Les enseignes drôlatiques se rapportaient surtout à des pièces du théâtre des Variétés, dans lesquelles avaient figuré les premiers acteurs de ce théâtre, Brunet, Potier, Odry, Vernet, Bouffé, etc., comme le Désespoir de Jocrisse, le Ci-devant Jeune Homme, etc. Le théâtre du Vaudeville inspirait des sujets d’enseignes gaies et plaisantes, sans être bouffonnes, comme les Deux Gaspard du faubourg Saint-Denis, dont nous avons donné la figure page 197, les Deux Edmond, le Petit Matelot, Monsieur Dumolet, Monsieur Pigeon (le héros d’Une Nuit de la Garde nationale), dans la rue de Seine, etc. Il y avait aussi les enseignes patriotiques, ou chauvinesques, que le Vaudeville, les Variétés, le Cirque Olympique, et même le Gymnase, auraient dû fournir en plus grande quantité, mais que la crainte de la Censure interdisait souvent aux commerçants les plus paisibles; nous en pourrions néanmoins citer une vingtaine, entre autres, les Deux Sergents, dans la rue Saint-Honoré, en face la rue du Coq, aujourd’hui Marengo; Fanfan la Tulipe, Michel et Christine, le Soldat laboureur, le Chien du Régiment, François les Bas-bleus, à l’angle du faubourg Montmartre et de la rue Fléchier, etc.
Presque tous les grands succès du Gymnase dramatique, dus la plupart à l’infatigable fécondité du talent de Scribe, furent signalés par l’apparition de nouvelles enseignes, qui augmentaient et prolongeaient la vogue de Malvina, ou le Mariage d’inclination, du Mariage enfantin, de la Carotte d’Or, du Gamin de Paris, du Comédien d’Étampes, etc.[265].
Les spectacles du boulevard du Temple, la Gaîté,
l’Ambigu-Comique, le Cirque Olympique, les Funambules, etc., avaient eu aussi de grands succès populaires, et, par conséquent, ces succès s’étaient affirmés par un grand nombre d’enseignes boutiquières, qui duraient beaucoup plus longtemps que ces pièces de différents genres,
telles que l’Oiseau bleu, les Deux Pierrots, qui sont toujours en place, au coin de la rue Saint-Jacques et de la rue de la Huchette (voir figure p. 349), les Innocents, les Quatre Sergents de la Rochelle, du boulevard Beaumarchais, etc. Mais, comme tout passe ici-bas, les plus beaux drames, les plus merveilleuses féeries, les plus amusantes pantomimes, les mimodrames les plus éblouissants n’avaient qu’un temps, et, après cent ou deux cents représentations, étaient absolument oubliés, en sorte que les enseignes nées de leur vogue pouvaient à peine leur survivre. Voilà comment la plupart des enseignes qui rappelaient à la foule les mélodrames de Guilbert de Pixérécourt disparurent avant le célèbre auteur de la Femme à deux maris, de Cœlina, ou l’Enfant du Mystère, du Chien de Montargis et de Latude.
Les pièces en musique, les opéras-comiques, dont les airs deviennent si populaires, quand l’orgue de Barbarie les propage, multiplièrent les enseignes peintes d’après nature, avec les portraits des plus célèbres chanteurs et chanteuses du théâtre de l’Opéra-Comique: A la Clochette, Au Chaperon rouge, A Joconde, A la Somnambule, A la Dame blanche, etc.
La révolution du 24 février 1848 marqua le déclin du règne de ces sortes d’enseignes à Paris. Les marchands conservèrent celles qui avaient fait la réputation de leurs maisons de commerce; mais il fallut bien reconnaître, petit à petit, que les enseignes en tableaux étaient démodées; puis, certains propriétaires trouvèrent à redire à ces enseignes, qui pouvaient parfois diminuer la valeur d’un immeuble. On avait aussi constaté qu’une enseigne peinte à l’huile, étant toujours exposée à l’air, subissait à son détriment les variations de la température; on devait donc, de temps à autre, la faire revernir ou même la soumettre à de plus sérieuses réparations. Bien d’autres raisons achevèrent de discréditer ce genre d’enseignes. On avait pourtant évité avec soin, malgré le succès énorme de certaines pièces de théâtre, telles que la Vie d’un joueur, l’Auberge des Adrets, le Faussaire, Cartouche, etc., de donner à tel ou tel magasin une enseigne qui pouvait prêter à des allusions ou à des rapprochements désagréables. On vit donc peu à peu disparaître les enseignes empruntées à des pièces de théâtre, sous prétexte qu’une ancienne pièce n’avait plus de sens aux yeux d’une génération nouvelle. La suppression de ces enseignes, souvent fort coûteuses, gagna de proche en proche, et le public n’eut pas l’air de s’en apercevoir. Ce fut le commencement de la décadence de toutes les enseignes peintes. On s’était convaincu, par expérience, que si les annonces de la quatrième page des grands journaux politiques, inaugurées en 1837 par Emile de Girardin et Dutacq, coûtaient plus cher que les plus belles enseignes, elles rapportaient dix fois davantage. L’annonce et la réclame, qui détrônaient décidément l’enseigne, finirent pourtant par avoir la leur, au nº 31 de la rue Croix-des-Petits-Champs, où s’étale en belle place une assez pauvre figure d’une Renommée gigantesque, en mosaïque grisaille sur fond d’or, avec cette légende éloquente: Ars famæ[266].
Il existe encore, ainsi qu’on a pu le voir au cours de cet ouvrage, un assez grand nombre d’anciennes enseignes peintes, mais on n’en fait plus guère de nouvelles, bien que, devenant plus rares, on doive peut-être les remarquer davantage. Nous n’avons pas à faire l’histoire de ces enseignes de la dernière heure, quoique plusieurs soient encore des signes de la tradition; nous n’en citerons qu’une, qui produisit tout l’effet de curiosité qu’on pouvait attendre d’une enseigne: Aux Mystères de Paris, ancienne maison Bourdillot, 6, rue du Temple, Guibert, spécialité de blanc et lingerie. Le succès des Mystères de Paris, d’Eugène Sue, valait bien une enseigne. Il est bon de rappeler que le Juif errant, dont le succès fut encore plus grand, avait été accueilli au théâtre avec la même faveur que le roman parmi les lecteurs, mais pas un marchand n’osa s’attribuer une aussi fâcheuse enseigne, sous peine d’être montré au doigt, comme un juif dénoncé par son enseigne.
Nous ne pouvons cependant oublier cette enseigne, plus moderne, d’un chapelier du boulevard de Sébastopol, nº 28 bis, qui aurait pu figurer dans le chapitre consacré aux enseignes singulières: A l’Hérissé, figure d’un homme à crinière de porc-épic, s’élevant d’un demi-mètre au-dessus de sa tête, et difficile à coiffer, assurément, pour tout autre que l’ingénieux industriel qui l’arbore au-dessus de sa boutique depuis une vingtaine d’années[267].
LA Révolution commence en 1789, et l’on peut dire, avec Colnet[268], que l’enseigne va parcourir toutes les phases de cette révolution. «Au lieu de rester, comme nous l’avons vue jusqu’ici, dit M. Amédée Berger, tantôt patronale, c’est-à-dire portant l’effigie du saint, protecteur de la corporation, tantôt parlante et représentant les outils du métier, ou enfin imaginaire avec des figures capricieuses et insignifiantes, nous allons la voir devenir politique[269].» Il y avait eu sans doute, et peut-être de tout temps, des enseignes politiques, mais ce n’était qu’une exception, au lieu d’être une généralité. Ainsi l’avénement de Louis XVI au trône avait été signalé par l’enseigne de la Poule au pot, accompagnée de ces vers satiriques:
Colnet remarque très judicieusement que les enseignes, à partir de cette époque, semblent faites pour retracer les mœurs du jour et les révolutions des idées. En 1789, après le 14 Juillet, «tout est à la Bastille, dit M. Amédée Berger: l’image de la vieille prison est représentée de cent façons diverses; on la voit sur tous les murs; les hommes portent, sur leurs habits, des boutons représentant les différents épisodes de la journée du 14 Juillet, et les femmes se coiffent avec des bonnets garnis de deux rangs de créneaux en dentelle noire. Pendant l’année 1790, tout devient à la Fédération, et en 1791, c’est le tour de Monsieur Veto.»
L’enseigne suivait le mouvement des esprits: «Il y en avait de révolutionnaires, dit M. J. Poignant[270], il y en avait de contre-révolutionnaires, et comme le Parisien est essentiellement de l’Opposition, ces dernières étaient les mieux achalandées; il y en avait de gaies, il y en avait de tristes, il y en avait d’indifférentes.» Les hôtels garnis, dont le nombre augmentait sans cesse avec la population flottante de Paris, avaient changé leurs enseignes pour se disputer les voyageurs qui arrivaient de la province plutôt que de l’étranger; un de ces hôtels, dans la rue de Richelieu, prenait l’enseigne des États-Généraux; un autre, celle de l’Assemblée nationale, un autre celle du Grand Necker.
Le plus somptueux d’entre eux existe encore; c’est le grand hôtel Mirabeau de la rue de la Paix. L’histoire de son enseigne est assez piquante, et nous a été contée par le petit-fils du fondateur. Ce brave homme, originaire du village du Lys, aux environs de Senlis, était venu, comme tant d’autres, chercher fortune à Paris vers 1789. Il avait ouvert à la Chaussée-d’Antin, qui n’était encore qu’un élégant faubourg, un modeste hôtel meublé qu’il baptisa Hôtel du Lys. Vinrent les premiers troubles de la Révolution, qui dépopularisèrent la fleur de lis à tel point, que l’enseigne du Lys, toute géographique qu’elle était, devenait compromettante. Mirabeau venait de mourir dans un hôtel de la Chaussée-d’Antin, voisin de l’hôtel garni; il n’avait pas dédaigné de venir s’asseoir à la table d’hôte avec des amis politiques, la rue de la Chaussée-d’Antin avait reçu son nom par acclamation populaire; l’hôtel adopta aussi cet illustre patronage, sous lequel il traversa vaillamment les mauvais jours de la Terreur, l’Empire et, ce qui est plus surprenant, la Restauration, que tous les hôteliers de Paris accueillirent avec enthousiasme. Le petit hôtel avait grandi; de la rue du Mont-Blanc, il était passé rue du Helder, puis rue Napoléon, dès son ouverture en 1806. A la rentrée des Bourbons, il conserva fièrement son enseigne, tandis que la rue abdiquait piteusement son nom pour prendre celui de rue de la Paix. Il ne paraît pas disposé à l’abandonner.
On reconnaît bientôt l’affaiblissement du respect des choses religieuses par la disparition successive des images de saints qui avaient été les premiers patrons de l’enseigne, et qui n’étaient pas moins fêtés dans les rues de la capitale que dans le calendrier. On fait enlever, sans bruit et sans scandale, certaines enseignes trop royalistes; on efface certaines inscriptions trop favorables à l’ancien régime: par exemple, le meilleur confiseur de la rue des Lombards, qui recommandait sa maison par l’enseigne du Grand Monarque, corrige cette enseigne en l’intitulant: Au Grand Vainqueur; mais les royalistes lui gardent rancune d’avoir débaptisé cette enseigne renommée, et ils lui tournent le dos pour donner leur clientèle aux magasins du Fidèle Berger et des Deux Amis, deux boutiques voisines dont les enseignes n’ont rien à démêler avec la politique.
Après l’arrestation du roi et de la famille royale à Varennes (juin 1791), l’Assemblée nationale rend un décret qui ordonne d’effacer partout les emblèmes de la royauté. Ce décret s’attaque surtout aux enseignes sur lesquelles figurent les armes royales et les insignes royaux. Quelquefois le commerçant, irrité de la guerre tyrannique faite à son enseigne, résistait autant que possible à ces misérables tracasseries, exercées contre lui au nom du peuple. Un restaurateur, à l’enseigne du Tigre royal, ayant été sommé par la municipalité de supprimer l’épithète de royal, la remplaça par celle de national et eut l’audace de faire inscrire, à la porte de son établissement: Au Tigre national[271]. Le frontispice d’un Almanach de 1792 représente des ouvriers enlevant des enseignes qui portaient le nom ou les armes du roi, ainsi que les symboles du gouvernement monarchique.
Depuis que l’armée des princes se formait à Coblentz dans le but de venir délivrer Louis XVI, prisonnier de l’Assemblée nationale, les bureaux des racoleurs fonctionnaient à Paris avec une fiévreuse activité pour donner des hommes à l’armée royale, qui avait besoin de nouvelles recrues en prévision d’une guerre d’invasion. D’autre part, ces bureaux s’étaient multipliés depuis que le ministère payait la prime d’engagement, et leurs enseignes, exclusivement militaires et patriotiques, avaient remplacé partout des enseignes bachiques et affriolantes, qui eurent toujours tant d’empire sur les pauvres dupes du racolage. De cette époque datent certaines enseignes qui ont subsisté jusqu’à nos jours, et qui faisaient appel à la bonne volonté des remplaçants, dont la conscription autorisait légalement le trafic, comme une espèce de marché de chair humaine. Il n’y a pas longtemps que nous avons vu disparaître le Petit Tambour, au coin de la rue de Bièvre; le Grenadier, rue Corneille, etc.; l’Ancien Tambour, quai de la Tournelle, existe même encore, ainsi que les Deux Sapeurs de la rue Jean-Jacques-Rousseau.
C’est en 1793, après le 10 Août, que la fermeture des églises porta le dernier coup aux statues de piété que la dévotion de nos aïeux avait érigées au coin des rues et sur la façade des maisons. On ne fit pas grâce à celles que le zèle de quelques courageux propriétaires s’efforçait encore de protéger. C’est alors que le buste de Marat remplaça la statue de la Vierge dans la rue aux Ours et qu’un restaurateur de la rue Saint-Honoré inaugura l’enseigne du Grand Marat, avec une double inscription; savoir, d’un côté: Il
fut l’ami du peuple et observateur profond, et de l’autre côté:
Ne pouvant le corrompre, ils l’ont assassiné. «En même temps, ajoute M. Amédée Berger, comme le comique a toujours chez nous sa place à côté des plus lugubres souvenirs, un marchand de la rue Saint-Eustache placarda l’enseigne suivante au-dessus de sa porte: Aux cols, brassières et ceintures nationales, avec cette incroyable inscription: «Les hommes étant convenus de porter la cocarde aux trois couleurs, comme signe de patriotisme, il est étonnant que les femmes ne soient décorées, ni pour elles ni pour leurs enfants, de rien qui puisse prouver leur civisme. C’est pour faciliter ce moyen qu’on vient de fabriquer des ceintures et des brassières aux trois couleurs, qui ne laissent aucun doute sur les principes de ceux qui les porteront.»
Sous le règne de la Terreur, il n’est pas prudent de jouer avec les enseignes, et le plus sage est de les ôter tout à fait plutôt que d’en modifier le sujet et le titre. Aussi faut-il être notoirement républicain pour oser se donner le luxe d’une enseigne nouvelle, car tout était matière à suspicion et à dénonciation. Un cabaretier de Sèvres, qui avait de longue date une belle enseigne: Au rendez-vous des marins d’eau douce, s’imagina que le tutoiement révolutionnaire n’était pas suffisamment observé dans le mot rendez-vous, qu’il changea en rends-toi, et l’on put lire sur cette enseigne: Au rends-toi des marins d’eau douce. Malheur à qui eût osé conserver sur son enseigne une croix, une couronne, ou un écusson d’armoiries!
Le moment était si lugubre et si redoutable, que personne n’avait le cœur d’être plaisant, même sur une enseigne; mais du moins la plaisanterie pouvait cacher la peur. Ainsi un marchand, nommé Basset, avait joué sur son nom en se donnant un chien pour enseigne et en l’intitulant: Au Basset[272]. Un autre, qui demeurait sur la place Vendôme, avait cru se faire de son enseigne un paratonnerre politique en y inscrivant une phrase de Robespierre relative à l’Être suprême[273]. La police, à cette époque terrible, trouvait le temps d’éplucher les enseignes et de les mettre toutes au diapason de la circonstance. Après la création du Calendrier républicain, adopté par la Convention le 24 novembre 1792, un arrêté du Bureau central de Paris enjoignit aux cabaretiers de substituer, sur leurs enseignes, aux mots: bière de mars, ceux-ci: bière de germinal[274].
M. Firmin Maillard a caractérisé ainsi les enseignes de la Terreur: «Brutus, Spartacus et quelques autres martyrs de la liberté deviennent des héros d’enseignes. C’est à la Lanterne nationale ou à la Carmagnole que vont se désaltérer les garçons bouchers: ils arrivent au cabaret, drapeau déployé, drapeau sur lequel il y a un énorme couteau et ces six mots écrits au bas: «Tremblez, aristocrates, voici les garçons bouchers!» Voilà leur enseigne! mais rien ne peut égaler celle du libraire Tisset, «coopérateur des succès de la République française.» L’abominable homme restait rue de la Barillerie, nº 13, et il avait au-dessus de sa porte une guillotine enluminée entre les montants de laquelle se trouvaient inscrits les noms des personnes qui devaient être exécutées dans la journée. Du reste, cet aimable personnage éditait une liste de condamnés qu’il appelait: Compte rendu aux Sans-Culottes, par très haute, très puissante et très expéditive dame Guillotine, rédigé et présenté aux amis de ses prouesses, par Tisset.»
Alors on pouvait dire qu’au-dessus de la France, il y avait une enseigne terrible, sur laquelle flamboyaient ces trois mots, qui depuis ont pris quelque chose de solennel: A la Terreur! Puis, tout finit avec des Notre-Dame-de-Thermidor, hommage ridicule, mais honnête, rendu à Mᵐᵉ Tallien, qui eut assez d’empire sur son mari pour le forcer à jouer sa tête en décidant la Convention à mettre fin au règne sanglant des Jacobins, par la révolution du 9 Thermidor.
Toutes les enseignes n’ont pas disparu pendant la Révolution; ainsi qu’on a pu le voir par celles que nous avons citées, beaucoup de figures en pierre ou en bois trouvèrent grâce devant le vandalisme brutal de la populace, quand elles n’avaient aucun sens politique, comme le Lion d’Argent, charmant détail de la maison nº 1 de la rue des Prouvaires, dont la gracieuse ornementation est un des rares spécimens intacts du style Louis XV; le Lion ferré, de la rue Saint-Martin, le Vieux Satyre, de la rue Montfaucon, et surtout comme l’Hercule, de la rue Grégoire-de-Tours, alors rue des Mauvais-Garçons-Saint-Germain, que les républicains du quartier avaient pris sous leur sauvegarde, en le surnommant le Vieux Sans-Culotte, et qui, comme les trois qui précèdent, existe encore aujourd’hui.
On vit renaître les enseignes non politiques et inoffensives sous le Directoire, mais d’abord en très petit nombre. La Terreur avait donné des leçons de prudence et de réserve aux plus aventureux[275]; on hésita quelque temps, avant de se remettre à vivre au dehors, pour ainsi dire. Dans les premiers jours de défiance et de trouble qui suivirent la grande délivrance de Thermidor (27 juillet 1794), on avait eu l’idée de faire inscrire sur les portes des maisons les noms des personnes qui habitaient ces maisons; on renonça bientôt à
cette inquisition intolérable. La Révolution avait tué l’industrie des peintres d’enseignes; on ne les vit renaître de leurs cendres qu’au milieu du Directoire. En attendant, on avait remplacé les enseignes comme on avait pu. Mercier, dans la description qu’il fait du Palais-Égalité, ci-devant Palais-Royal, en 1799, nous fournit à ce sujet un détail bien singulier: «Les tableaux sortis des cabinets curieux, les gravures libertines, les romans érotiques, servent d’enseignes
à une foule de prostituées logées aux mansardes[276].» On ne faisait alors aucun cas des meilleurs tableaux anciens, qui pourrissaient dans la boue chez les marchands de bric-à-brac. Sébastien Mercier, dans un autre endroit du même ouvrage, raconte qu’un savetier avait pris, pour en faire l’auvent de son échoppe, un superbe tableau de maître, représentant la Cène.
Les premières enseignes peintes qui reparurent à Paris furent celles des restaurants, des cafés, des marchands de comestibles: c’est de ce temps-là que datent l’enseigne de l’hôtel des Américains, rue Saint-Honoré, près de l’Oratoire; la Flotte Sainte-Barbe, rue Saint-Martin; le Gourmand, de Corcellet; le Bœuf à la Mode, de la rue de Valois; le Veau qui tette, de la place du Châtelet, aujourd’hui rue des Halles; l’enseigne des Trois Frères provençaux, etc. Après les établissements de gastronomie, les débits de tabac eurent des enseignes, telles que la Bonne Prise, encore à sa place au nº 7 de la rue Saint-Jacques, la Civette, de la place du Palais-Royal et la Grosse Carotte. «Saint-Germain-l’Auxerrois[277], respecté, disent les frères de Goncourt, a tout à côté de lui une renommée nouvelle, une enseigne fameuse: la Grosse Carotte, ce débit de tabac qui rivalise avec la célèbre Carotte américaine des Halles.» Le jardin Turc, dont la vogue commençait à se prononcer au boulevard du Temple, n’avait trouvé rien de mieux, pour remplacer une enseigne peinte, que d’avoir à sa porte des Turcs, de vrais Turcs, en costume, qui fumaient indolemment leur pipe, de midi à minuit[278]. C’était le premier essai des tableaux vivants.
A LA fin du Directoire, il y eut comme une renaissance des enseignes, à Paris. Beaucoup de celles qu’on avait mises au grenier, au début de la Révolution et surtout pendant la Terreur, reprenaient leur ancienne place sur les boutiques, sans aucun changement ou avec de légères modifications exigées par l’état social et politique. Ce fut bientôt une mode, une fureur, une folie. On ne souffrait plus qu’une boutique qui avait acquis une clientèle respectable fût dépourvue d’enseigne. Il fallait donc en faire peindre de nouvelles, en toute hâte, et les peintres en lettres, qui venaient de traverser la Révolution, n’y avaient pas gagné du côté de l’art et de l’orthographe. Ces enseignes improvisées, qui semblèrent sortir de terre pour se répandre dans tous les quartiers et toutes les rues, ne faisaient pas honneur à la peinture française, à l’esprit français et à la langue française. C’était un affreux désordre d’enseignes horribles, ou ridicules, de toutes formes et de toutes grandeurs, qui se disputaient le terrain et qui n’obéissaient qu’à la loi du plus fort ou du plus effronté. On avait commencé, pour leur faire place, par effacer l’odieuse inscription: Liberté, Égalité, Fraternité, ou la Mort, qui s’était imposée, comme une épitaphe sépulcrale, sur tous les murs et sur toutes les portes, en guise d’enseigne révolutionnaire.
«Le Consulat, dit M. Amédée Berger, à qui nous laissons la parole, faute de pouvoir mieux dire, le Consulat eut beaucoup à faire pour nettoyer les murailles de Paris, qui s’étaient singulièrement illustrées depuis la Révolution: les reliefs et les massifs se balançaient de plus belle au-dessus des passants alarmés; et en présence des inscriptions les plus grossières, le besoin d’un nouveau Caritidès se faisait de nouveau sentir.» La réforme fut radicale, et une ordonnance de Bureau central du canton de Paris, en date du 1ᵉʳ frimaire an VIII (novembre 1799), obligea tous les boutiquiers à supprimer les enseignes pendantes, à les remplacer par des tableaux incrustés dans les murs, enfin «à corriger dans les enseignes tout ce qui pouvait s’y rencontrer de contraire aux lois, aux mœurs et à la langue française». Pour prévenir tout abus, on devait soumettre d’avance à l’autorité la copie des inscriptions que l’on avait l’intention de placer au-dessus des boutiques, et il était interdit de modifier le texte approuvé par l’administration[279]. Cette intrusion pédantesque de la police dans la liberté des enseignes ne plut pas à tout le monde. «En attendant que l’on s’occupe de la restauration des lettres, disait avec dédain le dramaturge Arnault dans une note de journal, on procède à la correction des enseignes. Nos édiles ont pris, en effet, un arrêté excellent sous plusieurs rapports. Des magistrats qui savent lire ne veulent plus que des écrivains ne sachent pas écrire[280].» On lisait, le 1ᵉʳ décembre 1810, dans le Mercure de France, une autre note, qui doit être de Jouy, puisqu’il l’a intercalée depuis dans son Hermite de la Chaussée d’Antin: «M. Caritidès (personnage des Fâcheux de Molière) voulait, avec raison, qu’on réformât la détestable orthographe des enseignes, et l’on vient de faire droit, en 1810, au placet qu’Éraste fut chargé, par lui, de présenter à Louis XIV, en 1661. Tant de grossières absurdités vont enfin disparaître, et il ne restera plus à désirer aux beaux esprits les plus minutieux que de voir s’établir une sorte d’analogie entre les enseignes et les professions. Ce défaut était moins choquant autrefois qu’il ne l’est aujourd’hui; il y avait quelque raison pour qu’un cordonnier fût à l’Image de saint Crépin, un tabletier au Singe d’ivoire, un marchand de tabac à la Civette. Mais quelle espèce de rapport peut-on établir entre le Masque de fer et des bonnets de coton, entre Jocrisse et un joaillier, la Vestale et une lingère, le Petit Candide et un bureau de loterie, la Bonne foi et un tailleur? Nous ne manquons pas de mauvais plaisants tout prêts à trouver là des sujets d’épigrammes.» L’orgueilleux Étienne de Jouy ne pardonnait pas à la lingère qui lui avait emprunté une scène de son opéra de la Vestale pour en faire une enseigne. «Sous l’Empire, dit Amédée Berger, une révolution s’était opérée dans l’aspect des rues marchandes de Paris: le magasin avait supprimé la vieille boutique, et alors avait commencé une curieuse lutte de façades, d’étalages et d’enseignes. Chacun voulait avoir son enseigne, et un marchand du faubourg Saint-Denis, ne sachant à quel saint se vouer, écrivit au-dessus de sa boutique: A n’importe quoi.» M. Auguste Luchet complète cette description dans un chapitre sur les Magasins de Paris[281], où il étudie la métamorphose de la boutique en magasin: «On perdit deux cents, trois cents aunes d’étoffe en guirlandes d’étalage. On n’eut point d’enseignes, on eut des tableaux, des tableaux à l’huile, peints sur toile, que l’on payait jusqu’à mille écus: luxe inouï, incroyable, qui pendant dix ans donna un aspect fantastique aux rues Saint-Honoré, Saint-Denis, Neuve-des-Petits-Champs, et commença la pompe merveilleuse des boulevards de Paris.»
La monomanie d’enseignes peintes avait pourtant donné lieu à bien des critiques dès l’année 1810; on lisait dans la Chronique du Mercure de France, le 29 décembre de cette année-là: «Les calembours, bannis du théâtre, semblent vouloir se réfugier sur les enseignes. Un marchand gainier, nommé Aymon, a trouvé très spirituel de prendre pour enseigne: Aux Quatre Fils Aymon. Un marchand de tableaux du passage du Panorama, du nom de Pierre Legrand, a fait peindre au-dessus de sa porte le portrait du Czar; au-dessous est écrit: Au Czar, Pierre Legrand, marchand de tableaux. Enfin, un libraire connu a joué sur son nom plus agréablement encore, en l’inscrivant ainsi: A la Sagesse de Charron, libraire. C’est à présent qu’on peut dire avec vérité que l’esprit court les rues; on s’en aperçoit quand on le retrouve dans les salons[282].»
Lady Morgan, ci-devant miss Owenson, qui visitait la France en 1816, a formulé des critiques analogues sur les enseignes de Paris[283]: «Je ne connais véritablement rien de plus amusant, à Paris, que les allusions classiques et les devises sentimentales qu’on trouve dans les enseignes, et l’absurdité de leur application ajoute beaucoup au ridicule de leur effet. Je remarquai au-dessus de la porte d’un boucher, dans la rue Saint-Denis, une enseigne représentant un bouquet d’œillets fanés, avec ces mots: Au Tendre Souvenir. La Tentation de saint Antoine, en relief, est suspendue à côté de la Fille mal gardée, et les Trois Pucelles figurent sur les fenêtres d’un tailleur pour l’armée, qui, pour attirer des pratiques, s’intitule Tailleur civil et militaire, tandis que saint Augustin promet de «reblanchir à neuf les vieilles plumes». L’Ange gardien s’annonce pour «faire des envois à l’étranger», et la Religieuse offre son «magasin de nouveautés, au plus juste prix». Au Bienvenu, au Revenant, aux Bons Enfants, aux Amis de la Paix, sont des enseignes arborées bien souvent pour attirer le chaland. La Belle Hélène et les Trois Sultanes étalent leurs charmes dans tous les quartiers pour séduire les gens et intéresser le goût ou le sentiment du passant imprudent. La morale même est appelée à l’aide du sentiment, et les marchandises les plus chères sont achetées au Gagne-Petit ou mises en vente à la Conscience.» Les observations critiques de Lady Morgan sont moins justes quand elle suppose que les enseignes des boutiques pourront un jour fournir des armoiries aux futurs parvenus; que la noblesse s’élèvera du comptoir à la pairie, et que ces nouveaux mystères héraldiques défieront la sagacité des Œdipes du blason: «Le plus habile généalogiste n’expliquera pas aisément un écusson portant sur champ d’argent une Vache habillée à la mode de 1816, ou sur champ de gueules deux Mandarins se donnant la main en signe de fraternité. Comment devinera-t-on, en voyant ces étranges armoiries, que les ancêtres de la nouvelle noblesse vendaient du bœuf à la mode, à l’enseigne de la Vache parée, rue du Lycée, et des cachemires de l’Inde, à l’enseigne des Deux Magots, rue de Seine?»
En 1825, les enseignes étaient parvenues au plus haut point de leur splendeur et de leur prospérité. Le moment parut bon à Balzac pour faire la nomenclature et la description des plus remarquables, en rassemblant ainsi les matériaux de leur histoire sous la Restauration. Son Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, volume in-32, de 160 pages, est devenu fort rare, quoiqu’il ait été tiré et vendu à un grand nombre d’exemplaires. On l’a réimprimé intégralement dans la dernière édition des Œuvres complètes de Balzac. Nous ne jugeons donc pas utile de l’analyser et d’en extraire les passages les plus piquants, après l’avoir souvent cité dans le cours de notre travail. C’est pourtant le répertoire le plus considérable qu’il y ait des enseignes de Paris, en 1826. Il nous a semblé, toutefois, nécessaire et intéressant de donner une simple liste des enseignes qui y sont décrites, et de classer ces enseignes par ordre de profession et de commerce, pour faire ressortir autant que possible les analogies plus ou moins bizarres qui peuvent exister entre les différents corps d’état et leurs enseignes.
Commençons par les marchands de nouveautés, qui, comme Balzac le fait remarquer, ont la plus grande part dans cette longue liste de tableaux d’enseignes.
A l’Assomption, rue Saint-Honoré, nº 375.
Aux Bayadères, boulevard des Italiens, nº 9.
A la Belle Ferronnière, rue du Faubourg-Saint-Antoine.
A la Belle Jardinière, rue de la Lanterne, nº 13.
Aux Bonnes d’Enfants, rue Saint-Honoré, nº 279.
Au Coin de Rue, au coin de la rue des Bons-Enfants.
A la Clochette, place de l’École.
Au Croissant, rue Dauphine, nº 44.
Au Château d’Eau, boulevard Saint-Martin, nº 27.
A la Caravane, rue de Richelieu, nº 82.
Au Chaperon rouge, rue Saint-Honoré, nº 326.
A la Curieuse, rue de la Monnaie, au coin de la rue Baillet.
Au Drapeau libérateur, rue du Petit-Carreau, nº 26.
Au Diable boiteux, rue de la Monnaie, nº 23.
Aux Deux Magots, à l’angle des rues de Seine et de Buci.
Aux Deux Cousines, rue Coquillière.
Aux Dames françaises, rue de Buci, nº 2.
A la Dame du Lac, rue Saint-Martin, nº 257.
A l’Éclipse de 1820.
A la Fille d’honneur, rue de la Monnaie, au coin de la rue Boucher.
A la Frileuse, rue Saint-Denis, nº 370.
Au Gagne-Denier, rue Saint-Antoine, nº 219.
Au Général Foy, rue Poissonnière, nº 44.
Au Grand saint Michel, rue de la Vieille-Bouclerie, nº 9.
A la Fontaine de Jouvence, rue des Moineaux, nº 3.
A Jean Bart, rue Royale, marché Saint-Martin, nº 20.
A Joconde, rue Saint-Denis, nº 191.
Au Lien des Nations, rue du Faubourg-Montmartre, nº 87.
Au Mariage enfantin, rue Sainte-Anne, nº 55.
Au Nœud gordien, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 233.
Au Pauvre Diable, rue Montesquieu, au coin du Passage.
Au Petit Matelot, quai et île Saint-Louis.
A la Petite Jeannette, boulevard des Italiens, nº 3.
Au Polichinel vampire, rue Saint-Martin, en face le Conservatoire.
A Monsieur Pigeon, rue de Seine.
A Pygmalion, rue Saint-Denis, au coin de la rue de la Heaumerie.
A la Pucelle d’Orléans, rue Saint-Honoré.
A Saint-Denis de la Châtre, rue de la Juiverie, nº 21.
Au Serment, rue Saint-Denis, nº 408.
Au Soldat cultivateur, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 77.
Au Soldat laboureur, rue Saint-Denis, nº 110.
Au Solitaire, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 68.
A Valérie, rue Saint-Denis, nº 309.
Au Vampire, rue Saint-Antoine.
Aux Vêpres siciliennes, rue Saint-Denis.
A la Vestale, rue Montmartre, au coin de la rue de Cléry.
Au Zodiaque de Paris, rue du Temple, nº 47.
Combien en reste-t-il aujourd’hui de ces magasins qui ont dû leur renommée et leur vogue à des enseignes habilement peintes, empruntées la plupart à des pièces de théâtre, dont l’immense succès avait coïncidé avec l’ouverture des maisons qu’elles recommandaient au public?
Lingères. A l’Ange gardien, rue Saint-Honoré, nº 359.
A la Baigneuse, rue Montesquieu, nº 5.
A la Bonne Ouvrière, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 1.
Au Frère de la Charité, rue Saint-Denis, nº 171.
A la Négresse, rue Saint-Honoré, nº 285.
Au Paysage, rue Saint-Martin, nº 144.
A la Parisienne, rue Saint-Denis, nº 289.
A la Religieuse, rue Saint-Lazare, nº 72.
A la Somnambule, rue Saint-Honoré, nº 242.
Aux Trois Sultanes, au coin des rues Vivienne et Colbert.
Bonnetiers. A la Barque à Caron, rue du Bac.
Au Bon Fabricant, au coin des rues de la Calandre et de la Barillerie.
Au Bon Henri, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 30.
Au Cotonnier, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 67.
A Monsieur Dumolet, rue Montesquieu.
Au Grand Mogol, rue Saint-Martin, nº 287.
A la Mère de Famille, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 8.
Au Moine saint Martin, marché Saint-Martin.
Au Saint Nom de Jésus, rue Vieille-du-Temple, nº 62.
Au Sabot fourré, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 51.
Au Tableau des Samoïèdes, rue des Deux-Ponts, nº 22.
Magasins de soieries et d’étoffes. A la Belle Anglaise, rue Saint-Denis, nº 94.
Au Grand Turc, rue Saint-Honoré, nº 248.
A l’Irlandaise, rue Vivienne, nº 17.
A la Perle, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 35.
A la Reine Mathilde, rue Feydeau, nº 17.
A Jean de Paris, rue du Bac, nº 4.
A la Toison de Cachemire, rue Vivienne, nº 14.
Drapiers. Au Bourgmestre de Saardam, rue Saint-Honoré, nº 53.
Au Buste de Henri IV, rue Saint-Honoré, nº 3.
Aux Deux Frères, rue Montesquieu, nº 5.
Aux Deux Edmond, rue Saint-Denis, nº 220.
A l’Invariable, rue Dauphine, près de la rue d’Anjou.
Aux Médecins français, rue Saint-Martin, nº 262.
Aux Montagnes russes, rue Neuve-des-Petits-Champs, au coin du Perron.
Merciers. A la Barbe bleue, rue du Four-Saint-Germain, près l’Abbaye.
Aux Décorations françaises, rue Saint-Denis, nº 8.
A la Fileuse, rue Saint-Denis, nº 80.
A la Gasconne, rue Saint-Honoré, nº 21.
A la Lilliputienne, rue Montmartre, nº 104.
A l’Oiseau bleu, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 69.
A la Pèlerine, rue Saint-Honoré, nº 275.
Au Petit Petro, rue Saint-Denis, nº 150.
A la Villageoise, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 27.
Fourreurs. Au Grand Hercule, rue des Fourreurs, nº 18.
Au Manteau d’Hermine, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, nº 17.
Au Renard, rue des Fourreurs, nº 19.
Au Roi de Danemarck, rue Saint-Honoré, nº 213.
Marchand de tulles. Au Roi d’Angleterre, rue Vivienne, nº 11.
Marchande de modes. A la Glaneuse, Palais-Royal, galerie de bois, nº 225.
Boutiques de corsets. Aux Deux Sœurs, boulevard des Panoramas, nº 13.
A Ninon, boulevard Poissonnière, nº 14.
Plumassiers. A l’Autruche, rue Saint-Denis, nº 354.
Au Lever de l’Aurore, rue Saint-Denis, nº 293.
Tailleurs. Au Triomphe de Trajan, rue de Richelieu, nº 72.
Au Roi de Cœur, rue du Temple.
Chapeliers. Aux Architectes canadiens, rue Dauphine, nº 3.
Au Chapeau sans pareil, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 11.
A l’Ermite de la chaussée d’Antin, rue Caumartin, au coin de la rue Neuve-des-Mathurins.
A l’Observateur des Modes, boulevard des Italiens, nº 11.
Aux Véritables Chasseurs canadiens, rue Dauphine, nº 63.
Cordonniers, bottiers. A la Belle Indécise, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 33.
A la Botte sans couture, Palais-Royal, galerie de pierre.
A l’Hortensia, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 15.
A la Pantoufle verte, rue de Richelieu, en face le Théâtre-Français.
A Saint Crépin, rue Saint-Honoré, nº 242.
Coiffeurs. A Absalon, rue Basse, Porte Saint-Denis, nº 8.
Au Savant Perruquier, rue Saint-Jacques, nº 121.
Aux Templiers, rue Feydeau, nº 16.
A la Toilette Psyché, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, nº 5.
Bijoutiers. A la Belle Anglaise, Palais-Royal, nº 156.
Au Cheval indien, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 146.
A la Juste Balance, rue Saint-Martin, nº 196.
Au Mouton blanc, quai Lepelletier, nº 10.
Aux Trois Agneaux d’Or, quai Lepelletier, nº 5.
Bijoux faux. A l’Écrin, rue Notre-Dame-de-Nazareth, nº 15.
Quincailliers. A Charles VII, rue de l’École-de-médecine, nº 35.
Au Cheval d’Or, rue Saint-Denis, nº 371.
A l’Espérance, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 11.
A la Flotte d’Angleterre, rue de la Barillerie, nº 5.
Aux Forges de Vulcain, au coin de la rue de la Barillerie et du Marché aux fleurs.
Au Pilote, rue de Seine, nº 79.
Au Vaisseau marchand, rue Saint-Martin, nº 186.
Ornements d’église. A Fénelon.
Armurier. Au Faisceau, rue de Richelieu, nº 64.
Selliers. Au Courrier français, rue de Grenelle-Saint-Honoré, nº 63.
Aux Jockeis, boulevard Montmartre, nº 14.
Aux Courses de Newmarket, boulevard de la Madeleine, nº 15.
A la Renommée, rue du Bac, nº 28.
Epinglier. Au Désir de la France, la Paix, rue Saint-Denis, nº 298.
Opticien. A la Longue vue, place des Victoires.
Bureau de loterie. A la Clef du bonheur, rue de Richelieu, nº 87.
Papiers peints. Au Comédien d’Étampes, rue de Grenelle-Saint-Germain, nº 5.
Aux Deux Chinois, boulevard Saint-Martin, nº 8.
Aux Deux Indiens, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 47.
Aux Innocents, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 7.
Aux Orientaux, boulevard des Italiens, nº 15[284].
Aux Quatre Saisons, rue Saint-Denis, nº 126.
Marchands de meubles. A la Borne d’Or, Faubourg-Saint-Antoine, nº 20.
Au Griffon, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 26.
Faïenciers. Aux Chiens de fayence, rue du Petit-Lion Saint-Sulpice, nº 22.
Au Désespoir de Jocrisse, rue du Bac, nº 33.
Au Petit Poucet, rue Montfaucon, nº 4.
Chaudronnier. Au Mouton d’Or, rue de Saintonge, nº 8.
Lampiste. A la Lampe merveilleuse, rue Vendôme, nº 25.
Tourneur sur métaux. A la Tête d’Archimède, rue de Ménilmontant, nº 54.
Teinturier. Au Grand saint Maurice, quai du Marché-Palu.
Bandagiste. A la Culotte, rue du Four-Saint-Germain, nº 55.
Aubergiste. A la Conquête de la Toison d’or, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 66.
Oiselier. A l’Arche de Noé, boulevard du Temple, nº 47.
Marchand de chiens. Au Chien fidèle, boulevard des Italiens, au coin de la rue de la Grange-Batelière.
Horloger en bois. Au Petit Moulin à vent, rue des Coquilles, nº 10.
Marchand de parapluies. A l’Ombrelle à Jocko, rue de la Chaussée-d’Antin, nº 4.
Imprimeur. A la Presse royale, rue Saint-Denis, nº 317.
Cartier. Au Roi Salomon, rue Sainte-Anne, nº 39.
Sages-femmes. A l’Accouchée, rue Jean-Jacques-Rousseau, nº 23.
A la Fortune des Enfants, rue de Buci, nº 2.
Pharmaciens. Au Mortier d’Or, rue des Lombards.
Au Polygone, rue du Four-Saint-Germain, nº 37.
Parfumeur. A la Belle Athénienne, rue Saint-Honoré, nº 198.
Débits de tabac. Aux Bons Bretons, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, nº 13.
A la Civette, rue Saint-Honoré, au coin de la galerie de Nemours.
A la Carotte d’Or, quai Saint-Michel, nº 44.
Au Diable à quatre, rue Saint-Denis, nº 381.
Au Fumeur sans pareil, rue du Temple, nº 61.
Grainetiers. Au Capousta ou Chou de Sibérie, boulevard des Capucines, nº 13.
A la Renommée des bonnes semences, rue de Sèvres, nº 1.
Boulanger. A la Providence, rue du Faubourg-Saint-Honoré, nº 40.
Épiciers. Aux Trois Maures, rue de la Harpe, nº 27.
A la Truie qui file, marché aux Poirées, nº 24.
A la Providence, rue d’Enfer, au coin de la rue Saint-Dominique.
Soude et potasse. A la Dame Jeanne, rue Boucherat, nº 10.
Distillateur. A la Maison gothique, rue Saint-Martin, nº 40.
Estaminets. Au Jardin des Épiciers, Faubourg-Saint-Denis.
Au Jardin de l’Écu, même rue.
Au Jardin du Cheval blanc, même rue.
Charcutiers. Au Grand saint Antoine, Porte Saint-Denis.
A la Hure d’Or, rue des Boucheries-Saint-Germain, nº 5.
A l’Homme de la roche de Lyon, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 5.
A Ypsilanti, rue du Gros-Caillou, nº 27.
Marchands de comestibles. Au Bon Vivant, rue de Richelieu, nº 15.
Aux Deux Perdrix rouges, place de la Pointe-Saint-Eustache, nº 13.
Aux Deux Gastronomes, boulevard Poissonnière, nº 9.
Au Gourmand, Palais-Royal, galerie du Lycée.
Au Pique-Assiette, rue du Bac, nº 15.
A Sainte Geneviève, place de la Pointe-Saint-Eustache, nº 2.
Confiseurs. A la Belle Angélique, boulevard des Italiens, nº 23.
A la Belle Marraine, boulevard du Temple, nº 47.
Au Cacaotier, boulevard des Italiens, nº 20.
Au Chat noir, rue Saint-Denis, au coin de la rue de La Reynie.
Au Chocolatier, passage de l’Ancre.
Au Fidèle Berger, rue des Lombards.
A la Fidélité, rue de la Paix, nº 5.
Au Paradis terrestre, rue Montorgueil, nº 21.
A la Petite Gourmande, rue Neuve-Saint-Augustin, nº 13.
Aux Petites Danaïdes, boulevard Saint-Martin, nº 57.
A Vert-Vert, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 91.
Restaurateurs. A l’Amiral Coligny, rue Béthisy, nº 18.
Au Bœuf à la Mode, rue du Lycée, près du Palais-Royal.
Au Banquet d’Anacréon, boulevard Saint-Martin, nº 53.
Au Cadran bleu, boulevard du Temple, au coin de la rue Charlot.
Au Capucin, rue des Fossés-du-Temple, au coin de la rue d’Angoulême.
A la Flotte de commerce, rue Saint-Denis, nº 271.
Au Réveil-Matin, rue des Cordiers, nº 9.
Au Veau qui tette, rue de la Vrillière, place du Châtelet.
Marchands de vin. A la Bonne Fontaine, rue de Charonne, nº 1.
Aux Bons Enfants, place de Grève, nº 2.
Au Cocher, quai des Célestins.
Aux Contents, place du Palais-de-Justice, nº 8.
A la Côte d’Or, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 86.
Au Cardinal, rue Vieille-du-Temple, nº 94.
A l’Épi scié, boulevard du Temple, nº 4.
A la Fontaine de l’Éléphant, rue Saint-Antoine, au coin de la rue du Petit-Musc.
Au Grenadier français, rue de la Ferme, nº 7.
Au Jocko de la Montagne, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, nº 33.
Au Lion d’Or, rue Saint-Denis, nº 371.
Au Mât de Cocagne, rue du Maure, nº 44.
Au Mont Blanc, rue Saint-Lazare, en face de la rue de la Chaussée-d’Antin.
A la Partie de chasse de Henri IV, rue de Saintonge, au coin du boulevard.
Au Père Noé, rue Mandar, nº 6.
Au Port Saint-Paul, rue des Barrés, nº 4.
A la Porte Saint-Honoré.
A la Pucelle d’Orléans, rue du Faubourg-Saint-Martin, nº 3.
A la Renommée de la Bonne Friture, rue de Charonne, nº 4.
Au Rocher, rue Basse-Saint-Denis, nº 22.
Au Roi Clovis, rue Descartes, au coin de la rue Saint-Victor.
Au Tambour-Major, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 36.
Au Temple de Bacchus, rue d’Ulm, nº 4.
Aux Trois Lurons, rue Bourbon-Villeneuve, nº 18.
Aux Vignes de Tonnerre, rue Saint-Jacques, nº 145.
A Xantippe, rue de l’Oursine, nº 294.
Cette nomenclature, classée par ordre systématique, des plus notables enseignes de Paris en 1826, permettra d’établir les rapports plus ou moins éloignés qui existaient entre le sujet de l’enseigne et le commerce du marchand qui l’avait choisi. Un très petit nombre de ces enseignes était antérieur à la Révolution; quelques-unes dataient du Directoire. Souvent le titre de l’enseigne ne donnait aucune idée du sujet représenté: ainsi l’Invariable était Atlas portant le globe du monde; la Dame Jeanne n’était qu’une cruche de