leurs. |
Les pronoms démonstratifs ont cette particularité en provençal qu’ils peuvent être employés sous deux formes différentes.
| 1o | Aquest, aqueste, | pour | celui-ci. |
| Aquesto, | — | celle-ci. | |
| Aquésti, | — | ceux-ci. | |
| Aquèù, | — | celui-ci, celui-là. | |
| Aquelo, | — | celle, celle-là. | |
| Aqueli, | — | ceux, celles, ceux-là, celles-là. | |
| Eiço, | — | ceci. | |
| Ço, | — | ce. | |
| Aco, | — | cela, ça. |
| 2o | Aquest, | d’eici. | } Pour celui-ci. |
| Aquest, | d’aiça. | ||
| Aquesto, | d’eici. | } Celle-ci. | |
| Aquesto, | d’eiça. | ||
| Aquèsti, | d’eici. | } Ceux-ci. | |
| Aquèsti, | d’eiça. | ||
| Aquèù, | d’aqui. | } Celui-là. | |
| Aquèù, | d’eila. | ||
| Aquelo, | d’aqui. | } Celle-là. | |
| Aquelo, | d’eila. | ||
| Aquèl, | d’aqui. | } Ceux-là, celles-là. | |
| Aquèl, | d’eila. | ||
| Eiço, | d’eici. | } Celui-ci. | |
| Aco, | d’aqui. | ||
| Aco, | d’eila. | Cela. |
Les pronoms relatifs s’emploient avec ou sans l’article suivant les cas.
Exemples sans l’article: quau ou qu répond à qui; que, à qui, que, dont; de que ou de qu, à de qui, dont.
Exemples: quau m’aime me seguis, qui m’aime me suive; que ben travaiho gagno de téems, qui travaille bien gagne du temps.
Avec l’article, mais peu usité:
| Dou quau, | pour | lequel; |
| Doù quau, | — | duquel; |
| Au quau, | — | auquel; |
| La qualo, | — | laquelle; |
| De la qualo, | — | de laquelle; |
| A la qualo, | — | à laquelle. |
En provençal, il y a, comme en français, deux verbes auxiliaires: estre ou être; avé ou avoir. Mais, par contre, il n’y a que trois conjugaisons:
La première en a, qui correspond à er: ama, aimer;
La deuxième en i, qui correspond à ir: fini, finir;
La troisième en e, qui correspond à dre: rèndre, rendre.
La conjugaison en oir n’existe pas en provençal; mais, par contre, il possède un grand nombre de verbes irréguliers qui s’y rapportent.
Les verbes auxiliaires:
D’après la nouvelle méthode orthographique, on prononce et on écrit avé ou agué, avedre ou aguedre pour avoir, et non aver usité précédemment.
Ce qui donne au passé:
Avé agu ou avoir eu, au lieu de aver agut.
Participe présent:
Avènt ou aguent pour ayant.
Ainsi de suite pour les autres temps du verbe.
Le verbe être, en provençal, a cette particularité qu’il se conjugue sans le secours de l’auxiliaire avoir, comme cela a lieu en français. Voici les principaux temps:
INFINITIF
Estre ou esse, — être.
PASSÉ
Estre-esta, — avoir été.
PARTICIPE PRÉSENT
Estènt, siguènt, — étant.
PASSÉ
Esta, qui a son féminin estado, — été.
PASSÉ INDÉFINI (DE L’INFINITIF)
Estènt, esta, estado, — ayant été.
INDICATIF PRÉSENT
| Sieù, | je suis. | |
| Siès, | tu es. | |
| Es | ou ei, | il est. |
| Sian, | nous sommes. | |
| Sias, | vous êtes. | |
| Soun, | ils sont. |
IMPARFAIT
| Ére | (autrefois éri), | j’étais. |
| Eres, | — | tu étais. |
| Ero, | — | il était. |
| Erian, | — | nous étions. |
| Erias, | — | vous étiez. |
| Éron, | — | ils étaient. |
PASSÉ DÉFINI
| Siguère | ou | fuguère, | je fus. |
| Siguères | — | fuguères, | tu fus. |
| Sigué | — | fugué, | il fut. |
| Siguérian | — | fuguérian, | nous fûmes. |
| Siguérias | — | fuguérias, | vous fûtes. |
| Siguéron | — | fuguéron, | ils furent. |
PASSÉ INDÉFINI
Sieù esta (primitivement sieoun estat), — pour j’ai été.
PLUS-QUE-PARFAIT
Ère esta (primitivement éri esta), — j’avais été.
PASSÉ ANTÉRIEUR
Siguère esta ou fuguère (primitivement sigueri estat), — j’eus été, etc.
FUTUR
Sarai, Saras, Sara, Saren, Sarès, Saran, — je serai, etc.
IMPÉRATIF
Le verbe être, en provençal, prend une troisième personne dans ce temps: