Une plaine argileuse, ondulée et nue, dont le sol est en général imprégné de sel, s’étend jusqu’à Biskra, éloignée d’environ 8 kilomètres ; elle est coupée de collines arides qui disparaissent à environ un kilomètre de l’oasis ; çà et là s’élèvent des cônes réguliers qui peuvent atteindre 15 mètres d’élévation, et qui sont souvent tronqués au sommet ; les plantes qui croissent sur les collines et sur ces tumulus, et qui sont le plus souvent mutilées par les troupeaux, appartiennent presque toutes à la végétation saharienne, et se présentent généralement par touffes espacées, comme la plupart des espèces de cette région.

Dans les dépressions du sol où l’eau a séjourné l’hiver, on observe les :

Biskra[19], à 319 kilomètres de Philippeville, à 236 sud-ouest de Constantine, à 126 sud de Batna, à 34° 56′ latitude boréale et 3° 21′ longitude orientale, à 75 mètres d’altitude, est située, au sud des derniers contre-forts de la chaîne de l’Aurès, sur le cours de la rivière qui porte son nom, et qui résulte de la réunion de l’Oued El-Kantara et de l’Oued Abdi. Cette ville est pour ainsi dire par sa position la clef des oasis des Ziban dont elle est la capitale ; il suffit de jeter les yeux sur une carte pour comprendre son importance, car son occupation assure la soumission des populeuses vallées de l’Aurès méridional et des oasis qui en dépendent, en même temps que celle des nombreuses et importantes oasis des Ziban[20]. — Le fort Saint-Germain est construit à l’entrée de l’oasis de Biskra, vers la prise d’eau qui en alimente les nombreuses saguia, d’où le nom de Ras-el-ma (Tête de l’eau) donné par les indigènes aux constructions récentes qui sont groupées dans le voisinage du fort. — Une population assez nombreuse, et composée exclusivement d’indigènes, est agglomérée dans plusieurs villages situés dans l’intérieur de l’oasis. Ces villages sont composés de maisons construites en terre, couvertes en terrasse, généralement à un seul étage, et placées pour la plupart le long des ruelles qui sillonnent l’oasis, sur lesquelles elles n’ont souvent que la porte pour toute ouverture. Leurs murs sont composés d’espèces de briques, faites d’argile mêlée à du fumier, et séchées au soleil ; des poutres de Dattier, recouvertes des feuilles du même arbre, soutiennent la terre battue qui constitue la terrasse ; des planches grossières en bois de Dattier, et réunies par des traverses de Genévrier, en forment les portes. Un ruisseau longe habituellement l’un des côtés de la ruelle, et ses eaux, souillées par l’incurie des habitants, servent à tous leurs usages domestiques. Les villages sont entourés de toutes parts des jardins de l’oasis, dont quelques-uns sont assez étendus. Dans les clairières de l’oasis ou au bord des chemins, çà et là se trouvent réunies la tente en poil de chameau de l’Arabe nomade et la hutte en feuilles de Dattiers qu’habite le Nègre. A peu de distance du premier village arabe, au sud de Biskra, avait été construit en pisé l’ancien fort de Biskra, abandonné récemment depuis la construction du fort de Saint-Germain. Les jardins qui dépendent de l’ancien village européen qui était protégé par le fort, et dont il n’existe plus que des vestiges, sont encore cultivés par les soldats de la garnison qui, à l’ombre des Dattiers, y entretiennent des cultures potagères. — Plusieurs moulins arabes, d’une construction toute primitive, sont établis sur les principaux canaux dérivés de l’Oued Biskra, et seront probablement remplacés bientôt par des usines plus perfectionnées, dont le moulin à turbine et à deux tournants, bâti pour le caïd, ne tardera pas à démontrer tous les avantages aux indigènes. Les canaux de dérivation se ramifient en d’innombrables saguia qui servent à l’arrosement de toutes les cultures, et permettent de faire arriver l’eau avec facilité au pied de chacun des arbres de l’oasis. Les eaux de ces saguia tiennent en dissolution une assez grande quantité de sel marin et d’autres substances salines ; aussi partout où elles ne sont pas ombragées, voit-on généralement leurs bords se couvrir des plantes qui affectionnent spécialement les lieux salés : diverses Salsolacées, Aizoon Hispanicum, Mesembryanthemum nodiflorum, etc. Dans les endroits ombragés et au voisinage des saguia, les plantes salines font ordinairement place à une végétation rudérale presque entièrement européenne. Pour éviter d’inutiles redites, nous croyons devoir grouper dans une même liste toutes les plantes que nous avons observées dans les terrains cultivés des diverses oasis que nous avons visitées ; car ce sont à peu près les mêmes espèces qui se rencontrent dans toutes les cultures de la région saharienne.

Liste des plantes observées dans les cultures et dans les endroits arrosés des oasis.

Le nombre des Dattiers (110,858) et des arbres fruitiers (6,046) qui composent l’oasis peut donner une idée de son étendue, et l’on peut juger de l’importance de ses produits par l’impôt considérable que prélève l’administration ; car pour chaque pied d’arbre les indigènes ne paient pas moins de 40 centimes. Outre le Dattier[21], base des cultures sahariennes, les jardins des oasis de Biskra présentent plusieurs espèces d’arbres dont l’introduction est antérieure à l’occupation française. Nous nous bornerons ici à dresser la liste de ces arbres, et celle des plantes cultivées par les indigènes ou récemment introduites ; car nous avons donné ailleurs[22] des détails qui permettent de comparer les ressources agricoles de la région saharienne avec celles des régions littorales et des hauts-plateaux dont nous avons parlé plus haut, et avec celle de la région montagneuse dont nous nous occuperons dans la suite de ce rapport.

Liste des arbres plantés dans les oasis de Biskra, antérieurement à l’occupation française.
Liste des végétaux cultivés dans les oasis de Biskra, antérieurement à l’occupation française.

Le jardin d’acclimatation de Beni-Mora, bien que sa fondation soit toute récente (1852), a puissamment contribué aux progrès agricoles du pays, grâce au zèle et à l’activité de son directeur, M. P. Jamin. Ce jardin, heureusement situé pour l’instruction agricole des tribus, devrait être cependant, en raison de quelques conditions défavorables, moins un jardin d’acclimatation proprement dit qu’une pépinière où les plantes acquerraient le degré de rusticité nécessaire pour pouvoir être livrées, avec des chances de succès, aux indigènes, qui, d’ici à quelque temps du moins, ne sauront pas toujours leur donner les soins convenables. Les essais d’introduction de nouveaux végétaux doivent généralement être faits dans des terrains de choix où ces végétaux soient soustraits aux influences dangereuses qui peuvent les atteindre avant leur acclimatation complète. Or Beni-Mora, situé en dehors de l’oasis, planté d’un nombre insuffisant de Dattiers et dépourvu d’enceinte, est exposé par cela même à la violence des vents, contre lesquels les brise-vents, formés d’arbrisseaux plantés en ligne, ne sont qu’une protection bien insuffisante. Dans des localités mieux abritées contre le siroco et le vent du nord, et où les irrigations peuvent être pratiquées avec des eaux douces, et non chargées de principes salins, on obtiendrait avec moins d’efforts de meilleurs résultats. Quelques hectares bien choisis dans la grande oasis de Biskra, ou mieux encore dans celles de Branis ou de Mchounech, qui présentent ces avantages, permettraient très probablement de réaliser des acclimatations de végétaux, qui, à Beni-Mora, n’ont pas donné jusqu’ici de résultats satisfaisants.

Liste des végétaux ligneux acclimatés à Beni-Mora[23].
Liste des végétaux alimentaires acclimatés à Beni-Mora.
Liste des plantes fourragères acclimatées à Beni-Mora.
Liste des plantes industrielles acclimatées à Beni-Mora.

Indépendamment des nombreux végétaux utiles déjà introduits dans les cultures de Beni-Mora, il nous resterait encore à mentionner les plantes d’ornement qui y sont acclimatées, et dont nous avons donné la liste dans nos notes sur les cultures des oasis des Ziban.

Il ne faut pas juger par l’état actuel des cultures des oasis, toutes prospères quelles sont, de l’avenir qui leur est réservé ; car les guerres continuelles que se livraient autrefois les tribus, et qui les forçaient à porter plutôt leurs efforts sur la défense de leurs cultures que sur leur perfectionnement, ne permettaient pas les progrès qui pourront être facilement réalisés sous l’administration pacifique et la tutelle bienveillante de la France. Ceci n’est pas une simple hypothèse ; car nous avons vu les tribus soumises des environs de Biskra et de l’Aurès, recevoir avec empressement les instructions qui leur sont données, au jardin d’acclimatation et dans les tournées agricoles du directeur de la pépinière, pour l’amélioration de leurs cultures et l’introduction de nouvelles espèces végétales. L’influence des chefs, dont le dévouement a été récemment prouvé d’une manière si frappante par l’admirable expédition de Ouargla, viendra utilement se joindre aux efforts éclairés de l’administration de notre belle colonie pour combattre l’esprit de routine, heureusement moins tenace chez les Sahariens que chez certains peuples que leur civilisation plus avancée devrait rendre moins rebelles à l’esprit du progrès.

Le sol des immenses plaines qui entourent Biskra est composé de terrains argilo-calcaires, ordinairement plus ou moins salés et quelquefois pierreux, ainsi que nous l’avons déjà signalé pour la plaine étendue du Col-de-Sfa à Biskra. Le sable pur et mouvant ne se rencontre, au contraire, aux environs immédiats de Biskra que sur quelques points circonscrits. A 6 kilomètres à peu près au sud-ouest de la ville, des rochers élevés sont entourés et couverts en partie de sable ; ce massif est connu des indigènes sous le nom de Maouïa, et est désigné par les Européens sous celui de Montagne-de-sable. — Cette montagne est composée de deux chaînes de rochers parallèles se dirigeant de l’est à l’ouest, et séparées seulement par un ravin étroit où s’est accumulé un épais dépôt de sable. La plaine argileuse qui précède la montagne offre la plupart des espèces caractéristiques des plaines des environs de Biskra. Ainsi on y rencontre le Neurada procumbens appliqué sur le sol ; le Bubania Feei et le Limoniastrum Guyonianum y croissent en grande abondance ; les petites touffes fructifères et hygrométriques de l’Anastatica Hierochuntica n’y sont souvent fixées au sol que par l’extrémité de leur racine pivotante ; çà et là s’observent l’Atractylis flava et le Pennisetum dichotomum qui n’y est pas rare ; dans les ravins peu profonds dont la plaine est sillonnée, se rencontre le Lonchophora Capiomontiana. La zone sablonneuse à la base de la pente méridionale présente des touffes des : Astragalus Gombo, Scrophularia deserti, Bubania Feei, Calligonum comosum, Euphorbia Guyoniana, Arthratherum pungens et Danthonia Forskalii, entre lesquelles croissent les :

Sur la pente méridionale assez abrupte le sable ne se trouve qu’entre les anfractuosités des rochers ; aussi y observe-t-on des espèces rupestres mêlées aux plantes des sables, entre autres :

Un peu au-dessous du sommet se rencontrent des débris de murailles, restes probablement de constructions romaines. A partir de ce point les rochers disparaissent sous une épaisse couche de sable, et sur cette pente mouvante croissent seulement l’Arthratherum pungens, de nombreuses touffes de Cyperus conglomeratus var., l’Astragalus Gombo et le Calligonum comosum dont les troncs tortueux sont presque enfouis dans le sable que dépassent seules les sommités équisétiformes de l’arbuste. Le point culminant est formé d’un sable tellement mobile qu’il exclut toute végétation.

Les environs de Biskra possèdent des sources assez abondantes ; nous nous bornerons à mentionner ici les plus importantes, la fontaine d’Aïn-Oumach et la Fontaine-chaude[24]. La fontaine d’Aïn-Oumach, à environ 10 kilomètres au sud-ouest de Biskra, jaillit d’un rocher de gypse compacte, et forme immédiatement un ruisseau qui, après un assez long trajet, va arroser l’oasis d’Oumach. L’eau de la fontaine est douce et n’a aucune odeur ; sa température prise à la source est de 25 degrés. Dans les marais que forme le ruisseau se rencontrent les Arundo Phragmites var., Erianthus Ravennæ, plusieurs Juncus, et autres plantes des lieux aquatiques. De nombreuses sources viennent se jeter dans le lit de ce cours d’eau, et il en est une, entre autres, qui présente un bassin de près de 3 mètres de diamètre, et où la profondeur de l’eau est d’environ 80 centimètres ; la sonde rencontrant un fond de sable mouvant y pénètre jusqu’à une profondeur de 14 mètres. L’eau de cette source est douce et sans odeur, sa température est de 27 degrés. A des intervalles variables le sol tremble, et l’on entend un bruit souterrain ; alors le sable du fond de la source est soulevé par une espèce de bouillonnement, et l’on voit le niveau de l’eau s’élever dans le bassin en même temps qu’un jet sous forme de colonne en occupe le centre et se termine en cône un peu au-dessus de la surface. Plusieurs des sources qui alimentent le ruisseau présentent des particularités semblables. — Aux environs de la fontaine d’Aïn-Oumach se rencontrent des sables mouvants et des terrains salés, où croissent des Statice, des Phelipæa, le Limoniastrum Guyonianum, et le Cynomorium coccineum. — La Fontaine-chaude (Aïn-Sala’hin), à environ 6 kilomètres nord-ouest de Biskra, doit son nom à la température élevée de ses eaux (45 degrés). Ces eaux jaillissent d’un bassin circulaire situé sur la pente d’un monticule, dont le sol, par son aspect, sa dureté et ses aspérités, rappelle certains terrains volcaniques. Des mamelons, d’une hauteur de 10 à 15 mètres, avoisinent la fontaine, et leurs sommets sont généralement creusés d’excavations semblables à celles de petits volcans éteints et analogues au bassin de la fontaine elle-même. Les eaux de cette source exhalent une odeur d’hydrogène sulfuré ; elles sont salines, et leur composition est à peu près la même que celle de la source voisine d’El-Outaïa (Hammam-Sid-el-Hadj)[25]. Les eaux de la Fontaine-chaude vont se réunir dans un même ravin à celles d’une source voisine (Aïn-el-Djerab), généralement connue sous le nom de Gouffre, pour aller se perdre au loin dans les terrains argileux de la plaine. De nombreuses sources d’eau salée se jettent dans ce ravin ; aux environs des fontaines le sol de la plaine est généralement salé, et l’on y rencontre le Nitraria tridentata, le Limoniastrum Guyonianum, des Salsolacées frutescentes, parmi lesquelles doivent être cités le Sevada Schimperi, qui n’avait encore été observé que sur le littoral de la Mer-rouge, et le Traganum nudatum, qui couronne généralement des tertres arrondis élevés de plus d’un mètre ; les terrains sablonneux présentent également un grand nombre d’espèces intéressantes ; on y observe les Euphorbia Guyoniana, Cleome Arabica, Ammochloa subacaulis, Lotus pusillus, Arthratherum pungens, Senecio coronopifolius, etc. Dans les terrains rocailleux croissent le Bubania Feei, qui y est très abondant, les Echiochilon fruticosum, Oligomeris glaucescens, Pyrethrum fuscatum et trifurcatum, Gymnarrhena micrantha, etc. Dans les marais situés près de la Fontaine-chaude se rencontrent le Juncus maritimus et le Phragmites communis var. Les bords de ces marais sont couverts de touffes de Lygeum Spartum mêlées à celles des Statice pruinosa et cyrtostachya, de l’Halocnemum tetragonum, et du Frankenia thymifolia. Dans les ravins qui avoisinent la source, on voit çà et là de magnifiques touffes de Tamarix pauciovulata.

Les seules oasis arrosées par l’Oued El-Abiad que nous ayons visitées, sont celles de Sidi-Okba et de Mchounech. La première ne diffère pas sensiblement, par ses cultures et sa végétation spontanée, de l’oasis de Biskra ; aussi nous bornerons-nous ici à signaler la bande étroite de sable mobile qui borde cette oasis à l’ouest, et dont nous ne retrouvons pas l’analogue pour les oasis des environs de Biskra. Notre course à Sidi-Okba avait eu surtout pour but la visite de la mosquée où sont conservés les restes vénérés de Sidi-Okba, l’un des premiers conquérants arabes du nord de l’Afrique. L’intérêt historique de cette mosquée a été trop bien indiqué[26] pour que nous pensions devoir y insister ici. — L’oasis de Mchounech, située à l’entrée de la gorge qui donne passage à l’Oued El-Abiad, présente les caractères généraux des oasis de la partie saharienne de la vallée de l’Oued Abdi. Les rochers de la gorge dont nous venons de parler ont offert à M. Balansa l’Oreobliton chenopodioides, qui croît dans les fissures, et le Fumaria longipes, qui se rencontre dans les anfractuosités ombragées. Au pied des murs en pierre de l’oasis se rencontre le Stachys Guyoniana, que nous avons déjà observé à El-Kantara ; le Moricandia suffruticosa est très abondant dans l’oasis où il forme de véritables haies avec le Lycium mediterraneum.

Liste des plantes les plus intéressantes observées à Mchounech par M. Balansa.

De Biskra à Saada, les plaines sont tout à fait analogues à celles des environs immédiats de Biskra ; elles n’en diffèrent que par un sol encore plus uniforme par sa composition et le nivellement de sa surface. La route qui conduit à Saada longe la rive droite de l’Oued Biskra. Après avoir traversé la grande oasis de Biskra, on arrive, au delà de l’oasis de Kora, à une vaste plaine où les cultures de céréales occupent une assez grande étendue ; ces céréales sont souvent coupées avant la maturité pour être données comme fourrage aux bestiaux ; la plaine est parfaitement unie, et son sol est aride et imprégné de sel ; des touffes de Salsolacées frutescentes s’y rencontrent çà et là. Près de Kora, on voit les restes d’un poste romain ; en se rapprochant de la rivière, on rencontre des touffes des Tamarix Gallica, bounopœa et pauciovulata ; dans quelques endroits le sel, dont le sol est imprégné, est en si grande abondance, qu’il exclut toute autre végétation. Après trois ou quatre heures de marche, on arrive au commencement de la forêt de Saada. — Cette vaste forêt exclusivement composée de Tamarix, s’étend parallèlement au cours de l’Oued Djedi, et son étendue de l’ouest à l’est a été reconnue sur une longueur d’environ 40 kilomètres ; le Tamarix Gallica en constitue la principale essence, et y atteint souvent 8 à 10 mètres de hauteur ; les troncs des plus gros de ces arbres présentent à leur base une circonférence de 1m,20 à 1m,50 ; les Tamarix Balansæa et bounopœa y sont beaucoup moins abondants. Un grand nombre de Tamarix ont été coupés et broutés par les bestiaux, et les nombreux rejets qui partent des souches constituent la broussaille presque impénétrable qui fait le fond de la forêt. La végétation herbacée de la forêt ne présente guère que des espèces françaises ; le Senebiera Coronopus couvre de larges espaces sur les bords des ruisseaux où il croît souvent à l’exclusion de toute autre espèce ; on y rencontre également les Schismus calycinus, Spergularia media, Sonchus maritimus et le Mentha Pulegium. Le sol marécageux de la forêt est constitué par des terrains d’alluvion apportés par les inondations hivernales des cours d’eau ; au bord des nombreux ruisseaux qui sillonnent la forêt croissent le Laurier-Rose et l’Inula viscosa. — Une maison de commandement a été construite au sud de la forêt sur une éminence, et à peu de distance du confluent de l’Oued Biskra et de l’Oued Djedi, pour garantir des déprédations des Arabes cette forêt, ressource si précieuse pour le pays. — Au sud de l’Oued Djedi s’étend une immense plaine ondulée pierreuse et sablonneuse ; elle présente un assez grand nombre des plantes caractéristiques de la flore de Biskra : les Salsolacées frutescentes, l’Atriplex Halimus surtout, y croissent en abondance, et y forment des touffes arrondies d’environ un demi-mètre de hauteur ; aucun arbrisseau ne vient interrompre la monotonie de cette plaine ; seulement on voit à de rares intervalles d’énormes touffes du Zizyphus Lotus, à l’abri desquelles croissent quelques plantes annuelles ; on n’y rencontre aucune source. Dans les dépressions du sol, où l’eau peut séjourner pendant l’hiver, on observe les :

Les endroits sablonneux présentent les :

Dans les lieux rocailleux s’observent les :

Au voisinage du caravansérail ont été recueillis les :

A l’ouest s’étend une plaine argilo-calcaire et sablonneuse sur quelques points ; on n’y voit d’autres arbustes que le Zizyphus Lotus qui croît dans le sable, et le Rhus dioica dans les terrains pierreux, la végétation y est très analogue à celle des environs de Biskra.

Pour compléter le tableau de la flore des environs de Biskra, nous croyons devoir faire précéder la liste des plantes observées dans la région saharienne de quelques détails sur la végétation arborescente : les environs immédiats de Biskra ne présentent pas de véritables arbres ; les arbrisseaux les plus élevés qu’on y rencontre appartiennent au genre Tamarix, et sont généralement loin d’offrir les proportions qu’ils atteignent dans la forêt de Saada ; ce sont les :

qui, avec le Laurier-Rose, ornent souvent les bords des sources et des ruisseaux ; dans les plaines, le Nitraria tridentata et le Zizyphus Lotus forment des touffes généralement orbiculaires et espacées ; dans les rochers ou sur les pentes rocailleuses croît le Rhus dioica, qui peut être employé pour la préparation du cuir et des outres, de la même manière que l’espèce voisine (Rhus pentaphylla), si généralement répandue dans la région littorale de la province d’Oran ; le Periploca angustifolia se rencontre aussi dans les mêmes lieux ; enfin le Limoniastrum Guyonianum forme des buissons peu élevés dans les plaines, et est surtout abondant sur les berges des ravins. — Nous avons cru devoir reporter à la suite de la même liste la relation de nos herborisations sur les bords et dans le lit de l’Oued Biskra, car les alluvions de ce cours d’eau présentent, groupées dans un espace restreint, des plantes de stations trop dissemblables pour pouvoir donner une idée exacte de la distribution des végétaux dans cette partie du Sahara.

Liste des plantes observées dans la région saharienne aux environs et au sud de Biskra[27].