I. Valens établit Démophile sur le siége de Constantinople. II. Persécution des catholiques. III. Valens fait brûler vifs quatre-vingts ecclésiastiques. IV. Famine. V. Modestus préfet du prétoire. VI. Élévation de Maximin. VII. Il est chargé de rechercher les crimes de magie. VIII. Ses cruautés. IX. Condamnations. X. Funestes artifices de Maximin pour multiplier les accusations. XI. Histoire d'Aginatius. XII. Méchanceté de Simplicius, successeur de Maximin. XIII. Calomnie contre Aginatius. XIV. Sa mort. XV. Ampélius préfet de Rome. XVI. Réglement de Valentinien pour les études de Rome. XVII. Il défend les mariages avec les Barbares. XVIII. Perfidie des Romains à l'égard des Saxons. XIX. Valentinien appelle les Bourguignons pour faire la guerre aux Allemans. XX. Origine et mœurs des Bourguignons. XXI. Ils viennent sur le Rhin et se retirent mécontents. XXII. Valentinien veut surprendre Macrianus roi des Allemans. XXIII. Macrianus lui échappe. XXIV. Cruautés de Valentinien dans la Gaule. XXV. Lois de Valentinien. XXVI. Valens traverse l'Asie. XXVII. S. Basile lui résiste. XXVIII. Valens tremble devant S. Basile. XXIX. Mort de Valentinien Galate. XXX. S. Basile arrête une sédition dans Césarée. XXXI. Valens à Antioche. [XXXII. Nouvelles intrigues de Sapor en Arménie]. XXXIII. Valens envoie des troupes dans l'Ibérie. XXXIV. Valens à Édesse. XXXV. Il traverse la Mésopotamie. [XXXVI. Le roi d'Arménie soumet tous les rebelles de ses états]. XXXVII. Décennales des deux empereurs. XXXVIII. Seconde campagne de Valens contre les Perses. [XXXIX. Nouveaux troubles en Arménie. XL. Mort du patriarche Nersès.] XLI. Courses des Blemmyes. XLII. Guerre de Mavia reine des Sarrasins. XLIII. Persécution en Égypte. XLIV. Troubles d'Afrique. XLV. Plaintes de ceux de Leptis éludées par les intrigues du comte Romanus. XLVI. Nouvelles incursions des Austuriens. XLVII. Succès des artifices de Romanus. XLVIII. Innocents mis à mort. XLIX. Découverte et punition de l'imposture. L. Suites de cette affaire sous Gratien. LI. Révolte de Firmus. LII. Théodose envoyé contre Firmus. LIII. Conduite prudente de Théodose. LIV. Ses premiers succès. LV. Firmus se soumet en apparence. LVI. Punition des déserteurs. LVII. La guerre recommence. LVIII. Belle retraite de Théodose. LIX. Il se remet en campagne. LX. Rencontre des Nègres. LXI. Guerre contre les Isafliens. LXII. Victoire remportée sur les Barbares. LXIII. Mort de Firmus.
An 370.
I.
Valens établit Démophile sur le siége de C. P.
Idat. chron.
Hier. chron.
Chron. Alex, vel Pasch. p. 302.
Socr. l. 4, c. 14 et 15.
Soz. l. 6, c. 13.
Philost. l. 9, c. 8 et 10.
Vita Ath. apud Phot. cod. 258.
Les entreprises de Sapor avaient déterminé Valens, dès la seconde année de son règne, à s'approcher de la Perse[806]; mais la révolte de Procope et la guerre contre les Goths l'avaient arrêté pendant cinq ans. Au commencement de l'an 370, étant consul avec son frère pour la troisième fois, il reprit son premier dessein[807]. Après avoir assisté le 9 avril à la dédicace de l'église des Saints-Apôtres, nouvellement rebâtie[808], il partit de Constantinople et prit le chemin d'Antioche. Ce voyage fut encore interrompu par un autre sorte de guerre: c'était celle que Valens avait déjà déclarée à l'église catholique, et qu'il recommença pour-lors avec plus de fureur. A peine était-il arrivé à Nicomédie qu'il apprit la mort d'Eudoxe, son théologien, entre les mains duquel il avait juré un attachement inviolable à la doctrine d'Arius. Les Ariens remplirent aussitôt le siége de Constantinople par l'élection de Démophile, cet évêque de Bérhée qui avait fait preuve de son zèle pour l'Arianisme en travaillant à séduire le pape Libérius. D'autre part, les catholiques, profitant de l'absence de l'empereur, choisirent Évagrius[809]. Le parti hérétique, plus hardi et plus nombreux, se préparait à exercer les dernières violences, lorsque l'empereur, craignant les suites d'une sédition, envoya des troupes avec ordre de chasser Évagrius. Dans ces circonstances il n'osa s'éloigner, et demeura pendant plusieurs mois dans la Bithynie et sur les bords de la Propontide, d'où il revint à Constantinople[810].
[806] Il s'était avancé jusqu'à Césarée de Cappadoce et il se préparait à entrer dans la Cilicie pour aller ensuite à Antioche, quand il apprit la révolte de Procope. Voyez ci-devant p. 226, liv. XVI, § 27.—S.-M.
[807] Πάλιν ἐπὶ τὴν Ἀντιόχειαν σπέυδων. Socr. l. 4, c. 14.—S.-M.
[808] Cette église, fondée et dédiée trente-trois ans avant par Constantin, en l'an 337, avait déja été rebâtie une fois dans ce court intervalle de temps. Ceci pourrait paraître surprenant, si on ne savait par le témoignage de Thémistius (or. 3, p. 47), que tous les édifices élevés à Constantinople lors de sa fondation, étaient peu solides.—S.-M.
[809] Cet Évagrius avait été évêque d'Antioche. Voyez t. 1, p. 293, note 1, l. IV, § 65.—S.-M.
[810] Une loi de Valens nous apprend que ce prince était à Cyzique le 10 juin de cette année; il se trouvait à Constantinople, le 8 et le 12 décembre suivants. Les lois du commencement de l'an 371, montrent qu'il était dans la capitale à cette époque. Voyez à ce sujet Tillemont, tom. V, Valens, notes 8 et 9.—S.-M.
II.
Persécution contre les catholiques.
Socr. l. 4, c. 15.
Soz. t. 6, c. 14 et 21.
Il fit bien voir qu'en prévenant les troubles il n'avait pas eu dessein de ménager les orthodoxes. Il favorisait par lui-même et par ses officiers toutes les poursuites de leurs ennemis. Les outrages, les confiscations de biens, les chaînes, les supplices étaient leur partage. Valens avait rapporté de la Mésie une haine plus envenimée contre eux. Il prétendait avoir reçu un affront de Brétannion[811], évêque de Tomes, capitale de la petite Scythie. En voici l'occasion: l'empereur s'étant rendu dans cette ville, entra dans l'église, et voulut engager le prélat à communiquer avec les Ariens dont il était accompagné. Mais Brétannion, après lui avoir répondu avec fermeté qu'il ne connaissait pour orthodoxes que ceux qui étaient attachés à la foi de Nicée, se retira dans une autre église; il y fut suivi de tout le peuple, et Valens demeura seul avec sa suite. Dans le premier mouvement de sa colère, il fit saisir le prélat et l'envoya en exil. Peu de jours après, intimidé par les murmures des habitants, tous guerriers et qui pouvaient donner la main aux Barbares, dont ils n'étaient séparés que par le Danube, il leur rendit leur évêque; il conserva dans son cœur un vif ressentiment, qui éclata dans la suite, surtout contre le clergé[812].
[811] Il est probable que le nom de cet évêque a été altéré par les historiens grecs et qu'il s'appelait réellement Vétranio.—S.-M.
[812] Tillemont (t. V, Valens, art. 8) place cet événement en l'an 368, pendant la deuxième campagne contre les Goths.—S.-M.
III.
Valens fait brûler vifs quatre-vingts ecclésiastiques.
Socr. l. 4, c. 16.
Soz. l. 6, c. 14.
Theod. l.4, c. 24.
[Theoph. p. 50.]
Zon. l. 13, t. 2, p. 30.
Cedr. t. 1, p. 311.
Suid. in Οὐάλης.
Les catholiques de Constantinople ne pouvaient se persuader que le prince fût l'auteur des traitements inhumains qu'ils éprouvaient. Ils se flattèrent de l'espérance d'en obtenir quelque justice, et députèrent à Nicomédie quatre-vingts ecclésiastiques des plus respectables par leur vertu[813]. Valens écouta leurs plaintes et dissimula sa colère, mais il ordonna secrètement au préfet Modestus de les faire périr. Le préfet craignant que toute la ville ne se soulevât, si on les mettait publiquement à mort, prononça contre eux une sentence d'exil, à laquelle ils se soumirent avec joie, et il les fit embarquer tous dans le même navire. Les matelots avaient ordre d'y mettre le feu, lorsqu'ils seraient hors de la vue du rivage. Dès qu'ils furent arrivés au milieu du golfe d'Astacus[814], l'équipage sauta dans la chaloupe, laissant le vaisseau embrasé. Il fut poussé par un vent impétueux dans une anse nommée Dacidiza[815], où il acheva d'être consumé. De ces quatre-vingts prêtres il ne s'en sauva pas un seul; tous périrent dans les flammes ou dans les eaux[816].
[813] Leurs chefs étaient Urbain, Théodore et Ménédème.—S.-M.
[814] Le golfe de Nicomédie, dans la Propontide, devait ce nom à la ville d'Astacus, qui était située dans la Bithynie, sur le bord de la mer, entre Nicomédie et Constantinople.—S.-M.
[815] Le nom de ce lieu est écrit diversement dans les auteurs. Dacidizus dans Socrate et dans Théophanes, Dacibiza dans Sozomène et Dacibyza dans Cédrénus. C'était une ville de la Bithynie.—S.-M.
[816] L'église honore la mémoire de ces martyrs le 5 septembre.—S.-M.
IV.
Famine.
Idat. chron.
Chron. Hier.
Greg. Naz. or. 20, t. 1, p. 340 et 341.
Greg. Nyss. or. in laud.
Basil, t. 3, p. 491.
On regarda comme une punition de cette horrible cruauté la famine qui affligea cette année tout l'empire, et principalement la Phrygie et la Cappadoce. Elle fut extrême, et la plupart des habitants de ces deux provinces furent obligés d'abandonner le pays. La charité de saint Basile se fit alors connaître de toute l'Asie. Il n'était encore que prêtre de Césarée, et Dieu le préparait à succéder dans l'église à la gloire du grand Athanase, qui approchait du terme de sa pénible et brillante carrière. Basile était fort riche, mais il vivait dans toute la rigueur de la pauvreté évangélique. Il saisit avec empressement cette occasion de se défaire avantageusement de ses biens: il vendit ses terres, acheta des vivres, et nourrit pendant cette famine un nombre infini de pauvres, sans distinction de juif, de païen et de chrétien.
V.
Modestus préfet du prétoire.
Amm. l. 29, c. 1, et l. 30, c. 4 et ibi Vales.
Zos. l. 4, c. 11.
Greg. Naz. or. 20, t. 1, p. 348 et 349.
Philost. l. 9, c. 11.
Ce fut un malheur pour Valens de trouver dans le préfet du prétoire, non pas une ame généreuse qui sût opposer de sages remontrances à des ordres injustes et cruels, mais un cœur impitoyable, prêt à sacrifier la vie des innocents et l'honneur même de son maître. Tel était Modestus, comte d'Orient sous Constance[817]; il s'était prêté à l'humeur sanguinaire de ce prince dans la recherche d'une conjuration chimérique. On voulut le rendre suspect à Julien; mais ce politique sans religion, qui n'adorait que la fortune, gagna bientôt les bonnes graces du nouvel empereur en sacrifiant aux idoles; il obtint pour récompense la préfecture de Constantinople[818]. Arien zélé sous Valens, il fut une seconde fois revêtu de la même charge; et Auxonius étant mort, il lui succéda dans celle de préfet du prétoire. Il sut se conserver dans cette dignité jusqu'à la mort de l'empereur par ses basses complaisances. Il admirait sans cesse les vertus que ce prince n'avait pas, et flattait les vices qu'il avait. Valens était paresseux et ennemi des affaires; mais le sentiment de ses devoirs se réveillant quelquefois dans son cœur, il se proposait de les remplir, et de rendre la justice à ses sujets. Alors tout le palais prenait l'alarme; les eunuques se croyaient en grand péril: sous les yeux de l'empereur l'innocence allait respirer, et leur licence allait être enchaînée; tous se réunissaient pour détourner Valens d'un dessein si dangereux. Modestus, qui rampait devant les eunuques, s'empressait de lui faire entendre que la majesté impériale ne pouvait, sans s'avilir, descendre jusqu'à des objets de si peu d'importance[819]. Il débitait ces belles maximes avec une apparence de zèle et d'intérêt pour la gloire de son maître. Comme il avait affaire à un esprit grossier, sans principes et sans étude, aidé de la paresse naturelle à Valens, il lui persuada tout ce qu'il voulut[820]; et l'administration de la justice, abandonnée à des ames vénales qui ne craignaient plus que les regards du souverain, devint un brigandage.
[817] En 359. Il se nommait Domitius Modestus. Il existe beaucoup de lettres qui lui furent adressées par S. Basile et par Libanius.—S.-M.
[818] Il occupa même deux fois cette place.—S.-M.
[819] Ob hæc et similia concordi consensu dehortantibus multis, maximeque Modesto præfecto prætorio regiorum arbitrio spadonum exposito,.......... adserente quòd infra imperiale columen causarum essent minutiæ privatarum. Amm. Marc. l. 30, c. 4.—S.-M.
[820] Obumbratis blanditiarum concinnitatibus cavillando Valentem sub-rusticum hominem sibi variè commulcebat, horridula ejus verba et rudia flosculos Tullianos appellans, et ad extollendam ejus vanitiem sidera quoque, si jussisset, exhiberi posse promittens. Amm. Marc. l. 29, c. 1.—S.-M.
VI.
Elévation de Maximin.
Amm. l. 28, c. 1 et ibi Vales.
Hier. chron.
Symm. l. 10, ep. 2.
L'église jouissait en Occident d'une entière liberté: sous un empereur actif et vigilant, les lois étaient en vigueur. Mais dans Valentinien la haine du crime dégénérait en cruauté[821]. Maximin, vicaire des préfets, plus méchant et plus inhumain que Modestus, remplissait Rome et l'Italie de sang et de larmes. Il était né à Sopianas en Pannonie[822], d'une famille très-obscure[823]: il descendait de ces Barbares que Dioclétien avait transférés en-deçà du Danube[824]; et son caractère ne démentait pas son origine. Après avoir pris une légère teinture des lettres, il embrassa le parti du barreau; mais bientôt rebuté d'une profession où le mérite seul peut conduire à la fortune, il se jeta dans les intrigues de cour, et parvint au gouvernement de la Corse et de la Sardaigne, et ensuite à celui de la Toscane[825]. Il fut appelé à Rome pour être chargé de l'intendance des vivres. Il se conduisit d'abord avec modération: c'était un serpent qui rampait sous terre[826], jusqu'à ce qu'il eût acquis assez de force pour pénétrer au grand jour, et porter des coups mortels. De plus il s'était mêlé de nécromancie, crime irrémissible auprès de Valentinien; et comme il avait un complice, il vécut long-temps dans de perpétuelles inquiétudes. Enfin s'étant défait de ce témoin[827], il se livra désormais sans crainte à son inclination malfaisante et cruelle, et il en saisit la première occasion.
[821] Erat vitiorum inimicus acer magis quam severus. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[822] Cette ville était située à 54 milles au nord de Mursa, dans la portion de la Pannonie qu'on appelait Valérie.—S.-M.
[823] Son père était greffier du présidial de la ville: obscurissimè natus est, patre tabulario præsidialis officii. Amm. Marc. l. 28, c. 1. Valentinus qui avait voulu se faire déclarer empereur en Angleterre, était son beau-frère. Voyez ci-dev. p. 311, liv. XVII, § 19.—S.-M.
[824] Ammien Marcellin dit, l. 28, c. 1, qu'il appartenait à la nation des Carpes. Orto a posteritate Carporum quos antiquis excitos sedibus Diocletianus transtulit in Pannoniam.—S.-M.
[825] Il occupait cette dernière charge en l'an 366, comme on le voit par une loi de Valentinien, qu'il reçut le 17 novembre de cette année.—S.-M.
[826] Tamquam subterraneus serpens per humiliora reptando, nondum majores funerum excitare poterat causas. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[827] Ce n'était qu'un vain bruit. Ut circumtulit rumor, dit Ammien Marcellin, l. 28, c. 1.—S.-M.
VII.
Il est chargé de rechercher les crimes de magie.
Chilon, qui avait été vicaire des préfets[828], et sa femme Maxima, accusèrent trois personnes[829] d'avoir attenté à leur vie par des maléfices. Olybrius préfet de Rome, à qui la connaissance de cette affaire appartenait, étant tombé malade, ils demandèrent pour juge l'intendant des vivres; et l'empereur, pour procurer une plus prompte exécution, souscrivit à leur requête. Armé de ce pouvoir, Maximin donna libre carrière à sa cruauté naturelle[830]. Il fit appliquer à la question les accusés, et sur leurs dépositions, vraies ou fausses, il mit à la torture un grand nombre de personnes. Chaque interrogatoire produisait de nouvelles charges, et le nombre des prétendus coupables se multipliait à l'infini. Des trois premiers accusés, Maximin en fit expirer deux sous les coups de lanières chargées de balles de plomb, parce que pour les engager à révéler leurs complices, il leur avait juré qu'il ne les ferait périr ni par le fer ni par le feu: comme il n'avait rien juré au troisième, il le condamna à être brûlé vif. Ce barbare commissaire[831], jaloux d'étendre sa juridiction sur les têtes les plus distinguées, fit entendre à l'empereur qu'il fallait redoubler de rigueur pour découvrir tant de forfaits, et pour en tarir la source: et Valentinien, toujours prêt à s'enflammer, déclara que les crimes de cette espèce seraient traités comme ceux de lèse-majesté; et qu'en conséquence nulle dignité, nul[832] privilége n'exempterait de la torture. Afin d'augmenter le pouvoir de Maximin, il le nomma vicaire des préfets; et comme si ce n'était pas assez de cette ame farouche, il lui donna pour adjoint le secrétaire Léon, monstre aussi altéré de sang, auparavant gladiateur en Pannonie, depuis maître des offices[833]. Le nouveau titre de Maximin, et l'union d'un collègue si bien assorti, le rendirent plus redoutable. Il s'attribua la connaissance de toutes les sortes de crimes, et s'érigea en inquisiteur général.
[828] Chilo ex vicario et conjux ejus Maxima nomine. Amm. Marcel. l. 28, c. 1. On voit par une loi de Valentinien, que c'était en Afrique qu'il avait exercé sa charge.—S.-M.
[829] C'étaient le musicien Séricus, le palestrite Asbolius et l'aruspice Campensis. Organarius Sericus, et Asbolius palæstrita, et haruspex Campensis. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[830] Acceptâ igitur nocendi materiâ Maximinus effudit genuinam ferociam, pectori crudo adfixam. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[831] Tartareus cognitor. Amm. Marc. l. 28, c. 1. Il le nomme un peu plus loin, ferreus cognitor.—S.-M.
[832] Divorum arbitria; c'est ainsi que l'on désignait les rescrits ou ordonnances des empereurs.—S.-M.
[833] Sociavit ad hæc cognoscenda quæ in multorum pericula struebantur, Leonem notarium, postea officiorum magistrum, bustuarium quemdam latronem Pannonium. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
VIII.
Ses cruautés.
Tout l'Occident était consterné: l'innocence ne voyait nulle ressource contre des procédures précipitées, où la peine n'attendait pas la conviction. Entre tant de malheureux, l'histoire ne distingue qu'un petit nombre des plus remarquables. Hymétius, qui avait été vicaire de Rome sous le règne de Julien, était estimé pour sa vertu: on croit qu'il était oncle de sainte Eustochia[834], si connue par les éloges que lui donne saint Jérôme. Lorsqu'il gouvernait l'Afrique en qualité de proconsul, il distribua aux habitants de Carthage, dans un temps de stérilité, le blé qu'on destinait à la subsistance de Rome. Il vendit ce blé au prix d'un sou d'or pour dix boisseaux. La récolte qui suivit ayant été fort abondante, il racheta la même quantité de blé sur le pied d'un sou d'or pour trente boisseaux, remplit les greniers, et renvoya au trésor du prince le profit qui résultait de cette opération. L'empereur devait des récompenses à un si exact désintéressement; il aima mieux soupçonner Hymétius de malversation, et confisqua une partie de ses biens. L'injustice n'en demeura pas là. Un délateur inconnu accusa secrètement Amantius, devin alors fort renommé, d'avoir prêté son ministère à Hymétius pour opérer des maléfices. Le devin, appliqué à la torture, persistait dans la négative, lorsqu'on trouva dans ses papiers un billet de la main d'Hymétius; celui-ci le priait d'employer les secrets de son art pour adoucir la colère de l'empereur, et il laissait échapper quelques traits satiriques sur l'avarice et la dureté du prince[835]. On n'examina pas la vérité de ce billet. Frontinus, assesseur du proconsul[836], accusé d'avoir trempé dans cette intrigue obscure, s'avoua coupable dans les tourments de la question, et fut relégué dans la Grande-Bretagne. Amantius fut mis à mort. On conduisit Hymétius à Ocriculum pour y être jugé par Ampélius, préfet de Rome, et par le vicaire Maximin; comme il se voyait sur le point d'être condamné, il en appela à l'empereur. Le prince renvoya au sénat la connaissance de cette affaire. Après une exacte révision du procès, on se contenta d'exiler Hymétius dans l'île de Bua [Boas] en Dalmatie; et Valentinien se montra fort offensé qu'on l'eût condamné à une peine si légère.
[834] Il était frère de Toxotius, père de cette sainte, comme on le voit par les lettres de saint Jérôme.—S.-M.
[835] Cujus extima parte quædam invectiva legebantur in principem, ut et avarum et truculentum. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[836] Frontinus consiliarius antedicti. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
IX.
Condamnations.
Pour apaiser sa colère, le sénat lui députa Prétextatus, Vénustus et Minervius[837]. Ces trois sénateurs distingués par leur mérite et par leurs anciens services, le supplièrent de vouloir bien proportionner les punitions à la nature des crimes[838], et ne pas dépouiller le sénat de ses anciens priviléges, en assujettissant les sénateurs à la torture lorsqu'il ne s'agissait pas du crime de lèse-majesté. Valentinien les rebuta d'abord, disant qu'il n'avait jamais donné de pareils ordres, et que c'était une calomnie. Mais le questeur Eupraxius, toujours ferme dans les intérêts de la justice et de la vérité, lui représenta avec respect que les remontrances du sénat étaient bien fondées. Cette liberté ramena le prince à de sages réflexions; il rétablit le sénat dans ses droits, mais il n'ôta pas à Maximin le pouvoir de continuer ses procédures cruelles. Lollianus, fils de Lampadius, ce préfet de Rome dont nous avons parlé ailleurs[839], était encore dans la première jeunesse[840]; il fut convaincu d'avoir copié un livre de magie[841]: comme on allait prononcer contre lui la sentence d'exil, son père lui conseilla d'en appeler à l'empereur. On le conduisit à la cour, où loin de trouver l'indulgence que son âge devait espérer, il fut mis entre les mains de Phalangius, gouverneur de la Bétique, qui, plus barbare encore que Maximin, le fit mourir par la main du bourreau[842]. Les femmes même ne furent pas épargnées. On en fit mourir plusieurs de la plus haute naissance pour cause d'adultère ou de prostitution[843]. Il y en eut une des plus qualifiées qui fut traînée toute nue au supplice; mais le bourreau fut brûlé vif en punition de cette insolence qui ne lui était pas commandée[844].
[837] Prætextatus ex urbi præfecto, et ex vicario Venustus, et ex consulari Minervius. Amm. Marc. l. 28, c. 1. Prétextatus avait été préfet de Rome en 367, et Venustus vicaire en Espagne sous Julien.—S.-M.
[838] Oraturi ne delictis supplicia sint grandiora; neve senator quisquam, inusitato et illicito more tormentis exponeretur. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[839] Voyez ci-devant, p. 262, l. XVI, § 59.—S.-M.
[840] Primæ lanuginis adulescens. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[841] Convictus codicem noxiarum artium descripsisse. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[842] Tarracius Bassus, qui fut préfet de Rome, et son frère Caménius, Marcianus et Eusaphius, tous du nombre des sénateurs qui portaient le titre de clarissimus, furent impliqués sans preuves dans une affaire d'empoisonnement avec le cocher Auchénius.—S.-M.
[843] Ammien Marcellin, l. 28, c. 1, en fait connaître deux, qui s'appelaient Claritas et Flaviana.—S.-M.
[844] Maximin fit encore périr les sénateurs Paphius et Cornélius; celui-ci était l'administrateur de la monnaie, procurator monetæ.—S.-M.
X.
Funestes artifices de Maximin pour multiplier les accusations.
Jamais les calomniateurs ne manquèrent quand la calomnie fut écoutée. Cependant Maximin, comme s'il eût appréhendé que les passions humaines ne pussent pas fournir par elles-mêmes assez de matière à sa cruauté, employait la ruse pour faciliter et multiplier les accusations. On dit qu'il tenait une corde pendue à une des fenêtres de sa maison pour la commodité des délateurs[845], qui, sans se faire connaître venaient de nuit y attacher leurs billets. Le simple énoncé tenait lieu de preuve: il avait des émissaires secrets, qui, dispersés dans la ville, affectaient de gémir de l'oppression générale, exagéraient la barbarie du vicaire, et répétaient sans cesse que l'unique ressource des accusés était de nommer au nombre de leurs complices des hommes puissants, qu'on n'oserait condamner; que les faibles et les petits s'attachant à eux comme dans un naufrage, pourraient se sauver avec eux. Ces funestes artifices épouvantaient tous les nobles; c'était en quelque sorte mettre leurs têtes à prix: ils s'humiliaient devant cet homme superbe; ils ne le saluaient qu'en tremblant; ils reconnaissaient la vérité de ses paroles, lorsque, faisant vanité de sa propre malice, il disait insolemment: Personne ne doit se flatter d'être innocent, quand je veux qu'il soit coupable[846].
[845] Resticulam de fenestra prætorii quadam remota dicitur semper habuisse suspensam. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[846] Nullum se invito reperiri posse insontem. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
XI.
Histoire d'Aginatius.
En effet, ni le crédit, ni la noblesse, ni la plus haute fortune ne pouvaient se défendre de ses attaques meurtrières. Aginatius sortait d'une famille ancienne et illustre[847]. Il avait été gouverneur de la Byzacène, et sous la préfecture d'Olybrius, il était vicaire de Rome[848]. Offensé de la préférence que l'empereur avait donnée dans l'affaire de Chilon à Maximin, magistrat subalterne, il résolut de renverser la fortune naissante du nouveau favori. Maximin portait déjà l'arrogance jusqu'à mépriser Probus, préfet du prétoire, et le plus grand seigneur de l'empire[849]. Aginatius tâcha d'exciter la jalousie de Probus; il lui offrit ses services pour écarter un aventurier superbe, qui osait se mesurer avec un homme de son mérite et de son rang. Probus, en cette occasion, donna lieu à des soupçons qui le déshonorèrent: on prétendit qu'il avait sacrifié Aginatius à sa faible politique, et qu'il avait eu la lâcheté de mettre entre les mains de Maximin les lettres d'Aginatius. Maximin résolu de prévenir celui-ci, ne s'occupa plus que des moyens de le perdre; et son ennemi, plus vif et plus ardent que prudent et circonspect, ne lui en fournissait que trop d'occasions. Victorinus, confident de Maximin, venait de mourir, laissant par testament à son ami des sommes considérables. Aginatius publiait qu'il n'en laissait pas encore assez; que ce n'était qu'une petite portion des profits que Victorinus avait faits, en vendant par un infâme trafic les sentences de Maximin: il inquiétait Anepsia, veuve de Victorinus, la menaçant de la dépouiller d'une fortune si mal acquise. Anepsia, pour s'appuyer d'une protection puissante, fit encore présent à Maximin de trois mille livres pesant d'argent, feignant que son mari l'avait ainsi ordonné par un codicile. Mais ce magistrat, aussi avare que sanguinaire, n'eut pas honte de lui demander la moitié de toute la succession, et, pour envahir le reste, il lui proposa le mariage de son fils avec la fille de Victorinus, ce qu'Anepsia n'osa refuser[850].
[847] Ammien Marcellin doute cependant, l. 28, c. 1, de la noblesse et de l'antiquité de sa race. Aginatium, dit-il, jam indè a priscis majoribus nobilem, ut locuta est pertinacior fama: nec enim super hoc ulla documentorum rata est fides.—S.-M.
[848] C'est sous Julien, en l'an 363, qu'il avait été consulaire de la Byzacène; il fut vicaire de Rome en 369.—S.-M.
[849] Vir summatum omnium maximus. Amm. Marc. l. 28, c. 1.—S.-M.
[850] Il paraît, au contraire, que cette femme n'était pas fille de Victorinus, mais fille de sa femme; car Ammien Marcellin dit, l. 28, c. 1, Victorini privignam Anepsiæ filiam petit filio conjugem.—S.-M.
XII.
Méchanceté de Simplicius successeur de Maximin.
Les choses étaient dans cet état, lorsque Valentinien rappela Maximin à la cour, et le nomma préfet du prétoire de la Gaule. Il lui donna Ursicin pour successeur dans la charge de vicaire du préfet d'Italie. Ursicin était d'un caractère modéré. Dès la première affaire qui fut portée devant lui, il s'attira par sa douceur le mépris de la cour et la disgrace du prince[851]. L'empereur l'ayant aussitôt révoqué comme un magistrat faible et inutile, mit à sa place Simplicius. Celui-ci né dans la ville d'Émona[852], méritait de succéder à Maximin, dont il était le conseil[853]. C'était un esprit sombre et rempli de la plus noire méchanceté. Il débuta par des supplices, et confondant ensemble les innocents et les coupables, il s'efforça de surpasser[854] son prédécesseur par son acharnement contre la noblesse.