The Project Gutenberg eBook of La flore utile du bassin de la Gambie

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Title: La flore utile du bassin de la Gambie

Author: A. Rançon

Release date: May 24, 2024 [eBook #73689]

Language: French

Original publication: Bordeaux: Imprimerie G. Gounouilhou, 1895

Credits: Galo Flordelis (This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France/Gallica and the HathiTrust Digital Library)

*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA FLORE UTILE DU BASSIN DE LA GAMBIE ***

ÉTUDE DE BOTANIQUE EXOTIQUE


LA FLORE UTILE
DU
BASSIN DE LA GAMBIE

PAR LE

Dr André RANÇON

MÉDECIN DE PREMIÈRE CLASSE DES COLONIES
CHEVALIER DE LA LÉGION D’HONNEUR


Extrait du Bulletin de la Société de géographie commerciale de Bordeaux.


BORDEAUX
IMPRIMERIE G. GOUNOUILHOU
11, RUE GUIRAUDE, 11


1895


BASSIN DE LA GAMBIE.

Dessinée par A. M. MARROT. BORDEAUX.

(Agrandissement)


LA FLORE UTILE
DU BASSIN DE LA GAMBIE

[Décoration]

Ce n’est, à notre avis, que par une connaissance approfondie des richesses minières, agricoles et forestières de son sol que l’on peut arriver à se faire une idée exacte de ce que vaut, pour la colonisation, une contrée quelle qu’elle soit. Aujourd’hui que le courage de nos explorateurs et la vaillance de nos soldats nous ont dotés d’un immense empire colonial, il importe d’indiquer à ceux de nos compatriotes qui seraient désireux de contribuer à sa mise en valeur quels sont les produits indigènes dont l’exploitation serait capable de leur donner des résultats rémunérateurs.

Dans un programme d’étude aussi vaste il n’est pas, à notre avis, de travaux, si petits et si insignifiants qu’ils paraissent, qui n’aient leur importance. Aussi avons-nous cru qu’il serait de quelque intérêt de faire une revue rapide de la Flore utile du bassin de la Gambie et de faire connaître les végétaux que l’on peut rencontrer dans ces régions, encore peu explorées, ainsi que le parti que l’on pourrait en retirer pour notre commerce et notre industrie.

Mais, auparavant, quelques détails géographiques et géologiques me semblent indispensables pour bien faire comprendre au lecteur toute l’importance de cette petite portion du vaste continent africain. Dans ce but, je ne crois pas mieux faire que de reproduire ici ce que j’écrivais, il y a déjà un an, dans mon mémoire La France en Gambie, auquel la revue Les Nouvelles géographiques avait bien voulu accorder l’hospitalité de ses colonnes.

La Gambie est, après le Congo, le Niger et le Sénégal, le plus grand fleuve de la côte occidentale d’Afrique. Elle prend sa source dans le pays de Labé, à 30 ou 35 kilomètres au nord de cette grande ville noire, dans les environs du petit village peulh de Orédimmah. Ses sources ont été particulièrement visitées par Hecquart, Bayol et Noirot. Ce n’est d’abord qu’un mince ruisseau, que les indigènes désignent sous le nom de Dimmah. Elle prend rapidement une importance considérable par suite de l’apport des eaux d’un grand nombre de marigots qui descendent du versant est du contrefort que le Fouta-Djallon émet au nord, dans cette région. Les habitants lui donnent alors le nom de Gambia, qui lui reste jusqu’à son embouchure. C’est aussi le nom que lui avaient attribué les premiers voyageurs qui l’ont explorée. Non loin des sources de la Gambie se trouvent celles du Rio Grande, la Comba des indigènes. Quelques kilomètres seulement les séparent l’une de l’autre.

Sur les 100 premiers kilomètres de son cours environ, la Gambie suit une direction générale ouest-est. Elle oblique alors brusquement au nord, et suit cette direction jusqu’au gué de Tomborocoto. Là, son cours s’infléchit tout à coup vers l’ouest, et elle se dirige dans ce sens jusqu’à l’embouchure.

Le régime de ses eaux est celui de tous les grands fleuves de la côte occidentale d’Afrique. Comme le Sénégal et le Niger, elle présente dans le cours de la même année des différences considérables de niveau. Dans sa partie moyenne, celui-ci varie, en quelques mois, de 12 à 15 mètres, du moment où il est le plus bas à celui où il est le plus élevé. Pendant l’hivernage, la Gambie est un fleuve majestueux aux eaux bourbeuses, et dont le courant est excessivement rapide. Sa largeur est alors quadruplée. En maintes régions, elle déborde, et, comme le Nil, fertilise les terrains avoisinants. Mais, dès que cessent les pluies, elle rentre rapidement dans son lit et, à la fin de la saison sèche, elle laisse à découvert les barrages qui obstruent son cours, et de nombreux bancs de sable qui, en maints endroits, forment son lit. Il n’y a pas alors, à proprement parler, de biefs véritables, car il est peu de régions où la profondeur soit uniforme.

La Gambie reçoit un grand nombre d’affluents, si nous pouvons appeler ainsi les marigots qui l’alimentent. Sur sa rive droite, nous ne trouvons, à proprement parler, qu’un seul cours d’eau qui mérite réellement le nom de rivière, parce qu’il a une source qui lui est propre : c’est la rivière Oundou. Vu leur importance, on pourrait également donner ce nom au Niocolo-Koba qui arrose le Badon et le pays de Gamon, au Balé qui coule dans le Tenda et au Sandougou, qui sépare le pays de ce nom du Niani. Mais ces cours d’eau n’ont pas d’origine première véritable. Ils ne sont uniquement formés que par les nombreux marigots qui leur apportent les eaux de pluies et d’infiltration des contrées à travers lesquelles ils coulent. Quant aux marigots proprement dits qui se jettent dans la Gambie, sur sa rive droite, ils sont innombrables, et il serait fastidieux d’en donner ici une énumération complète. Sur sa rive gauche, elle ne reçoit qu’une seule rivière également, c’est le Koulontou, que les Anglais désignent sous le nom de Rivière Grey. Elle descend du versant ouest du contrefort du Fouta-Djallon, dont nous avons parlé plus haut. C’est une jolie petite rivière qui, dans la dernière partie de son cours, sépare le Kantora du pays de Damantan. Beaucoup de marigots sont aussi tributaires de la Gambie de ce côté.

On ne saurait, en réalité, donner aux marigots le nom d’affluents. Le régime de leurs eaux diffère, en effet, absolument de celui des cours d’eaux que l’on a l’habitude de désigner ainsi. Pendant l’hivernage, ils reçoivent le trop-plein des eaux du fleuve. Leur courant est alors dirigé du fleuve vers l’intérieur des terres. Pendant la saison sèche, en revanche, ils se déversent dans le fleuve ou rivière au bassin duquel ils appartiennent. Leur courant est alors dirigé en sens contraire du précédent. Une petite levée de terre ou de sable, suivant les régions, se forme peu à peu à leur embouchure. C’est un véritable barrage qui ne tarde pas à devenir assez élevé pour arrêter complètement l’écoulement des eaux. Il se forme ainsi dans tout leur cours, de distance en distance, de véritables réservoirs où les eaux croupissent et finissent par disparaître complètement, par évaporation, sous l’action de la chaleur solaire, et quand les terrains environnants, complètement desséchés, ne peuvent plus les alimenter.

Dans la dernière partie de son cours, les marigots que reçoit la Gambie ne sont plus, à proprement parler, des marigots. Ce sont de véritables diverticula du fleuve que les Anglais désignent sous le nom de Creek.

Depuis sa source jusqu’à son embouchure, les pays qu’arrose la Gambie sont, sur la rive droite : le pays de Labé, le Koïn, le Gadaoundou, le Sangala, le Gounianta, le Dentilia, le Badon, le Gamon, le Tenda, l’Ouli, le Sandougou, le Niani, le Badibou et le Bar. Sur sa rive gauche, nous trouvons : le Labé, le Yambéring, le Tamgué, le Sabé, le Niocolo, le Coniaguié, le Bassaré, le Damantan, le Kantora, le Fouladougou, le Guimara, le Diara, le Kian et le Combo. La population de ces différents pays peut s’élever à un total d’environ 400,000 habitants, dont 60,000 à peine résident sur le territoire anglais. Partout, sauf dans le Gamon, le Badon, le Damantan et le Kantora, les rives du fleuve sont éminemment fertiles et peuvent être cultivées avec profit.

D’après l’énumération qui précède, il est facile de se rendre un compte exact de l’immense superficie du bassin de ce grand fleuve africain. Qu’il nous suffise de dire que ses limites extrêmes sont : au nord, le 13° 50′ ; au sud, le 11° 30′ de latitude nord ; à l’est, le 13° 55′ ; à l’ouest, le 19° 12′ de longitude ouest.

A l’époque des basses eaux, le fleuve est navigable pour les grands vapeurs jusqu’à l’île de Mac-Carthy. De ce point, les navires de faible tirant d’eau peuvent remonter en toutes saisons jusqu’au barrage de Kokonko-Taloto ; au-dessus, on ne peut guère, du moins pendant la saison sèche, y faire circuler que des chalands en bois et à fond plat et des pirogues indigènes. L’entrée de son estuaire est beaucoup moins dangereuse que celle du Sénégal. La mer y est meilleure et surtout plus profonde. Les navires calant 3 mètres, par exemple, peuvent, en toutes saisons, venir mouiller devant Bathurst, et là on ne trouve pas moins de 20 mètres de fond au pied même des appontements des maisons de commerce.

La constitution géologique du sol du bassin de la Gambie diffère peu de celle des autres parties du Soudan français. D’une façon générale, on peut dire qu’il appartient tout entier à la période secondaire[1]. Certes, en maints endroits, on pourra signaler l’existence d’épaisses couches d’alluvions, mais le squelette, l’ossature elle-même de tout le pays se rattache absolument à cet âge géologique. Du reste, les roches qui la forment ne peuvent laisser aucun doute à ce sujet. On n’y rencontre guère, en effet, que des grès, des quartz simples ou ferrugineux et des schistes de toutes variétés, ardoisiers, lamelleux et micacés. Dans les vallées, la croûte terrestre est formée d’argiles compactes résultant de la désagrégation des roches qui composent le terrain ardoisier et, sur les plateaux, c’est la latérite qui domine. Partout où l’on rencontre ce dernier terrain, le sol est d’une surprenante fertilité, et les indigènes en connaissent si bien la richesse que c’est là, de préférence, qu’ils cultivent les arachides, le mil, le maïs, etc., etc., qui forment la base de leur nourriture. Les bords du fleuve et des marigots, sont, en général, couverts d’alluvions récentes qui sont transformées en belles rizières pendant la saison des pluies. En fait, la masse d’eau souterraine se trouve, suivant les régions, à des profondeurs variables. Sur ces plateaux, il faut parfois descendre jusqu’à 30 et 40 mètres pour la trouver, et dans ces plaines il n’est pas rare de la rencontrer à 1m50 au maximum. L’eau du fleuve et de la plupart des marigots est d’excellente qualité, ne contient aucun principe nuisible et est propre à tous les usages domestiques. Celle des puits présente souvent un aspect laiteux et contient en abondance des matières terreuses en suspension. Il suffit de la laisser reposer et de décanter ensuite pour avoir une eau absolument claire, limpide et potable.

L’orographie du bassin de la Gambie est des plus simples. L’aspect général de cette région est plat à l’ouest et montagneux au sud-est. Sauf en ce qui concerne le contrefort nord du Fouta-Djallon, il n’y a pas, pour ainsi dire, de système orographique bien déterminé. Les marigots et le fleuve lui-même, à partir du gué de Tomborocoto, coulent généralement entre deux rangées de collines parallèles dont la hauteur ne dépasse pas 60 à 70 mètres. Les collines qui forment les lignes de partage des eaux qui le séparent des bassins de la Falémé à l’est, du Saloum et du Sénégal au nord, et de la Casamance et du Rio-Grande au sud, sont à peine marquées et, en maints endroits, ces différentes régions se confondent et empiètent l’une sur l’autre. Enfin, on y rencontre fréquemment de ces petites collines isolées qui ne se rattachent à aucune chaîne, à aucun système et qui, selon toute apparence, ont été formées par les dépôts que les eaux ont laissés en se retirant à l’époque où cette contrée a dû émerger. Leur longueur ne dépasse pas 8 à 10 kilomètres, leur hauteur 40 à 50 mètres, et leur forme rappelle celle des buttes de nos champs de tir.

Le bassin de la Gambie appartient tout entier aux climats tropicaux par excellence. Sauf, toutefois, dans les régions qui avoisinent les massifs montagneux du contrefort nord du Fouta-Djallon, il est d’une remarquable insalubrité. La température y est naturellement élevée, surtout pendant la saison chaude. Pendant l’hivernage, au contraire, le thermomètre ne monte jamais bien haut. Il ne dépasse guère 30 à 32 degrés centigrades. Mais l’atmosphère y est absolument saturée d’humidité et d’électricité. Aussi cette saison y est-elle des plus pénibles à supporter, et c’est à cette époque de l’année que les Européens y sont le plus éprouvés. L’hivernage y est précoce et les premières pluies apparaissent au commencement de mai. Elles sont toujours très abondantes et durent jusqu’au mois de novembre. Les vents du sud-ouest règnent pendant toute cette saison. Durant la période sèche, au contraire, de novembre à mai, soufflent les vents brûlants d’est et de nord-est. A cette époque, le rayonnement nocturne est tel que, pendant les mois de novembre, décembre et janvier, il n’est pas rare de voir le thermomètre descendre parfois jusqu’à 10 degrés au-dessus de zéro et même plus bas. On comprend combien de semblables variations sont pernicieuses à la santé. De plus, la constitution géologique du sol contribue puissamment à augmenter l’insalubrité. Enfin, les nombreux marais et l’imperméabilité du sous-sol qui ne permet pas aux eaux de s’écouler en font un des pays les plus malsains du globe.

A l’exception de sa partie la plus septentrionale, qui est absolument stérile, aride, inculte et inhabitée, le bassin de la Gambie peut être, au point de vue botanique, rangé tout entier dans cette zone intermédiaire qui sépare les steppes soudaniennes et sénégalaises des régions tropicales et à végétation luxuriante qui forment notre colonie des Rivières du Sud. On peut aisément, d’après ce que nous venons de dire, se faire une idée générale de ce que peut être la flore de ces vastes contrées. A peu de différence près, nous trouvons dans les terrains limitrophes de la rive droite du fleuve les essences qui caractérisent le Sénégal et le Soudan français, et, dans les pays qui avoisinent la rive gauche, les végétaux propres aux climats chauds et humides des tropiques. Là, l’exploitation des richesses botaniques ne donnera jamais que de piètres résultats. Ici, au contraire, elle peut être éminemment rémunératrice.

Afin d’apporter plus de clarté à cette exposition, nous avons cru devoir adopter une classification basée surtout sur l’emploi que font les indigènes de ces végétaux, tout en ayant soin d’indiquer à quoi ils pourraient également nous être utiles.

I. — Plantes alimentaires.

Les végétaux qui entrent dans l’alimentation des indigènes qui habitent le bassin de la Gambie sont excessivement nombreux, et beaucoup d’entre eux ne sont pas à dédaigner même pour des palais européens. Nous citerons en première ligne le Mil.

Le Mil (Sorghum vulgare, Pers) forme au Sénégal, au Soudan, en un mot dans la plupart des régions de l’Afrique tropicale, la base de l’alimentation des indigènes et de leurs bestiaux. C’est une graminée de haute stature dont la tige atteint parfois en certaines régions 3 et 4 mètres de hauteur. Il croît, de préférence, dans les climats chauds, là où les deux saisons sèche et pluvieuse sont parfaitement tranchées. Il demande un sol assez fertile et riche surtout en nitrate de potasse.

Son grain est généralement petit, rond. Il est enveloppé de deux écailles coriaces, résistantes, difficiles à séparer et de couleur tantôt noirâtre, tantôt rouge foncé.

On le sème au commencement de la saison des pluies, vers la fin de mai, dans les premiers jours de juin. La récolte se fait pendant la saison sèche, aux mois de novembre et décembre.

Les terrains destinés à sa culture demandent peu de préparation. Les indigènes se contentent d’enlever les mauvaises herbes et de les brûler sur place. Ils en répandent les cendres sur les terrains destinés à être ensemencés et placent environ huit à dix graines par trou. Ces trous, profonds de 8 à 10 centimètres au plus, sont distants les uns des autres de 30 à 40 centimètres. La graine enfouie est ensuite légèrement recouverte de terre. Dans certaines régions, comme à Damantan, au Niocolo, etc., etc., les cultivateurs ne s’en tiennent pas à ces procédés primitifs et forment de véritables sillons, sans doute dans un but d’irrigation, afin de permettre à l’eau des pluies de séjourner plus longtemps au pied de la plante.

J’ai remarqué, en effet, que ce mode de culture était surtout employé dans les régions sèches, pauvres en marigots, et dans lesquelles on ne peut compter que sur l’eau du ciel pour fertiliser le sol.

Le rendement donné par le mil est considérable. Il est d’environ une tonne et demie par hectare, et sa valeur vénale est de 10 francs à peu près les 100 kilog. Dans la Haute-Gambie, tout le mil récolté est consommé sur place.

Il y existe certaines régions, comme le Sandougou et le Niani, dans lesquelles on en fait deux récoltes par an, la première dans les terrains élevés, et la seconde sur les berges du fleuve et des marigots, lorsque l’inondation a cessé et que les eaux sont rentrées dans leur lit. Le sorgho croît alors, grâce à l’humidité que le sol a conservée. Mais, en tous cas, cette seconde récolte est bien moins fructueuse que la première.

En général, le mil n’a qu’une panicule ; mais il n’est pas rare de voir des tiges en porter trois ou quatre. Cela se produit surtout dans les années très pluvieuses. Mais alors ces pousses secondaires sont petites et produisent peu.

Les feuilles sont longues et assez larges. Vertes, elles forment un aliment précieux pour les animaux, et sèches, elles sont surtout recherchées par les chèvres et les moutons. Les bœufs, animaux délicats, n’en mangent que fort peu dans le second cas. Il en est de même pour les chevaux.

Le diamètre d’une tige de mil, pris à partie moyenne, varie entre 2 et 3 centimètres et demi.

On distingue deux sortes de sorghos ou mils : le gros et le petit. Elles se subdivisent à leur tour en un nombre infini de variétés portant chacune un nom indigène particulier et qui se distinguent les unes à la forme et les autres à la couleur de leurs grains.

Les variétés de gros mil les plus communes dans la Haute-Gambie sont : le gadiaba, le guessékélé, le baciba, le hamariboubou, le madio.

Le gadiaba demande des terrains argileux comme, du reste, toutes les variétés de gros mil. Sa tige est très élevée. Les axes de ses panicules sont très longs et très nombreux. Ils portent à leur extrémité libre une graine de la grosseur d’un pois dont l’enveloppe est noirâtre.

Le guessékélé est cultivé un peu partout. Il ressemble beaucoup comme port au gadiaba ; mais il en diffère par ses panicules dont les axes sont peu fournis et beaucoup plus longs. Sa graine dépourvue de son enveloppe, moins noire que celle du précédent, est d’un beau blanc nacré. C’est le mil nacré, très recherché pour les animaux. Il est tendre et se broie facilement.

Le baciba a le même aspect que les précédents, mais ses feuilles sont plus courtes et plus larges. Ses panicules sont relativement courtes et leurs axes moins longs que ceux des variétés dont nous venons de parler. La couleur de ses grains est rouge, ainsi, du reste, que les détritus que donne la préparation de sa farine. Il est surtout employé par les indigènes pour la fabrication de leur couscouss. Son grain très dur est difficilement broyé par les animaux. Aussi doit-on éviter de l’employer pour leur alimentation à l’exclusion des autres, car il peut parfois déterminer de graves occlusions intestinales. Il importe de ne pas le confondre avec le mil rouge de Sierra-Leone, qui est une autre variété tout aussi mauvaise pour les chevaux.

Le hamariboubou diffère des précédents par sa panicule dont les axes sont excessivement courts, ce qui la fait ressembler à un véritable pain de sucre. La taille de la plante ne dépasse jamais 1m50 à 2 mètres, et ses grains sont enveloppés par une pellicule de couleur roussâtre caractéristique. Le rendement de ce mil est considérable. C’est la plus productive de toutes les variétés.

Le madio est la seule espèce de gros mil dont la panicule porte des axes si rapprochés et si courts qu’on pourrait la confondre avec un véritable épi. Il ressemble comme forme au millet que nous donnons en France aux oiseaux. Arrivé à maturité, les panicules ont une couleur brunâtre caractéristique. Leur longueur est d’environ 30 à 35 centimètres. Il n’en vient généralement qu’une seule à l’extrémité de la tige dont la hauteur ne dépasse pas deux mètres. Les feuilles sont longues et très étroites en forme de fer de lance. Une des enveloppes de la graine se termine, à son extrémité libre, par un filament de plusieurs centimètres (5 ou 6) de longueur qui tombe à maturité. La graine, dépourvue de ses enveloppes, qui sont moitié blanches et noires, a une belle couleur d’un blanc mat. On le récolte un des premiers.

Les variétés de petit mil les plus communes dans la Haute-Gambie sont : le souna, le sanio, le n’guéné.

Le souna est, de toutes les variétés de mil, celle qui arrive le plus rapidement à maturité. Semé en juillet, on peut le récolter en septembre et en octobre. Sa tige est de petite taille. Ses feuilles, très étroites et très longues, sont peu nombreuses, huit ou dix au maximum par pied. Sa panicule est relativement longue, 30 à 35 centimètres environ, et ses axes sont si courts que son diamètre à la partie moyenne ne dépasse pas 1 centimètre et demi. Contrairement au madio, l’enveloppe de sa graine ne se termine pas en filament. La graine, très petite, égale en grosseur la moitié de celle du gros mil. Elle est d’un blanc mat et est très difficile à décortiquer. Sa farine donne à la cuisson un couscouss fort apprécié.

Le sanio ressemble beaucoup à ce dernier. Par exemple, il ne mûrit que longtemps après lui, vers le milieu de novembre. Quand il est mûr, ses panicules diffèrent de celles du souna par leur couleur vert glauque qui permet de ne pas les confondre. L’enveloppe de ses graines est aussi légèrement verte. Il est de petite taille, et ses feuilles, au lieu de retomber comme celles des autres mils, sont presque droites, fortement engainantes à la base et presque appliquées contre la tige.

Le n’guéné pourrait presque être considéré comme une variété intermédiaire entre le gros mil et le petit mil. Il a l’aspect du sanio, mais ses graines sont plus volumineuses, sans égaler toutefois la grosseur de celles du gros mil. Il arrive à maturité complète de fin octobre à fin novembre. Quand il est mûr, ses graines se détachent facilement. Aussi le cueille-t-on avant qu’il soit arrivé à maturité complète et le fait-on sécher en tas de forme cubique dressés sur des piquets qui soutiennent des nattes et qui sont fixés sur une aire bien battue et enduite au préalable de bouse de vache délayée dans une petite quantité d’eau.

Mentionnons encore une variété intermédiaire entre le gros et le petit mil. C’est le tiokandé. Cette variété est très sucrée et peu cultivée. Elle est peu appréciée pour le couscouss. Mais je crois qu’il serait bon d’en favoriser le développement et la propagation : car elle pourrait être utilisée avec profit pour la fabrication d’un alcool qui a été reconnu être de bonne nature. C’est avec de la farine de tiokandé que, dans les pays mandingues, on confectionne, le dernier jour de l’année, pour la fête des captifs (Dionsali), les friandises, boulettes et galettes que l’on distribue ce jour-là aux enfants.

Il existe enfin une dernière variété de mil assez commune dans le Niani, le nord du Ouli et du Sandougou, le Tenda et le pays de Gamon. C’est le bakat ou mil des oiseaux, qui croît à l’état sauvage et ressemble au millet de France. Les indigènes n’en font guère usage que lorsque le mil cultivé vient à manquer.

Toutes ces variétés de mil servent à la nourriture des indigènes. Sauf le mil rouge, toutes pourraient être également employées dans l’alimentation des animaux. Mais nous croyons préférable de n’avoir recours qu’au gros mil. Il se broie, en effet, aisément et se digère bien. Il n’en est pas de même du petit mil. Ses grains sont parfois trop petits pour être saisis sous les arcades dentaires ; ils glissent, sans être broyés, dans le pharynx et l’animal les avale, en majeure partie, entiers. De ce fait, ils se digèrent mal, et la bête se nourrit peu. Nous avons vu des animaux chez lesquels l’usage exclusif du petit mil déterminait parfois des diarrhées qui disparaissaient dès qu’on en supprimait l’emploi. Pour se bien nourrir, un cheval doit, en temps ordinaire, consommer de 4 à 5 kilog. de mil par jour.

La paille des panicules constitue également un excellent aliment dont les chevaux, bœufs, chèvres, moutons, sont particulièrement friands. Mais elle est loin d’égaler en principes nutritifs la paille d’arachides.

Les indigènes consomment les grains de mil sous quatre formes différentes : en entier, crus ou bouillis, concassés (c’est le sankalé) ou bien transformés en farine.

Rarement ils les mangent crus. Ils n’en font guère usage sous cette forme que lorsqu’il est vert et pendant les longues routes quand ils sont pressés par la faim. De même, il est peu fréquent qu’ils les mangent simplement bouillis avec leur écorce. Ils préfèrent surtout le sankalé et la farine.

Pour préparer le sankalé, les grains de mil sont placés dans un mortier spécial que tout le monde connaît. On y ajoute un peu d’eau simplement pour les mouiller légèrement. Puis, à l’aide d’un pilon manié de haut en bas, on les écrase et on les réduit en fragments de la grosseur d’une tête d’épingle environ. Cette opération terminée, le sankalé est vanné à l’air libre pour le débarrasser des parcelles de son écorce qui lui donneraient un goût astringent peu agréable. Il est ensuite mis à sécher au soleil pendant quelques heures et cuit ensuite, soit à la vapeur d’eau, soit à l’étuvée. On le mange alors avec de la viande ou du poisson et une sauce relevée dans laquelle entre souvent une décoction mucilagineuse de feuilles de baobab destinée à en masquer l’astringence. Le sankalé se conserve peu de temps ; il prend rapidement, au bout de trois jours à peu près, une odeur rance qui le rend impropre à la consommation.

La farine demande une préparation plus longue et plus délicate. Elle se prépare de la même façon que le sankalé, et l’appareil dont on se sert, un mortier et un pilon, est le même. Mais l’opération doit être continuée jusqu’à ce que les grains soient réduits en poudre absolument impalpable. Quand ce résultat a été obtenu, le produit est versé soit dans une calebasse, soit dans des corbeilles finement tressées. On leur imprime une sorte de mouvement circulaire qui a pour but de faire venir à la surface les résidus et les fragments mal pulvérisés. On les enlève à la main ; ces déchets sont donnés au bétail et à la volaille et souvent consommés par les indigènes eux-mêmes en temps de disette. La farine obtenue ainsi est de couleur café au lait clair, douce au toucher, hygrométrique, avec tendance à se pelotonner. Elle dégage rapidement une forte odeur d’huile rance. Cuite à l’étuvée ou à la vapeur, elle est mangée sous forme de bouillie, de galettes ou de boulettes avec de la viande ou du poisson et une sauce très relevée. Séchée au soleil, elle constitue un couscouss précieux pendant les longues marches.

Le mil est relativement assez riche en matières azotées. Malgré cela, il ne constitue pas un aliment très nourrissant ; aussi les indigènes en consomment-ils de grandes quantités pour arriver à satisfaire leur faim.

Les Malinkés et les Bambaras confectionnent avec le mil une sorte de boisson fermentée, légèrement alcoolique, qu’ils nomment dolo, et pour laquelle ils ont un penchant tout particulier. Cette bière a un petit goût aigrelet qui est loin d’être désagréable, et l’Européen appelé à vivre dans ces régions s’y habitue rapidement. Prise en petite quantité, elle est rafraîchissante, mais elle finit par occasionner des gastrites et des dyspepsies quand on en fait un usage prolongé. Ces affections disparaissent dès que l’on cesse d’en boire. Mélangé avec du miel, le dolo forme un hydromel très apprécié des Bambaras du Bélédougou.

Les cendres données par les tiges de mil sont remarquablement blanches et fines. Elles renferment une notable quantité de nitrate de potasse.

Des feuilles et des tiges de certaines variétés, le baciba et le guessékélé par exemple, les forgerons retirent, je ne sais trop par quel procédé, une belle couleur rouge vineux qui leur sert à teindre les pailles avec lesquelles ils tressent leurs corbeilles, leurs chapeaux et les paillassons destinés à couvrir les calebasses. Avec la farine, on fait d’excellents barbottages pour les chevaux. Quand nous aurons dit enfin que les tiges servent dans la construction des cases et des palissades qui les entourent, on comprendra aisément que le mil, vu ses usages multiples, soit regardé, à juste titre, par les indigènes comme la plante la plus précieuse.

On retire du mil une proportion relativement forte d’alcool de bonne nature, sans aucun goût désagréable. C’est cette branche de notre industrie qui pourrait l’utiliser avec le plus de profit. Mais il faudrait pour cela que nos usines puissent en avoir toujours à leur disposition en quantité suffisante. Or, la production, même dans les pays d’origine, n’arrive que difficilement à satisfaire la consommation. De plus, le prix d’achat sur place trop élevé, le transport et les droits de douane viennent augmenter le prix de revient dans de telles proportions qu’on ne peut songer, du moins en France, à en faire une exploitation suivie. Ajoutons enfin que le bas prix des alcools ne saurait permettre à nos fabricants de lutter contre la concurrence étrangère et de réaliser des bénéfices appréciables.

Voici, d’après E. Raoul, les résultats que donne l’analyse des grains du Sorghum vulgare. Pour 100 parties, on trouve : matières azotées, 9,18 ; amidon, 74,53 ; matières grasses, 1,93 ; matières minérales, 1,69 ; eau, 12,70.

Le Maïs (Zea maïs, L.) est cultivé dans le bassin de la Gambie, comme dans les autres parties du Soudan français. Il en existe deux variétés : le maïs jaune à grains moyens et le maïs blanc. Elles sont toutes les deux aussi estimées, mais les champs de maïs sont loin d’avoir l’étendue et l’importance des champs de mil. Le mil est l’aliment indispensable ; c’est la manne quotidienne. Le maïs est, au contraire, un aliment de luxe, bien moins estimé que le mil et le riz. Il n’en est pas moins précieux, car de toutes les céréales c’est celle qui arrive la première à maturité et qui, vers la fin de la saison des pluies, permet au noir imprévoyant d’attendre la récolte du mil.

Le maïs demande une terre bien plus riche que le mil. C’est pourquoi on ne le trouve qu’en quantité relativement peu considérable, et on peut dire que la production de cette céréale est à celle du mil comme 1 est à 50. Les indigènes le sèment, de préférence, dans l’intérieur même des villages et aux alentours, surtout dans les ruines, et partout où le terreau est assez abondant.

Les indigènes utilisent les jeunes tiges de maïs pour la nourriture des animaux : bœufs, chevaux, moutons, chèvres. C’est un des meilleurs fourrages du Soudan ; mais il serait mauvais, je crois, d’en faire la nourriture exclusive des bestiaux, car il peut parfois, surtout quand on en fait un usage trop copieux, déterminer des coliques funestes.

Le grain est également employé pour les animaux et dans l’alimentation des indigènes. A peine mûr, et lorsqu’il vient d’être cueilli, il constitue un excellent aliment d’une très facile digestion. Mais, lorsqu’il a été récolté depuis plusieurs semaines déjà, il durcit très rapidement et devient excessivement coriace. Aussi les animaux, les chevaux et les mulets particulièrement, le broient-ils très difficilement et, par ce fait même, le digèrent-ils mal. Le mieux, pour remédier à cet inconvénient, est de le concasser avant de le leur donner. Ainsi préparé, il constitue un aliment précieux et rapidement assimilable.

Les indigènes consomment le maïs sous plusieurs formes. Quand il est à peine mûr, ils en font griller légèrement au feu les épis et en mangent les grains tels quels, en les détachant simplement avec les dents. C’est, dans les villages, un véritable régal pour les petits enfants, et, dans les longs voyages, un élément précieux de ravitaillement par ce fait même que la préparation en est facile et rapide. Secs, les grains sont concassés dans le mortier à couscouss à l’aide du pilon, et mangés bouillis avec de la viande ou du poisson et assaisonnés d’une sauce très relevée. Réduits en farine, ils sont consommés sous forme de bouillie cuite à la vapeur. Les propriétés rafraîchissantes de la farine de maïs la font rechercher pour l’alimentation des malades. Mélangée avec du lait, elle constitue la nourriture des convalescents et des jeunes enfants.

Cette farine ne se conserve que peu de jours. Elle fermente rapidement et doit être immédiatement consommée. Il en est de même du maïs en grains, quand il est enfermé dans les greniers avant d’être parfaitement sec.

Les Bambaras et les Malinkés fabriquent, avec le maïs, une sorte de bière (dolo), qui est loin d’avoir les qualités de celle du mil. Son goût est un peu fade et sa digestion plus difficile. Aussi ne sert-on du maïs, pour cet usage, que lorsque le mil vient à manquer.

Le rendement du maïs est un peu supérieur à celui du mil. Il est à peu près de deux tonnes à l’hectare, quand la culture en est faite dans de bonnes conditions et quand la saison lui a été favorable. Sa valeur est environ de 10 francs les 100 kilog. Nous pourrions répéter ici, à propos du maïs, ce que nous venons de dire plus haut au sujet de l’emploi des sorghos pour la fabrication des alcools. C’est pour les mêmes motifs que l’on est forcé de renoncer à utiliser nos maïs de la côte occidentale d’Afrique pour ce genre d’industrie.

Le Riz (Oryza sativa, L.) est, dans tout le bassin de la Gambie, l’objet de grandes cultures et de soins attentifs. Les rives du fleuve, les bords des marigots et les marécages que laissent les eaux en se retirant, sont aux environs des villages transformés en rizières de bon rapport. La production, déjà très considérable, pourrait être augmentée dans de notables proportions si les habitants voulaient utiliser tous les terrains propres à cette culture. Mais, pour le riz, ils procèdent absolument comme pour les autres céréales, et ne sèment que ce qui leur est strictement nécessaire pour leur consommation. C’est toujours la même imprévoyance. Que, pour une cause quelconque, la récolte vienne à manquer, c’est la famine !

Le riz ne demande que peu de soins. Le terrain et le climat sont si favorables à sa culture que le rendement qu’il donne est toujours considérable. Pour préparer le sol destiné aux semailles, on se contente simplement de le débroussailler. On choisit, de préférence, un terrain humide sur les bords du fleuve, des marais et même dans le lit des marigots. A l’aide d’un bâton, on sème le riz en faisant un trou dans lequel on place trois ou quatre graines. Ces trous sont situés à environ 15 centimètres l’un de l’autre. Dans certaines régions, on le sème simplement à la volée et on recouvre les grains en piochant peu profondément le sol. Tout ce travail est peu pénible. Aussi est-il généralement exécuté par les femmes et les enfants. Les semis se font au commencement des pluies, quand il est déjà tombé une certaine quantité d’eau, vers la fin de juillet. L’inondation, qui survient en août, fertilise la rizière et permet aux graines de se bien développer. La récolte se fait en octobre et en novembre. Un mois avant d’y procéder, on a bien soin d’enlever toutes les mauvaises herbes, afin de lui permettre de bien mûrir.

La cueillette est faite brin par brin, et, de ce fait, demande un temps assez long et une grande patience. On sait que cette qualité ne manque pas aux noirs. Coupés à dix centimètres au-dessus du sol, les épis, dont le chaume a une longueur d’environ vingt-cinq centimètres, sont réunis en paquets assez volumineux, liés fortement et mis à sécher sur le toit des cases. Ils sont rentrés tous les soirs, afin de ne pas les exposer à la rosée de la nuit, qui les altérerait sûrement et les ferait pourrir. Quand ils sont bien secs, ils sont battus, et le grain destiné à la consommation est enfermé dans des récipients en terre sèche placés dans les cases elles-mêmes.

Pour procéder à la décortication, les grains sont pilés dans un mortier à l’aide d’un pilon en bois dur. Ils sont ensuite vannés et débarrassés ainsi de leurs enveloppes.

Les épis destinés aux semailles sont conservés avec leur chaume, réunis et liés en paquets comme précédemment, et suspendus aux bambous qui forment la charpente du toit de la case.

Le riz du Soudan, que l’on désigne généralement sur les marchés sous le nom de riz malinké, pour ne pas le confondre avec le riz Caroline et le riz de Cochinchine, que nous importons, est d’un blanc légèrement grisâtre. Il présente de petites stries brunes, qui sont évidemment dues à ce qu’il est mal décortiqué. Il est plus dur que les autres riz et son goût est moins fade. Quand il a été bouilli, ses grains sont poisseux et s’agglutinent aisément. Cela est probablement dû au mucilage abondant qu’ils contiennent. On le mange bouilli ou cuit à l’étuvée et mélangé avec de la viande ou du poisson. Les indigènes lui préfèrent le couscouss de mil, car ils prétendent que le riz ne les nourrit pas autant.

La valeur commerciale du riz en Gambie est environ de 0 fr. 15 le kilogramme, et le rendement moyen à peu près de 4,550 kilog. à l’hectare. La production en est relativement si faible qu’il est, à notre avis, absolument inutile que notre commerce et notre industrie songent à tirer autrement que sur place un parti quelconque de cette céréale.

La paille de riz forme un excellent fourrage dont tous les bestiaux sont excessivement friands. Les indigènes s’en servent pour fabriquer des chapeaux, des couvercles de calebasses et de petites corbeilles qui sont loin de manquer d’originalité.

Sur les marchés, on se sert pour mesurer le mil, le riz, les haricots, le sel, etc., etc., d’une mesure toute spéciale que l’on désigne sous le nom de moule. Sa contenance varie suivant les pays. Ainsi, le moule bambara vaut 2 kilog. environ ; le moule malinké, en Gambie, 1 kilog. 800, et le moule toucouleur, dans le Bondou, 1 kilog. 500.

Le Fonio. — On a souvent regardé le fonio comme une variété de sorgho. Il n’en est rien. Cette confusion provient de ce que, dans certaines régions, le Fouta sénégalais par exemple, les indigènes, quand on leur demande les noms des différentes variétés de mil, désignent l’une d’elles sous ce nom. Mais il ne faut pas s’y tromper. Ce mot s’applique à deux plantes absolument différentes, une variété de petit mil toucouleur et une autre céréale qui n’a avec elle rien de commun.

Le fonio, proprement dit, n’est autre chose que le Penicellaria spicata, Wild, que les Ouolofs appellent encore dekkélé. C’est une graminée dont les proportions sont bien plus petites que celles du sorgho. Sa tige a environ trente-cinq centimètres de hauteur, cinquante au plus, à feuilles très étroites, relativement longues, et dont la forme rappelle celle d’un fer de lance très effilé. Ses graines sont très petites, de forme légèrement oblongue, très nombreuses et groupées sur une inflorescence cylindrique en forme d’épi très allongé. Elles sont plus nourrissantes que celles du sorgho et servent à préparer un aliment très apprécié des indigènes. Voici, du reste, à titre de renseignement, d’après E. Raoul, l’analyse des graines de fonio. Pour cent parties, on a : matières azotées, 10,84 ; amidon, 72,18 ; matières grasses, 3,01 ; matières minérales, 1,99 ; eau, 11,98.

La culture du fonio, très facile, ne demande pas une préparation méticuleuse du terrain. Après avoir enlevé et brûlé les herbes des champs que l’on veut ensemencer de fonio, les semis sont faits à la volée. Un léger grattage du sol à l’aide d’une pioche ad hoc suffit pour recouvrir les semences. Ce travail peu pénible est fait surtout par les femmes et les enfants. On sème cette céréale au début de la saison des pluies, après les premières tornades, vers le commencement de juillet, et la récolte se fait vers la fin de novembre.

Les grains de fonio sont petits et de couleur légèrement brune. Mais quand ils ont été décortiqués à l’aide du mortier et du pilon à couscouss et débarrassés de leurs enveloppes, ils présentent un aspect légèrement jaunâtre qui rappelle beaucoup celui de la semoule, avec laquelle le fonio a, du reste, de grands points de ressemblance.

Les indigènes préparent avec le fonio un couscouss qui jouit partout d’une grande faveur. On le fait bouillir ou cuire à la vapeur d’eau et on le mange avec de la viande ou du poisson et une sauce très relevée. Il est considéré, par les noirs, comme la plante la plus nourrissante. Il contient, en effet, une proportion relativement considérable de matières azotées, 10 84 0/0 environ. Très facile à préparer, il est, de ce fait, excessivement précieux pour l’alimentation dans les expéditions. C’est le viatique indispensable de tous les Dioulas et l’aliment que l’on emporte, de préférence, pour les longs voyages et les longues chasses dans la brousse. Il est, au préalable, bien décortiqué, bien pilé et bien séché au soleil. Le voyageur en emplit sa peau de bouc et, à l’étape, le fait cuire généralement dans une vieille boîte de conserves qu’il porte habituellement attachée à la ceinture.

Le fonio est peu utilisé pour la nourriture des animaux, des chevaux particulièrement. D’abord, il n’y en a jamais assez pour cela, et, ensuite, il est assez difficilement digéré, ses grains étant généralement mal broyés. On lui préfère de beaucoup le mil pour cet usage.

La paille, très fine, constitue un excellent fourrage dont les bestiaux sont très friands. Très hygrométrique, les Dioulas s’en servent, après l’avoir légèrement mouillée, pour emballer leurs kolas. Bien empaquetée dans des paniers ad hoc, elle conserve son humidité pendant plusieurs jours. De ce fait, les kolas ne se dessèchent pas et, pour les maintenir toujours frais, il suffit d’asperger les ballots tous les quatre jours à peu près.

Le rendement du fonio est bien plus considérable que celui du mil ou du riz. De toutes les céréales cultivées dans ces régions, c’est celle qui produit le plus. Il donne environ 5,000 kilogrammes à l’hectare. Sa valeur commerciale est à peu près de 20 francs les 100 kilog. On en trouve, du reste, fort peu sur les marchés. La récolte est consommée presque entièrement sur place.

Le Diabéré. — Le diabéré est une sorte d’aroïdée très commune dans le Tenda, le Diaka, le Ouli, le Sandougou et le Niani. Les Bambaras et les Sarracolés la nomment diabéré, les Malinkés diabéro et les Peulhs oussoudié. Elle croît, de préférence, dans les endroits humides et à l’abri des rayons du soleil. Elle aime une terre riche en humus. C’est pourquoi les lougans de diabérés sont toujours situés à l’ombre des grands arbres où la terre est plus fraîche et plus fertile du fait même du terreau que forment les feuilles en y pourrissant. Nous avons été assez heureux pour être le premier à étudier cette plante. Je passe sous silence ses caractères botaniques, que le lecteur pourra trouver en détail dans mon livre : Dans la Haute-Gambie, voyage d’exploration scientifique. Je la dédie à mon excellent maître et ami M. le professeur Heckel, en la nommant Arum Heckeli.

Sa racine est un tubercule de la grosseur du poing environ, d’un brun noirâtre et ayant un peu la forme d’un oignon légèrement allongé. Sur ce tubercule, viennent, quand la plante arrive à maturité, douze ou quinze turions environ, dont les plus volumineux atteignent tout au plus la grosseur d’un œuf. C’est la partie comestible et qui sert à la reproduction. Leur forme est celle du tubercule auquel ils adhèrent fortement. Leur couleur est aussi la même. La chair de ces turions est blanche, fortement aqueuse et compacte ; elle rappelle celle de la pomme de terre ou, plutôt, de la patate. Leur odeur est légèrement vireuse.

Les semis de diabéré se font en juin et en juillet. Il suffit, pour cela, de placer les turions dans un trou creusé dans la terre à une profondeur d’environ dix à quinze centimètres. La récolte se fait en décembre. Vers la fin d’octobre ou au commencement de novembre, les habitants du Sandougou ont l’habitude de couper les feuilles à une hauteur de dix centimètres du sol environ pour faire grossir davantage les turions.

Le diabéré est un légume qui n’est pas à dédaigner, même pour le palais délicat des Européens. Bouilli ou frit à la poêle, il constitue un aliment d’un goût agréable. Je me souviens en avoir mangé avec plaisir en ragoût avec du mouton. Les indigènes le préfèrent bouilli, et dans certaines régions, le Diaka, le Sandougou, le Tenda, par exemple, ils en font une grande consommation. Dans ce dernier pays, surtout, on en consomme beaucoup, et les habitants des pays voisins attribuent à l’abus qu’ils en font la maladie de peau et les nombreux goîtres dont sont atteints les Malinkés du Tenda.

Tigalo N’galo ou Niébé-Gherté. — Il existe dans tout le bassin de la Gambie une légumineuse qui peut être considérée comme la plante qui forme la transition entre l’arachide (Arachis hypogæa, L.) et le haricot (Phasæolus vulgaris, L.), avec lesquels elle a des caractères communs. Du reste, les indigènes lui ont donné un nom composé de ceux de ces deux plantes. Les peuplades de race mandingue la nomment : Tigalo N’galo. Arachide, en malinké, se dit tigo ou tiga, suivant les régions. N’galo est le nom d’un petit haricot très commun dans tout le Soudan. Les peuplades d’origine peulhe la nomment : Niébé-Gherté. En peulh, niébé signifie haricot, et gherté arachide.

Elle est très cultivée dans tout le Soudan, et ses graines constituent un aliment recherché des indigènes et apprécié des Européens eux-mêmes. Le port de cette légumineuse diffère de celui de l’arachide et rappellerait plutôt celui de nos haricots nains. On la sème au commencement de juin dans un terrain bien préparé, et souvent aussi en bordure autour des lougans de mil, maïs et arachides. Elle demande une humidité assez prononcée et donne, vers le commencement de novembre, un fruit sec, indéhiscent. Si on en brise la coque, il s’en échappe une graine ronde, d’une blancheur nacrée et de la grosseur d’une noisette, dont elle a un peu la forme. Cette graine est munie d’une enveloppe épaisse, dure, coriace, et qui se détache à la cuisson. De blanche qu’elle était, elle prend une couleur violacée très prononcée et qui colore fortement le bouillon dans lequel on la fait cuire. Cette enveloppe n’est pas comestible. On l’enlève dès qu’elle n’adhère plus aux cotylédons, qui sont volumineux et très savoureux. Les indigènes mangent les niébés-ghertés bouillis et, dans nos postes, on en fait de bonnes purées et d’excellents potages. Elle remplace avantageusement le haricot.

Haricots. — Les haricots (Phasæolus vulgaris, L.), que les Ouolofs désignent sous le nom de Niébés et que les Malinkés et les Bambaras appellent Soo ou Soso, sont l’objet d’une culture relativement importante. Cette plante alimentaire demande un terrain légèrement humide, relativement riche en humus et situé surtout à l’abri des rayons du soleil. Aussi, les semis en sont-ils généralement faits dans les lougans de mil et de maïs. On y procède, d’habitude, dans les premiers jours d’août, quand ces deux céréales ont atteint déjà une certaine hauteur. On pratique simplement, à l’aide d’un petit morceau de bois, des trous d’environ quatre à six centimètres de profondeur, dans lesquels on place une ou deux graines au plus, que l’on recouvre d’un peu de terre. La plante germe rapidement et la récolte se fait vers le commencement de décembre au plus tard. Il en est de deux espèces différentes qui, elles-mêmes, se divisent en un grand nombre de variétés. L’une a absolument l’aspect de nos haricots nains et l’autre affecte le port de nos haricots grimpants. Ses rameaux rampent sur le sol et s’étendent parfois au loin. Ces deux espèces donnent des fruits qui diffèrent surtout par la forme et la couleur. Il en est de ronds, d’ovoïdes, de discoïdes, de roses, de blancs, de jaunes, de gris et de mouchetés. Ces deux dernières variétés sont les meilleures, les plus recherchées et celles qui se conservent le mieux. Les autres sont presque toujours attaquées par les insectes. La récolte faite, les gousses sont mises à sécher, au soleil, sur le toit des cases, et les graines, bien nettoyées, sont conservées dans des paniers ad hoc ou dans des récipients en terre, où elles sont à l’abri de l’humidité.

Les indigènes mangent les haricots bouillis. Au Sénégal, on les mélange au couscouss et, avec différentes sortes de viandes, on en fait un plat connu sous le nom de baci-niébé et qui est apprécié même par les Européens. Ce légume, d’un goût très parfumé, pourrait remplacer avantageusement le fayol que l’on fait venir de France pour la ration des troupes. Sa valeur commerciale est environ de 12 francs les 100 kilog. Nous estimons qu’il serait profitable d’en favoriser la propagation et d’en augmenter la culture.

On trouve encore assez communément, dans le Niocolo surtout, d’énormes haricots auxquels les indigènes donnent le nom de Fanto. Ils sont donnés par une légumineuse (Phaséolée papilionacée) qui atteint des dimensions énormes. Dans les villages de culture, on la sème autour des cases, et, en peu de temps, ses rameaux ont bien vite couvert celle à laquelle ils s’attachent. Elle est, d’une façon générale, peu cultivée ; on lui préfère le petit haricot nain dont nous venons de parler. Dans tout le Soudan, il en existe un grand nombre de variétés qui ne diffèrent entre elles que par la couleur de la graine. Il en est, en effet, de violettes, de mouchetées, de rouges, de noires, de bleuâtres, de blanches, etc., etc. Cette dernière est la plus commune. Cette légumineuse donne une gousse longue d’environ douze centimètres, large de trois à cinq, légèrement rosée et excessivement dure et résistante. Sa couleur, lorsqu’elle est mûre, est d’un blanc légèrement jaunâtre. Cette gousse contient huit ou dix semences excessivement volumineuses, ayant à peu près la grosseur d’une noisette, longues d’environ deux centimètres à deux centimètres et demi, larges d’un centimètre et dont les deux faces sont légèrement bombées. Leur couleur est d’un blanc nacré éclatant. Les indigènes les mangent rarement. Ce n’est guère que dans les années de disette qu’ils y ont recours, car ces graines sont excessivement dures, coriaces. Il faut les faire bouillir pendant des journées entières, afin de les ramollir, pour qu’elles puissent être mangées. Leur goût est excessivement fade et loin d’être agréable. On ne peut guère les manger que mélangées avec du mil ou du maïs, et surtout après les avoir fortement épicées et pimentées. De plus, les indigènes les accusent de donner une maladie qui ferait tomber les dents.

Dans tout le bassin de la Gambie, nous n’avons rencontré qu’une seule variété de doliques. C’est le Dolichos Lablab, L. Le port de cette légumineuse papilionacée rappelle celui du haricot. Il n’y a guère, dans toute cette région, que les Diolas, les Coniaguiés et les Bassarés qui la cultivent, et encore sur une bien petite échelle. Sa tige et ses feuilles constituent un bon fourrage pour les animaux ; les bœufs, chèvres et moutons en sont particulièrement friands.

Patates douces. — La patate (Ipomœa Batatas, Poir.), de la famille des convolvulacées, est également très cultivée, mais surtout dans les régions humides et bien arrosées. On en fait de beaux lougans dans le Sandougou, le Niani, le Kalonkadougou et à Mac-Carthy. Elle pousse très rapidement et ses ramifications souterraines prennent, en peu de temps, un développement si considérable, qu’il est difficile d’en débarrasser le terrain où elle s’est implantée. Les indigènes la plantent de deux façons : ou bien par bouture ou bien encore par une méthode mixte, qui consiste à faire germer en terre des tubercules sur lesquels on prend ensuite des boutures que l’on pique à environ soixante centimètres les unes des autres. En peu de temps, elles émettent en tous sens des rameaux qui rampent sur le sol, où ils s’implantent par des racines adventives multiples. Au bout de deux ou trois mois, il se forme au pied de la plante des tubercules farineux qui grossissent pendant toute la saison des pluies, et que l’on récolte au début de la saison sèche, quand les feuilles commencent à jaunir. La sécheresse est préjudiciable à la patate, aussi ne la cultive-t-on que pendant l’hivernage.

Il en existe un grand nombre de variétés qui ne diffèrent, du reste, entre elles, que par la forme et la couleur. Il en est de longues et de rondes ou plutôt ovoïdes. Les unes sont blanches, les autres jaunâtres, d’autres enfin légèrement rosées. Ces dernières sont, d’ailleurs, d’une qualité supérieure.

Le goût de la patate rappelle un peu celui de la pomme de terre, mais il est plus sucré. De plus, sa chair est parsemée de nombreux filaments désagréables quand on la mange. Les indigènes la font bouillir ou cuire sous la cendre. Les Européens en font de bonnes fritures, d’excellents potages et de succulentes purées. Cuite dans un sirop de sucre, elle sert à confectionner un entremets dont le goût rappelle celui du marron glacé.

Les feuilles constituent un excellent fourrage pour les animaux. La patate se conserve peu de temps pendant la saison sèche. Elle est attaquée par les insectes et pourrit rapidement.

Dioscorea bulbifera, L., Dioscoréacées. — Dans la Revue des sciences naturelles appliquées, M. le prof. Heckel vient de publier, en collaboration avec le prof. Schlagdenhauffen, de Nancy, une étude des plus intéressantes sur le Dioscorea bulbifera. Cette plante alimentaire, que l’on trouve en si grande abondance au Gabon-Congo, à la Nouvelle-Calédonie et dans l’Inde, existe également au Soudan et notamment dans le bassin de la Gambie. L’étude du prof. Heckel que nous venons de relire nous l’a remise en mémoire et, vu la nouveauté de ce travail original, nous croyons devoir dire ici quelques mots de l’histoire botanique de ce végétal.

Le Dioscorea bulbifera est une dioscoréacée à rhizome tubéreux, allongé transversalement, arrondi et presque sphérique, de couleur noirâtre, rugueux, ridé, couvert de fibrilles radiculaires. Tige grêle, cylindrique, tordue, striée, volubile à gauche. Feuilles alternes, larges, cordiformes, étalées, entières, luisantes en dessus, nervées, un peu ondulées sur les bords et terminées par une pointe scarieuse. Inflorescence en longs épis axillaires ou terminaux. Fleurs dioïques, petites. Périgone petit, violacé. Six étamines, ovaire infère, triloculaire. Loges biovulées. Le fruit est une capsule trigone, comprimée, triloculaire, à déhiscence loculicide. Graines ailées. De l’aisselle des feuilles supérieures naissent des bourgeons qui se transforment en bulbes de formes diverses, plus ou moins volumineux, grisâtres, rugueux, bosselés et de dimensions très variables. En germant, ils donnent naissance à une ou plusieurs tiges.

Ces bulbes sont toxiques. Mais, après les avoir soumis à des lavages répétés, les indigènes de la Nouvelle-Calédonie, les Pahouins, les M’Pongués, les Mandingues du Sud, les Soussous, etc., etc., en font un usage alimentaire journalier, particulièrement en temps de disette.

Il résulte de l’analyse chimique que les prof. Heckel et Schlagdenhauffen ont faite de ces bulbes « qu’ils contiennent en réalité, à côté de substances alimentaires (fécule, matières albuminoïdes, saccharose, etc.), un principe amer et toxique. Mais il est facile de s’en débarrasser, comme l’indique M. de Lanessan (Plantes utiles des colonies françaises), par des lavages à l’eau alcaline ou, plus simplement encore, comme le pratiquent les indigènes néo-calédoniens et ceux des Rivières du Sud (Afrique tropicale), par un simple lavage à l’eau ordinaire. Bien plus, il n’est pas nécessaire de râper les bulbes avant de les soumettre à ce lavage : il suffit de les couper en tranches comme des pommes de terre. Celles-ci, préalablement trempées dans l’eau pendant deux à trois heures, perdent la substance toxique. Un mets de ce tubercule ainsi traité, et sauté au beurre ou mis en salade, remplacerait évidemment notre classique pomme de terre accommodée de la même façon. Par cette opération très facile, la totalité du principe amer disparaît. On peut donc classer les bulbes aériens de ce dioscorea à côté des produits similaires souterrains du Jatropha manihot, L., qui, doués aussi d’une certaine toxicité, peuvent être débarrassés de leur poison par un simple lavage à l’eau après avoir été râpés.

Il résulte aussi nettement de cet examen chimique que, selon toute vraisemblance, ces tubercules, quand ils sont absorbés à l’état naturel par les bestiaux avec leur fourrage, peuvent, doivent même, suivant la quantité qui en est ingérée, et suivant le poids de l’animal, par rapport à la dose de toxique introduite dans les organes, déterminer des accidents mortels. »

Quant aux tubercules souterrains du Dioscorea bulbifera, il résulte de l’analyse faite par les mêmes auteurs, « qu’ils se distinguent très nettement des bulbes aériens de la même plante en ce qu’ils ne renferment pas de matière toxique amère et qu’ils contiennent beaucoup moins de fécule et beaucoup moins de matières albuminoïdes. A tous ces points de vue, ils sont donc moins nutritifs. Mais, pour servir à l’alimentation en cas de disette, ils n’auraient pas besoin de subir le lavage préalable nécessaire pour débarrasser les bulbes aériens de leur matière amère et toxique. »

Tacca involucrata, Schu. et Thön. — Cette plante alimentaire appartient encore à la famille des dioscoréacées et a encore été étudiée par Heckel et Schlagdenhauffen dans la Revue des sciences naturelles appliquées. Elle est très commune au Gabon-Congo, où les indigènes lui donnent le nom de pembarogué iba. Binger l’a trouvée dans la boucle du Niger, où elle est appelée bouré en langue dagomsa, et aux environs de Médine. Les Khassonkés la désignent sous le nom de sangatamba. C’est ainsi que l’appellent également les Malinkés de Koundou et les Mandingues de la Gambie, où nous en avons relevé quelques échantillons.

Le Tacca involucrata constitue une espèce voisine de Tacca pinnatifida, Forst. Pour l’examen chimique de ses tubercules, on a procédé comme pour le Dioscorea bulbifera. Chaque plante en porte deux, un jeune très petit et un autre de l’année précédente, plus ancien et plus ridé (comme dans les orchidées). L’un et l’autre ont été consciencieusement étudiés, et il en est ressorti ceci, à savoir que « leur valeur nutritive est sensiblement la même que celle du Dioscorea bulbifera et diffère considérablement de celle des autres produits alimentaires rapprochables. Cette conclusion justifie pleinement la similitude[2] de la dénomination imposée par les M’Pongués à ces deux tubercules abondants sur le sol gabonais ; mais elle met dans toute son évidence aussi la pauvreté de cet aliment, auquel on ne peut évidemment recourir qu’en cas de disette absolue. Il n’en est pas de même du bulbe aérien du Dioscorea bulbifera, qui est très nutritif, et qui, partant, mérite d’être cultivé et propagé dans toutes nos colonies françaises tropicales. Il est certain que la culture en améliorera les produits.

Mais on ne doit point s’étonner de voir une similitude de composition chimique si rapprochée entre des rhizomes tubéreux appartenant à deux plantes dont les familles présentent des affinités reconnues par tous les botanistes (dioscoracées et taccacées). Certains auteurs ont même confondu en un tout ces deux familles, qui ne se différencient, du reste, que par le port, par le nombre des graines contenues dans l’ovaire à trois loges, enfin, par la structure interne des graines. Lindley, qui avait le sens des affinités très accusé, reconnaît sous le nom commun de dictyogènes (ainsi nommées à cause de la disposition réticulée des nervures foliaires) l’ensemble des taccacées, des dioscorées et des smilacées.

Nous avons établi, par la similitude de composition chimique du rhizome, un lien de plus entre les deux premières familles de ce groupe.

Tout nous porte à supposer que les tubercules de Tacca pinnatifida ont une composition approchée de celle de Tacca involucrata. Cependant ils paraissent renfermer beaucoup plus de fécule. »

Le Piment qui est le plus généralement cultivé par les indigènes appartient à cette variété que l’on désigne sous le nom de poivre de Cayenne (Capsicum frutescens, L., solanées). Il est rouge vif, long de 20 à 30 millimètres, large de 7 à 9 à sa base, rétréci au voisinage du calice qui est cupuliforme. Son odeur est très forte, caractéristique, et sa saveur d’une âcreté insupportable. Les noirs en sont très friands et s’en servent pour assaisonner leur couscouss, dont il relève le goût fade et écœurant. Le piment est, de plus, regardé par eux comme un véritable spécifique contre les hémorroïdes. Pour l’administrer, ou bien ils se contentent de le mélanger à doses assez fortes avec les aliments, ou bien ils le pilent quand il est sec et absorbent dans du lait 3 ou 4 grammes de la poudre ainsi obtenue. Il faut avoir le palais des noirs pour ingurgiter une semblable mixture. Mais, administrée dans du pain azyme, la poudre de piment ainsi préparée ne cause aucun désagrément. Nous avons pu en faire nous-même l’expérience, et le résultat que nous avons obtenu a été satisfaisant sous tous les rapports.

Poivre. — Ce que les indigènes désignent sous le nom de poivre et que les Ouolofs appellent enoué et les Malinkés et Bambaras niamoco, n’est autre chose que la graine d’une amomée, l’Amomum melegueta, Roscoë, qui est très commune au Fouta-Djallon et que l’on rencontre aussi en grande quantité au Niocolo et dans les montagnes du Manding. C’est une plante vivace à rhizome charnu et à feuilles engainantes dont le fruit est une capsule à trois loges polyspermes et à déhiscence loculicide. Les semences sont grosses comme des grains de poivre, anguleuses, de couleur brun rougeâtre, très odorantes, à saveur âcre et brûlante, rappelant celle du poivre. On ne le trouve qu’en très petites quantités sur les marchés, où il est apporté par les Dioulas qui viennent du Fouta-Djallon. Il est alors contenu dans les coques de ces fruits qui ressemblent à des oranges, que les Malinkés désignent sous le nom de cantacoula, et dont les Toucouleurs se servent pour enfermer la résine du hammout. Afin qu’elles se tiennent fraîches, ces graines sont toujours mélangées de feuilles du végétal, que les Dioulas ont soin de mouiller un peu, surtout pendant la saison sèche. Les indigènes ont un goût très prononcé pour ces graines. Ils les mangent sèches, entières, en les puisant une à une dans la coque qui les renferme. Les Toucouleurs surtout en sont particulièrement amateurs et ils en ont toujours dans la poche de leur boubou. Réduites en poudre, ils s’en servent encore pour assaisonner leur couscouss. Enfin, le niamoco entre dans la composition d’un fard dont font usage, pour se parer, les Toucouleures, les Peulhes et les Mauresques.

Oseille. — Dans les jardinets qui entourent généralement les villages, on trouve deux variétés d’oseille dont les indigènes sont excessivement friands. Les noirs de la Gambie leur donnent le nom de dakissé, bien qu’elles diffèrent profondément l’une de l’autre. L’une n’est qu’un Rumex (polygonées) de la section des Acetosella, dont elle présente tous les caractères. Elle est surtout cultivée dans les jardins. L’autre est, au contraire, une malvacée. C’est l’Hibiscus sabdariffa, L., connu surtout sous le nom d’oseille de Guinée. On la rencontre particulièrement dans les lougans d’arachides, où elle est semée en bordure. Ses feuilles, sa tige et son fruit sont utilisés comme condiments. Ses différentes parties ont à un haut degré les caractères propres des malvacées. Ses graines sont très appréciées et entrent dans la composition des sauces avec lesquelles sont mangés les couscouss. Elles sont auparavant soumises à une préparation toute spéciale. Aussitôt après la récolte, elles sont mises, alors qu’elles ne sont pas encore sèches, à bouillir dans l’eau pendant quelques minutes. Retirées du liquide et bien égouttées, elles sont étendues sur des nattes fines et séchées au soleil. Elles exhalent alors une odeur épouvantable, et telle que 2 ou 3 kilog. suffisent pour empoisonner un village entier. On juge ce que ce doit être quand, dans chaque famille, on se livre à cette opération. Quand elles sont bien séchées, elles sont enveloppées dans du calicot ou de la guinée, et ces petits paquets sont suspendus à l’intérieur de la case, aux rayons du toit qui la recouvre. Elles peuvent, ainsi préparées, se conserver indéfiniment. Quand on veut s’en servir, on en pile, dans le mortier à couscouss, la quantité dont on a besoin, et on la réduit en poudre absolument impalpable. Cette poudre sert, comme nous l’avons dit plus haut, à assaisonner certaines sauces. Il faut avoir soin de n’en fabriquer que la quantité dont on a absolument besoin, car elle perd rapidement son arome et devient insipide. Le goût qu’elle donne aux aliments est loin d’être succulent, mais, somme toute, il est parfaitement supportable. Je doute cependant qu’il ait quelque succès dans la cuisine européenne.

Tomates. — Il existe dans tout le bassin de la Gambie une solanée que les indigènes désignent sous le nom de Diakato et qui, par son port, ses fleurs et ses fruits, rappelle la tomate des pays tempérés. Elle en diffère sensiblement pourtant. Ainsi, quand la plante est arrivée à complet développement, elle n’a pas besoin de support pour soutenir ses rameaux. Sa tige est plutôt arborescente. Elle ne rampe pas ; elle se dresse, au contraire, vigoureusement. Par ce caractère, elle se classe tout naturellement dans la catégorie des solanées arborescentes. Ses fleurs, toujours très nombreuses, ressemblent absolument aux fleurs de nos tomates, mais elles sont de couleur légèrement violacée. Ses feuilles sont bien moins profondément découpées. Elles présentent une curieuse particularité. Les nervures principales, à leurs faces inférieures, sont très saillantes et sont munies de plusieurs épines légèrement molles, très adhérentes cependant, et très acérées. On les trouve encore sur les jeunes rameaux. La tige principale et ses premières divisions en sont dépourvues. La face supérieure des feuilles est d’un vert luisant, et la face inférieure, blanchâtre et légèrement veloutée. Les fruits ressemblent à ceux de la tomate ordinaire, mais sont un peu plus petits. Leur forme et leur disposition intérieure sont les mêmes. Leur goût est, par contre, tout différent. Au lieu d’être acide, comme cela a généralement lieu, ou sucré, il est excessivement amer. Cette amertume est surtout très prononcée quand ce fruit est mangé cru. Elle disparaît un peu quand il est cuit. La couleur de ce fruit n’est jamais d’un rouge vif, comme celle de nos tomates. Elle est jaune pâle et rouge écarlate mélangés.

Les semis se font vers la fin de mai. Quand la plante a atteint environ 8 à 10 centimètres de hauteur, elle est repiquée dans les jardins. Les pieds sont placés à environ 30 centimètres les uns des autres. Cette opération s’effectue généralement dans les premiers jours de juillet. La floraison a lieu en août, et les fruits arrivent à maturité en octobre et en novembre.