[549] Artaxer, frère de Sapor II, régna quatre ans selon Agathias, l. 4, p. 136; ce qui s'accorde avec les renseignements chronologiques que fournissent les auteurs orientaux, qui sont unanimes sur ce point. On doit présumer que ce prince régna trois ans entiers et qu'il mourut dans la quatrième année de son règne. Nous avons vu que sa première année avait dû commencer le 20 mai 380; la quatrième et dernière avait alors commencé le 20 mai 383. Les Persans lui donnent le surnom de Nikoukiar, c'est-à-dire bienfaisant.—S.-M.
[550] Sapor III, successeur d'Artaxer ou Ardeschir, au préjudice duquel Ardeschir était monté sur le trône, n'était pas fils de ce prince, mais il était son neveu et fils de Sapor II. Il est difficile de concevoir comment le vieux Sapor, laissant un fils sans doute en âge de régner, avait été remplacé par un frère plus âgé que lui-même. Si nous connaissions mieux les détails intimes de l'histoire de Perse, il nous serait peut-être possible de rendre raison d'une chose, qui doit paraître si invraisemblable. Ce sont les paroles ambiguës d'Agathias, l. 4, p. 136, qui ont fait croire que Sapor III était fils d'Artaxer. Les auteurs orientaux ne nous laissent aucun doute sur ce point; ils le font tous fils de Sapor II. Eutychius est le seul qui, en le faisant comme les autres fils de Sapor II, ajoute qu'il était frère d'Ardeschir; ce qui ferait penser qu'Ardeschir était fils et non frère de Sapor II. Agathias, l. 4, p. 136, et Théophanes, qui, je ne sais par quelle raison, appelle ce prince Arsabel, lui donnent cinq ans de règne. Presque tous les auteurs orientaux s'accordent avec eux sur ce point; mais il en est quelques autres, plus exacts à ce qu'il me semble, et parmi lesquels il faut placer Abou'lféda, qui lui donnent un règne de cinq ans et quatre mois: ce qui fait voir qu'il régna cinq ans entiers, et qu'il mourut dans le quatrième mois de sa sixième année, qui fut aussi la première de son successeur. Comme son règne commença à compter du 20 mai 383, sa sixième année dut commencer le 18 mai 388.—S.-M.
[551] Persis ipsa, reipublicæ nostræ retro æmula, et multis Romanorum ducum famosa funeribus, quidquid unquam in principes nostros inclementius fecit, excusat obsequio. Pacat. c. 22.—S.-M.
[552] Gibbon, t. 5, p. 105, attribue le changement qu'on remarque dans la conduite politique des successeurs de Sapor II, à des divisions intestines et à une guerre qu'il appelle la guerre lointaine de Caramanie. Ce sont deux suppositions purement gratuites. Pour la première, on n'en trouve aucune indication dans l'histoire; pour l'autre, c'est une erreur. La Caramanie est une portion de l'Asie-Mineure, qui reçut ce nom au quatorzième siècle d'un prince turk. Ce n'est donc pas de ce pays qu'il est question. Il est probable que Gibbon a voulu parler du Kirman, pays voisin de la Perse, et qui portait déja ce nom à l'époque dont il s'agit, puisque Bahram IV, le successeur de Sapor III, fut surnommé Kirmanschah, c'est-à-dire roi du Kirman, parce que ce pays avait été son apanage avant qu'il régnât. Ce surnom se retrouve dans Agathias, l. 4, p. 136, sous la forme Cermasas, Κέρμασας. Rien n'indique qu'il y ait eu aucune guerre dans ce temps au sujet de ce pays; Gibbon s'est donc trompé dans ce qu'il en dit.—S.-M.
[553] Ce roi, qui auparavant dédaignait de s'avouer homme, dit Pacatus, c. 22, reconnaît sa terreur. Ipse ille rex ejus, dedignatus antea confiteri hominem, jam fatetur timorem. Tillemont (tom. V, Theod. art. 21) s'exprime ainsi, au sujet de ce passage de Pacatus: «Ce fut donc Sapor III, qui députa cette année à Théodose: et ainsi il faut dire que Pacatus confond ce prince avec Sapor II, son ayeul, ou l'entendre, non d'un homme en particulier, mais des rois de Perse en général, lorsqu'il dit que ce roi, qui auparavant dédaignait de se reconnaître pour homme [ce qui marque proprement Sapor II], confessait alors qu'il craignait Théodose.» Il n'y a là ni difficulté, ni confusion; Pacatus ne veut pas parler de Sapor II, mais bien de Sapor III, qui n'était pas petit-fils, mais fils de Sapor II; et ce qu'il dit se rapporte à tous les rois de Perse, qui, comme on le voit par leurs monuments, prenaient le titre de dieu, et qui se faisaient rendre les honneurs divins, comme Pacatus le dit lui-même aussitôt après.—S.-M.
[554] Et in his te colit templis, in quibus colitur. Pacat. c. 22.—S.-M.
[555] Legati Persarum Constantinopolim advenerunt, pacem a Theodosio principe postulantes. Marcel. Chron.—S.-M.
[556] Tum legatione mittenda, gemmis, sericoque præbendo, ad hoc triumphalibus belluis in tua esseda suggerendis. Orose s'exprime ainsi, en parlant de cette ambassade, l. 7, c. 34: Persæ, qui....... recentissimæ victoriæ satietatem cruda insultatione ructabant, ultro Constantinopolim ad Theodosium misere legatos, pacemque supplices poposcerunt. Tous les auteurs rapportent également que les Perses demandèrent la paix, cum Persis quoque petitus pacem pepigit, dit Aurélius Victor, p. 232. Claudien en a fait mention dans son poème destiné à célébrer le mariage d'Honorius avec l'impératrice Marie; il y parle v. 218 et seq. des superbes présents envoyés à cette époque par les Perses, en parlant des objets précieux conquis ou réunis par le père ou l'ayeul d'Honorius.
—S.-M.
[557] On voit par ces paroles de Pacatus, c. 22: Etsi adhuc non est fœderatus, jam tamen tuis cultibus tributarius est, que quoiqu'on fût en bonne intelligence avec les Perses, on n'avait pas encore conclu la paix avec eux. Les négociations furent longues; Stilicon encore fort jeune fut envoyé, comme on va le voir, pour cet objet à la cour du roi de Perse, où il séjourna long-temps. Libanius fait mention d'une autre ambassade qui fut envoyée à Antioche, en l'an 388 et en 389. Théodose reçut à Rome de nouveaux députés Persans. Il en est question dans le panégyrique composé par Claudien, à l'occasion du 6e consulat d'Honorius, v. 69 et seq. Il s'exprime ainsi en s'adressant à Honorius:
Ce n'est qu'après ces longues négociations, que fut enfin conclue la paix durable, dont Orose parle en ces termes, l. 7, c. 34, ictumque tum fœdus est, quo universus oriens usque ad nunc tranquillissime fruitur. Le motif de toutes ces relations diplomatiques, qui paraissent avoir été si compliquées, était l'Arménie, restée dans une situation fort précaire depuis l'assassinat du roi Para; les auteurs grecs ou latins ne fournissent aucun renseignement qui puisse donner quelques notions sur ce royaume à l'époque dont il s'agit; il faut nécessairement recourir aux récits des auteurs arméniens. Les additions placées, ci-dev. p. 152-164, l. XX, § 43-48, et ci-après p. 269-274, liv. XXII, § 20-24, expliqueront ces faits si difficiles à discerner. On y verra que les négociations eurent pour résultat le partage politique de l'Arménie, qui fut, peu de temps après, divisée en deux royaumes, soumis l'un à la Perse, et l'autre à l'empire. Cet arrangement amena bientôt un partage réel, qui consomma à peu près la ruine de l'Arménie. Les deux royaumes furent supprimés, et envahis l'un par les Romains, l'autre par les Perses. Ces détails trouveront place dans la suite de cette histoire. Les savants modernes ont à peine entrevu que ces relations eurent l'Arménie pour objet; ils ont seulement remarqué qu'à dater de cette époque quelques cantons de la grande Arménie, la Sophanène par exemple, devint une dépendance de l'empire.—S.-M.
[558] Voyez ci-dev. pag. 29, not. 4, liv. XIX, § 20.—S.-M.
[559] Les Arméniens distinguèrent de même dans la Sophène deux parties. L'une s'appelait la grande, et l'autre la petite. Celle-ci s'appelait encore la Sophène royale, ou plutôt Sophène des Schahouniens. Je crois que c'est la Sophanène. Voyez mes Mémoires histor. et géographiques sur l'Arménie, t. 1, p. 92.—S.-M.
XVIII.
Stilichon envoyé en Perse.
Claud. de laud. Stilich. l. 1.
Stilichon fut député vers le roi de Perse. Il était encore dans la première jeunesse; mais il avait déjà fait connaître sa valeur et sa dextérité dans la conduite des affaires. Il tirait son origine de la nation des Vandales[560]. Son père avait commandé sous Valens les troupes auxiliaires de Germanie[561]. Il avait l'esprit élevé, plein de feu, capable de former de grands projets et d'en suivre l'exécution; éloquent, bien fait de sa personne, d'un teint vif et animé, noble dans son port et dans sa démarche, il s'attira l'estime des seigneurs de la Perse et du monarque. Les rois de Perse étaient passionnés pour la chasse: Stilichon se signala dans ce divertissement, et fit admirer son adresse à tirer de l'arc et à lancer le javelot: c'en fut assez pour faire écouter favorablement ses propositions. Retourné quelque temps après à la cour de Théodose, il fit conclure le traité de paix entre les deux souverains[562].
[560] S. Jérôme l'appelle, epist. 123, t. 1, p. 908, un demi-barbare. C'est Orose qui lui donne, l. 7, c. 38, une origine vandale. Comes Stilicho, dit-il, Vandalorum imbellis, avaræ, perfidæ et dolosæ gentis genere editus.—S.-M.
[561] C'est dans ces vers de Claudien, de laud. Stilich., l. 1, v. 35 et seq. qu'on trouve tout ce que nous savons sur le père de Stilichon.
—S.-M.
[562] Cette ambassade n'est connue que par ce qu'en dit Claudien, dans le poème qu'il a consacré à la gloire de Stilichon, De laudibus Stilichonis, l. 1, v. 51 et seq. Je vais transcrire ici ces vers, qui ne sont pas sans mérite et qui contiennent des détails assez curieux sur les mœurs des Persans et sur leurs rites religieux.
—S.-M.
XIX.
[Situation politique de l'Arménie.]
—[L'Arménie, éternel objet de division[563] entre les deux empires, était le sujet de ces négociations. Depuis qu'elle avait séparé sa cause de celle des Romains, pour s'unir aux Perses, les premiers cherchaient à recouvrer une influence qui leur avait été souvent utile; mais Manuel, qui gouvernait le royaume des Arsacides, penchait manifestement pour l'alliance des Perses. Il aimait mieux être en bonne intelligence avec un voisin redoutable, que d'être soutenu par un protecteur occupé trop loin et sur trop de points à la fois. Quelques différends s'étaient bien élevés entre les Arméniens et les Perses, et ils s'étaient comme à l'ordinaire terminés par la voie des armes, mais la paix avait bientôt été rétablie entre les deux états. Les événements survenus en Perse après la mort de Sapor, n'avaient pas permis à ses successeurs de songer à l'Arménie et de pousser vivement les hostilités. L'Arménie, gouvernée par Manuel, était réellement indépendante. Une situation aussi avantageuse ne pouvait subsister long-temps; tout l'espoir du royaume résidait dans le connétable; car, que devait-on attendre d'une femme et des deux jeunes enfants que Para avait laissés? Il était évident que le bonheur dont on était redevable au connétable, ne pouvait guère durer plus que lui, et que le sort de l'Arménie allait encore une fois être abandonné à la discrétion des deux puissances qui s'en disputaient depuis si long-temps la possession.
[563] Perpetuam ærumnarum causam, dit Ammien Marcellin, l. 30, c. 2.—S.-M.
XX.
[Les Arméniens font la guerre aux Perses.]
[Faust. Byz. l. 5, c. 38.]
—[Malgré toute l'habileté de Manuel, les intrigues de l'apostat Méroujan, qui avait déja causé tant de maux à l'Arménie, la mirent encore une fois aux prises avec la Perse. Le prince des Ardzrouniens était revenu dans son pays, où il avait été réintégré dans la tranquille possession de sa souveraineté; il était parvenu à gagner la confiance de Manuel, qui ayant servi comme lui le roi de Perse, n'avait pas, à ce qu'il paraît, pour la religion chrétienne, tout le zèle de son père et de son frère. Méroujan parvint à lui inspirer des doutes sur la sincérité du roi de Perse à son égard. Manuel refusait cependant d'y croire; mais le traître y revint si souvent, et il lui en donna des preuves en apparence si convaincantes, qu'il finit par lui persuader que le général Suréna avait l'ordre de le faire périr ou de s'emparer de sa personne, et de l'envoyer en Perse chargé de fers, pour réduire plus facilement l'Arménie. Manuel, convaincu de ce prétendu complot, prit ses mesures pour le faire avorter; des troupes furent mandées et réunies; elles cernèrent les Perses, sur lesquels elles tombèrent à l'improviste; ceux-ci, surpris sans défenses, périrent tous; Manuel n'épargna que Suréna[564], avec lequel il avait des relations d'amitié. Il ne le rendit pas responsable des perfides desseins qu'il supposait à son souverain, et il le renvoya sain et sauf en Perse. Méroujan, satisfait d'avoir réussi à armer encore une fois les deux nations, quitta l'Arménie, pour aller animer la cour de Perse contre Manuel.
[564] Voyez ci-devant p. 163 et 164, l. XX, § 48.—S.-M.
XXI.
[Les Perses sont battus par les Arméniens.]
[Faust. Byz. l. 5, c. 39-41.]
—[Une telle agression semblait devoir renouveller toutes les calamités de l'Arménie, en attirant sur elle la vengeance des Perses; mais heureusement les circonstances n'étaient plus les mêmes: Sapor avait cessé d'exister, après un règne aussi long que sa vie, et son frère, Ardeschir ou Artaxerxès[565], plus âgé que lui, n'était pas disposé à entreprendre une guerre aussi sérieuse. Les corps chargés de la garde des frontières firent bien quelques invasions dans l'Arménie; mais elles n'eurent ni suite ni succès. Goumand Schahpour fut défait et tué dans l'Atropatène. Varaz éprouva un sort pareil; il en fut de même de Mérikan, qui avait pénétré plus avant dans le centre de l'Arménie[566]. Surpris de nuit par Manuel, tout son camp fut passé au fil de l'épée. Les Perses ne firent plus, depuis, aucune tentative; ils abandonnèrent à son sort le traître Méroujan qui, retiré dans sa principauté, continua de faire la guerre pour son propre compte. On lui envoya bien de temps en temps quelques faibles détachements; mais ils n'agirent que comme ses auxiliaires. Leurs succès ou leurs revers étaient presque indifférents au roi de Perse.
[565] Voyez ci-devant, p. 262, not. 3, liv. XXII, § 17.—S.-M.
[566] Dans un lieu que Faustus de Byzance appelle, l. 5, c. 41, la plaine d'Ardangan et dont la position m'est inconnue.—S.-M.
XXII.
[Mort de Méroujan.]
[Faust. Byz. l. 5, c. 42.]
—[Quoique presque réduit à ses seules forces, Méroujan n'en continua pas la guerre avec moins de vigueur et d'acharnement; favorisé par la position difficile du pays qu'il possédait, situé au milieu des montagnes des Curdes, il portait impunément le ravage dans le centre de l'Arménie, où il inquiétait continuellement Manuel par ses brusques irruptions. Il se hasarda enfin à tenter une attaque plus sérieuse. Secondé par un corps de Persans qu'il venait de recevoir, il réunit toutes ses forces, tourne le lac de Van par l'Occident, et s'avance jusque dans le canton de Gok, non loin des sources de l'Euphrate[567]; il y apprit que Manuel était campé assez près de là, dans la province de Pagrévant, au milieu des ruines de Zaréhavan[568]. Ils n'étaient qu'à une petite distance l'un de l'autre, mais des montagnes presque impraticables les séparaient. Méroujan résolut de les franchir pour aller surprendre Manuel, quoique ses forces fussent très-inférieures. Sa femme Vartanouisch[569], s'opposa vainement à cette entreprise; le prince des Ardzrouniens voulut tenter la fortune. Il prit son chemin par des gorges inaccessibles, plutôt faites pour des chèvres sauvages[570] que pour des hommes, et il parvint assez près du camp de Manuel; mais des montagnards fidèles l'avaient prévenu à temps de l'approche de l'ennemi; il était sur ses gardes, l'attendant de pied ferme. La reine, son fils et toutes les princesses furent envoyés au château de Varaz, qui était dans le voisinage; ils y furent en sûreté. Artavazd, fils de Vatché, parent de Manuel, encore enfant, y fut envoyé comme les autres par l'ordre du connétable; mais il parvint à se soustraire à ses surveillants; on lui procura secrètement des armes, et, malgré sa jeunesse, il se mêla aux combattants et il se distingua dans cette journée, qui fut sanglante. On se battit avec acharnement, et la perte des deux côtés fut considérable. Babik, prince de Siounie[571], Vatché Mamigonien[572], et Gardchoul Malkhazouni[573] y périrent; à la fin, les soldats de Méroujan et ses alliés prirent la fuite; on en fit un horrible carnage; lui-même fut tué, et sa tête coupée fut portée à la reine d'Arménie[574].
[567] Voyez t. 2, pag. 225, not. 1, liv. X, § 11.—S.-M.
[568] Cette ville avait été ruinée par les commandants des armées que Sapor II avait envoyés en Arménie en l'an 367. Voyez t. 3, p. 299, not. 4, liv. XVII, § 13.—S.-M.
[569] On a vu, t. 3, p. 281, not. 4, liv. XVII, § 6, et p. 363, § 59, que Sapor avait donné sa sœur Hormizdokht, pour épouse à Méroujan vers l'an 367. Il est probable qu'elle était morte alors, et qu'après sa mort Méroujan s'était remarié avec Vartanouisch, dont on ignore l'origine. A l'époque où Méroujan épousa la sœur de Sapor, cette princesse devait être fort avancée en âge; car il y avait alors plus de cinquante-sept ans que leur père était mort, et elle devait être plus âgée que Sapor qui était posthume.—S.-M.
[570] Ce canton portait, à cause des pics nombreux dont il était hérissé, le nom d'Eghdcher, c'est-à-dire les Cornes. Il le devait sans doute à l'élévation brusque des montagnes qui le couvrent.—S.-M.
[571] Voyez ci-devant p. 162, liv. XX, § 47.—S.-M.
[572] Ce personnage, fils d'Artavazd, avait été investi par Varazdat, de la souveraineté des Mamigoniens, qu'il avait rendue ensuite à Manuel à cause de son droit d'aînesse. Voyez ci-devant p. 155 et 157, liv. XX, § 44 et 45.—S.-M.
[573] Voyez ci-devant p. 163, note 1, liv. XX, § 48.—S.-M.
[574] Moïse de Khoren raconte d'une façon bien différente, l. 3, c. 37, la mort de Méroujan. Selon lui, il aurait péri dix ans avant, à la bataille de Dsirav, dans laquelle les Persans furent vaincus par Mouschegh, secondé par les Romains. Voyez tom. 3, p. 380, l. XVII, § 66. Selon lui, Méroujan aurait été pris en s'enfuyant après la bataille, par le prince Pagratide Sempad, fils de Pagarad, et celui-ci, pour insulter par une sanglante dérision à l'ambition de Méroujan, qui voulait devenir roi d'Arménie, aurait fait rougir au feu un morceau de fer, dont il aurait formé une couronne, qu'il lui aurait appliquée sur la tête, remplissant ainsi la charge de Thakatir, c'est-à-dire coronateur, qui appartenait à sa famille. Il est possible que quelque chose de pareil soit arrivé à l'époque de la mort de Méroujan; mais il n'est pas présumable qu'il ait péri à la bataille de Dsirav.—S.-M.
XXIII.
[Arsace fils de Para est déclaré roi d'Arménie.]
[Faust. Byz. l. 5. c. 42 et 44.]
—[La défaite et la mort de celui qui était depuis si long-temps l'artisan de tous les maux de l'Arménie, rendit enfin le repos à ce pays, et Manuel le gouverna dans une paix profonde pendant plusieurs années. Accablé de travaux et de fatigues, affaibli par les infirmités qu'il devait aux blessures dont il était couvert, il prévit que sa fin serait prochaine, et il s'occupa des précautions qu'il était nécessaire de prendre pour la sûreté du royaume. Les seigneurs se réunirent par ses ordres dans le canton de Carin[575]. La reine et ses deux fils s'y trouvèrent, Manuel les déclara rois et les fit reconnaître, en cette qualité, par les princes et par la nation assemblés. Le premier rang fut assigné à Arsace, et Valarsace fut déclaré son second[576]. Manuel donna sa fille Vartandokht pour épouse à Arsace[577], et Valarsace fut marié avec la fille de Sahag, prince des Pagratides[578], dont la famille, souvent et depuis long-temps alliée avec les rois, était depuis plusieurs siècles en possession de couronner les souverains de l'Arménie à leur avènement au trône[579].
[575] Voyez ci-devant, p. 158, n. 1, liv. XX, § 46.—S.-M.
[576] Voyez ci-devant, t. 3, p. 79, n. 2, liv. XIV, § 15.—S.-M.
[577] Faustus de Byzance mentionne plusieurs fois la femme d'Arsace, en rapportant qu'elle était fille de Manuel. Selon Moïse de Khoren, l. 3, c. 41, elle était fille de Babik, prince de Siounie. Ce qu'on doit conclure de ces deux autorités, c'est qu'Arsace eut deux femmes, et qu'après la mort de la fille de Manuel, il épousa celle du prince de Siounie.—S.-M.
[578] Voyez tom. 3, p. 380, not. 2, liv. XVII, § 66.—S.-M.
[579] C'est la charge de Thakatir ou Coronateur, dont j'ai déja parlé ci-dessus, p. 272, note 2, et tom. 3, p. 79, n. 2, l. XIV, § 15. Indépendamment de cette dignité, Sahag, et en général tous les chefs de la race des Pagratides, portaient encore par droit d'hérédité le titre d'Asbied, c'est-à-dire Chevalier, qui leur avait été conféré par Valarsace, premier roi des Arsacides en Arménie, un siècle et demi avant notre ère.—S.-M.
XXIV.
[Mort de Manuel régent d'Arménie.]
[Faust. Byz. l. 5, c. 44.]
—[La joie causée par cet arrangement fut bientôt troublée par un fâcheux événement; ce fut la mort de Manuel. Il y avait sept ans qu'il gouvernait l'Arménie, lorsqu'il tomba dangereusement malade. Il fit alors venir auprès de lui son fils Ardaschir[580], et lui remit la charge de connétable, en lui recommandant de se dévouer pour les rois Arsacides, à l'exemple de ses ancêtres. Ce n'en était pas assez pour assurer l'avenir de l'Arménie; la grande jeunesse et l'inexpérience des deux rois inquiétaient Manuel: il voyait assez qu'ils ne pourraient conserver l'indépendance de leur couronne, et que l'Arménie était encore une fois menacée de redevenir le sanglant théâtre des démêlés de l'Occident et de l'Orient. Le roi de Perse, Ardeschir, venait de mourir[581], et son neveu, Sapor III, fils de l'ancien Sapor, qui l'avait remplacé, ne cachait pas l'intention où il était de renouveller les prétentions de ses aïeux sur l'Arménie. Manuel prévoyait bien que cette lutte trop inégale ne serait pas à l'avantage des Arméniens, il écrivit donc à l'empereur Théodose pour lui recommander les deux rois, et pour les mettre sous sa protection. Après toutes ces dispositions, ce guerrier dont le corps couvert de cinquante blessures[582], était sillonné de cicatrices, rendit l'ame en déplorant son malheur, de ce qu'exercé dès son enfance au milieu des combats, il n'avait pas perdu sur le champ de bataille une vie compromise dans tant de guerres.]—S.-M.
[580] Voyez ci-devant p. 156 et 158, l. XX, § 45 et 46.—S.-M.
[581] Ce prince cessa de vivre en l'an 384. Voyez ci-devant p. 263, n. 1, liv. XXII, § 17.—S.-M.
[582] Ces détails se trouvent dans l'histoire de Faustus de Byzance, l. 5, c. 44.—S.-M.
XXV.
Divers événements de cette année.
Idat. fast. et Chron.
Marc. chr.
Claud. de laud. Serenæ, v. 208.
Chron. Alex. p. 304.
Symm. l. 10, ep. 20, 21, 22, 57; et l. 4, ep. 8; et l. 3, ep. 55 et 82.
[Theoph. p. 57.]
Cod. Th. l. 6, tit. 4, leg. 25; l. 15, tit. 9, leg. 1.
Cod. Just. l. 1, tit. 16, leg. unic.
Hier. ep. 123, t. 1, p. 901.
Peu de temps après l'arrivée des ambassadeurs de Perse, le 9 septembre, il naquit un second fils à Théodose. L'empereur le nomma Honorius[583], en mémoire de son frère, qu'il avait tendrement aimé. Il lui donna, dès sa naissance, le titre de Nobilissime, et le désigna consul pour l'année 386. Il n'y avait eu jusqu'alors que quatre préteurs à Constantinople: Théodose en doubla le nombre[584]; mais il ordonna en même temps que deux préteurs ensemble ne feraient, pour les jeux publics, que la même dépense, à laquelle un seul individu avait été auparavant obligé. Les magistrats se ruinaient souvent, soit par les largesses qu'il était d'usage de faire, et qu'ils portaient à l'excès; soit par la magnificence dont ils se piquaient dans les spectacles qu'il donnaient au peuple; l'empereur mit un frein à une vanité si nuisible aux familles, en réglant ces dépenses[585]. Valentinien venait d'en faire autant pour l'Occident; et les deux princes avaient, par ces lois, répondu aux désirs des deux sénats de Rome et de Constantinople, qui gémissant de ces abus auxquels leurs membres étaient forcés de s'assujettir, en avaient proposé la réforme; mais comme les plus sages réglements deviennent trop souvent inutiles par les dispenses que la faveur obtient pour y contrevenir, Théodose déclara par une loi[586], que quiconque demanderait au prince un rescrit pour avoir la liberté de violer un décret du sénat, serait noté d'infamie et puni par la confiscation du tiers de son patrimoine. Il étendit sa générosité jusque sur l'empire d'Occident. Il honorait Symmaque et le comblait de présents. Il fit conduire à Rome des chevaux et des éléphants pour les jeux du cirque. Le blé d'Afrique, n'ayant pu arriver à cause des vents contraires, Rome était menacée de la famine, lorsqu'elle reçut avec une joie incroyable un grand convoi de blé que Théodose y envoyait de Macédoine. Le sénat lui marqua sa reconnaissance de tant de bienfaits, par une statue équestre qu'il fit dresser en l'honneur de Théodose le père. Rome, qui depuis long-temps avait perdu l'habitude de voir des triomphes, en vit un vers ce temps-là d'une espèce toute nouvelle, et aussi frivole que Rome elle-même l'était devenue en comparaison de ce qu'elle avait été autrefois. Un homme du peuple ayant déjà enterré vingt femmes, en épousa une qui avait rendu le même office à vingt-deux maris. On attendait avec impatience la fin de ce nouveau mariage, comme on attend l'issue d'un combat entre deux athlètes célèbres; enfin, la femme mourut, et le mari, la couronne sur la tête et une palme à la main, ainsi qu'un vainqueur, conduisit la pompe funèbre, au milieu des acclamations d'une populace innombrable. Saint Jérôme rapporte ce fait, dont il fut témoin oculaire.
Claud. de laud. Serenæ, v. 207 et seq.—S.-M.
[584] Par sa loi du 23 octobre 384. Les dépenses pour l'installation des deux premiers de ces préteurs furent fixées à mille livres d'argent.—S.-M.
[585] Par une loi du 25 juillet 384.—S.-M.
[586] Elle fut rendue le lendemain, 26 juillet.—S.-M.
XXVI.
Loi qui défend les mariages entre cousins germains.
Vict. epit. p. 233.
Ambr. ep. 60, t. 2, p. 1017.
Liban. or. de angariis, p. 36.
Symm. append. ep. 14.
Aug. de civ. l. 15, c. 16, t. 7, p. 397.
Cod. Th. l. 3, tit. 12, leg. 3, tit. 10, leg. 1 et ibi God. l. 7, tit. 1, leg. 12.
Cod. Just. l. 5, tit. 4, leg. 19; tit. 5, leg. 6.
Till. Theod. art. 20.
Constance avait déclaré incestueux les mariages des oncles avec leurs nièces; Théodose les défendit entre cousins germains, sous peine du feu et de la confiscation des biens. Ces alliances avaient été permises jusqu'alors; mais la pudeur naturelle, qui les rendait fort rares, lui parut une raison suffisante pour les interdire tout-à-fait[587]. Il laissa cependant la liberté de les contracter sous une dispense obtenue du prince. Arcadius modéra dans la suite la rigueur excessive de cette loi, en retranchant la peine du feu; mais il déclara ces mariages illégitimes, les enfants qui en naîtraient inhabiles à succéder et à recevoir aucune donation de leurs pères, les femmes privées de leur dot, qui serait dévolue au fisc. Quelques années après, Arcadius abolit entièrement la loi de son père[588], que son frère Honorius continua de faire observer dans ses états. Justinien rétablit dans son Code l'ancien droit romain sur cet article, et permit dans tout l'empire les mariages des cousins germains; mais la discipline de l'Église a conservé la loi de Théodose; elle a toujours proscrit ces alliances comme illicites, à moins qu'il n'y eût dispense accordée pour les contracter. Le mélange des barbares faisait croître la licence parmi les troupes. Les officiers et les soldats s'écartaient de leurs quartiers pour piller leurs campagnes, et traitaient en ennemis les sujets de l'empire. Théodose enjoignit aux gouverneurs des provinces et aux défenseurs des villes, dont nous avons déja parlé, de l'instruire sur-le-champ du nom de ceux qui se rendraient coupables de ces désordres.
[587] Tantum pudori tribuens et continentiæ, ut consobrinarum nuptias vetuerit, tamquam sororum. Aur. Vict. epit. p. 233.—S.-M.
[588] Par une loi du 26 novembre 396.—S.-M.
XXVII.
Sarmates vaincus.
Symm. l. 10, ep. 26 et 68.
L'Orient était en paix[589]. Elle ne fut troublée en Occident que par une incursion des Sarmates; mais ils furent repoussés par les généraux de Valentinien[590]. Ce prince, qui passa cette année tantôt à Milan, tantôt à Aquilée[591], fit conduire à Rome un grand nombre de prisonniers. On les fit combattre dans l'arène les uns contre les autres avec les armes de leur nation pour le divertissement du peuple.
[589] Théodose passa presque toute l'année 384 à Constantinople, ou bien il ne s'en éloigna pas beaucoup. On le trouve à Héraclée en Thrace au mois de juin et dans celui de juillet; le 31 août, il était à Berrhée dans le même pays. Le 22 septembre à Rege, endroit situé à trois ou quatre lieues de Constantinople. Toutes les autres lois de cette année le montrent dans cette ville.—S.-M.
[590] Cette guerre se fit, il paraît, dans la Pannonie. On apprend de Symmaque, l. 10, epist. 68, que le général qui la fit, reçut de grands éloges de Valentinien, sans doute à cause des succès qu'il y obtint.—S.-M.
[591] Il était à Milan, aux mois de mars et d'avril; à Aquilée, en septembre; on le retrouve à Milan pendant la fin d'octobre et le reste de l'année.—S.-M.
XXVIII.
[Théodose prend l'Arménie sous sa protection.]
[Faust. Byz. l. 5, c. 44 et l. 6, c. 1.
Mos. Chor. l. 3, c. 41.]
—[Théodose recouvrit dans la même année le pouvoir que ses prédécesseurs avaient eu en Arménie. Il s'était empressé d'accueillir la prière que Manuel lui avait adressée en mourant[592], et il avait accordé sa protection aux deux fils du roi Para, dans le temps même où les ambassadeurs persans qui étaient à Constantinople, le pressaient de conclure une paix durable entre les deux empires. Les Perses cherchaient alors à profiter de la mort de Manuel, et ils faisaient quelques entreprises sur les frontières de l'Arménie, pour tâcher de reconquérir ce royaume ou au moins pour le faire rentrer dans leur alliance. La démarche de Théodose ne fut pas propre à amener la conclusion des négociations. L'empereur crut qu'en laissant les deux frères sur le trône, il aurait une garantie plus forte de leur fidélité; il pensait qu'ils ne pourraient songer tous deux à la fois à se soustraire de son obéissance. Il garda cependant près de lui comme ôtage la reine leur mère, et il envoya en Arménie une armée commandée par des officiers d'une fidélité éprouvée; leur présence était nécessaire, car les seigneurs arméniens soutenaient contre les Perses une guerre sérieuse, qui cessa ou qui se ralentit lorsqu'on apprit l'arrivée des troupes impériales. Le trône d'Arménie ne fut pas long-temps partagé; Valarsace mourut au bout d'un an, laissant à son frère la totalité d'un empire, dont la moitié était déja pour lui un fardeau trop pesant. Arsace perdit aussi son épouse Vartandokht, fille de son tuteur; et il ne tarda pas d'épouser la fille de Babik, prince de Siounie[593], qui était mort dans la bataille où l'apostat Méroujan avait perdu la vie. Cet état de choses se maintint pendant quelques années, mais la jeunesse, la faiblesse et l'inexpérience d'Arsace amenèrent bientôt, comme on le verra en son lieu, la ruine de l'Arménie.—S.-M.]