Le marché de l’orge à Aïn-Sefra.
Presse pour étendre les plaques de liège et les lier.
Je m’en vais faire une petite tournée aux environs, d’abord près de l’oued où nous ne trouvons rien d’intéressant, ensuite sur les rochers désertiques du Raz ed Dib dont nous faisons l’ascension. De ce sommet nous apercevons dans le lointain le Figuig. Après avoir arraché à la hâte toutes les espèces à notre portée, nous redescendons au pas de gymnastique dans ces éboulis grillés et nous arrivons trempés de sueur pour prendre le train qui devait repartir à 3 heures. Tout cela par une température qui excédait sûrement 40 degrés à l’ombre.
Au retour nous débarquons à la station de Mograr : Le caïd nous attendait et, avant d’aller souper chez lui, nous faisons une tournée dans les rochers arides et déserts au N. de l’oasis. Là nous récoltons cependant, dissimulés dans les infractuosités des rochers, un bon nombre de plantes à caractère désertique marqué. Nous y rencontrons même une de ces affreuses petites vipères à corne si justement redoutées des Arabes. Je lui coupe la tête d’un coup de piolet, et je l’envoie dans la naphtaline rejoindre la collection d’insectes.
Le lendemain, départ à la première heure. Montés sur les chevaux prêtés par le caïd, nous traversons les mêmes rochers que la veille et nous arrivons sur le petit plateau pierreux qui s’étend entre ces rochers et le Djebel Mekter. Nous avons remarqué là un monument fort ancien au dire de mon spahi Ben-Nahoum. La tombe d’un marabout, dont l’emplacement est jalonné par un gros tas de pierres. Chaque Arabe y ajoute la sienne en passant et le tas va s’augmentant pour la plus grande gloire du saint homme.
Nous abordons les pentes du Djebel Mekter et nous nous élevons sur ses flancs par un petit sentier jalonné au moyen de kairns tout à fait semblables à ceux que l’on rencontre dans nos Alpes. Toujours herborisant, nous pénétrons dans la zone boisée et nous allons demander l’hospitalité à la tribu des Ouled-Saïd installée dans une de ces nombreuses prairies-clairières au sommet du col. Après dîner, le temps se couvrant, nous descendons bien vite dans la vallée d’Aïn-Sefra. Nous traversons la dune en suivant le lit d’un oued qui la coupe de part en part, et nous rejoignons le lit de l’oued el Bridj que nous suivons jusqu’à Aïn-Sefra.
Les deux jours qui suivirent furent employés encore à l’organisation, au séchage des collections et à l’acquisition d’un grand nombre d’objets fabriqués avec des produits végétaux : nattes, tapis, paniers, ustensiles divers. A noter en particulier, une serrure en bois du type de celle qui était employée par les anciens Hébreux au temps du Christ, et que nous avons retrouvée dans tous les ksour du Sud.
Samedi 8 : Grâce à l’obligeance de M. Brossard, interprète au bureau arabe d’Aïn-Sefra, j’assistai à une chasse aux criquets sur la dune. Les indigènes réquisitionnés à cet effet cernent le troupeau de jeunes sauterelles et le chassent devant eux, vers une tranchée profonde creusée préalablement dans le sable. Toutes ces petites bêtes s’y précipitent et lorsque cette masse grouillante est venue s’accumuler au fond du trou, on la recouvre rapidement avec du sable. Ou bien, si le troupeau n’est pas trop considérable, on le chasse vers un tas d’herbes sèches auxquelles on met le feu.
Dimanche 9 juin, l’heure du départ a sonné ! J’emballe en hâte toutes mes collections et je prends congé de toutes les personnes qui m’ont reçu ici avec tant d’amabilité. Au dernier moment encore le caïd des Soualas m’envoie en cadeau un sabre et un grand panier arabe décoré avec des cuirs de couleur. Ben-Nahoum m’accompagne à la gare et par un orage épouvantable le train s’ébranle et m’emporte loin de ce pays pour lequel je m’étais pris déjà d’une singulière affection.
Je devais m’arrêter à Mécheria, pour faire l’ascension du Djebel Antar, mais pendant la nuit que je passai là, je ressentis les premières atteintes du typhus. Je m’empressai donc de m’embarquer le lendemain pour rentrer à Alger où, grâce aux soins dévoués d’un cousin, je me rétablis assez rapidement.
Au bout de quatre semaines environ, je me trouvai assez bien pour rentrer en Europe. Cependant je ne m’embarquai pas avant d’avoir fait de nombreuses acquisitions de produits végétaux manufacturés destinés aux musées botaniques de Genève et de Zurich. C’est à ce moment que j’eus l’occasion de visiter aussi l’usine de préparation du liège de notre aimable consul, M. Borgeaud. Ce dernier me fit remettre aussi une série considérable de produits végétaux pour les musées sus-nommés.
Quelques jours plus tard j’eus la bonne fortune de faire la connaissance de MM. les professeurs Battandier et Trabut, les distingués auteurs de la Flore d’Algérie. Ces messieurs voulurent bien jeter un coup d’œil rapide sur une grande partie de mes collections et me donner la détermination approximative de la majorité des plantes qu’elles contenaient. Ces indications préliminaires m’ont certainement beaucoup facilité la tâche pour les déterminations définitives et, comme je l’ai dit déjà dans mon introduction, je dois à ces Messieurs beaucoup de reconnaissance.
Je m’embarquai enfin pour Genève où j’arrivai le 8 juillet.
[2]Hochreutiner, Sur un type spécial de dunes in Comptes rendus de l’Acad. sc. Paris, 9 février 1903.
Phytogéographie.
Nous tenons à répéter ici une fois de plus que, pressé par un départ imminent, nous sommes obligé, pour ne pas perdre le fruit des observations faites au cours de cette exploration, d’éliminer absolument tout ce qui n’est pas indispensable à notre exposé.
Nous laissons donc la bibliographie de côté ; on nous pardonnera peut-être cette omission imposée par le temps, puisque aucun des nombreux auteurs qui ont écrit sur la flore de l’Algérie n’a traité la question à notre point de vue. Seul Cosson (Comp. Fl. Atl. I p. 241-258) a publié un aperçu rapide des plus grandes régions naturelles de l’Algérie, puis Debeaux (Fl. de la Kabylie du Djurdjura, p. 447-466) a étudié les éléments de la géographie botanique du Djurdjura. Les autres notions que nous possédons sur la phytogéographie de l’Algérie, sont des récits d’herborisation et non des exposés systématiques.
Même Debeaux, dans sa notice, s’attache plutôt à la distribution géographique qu’à une description rationnelle des associations. Dans la seule partie où il établit des comparaisons, avec la flore des hauts plateaux, par exemple, il base ses proportions sur l’ensemble des espèces, quelles que soient les associations auxquelles elles appartiennent, de sorte que les résultats sont noyés et prouvent en somme peu de chose.
Il convient de citer aussi le remarquable travail de M. Massart[3], lequel est rédigé sous forme d’itinéraire il est vrai, mais qui donne des détails fort intéressants au point de vue biologique. Dans un grand nombre de cas, nous avons pu contrôler leur exactitude et, à ce point de vue particulier, il complète nos observations purement géographiques.
Mais, comme ses devanciers, M. Massart ne s’occupe pas des associations.
C’est surtout ces dernières que nous aurons en vue ici, nous le répétons, et dans nos listes nous ne pourrons tenir compte naturellement que de nos herborisations et de nos notes.
Dans le Sud-Oranais on rencontre les grandes associations suivantes :
1) Les oasis et les points d’eau — caractérisés par des cultures nombreuses et par une végétation arborescente dont les espèces les plus remarquables sont : les dattiers, les lauriers roses, les tamaris et les peupliers.
2) Les dunes — caractérisées par une végétation de plantes herbacées, nombreuses au pied de la dune et devenant de plus en plus rares vers le sommet qui est complètement dénudé. L’espèce la plus caractéristique est le drinn (Aristida pungens).
3) Les steppes — qui présentent les aspects les plus divers suivant l’espèce prédominante qui peut être fort différente suivant les endroits. La plante la plus remarquable de cette formation est l’alfa (Stipa tenacissima).
4) Les montagnes — caractérisées par des bois de genévriers et de chênes-verts disséminés et couvrant le sommet de toutes les montagnes de la région.
5) Les rochers désertiques de l’Extrême-Sud — que l’on dirait de loin dépourvus de végétation, mais qui, étudiés de près, présentent dans leurs anfractuosités une série de petites plantes désertiques très espacées et faisant montre des adaptations les plus intéressantes à une sécheresse prolongée.
Il va sans dire qu’à l’intérieur de ces formes de végétation dont plusieurs avaient été déjà définies par Cosson, nous distinguerons toutes les associations particulières que nous avons eu l’occasion de voir et d’analyser. Elles se laissent toutes classer sous l’un des cinq chefs précités.
Pour l’étude des zones, nous avons noté chaque fois l’altitude approximative à laquelle les plantes ont été récoltées. Pour cela nous nous sommes servi d’un baromètre anéroïde réglé sur l’Observatoire de Genève et contrôlé à Alger et à Aïn-Sefra. A l’aide de ce petit instrument nous avons relevé les altitudes au moment des haltes et nous avons noté par estimation les stations successives explorées. Pour la comparaison de la flore des montagnes avec celle du Tell, nous nous en sommes tenu aux données très vagues des ouvrages floristiques à notre disposition. Par crainte d’erreurs, nous avons considéré comme plantes habitant exclusivement les hautes montagnes du Tell, celles qui étaient signalées comme habitant au-dessus de 1800 m. ou bien sur les hauts sommets du Djurdjura. Mais nous ne nous dissimulons pas qu’il y ait là-dedans beaucoup d’approximations malgré le soin avec lequel nous avons éliminé les espèces sur lesquelles nous étions renseigné d’une façon incomplète.
Pour l’étude des affinités floristiques avec d’autres pays, nous avons établi l’aire de dispersion de chaque espèce et lorsque nous en avions les moyens, de chaque variété, en nous basant sur les ouvrages cités plus bas. Ils indiquent la distribution géographique, non seulement dans leur dition, mais aussi dans le reste de l’ancien monde. C’est ainsi que nous avons pu contrôler dans une certaine mesure les données de ces ouvrages en les comparant les uns avec les autres.
Nous ne nous dissimulons pas toutefois que, pour avoir des renseignements précis sur ce sujet, il eut été nécessaire de consulter un grand nombre d’herbiers et d’établir à chaque reprise l’aire de dispersion en consultant les étiquettes originales. Nous n’avons pu le faire que dans quelques cas, à propos de plantes rares ou peu connues. Nous avons relevé alors la distribution d’après les collections si complètes de l’Herbier Boissier et de l’Herbier Delessert.
Les ouvrages suivants ont été consultés au point de vue géographique : Battandier et Trabut, Flore d’Algérie ; Bonnet et Barratte, Catalogue de la Flore de Tunisie ; Boissier, Flora orientalis ; Nyman, Conspectus Floræ europæae ; Ball, Spicilegium Maroccanum. Dans les cas douteux seulement, nous avons eu recours aux ouvrages plus spéciaux de Willkomm et Lange, Cosson, l’Abbé Chevalier, Pomel, Ascherson et Schweinfurth, Grenier et Godron, etc. etc.
Les oasis et les points d’eau.
Comme nous l’avons déjà dit, cette forme de végétation est caractérisée presque toujours par des cultures et des arbres. Cependant elle peut varier beaucoup comme aspect et comme composition. Entre la véritable oasis, où autour d’un ksar[4] se groupe une véritable forêt de palmiers-dattiers (v. Pl. III, fig. 4) abritant sous son ombre des jardins bien irrigués et la source ou le puits isolé dans la plaine, il y a une différence bien tranchée. Ces derniers en effet sont jalonnés seulement par quelques tamaris ou lauriers-roses.
Les sources dans la montagne ont aussi une physionomie spéciale, malgré quelques caractères communs, comme la présence de nombreuses plantes cosmopolites ; c’est pourquoi nous aurons l’occasion d’en reparler dans le chapitre IV.
§ 1. Oasis proprement dites. — Dans ce paragraphe nous tenons compte surtout d’Aïn-Sefra, de Tiout et de Mograr Foukani que nous avons visités en détail. Parmi les espèces les plus déterminantes au point de vue de la physionomie il faut citer : les palmiers, les tamaris et, en nombre plus restreint, les lauriers-roses et les peupliers. A Aïn-Sefra ces derniers ont été plantés, je crois.
Sous ces arbres on cultive, en les irrigant, toutes sortes de légumes : cardons, oignons, pommes-de-terre, tomates, fèves, etc. ; des arbres fruitiers : pommiers, abricotiers, figuiers ou même cerisiers, et des céréales : de l’orge ordinairement (V. Pl. I, fig. 1 et Pl. II, fig. 3).
Dans les oasis presque abandonnées comme Tiloula, les cultures sont beaucoup plus restreintes, les dattiers moins nombreux et les lauriers-roses en plus grande quantité ; il s’y ajoute des betoums (Pistacia atlantica). Parmi les cultures, au bord des ruisseaux d’irrigation, dans le terrain marécageux, les espèces suivantes forment des associations ressemblant à celles de toutes nos mares européennes (V. Pl. II, fig. 2).
Dans les flaques d’eau sont de véritables Scirpaies :
et comme espèces plus petites :
Dans le terrain marécageux, mais non inondé, sont des Cariçaies (fort pauvres en Carex du reste), entourant les Scirpaies ; les espèces que nous y avons relevées sont :
Dans le sable humide au bord des ruisseaux, mais à une plus grande distance de l’eau encore, se pressent les espèces suivantes dont la majorité est toujours cosmopolite comme chez les précédentes, mais avec des variétés particulières relevant d’espèces à aire plus restreinte. Ce sont :
et enfin dans les endroits plus secs :
Dans les mares des points d’eau, comme dans celles des oasis, se trouve une association de plantes flottantes ou submergées ; ce sont, à part les algues vertes et les Characées indiquées dans notre liste de cryptogames :
Faisant abstraction des dattiers et des peupliers qui peuvent être considérés comme cultivés, on pourra voir que cette association des oasis où nous avons noté trente-six espèces, se compose :
A. De plantes cosmopolites ou répandues tout autour de la Méditerranée et dans l’Europe centrale[5]. Telles sont, par exemple : Veronica Anagallis, Scirpus Holoschœnus, Samolus Valerandi, Potamogeton natans, etc. ; en tout vingt-deux espèces, c’est-à-dire 61 %.
B. D’espèces répandues tout autour de la Méditerranée ; exemples : Frankenia pulverulenta, Brachypodium distachyum v. genuinum, Polypogon monspeliense, etc. ; en tout huit espèces, c’est-à-dire 22 %.
C. D’espèces méditerranéennes sous forme de variétés spéciales à aire très restreinte : Astragalus cruciatus v. polyactinus, connu en Algérie et en Espagne seulement. Senecio coronopifolius v. oasicola var. nov. Euphorbia terracina var. trapezoidalis ; en tout trois, environ 8 %.
D. D’espèces répandues en Barbarie et en Orient : Pulicaria inuloides, Chenopodium murale v. microphyllum, deux seulement, environ 6 %.
F. Une seule plante possédant une aire occidentale, c’est le Launæa resedifolia v. viminea.
§ 2. Points d’eau. — Visités d’une façon plus spéciale : Tircount, Bellef Loufa, Duveyrier (Voy. Pl. IV, fig. 5). Les espèces qui donnent la physionomie sont ici : les lauriers-roses[6] ou les tamaris, ou les deux mélangés, formant parfois de petits bois ombreux au sol humide, où l’on rencontre à côté d’un certain nombre des cosmopolites déjà mentionnés à propos des oasis, une série d’autres formes à aire restreinte.
Cette association se compose de :
Autour des tamaris et des lauriers-roses se trouvent toujours quelques cultures, parfois très restreintes, de plantes herbacées. Les palmiers comme les grands arbres manquent dans ces endroits. Comme on vient de le voir, dans les points d’eau ce sont aussi les cosmopolites qui dominent (52 %) ; les plantes spéciales sont en plus grand nombre (30 %), et nous retrouvons aussi quelques espèces à dispersion orientale (13 %) et une seule à dispersion occidentale.
§ 3. Sources de montagne. — Au milieu de la région boisée, on rencontre des sources donnant naissance à de minuscules prairies plus ou moins marécageuses ; et l’on y rencontre de nouveau l’élément cosmopolite ou plus ou moins circumméditerranéen déjà mentionné ; exemple :
mélangés à des espèces occidentales en beaucoup plus grand nombre :
et une variété un peu spéciale :
Malgré l’humidité constante, jamais il ne se forme quoi que ce soit qui ressemble à une tourbière.
§ 4. Conclusion. — Comme on le voit, ces associations des oasis et points d’eau ont un caractère trivial très marqué. En ne tenant pas compte des sources de montagne dont les affinités occidentales résultent de leur position à une altitude déjà considérable, la proportion des espèces plus ou moins cosmopolites ou du moins circumméditerranéennes est de 71 % de l’ensemble des espèces observées. La grande majorité de ces espèces ne se rencontre que dans les endroits humides ; en dehors du Tell on ne les trouve donc que là où il y a de l’eau, et je crois que ce n’est pas trop s’avancer en attribuant leur dissémination aux cultures et au bétail, c’est-à-dire à l’influence de l’homme.
Le second élément de ces associations — les plantes que nous nommerons oasicoles — est formé par les espèces empruntées aux associations voisines : le steppe ou la montagne. Parmi ces espèces, les unes sont si profondément modifiées par le milieu qu’elles constituent des variétés particulières, les autres ne sont pas transformées, mais elles sont plus exubérantes.
Au nombre des premières sont plusieurs variétés décrites par nous sous le nom d’oasicola ; elles se distinguent presque toutes par leur port très allongé, leurs grandes fleurs, leurs grandes feuilles et leur glabrescence.
Ces oasicoles constituent à peu près le 28 % de l’association. Elles comprennent, sous des formes spéciales ou sous des formes typiques :
a) des espèces méditerranéennes comme le Filago spathulata, l’Hedypnois cretica, etc.
b) des plantes particulières à l’Algérie ou à la Barbarie comme : Crambe Kralikii, Muricaria Battandieri, etc.
c) des espèces à dispersion orientale, en petit nombre, exemple : Erucaria uncata, Chenopodium murale v. microphyllum, etc. (env. le 7 % de l’ensemble des espèces observées).
d) trois plantes seulement à dispersion occidentale : Scabiosa monspeliensis, Launæa resedifolia O. Kuntz. var. viminea Hochr., Astragalus cruciatus Link var. polyactinus Hochr.[9].
Ces oasicoles étant empruntées aux associations voisines, il n’est pas difficile de se représenter que leur dissémination à courte distance a lieu par des moyens quelconques, le vent plus spécialement. La seule difficulté qui pourrait s’élever, serait au sujet de notre série d (à dispersion occidentale), mais nous verrons qu’on peut expliquer facilement sa présence par la migration des flores.
Le troisième élément, qui se réduit à une seule espèce particulière aux oasis et points d’eau, mais à dispersion exclusivement orientale, est constitué par le Pulicaria inuloides. Cette aire est assez bizarre chez une plante de cette sorte et nous ne nous l’expliquons pas pour le moment.
Les dunes.
La végétation des dunes est uniforme et nous ne saurions distinguer plusieurs modes comme dans le chapitre précédent. Cette association revêt en somme la forme steppique, c’est-à-dire qu’elle est formée de touffes plus ou moins isolées (Voy. Pl. IV, fig. 6) les unes des autres. Seulement ces touffes sont resserrées et en grande quantité au pied de la dune, où les espèces sont aussi les plus nombreuses (Voy. Pl. V, fig. 7). Plus on s’élève au contraire, plus les touffes vont s’espaçant, plus les espèces deviennent rares, jusqu’à ce qu’enfin on arrive dans la partie dénudée où, dans une véritable mer de sable mouvant, on n’aperçoit plus qu’à de grandes distances quelques plants d’Aristida pungens (Voy. Pl. V, fig. 8)[10].
Toutes les espèces des dunes présentent des adaptations particulières à la vie dans le sable. Signalons à la hâte les suivantes : racines démesurées, plongeant dans le sol, rhizomes très longs se ramifiant en tous sens, racines couvertes sur toute leur surface et sur toute leur longueur d’un épais tomentum de poils absorbants (ce qui est le cas particulièrement pour toutes les Graminées des sables), etc.
A part deux ou trois buissons ne dépassant pas trois mètres de haut (Genista Rætam, Saharæ et sphærocarpa)[11], la végétation des dunes est herbacée ; l’association observée par nous se compose des espèces suivantes :
Campement d’Aïn-Aïssa (source de J.-C.).
Sur 32 espèces observées par nous, il y en a donc :
A. 11 orientales.
B. 8 particulières au Nord de l’Afrique, mais s’étendant aussi vers l’Orient puisque la plupart se retrouvent encore en Tripolitaine.
C. 4 s’étendant depuis la Tripolitaine jusqu’en Espagne.
D. 2 à dispersion occidentale typique, c’est-à-dire espagnoles et algériennes.
E. 5 formes endémiques, mais dont 2 seulement sont des espèces distinctes, les autres n’étant que des variétés de plantes habitant la région : évidemment des adaptations récentes homologues à celles que nous avons rencontrées parmi les oasicoles.
F. 2 circumméditerranéennes.
Ces chiffres permettent déjà d’affirmer les affinités orientales très étroites de la flore des dunes, on s’en rendra mieux compte encore, en examinant les espèces de plus près.
Parmi les espèces dont l’aire s’étend vers l’Orient ou du moins dont l’aire s’étend plus loin vers l’Orient que vers l’Occident, les ⅚ sont indiquées par Battandier et Trabut comme habitant la région saharienne dans les sables, c’est-à-dire qu’elles peuvent être considérées comme plantes typiques des dunes, exemple : Genista Saharæ, Convolvulus supinus, Cleome arabica, etc.
Parmi les espèces qui se trouvent en Espagne et en Barbarie, la seule qui ne s’étende pas au delà de Tripoli est l’alfa qui certes, n’est pas une plante typique des dunes, puisqu’elle rentre dans la caractéristique d’un grand nombre de steppes.
Enfin, parmi les plantes occidentales, Malcolmia arenaria, Genista sphærocarpa, Eruca sativa v. stenocarpa, il n’en est pas une qui manque dans le Tell ; ce sont donc plutôt des adventices dans l’association.
Par conséquent, si nous prenons en considération les plantes typiques des dunes qui n’ont pas été observées par nous dans d’autres associations, nous verrons que sur 17 plantes dans ce cas : 1o 16 sont indiquées par Battandier et Trabut comme spéciales à la région saharienne et une seulement comme se retrouvant sur les hauts plateaux ; 2o 10 s’étendent jusqu’en Orient, 5 jusqu’en Tripolitaine et 2 jusqu’en Tunisie. Pas une seule ne présente une aire occidentale ou même circumméditerranéenne.
Ceci nous permet d’affirmer que les végétaux les plus typiques de l’association des dunes sont les suivants :
Rappelons pour être complet qu’il faudrait ajouter à cette liste deux espèces réellement endémiques :
Les steppes.
Pour les associations des steppes, il nous sera impossible de procéder comme pour les précédentes, parce que leur nombre est infini et que ce sont tour à tour les espèces les plus diverses qui sont prédominantes, donnant ainsi à cette forme de végétation les aspects changeants qui font son charme. Comme la haute mer, le steppe a ses fervents admirateurs.
Il y a cependant certains caractères communs à tous les steppes, c’est :
1o La végétation en touffes plus ou moins espacées laissant apercevoir entre elles le sol dénudé.
2o A l’abri de ces touffes ou parfois entre elles se trouvent quelques petites espèces influant du reste fort peu sur la physionomie générale du paysage.
3o L’absence complète des arbres est à noter. Toutefois dans la région de la chaîne de grande bordure saharienne, on observe çà et là des betoum (Pistacia atlantica). La plupart du temps ils sont isolés dans la plaine et lorsqu’on en rencontre un, on l’aperçoit déjà de très loin comme un petit point vert sombre, presque noir, dans l’immensité jaune. A part cette essence que nous croyons avec Massart en voie d’extinction dans la région, il n’y a dans le steppe, en fait de végétaux ligneux, que deux ou trois buissons peu élevés. Et encore, deux d’entre eux (Genista Rætam et sphærocarpa) sont-ils des plantes duniques ; un seul buisson appartient au steppe, c’est le Zizyphus Lotus.
Vu la très grande variété des steppes, nous nous bornerons donc, pour établir les affinités de cette association, à énumérer toutes les espèces récoltées dans la dite formation quelle que soit sa physionomie.
Après cela nous énumérerons les associations steppiques qui nous ont le plus frappé. Nous ajouterons pour chacune d’elles les espèces prédominantes et, s’il y a lieu, quelques espèces accessoires.
Nous avons récolté les espèces steppiques suivantes :