NOTES:
[1] Plus connu comme homme d’état sous le nom de Clarendon: il a laissé une Histoire des guerres civiles d’Angleterre sous Charles Iᵉʳ, et plusieurs autres ouvrages de politique. K.
[2] On lui déclara, lorsqu’il se proposait d’aller voir à Milan son gendre Philippe V, qu’il ne serait reçu que comme un de ses courtisans, et que le roi d’Espagne ne pourrait, sans manquer à sa dignité, l’admettre à sa table. K.
[3] Voyez les Mémoires manuscrits de Dangeau; on les cite ici parceque ce fait rapporté par eux a été souvent confirmé par le maréchal de La Feuillade, gendre du secrétaire d’état Chamillart. Louis XIV n’avait que trois ans plus que Louvois; à la mort de Mazarin le roi avait vingt-trois ans; Louvois en avait vingt, et était, depuis plusieurs années, adjoint de son père dans la place de ministre de la guerre.
[4] Le maréchal de Berwick rapporte, dans ses Mémoires, que Louis XIV l’ayant consulté sur un plan imaginé par Chamillart, pour la campagne de 1708, et dont l’exécution devait être confiée au maréchal, il n’eut pas de peine à en faire voir le ridicule au roi, qui ne put s’empêcher de lui dire en riant: «Chamillart croit en savoir beaucoup plus qu’aucun général, mais il n’y entend rien du tout.» Cependant Chamillart resta encore ministre; et, dans la même campagne, Louis XIV l’envoya en Flandre pour prononcer entre le duc de Vendôme et le maréchal de Berwick, sur les moyens d’empêcher la prise de Lille. K.
[5] Le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon dit que, vers la fin de la guerre précédente, le marquis de Nangis, colonel du régiment du roi, lui disait qu’on ne pourrait empêcher la désertion de ses soldats qu’en fesant casser la tête aux déserteurs. Remarquez que le marquis, depuis le maréchal de Nangis, ne fut colonel de ce régiment qu’en 1711.
[6] Par les instructions à moi envoyées, et puisées dans le dépôt des affaires étrangères, il est évident que le prince Eugène était déjà parti en 1683, et que le marquis de La Fare s’est mépris dans ses Mémoires, quand il fait partir les deux princes de Conti avec le prince Eugène; ce qui a induit les historiens en erreur.
Il y eut alors plusieurs jeunes seigneurs de la cour qui écrivirent aux princes de Conti des lettres indécentes, dans lesquelles ils manquaient de respect au roi, et d’égards pour madame de Maintenon, qui n’était encore que favorite. Les lettres furent interceptées, et ces jeunes gens disgraciés pour quelque temps.
Le compilateur des Mémoires de Maintenon est le seul qui avance que le duc de La Rocheguion dit à son frère, le marquis de Liancourt: «Mon frère, si on intercepte votre lettre, vous méritez la mort.» Premièrement, on ne mérite point la mort parcequ’une lettre coupable est interceptée, mais parcequ’on l’a écrite: secondement, on ne mérite point la mort pour avoir écrit des plaisanteries. Il parut bien que ces seigneurs, qui tous rentrèrent en grace, ne méritaient point la mort. Tous ces prétendus discours qu’on débite avec légèreté dans le monde, et qui sont ensuite recueillis par des écrivains obscurs et mercenaires, sont indignes de croyance.
[7] L’auteur, qui dans sa jeunesse eut l’honneur de le voir souvent, a droit d’assurer que c’était là son caractère. La Beaumelle, qui insulte les maréchaux de Villeroi et de Villars, et tant d’autres, dans ses notes du Siècle de Louis XIV, parle ainsi de feu M. le maréchal de Villeroi, page 102, tome III des Mémoires de madame de Maintenon: «Villeroi le fastueux, qui amusait les femmes avec tant de légèreté, et qui disait à ses gens avec tant d’arrogance: A-t-on mis de l’or dans mes poches?» Comment peut-il attribuer, je ne dis pas à un grand seigneur, mais à un homme bien élevé, ces paroles qu’on attribuait autrefois à un financier ridicule? Comment peut-il parler de tant d’hommes du siècle passé, du ton d’un homme qui les aurait vus? et comment peut-on écrire si insolemment de telles indécences, de telles faussetés, et de telles sottises?
[8] Voyez les Mémoires de Dangeau.
On chantait à la cour, à Paris, et dans l’armée:
[9] Voyez tome XVI, pages 372, 362, 397. B.
[10] Voltaire a mis en vers ces paroles: voyez, tome XII, le troisième de ses Discours sur l’homme. B.
[11] Tout ceci doit se trouver dans les Mémoires du maréchal de Villars, manuscrits; j’y ai lu ces détails. Le premier tome imprimé de ces Mémoires est absolument de lui; les deux autres sont d’une main étrangère et un peu différente.
On voit, par les dépêches du maréchal, combien il avait à souffrir de la cour de Bavière: «Peut-être valait-il mieux lui plaire que de le bien servir. Ses gens en usent ainsi. Les Bavarois, les étrangers, tous ceux qui l’ont volé, friponné au jeu, livré à l’empereur, ont fait avec lui leur fortune, etc.»
Il entend par ces mots, livré à l’empereur, une intrigue que les ministres de l’électeur de Bavière formaient alors pour faire sa paix avec l’Autriche dans le temps que la France combattait pour lui.—Voyez ma note sur les Mémoires de Villars, tome XIX, page 219. B.
[12] Voyez chap. XXXVI. B.
[13] Reboulet assure que l’empereur Léopold fit ériger cette pyramide: on le crut en effet en France; le maréchal de Villars, en 1707, envoya cinquante maîtres pour la détruire; on ne trouva rien. Le continuateur de Thoyras, qui n’a écrit que d’après les journaux de La Haye, suppose cette inscription, et propose même de la changer en faveur des Anglais. Elle fut imaginée en effet par des Français réfugiés oisifs. Il était très commun alors, et il l’est encore aujourd’hui, de donner ses imaginations ou des contes populaires pour des vérités certaines. Autrefois les mémoires manquaient à l’histoire, aujourd’hui la multiplicité des mémoires lui nuit. Le vrai est noyé dans un océan de brochures.—Le continuateur de Thoyras dont parle Voltaire est David Durand, auteur des onzième et douzième volumes de l’Histoire d’Angleterre, in-4º. Les dix premiers sont de Rapin Thoyras. B.
[14] Reboulet dit que la chancellerie allemande donnait aux rois le titre de Dilection; mais c’est celui des électeurs.
[15] En 1740.—Cette place est restée aux Anglais à la paix de 1748, à celle de 1763, et enfin à celle de 1783, après avoir essuyé un long blocus. Une armée combinée d’Espagnols et de Français, commandée par M. le duc de Crillon, qui venait de prendre Minorque, se préparait, en 1782, à tenter une attaque contre Gibraltar du côté de la mer; mais les batteries flottantes destinées à en détruire les défenses furent brûlées par les boulets rouges de la place. K.
[16] L’histoire de Reboulet appelle ce prince chef des factieux, comme s’il eût été un Espagnol révolté contre Philippe V.
[17] C’était, à la vérité, un comte de Revontlau, né en Danemark, qui commandait au combat de Calcinato; mais il n’y avait que des troupes impériales.
La Beaumelle dit à ce sujet, dans ses Notes sur l’Histoire du Siècle de Louis XIV, que «les Danois ne valent pas mieux ailleurs que chez eux.» Il faut avouer que c’est une chose rare de voir un tel homme outrager ainsi toutes les nations.
[18] Voyez les Mémoires de Feuquières.
[19] Sous le nom de Frédéric: voyez ma note, tome XXIV, page 358. B.
[20] Le duc de Bavière était père de ce jeune prince, appelé par Charles II au trône d’Espagne, et mort à Bruxelles. L’électeur, dans son manifeste contre l’empereur, dit, en parlant de la mort de son fils, «qu’il avait succombé à un mal qui avait souvent sans péril attaqué son enfance, avant qu’il eût été déclaré l’héritier de Charles II.» Il ajoutait que «l’étoile de la maison d’Autriche avait toujours été funeste à ceux qui s’étaient opposés à sa grandeur.» Une accusation directe eût peut-être été moins insultante que cette terrible ironie. Le duc de Bavière, en se séparant de l’empire pour s’unir à un prince en guerre avec l’empire, donnait un prétexte à l’empereur. Louis XIV avait traité avec autant de dureté le duc de Lorraine et l’électeur palatin, et il avait moins d’excuses. K.
[21] Dans l’histoire de Reboulet, il est dit qu’il eut cette souveraineté dès l’an 1700; mais alors il n’avait que la vice-royauté.
[22] On tint à Madrid, au nom de l’archiduc, plusieurs conseils où furent appelés les hommes les plus distingués de son parti. Le marquis de Ribas, secrétaire d’état sous Charles II, y assista. C’était lui qui avait dressé le testament de ce prince en faveur de Philippe V. Des cabales de cour l’avaient fait disgracier. On lui proposa de déclarer que le testament avait été supposé; mais il ne voulut consentir à aucune déclaration qui pût affaiblir l’autorité de cet acte: ni les menaces ni les promesses ne purent l’ébranler. K.
[23] Berwick avait commandé avec succès en Espagne pendant l’année 1704. Des intrigues de cour le firent rappeler. Le maréchal de Tessé demandait un jour à la jeune reine pourquoi elle n’avait pas conservé un général dont les talents et la probité lui auraient été si utiles. «Que voulez-vous que je vous dise? répondit-elle; c’est un grand diable d’Anglais, sec, qui va toujours tout droit devant lui.» Dans la campagne que termina la bataille d’Almanza, Berwick était instruit de l’état de l’armée alliée, et de ses projets, par un officier général portugais qui, persuadé que l’alliance du roi de Portugal avec l’empereur était contraire à ses vrais intérêts, le trahissait par esprit de patriotisme. (Mémoires de Berwick.) K.
[24] Voltaire a rapporté ailleurs (voyez tome XXXIX, page 247) une lettre écrite à Berwick, sur la victoire d’Almanza. B.
[25] L’armée du duc d’Orléans prit aussi Saragosse; lorsque les troupes françaises parurent à la vue de la ville, on fit accroire au peuple que ce camp qu’il voyait n’était pas un objet réel, mais une apparence causée par un sortilége: le clergé se rendit processionnellement sur les murailles pour exorciser ces fantômes; et le peuple ne commença à croire qu’il était assiégé par une armée réelle, que lorsqu’il vit les houssards abattre quelques têtes. (Mémoires de Berwick.) K.
[26] Le respect pour la vérité dans les plus petites choses oblige encore de relever le discours que le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon fait tenir par le roi de Suède, Charles XII, au duc de Marlborough: «Si Toulon est pris, je l’irai reprendre.» Ce général anglais n’était point auprès du roi de Suède dans le temps du siége. Il le vit dans Alt-Ranstadt en avril 1707, et le siége de Toulon fut levé au mois d’août. Charles XII, d’ailleurs, ne se mêla jamais de cette guerre; il refusa constamment de voir tous les Français qu’on lui députa. On ne trouve, dans les Mémoires de Maintenon, que des discours qu’on n’a ni tenus ni pu tenir; et on ne peut regarder ce livre que comme un roman mal digéré.
[27] Entre autres Reboulet, page 233 du tome VIII. Il fonde ses soupçons sur ceux du chevalier de Forbin. Celui qui a donné au public tant de mensonges, sous le titre de Mémoires de madame de Maintenon, et qui fit imprimer, en 1752, à Francfort, une édition frauduleuse du Siècle de Louis XIV, demande, dans une des notes, qui sont ces historiens qui ont prétendu que la reine Anne était d’intelligence avec son frère. C’est un fantôme, dit-il. Mais on voit ici clairement que ce n’est point un fantôme, et que l’auteur du Siècle de Louis XIV n’avait rien avancé que la preuve en main: il n’est pas permis d’écrire l’histoire autrement.
[28] Telle est l’histoire qu’un libraire, nommé Van-Duren, fit écrire par le jésuite La Motte, réfugié en Hollande sous le nom de La Hode, continuée par La Martinière; le tout sur les prétendus Mémoires d’un comte de...., secrétaire d’état. Les Mémoires de madame de Maintenon, encore plus remplis de mensonges, disent, tome IV, page 119, que les assiégeants jetaient dans la ville des billets conçus en ces termes: «Rassurez-vous, Français, la Maintenon ne sera pas votre reine; nous ne lèverons pas le siége. On croira, ajoute-t-il, que Louis, dans la ferveur du plaisir que lui donnait la certitude d’une victoire inattendue, offrit ou promit le trône à madame de Maintenon.» Comment, dans la ferveur de l’impertinence, peut-on mettre sur le papier ces nouvelles et ces discours des halles? comment cet insensé a-t-il pu pousser l’effronterie jusqu’à dire que le duc de Bourgogne trahit le roi son grand-père, et fit prendre Lille par le prince Eugène, de peur que madame de Maintenon ne fût déclarée reine?
[29] On peut voir les détails de cette campagne dans les Mémoires de Berwick; mais il faut les lire avec précaution. Berwick était dans l’armée, mais humilié de servir sous Vendôme, et presque toujours d’un avis contraire au sien. Vendôme, fatigué des contradictions qu’il éprouvait, semblait avoir perdu, pendant cette campagne, son activité et ses talents. Louis XIV envoya deux fois Chamillart à l’armée comme un arbitre entre les généraux.
Durant le siége de Lille, Marlborough écrivit au maréchal de Berwick, son neveu, pour qu’il proposât à Louis XIV d’entamer une négociation pour la paix avec les députés de Hollande, le prince Eugène, et lui. On crut à la cour que cette proposition était la suite des inquiétudes de Marlborough sur le succès du siége de Lille, et on obligea le duc de Berwick à faire une réponse négative. Marlborough aimait beaucoup la gloire et l’argent, et il pouvait alors desirer la paix comme le meilleur moyen de mettre sa fortune en sûreté, et d’ajouter une autre espèce de gloire à sa réputation militaire, qui ne pouvait plus croître. Bientôt après il s’opposa de toutes ses forces à cette paix qu’il avait desirée, parceque la guerre lui était devenue nécessaire pour soutenir son crédit dans sa patrie. K.
[30] Le marquis d’O.
[31] Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup hardi. Presque tous étaient des Français que la révocation fatale de l’édit de Nantes avait forcés de choisir une nouvelle patrie; ils prirent la chaise du marquis de Beringhen pour celle du dauphin, parcequ’elle avait l’écusson de France. L’ayant enlevé, ils le firent monter à cheval; mais comme il était âgé et infirme, ils eurent la politesse en chemin de lui chercher eux-mêmes une chaise de poste. Cela consuma du temps. Les pages du roi coururent après eux, le premier écuyer fut délivré; et ceux qui l’avaient enlevé furent prisonniers eux-mêmes; quelques minutes plus tard ils auraient pris le dauphin, qui arrivait après Beringhen avec un seul garde.
[32] L’histoire de l’ex-jésuite La Motte, rédigée par La Martinière, dit que Chamillart fut destitué du ministère des finances en 1703, et que la voix publique y appela le maréchal d’Harcourt. Les fautes de cet historien sont sans nombre.
[33] Pour bien juger Desmarets, il faut lire le Mémoire qu’il présenta au régent pour lui rendre compte de son administration: ce Mémoire fait regretter que ce prince ne l’ait pas laissé à la tête des finances. K.
[34] C’est ce que l’auteur tient de la bouche de vingt personnes qui les entendirent parler ainsi à Lille, après la prise de cette ville. Cependant il se peut que ces expressions fussent moins l’effet d’une fierté grossière que d’un style laconique assez en usage dans les armées.
[35] Voyez les Mémoires de Torci, tome III, page 2; ils ont confirmé tout ce qui est avancé ici.
[36] L’auteur des Mémoires de madame de Maintenon dit, pages 92 et 93 du tome V, que «le duc de Marlborough et le prince Eugène gagnèrent Heinsius», comme si Heinsius avait eu besoin d’être gagné. Il met dans la bouche de Louis XIV, au lieu des belles paroles qu’il prononça en plein conseil, ces mots bas et plats: Alors comme alors. Il cite l’auteur du Siècle de Louis XIV, et le reprend d’avoir dit que «Louis XIV fit afficher sa lettre circulaire dans les rues de Paris.» Nous avons confronté toutes les éditions du Siècle de Louis XIV; il n’y a pas un seul mot de ce que cite cet homme, pas même dans l’édition subreptice qu’il fit à Francfort en 1752.—Cette note de Voltaire est de 1756. B.
[37] Cet endroit mérite d’être éclairci. L’auteur célèbre de l’Esprit des lois dit que l’honneur est le principe des gouvernements monarchiques, et la vertu le principe des gouvernements républicains.
Ce sont là des idées vagues et confuses qu’on a attaquées d’une manière aussi vague, parceque rarement on convient de la valeur des termes, rarement on s’entend. L’honneur est le désir d’être honoré, d’être estimé: de là vient l’habitude de ne rien faire dont on puisse rougir. La vertu est l’accomplissement des devoirs, indépendamment du désir de l’estime; de là vient que l’honneur est commun, la vertu rare.
Le principe d’une monarchie ou d’une république n’est ni l’honneur ni la vertu. Une monarchie est fondée sur le pouvoir d’un seul; une république est fondée sur le pouvoir que plusieurs ont d’empêcher le pouvoir d’un seul. La plupart des monarchies ont été établies par des chefs d’armées, les républiques par des citoyens assemblés. L’honneur est commun à tous les hommes, et la vertu rare dans tout gouvernement. L’amour-propre de chaque membre d’une république veille sur l’amour-propre des autres; chacun voulant être maître, personne ne l’est; l’ambition de chaque particulier est un frein public, et l’égalité règne.
Dans une monarchie affermie, l’ambition ne peut s’élever qu’en plaisant au maître, ou à ceux qui gouvernent sous le maître. Il n’y a dans ces premiers ressorts ni honneur ni vertu, de part ni d’autre; il n’y a que de l’intérêt. La vertu est en tout pays le fruit de l’éducation et du caractère. Il est dit dans l’Esprit des lois qu’il faut plus de vertu dans une république: c’est, en un sens, tout le contraire: il faut beaucoup plus de vertu dans une cour pour résister à tant de séductions. Le duc de Montausier, le duc de Beauvilliers, étaient des hommes d’une vertu très austère. Le maréchal de Villeroi joignit des mœurs plus douces à une probité non moins incorruptible. Le marquis de Torci a été un des plus honnêtes hommes de l’Europe, dans une place où la politique permet le relâchement dans la morale. Les contrôleurs-généraux Le Pelletier et Chamillart passèrent pour être moins habiles que vertueux.
Il faut avouer que Louis XIV, dans cette guerre malheureuse, ne fut guère entouré que d’hommes irréprochables; c’est une observation très vraie et très importante dans une histoire où les mœurs ont tant de part.—Voyez, dans ce volume, le Supplément au Siècle de Louis XIV, troisième partie. B.
[38] Dans le livre intitulé Mémoires du maréchal de Berwick, il est dit que le maréchal de Berwick fit cette retraite. C’est ainsi que tant de mémoires sont écrits. On trouve dans ceux de madame de Maintenon, par La Beaumelle, tome V, page 99, que les alliés accusèrent le maréchal de Villars de «s’être blessé lui-même, et que les Français lui reprochèrent de s’être retiré trop tôt.» Ce sont deux impostures ridicules. Ce général avait reçu un coup de carabine au-dessous du genou, qui lui fracassa l’os, et qui le fit boiter toute sa vie. Le roi lui envoya le sieur Maréchal, son premier chirurgien, qui seul empêcha qu’on lui coupât la cuisse. C’est ce que je tiens de la bouche de M. le maréchal de Villars et de ce chirurgien célèbre: c’est ce que tous les officiers ont su; c’est ce que M. le duc de Villars daigne me confirmer par ses lettres. Il n’oppose que le mépris aux sottises insolentes et calomnieuses de La Beaumelle.—Les Mémoires de Berwick, dont parle M. de Voltaire, ne sont pas le même ouvrage que nous avons cité dans nos notes. Le maréchal de Berwick défendit le Dauphiné et la Provence contre le duc de Savoie pendant les campagnes de 1709, 1710, 1711, et 1712, avec beaucoup de succès, et malgré une grande infériorité de forces. Ces campagnes, pendant lesquelles il n’y eut aucune action d’éclat, lui ont fait plus d’honneur auprès des militaires que la victoire d’Almanza et la prise de Barcelone, et l’ont placé, dans l’opinion des hommes éclairés, fort au-dessus de plusieurs généraux qui ont eu des succès plus brillants. Il fut envoyé en Flandre, après la bataille de Malplaquet, pour faire lever le siége de Mons: entreprise qu’il ne trouva point impraticable: c’est ce qui a trompé l’auteur des faux Mémoires de Berwick. M. de Voltaire ne parle point de ces campagnes de Dauphiné; mais il avait passé sa jeunesse chez les princes de Vendôme et chez le maréchal de Villars, qui n’aimaient pas le maréchal de Berwick. K.—Les Mémoires de Berwick, 1737, deux volumes in-12, sont de l’abbé Margon. Les véritables Mémoires de Berwick ont été publiés en 1778: voyez tome XIX, page 20. B.
[39] Voyez la note précédente. K.
[40] On assure qu’après la bataille, Philippe V n’ayant point de lit, le duc de Vendôme lui dit: «Je vais vous faire donner le plus beau lit sur lequel jamais roi ait couché»; et il fit faire un matelas des étendards et des drapeaux pris sur les ennemis.
[41] Voyez, sur ce passage, une petite dissertation de La Harpe, dans son Lycée, ou Cours de littérature (Philosophie du dix-huitième siècle, livre II, chap. II). B.
[42] Le marquis de Torci l’appelle, dans ses Mémoires, ministre prédicant: il se trompe; c’est un titre qu’on ne donne qu’aux presbytériens. Henri Sacheverel, dont il est question, était docteur d’Oxford, et du parti épiscopal. Il avait prêché dans la cathédrale de Saint-Paul l’obéissance absolue aux rois et l’intolérance. Ces maximes furent condamnées par le parlement; mais ses invectives contre le parti de Marlborough le furent bien davantage.
[43] Mémoires de Torci, tome III, page 33.
[44] Le lord Bolingbroke rapporte dans ses lettres qu’alors il y avait de grandes cabales à la cour de Louis XIV; il ne doute pas, tome II, page 244, «qu’il ne se formât dans sa cour d’étranges projets d’ambition particulière:» il en juge par un discours que lui tinrent depuis à souper les ducs de La Feuillade et de Mortemar: «Vous auriez pu nous écraser, pourquoi ne l’avez-vous pas fait?» Bolingbroke, malgré ses lumières et sa philosophie, tombe ici dans le défaut de quelques ministres, qui croient que tous les mots qu’on leur dit signifient quelque chose. On connaît assez l’état de la cour de France, et celui de ces deux ducs, pour savoir qu’il n’y avait, du temps de la paix d’Utrecht, ni desseins, ni factions, ni aucun homme en situation de rien entreprendre.
[45] Le congrès d’Utrecht s’ouvrit le 29 janvier 1712. B.
[46] Le maréchal de Villars eut à Versailles une partie de l’appartement qu’avait occupé Monseigneur, et le roi vint l’y voir. L’auteur des Mémoires de Maintenon, qui confond tous les temps, dit, tome V, page 119 de ces Mémoires, que le maréchal de Villars arriva dans les jardins de Marli, et que le, roi lui ayant dit «qu’il était très content de lui», le maréchal, se tournant vers les courtisans, leur dit: «Messieurs, au moins vous l’entendez.» Ce conte, rapporté dans cette occasion, ferait tort à un homme qui venait de rendre de si grands services. Ce n’est pas dans ces moments de gloire qu’on fait ainsi remarquer aux courtisans que le roi est content. Cette anecdote défigurée est de l’année 1711. Le roi lui avait ordonné de ne point attaquer le duc de Marlborough. Les Anglais prirent Bouchain. On murmurait contre le maréchal de Villars. Ce fut après cette campagne de 1711 que le roi lui dit qu’il était content; et c’est alors qu’il pouvait convenir à un général d’imposer silence aux reproches des courtisans, en leur disant que son souverain était satisfait de sa conduite, quoique malheureuse.
Ce fait est très peu important; mais il faut de la vérité dans les plus petites choses.—On voit, par des lettres écrites dans ce temps-là, qu’à la première nouvelle du combat de Denain, on regardait généralement à la cour cette affaire comme un léger avantage auquel la vanité du maréchal de Villars voulait donner de l’importance. K.
[47] Ces renonciations ne peuvent devenir obligatoires que par la sanction des seuls vrais intéressés, les peuples. K.
[48] La reine Anne envoya au mois d’août son secrétaire d’état, le vicomte de Bolingbroke, consommer la négociation. Le marquis de Torci fait un très grand éloge de ce ministre, et dit que Louis XIV lui fit l’accueil qu’il lui devait. En effet il fut reçu à la cour comme un homme qui venait donner la paix; et lorsqu’il vint à l’Opéra, tout le monde se leva pour lui faire honneur: c’est donc une grande calomnie, dans les Mémoires de Maintenon, de dire, page 115 du tome V: «Le mépris que Louis XIV témoigna pour milord Bolingbroke ne prouve point qu’il l’ait eu au nombre de ses pensionnaires.» Il est plaisant de voir un tel homme parler ainsi des plus grands hommes.
[49] L’empereur Joseph II vient de s’affranchir de ce ridicule tribut, et de faire démolir les fortifications de presque toutes les places de la barrière. K.
[50] L’Abrégé chronologique de Hénault. K.—Voyez tome XXVI, page 326. B.
[51] Jamais le lord Stair ne parla au roi qu’en présence du secrétaire d’état Torci, qui a dit n’avoir jamais entendu un discours si déplacé. Ce discours aurait été bien humiliant pour Louis XIV, quand il fit cesser les ouvrages de Mardick.
[52] Dans l’Essai sur les mœurs, etc., chap. CLXXVII (tome XVIII, page 253).
[53] Cette ville de Xativa fut rasée en 1707, après la bataille d’Almanza. Philippe V fit bâtir sur ses ruines une autre ville qu’on nomme à présent San Felipe.
[54] Les alliés ne firent de progrès en Espagne qu’à l’aide du parti qui y subsistait en faveur de la maison d’Autriche. Ce parti s’était formé pendant la vie de Charles II, et les fautes du ministère de Philippe V lui donnèrent des forces. Il était impossible qu’il n’y eût des cabales dans la cour d’un roi étranger à l’Espagne, jeune, incapable de gouverner par lui-même: et il était impossible d’empêcher ces cabales de dégénérer en conspirations et en partis. Peut-être cependant eût-on prévenu les suites funestes de ces cabales, si, au lieu d’abandonner son petit-fils aux intrigues de la princesse des Ursins, des ambassadeurs de France, des Français employés à Madrid, des ministres espagnols, Louis XIV lui eût donné pour guide un homme capable à-la-fois d’être ambassadeur, ministre, et général; assez supérieur à tous les préjugés pour n’en blesser aucun inutilement; assez au-dessus de la vanité pour ne faire aucune parade de son pouvoir, et se borner à être utile en secret; assez modeste pour cacher à la haine des Espagnols pour les étrangers le bien qu’il ferait à leur pays; un homme enfin dont le nom, respecté dans l’Europe, en imposât à la jalousie nationale. Cet homme existait en France; mais madame de Maintenon trouvait qu’il n’avait pas une véritable piété.
La nation castillane montra un attachement inébranlable pour Philippe V. Lorsque les troupes de l’archiduc traversèrent la Castille, elles la trouvèrent presque déserte; le peuple fuyait devant elles, cachait ses vivres pour n’être pas obligé de leur en vendre; les soldats qui s’écartaient étaient tués par les paysans. Les courtisanes de Madrid se rendirent en foule au camp des Anglais et des Allemands, dans l’intention d’y répandre le poison que les compagnons de Colomb avaient porté en Espagne. (Mémoires de Saint-Philippe.) A peine sortis d’une ville, les partisans de l’archiduc entendaient le bruit des réjouissances que le peuple fesait en l’honneur de Philippe. Mais la nation aragonaise penchait pour l’archiduc. La haine entre les deux nations semblait s’être réveillée. Les Espagnols des deux partis montrèrent dans cette guerre le même caractère qu’ils avaient déployé dans leurs guerres contre les Carthaginois et les Romains. La domination de Rome, des Goths, et des Maures, la révolution dans la religion et dans le gouvernement, ne l’avaient point changé. Plusieurs villes se défendirent comme Sagonte et comme Numance; mais, comme dans ces anciennes époques, nulle réunion entre les différents cantons, nul effort suivi et combiné: cette force de caractère ne se montrait que quand ils étaient attaqués, et alors elle devenait indomptable.
Les Catalans furent dépouillés de leurs priviléges; heureusement ces prétendus priviléges n’étaient que des droits accordés aux villes et aux riches aux dépens des campagnes et du peuple. Depuis leur destruction, l’industrie de cette nation s’est ranimée; l’agriculture, les manufactures, le commerce, ont fleuri; et l’orgueil de la victoire a ordonné ce que, dans un temps plus éclairé, un gouvernement paternel eût voulu faire. K.
[55] En 1751, 1752, 1753, ce chapitre n’était que le vingt-troisième. Cette différence vient de ce qu’alors le chapitre Iᵉʳ comprenait l’Introduction, et Des états de l’Europe avant Louis XIV, dont, en 1756, Voltaire forma deux chapitres, les CLXV et CLXVI de son Essai sur l’histoire générale (aujourd’hui, sauf les changements, chapitres I et II du Siècle de Louis XIV). Le chapitre XXIII des éditions de 1751, 1752 et 1753, devenu, en 1756, le chapitre CLXXXVII de l’Essai, subit alors de grands changements. Une partie de ce qui le composait servit pour le chapitre CLXXIX, qui, en 1768, forma une partie du chapitre III du Précis du Siècle de Louis XV: voyez ce chapitre, tome XXI. B.
[56] On lit ainsi dans l’édition originale et dans toutes les autres. Je pense que c’est par mégarde que Voltaire a laissé, en 1751, imprimer près de succomber; car, en 1764, il dit, dans son édition de Corneille (voyez tome XXXV, page 138): «Près de veut un substantif.» On a pu remarquer que devant un verbe il écrivait toujours prêt de. C’était l’usage de son temps. Il a changé: aujourd’hui l’on dit près de et prêt à. B.
[57] On appelle généralement du nom de Flandre les provinces des Pays-Bas qui appartiennent à la maison d’Autriche, comme on appelle les sept Provinces-Unies la Hollande.
[58] Dès 1748, Voltaire avait publié des Anecdotes sur Louis XIV, qui sont dans le tome XXXIX, page 3 et suiv. B.
[59] Voyez les deux Mémoires de Louis XIV rapportés dans ce volume (chapitre XXVIII).
[60] Anne d’Autriche s’était prononcée contre ce mariage. Voltaire a rapporté ses paroles tome XIX, page 338. B.
[61] Cette anecdote est accréditée par les Mémoires de La Porte, page 255 et suivantes. On y voit que le roi avait de l’aversion pour le cardinal; que ce ministre, son parrain et surintendant de son éducation, l’avait très mal élevé, et qu’il le laissa souvent manquer du nécessaire. Il ajoute même des accusations beaucoup plus graves, et qui rendraient la mémoire du cardinal bien infâme; mais elles ne paraissent pas prouvées, et toute accusation doit l’être.
[62] Cette galanterie et quelques imprudences dans sa conduite furent la cause et des malheurs qu’elle éprouva sous le gouvernement de Richelieu, et des bruits injurieux répandus contre elle par les frondeurs. Richelieu voulait la perdre, et il eût réussi, sans la fidélité et le courage de ses amis et de quelques uns de ses domestiques. On trouve, dans des Mémoires non imprimés du duc de La Rochefoucauld, qu’elle avait formé le projet de se retirer à Bruxelles: quoique très jeune, il était à la tête de ce complot, et s’était chargé de l’enlever et de la conduire. K.—Il s’agit, dans cette note, de la première partie des Mémoires de La Rochefoucauld, qui n’a vu le jour qu’en 1817. B.
[63] Ces paroles, fidèlement recueillies, sont dans tous les Mémoires authentiques de ce temps-là: il n’est permis ni de les omettre, ni d’y rien changer dans aucune histoire de France.
L’auteur des Mémoires de Maintenon s’avise de dire au hasard dans sa note: «Son discours ne fut pas tout-à-fait si beau, et ses yeux en dirent plus que sa bouche.» Où a-t-il pris que le discours de Louis XIV ne fut pas tout-à-fait si beau, puisque ce furent là ses propres paroles? Il ne fut ni plus ni moins beau: il fut tel qu’on le rapporte.—Voltaire l’a encore rapporté dans le chapitre LVII de son Histoire du parlement; voyez tome XXII, page 275. B.
[64] Le cardinal de Richelieu avait déjà donné des ballets, mais ils étaient sans goût, comme tout ce qu’on avait eu de spectacles avant lui. Les Français, qui ont aujourd’hui porté la danse à la perfection, n’avaient, dans la jeunesse de Louis XIV, que des danses espagnoles, comme la sarabande, la courante, la pavane, etc.
[65] Voltaire, qui approuve ici la danse de Louis XIV, cite, chapitre XXVI, les vers de Racine (dans Britannicus), et dit que «le poëte réforma le monarque.» B.
[66] Ce passage de Voltaire sur le masque de fer fournit au P. Griffet le sujet du quatorzième chapitre de son Traité des différentes sortes de preuves qui servent à établir la vérité de l’histoire. Le jésuite penche à croire que le masque de fer était le duc de Vermandois. Voyez, sur le masque de fer, tome XXVI, pages 311-18. B.
[67] Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont je parle, et qui a appartenu au maréchal de Richelieu, est témoin de ce que j’avance; et M. de Bernaville, successeur de Saint-Mars, me l’a souvent confirmé.—Voyez le Dictionnaire philosophique, article Ana, Anectodes. K.