[1022] Vigilavit justitiæ oculus sempiternus, ultimæque legatorum et præsidis diræ. Amm. Marc. l. 28, c. 6. Il dit ailleurs, l. 30, c. 6, en se servant de la même métaphore, sempiternus vindicavit justitiæ vigor.—S.-M.
[1023] C'était une lettre d'un certain Métérius, adressée à Romanus son patron. Domino patrono Romano Meterius. Amm. Marc. l. 28, c. 6.—S.-M.
[1024] «De ce que, y est-il dit, dans l'affaire des Tripolitains, il avait menti aux oreilles sacrées.» Quὸd in causa Tripolitanorum apud aures sacras mentitus est. Amm. Marc. l. 28, c. 6.—S.-M.
L.
Suite de cette affaire sous Gratien.
Après la mort de Valentinien, Érechthius et Aristoménès se présentèrent à Gratien, et l'instruisirent de la vérité, qui n'avait jamais été entièrement connue de son père. Ce prince les adressa au proconsul Hespérius[1025], et au vicaire Flavianus[1026], magistrats éclairés, et dont la justice était incorruptible. Ils firent arrêter Cécilius; il avoua dans la question que c'était lui qui avait engagé les habitants à désavouer leurs propres députés; sa déposition fut envoyée à Gratien. Romanus, toujours prisonnier depuis que Théodose l'avait fait arrêter, ne se tint pas encore pour convaincu; aussi hardi à nier ses crimes qu'à les commettre, il obtint d'être transporté à Milan, où la cour était alors. Il y fit venir Cécilius, à dessein d'accuser le proconsul et le vicaire, d'avoir trompé l'empereur, pour favoriser la province; il trouva même un protecteur dans le comte Mellobaudès, qui pouvait beaucoup auprès de Gratien; et il eut le crédit de faire appeler à Milan plusieurs Tripolitains, dont la présence était, disait-il, nécessaire à sa justification; ils vinrent en effet; mais Romanus, ne put ni les intimider, ni les corrompre: ils persistèrent à déposer la vérité. L'histoire ne parle plus de Romanus; et le principal acteur de tant d'impostures et de scènes sanglantes disparaît tout à coup, sans qu'on soit instruit de son sort. Il serait bien étrange, que ce monstre de cruauté, d'avarice et de fourberie, après avoir si long-temps trompé son souverain, et fait périr tant d'innocents, convaincu enfin des plus noirs forfaits, eût échappé au supplice, et qu'il n'eût été puni que par les malédictions de ses contemporains, et l'horreur de la postérité.
[1025] On voit par une loi insérée dans le Code Théodosien, qu'Hespérius qui était proconsul d'Afrique en l'an 376, fut dans la suite préfet du prétoire des Gaules.—S.-M.
[1026] Une autre loi du Code Théodosien nous fait voir que Flavianus exerçait les fonctions de vicaire d'Afrique, en l'an 377. En l'an 382, il était préfet du prétoire d'Illyrie et d'Italie, charge qu'il occupa de nouveau en 391. On apprend d'une inscription antique qu'il s'appelait Virius Nicomachus Flavianus.—S.-M.
LI.
Révolte de Firmus.
Amm. l. 29, c. 5.
[Aurel. Vict. epit. p. 230.]
Zos. l. 4, c. 16.
Oros. l. 7, c. 33.
Symm. l. 1, ep. 64.
S. Aug. ep. 87, t. 2, p. 213, et in Parmen. l. 1, c. 10 et 11, t. 9, p. 22 et 23.
Ce furent encore ses pernicieuses intrigues, qui jetèrent Firmus dans le désespoir: la haine que le comte s'était attirée, donna des partisans au rebelle, et pensa faire perdre à l'empire les vastes contrées de la Mauritanie, ainsi que nous l'allons raconter. Nubel, qui tenait le premier rang entre les Maures[1027], laissa en mourant sept fils, Firmus, Zamma, Gildon, Mascizel, Dius, Salmacès, Mazuca, et une fille nommée Cyria. Zamma, lié d'amitié avec le comte Romanus, fut assassiné par Firmus, son frère; le comte résolut de faire punir le meurtrier, et ce dessein, n'avait rien que de louable; mais Romanus ne savait poursuivre la justice même, que par des voies obliques et injustes. Les amis qu'il avait à la cour, et surtout Rémigius, appuyèrent auprès du prince le rapport de Romanus, et ôtèrent à Firmus tous les moyens de défense qu'on accorde aux plus grands criminels: l'empereur ne voulut ni écouter ses envoyés, ni recevoir ses apologies. Firmus, voyant qu'il allait être la victime de cette cabale, prévint sa perte par la révolte[1028]; il y trouva les esprits disposés; les concussions du comte soulevaient tout le pays; un grand nombre de soldats romains, et même des cohortes entières, vinrent se ranger sous les drapeaux du rebelle. Suivi d'un grand corps de troupes, il entra dans Césarée, capitale de la province[1029]: c'est aujourd'hui la ville d'Alger; il la saccagea[1030] et la réduisit en cendres. Fier de ce succès, il prit le titre de roi[1031], et ce fut un tribun romain, qui lui posa son collier sur la tête, pour lui tenir lieu de diadème. Les Donatistes, furent les plus ardents à se déclarer en sa faveur[1032]; comme ils étaient divisés en deux sectes, l'une s'appuya de ses armes pour écraser l'autre[1033]. Un de leurs évêques, lui livra la ville de Rucate[1034], où il ne maltraita que les catholiques.
[1027] Il paraît que ce chef barbare portait parmi les siens le titre de roi. Nubel velut regulus per nationes Mauricas potentissimus, dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 5. Saint Augustin n'hésite pas à appeler Firmus, fils de Nubel, un roi barbare. Regem barbarum Firmum, dit-il (in Parmen. l. 1, c. 10, t. 9, p. 22). J'aurai dans la suite plusieurs fois occasion de faire remarquer que, pendant la domination des Romains sur l'Afrique, il existait un grand nombre de chefs indigènes, maures, numides, gétules ou libyens, qui prenaient le titre de rois, et étaient restés à peu près indépendants au milieu du mont Atlas.—S.-M.
[1028] Ab imperii ditione descivit; une lacune qui se trouve après ces mots dans le texte d'Ammien Marcellin, l. 29, c. 5, nous empêche de connaître quelles furent d'après cet historien les premières entreprises de Firmus. Cette révolte dut arriver en l'an 372; car on voit, par une loi de cette année, que, le 29 juin, Romanus était encore comte de l'Afrique; et Rémigius, maître des offices, qui, par sa connivence, fut cause de cette guerre, mourut en l'an 373. Voyez Tillemont, Hist. des emper. Valentinien, note 47.—S.-M.
[1029] Cæsaream, urbem nobilissimam Mauritaniæ, barbaris in prædam dedit. Oros. l. 7, c. 33.—S.-M.
[1030] On peut au sujet de la belle conduite que l'évêque Clément tint en cette circonstance, consulter une lettre de Symmaque, l. 1, ep. 64. Voyez ci-après, § 55, p. 472.—S.-M.
[1031] Hujus tempore Firmus apud Mauritaniam regnum invadens. Vict. epit. p. 230. Orose dit la même chose plus clairement, l. 7, c. 33: Interea in Africæ partibus Firmus sese, excitatis Maurorum gentibus, regem constituens, Africam Mauritaniamque vastavit. St. Augustin, comme je l'ai déja remarqué, p. 465, note 1, ne balance pas à lui donner le titre de roi. Bien plus, selon Zosime, l. 4, c. 16, il se serait revêtu de la pourpre et aurait pris le titre d'empereur. Son témoignage est formel. Λίβυες... Φίρμῳ τὴν ἁλουργίδα δόντες, ἀνέδειξαν βασιλέα.—S.-M.
[1032] Quoiqu'il eût été le plus cruel ennemi des Romains, ces sectaires regardaient cependant Firmus comme un prince légitime; c'est ce que dit Saint Augustin, in Parmen. l. 1, c. 10, t. 9, p. 22. Etsi illum licet hostem immanissimum Romanorum in legitimis numerent. Cette observation de l'évêque d'Hippone est encore une preuve indirecte que Firmus avait pris effectivement le titre d'empereur.—S.-M.
[1033] Les Donatistes dissidents portaient le nom de Rogatistes. Ils embrassèrent le parti de Firmus, d'où ils reçurent le nom de Firmianiens, comme l'atteste S. Augustin, ep. 87, t. 2, p. 213, de Rogatensibus non dixerim, qui vos Firmianos appellare dicuntur.—S.-M.
[1034] Cette ville, nommée aussi Rusicade, était dans la Numidie ou Mauritanie Césarienne. Elle était sur le bord de la mer.—S.-M.
LII.
Théodose envoyé contre Firmus.
Valentinien qui était encore à Trêves, mais qui bientôt après, se transporta à Milan[1035], crut qu'il devait opposer à ce rebelle entreprenant et hardi un général aussi prudent que brave et intrépide. Il donna à Théodose quelques-unes des troupes de la Gaule; mais pour ne pas trop dégarnir cette province, où l'on craignait toujours les incursions des Allemans, il tira des cohortes, de la Pannonie et de la Mésie supérieure. Théodose partit d'Arles, et aborda à [Igilgili][1036], dans la Mauritanie [Sitifense][1037], avant qu'on eût en Afrique, aucune nouvelle de son départ; il y trouva le comte Romanus, qui commençait à être suspect à l'empereur: il avait un ordre secret de l'arrêter; mais comme ses troupes n'étaient pas encore arrivées, craignant que ce méchant homme ne se portât à quelque extrémité dangereuse, il se contenta de lui reprocher avec douceur sa conduite passée, et l'envoya à Césarée, avec ordre de veiller à la sûreté de ces quartiers; il fit aussi de fortes réprimandes à Vincentius, lieutenant de Romanus[1038], et complice de ses rapines et de ses cruautés[1039]. Lorsqu'il eut réuni, tout ce qu'il attendait de troupes, il donna des gardes à Romanus, et se rendit à Sitifis.
[1035] On voit par les lois insérées dans le Code Théodosien que Valentinien se trouvait à Milan depuis le 28 juin jusqu'au 18 novembre de l'an 372. Il y était encore le 5 février 373, mais il retourna bientôt dans les Gaules, et il était à Trèves le 21 mai.—S.-M.
[1036] Cette ville est Gigéri, place maritime du royaume d'Alger.—S.-M.
[1037] Ad Sitifensis Mauritaniæ litus, quod appellant accolæ Igilgitanum. Amm. Marc. l. 39, c. 5.—S.-M.
[1038] L'ordre d'arrêter cet officier fut exécuté par Gildon, frère de Firmus, et par un certain Maxime. Ce Gildon fut dans la suite comte d'Afrique, et oubliant le sort de son frère, comme le dit Claudien (de bello Gildon., v. 333 et seq.), il se révolta contre Honorius.
[1039] Qui curans Romani vicem, incivilitatis ejus erat particeps et furtorum. Amm. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
LIII.
Conduite prudente de Théodose.
Ce général s'occupa d'abord à dresser le plan de la guerre; il fallait conduire, dans un pays brûlé par les excessives chaleurs, des soldats accoutumés aux climats froids de la Gaule et de la Pannonie; on avait affaire à des ennemis exercés à voltiger sans cesse, plus propres à des surprises qu'à des batailles[1040]. Firmus de son côté, alarmé de la réputation de Théodose, parut disposé à rentrer dans le devoir; il s'excusa du passé par députés et par lettres; il protesta que la seule nécessité l'avait jeté dans la révolte, offrant pour l'avenir toutes les assurances qu'on exigerait de lui. Théodose lui promit la paix, quand il aurait donné des otages; mais il ne s'endormit pas sur ces belles apparences de soumission: il manda à tous les corps de troupes répandus dans l'Afrique, de le venir joindre[1041]. Les ayant réunis avec ceux qu'il avait amenés[1042], il les anima à bien faire, par cette éloquence militaire qui lui était naturelle; il fit toutes les dispositions nécessaires pour entrer en campagne; il se concilia l'amour des peuples, en déclarant que ses troupes ne seraient point à charge à la province, et qu'elles ne subsisteraient qu'aux dépens des ennemis[1043].
[1040] Agensque in oppido sollicitudine diducebatur ancipiti, multa cum animo versans, quâ viâ quibusve commentis per exustas caloribus terras pruinis adsuetum duceret militem: vel hostem caperet discursatorem et repentinum, insidiisque potius clandestinis, quam præliorum stabilitate confisum. Am. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1041] Dans une position militaire appelée Panchariana, dont la situation est inconnue. Dux ad recensendas legiones quæ Africam tuebantur, ire pergebat ad Pancharianam stationem, quo convenire præceptæ sunt. Amm. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1042] Il y joignit encore des troupes du pays; concitato indigena milite cum eo quem ipse perduxerat, dit Amm. Marcellin, l. 29, c. 5.—S.-M.
[1043] Il disait que les moissons et les magasins des ennemis, étaient les seuls qui pussent convenir à la valeur de ses soldats. Messes et condita hostium virtutis nostrorum horrea esse, fiduciâ memorans speciosâ. Amm. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
LIV.
Ses premiers succès.
Après avoir inspiré la confiance, il se mit en marche; et comme il approchait de la ville de Tubusuptus[1044], située au pied d'une chaîne de montagnes, qui portaient le nom de montagnes de fer[1045], il reçut de nouveaux députés de Firmus. Il les congédia sans réponse, parce qu'ils n'amenaient point d'otages, ainsi qu'il en avait demandé. De tous les frères de Firmus, Gildon seul était demeuré fidèle; il servait dans l'armée de Théodose: les autres, suivaient le parti du rebelle, qui les employait comme ses lieutenants. Le général romain, s'avançant avec précaution dans ce pays inconnu, rencontra un grand corps de troupes légères[1046], commandées par Mascizel[1047] et par Dius. Après quelques décharges de flèches, on se mêla; le combat fut sanglant, et la victoire demeura aux Romains: ce qui les étonna le plus en cette rencontre, ce furent les cris affreux de ces Barbares, lorsqu'ils étaient pris ou blessés[1048]. On fit le dégât dans les campagnes; on détruisit un château d'une vaste étendue, qui appartenait à Salmacès[1049]; on s'empara de la ville de Lamfocté[1050]; Théodose y établit des magasins, pour en tirer des subsistances, s'il n'en trouvait pas dans l'intérieur du pays. Cependant Mascizel, ayant rallié les fuyards et rassemblé de nouvelles troupes[1051], vint attaquer de nouveau les Romains; et après avoir perdu un grand nombre des siens, il n'échappa lui-même, que par la vitesse de son cheval.
[1044] Cette ville, dont la position est inconnue, était à 65 milles au nord-ouest de Sitifis, sur la route de Saldas, ville de la côte.—S.-M.
[1045] Tubusuptum progressus oppidum Ferrato contiguum monti. Amm. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1046] Ces troupes appartenaient à deux tribus barbares qu'Ammien Marcellin nomme, l. 29, c. 5, Tyndensis et Massissensis, et qui nous sont tout à fait inconnues d'ailleurs. Concito gradu, dit-il, Tyndensium gentem et Massissensium petit, levibus armis instructas.—S.-M.
[1047] Ce Mascizel fut, sous Honorius, chargé de réduire son frère Gildon. Il le vainquit et le fit périr, comme on le verra liv. XXVI, § 48.—S.-M.
[1048] Interque gemitus mortis et vulnerum audiebantur barbarorum ululabiles fletus captorum et cæsorum. Amm. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1049] C'était un domaine nommé Pétra, dont Salmacès avait fait une sorte de ville. Inter quos clades eminuere fundi Petrensis, excisi radicitus: quem Salmaces dominus, Firmi frater in modum urbis exstruxit. Amm. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1050] Cette place, dont la position est inconnue, était au milieu même du pays occupé par les ennemis. Lamfoctense oppidum occupavit, inter gentes positum antedictas. Amm. Marc. l. 99, c. 5. Cet auteur veut sans doute désigner les nations mentionnées ci-dessus, p. 469, note 4.—S.-M.
[1051] Parmi les nations voisines. Mascizel reparatis viribus nationum confinium adminicula ductans, dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 5.—S.-M.
LV.
Firmus se soumet.
Le rebelle, découragé par ces mauvais succès, députa des évêques pour offrir des otages et demander la paix[1052]. C'étaient apparemment des évêques Donatistes. Théodose exigea des vivres pour son armée. Firmus accepta la condition, et ayant envoyé des présents, il alla lui-même avec confiance trouver Théodose. A la vue de l'armée romaine et de la contenance fière du général, il affecta de paraître effrayé; il descendit de cheval et se prosterna aux pieds de Théodose, avouant avec larmes sa témérité et demandant grace. Le vainqueur le releva et le rassura en l'embrassant[1053]. Firmus remit les vivres qu'il avait promis, laissa plusieurs de ses parents pour otages, donna parole de rendre les prisonniers, et se retira. Deux jours après il renvoya à Icosium[1054] plusieurs enseignes militaires, et une partie du butin[1055] qu'il avait fait dans ses courses. Théodose reprit la route de Césarée. Après de longues marches, comme il entrait dans la ville de Tipasa[1056], colonie maritime entre Icosium et Césarée, il rencontra les députés des Maziques[1057], qui venaient implorer sa clémence. Cette nation belliqueuse s'était liguée avec le rebelle. Le général romain leur répondit avec fierté, qu'il irait incessamment les chercher lui-même pour tirer raison de leur perfidie. Ils se retirèrent en tremblant, et Théodose arriva à Césarée[1058]. Cette ville lui offrit un déplorable spectacle: il n'y restait plus que des masures et des monceaux de pierres calcinées par les flammes. La première et la seconde légion eurent ordre d'enlever les cendres et les décombres, de rebâtir cette belle ville, et d'y demeurer en garnison. Firmus avait enlevé les deniers du fisc. Quelques années après, les officiers de l'empereur prétendirent en rendre les magistrats responsables. Mais l'évêque Clément arrêta par ses représentations cette injuste poursuite; et le zèle de ce charitable prélat fut appuyé du crédit de Symmaque, et loué des païens même.
[1052] Christiani ritus antistites oraturos pacem cum obsidibus misit. Amm. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1053] Parce que l'intérêt de la république l'exigeait, dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 5. Quoniam id reipublicæ conducebat.—S.-M.
[1054] Il paraît que cette ville où Vespasien avait établi une colonie romaine, est le lieu appelé par les modernes Sarsal. On y trouve des ruines très-considérables, et souvent mentionnées dans les auteurs arabes, à cause de leur extrême magnificence. Elles ont été visitées et décrites, mais avec trop peu de détails, par le voyageur Shaw, t. 1, p. 49-55.—S.-M.
[1055] Parmi ces objets était une couronne sacerdotale, coronam sacerdotalem, c'est-à-dire une de ces couronnes d'or que les pontifes païens de chaque province, avaient coutume de porter. Voy. à ce sujet la note de Valois ad Am. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1056] Tipasa était une colonie romaine, voisine de Césarée ou Alger. Il faut bien la distinguer d'une autre ville du même nom, qui était dans la Numidie, et dont l'emplacement conserve encore le nom de Taïfas.—S.-M.
[1057] Le nom des Maziques se trouve répandu depuis la Mauritanie jusqu'aux frontières de l'Égypte, où ils n'étaient pas moins connus que dans l'Afrique proconsulaire, par leurs fréquentes incursions. J'ai lieu de croire que ce nom qui se trouve très-souvent et avec quelques légères différences dans les auteurs anciens, s'appliquait à la principale et à la plus puissante des nations indigènes de l'Afrique, aux peuples qui portent actuellement le nom de Berbères. Je pense même que c'était là le nom national de cette puissante race d'hommes; et je regarde comme constant qu'il s'est perpétué parmi eux jusqu'à nos jours.—S.-M.
[1058] Urbem opulentam quondam et nobilem. Am. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
LVΙ.
Punition des déserteurs.
La nouvelle de la paix s'étant répandue, les magistrats de la province et le tribun Vincentius, qui, jusqu'alors s'étaient tenus cachés, de crainte de tomber entre les mains de Firmus, vinrent joindre Théodose. Il était encore à Césarée, quand il apprit que Firmus n'avait demandé la paix qu'à dessein d'endormir sa vigilance, et de tomber sur l'armée romaine lorsqu'elle s'y attendrait le moins. Il marcha aussitôt vers la ville de Zuchabbari[1059], où il surprit un détachement de déserteurs romains[1060], commandés par plusieurs tribuns, entre lesquels était celui qui avait posé son collier sur la tête de Firmus. Pour leur faire croire qu'il se contentait à leur égard d'un châtiment léger, il les réduisit au dernier grade de la milice, et se rendit avec eux à Tigava[1061]. Gildon et Maxime, qu'il avait envoyés dans le pays des Maziques, revinrent le joindre dans cette ville; ils lui amenaient deux chefs de ces Barbares, nommés Bellénès et Féricius[1062], qui s'étaient mis à la tête de la faction de Firmus. Ayant réuni tous ces coupables, afin de rendre le spectacle de la punition plus terrible, et de n'être pas obligé d'y revenir à plusieurs fois, il ordonna le soir même à des officiers et à des soldats de confiance, de se saisir pendant la nuit de tous ces traîtres, de les conduire enchaînés dans une plaine hors de la ville, et de faire ensuite assembler autour d'eux toute l'armée. L'ordre fut exécuté. Théodose se rendit en ce lieu au point du jour, et trouvant ces criminels environnés de ses troupes: Fidèles camarades, dit-il à ses soldats, que pensez-vous qu'on doive faire de ces perfides? Tous s'écrièrent qu'ils méritaient la mort. Cette sentence ayant été prononcée par toute l'armée, le général abandonna les fantassins aux soldats pour les assommer à coups de bâtons[1063]: c'était l'ancienne punition des déserteurs. Il fit couper la main droite aux officiers de cavalerie, et trancher la tête aux simples cavaliers, aussi-bien qu'à Bellénès, à Féricius,et à un tribun[1064] nommé Curandius, qui dans un combat avait refusé de charger l'ennemi. Cette sévérité ne manqua pas de trouver des censeurs parmi les courtisans jaloux de la gloire de Théodose; mais elle rétablit la discipline en Afrique; et la suite fit connaître que la vigueur dans l'exercice du commandement est plus salutaire aux soldats qu'une fausse indulgence[1065].
[1059] Cette ville avait le titre de municipe, ad municipium Sugabarritanum; elle était voisine d'une montagne appelée Transcellensis; Transcellensi monti adcline. Amm. Marc. l. 29, c. 5. Ptolémée la nomme Zouchabbari. Elle était épiscopale.—S.-M.
[1060] Les uns appartenaient à la 4e cohorte des archers, equites quartæ sagittariorum cohortis; les autres étaient d'un corps d'infanterie qui portait le nom de Constantiens, Constantianorum peditum partent. Am. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1061] Cette ville, qui était épiscopale, est mentionnée dans l'itinéraire d'Antonin, qui la place sur la route de Calama à Rusucurrum.—S.-M.
[1062] Reverterunt Gildo et Maximus, Bellenen e principibus Mazicum et Fericium gentis præfectum ducentes, qui factionem juverant quietis publicæ turbatoris. Amm. Marc. l. 29, c. 5. Un passage de la lettre de saint Augustin à Hésychius, ep. 199, t. 2, p. 758, sert à indiquer la différence qu'il y avait entre le rang de ces deux personnages. Bellénès devait à la naissance la qualité de prince des Maziques, tandis que Féricius était un chef nommé par les Romains. Les Barbares de l'Afrique, dit ce père de l'Église, sont innombrables, sunt apud nos barbaræ innumerabiles gentes; ils n'ont point de rois, non habeant reges suos, mais des commandants qui leur sont donnés par les Romains, sed super eos præfecti a Romano constituantur imperio. Il ajoute que ces peuplades et leurs chefs étaient chrétiens, illi et ipsi eorum præfecti christiani esse cœperunt. On aura par la suite occasion de remarquer que plusieurs des tribus maures et numides avaient cependant conservé leur ancienne croyance long-temps après cette époque.—S.-M.
[1063] Prisco more militibus dedit occidendos. Amm. Marc. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1064] C'était le tribun des archers, tribunus sagittariorum.—S.-M.
[1065] Salutaris vigor vincit inanem speciem clementiæ. C'est un passage de la 2e lettre de Cicéron à Brutus, qui est cité par Ammien Marcellin, l. 29, c. 5.—S.-M.
LVII.
La guerre recommence.
On alla ensuite attaquer le château de Gallonas, place très-forte qui servait de retraite aux Maures[1066]. L'armée y entra par la brèche, passa tous les habitants au fil de l'épée, et rasa les murailles. De là Théodose, après avoir traversé le mont Ancorarius[1067], comme il approchait de la forteresse de Tingita[1068], rencontra une armée de Maziques[1069], qui annoncèrent leur arrivée par une grêle de traits. Les Romains les chargèrent avec vigueur, et ces Barbares, malgré leur bravoure naturelle, ne purent tenir contre des troupes bien exercées et bien commandées. Ils furent taillés en pièces, à l'exception d'un petit nombre qui ayant échappé à l'épée des vainqueurs, vinrent ensuite se rendre, et obtinrent leur pardon. Théodose qui pénétrait de plus en plus dans l'intérieur de l'Afrique, envoya le successeur de Romanus dans la Mauritanie [Sitifense], pour mettre la province à couvert, et marcha contre d'autres Barbares nommés les Musons[1070]. Ceux-ci persuadés qu'on ne leur pardonnerait pas les massacres et les ravages qu'ils avaient faits dans la province romaine, s'étaient joints à Firmus, qu'ils espéraient voir bientôt maître de tout ce vaste continent.
[1066] Fundum nomine Gallonatis, muro circumdatum valido, receptaculum Maurorum tutissimum arietibus admotis evertit. Amm. Marc. l. 29, c. 5. La position de ce lieu est tout-à-fait inconnue.—S.-M.
[1067] Per Ancorarium montem, Mazicas in unum collectos invasit. Amm. Marc. l. 29, c. 5. Aucun autre auteur ne fait mention de cette montagne que d'Anville croit être nommée actuellement Waneseris (Géog. abr. t. 3, p. 102), sans en donner aucune autorité précise.—S.-M.
[1068] Ad Tingitanum castellum progressus. Amm. Marcell. l. 39, c. 5. Rien ne fait connaître la position de ce lieu.—S.-M.
[1069] Un nommé Suggès était leur chef. Suggen eorum ductorem; une lacune de quatre lignes qui se trouve dans le texte d'Ammien Marcellin, l. 29, c. 5, après ces mots, nous empêche de connaître ce qu'il avait dit de ce personnage.—S.-M.
[1070] Gentem petit Musonem. Amm. Marc. l. 29, c. 5. C'est la seule mention qui existe de ces peuples: ils sont peut-être les Mucones, Μουκῶνοι, de Ptolémée, l. 4, c. 1.—S.-M.
LVIII.
Retraite de Théodose.
L'armée de Théodose, après les divers détachements qu'il avait été obligé de faire, était réduite à trois mille cinq cents hommes. Étant arrivé près de la ville d'Adda[1071], il apprit qu'il allait avoir sur les bras une multitude innombrable. Cyria, sœur de Firmus, puissante par ses richesses, soutenait avec une ardeur opiniâtre la révolte de son frère; elle mettait en mouvement toute l'Afrique jusqu'au mont Atlas. Tant de Barbares différents de mœurs, de figure, d'armes, de langage[1072], aguerris par l'habitude de combattre les lions de leurs montagnes, et presque aussi féroces que ces animaux, traversaient ces plaines arides et marchaient à Théodose. Bientôt ils parurent à la vue de l'armée romaine. On ne pouvait les attendre sans s'exposer à une perte certaine. On prit donc le parti de se retirer. Les Barbares précipitent leur marche; ils atteignent l'ennemi, l'enveloppent, l'attaquent avec furie. Les Romains, sûrs de périr, ne songeaient qu'à vendre bien cher leur vie, lorsqu'on aperçut un grand corps de troupes qui approchait. C'étaient des Maziques qui venaient se joindre aux autres Barbares. Mais ceux-ci voyant des déserteurs romains à la tête, et s'imaginant que c'était un secours pour Théodose, prirent la fuite et le laissèrent continuer librement sa retraite. Il arriva à un château qui appartenait à Mazuca[1073], où il fit brûler vifs quelques déserteurs, et couper les mains à plusieurs autres. Après avoir tenu la campagne une année entière, parce que l'hiver est inconnu dans ces climats, il revint à Tipasa[1074] au mois de février, lorsque Gratien était consul pour la troisième fois avec Équitius.
[1071] Juxta Addense municipium. Amm. Marc. l. 29, c. 5. La position de ce lieu n'est pas plus connue que celle des autres villes déjà mentionnées.—S.-M.
[1072] Dissonas cultu et sermonum varietate nationes plurimas unum spirantibus animis. Amm. Marcell. l. 29, c. 5.—S.-M.
[1073] C'était plutôt un lieu appelé Mazucanum, du nom sans doute de Mazuca, frère de Firmus. Exinde Theodosius ad fundum venisset nomine Mazucanum. Amm. Marcell. l. 29, c. 5. Il est impossible d'en indiquer la position.—S.-M.
[1074] Le texte d'Ammien Marcellin, l. 29, c. 5, porte ici Tipata. Tipatam mense februario venit.—S.-M.
An 374.
LIX.
Il se remet en campagne.
Pendant qu'il donnait à ses soldats le temps de se reposer, il s'occupait lui-même des moyens de terminer la guerre. Une expédition si longue et si pénible lui avait appris, qu'il était impossible de réduire à force ouverte un ennemi accoutumé à la faim, à la soif, aux ardeurs de ces sables brûlants, courant sans cesse et échappant à toutes les poursuites. Il ne trouvait d'autre expédient que de lui enlever toutes ses ressources, en détachant de son parti les peuples de ces contrées[1075]. Dans ce dessein, avant que de se remettre en marche, il envoya de toutes parts des hommes adroits et intelligents, qui, par argent, par menaces, par promesses, vinrent à bout de gagner la plupart des Barbares. Firmus était toujours en course: mais les négociations secrètes de Théodose, et la défiance que lui inspirait l'infidélité naturelle de ses alliés, lui causaient de mortelles inquiétudes. Aussitôt qu'il apprit que le général romain approchait, il se crut trahi par les siens; et s'étant évadé pendant la nuit, il prit la fuite vers des montagnes éloignées et inaccessibles[1076]. La plupart de ses troupes, abandonnées de leur chef, se débandèrent. Les Romains, trouvant le camp presque désert, le pillèrent, tuèrent ceux qui y étaient restés, et marchèrent à la poursuite de Firmus, recevant à composition les Barbares dont ils traversaient le pays. Théodose y laissait des commandants[1077], dont la fidélité lui était connue. Le rebelle, qui n'était accompagné que d'un petit nombre d'esclaves, se voyant poursuivi avec tant d'opiniâtreté, jeta ses bagages et ses provisions pour fuir avec plus de vitesse[1078]. Ce fut un soulagement pour l'armée de Théodose qui manquait de subsistances. Il fit rafraîchir ses soldats, auxquels il distribua l'argent et les vivres, et défit sans peine un corps de montagnards[1079],qui s'étaient avancés à sa rencontre jusque dans la plaine[1080].