Il existe encore au Soudan, paraît-il, mais en très petites quantités, vers Siguiri et Kangaba surtout, et dans le nord des états de Samory, un autre végétal qui donne de la gutta-percha. C’est encore une Sapotacée, l’Achras Sapota, L. (Sapotillier). C’est un bel arbre à feuilles entières alternes ; fleurs blanchâtres ; calice et corolle à six divisions. Douze étamines dont six stériles. Ovaire supère, pluriloculaire. Fruit charnu très délicat à épiderme grisâtre. Graines noirâtres. Elles passent pour être diurétiques. On sait depuis longtemps que le latex du sapotillier donne par évaporation de la gutta-percha. Mais on ignorait qu’il en existât au Soudan. Les indigènes qui apportaient ce produit à la côte se le voyaient régulièrement refuser par les négociants, comme étant un caoutchouc de mauvaise qualité. Le hasard fit qu’un jour un échantillon tomba entre les mains d’un pharmacien de la marine[4] qui l’analysa. Le résultat de cette analyse fut que le produit dont il s’agissait n’était nullement du caoutchouc, mais bien de la gutta-percha. Je dois dire ici que nulle part dans le bassin de la Gambie, ni dans aucune des autres parties du Soudan français que j’ai visitées, je n’ai rencontré de sapotillier. Je dirai plus, c’est qu’à Kayes notamment, ce végétal est loin de prospérer. Je me souviens, en effet, que mon bon camarade, M. Louisy, commissaire adjoint des colonies, créole des Antilles et grand amateur de ce fruit, en avait fait des essais de culture. Aucun des individus qu’il avait obtenus par semis ne vécut en pleine terre, malgré les soins attentifs dont il les entoura. Jusqu’à plus ample informé, nous ne pouvons donc citer l’achras sapota que sous toutes réserves. Comme ce végétal ressemble beaucoup au karité et qu’à cette époque le professeur Heckel n’avait pas encore publié dans la Nature son mémoire sur la gutta donnée par cette dernière sapotacée, il a pu parfaitement se faire que l’on ait confondu et que l’on ait pris l’un pour l’autre. Nous croyons toutefois que, vu la nature du climat des régions moyennes et méridionales de la boucle du Niger, il serait possible d’y introduire le sapotillier et de l’y cultiver.
Nous ne nous occuperons pas ici d’une façon complète de cette question si importante de la gomme. Cette étude ne rentrerait pas dans le cadre de notre travail. Nous nous contenterons donc de parler simplement des quelques végétaux qui donnent cette précieuse substance et que l’on peut rencontrer dans le bassin de la Gambie. D’une façon générale, d’ailleurs, les variétés d’acacias qui donnent de la gomme sont peu abondantes dans toute cette région. On n’en trouve guère que dans sa partie la plus septentrionale, dans le Kalonkadougou, le Bondou, le Ferlo-Bondou, le Gamon, le Tenda, le Dentilia et le Badon, et encore leurs produits sont-ils peu commerciaux.
L’Acacia Verek, Guill. et Perr., Légumineuse mimosée, qui donne la gomme de meilleure qualité, est très rare. On ne le trouve que dans le Bondou, le Ferlo, le Ferlo-Bondou et le Kalonkadougou, et encore les individus produisent-ils si peu que les indigènes ne s’en occupent même pas. C’est un petit arbre à rameaux pâles, glabres. Feuilles alternes, biparipennées, stipulées, composées ; fleurs disposées en épis. Calice gamosépale, corolle à cinq divisions alternes et libres. Étamines nombreuses en nombre variable. Anthères biloculaires, introrses. Ovaire supère, uniloculaire, pluriovulé (huit ou dix ovules). Style terminal. Le fruit est une gousse s’ouvrant en deux valves et renfermant cinq ou six graines à peu près rondes.
L’Acacia tomentosa, Wild. (Neb-Neb des Ouolofs) se distingue du précédent par son fruit surtout. C’est comme celui du précédent une gousse, mais, quand il est arrivé à maturité, il est couvert d’un duvet abondant. De plus, les ramuscules et les pétioles sont pubescents. On le trouve presque uniquement dans le Bondou et le Ferlo-Bondou.
L’Acacia Seyal, Del. est un arbre de moyenne taille. Écorce brun rougeâtre ou blanc laiteux. Les rameaux sont munis de grandes épines d’un blanc laiteux. Feuilles glabres longuement pétiolées. Deux épines à la base du pétiole. Pétioles secondaires portant de huit à vingt paires de folioles. Fleurs en capitules pédonculés. Pétales plus longs que le calice. Le fruit est une gousse falciforme. On le rencontre particulièrement dans le Kalonkadougou, le Gamon et le Badon. Il donne une gomme de qualité inférieure.
L’Acacia astringens, Cunning, ou Adansonii, Guill. et Perr. (Gonakié) est un arbre de 10 à 12 mètres de hauteur, très commun dans toute la partie nord du bassin de la Gambie. Il donne une gomme dite gomme de gonakié, rouge, et qui est peu estimée dans le commerce. Il en est de même de la gomme du Khadd (Acacia albicans, Kunth.) et de celle des acacias Néboueb et fasciculata. Ces deux dernières variétés se rencontrent surtout dans le Gamon, le Badon et le sud du Bondou. La première est surtout commune dans le Dentilia et le Tenda.
Gomme de Kellé. — Il existe encore dans le Bondou notamment, le Bambouck et les pays avoisinants, un sorte de gomme que les Toucouleurs nomment Kellé, et les Malinkés Kelli. D’après les renseignements que nous avons pu nous procurer à son sujet, ce ne serait pas, à proprement parler, une gomme véritable. Ses caractères la rapprocheraient davantage de la gutta-percha. Il nous a été impossible de nous en procurer. Les indigènes lui attribuent, en effet, des propriétés remarquables. D’après eux, tout noir qui posséderait dans sa case un fragment de kellé serait assuré de voir tout lui réussir et d’acquérir une grosse fortune. Aussi, quand ils en possèdent, ils la cachent précieusement, avec un soin jaloux. De même, quand ils connaissent l’existence quelque part d’un échantillon du végétal qui la produit, ils se gardent bien d’en faire part à qui que ce soit. Je n’ai jamais pu le voir. Quoi qu’il en soit, cette plante est très rare et est regardée comme fétiche dans toutes les régions où on la rencontre. On trouverait aussi, paraît-il, la gomme de kellé au Gabon.
Gomme d’anacarde. — L’écorce du tronc de l’anacarde (Anacardium occidentale, L.), Térébinthacées, dont nous avons déjà eu à parler au cours de ce mémoire, laisse exsuder une résine jaune, dure, désignée sous le nom de gomme d’anacarde. Les Anglais l’appellent Cashew-Gum. Elle est soluble dans l’eau et employée aux mêmes usages que la gomme arabique.
L’écorce du Ben ailé (Moringa pterygosperma, Gærtn), Capparidacées, laisse également exsuder une gomme qui se gonfle dans l’eau et passe pour être abortive.
Le Bois à cochon (Symphonia globulifera) produit un suc résineux qui sert à goudronner les cordages et les navires et à faire des torches.
Le Niattout (Bdellium africana, H. Bn., Balsamodendron africanum, Arn.), Burséracées, est un arbrisseau de 3 à 4 mètres de hauteur, à feuilles alternes, imparipennées, trifoliées. Fleurs petites, rougeâtres, axillaires, hermaphrodites ; calice tubuleux à quatre dents, persistant ; corolle à quatre pétales linéaires ; huit étamines libres ; ovaire libre biloculaire, biovulé. Le fruit est un drupe sec, pisiforme, à un noyau, à exocarpe se séparant en deux valves.
Cet arbuste produit le Bdellium d’Afrique, gomme-résine dont les Maures se servent parfois pour frauder la gomme qu’ils apportent à nos escales. Ils lui donnent le nom de Mounass. Cette introduction du bdellium n’est, du reste, qu’accidentelle, car il communique à la gomme qui avoisine ses fragments une odeur spéciale qui la ferait rejeter tout au moins pour les emplois en pharmacie et en confiserie. Le bdellium se présente sous l’aspect de morceaux d’un gris jaunâtre, rougeâtre ou verdâtre, à cassure terne, cireuse, d’une odeur balsamique pénétrante et d’une saveur amère.
Les Maures s’en servent, ainsi que les noirs, comme parfum, et en font brûler fréquemment sous leurs tentes ou dans l’intérieur de leurs cases pour en chasser les « mauvaises maladies » (sic). Il renferme de la gomme, de la résine, de l’huile volatile, etc., etc. Il était autrefois employé comme excitant. Il est aujourd’hui complètement délaissé et n’entre plus que dans l’emplâtre de Vigo.
Le Fromager (Bombax Ceiba, L.), Malvacées, donne aussi une gomme-résine qui sert parfois à frauder la gomme arabique. On retire également du Caïlcédrat (Khaya Senegalensis, G. et Per.), Cédrélacées, une matière gomme-résineuse qui n’a pas encore été utilisée.
Hammout. — Il existe dans tout le bassin de la Gambie, mais particulièrement dans la région sud du Bondou et dans le pays de Gamon, un végétal qui laisse exsuder une résine dont l’odeur rappelle celle de l’encens. Ce végétal, d’après Heckel, appartiendrait au genre Balsamodendron (Burséracées) et serait voisin du Balsamodendron africanum, Arn. Sa hauteur dépasse rarement 3 mètres et il croît, de préférence, dans les terrains pauvres. Le diamètre de son tronc est d’environ 20 à 25 centimètres au maximum. Bien qu’on trouve le hammout un peu partout au Soudan français, il est cependant relativement rare. Les individus vivent fort éloignés les uns des autres et c’est surtout dans le Ferlo-Baliniama qu’il est le plus commun. On en trouve également en notable quantité dans cette partie déserte qui se trouve aux environs de Koussan-Almany (Bondou), entre Kéniémalé, Kouddy, Hodioliré et le marigot d’Auguidiouol, entre Koukoudak et Kounamba, dans le Tiali.
Cette résine s’extrait, annuellement, du commencement de décembre à la fin d’avril. C’est, paraît-il, l’époque pendant laquelle elle est le plus abondante, et où le rendement est le plus avantageux et la qualité meilleure. De plus, comme en cette saison les indigènes ne sont pas retenus chez eux par les travaux des champs, ils peuvent se livrer plus facilement à cette récolte, qui est pour eux la source de quelques profits.
Pour l’extraire, les indigènes pratiquent sur le tronc de la plante, jusqu’aux maîtresses branches, des incisions en nombre variable, huit ou dix au plus. Ces entailles intéressent l’écorce dans toute son épaisseur. La résine qui en découle est peu abondante, et il faut attendre six à huit jours avant d’en avoir une petite boule de la grosseur d’une noisette. On procède alors à la récolte. A l’air libre, la résine durcit par le froid et elle prend une consistance telle que, pour la détacher, il faut se servir d’une tige de fer, spécialement fabriquée pour cela, ou bien de petites hachettes dont les indigènes usent pour défricher leurs lougans. La liqueur qui vient sourdre à l’incision est généralement blanche et limpide, mais, en se coagulant, elle prend une couleur opaline légèrement teintée en jaune.
En enlevant la petite boule de hammout qui s’est ainsi formée, les noirs ont l’habitude de détacher toujours en même temps la partie de l’écorce du végétal à laquelle elle adhère d’ordinaire si fortement. Revenus au village, ils mettent le produit de la récolte à chauffer au soleil pendant quelques jours pour le ramollir et afin de le débarrasser de la plus grande partie des détritus végétaux qu’il renferme. Quand il s’est refroidi et durci, il est pilé, de nouveau ramolli à la chaleur solaire, et pétri en forme de boules qui sont renfermées dans des coques de fruits de Cantacoula, comme je l’ai dit plus haut en parlant de ce dernier végétal.
La résine durcit alors à la fraîcheur ; elle adhère fortement aux parois du récipient qui la contient, et, pour l’en retirer, il faut se servir de la pointe d’un solide couteau. Cette résine se présente alors sous l’aspect d’une masse noirâtre, au milieu de laquelle se distinguent aisément les fragments d’écorce qui n’ont pu être enlevés. Son odeur est légèrement térébenthinée et sa saveur très aromatique. C’est sous cette forme que l’on trouve le hammout sur les marchés du Soudan.
Il ne faut pas confondre le hammout avec le Tiéoué, qui est une autre variété d’encens que les Dioulas du Fouta-Djallon, où on le récolte surtout, apportent annuellement dans nos comptoirs et sur nos marchés de Bakel, Kayes et Médine. Cet encens est, d’après les indigènes, de qualité absolument inférieure. Il est généralement présenté sur les marchés sous forme de grosses boules grisâtres, à cassure terne et citreuse, non transparentes, se ramollissant sous la dent, et contenant une notable quantité d’écorce. Leur odeur est moins térébenthinée que celle du hammout, et sa saveur est également aromatique. Le végétal d’où il s’extrait habite surtout le Fouta-Djallon. On le trouve également dans cette partie du Bondou qui confine au Tenda et au pays de Badon. Les noirs ne lui attribuent qu’à un faible degré les propriétés bienfaisantes du hammout.
Le hammout est l’objet au Soudan d’un petit commerce qui est assez actif sur les marchés de Kayes, Bakel et Médine. Les traitants de ces comptoirs accaparent presque tout ce qui est apporté et le revendent soit à Saint-Louis aux Ouolofs, soit aux habitants du Khasso, du Logo, du Natiaga, du Kaarta et du Guidimakha. Mais de tous, ce sont les Ouolofs et les Khassonkés qui en sont les plus avides. Les femmes ouoloves de Saint-Louis le font brûler sur des charbons ardents, dans des espèces de petits fourneaux fabriqués ad hoc. Le hammout ainsi brûlé produit une fumée blanchâtre et dont l’odeur se rapproche un peu de celle de l’encens. Les indigènes s’en servent pour parfumer leurs cases. En outre, ils lui attribuent de puissantes vertus curatives. D’après eux, en effet, le hammout serait, pour ainsi dire, une panacée universelle. Sa fumée serait très saine pour la santé. Elle chasserait les miasmes nuisibles, ferait disparaître les maux de tête, guérirait les bronchites et les rhumes de cerveau, et développerait surtout l’intelligence, etc., etc.
Le prix du hammout varie suivant les époques et les régions. Avant la récolte, une boule de moyenne grosseur se vend, à Kayes, de 2 à 3 francs ; mais quand les arrivages commencent à se faire plus nombreux, le prix baisse rapidement. Ainsi, à Bakel, par exemple, il n’est pas rare, à ce moment, de trouver jusqu’à soixante boules pour une pièce de guinée, soit 10 à 12 francs environ.
A Saint-Louis, le hammout se vend couramment de 1 fr. 50 à 2 francs la boule. Dans le Guidimakha, trois boules coûtent environ 2 fr. 50 en mil, et dans le Khasso, à Kouniakary, par exemple, trois boules se vendent environ 5 francs en mil ou en étoffes.
C’est, à notre avis, une profonde erreur que de croire que les régions intertropicales sont des pays couverts de forêts impénétrables. La simple expression de « paysage tropical » éveille de suite dans l’esprit l’image d’oasis délicieuses, d’arbres touffus toujours verts, de fleurs parfumées et resplendissantes des couleurs les plus vives. Quant à la « forêt vierge », c’est un véritable labyrinthe dans lequel les plus belles essences botaniques sont couvertes d’un feuillage si épais que les rayons du soleil eux-mêmes n’y peuvent pénétrer, et dont le sol est couvert de lianes si vigoureuses qu’en s’entrelaçant elles forment, pour ainsi dire, de véritables cloisons qu’on ne peut franchir que la hache à la main. Eh bien ! du moins en ce qui concerne nos possessions sénégambiennes et soudaniennes, il faut beaucoup rabattre de ce captivant tableau. Ce que nous venons de dire peut être vrai pour les régions équatoriales de l’Amérique et de l’Afrique centrale, mais c’est avec regret que nous sommes forcé d’avouer qu’il est loin d’en être ainsi pour les contrées tropicales proprement dites. Sans doute les végétaux acquièrent là-bas des proportions remarquables, gigantesques même, mais nous y sommes bien loin de ces belles forêts préhistoriques dont les poètes se plaisent à nous faire une si enchanteresse description. Dans le bassin de la Gambie, notamment, la végétation est bien d’une remarquable puissance ; mais la forêt compacte dont il était certainement couvert aux temps les plus reculés de l’histoire a presque complètement disparu partout, et, dans sa partie la plus septentrionale, nous ne trouvons plus que la steppe sénégalienne, avec toute son aridité, toute sa décevante et désespérante monotonie. Et d’où vient cet inexplicable dépeuplement ? me dira-t-on. Uniquement, répondrons-nous, de l’exploitation à outrance et sans méthode aucune de ces immenses richesses forestières ! Certainement, les modifications survenues, à travers les âges, aux conditions climatériques de ces régions, ont puissamment contribué à la disparition d’un grand nombre des espèces végétales qui les habitaient jadis. Mais la principale cause doit être cherchée surtout dans les sacrifices innombrables auxquels l’indigène est forcé de se livrer pour satisfaire aux besoins de sa vie journalière, et aussi dans les immenses incendies qu’il allume, avec cette insouciance qui lui est propre, pour donner au sol l’engrais salin qui lui assurera des récoltes faciles.
Aujourd’hui, les essences précieuses ont presque complètement disparu partout où l’accès était relativement facile, près des centres habités et le long des voies de communication. Il faut s’avancer loin dans l’intérieur des terres pour les y retrouver encore. Il commence même à en être de même pour les espèces les plus communes, si bien qu’à Saint-Louis, Foundioungne, Bathurst, Mac-Carthy, etc., etc., où l’on ne se sert que de bois pour les besoins de la cuisine, il ne se paie pas moins de 4 et 5 francs le stère, prix énorme si l’on songe que l’on est là en pays à peine exploré. Nous pourrions même citer de nombreux villages, profondément situés dans l’intérieur, où il se fait journellement un véritable trafic de ce précieux combustible.
Toutefois, je me hâte de dire que le tableau est loin d’être aussi sombre qu’on se le pourrait imaginer à la lecture de ce qui précède. Le mal est loin d’être sans remède, et une réglementation sage et méthodique de l’exploitation pourrait aisément le conjurer et amener rapidement le repeuplement de régions aujourd’hui absolument désertes, incultes et inhabitées. Mais c’est là une question d’administration et de haute économie forestière et rurale, qui ne saurait trouver place dans ce mémoire. Nous n’insisterons donc pas davantage, et nous nous contenterons de faire une revue rapide des végétaux originaires du bassin de la Gambie, que la menuiserie, l’ébénisterie, le charpentage, etc., etc., pourraient utiliser avec profit.
Le Rônier (Borassus flabelliformis, L.), Palmiers. Les rives de la Gambie sont couvertes de ce précieux végétal, et il en existe des forêts d’une étendue relativement considérable où l’on peut remarquer des échantillons de ce végétal qui atteignent des dimensions vraiment gigantesques. C’est le plus grand des palmiers, le Borassus flabelliformis, L. Il est facilement reconnaissable à son port élevé et caractéristique. Sa tige est très grande et peut atteindre parfois jusqu’à 25 et 30 mètres. Elle est renflée au milieu et ses parties inférieures et supérieures sont bien moins volumineuses et bien plus effilées. Son écorce est noirâtre et porte les cicatrices des blessures qu’y font les feuilles en tombant. Le bois, bien qu’il ait l’aspect spongieux, est très dur et est difficilement attaquable par la scie. Les billes de rôniers sont plus lourdes que l’eau. C’est un des rares bois qui ne flottent pas. Il est d’une longue durée et d’une solidité remarquable. Inattaquable par les insectes et par l’humidité, il est excellent pour les pilotis, et l’on s’en sert couramment dans la construction des ponts et des appontements. Les arbres mâles sont seuls employés ; les arbres femelles ne peuvent servir qu’à des palissades, car ils sont creux et peu résistants.
Les feuilles d’un rônier adulte sont groupées en un bouquet volumineux situé au faîte de la tige et présentent de profondes découpures. Le tronc n’en porte jamais, sauf quand il est jeune. Leur couleur vert foncé et leur résistance rappellent de loin les feuilles artificielles en zinc de certains décors de théâtre et de girouettes. Les plus jeunes, fortement imbriquées et engainantes au sommet du végétal, sont d’un blanc d’ivoire. Très tendres, elles forment le chou palmiste. Elles ne tombent qu’après dessiccation complète. Terminales, elles présentent un limbe arrondi, étalé en éventail, à divisions bifides. Les indigènes utilisent les feuilles du rônier pour couvrir les constructions provisoires qu’ils font dans leurs villages de cultures. Nous nous sommes très bien trouvé de les avoir employées pour nos campements. Avec les jeunes feuilles, ils fabriquent aussi, en les tressant, des liens très résistants. Nous avons été à même d’apprécier leur solidité quand nous avons traversé en radeau la Gambie au gué de Bady. Le rônier, il ne faut pas l’oublier, est un arbre dioïque. Les fleurs sont disposées en spadices sortant du milieu des feuilles, les mâles plus volumineux et plus ramifiés que les femelles. Les fleurs mâles sont disposées dans les logettes d’un chaton à écailles imbriquées ; calice à trois folioles, corolle à trois divisions. Six étamines stériles, ovaire triloculaire, ovules solitaires. Le fruit est une drupe connue sous le nom de rônes, de forme globuleuse. Ils sont disposés en grappes de quarante ou cinquante environ, et très lourds. L’enveloppe en est verte quand ils sont jeunes ; à maturité, elle est jaune orange. Le mésocarpe charnu, d’abord mou et blanc, puis jaune, est parcouru par des fibres ténues. Il est aqueux et d’un goût agréable, mais légèrement térébenthiné. Les indigènes en font une grande consommation en temps de disette. Les graines sont volumineuses, noirâtres, discoïdes ou en forme de sphère aplatie aux deux pôles. Leur albumen est régulier, cartilagineux et creux à maturité.
Outre les fruits, les noirs mangent encore les racines des jeunes plants ; elles ont un goût légèrement astringent et assez déplaisant.
Vène (Pterocarpus erinaceus, Poir.), Légumineuses papilionacées. Ce végétal, appelé vène en ouolof et kino en malinké, est un bel arbre dont la tige, généralement droite, atteint parfois de 12 à 15 mètres de hauteur. Feuilles alternes, imparipennées, à onze et quinze folioles alternes, ovales, oblongues, obtuses ; fleurs jaunes en grappes solitaires groupées sur le vieux bois ; gousse stipitée, membraneuse, veloutée, sinuée, ondulée et épineuse au centre.
L’écorce blanchâtre du vène permet aisément de le reconnaître dans la forêt et de ne pas le confondre avec ses voisins. Son feuillage est généralement maigre et d’un blanc terne. Il fleurit vers la fin de janvier. Son bois est à grain fin, très dur, serré et propre pour la menuiserie fine. Il est moins attaqué que les autres bois par les termites. On le trouve en grande quantité dans le bassin de la Gambie et dans tout le Soudan, et pourrait être l’objet d’une exploitation sérieuse.
Les indigènes utilisent les propriétés astringentes de son écorce contre les diarrhées rebelles et comme fébrifuges. Ils en font des macérations très concentrées dont ils boivent par jour environ la valeur de deux verres à bordeaux matin et soir. A l’incision, son écorce laisse découler une sorte de cachou à saveur excessivement astringente. C’est le kino de Gambie, soluble en grande partie dans l’eau. Il n’est plus utilisé aujourd’hui.
Le vène est utilisé dans nos ateliers pour la menuiserie et pour la construction de nos chalands. On s’en sert également avec avantage pour fabriquer des traverses de chemin de fer et pour la construction des charpentes de nos postes.
Le Kaki (Diospyros mespiliformis, Hochst.), Ébénacées, est un arbre de taille moyenne, de 6 à 15 pieds de hauteur. Il croît de préférence sur le sommet des collines et est assez rare dans tout le Soudan. C’est ce végétal que l’on désigne généralement sous le nom de faux ébénier. Feuilles oblongues ou elliptiques, arrondies à chaque extrémité, un peu coriaces. Fleurs dioïques, blanches, à cinq divisions, axillaires. Fleurs mâles, à calice campanulé, à cinq divisions ovales, soyeuses en dehors ; corolle urcéolée, dix à seize étamines. Fleurs femelles solitaires, six à huit staminodes ; ovaire ovoïde, à quatre et huit loges uniovulées. Fruit subglobuleux, glabre, accompagné par le calice accru. Le fruit est comestible.
Le bois du kaki est compact, excessivement serré. Lorsqu’il est poli, il est impossible d’y découvrir traces de fibres. C’est ce qui lui a fait donner le nom d’ébène. Il est loin d’être du noir parfait de ce dernier. Il est rare de rencontrer des échantillons sans défaut, et fréquemment il est veiné de blanc. Très cassant, surtout quand il est sec, les indigènes ne s’en servent guère qu’aux environs de nos postes. Ils en fabriquent des cannes, qu’ils vendent aux Européens. En certains cas, il pourrait remplacer l’ébène, dont il est loin toutefois d’avoir le brillant. Les Maures, avec les plus beaux échantillons de kaki, confectionnent des bracelets qu’ils incrustent d’argent et qui ne manquent pas d’une certaine originalité. Ils en font également de curieux manches de poignards.
Le Fromager (Bombax ceiba, L.), Bombacées, possède un bois qui ne peut guère être utilisé que pour les charpentes. Encore est-il particulièrement attaqué par les insectes. La variété Dondol donne un bois qui ressemble, à s’y méprendre, à celui du peuplier, dont il a, du reste, toutes les qualités, et je me souviens avoir entendu dire, en 1892, par mon excellent camarade M. le capitaine Huvenoit, de l’artillerie de marine, alors directeur des travaux du chemin de fer de Kayes à Bafoulabé, aujourd’hui décédé, victime de cet épouvantable climat du Soudan, qu’il en avait fait débiter des planches dont il avait tiré grande utilité.
Le Caïlcédrat (Khaya senegalensis, G. et Per.), Cédrélacées, est un des plus beaux arbres non seulement du bassin de la Gambie, où il est très commun, mais encore du Soudan tout entier. Il peut atteindre 30 à 35 mètres de hauteur et 1 mètre de diamètre. Feuilles alternes, paripennées, à folioles opposées, ovales, oblongues, entières. Fleurs blanches. Inflorescence en panicules terminales et axillaires. Calice à quatre divisions imbriquées. Quatre pétales étalés. Huit étamines. Ovaire à quatre loges multiovulées. Le fruit est une capsule ligneuse à quatre loges, septicide de haut en bas. Sa tige, droite, prend parfois de telles proportions qu’on y peut creuser des pirogues de toutes pièces. Je me souviens avoir franchi la Gambie à Sillacounda (Niocolo), dans une embarcation de ce genre qui n’avait pas moins de 4 mètres de longueur sur 0m50 de largeur et 0m35 de profondeur. Elle avait été creusée dans une seule bille de caïlcédrat, ce qui permet de supposer que l’arbre qui l’avait fournie devait être énorme.
L’écorce du caïlcédrat est large, cintrée, légèrement fendillée, rougeâtre et couverte d’un épiderme presque lisse et d’un gris blanchâtre. Sa cassure est grenue en dehors, puis un peu lamelleuse, et formée en dedans par une série simple de fibres ligneuses aplaties et agglutinées. Elle est dure, cassante, fort lourde, amère et légèrement odorante. Si on y pratique une incision intéressant toute son épaisseur, il s’écoule par la blessure un liquide rougeâtre qui se coagule à l’air libre en une petite masse résineuse de couleur brune très foncée. Si, enfin, on fait brûler des morceaux du bois, la fumée qu’ils donnent exhale une odeur douce et caractéristique. Aussi est-il impossible de s’en servir pour faire cuire les aliments grillés ou rôtis, car ils s’en imprègnent tellement qu’ils sont, de ce fait, absolument exécrables à manger. Les cendres que l’on obtient en faisant brûler le caïlcédrat à l’air libre renferment une grande quantité de nitrate de potasse et sont d’une blancheur immaculée. C’est, du reste, à la présence de ce sel, je crois, qu’il faut attribuer la propriété toute particulière que possède ce végétal de brûler rapidement, même lorsqu’il est vert. Je me souviens, étant à Koundou, avoir ainsi enflammé une planche de caïlcédrat rien qu’en y posant mon cigare allumé. En quelques minutes, 5 centimètres carrés se consumèrent de ce fait.
Le bois est rouge foncé, à teinte vineuse, droit, assez serré, mais gardant mal le poli, se conservant dans l’eau à cause de la résine qu’il contient, mais se fendant par dessiccation. Il ressemble à l’acajou, et c’est pourquoi on lui a donné le nom d’acajou du Sénégal. Il est dur et très cassant. Malgré cela, on en fait à Saint-Louis et au Soudan de beaux meubles. Il se laisse facilement travailler. Il pourrait, en France, servir utilement pour la charpente, la tabletterie et pour les travaux d’ébénisterie les plus délicats.
Les indigènes s’en servent pour la construction de leurs cases et de leurs pirogues, et pour la fabrication de certains ustensiles de ménage, tabourets, pilons et mortiers à couscouss.
Samboni ou Bois-guitare (Cytharexylum quadrangulare, Jacq.), Verbénacées. C’est un bel arbre de 5 à 15 mètres de hauteur. Feuilles elliptiques, oblongues. Fleurs en grappes allongées. Calice subsessile. Quatre étamines. Ce fruit est un drupe noir qui renferme deux noyaux. Son bois, à fibres bien parallèles, peut être utilisé pour la menuiserie fine et la confection des instruments de musique. C’est pourquoi on lui a donné le nom de Bois-guitare.
Les espèces dites Luteum et Villosum peuvent également être employées pour l’ébénisterie.
Dialium nitidum, Guill. et Perr., Légumineuses césalpinées, Cocito en malinké. Bel arbre de 5 à 6 mètres de hauteur, très rameux. Son tronc ne dépasse pas 0m75 à 1 mètre de diamètre. Feuilles alternes, imparipennées. Folioles alternes. L’inflorescence est une grappe composée de cimes terminales. Calice à cinq sépales. Corolle nulle dans les fleurs latérales supérieures, à un seul pétale dans les fleurs terminales, deux étamines latérales, ovaire uniloculaire, biovulé. Le fruit est une baie noire et veloutée remplie d’une pulpe farineuse.
Le tronc du dialium est tortueux. Son bois est dur, incorruptible dans l’eau salée. Il est, par le fait, propre aux petites constructions navales. Il peut être également employé avec avantage au tour et pour la menuiserie fine.
Le Guiguis (Bauhinia reticulata, Guill. et Perr.), Légumineuses césalpinées, est un arbre à feuilles alternes, simples. Fleurs en grappes axillaires ou terminales, pentamères. Dix étamines. Ovaire uniloculaire, multiovulé. Le fruit est une gousse. Très commun au Sénégal, plus rare dans le bassin de la Gambie. Son bois peut être utilisé dans l’ébénisterie, la menuiserie et le charronnage. Il est dur, facile à travailler et de longue durée.
Le Manguier (Mangifera indica, L.), Térébinthacées, ne pousse pas spontanément dans le bassin de la Gambie. Il y a été importé et il y est excessivement rare. On n’en trouve que quelques individus isolés dans le sud, à Gérèges, Vintang, etc. C’est un grand arbre à feuilles alternes entières. Fleurs polygames dioïques. Panicules terminales, cinq sépales, cinq pétales, cinq étamines dont une fertile ; ovaire uniloculaire, uniovulé. Le fruit est un drupe à gros noyaux fibreux. Ce fruit, connu sous le nom de mangue, est délicieux, parfumé, mais son goût légèrement térébenthiné ne plaît pas à tout le monde. L’espèce commune, connue sous le nom de mango, est la seule que l’on rencontre en Gambie. Elle donne un fruit bien inférieur à celui du manguier greffé.
Le bois du manguier, assez dur, lourd, homogène et liant, est d’un bon emploi dans les pays tempérés ; mais, dans les régions chaudes, il est de peu de durée. Il est, en effet, rapidement attaqué par les insectes. On s’en sert pour la fabrication du charbon de bois, et pour la confection des charrettes.
Le Berre ou Mampata (Parinarium senegalense, Perr. Neou., et Parinarium excelsum, Sab.), Rosacées, est un arbre de 5 à 10 mètres de hauteur environ. Feuilles alternes, simples, persistantes, sessiles, stipulées. Fleurs d’un blanc rosé. Inflorescence en cimes corymbiformes. Calice subbilabié, corolle à cinq divisions. Étamines nombreuses en nombre indéterminé, pas toutes fertiles ; ovaire biloculaire, loges uniovulées. Le fruit est un drupe ovoïde à mésocarpe charnu. Le bois est à grain dur et serré. Très beau, il est précieux pour l’ébénisterie et la menuiserie fine. Il peut être aussi employé pour les constructions.
Karité (Butyrospermum Parkii, Kotschy), Sapotacées. Son bois, très fin et très résistant, peut servir à plusieurs usages. On peut l’employer avec succès pour la menuiserie, le charpentage et pour les meubles. La plupart des charpentes de nos postes du Soudan ont été construites avec ce bois, et, de ce fait, à Kita, Koundou, Niagassola et Bammako on a été forcé d’en abattre des quantités considérables. Il a également servi à fabriquer bon nombre des meubles qu’on y trouve. Les indigènes l’emploient principalement pour la fabrication des mortiers et pilons à couscouss et pour la confection de ces petits sièges sur lesquels les femmes s’assoient dans la cour intérieure des cases. Comme il est relativement moins attaqué par les insectes que les autres essences, on a tenté de l’utiliser pour fabriquer des traverses du chemin de fer de Kayes à Bafoulabé ; mais, pas plus que les autres, il n’a pu résister à la dent cruelle des termites.
Le Gonakié (Acacia astringens, Cunning, ou Adansonii, Guill. et Perr.), Légumineuses mimosées, possède un bois très dur, très fin et qui se conserve longtemps. Il est difficile à travailler à sec. A Kayes, c’est le bois dont on se sert pour fabriquer les membrures des chalands de la flottille du Haut-Sénégal. On a tenté également de l’utiliser pour fabriquer des traverses de chemin de fer ; mais il est attaqué par les termites aussi bien que le karité et les autres essences. De plus, certains insectes l’affectionnent particulièrement et le rongent rapidement. Aussi ne l’emploie-t-on que fort peu dans les constructions. Par contre, il possède la propriété de durcir dans l’eau et de ne s’y corrompre que lentement. On pourrait alors s’en servir avec avantage pour la construction des pilotis et pour les constructions navales.
Les différentes espèces de Ficus pourraient être utilisées sur place. Il n’y aurait, à notre avis, aucun avantage à les importer en Europe ; car leur bois n’a pas une valeur qui permette d’en faire une exploitation rémunératrice.
Le Ficus afzelii, L., Ulmacées, est un très grand arbre assez commun. Son bois, analogue à celui du sapin, est blanc, léger et employé aux mêmes usages.
Le Sycomore (Ficus sycomorus, L.), Ulmacées, est moins abondant que ce dernier. Les Égyptiens s’en servaient pour fabriquer des cercueils et pour sculpter des figures qui remontent jusqu’aux temps les plus reculés. Il peut être employé pour la menuiserie. Il en est de même des espèces angustissima, L., macrophylla, Desf., laurifolia, Lamk., racemosa, L., etc., etc. Le Ficus ferruginea, L., que les Mandingues de la Gambie appellent Scotto, donne un bon bois pour la menuiserie. Mais il faut écorcher l’arbre dès qu’il est abattu, car, dans le cas contraire, il est rapidement attaqué par les insectes. Quant au Banyan (Ficus religiosa, W.), qui est si commun dans le Badon, le Niocolo et le Dentilia, il donne un bois assez dur et de couleur jaune sale dont on peut faire usage pour la menuiserie et le tour.
Le Benténier (Eriodendron anfractuosum, D. C.), Malvacées, croît, de préférence, sur les plateaux élevés, mais riches en terre végétale. Relativement rare dans les plaines, on le rencontre surtout dans le Kalonkadougou et le Bambouck. C’est un bel arbre de 15 à 20 mètres d’élévation, à tige droite, se terminant par un bouquet de rameaux au feuillage touffu et toujours vert. Feuilles palmées, à cinq et huit folioles entières, lancéolées, dont la face supérieure est d’un vert foncé, et la face inférieure blanchâtre et légèrement veloutée. Fleurs grandes, jaunâtres. Calice à cinq divisions irrégulières, corolle à cinq pétales, étamines en nombre variable. Le fruit est une capsule à cinq loges contenant un nombre indéfini de graines qu’entoure une bourre dense qui ressemble à de la laine. Son bois est tendre et léger, facile à travailler. Les indigènes l’emploient pour construire des pirogues d’une seule pièce. Il pourrait être employé dans les charpentes comme madriers.
Le Canéficier (Cassia fistula, L. ; Cathartocarpus fistula, Pers.), Légumineuses césalpinées, donne un bois léger, rougeâtre ou gris rougeâtre, à grain grossier, de peu de durée et très facile à travailler. Il pourrait être utilisé pour la marqueterie et la tabletterie. Les indigènes s’en servent pour confectionner des pilons et mortiers à couscouss et des manches d’outils.
Il existe encore dans tout le bassin de la Gambie un grand nombre d’autres végétaux dont le bois pourrait être utilement employé. Nous citerons particulièrement le Tamarinier (Tamarindus Indica, L.), Légumineuses césalpinées, dont le bois dur, dense, solide et liant, est bon pour le charronnage. On s’en sert beaucoup à Kayes pour faire des couples d’embarcation. Le Khoss (Nauclea inermis, H. Bn. ; Nauclea africana, Walh), Rubiacées, donne un bois facile à travailler, d’assez longue durée et se fendant peu. Il est utilisable pour la menuiserie et pour la charpente ; mais ses dimensions sont assez restreintes. Le Rhatt (Combretum glutinosum, Perr.), Combrétacées, est très bon pour la menuiserie. De même que le Souroure (Acacia species, L.), Légumineuses mimosées, le Nété (Parkia biglobosa, H. Bn.), Légumineuses mimosées, le Touloucouna (Carapa touloucouna, Guil. et Perr.), Méliacées, donne un bois peu attaquable par les insectes. Il pourrait être employé pour les charpentes s’il ne se fendait pas aussi facilement. Il peut être utilisé pour de petits travaux de menuiserie. Le Dank (Detarium microcarpum, Guill. et Perr.), Légumineuses césalpinées, dont le bois est excessivement dur, peut être utilisé pour les constructions navales. Le Khad-Kred (Cratæva Adansonii, D. C., ou religiosa, Forst), Capparidacées, possède un bois dur à grain fin, bon pour le tour. Le N’taba (Sterculia cordifolia, Guill. et Perr., Kola cordifolia, Rob. Brown), Malvoïdées sterculiacées, dont le bois est dur et difficilement attaqué par les insectes, pourrait être avantageusement employé pour les grandes constructions navales. Le bois du Téli (Erythrophlæum guineense, Afz.), Légumineuses césalpinées, est très dur et incorruptible. Il se conserve longtemps dans l’eau. Il est tellement serré, dur et compact, qu’il résiste même au feu des incendies que les indigènes, pour défricher, allument dans la brousse. Il pourrait être utilisé pour les pilotis, les constructions navales et les grandes charpentes. Les noirs, à cause de ses propriétés toxiques, ne l’utilisent en aucune façon. Le Cordia macrophylla, V., Borraginées, serait précieux pour l’ébénisterie, car sa texture est fine et serrée, il se polit facilement. Le Gardenia Jovis Tonantis, Hiern., Rubiacées, est ainsi nommé parce qu’il possède, disent les indigènes, la propriété de conjurer la foudre. Les noirs du sud du bassin de la Gambie, les Diolas particulièrement, en plantent, dans ce but, des rameaux au sommet de leurs cases. Son bois est lourd, très durable, compact et jaunâtre. Il peut être employé avec avantage pour l’ébénisterie et le tour, car il se fend difficilement même sous l’action de la chaleur. Il en est de même du Mabolo (Conocarpus racemosa, L. ; Laguncularia racemosa, Gærtn.), Combrétacées, du Mboull (Sapindus saponaria, L., et du Kener (Sapindus senegalensis, Poir.), Sapindacées. Le bois du Baobab (Adansonia digitata, L.), Malvacées, est mou et léger. Les indigènes s’en servent pour construire des pirogues d’une seule pièce. Je me rappelle avoir lu, dans je ne sais quel livre, que les noirs l’employaient pour fabriquer des cercueils. Jamais, de mémoire d’homme, dans n’importe quel village indigène du Sénégal ou du Soudan, le cadavre d’un noir n’a été enfermé dans un cercueil quelconque pour être inhumé. L’auteur faisait allusion sans doute à ce fait que, dans certaines régions, le Djolof, par exemple, on avait l’habitude de creuser dans le tronc des baobabs la sépulture des griots. Cette caste si méprisée y est, de ce fait, exclue des cimetières communs. On jugera par là combien sont grandes les dimensions que peut atteindre ce végétal.
Les végétaux de cette catégorie sont relativement peu nombreux, et après ce que nous avons dit au cours de ce mémoire, il ne nous reste plus que quelques rares essences à signaler à l’attention du lecteur.
Le Tabac. — La variété de tabac qui est cultivée dans le bassin de la Gambie et dans tout le Soudan français est la Nicotiane rustique, ou tabac à feuilles rondes (Nicotiana rustica, L.), Solanacées. Il diffère sensiblement du Nicotiana tabacum, L. C’est une plante glutineuse et velue, dont les feuilles sont ovales, obtuses, pétiolées. Les fleurs sont en cimes paniculées denses. La corolle, d’un vert jaunâtre, est à tube court et velu. Son fruit est une capsule arrondie. De toutes les Solanacées, c’est la plus commune au Soudan, et celle qui est cultivée avec le plus de soin. Elle croît surtout à merveille dans les terrains riches en humus et aime un climat chaud et humide. On conçoit dès lors qu’elle prospère d’une façon remarquable dans tout le bassin de la Gambie.
Le terrain dans lequel cette plante est cultivée est préparé avec un soin méticuleux et on n’y voit jamais le moindre brin d’herbe. De plus, chose rare au Soudan, j’ai vu, dans certains villages, fumer avec de la bouse de vache et le crottin des chevaux la terre destinée à recevoir la semence. Les semis sont généralement faits à la fin de juin ou au commencement de juillet. Quand la plante a atteint environ douze à quinze centimètres de hauteur, les pieds sont repiqués dans les jardins préparés ad hoc. Ils sont placés à peu près à trente ou quarante centimètres les uns des autres dans le plus grand ordre. Ils sont sarclés tous les deux jours et arrosés matin et soir avec soin. La récolte des feuilles a lieu dans le courant de janvier, et celle des graines vers la fin de février. Sur les bords des fleuves et rivières, le tabac est cultivé toute l’année. Les eaux, en se retirant, laissent une couche relativement épaisse de limon, qui conserve son humidité pendant longtemps et qui permet au tabac de se bien développer. Cette plante prospère à merveille dans tout le Soudan et ses feuilles y atteignent de remarquables dimensions. Le rendement qu’elle donne est considérable. Il est à peu près de 2,500 kilog. à l’hectare. Les feuilles brutes se vendent sur les marchés couramment 1 fr. 50 le kilog.
Jusqu’à ce jour, il n’a été fait que des essais de culture absolument insuffisants. Rien de systématique et de méthodique n’a été tenté, et pourtant tout permet de croire que des efforts sérieux seraient couronnés de succès et qu’il serait facile d’acclimater dans ces régions les tabacs de qualités supérieures.
Les indigènes prisent et fument le tabac. Mais, avant de s’en servir, ils lui font subir une préparation qui diffère dans les deux cas :
1o Tabac à priser. — On procède de la même façon, que l’on ait affaire au tabac du commerce ou au tabac indigène. Les feuilles, réduites en petits morceaux, sont mises à sécher au soleil ou devant le feu. Il est préférable qu’elles soient séchées au soleil. Elles sont ensuite pilées dans un mortier ad hoc avec un pilon spécial et réduites en poudre absolument impalpable. Mortier et pilon sont de petites dimensions. Ce sont surtout les femmes qui sont chargées de ce soin, ou bien des vieillards qui ont acquis dans cet art une véritable habileté. La poudre ainsi obtenue est étendue sur un linge et de nouveau mise à sécher au soleil. Puis (voilà l’opération délicate), on prend des tiges de petit mil que l’on fait brûler. La cendre obtenue est mise à bouillir dans une petite marmite avec de l’eau. On fait chauffer jusqu’à ce que l’eau, étant absolument évaporée, la cendre soit entièrement desséchée et adhérente aux parois de la marmite. On râcle alors cette cendre, on la réduit en poudre très fine et on la mélange au tabac dans la proportion du cinquième. Puis on ajoute à tout cela un peu de beurre ou de graisse de mouton. On mélange bien, on fait sécher, on triture de nouveau et voilà le produit que le noir s’introduit avec tant de délices et en si grande quantité dans le nez. D’après ce qui disent les indigènes, la cendre de mil aurait pour résultat de donner plus de montant au tabac. Le beurre lui donnerait un arome tout spécial et très recherché des amateurs, et aurait surtout pour effet de lui enlever toute son âcreté. Quoi qu’il en soit, nous avons maintes fois essayé d’en priser et nous lui avons trouvé une force que n’ont pas nos tabacs européens.
2o Tabac à fumer. — On ne lui fait guère subir de préparation spéciale. Les feuilles sont simplement séchées au soleil, écrasées dans la main et fumées ainsi dans la pipe.
Au Soudan, l’homme est surtout priseur et c’est la femme qui fume le plus. Pour priser, on introduit le tabac dans les narines avec les doigts ou bien on se sert d’une sorte de petite spatule en fer ou en laiton à l’aide de laquelle on puise dans la tabatière. A son extrémité étroite est percé un trou dans lequel passe une petite lanière en cuir qui sert à la suspendre au cou. L’extrémité large, couverte de tabac, est appliquée contre les narines alternativement et on n’a qu’à humer la poudre. Dans certaines régions, et, chez les Malinkés particulièrement, on ne se contente pas seulement de priser le tabac en poudre, on le chique de plus pour ainsi dire. Pour cela, on en place une volumineuse pincée sur la langue soit à la main, soit à l’aide du petit instrument dont nous venons de parler. Les femmes l’introduisent avec une merveilleuse dextérité entre la lèvre et l’arcade dentaire inférieure.
Pour fumer, la femme se sert d’une pipe généralement en caïlcédrat, dont le tuyau est en bambou. Cette pipe est des plus rudimentaires. Il est rare qu’une femme fume sans offrir de temps en temps sa pipe à ses voisines. Les hommes font également de même.
Nous avons souvent essayé de fumer de ce tabac et nous avons toujours été forcé d’y renoncer. Son âcreté est telle qu’après deux ou trois bouffées au plus nous éprouvions à la langue et aux gencives une douleur si vive que nous étions forcés de cesser. Toutefois nous avons constaté que le tabac français fumé dans ces pipes avait un arome tout particulier et très délicat.
Les peuples de race mandingue fument et prisent beaucoup plus que les peuples de race peulhe. Ils préfèrent de beaucoup notre tabac au leur, et le cadeau le plus apprécié que l’on puisse faire à un chef est de lui offrir un litre de tabac à priser et quelques têtes de tabac en feuilles. On nomme ainsi au Sénégal et au Soudan ces petits paquets de cinq ou six feuilles de tabac liées ensemble par le pétiole et dont on fait un commerce relativement important. De même aussi ils ont une préférence bien marquée pour les pipes en terre de Marseille ou de Valenciennes que nous leur vendons.
Raphia vinifera, P. Beauv. — Ce palmier est peu commun au Sénégal et au Soudan. Ce n’est guère qu’à partir de la Gambie qu’on commence à le trouver en assez grand nombre. Sa tige est, en général, peu élevée, épaisse, irrégulièrement crénelée. Feuilles grandes. Inflorescence en spadices très grands. Fleurs roses, jaunâtres, monoïques dans le même spadice, en épis comprimés, distiques. Calice campanulé à trois dents peu marquées. Corolle mâle trifide. Six à douze étamines libres. Corolle femelle infundibuliforme. Ovaire trilobulaire. Le fruit est une baie jaune verdâtre, à noyau dur, oblong et aigu aux deux extrémités.
Ce palmier habite surtout la Guinée, Sierra-Leone et le Congo. Nous n’en avons rencontré que de rares échantillons dans le Coniaguié. Les pétioles servent à faire des meubles légers. Les feuilles donnent des fibres textiles. Les indigènes des pays où il croît en récoltent la sève qui, légèrement fermentée, donne le vin de palme dont ils sont si friands et avec lequel ils aiment tant à s’enivrer. C’est une boisson aigrelette que l’Européen lui-même ne dédaigne pas. Les indigènes donnent à ce vin le nom de bourdou.
Rônier (Borassus flabelliformis, L.), Palmiers. — Outre les différents usages auxquels peut être employé le palmier-rônier, dont nous avons déjà parlé au cours de ce mémoire, ce végétal est encore précieux à plus d’un titre. Dans l’Inde, où il est très commun, un poème tamul ne lui attribue pas moins de quatre-vingts usages. Le suc sucré qui en découle abondamment par les incisions faites en temps voulu et à l’époque favorable au niveau de l’insertion des spadices, est très estimé comme boisson. Par la fermentation, il donne une liqueur alcoolique analogue au vin de palme. Les rôniers mâles en laissent découler en plus grande quantité que les rôniers femelles. Les indigènes du sud du bassin de la Gambie, du Combo, du Coniaguié et du Bassaré, en sont particulièrement friands. Dès que l’arbre peut supporter l’opération, c’est-à-dire dès qu’il a atteint environ deux ou trois mètres de hauteur, ils le saignent sans pitié. La récolte du vin de palme est, dans ces conditions, relativement facile ; mais quand le rônier a atteint son complet développement, comme alors il est très élevé et qu’il peut atteindre de grandes dimensions (nous en avons vu qui n’avaient pas moins de 25 à 30 mètres de hauteur), elle est plus délicate. Si vigoureux que soit un noir et si parfaite que puisse être sa ressemblance avec le singe, il lui serait difficile de grimper aussi haut à l’aide seulement des pieds et des mains. Alors, de distance en distance, et au fur et à mesure qu’il s’élève, il fixe dans la bille même de l’arbre et d’une façon symétrique de solides chevilles en bois, longues d’environ 40 ou 50 centimètres, qui transforment le tronc en une véritable échelle. Dès qu’il est arrivé au faîte, il pratique les incisions nécessaires pour que le suc puisse s’écouler, et au-dessous attache pour le recevoir des calebasses ou des courges ayant une forme appropriée à cet usage. Ces récipients portent le nom de boulines. Les Mandés Dioulas de la boucle du Niger, qui ont un penchant tout particulier pour cette liqueur, lui donnent le nom de mboin.
Le bourgeon terminal du rônier est très tendre. C’est un chou palmiste moins savoureux assurément que celui de l’Oreodoxa oleracea, Mart., mais qui est quand même fort apprécié par les Européens. Coupé en petits fragments de deux centimètres carrés et bien assaisonné d’huile, de vinaigre, sel et poivre, on en fait une excellente salade, surtout si on a eu la précaution de la faire macérer pendant vingt-quatre heures. Voici, au sujet du chou palmiste, en général, ce qu’écrit dans son remarquable Manuel des cultures tropicales notre excellent maître et ami, M. le pharmacien en chef des colonies E. Raoul : « Un des meilleurs légumes des pays chauds est le chou palmiste, c’est-à-dire le bourgeon terminal tendre de certains palmiers dépouillé de ses enveloppes extérieures. Cuit, il est très agréable et peut se comparer au fond d’artichaut, auquel il est bien supérieur cependant. Cru et divisé en lanières minces, il peut se manger en salade. Pour le recueillir, il faut sacrifier l’arbre qui le porte, l’abattre à la hache au moment le plus convenable, couper sa cime et débarrasser le bourgeon tendre des feuilles qui l’entouren et des enveloppes dures qui le recouvrent. Les palmiers sont souvent si communs, soit dans les forêts, soit au bord des cours d’eau, soit en bouquets dans les savanes ou sur leurs bords que l’on peut en détruire sans dommage un certain nombre. On pourrait en couper sans regret un plus grand nombre si on avait la prévoyance d’aider par quelques soins leur repeuplement et leur multiplication. Plusieurs palmiers différents donnent un bourgeon tendre volumineux, de saveur douce et d’un usage alimentaire excellent ; mais un très grand nombre n’ont qu’un bourgeon trop petit pour être utilisé. Chez quelques-uns le bourgeon est amer et présente même un principe nuisible et narcotique. »
Bambou (Bambusa arundinacea, Retz.), Graminées. Le bambou, par ses usages multiples, est un des végétaux les plus précieux des régions équatoriales et intertropicales. En Cochinchine, où il n’en existe pas moins de huit espèces auxquelles les Annamites donnent les noms de Tre-lang-nga, Tre-xiem, Tam-vong, Tre-lau, Tre-mo, Tre-gai, Tre-bong, Tre-buong ; ils s’en servent pour faire des poteaux, des poutres, des manches de lances, d’outils, des pieux, des bancs, des sièges, des objets de vannerie, etc., etc. A la Martinique, où il est très commun et où il acquiert des dimensions considérables, il constitue l’espèce végétale la plus utile par sa force de résistance, la dureté de son épiderme siliceux et la légèreté que lui communique la cavité centrale de ses tiges sans nuire à sa résistance. On l’y utilise particulièrement pour faire des tuyaux pour le drainage, des gouttières, des charpentes, etc. A la Nouvelle-Calédonie, le bambou est surtout employé par les Canaques pour confectionner des cannes, des piques. Ses éclats tiennent lieu d’instruments de chirurgie, de couteaux, etc., etc. A Tahiti, où les Maoris lui donnent le nom de Ohe, il sert aux usages les plus nombreux et les plus variés. A Nossi-Bé, il prospère à merveille, et les Malgaches en tirent le plus grand parti. Dans tout l’Extrême-Orient, outre les usages que nous venons de mentionner plus haut, on se sert de ses fibres pour fabriquer des nattes, des paniers, de la pâte à papier, etc., etc. Sa sève sucrée sert à faire une boisson qui jouit d’une certaine faveur. L’emploi que l’on fait en Europe du bambou pour la menuiserie, l’ébénisterie, la bimbeloterie, etc., etc., est trop connu pour que nous insistions davantage. C’est un végétal dont la tige solide, creuse, résistante, présente des nœuds nombreux au niveau desquels se trouvent les rameaux. L’inflorescence est un épillet en panicules à fleurs nombreuses, imbriquées, distiques. Glumes mutiques, concaves. Deux glumelles coriaces. Six étamines. Ovaire sessile uniloculaire, uniovulé. Le fruit est un caryopse libre dans les glumelles.
Le bambou est assez commun au Soudan et dans tout le bassin de la Gambie ; mais il est loin d’y avoir les proportions énormes auxquelles il atteint à la Guyane, en Extrême-Orient et à la Martinique. Malgré cela, tel qu’on l’y trouve, il présente déjà des dimensions fort respectables. Il y en existe deux variétés dont l’une a la tige creuse, tandis que, chez la seconde, elle est pleine. On le rencontre un peu partout, mais surtout dans le Bambouck, le Bafing, le Konkodougou, le Gamon, le Tenda, le Damantan, le Badon, le Niocolo, etc., etc. Il croît dans presque tous les terrains ; mais c’est surtout sur les bords des marigots et dans certaines plaines à fond d’argiles, inondées pendant la saison des pluies, qu’il est le plus commun et qu’il acquiert ses plus grandes dimensions. Toutefois, sa tige n’atteint pas au Soudan, dans les terrains qui lui sont le plus propices, un diamètre de plus de 6 à 8 centimètres et sa hauteur 4 ou 5 mètres. Sur les plateaux rocheux, il ne dépasse pas 2 mètres d’élévation et 3 centimètres au plus de diamètre. Il est là toujours très peu vigoureux.
Ce végétal, si abondant autrefois dans le Gamon, le Badon, le Dentilia, y est devenu, depuis cinq ou six années, plus rare et finira par y disparaître complètement. Il est atteint depuis ce temps d’une maladie que les indigènes désignent sous le nom de diambarala. Je n’ai pas besoin de dire qu’elle est attribuée à des pratiques de sorcellerie et que les génies malfaisants (les Mamma-Diombos) sont accusés de l’en avoir frappé. Cette maladie, cependant, est causée par un cryptogame parasite qui croît à l’aisselle des jeunes rameaux et qui, en un an, deux au plus, finit par tuer le végétal. La tige se flétrit, les feuilles tombent, le bambou sèche sur pied, et il suffit d’un vent léger pour en abattre des bouquets entiers. Les tiges ainsi couchées ne peuvent plus servir à rien, car elles ont perdu toute leur souplesse et sont devenues excessivement cassantes. C’est dans ces seules régions que nous avons trouvé cette maladie. Nous ne l’avons constatée nulle part ailleurs. Les indigènes du Gamon, du Badon et du Dentilia sont très affectés de voir ainsi disparaître cette graminée qui leur est si précieuse. Dans tout le Soudan, en effet, on s’en sert pour construire les charpentes des toits des cases, on l’utilise pour fabriquer des nattes, des corbeilles, des cordes, des ruches pour les abeilles et pour construire les clôtures des petits jardinets que l’on trouve aux environs des jardins. Les bambous pleins sont préférés pour les constructions et les bambous creux pour les autres usages. Les Bambaras de la boucle du Niger utilisent aussi les jeunes tiges de bambous pleins pour fabriquer leurs flèches, et la corde de leurs arcs est presque toujours faite avec ce végétal.
Le feuillage du bambou constitue un excellent fourrage dont les animaux, les chevaux surtout, sont excessivement friands. Le meilleur et le plus tendre est fourni par les rameaux les plus jeunes. Ce fourrage doit probablement ses qualités nutritives à la quantité relativement considérable de sucre que contiennent les jeunes pousses et les jeunes feuilles de cette plante. Cependant, d’après certains indigènes auxquels je l’ai entendu dire, il pourrait à la longue devenir nuisible et il faut bien se garder d’en faire la nourriture absolument exclusive des bestiaux.
Les entre-nœuds des tiges de bambou renferment souvent des concrétions siliceuses, analogues à l’opale. Elles sont désignées sous le nom de tabaschirs. Elles ont été préconisées contre un grand nombre de maladies, mais sans avoir en réalité aucune efficacité.
Palétuvier (Rhizophora Mangle, L.), Rhizophoracées. — Le palétuvier, que l’on désigne encore sous le nom de manglier, est très commun à l’embouchure de la Gambie et dans tous les marigots qui en sont tributaires et dont les eaux sont saumâtres.
Il existe plusieurs variétés de palétuviers : le palétuvier blanc (Avicennia nitida, Jacq.), Verbénacées, très commun à la Guyane, surtout dans les vases salées à l’embouchure des fleuves, et dont le bois droit et élevé est utilisé pour la mâture des petits bâtiments. Le duramen est excellent pour les constructions dans l’eau salée. Il est remarquable par l’entre-croisement en tous sens de ses fibres. Le palétuvier jaune, originaire de la Guadeloupe, donne un bon bois pour le charronnage et les charpentes. Enfin le palétuvier rouge se rencontre particulièrement à la Martinique, à la Guyane et à la côte occidentale d’Afrique. C’est celui que l’on trouve uniquement en Gambie. On le rencontre également en grande quantité dans le Saloum, la Casamance, etc., etc., et en général dans tous les fleuves de la côte de Guinée, à Joal et à Portudal. Ce végétal présente les caractères suivants : racines adventives qui le maintiennent solidement au bord de l’eau et auxquelles viennent s’attacher en grande quantité ces petites huîtres si précieuses dans les pays chauds que l’on désigne sous le nom d’huîtres de palétuviers. Tige épaisse à feuilles opposées, entières, elliptiques, coriaces, glabres, stipulées. Inflorescence en forme de cimes. Fleurs axillaires, régulières, hermaphrodites. Calice à quatre sépales persistants. Corolle à quatre pétales. Huit étamines. Ovaire infère à deux loges biovulées. Fruit coriace, indéhiscent, monosperme. La graine germe sur l’arbre.
Le bois du palétuvier est de petites dimensions, serré, dur et d’une couleur rougeâtre qui permet de le reconnaître aisément. Il peut être employé pour confectionner les couples des petites embarcations. Inattaquable par l’eau de mer, il sert aussi à faire des palissades sur le rivage. Son écorce laisse exsuder un suc qui, concentré au soleil, donne le kino de Colombie. Voici ce que dit Cauvet de cette substance : « Le kino de Colombie est en pains de 1,000 à 1,500 grammes, aplatis, offrant l’empreinte d’une feuille de palmier et couverts d’une poussière rouge. Ces pains se divisent aisément en fragments irréguliers, transparents sur les bords et d’un rouge un peu jaunâtre ; leur cassure est inégale, brune, brillante, leur saveur amère et très astringente, leur odeur faible, particulière.
Ce kino fournit une poudre rouge orangé ; il se dissout assez bien dans l’eau froide, davantage dans l’eau bouillante et presque complètement dans l’alcool ; ces solutés ont une belle couleur rouge. Si on le dissout dans l’eau froide et qu’on évapore la solution avec soin, on obtient un extrait rouge foncé brillant, fragile, qui ne diffère du kino d’Amboine que par l’absence de cannelures. » Ce kino s’emploie contre les mêmes affections que le cachou ; mais il a moins d’énergie.
Le végétal désigné vulgairement sous le nom d’Yeux-Crabes appartient à la famille des Sapindacées. C’est le Cupania sapida, D. C. Il est particulièrement commun dans le Ouli, le Sandougou, le Niani, le Fouladougou et le Kantora. C’est un arbre à feuilles alternes, imparipennées. Fleurs blanches, régulières, polygames, dioïques. Inflorescence en grappes de cimes simples. Corolle et calice à cinq divisions. Huit étamines. Ovaire triloculaire. Loges uniovulées. Le fruit est déhiscent. C’est une capsule loculicide, rouge, charnue. Ce fruit est comestible et, d’après de Lanessan, sert à préparer avec du sucre et de la cannelle une conserve employée contre les diarrhées. Cuit sous la cendre, il est appliqué comme maturatif sur les abcès. Les fleurs, dont l’odeur est suave, servent à préparer par distillation une eau parfumée. L’infusion de l’écorce et des feuilles passe pour être stomachique.
Le Palmier-nain (Chamærops humilis, L.), Palmiers, possède une tige peu élevée ; feuilles palmatifides ; inflorescence en spadice ; fleurs dioïques, polygames ; le fruit est une baie.
Les tiges du palmier-nain sont employées comme crin, sous le nom de crin végétal. On les fait rouir dans l’eau, puis on les expose au soleil, et quand elles sont parfaitement sèches, on détache l’écorce ainsi que les feuilles ; on met ainsi à nu les fibres de la tige. Ce crin remplace le crin animal pour la confection des matelas. Ce palmier est relativement rare dans le bassin de la Gambie ; mais il y prospère parfaitement et il serait d’autant plus facile de l’y multiplier qu’il ne demande que peu de soins pour se développer.
Les graines du Gombo (Hibiscus esculentus, L.), Malvacées, appelées graines d’ambrette, contiennent une oléo-résine jaune et ont une odeur musquée très prononcée. Elles sont utilisées dans la parfumerie. De plus, les racines de ce végétal peuvent remplacer la guimauve et des fibres pourraient être employées pour fabriquer le papier. La tige du Bananier (Musa ensete, L.), Musacées, donne une fibre textile de bonne qualité. Enfin, nous citerons en dernier lieu parmi les végétaux de cette catégorie le Nymphæa lotus, L., Nymphéacées. Nous l’avons particulièrement trouvé dans le haut cours du Sandougou, aux environs de Koussanar (Ouli) et dans les marigots du Tenda, du Kantora et du Damantan. C’est une plante herbacée, vivace, habitant les eaux douces. La tige est un rhizome. Feuilles alternes, longuement pétiolées ; limbe pelté et flottant à la surface de l’eau. Fleurs grandes, longuement pédonculées. Calice à quatre divisions. Pétales en nombre indéfini. Étamines nombreuses, en nombre variable. Ovaires nombreux ; loges multiovulées. Le fruit est une baie spongieuse s’ouvrant irrégulièrement ; graines nombreuses, plongées dans une substance gommeuse. Il existe deux variétés de nymphæa lotus : l’une à fleurs blanches, l’autre à fleurs rouges. Le rhizome féculent est comestible, de même que les graines. Les fleurs sont astringentes et se prescrivent contre les diarrhées et les affections du foie.
Nous venons, dans cette longue énumération, de passer en revue la plus grande partie des végétaux utiles que l’on rencontre dans le bassin de la Gambie. Il y a là, comme on a pu s’en rendre compte, de véritables richesses botaniques. Malheureusement, le manque absolu de voies de communication en rendra de longtemps l’exploitation difficile, et pourtant on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’il y aurait, dans toute cette région, de puissantes ressources pour notre commerce et notre industrie. Cette flore si intéressante et si belle, étant donnée surtout la situation géographique et climatérique de ces régions littéralement à cheval sur les deux zones qui se partagent le Soudan français, la zone aride des steppes et la zone fertile des tropiques, est absolument typique. Ce qui précède pourrait s’appliquer parfaitement à toute notre vaste colonie soudanienne et notre Mémoire aurait aussi bien pu s’intituler la Flore utile du Soudan français. Mais, comme il est des parties de ce vaste territoire que nous n’avons pas visitées, nous avons cru, de crainte d’erreurs ou d’omissions, devoir lui donner simplement le titre sous lequel nous le présentons au lecteur et n’y parler que de régions que nous connaissons bien.
Après avoir traité des végétaux qui croissent naturellement dans le bassin de la Gambie, il y aurait assurément grand intérêt à parler de ceux qui y pourraient être introduits. Peut-être un jour ou l’autre le ferons-nous, car cette étude est, à notre avis, la seconde et logique partie de notre travail.