[4] Nous croyons qu’il s’agit des Élévations sur les mystères, de Bossuet.
[5] M. l’abbé Huvelin, ancien élève de l’École normale Supérieure, devenu prêtre, et qui a laissé, dans Paris, le souvenir d’une âme très sainte.
MON AVENIR SUR LA TERRE, MA MORT
LE JUGEMENT, LE CIEL OU L’ENFER
Pardon et « misericordias Domini in æternum cantabo » ! Voilà mon passé et mon présent… Quel sera mon avenir ? Sera-t-il long ou court sur la terre ? Consolé ou douloureux ? Saint, comme je le désire tant, plein de péchés comme je Vous supplie de m’en préserver ? Nul ne le sait… Il sera ce que Vous voudrez, mon Dieu… Je Vous supplie seulement qu’il ne soit pas employé à Vous offenser : Vous ne le voulez pas, Vous nous avez ordonné, à tous, d’être parfaits, et moi, Vous m’avez comblé de grâces incomparables en me disant : « A celui à qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé »… Donc, quel que soit mon avenir, long ou d’un jour, consolé ou douloureux, Votre volonté est qu’il soit saint… Que ferai-je pour cela ?…
« Suis-Moi, Moi seul… Ne viens pas à Béthanie pour Me voir et aussi pour voir Lazare, viens-y pour Me voir, Moi, Moi seul… Demande-Moi ce que je faisais, scrute les Écritures, regarde aussi les saints, non pour les suivre, eux, mais pour voir comment ils m’ont suivi, et prendre de chacun d’eux ce que tu penseras venir de Moi, être de Moi, à mon imitation… et suis-Moi, Moi, Moi seul… Regarde-toi comme dans la maison de Nazareth… Tu t’es donné à Moi. Je te conduirai comme il le faudra pour ma plus grande gloire, pour la plus grande consolation de mon Cœur, puisque tu ne veux et que tu ne demandes que cela.
— Oh ! oui, oh ! oui ! Mon Seigneur et mon Dieu, je ne veux et ne demande que cela ! Faites-le, en Vous, par Vous et pour Vous ! Amen, amen…
— Cette vie sera suivie de la mort : tu voudrais celle du martyre… tu sais que tu es lâche… mais tu sais que tu peux tout en Celui qui te fortifie, que je suis tout-puissant en mes créatures… Demande-le matin et soir, tout en mettant cette condition que ce soit ma volonté, mon plus grand bien, ma plus grande consolation, laquelle tu veux et tu demandes avant tout… et aie confiance : je ferai ce que tu demandes, ce qui me glorifie le plus… Mais, demander cela, c’est bien, car « c’est la marque du plus grand amour de donner sa vie pour ce qu’on aime », et il est parfaitement juste que tu désires me donner la marque « du plus grand amour ».
Ton éternité, ton jugement, que seront-ils ? Ils seront ce qu’aura été ta vie… Si tu t’es renoncé, si tu as porté ta croix et que tu m’as suivi, si, comprenant les grâces, les miséricordes merveilleuses dont je t’ai comblé, tu as fait fructifier tous ces talents que je t’ai confiés ; si tu es fidèle à ta belle vocation, si tu obéis à ton directeur, si tu es reconnaissant, fidèle, aimant, humble et doux, ton jugement sera consolant, ton éternité bienheureuse… Si tu te laisses aller à ta lâcheté, à ta sensualité, à ta paresse, à ta timidité, à ton égoïsme, à ton mensonge, à toutes les mauvaises passions que le diable saurait bien vite rallumer en toi ; si tu cessais un instant de veiller et si ma main ne te soutenait pas si paternellement, ton jugement et ton éternité seraient d’autant plus terribles que tu aurais abusé de plus de grâces… Si l’enfant prodigue se révoltait contre son père et l’offensait odieusement, après avoir été reçu de lui comme il l’a été, ne serait-ce pas odieux ? Ta conduite le serait mille et mille fois plus, toi qui, depuis onze ans, reçois presque chaque jour mon corps et mon âme, mon humanité et ma divinité en nourriture, sur ta langue, dans ton corps… Donc « Veillez et priez… car l’esprit est prompt et la chair est faible. »
MOI, MA VIE PRÉSENTE. EXAMEN DES VERTUS
FOI
En tout, avoir en vue Dieu seul. Dieu est notre Créateur, nous sommes Sa chose, nous devons fructifier pour Lui, comme l’arbre pour son maître… Dieu est l’Être infiniment aimable, nous devons L’aimer de toute l’étendue de notre âme, et, par conséquent, Le regarder sans cesse, L’avoir sans cesse en vue et faire tout ce que nous faisons pour Lui, comme quand on aime, on fait tout en vue de l’être aimé… Nous tenons tout de Dieu : l’être, la conservation, le corps, l’esprit ; ayant tout reçu de Lui, il est juste que nous Lui rendions tout. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Ce qui est à Dieu, c’est tout notre être et tous nos instants, tous les battements de notre cœur, car tout vient de Lui et n’est que par Lui.
Vous n’avez pas pu avoir la foi, mon Seigneur Jésus, puisque Vous aviez la claire vision de tout… Mais Vous nous l’avez ordonnée et ordonnée sans cesse par Vos paroles…
La foi, c’est ce qui fait que nous croyons, du fond de l’âme, tous les dogmes de la religion, toutes les vérités que la religion nous enseigne, le contenu de la Sainte Écriture par conséquent et tous les enseignements de l’Évangile, tout ce qui nous est proposé par l’Église enfin… Le juste vit vraiment de cette foi, car elle remplace, pour lui, la plupart des sens de la nature : elle transforme tellement toutes choses qu’à peine les anciens sens peuvent-ils servir à l’âme qui ne perçoit par eux que de trompeuses apparences ; la foi lui montre les réalités. L’œil lui montre un pauvre, la foi lui montre Jésus. L’oreille lui fait entendre des injures et des persécutions, la foi lui chante : « Réjouissez-vous et jubilez de joie. » Le toucher nous fait sentir des coups de pierre reçus, la foi nous dit : « Soyez dans une grande joie d’avoir été jugés dignes de souffrir quelque chose pour le nom du Christ ! » Le goût nous fait sentir un peu de pain sans levain, la foi nous montre le Sauveur Jésus, homme et Dieu, corps et âme. L’odorat nous fait sentir l’encens, la foi nous dit que le véritable encens « est les jeûnes des Saints »… Les sens nous séduisent par les beautés créées, la foi pense à la Beauté incréée, et prend en pitié toutes les créatures qui sont un néant et une poussière à côté de cette beauté-là… Les sens ont horreur de la douleur, la foi la bénit comme la couronne de mariage qui l’unit à son Bien-Aimé… Les sens se révoltent contre l’injure, la foi la bénit : « Bénissez ceux qui vous maudissent » ; elle la trouve méritée, car elle pense à ses péchés, elle la trouve douce, car c’est partager le sort de Jésus. Les sens sont curieux, la foi ne veut rien connaître, elle a soif de s’ensevelir et voudrait passer toute sa vie immobile au pied du Tabernacle… Les sens aiment la richesse et l’honneur, la foi les a en horreur : « Toute élévation est en abomination devant Dieu »… « Bienheureux les pauvres », et elle adore la pauvreté et l’abjection dont Jésus se couvrit toute Sa vie comme d’un vêtement qui fut inséparable de Lui… Les sens ont horreur de la souffrance, la foi les bénit comme un don de la main de Jésus, une part de Sa croix qu’Il daigne nous donner à porter… Les sens s’effraient de ce qu’ils appellent des dangers, de ce qui peut amener la douleur, ou la mort ; la foi ne s’effraie de rien, elle sait qu’il ne lui arrivera que ce que Dieu voudra : « Tous les cheveux de votre tête sont comptés », et que ce que Dieu voudra sera toujours pour son bien : « Tout ce qui arrive est pour le bien des élus »… Ainsi, quoi qu’il puisse arriver, peine ou joie, santé ou maladie, vie ou mort, elle est contente d’avance et n’a peur de rien… Les sens sont inquiets du lendemain, se demandent comment on vivra demain, la foi est sans nulle inquiétude. « Ne soyez pas inquiets, dit Jésus, voyez les fleurs des champs, voyez les oiseaux, je les nourris et les habille… vous valez beaucoup mieux qu’eux… cherchez Dieu et sa justice et tout vous sera donné par surcroît »…
Les sens s’attachent à garder la présence de la famille, la possession des biens ; la foi se hâte de quitter l’un et l’autre : « Celui qui aura quitté pour Moi un père, une mère, une maison, un champ, recevra le centuple en ce monde, et en l’autre la vie éternelle. »
Ainsi, la foi éclaire tout d’une lumière nouvelle, autre que la lumière des sens, ou plus brillante, ou différente… Ainsi, celui qui vit de foi a l’âme pleine de pensées nouvelles, de goûts nouveaux, de jugements nouveaux ; ce sont des horizons nouveaux qui s’ouvrent devant lui, horizons merveilleux qui sont éclairés d’une lumière céleste et beaux de la beauté divine… Enveloppé de ces vérités toutes nouvelles, dont le monde ne se doute pas, il commence nécessairement une vie toute nouvelle, opposée au monde à qui ses actes semblent une folie… Le monde est dans les ténèbres, dans une nuit profonde, l’homme de foi est en pleine lumière…
ESPÉRANCE
Mon Dieu, parlez-moi de l’espérance !… Comment de cette pauvre terre pourraient sortir des pensées d’espérance ? Ne faut-il pas qu’elles viennent du ciel ?… Tout ce que nous voyons, tout ce que nous sentons, tout ce que nous sommes, nous prouve notre néant ; comment pouvons-nous savoir que nous sommes créés pour être frères et co-héritiers de Jésus, Vos enfants, si Vous ne nous le dites ?… Mère du Bel Amour, de la Sainte Espérance, priez pour moi votre Fils Jésus, et inspirez-moi ce que je dois penser…
L’espérance d’être un jour au ciel, à Vos pieds, mon Seigneur, en compagnie de la Sainte Vierge et des saints, Vous voyant, Vous aimant, Vous possédant pour l’éternité, sans que jamais rien ne puisse me séparer un seul instant de Vous, mon Bien et mon Tout, quelle vision ! oh ! oui, c’est bien la vision de paix, la vision de paix céleste ! Cette espérance qui nous transporte tellement au-dessus de nous-mêmes, qui est tellement au-dessus de tous nos rêves, non seulement Vous nous permettez de l’avoir, mais Vous nous en faites une obligation ! Pouviez-Vous nous faire un commandement plus doux ! Mon Dieu que Vous êtes bon ! On représente l’espérance par une ancre : oui, quelle ancre solide ! Si mauvais que je sois, si grand pécheur que je sois, je dois espérer que j’irai au ciel, Vous me défendez de désespérer… Si ingrat, si tiède, si lâche que je sois, quelque abus que je fasse de Vos grâces, mon Dieu, Vous me faites un devoir d’espérer vivre éternellement à Vos pieds, dans l’amour et la sainteté !… Vous me défendez de me décourager jamais à la vue de mes misères, de me dire : « Je ne puis plus avancer, le chemin du ciel est trop raide, il faut que je recule et que je roule jusqu’en bas. » Vous me défendez de me dire, à la vue de mes fautes toujours renouvelées, dont je Vous demande chaque jour pardon et dans lesquelles je retombe sans cesse : « Je ne pourrai jamais me corriger ; la sainteté n’est pas faite pour moi ; qu’y a-t-il de commun entre le ciel et moi ?… je suis trop indigne pour y entrer »… Vous me défendez de me dire, à la vue des grâces infinies dont Vous m’avez comblé et de l’indignité de ma vie présente : « J’ai abusé de trop de grâces ; je devrais être un saint et je suis un pécheur ; je ne puis pas me corriger, c’est trop difficile ; je ne suis que misère et orgueil ; après tout ce que Dieu fait, il n’y a rien de bon en moi : jamais je n’irai au Ciel. » Vous voulez que j’espère, malgré tout, que j’espère toujours avoir assez de grâces pour me convertir et parvenir à la gloire… Le ciel et moi, cette perfection et ma misère, qu’y a-t-il de commun entre eux ? Il y a Votre Cœur, mon Seigneur Jésus, Votre Cœur qui fait la liaison de ces deux choses si dissemblables… l’amour du Père qui a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique… Je dois toujours espérer parce que Vous me l’ordonnez et parce que je dois toujours croire en Votre amour que Vous m’avez tant promis et en Votre puissance… Oui, en considérant ce que Vous avez fait pour moi, je dois avoir une telle confiance en Votre amour, que quelque ingrat et indigne que je me sente, j’espère toujours en lui, je compte toujours sur lui, je suis toujours convaincu que Vous êtes prêt à me recevoir comme le père de l’enfant prodigue, et plus même ; que Vous ne cessez de m’appeler, de m’inviter et de me donner les moyens de venir à Vos pieds…
COURAGE
Mon Seigneur Jésus, il faut que Vous me parliez du courage et que Vous me le donniez surtout, car, Vous le savez, c’est peut-être ce qui me manque le plus, bien qu’il me manque tant de choses… Ce matin encore, j’en ai manqué trois fois : deux fois je me suis éveillé sans me lever, pardon, pardon ! et à la sonnerie de la cloche de l’Angelus, je ne suis pas sorti tout de suite de peur de la pluie… pardon !… Comme si ce n’était pas une grâce mille fois bénie de m’éveiller plus tôt pour être plus tôt en tête-à-tête avec Vous, pour me mettre plus tôt à Vos pieds, à Vos genoux, la tête dans Vos mains à Vous dire que je Vous aime… comme si le réveil, n’était pas Votre appel…, comme si, au réveil, ne brillaient pas devant mon âme, en lettres étincelantes, ces mots : « Il est l’heure d’aimer Dieu ! »…
… « Il te faut du courage contre les hommes, contre leurs menaces et leurs séductions, contre les persécutions, contre les douceurs, contre les méchants, et avec les bons et avec les saints, pour supporter les mauvais traitements et ne pas te laisser amollir par les bons, pour être en tout, avec tous, ce que je veux que tu sois, pour recevoir les railleries, les contradictions, les coups, les blessures et la mort comme mon soldat fidèle, pour résister à l’affection, à la tendresse, à l’amour, aux bonnes paroles, aux bonnes grâces, aux louanges, aux dons les plus délicats, pour ne pas craindre ta peine ni celle des autres, mais uniquement la mienne… Il te faut du courage contre le démon : contre les terreurs, les troubles, les tentations, les séductions, les ténèbres, les fausses lumières, les épouvantes, les tristesses, les dissipations, les chimères, les fausses prudences, les peurs surtout (car c’est son arme habituelle, surtout avec toi qui es timide, inconstant), par lesquelles il cherchera à t’arracher à Moi…
HUMILITÉ
« Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur », avez-Vous dit, mon Dieu…, et comme Vous nous en avez donné l’exemple !… Vous Dieu, Vous Vous faites homme ! Homme, Vous Vous faites le dernier de tous, un petit ouvrier de ce petit Nazareth où j’ai le bonheur d’être, et, lorsque Vous passâtes de la vie cachée à la vie publique, quelle humilité dans Vos paroles et dans Vos actes, dans Vos enseignements et dans Vos exemples… Quand Vous faites des miracles, Vous recommandez de n’en rien dire… Quand Vous laissez voir à Vos apôtres Votre gloire, Vous leur recommandez le silence jusqu’à Votre résurrection… On Vous appelle chez un malade, Vous y allez aussitôt ; on Vous demande une chose, Vous la faites ; on Vous persécute, Vous fuyez ; en rien Vous ne Vous montrez Dieu, Roi, Tout-Puissant ; on Vous interpelle grossièrement, Vous répondez doucement ; on Vous chasse, Vous partez sans répliquer ; on Vous refuse l’hospitalité, Vous passez outre…; partout, Vous vous faites petit… Et dans Vos enseignements : « Malheur aux riches, il leur est plus difficile d’entrer au ciel qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille !… Le Fils de l’homme est doux et humble de cœur… Si vous ne vous faites petits enfants, vous n’entrerez pas au royaume des cieux… Ceux qui s’élèvent seront humiliés, ceux qui s’humilient seront élevés… Toute élévation est en abomination devant Dieu… Ne vous faites pas appeler Maîtres… Prenez les dernières places… Celui-là sera le plus grand parmi vous qui se fera le plus petit et qui sera le serviteur de tous les autres… Je me tiens parmi vous comme celui qui sert… Je vous lave les pieds pour que vous vous fassiez de même les uns aux autres… Si on vous donne un soufflet sur une joue, tendez l’autre… Si on veut vous prendre injustement votre manteau, donnez encore la tunique… Ne résistez pas au mal… Je ne cherche pas la gloire des hommes… » Mon Dieu, qui avez toujours tellement enseigné l’humilité par Vos paroles et par Vos exemples, que Vous en avez fait un de Vos caractères les plus propres…, Vous qui, pourtant, étiez si grand, apprenez-moi à être humble, à moi qui suis si petit !… Pour Vous, l’humilité, c’était un exemple donné aux hommes, et Vous voyiez si bien la différence qu’il y a de Créateur à créatures, que Vous vouliez que Votre nature humaine rendît, quoiqu’elle ne fît qu’une seule Personne avec Votre nature divine, l’hommage d’une humilité infinie à la divinité dont Vous voyiez si clairement, dont Vous compreniez parfaitement, sans ombre, la grandeur sans limite… Mais, si Vous avez voulu être humble, combien dois-je l’être, moi pour qui, comme l’a dit si bien saint Augustin : « l’humilité, c’est la vérité. » Oui, me voir comme un néant, comme un ver de terre, comme pire qu’un démon par certains côtés, — pas de toutes manières, mais d’une certaine manière, par la multiplicité d’abus de Votre grâce, par le nombre de fois que je Vous ai offensé après que Vous m’avez pardonné. — Comme, pour moi, cette humilité est la vérité !… me défier de moi, moi qui tombe chaque jour, à toute heure… avoir de bas sentiments de moi qui suis si misérable, que je regarde mon passé ou mon présent, moi qui suis pauvre ;… de bas sentiments de mon esprit, moi qui me suis trompé si souvent !… de bas sentiments de ma vertu, que je vois faillir tous les jours et succomber si facilement devant de si petites tentations !
Humble en pensées, en me connaissant moi-même et regardant mes misères passées et présentes, les défauts que j’ai, les vertus que je n’ai pas ; les infirmités que j’ai, les dons naturels que je n’ai pas ;… en étant humble de désirs, en n’ayant aucune ambition, aucun désir de l’estime des hommes, mais, au contraire, le désir qu’ils soient dans la vérité, qu’ils m’estiment à ma valeur c’est-à-dire comme un ver de terre et un néant, une sorte de fou orgueilleux, lâche, bête et ingrat ;… ne me laissant aller à aucune rêverie (c’est du temps perdu), mais surtout à aucune de ces rêveries mauvaises, pleines de vanité, d’esprit mondain, d’orgueil et d’un mauvais levain d’ambition et d’élévation ;… étant défiant de moi, de mon jugement, de ma vertu, de mon courage ;… en attribuant à Dieu seul tout le bien qui peut être en moi, et à moi seul tout le mal que je fais…
Humble en paroles, en parlant peu, en ne disant point de bien de moi, en ne révélant pas, à moins de grande nécessité, le bien que Dieu fait en moi ; en ne disant rien qui puisse donner bonne opinion de moi aux autres, à moins de grande nécessité ; en cachant tout ce qui peut donner bonne opinion de moi aux autres, les dons naturels et surnaturels (encore que tous ne viennent nullement de moi, mais de Dieu seul) ; cacher le bien que je fais, si Dieu en fait par moi. « Que ta main gauche ignore ce qu’a donné la droite. » « Quand tu jeûnes, parfume tes cheveux. » « Quand tu pries, ferme les portes, et que Dieu seul te voie. »… Parler humblement, doucement, ne pas répondre hautainement à des paroles hautaines, être humble et doux avec les petits et avec les grands, devant les reproches et les louanges, devant les bienfaits et les injures, les propositions flatteuses et les menaces, humble dans toutes les paroles de la vie et humble devant la mort.
Humble en actions, ne croyant aucune action au-dessous de nous, puisque Jésus a été trente ans, Joseph toute sa vie, charpentier : devant cet exemple, regarder au contraire toute occupation comme encore trop haute pour nous ;… embrassons avec amour, avec empressement, toute occasion de nous humilier, tout abaissement en imitation de l’abaissement de Jésus, et parce que si nos péchés étaient connus des hommes, rien ne leur paraîtrait assez vil pour nous ;… fuyons toute occupation, toute position élevée, parce que Jésus fut petit et méprisé, et n’acceptons une élévation, quelle qu’elle soit, que si l’obéissance nous y contraint, si nous voyons que c’est un devoir, la volonté certaine de Dieu…
PRIÈRE
Mon Seigneur Jésus… prier, c’est Vous regarder, et puisque Vous êtes toujours là, puis-je, si je Vous aime vraiment, ne pas Vous regarder sans cesse ? Celui qui aime et qui est en face du Bien-Aimé peut-il faire autrement que d’avoir les regards attachés sur Lui ?… « Apprenez-nous à prier, » comme disaient les Apôtres !… Oh ! mon Dieu, le lieu et le temps sont bien choisis : je suis dans ma petite chambre, il fait nuit, tout dort, on n’entend que la pluie et le vent, et quelques coqs lointains qui rappellent, hélas ! la nuit de Votre Passion… Enseignez-moi à prier, mon Dieu, dans cette solitude, dans ce recueillement…
— Oui, mon enfant, il faut prier sans cesse, prie en faisant tout ce que tu fais : lisant, travaillant, marchant, mangeant, parlant, il faut toujours m’avoir devant les yeux, me regarder sans cesse, et me parler plus ou moins, suivant que tu le peux, mais me regardant toujours.
L’oraison est l’entretien familier de l’âme avec Dieu ; l’oraison ne contient que cela ; l’oraison ne renferme ni méditation proprement dite, ni prières vocales, mais elle accompagne, dans un degré plus grand ou moindre, l’une et l’autre. — La méditation, c’est la réflexion attentive sur quelque vérité ou quelque devoir que l’esprit cherche à approfondir aux pieds de Dieu. La méditation est toujours plus ou moins mélangée d’oraison, car il faut nécessairement appeler Dieu à son aide de temps en temps pour connaître ce qu’on cherche ; et aussi pour jouir de Sa présence et ne pas rester longtemps si près de Lui sans Lui dire aucune parole de tendresse…
— Tes prières vocales, office canonial, rosaire, chemin de croix me plaisent, m’honorent, j’approuve que tu les dises, elles sont un petit bouquet que tu m’offres, un très beau et très divin cadeau, quoique tu sois très petit…
« Tu es un tout petit enfant, mais, dans ma bonté, je te permets de cueillir, dans mon merveilleux jardin, les plus belles roses pour me les offrir, de sorte que, tout petit que tu es, en une demi-heure ou trois quarts d’heure, et surtout en un peu plus, tu me fais un merveilleux bouquet…, tu me comprends ?… Et ce bouquet me plaît de tes mains, mon chéri, mon bon chéri, parce que, bien que tu sois tout petit et plein de défauts, tu es mon enfant et, par conséquent, je t’aime ; je t’ai créé pour le ciel ; mon Fils unique t’a racheté de Son sang, t’a fait encore plus mon enfant, t’a adopté pour frère ; je t’aime, et puis, enfin, tu as écouté Sa voix et tu peux te dire ce que j’ai dit moi-même : « Si je t’ai tant aimé quand tu ne me connaissais pas, à plus forte raison, maintenant que, tout pauvre et pécheur que tu es, tu désires me plaire. » Tu le vois, bien que je sois bien grand, et toi bien petit ; bien beau, et toi bien laid ; bien riche et toi bien pauvre ; bien sage et toi bien ignorant, cependant je tiens à ton bouquet quotidien, à tes roses du matin et du soir ; j’y tiens parce que ces roses que je te permets de cueillir dans mon jardin sont belles, et j’y tiens parce que je t’aime, tout petit et tout mauvais que tu es, mon petit enfant.
— Merci, merci, mon Dieu ! que Vos paroles sont douces et qu’elles sont claires, et comme je vois bien ce que je n’avais pas vu du tout !… Merci, merci, mon Dieu ! comme Vous êtes bon !… »
CHASTETÉ
« Mon Seigneur Jésus, dites-moi ce qu’il faut que je pense de cette divine vertu… Combien j’ai besoin de l’apprendre de Vous ! moi si misérable, si dans la terre, si dans la boue, comme il faut que ce soit Vous qui m’éclairiez pour que je comprenne quelque chose de la beauté de cette vertu céleste !
— Mon enfant, j’ai été vierge, j’ai choisi une Mère, un père nourricier, un précurseur, un disciple de prédilection, vierges ; j’ai voulu que, dans ma religion, tous les prêtres, toutes les âmes qui m’étaient consacrés vécussent dans la chasteté… Les vierges ont au ciel une auréole particulière ;… il est bien peu de saints qui, à partir d’un moment de leur vie, sinon toujours, n’aient vécu dans la chasteté…
Pour qui m’aime vraiment, m’aime passionnément, mon amour est un lien sacré, un mariage, et toute pensée, toute parole, toute action contraires à la chasteté est une infidélité à l’Époux… La virginité, la chasteté ne sont donc pas l’état d’une âme qui n’est pas mariée ; c’est, au contraire, l’état d’une âme mariée à un Époux Bien-Aimé, à l’Époux parfait, parfaitement beau, saint, aimable…
« Venez et voyez combien le Seigneur est suave… » Quand on a entrevu cela, combien le Seigneur est suave, comment peut-on faire autrement que de désirer passionnément passer sa vie à Le contempler, à L’adorer dans la pratique de toutes Ses volontés, loin des vanités du monde. Non, tout notre temps est pris, nous avons entrevu le Roi des rois, Il a séduit pour jamais nos cœurs, nous L’aimons, nous ne voulons pas d’amour terrestre, nous avons un Bien-Aimé, il n’y a pas en nous place pour deux… Nous avons entrevu le ciel, nous sommes morts au siècle… Nous voulons être à Dieu seul ; Il suffit à nos cœurs ; ce sont nos cœurs qui ne suffisent pas à Lui rendre tout l’amour et l’adoration qu’Il mérite… Nous ne voulons pas être divisés : nous voulons être tout à Lui… nous aimerons les autres hommes en vue de Lui, à Ses pieds, comme des frères, mais nous serons à Lui seul, tout à Lui, tout à Lui… « N’est-ce donc rien, mes filles, que d’être tout à Dieu ? » disait Sainte Thérèse… — Nous sommes épouses, vraiment mariées… épouses par cela même que nous désirons l’être et que nous Lui promettons d’être toujours tout à Lui… Comme Il est humble et doux, Lui, le Roi du ciel, d’accepter ainsi pour Ses épouses toutes ces pauvres petites âmes qui s’offrent à Lui… Il est difficile parfois de trouver un fiancé sur la terre, et, pourtant, c’est si peu de chose, c’est si infime, si cendre et poussière, un fiancé terrestre ; c’est si néant, si rien de rien !… Mais Lui, le Roi du Ciel, on peut L’avoir pour fiancé quand on veut… Il accepte toute âme… la plus pauvre, la plus dédaignée, la plus coupable, la plus souillée, tout ce qui s’offre à Lui d’un cœur sincère… Il les accepte toutes et se donne à toutes… Mon Dieu que Vous êtes bon !…
C’est la foi qui fait la vie de l’épouse du Christ… elle est dans la lumière ; elle sait, elle voit… Elle voit qu’elle est l’épouse de Jésus, que son sort est divin, qu’elle est bienheureuse, que sa vie doit être un perpétuel Magnificat, et que son bonheur est incompréhensible…
[Notre Seigneur :] « Et tu sens à quel degré, avec quelle jalousie il faut te garder de la moindre, de la plus petite, de la plus imperceptible pensée contraire à la chasteté la plus délicate et, à plus forte raison, de toute parole ou action, puisqu’il s’agit de l’essence même de la fidélité que tu dois à ton Bien-Aimé, à cet Époux que tu aimes passionnément, qui, Lui aussi, t’aime passionnément, comme Il te l’a prouvé en mourant pour toi, en te faisant tant de grâces et, enfin, en t’acceptant pour être Sa fiancée, Son épouse, dans le temps et dans l’Éternité, dans les clartés rayonnantes de la foi, et dans l’infini bonheur de la gloire. »
Résolutions. — Remercier souvent mon divin Époux de la grâce infinie qu’Il m’a faite en m’éclairant des lumières de la foi, et en me faisant voir ce que c’est que d’être épouse du Roi du ciel… Le remercier à l’infini, très souvent, de m’avoir appelée et reçue pour être Son épouse, Lui si grand, moi si petite… Me garder, avec jalousie infinie, de toute faute si imperceptible qu’elle soit, en pensées, paroles ou actions contre la chasteté, parce que ce sont des fautes directes contre la fidélité que je dois à mon Époux, et l’horreur que je dois avoir de telles fautes est en raison directe de l’amour que j’ai pour mon Époux…
PAUVRETÉ
O mon Seigneur Jésus, voici donc cette divine pauvreté ! Comme il faut que ce soit Vous qui m’en instruisiez ! Vous l’avez tant aimée ! Dès l’Ancien Testament, Vous avez montré pour elle toutes Vos complaisances… Dans votre vie mortelle, Vous avez fait d’elle Votre compagne fidèle… Vous l’avez laissée en héritage à Vos saints, à tous ceux qui veulent Vous suivre, à tous ceux qui veulent être Vos disciples… Vous l’avez enseignée par les exemples de toute Votre vie, Vous l’avez glorifiée, béatifiée, proclamée nécessaire par Vos paroles… Vous avez choisi pour parents de pauvres ouvriers…, Vous êtes né dans une grotte servant d’étable ; Vous avez été pauvre dans les travaux de Votre enfance… Vos premiers adorateurs sont des bergers… A votre Présentation au Temple, on a offert le don des pauvres… Vous avez vécu trente ans pauvre ouvrier, dans ce Nazareth que j’ai le bonheur de fouler, où j’ai la joie indicible, profonde, inexprimable, la béatitude de ramasser du fumier… Puis, pendant Votre vie publique, Vous avez vécu d’aumônes au milieu de pauvres pêcheurs que Vous aviez pris comme compagnons… « Sans une pierre pour poser Votre tête »… En ce temps-là, avez-Vous dit à Sainte Thérèse, bien souvent Vous avez dormi au serein, faute de trouver un toit où Vous abriter… Sur le Calvaire, Vous avez été dépouillé de Vos vêtements, Votre seule possession, et les soldats les ont joués entre eux… Vous êtes mort nu, et Vous avez été enseveli par aumône, par des étrangers… « Bienheureux les pauvres !… »
Mon Seigneur Jésus, comme il sera vite pauvre celui qui, Vous aimant de tout son cœur, ne pourra souffrir d’être plus riche que son Bien-Aimé !… Mon Seigneur Jésus, comme il sera vite pauvre celui qui, songeant que tout ce qu’on fait à un de ces petits, on Vous le fait, que tout ce qu’on ne leur fait pas, on ne Vous le fait pas, soulagera toutes les misères à sa portée !… Comme il sera vite pauvre celui qui recevra avec foi Vos paroles : « Si vous voulez être parfait, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres… Bienheureux les pauvres, car quiconque aura quitté ses biens pour Moi, recevra ici-bas cent fois plus et, au ciel, la vie éternelle… » et tant d’autres !
Mon Dieu, je ne sais s’il est possible à certaines âmes de Vous voir pauvre et de rester volontiers riches, de se voir tellement plus grandes que leur Maître, que leur Bien-Aimé, et de ne pas vouloir Vous ressembler en tout, autant qu’il dépend d’elles et surtout en Vos abaissements ; je veux bien qu’elles Vous aiment, mon Dieu, mais cependant, je crois qu’il manque quelque chose à leur amour, et, en tout cas, moi, je ne puis concevoir l’amour sans un besoin, un besoin impérieux de conformité, de ressemblance et, surtout, de partage de toutes les peines, de toutes les difficultés, de toutes les duretés de la vie… Être riche, à mon aise, vivre doucement de mes biens, quand Vous avez été pauvre, gêné, vivant péniblement d’un dur labeur : pour moi, je ne le puis, mon Dieu… je ne puis aimer ainsi… « Il ne convient pas que le serviteur soit plus grand que le Maître » ni que l’épouse soit riche quand l’Époux est pauvre, quand Il est volontairement pauvre, surtout, et qu’Il est parfait… Sainte Thérèse, fatiguée des instances qu’on faisait pour qu’elle acceptât des revenus pour son monastère d’Avila, était parfois près de consentir, mais quand elle revenait dans son oratoire et qu’elle voyait la Croix, elle tombait à ses pieds et suppliait Jésus, nu sur cette croix, de lui faire la grâce de n’avoir jamais de revenus et d’être aussi pauvre que Lui… Je ne juge personne, mon Dieu, les autres sont Vos serviteurs et mes frères, et je ne dois que les aimer, leur faire du bien, et prier pour eux ; mais pour moi, il m’est impossible de comprendre l’amour sans la recherche de la ressemblance et sans le besoin de partager toutes les croix…
Et, d’ailleurs, ses biens sont immenses : le pauvre qui n’a rien, n’aime rien sur la terre, a l’âme si libre !… tout lui est égal : qu’on l’envoie ici, là, peu lui importe : il n’a rien ni ne veut rien nulle part… Il trouve partout Celui de qui seul il attend tout, Dieu, qui lui donne toujours, s’il est fidèle, ce qui est le meilleur pour son âme… Comme il est libre ! Comme son esprit est léger pour monter vers le ciel ! Comme rien n’alourdit ses ailes ! Comme ses pensées, dégagées de tous les liens terrestres, s’envolent pures vers le ciel ! Comme les pensées de choses matérielles, petites ou grandes (car les petites, les plus petites, troublent autant que les plus grandes), le gênent peu dans sa prière, comme elles le distraient peu dans son oraison !… Tout cela n’existe pas pour lui !…
« C’est là où vous en étiez arrivée à la Sainte Baume, bénie Sainte Magdeleine : c’est vous encore que Jésus m’a donnée pour m’enseigner la pauvreté, je le sens…, la pauvreté complète, parfaite, qui est non seulement « n’avoir rien de plus en sa possession, ni à son usage qu’un pauvre ouvrier », comme j’en ai fait le vœu et comme le demande l’imitation de Jésus…, c’est plus que cela la complète pauvreté ; cette complète pauvreté, c’est la pauvreté d’esprit, que vous avez proclamée bienheureuse, mon Seigneur Jésus, qui fait que tout, tout, tout le matériel est totalement indifférent, qu’on brise avec tout, qu’on détruit tout, autant que Sainte Magdeleine à la Sainte Baume ; qui ne laisse aucun, aucun attachement à ce qui est passager, vide le cœur totalement, et le laisse tout entier, dans toute sa plénitude, pour Dieu seul. Dieu le remplit alors, y règne seul, l’occupe tout entier, et y place au-dessous de Lui, en vue de Lui et pour Lui, l’amour de tous les hommes, Ses enfants. Le cœur ne connaît plus, ne contient plus que ces deux amours ; tout le reste n’existe plus pour lui, et il vit sur la terre comme n’y étant pas, en contemplation continuelle de l’unique nécessaire, du seul Être, et en intercession pour ceux que le Cœur de Dieu veut bien aimer…
ABJECTION
Mon Seigneur Jésus, daignez me faire faire Vous-même cette méditation. C’est Vous qui avez dit : « Il ne convient pas que le serviteur soit au-dessus du Maître »… Vous m’ordonnez, par là, de ne pas être au-dessus de Vous aux yeux des hommes dans la vie de ce monde… Comment faut-il que je pratique l’abjection ?…
— Remarque, d’abord, qu’après avoir dit : « Il ne faut pas que le serviteur soit plus grand que son Maître », j’ai ajouté : « mais il est parfait, s’il est semblable à son Maître ». Ainsi, je ne veux pas que tu sois au dessus de ce que j’ai été, je ne veux pas non plus que tu sois au-dessous… S’il y a des exceptions, ce n’est certainement pas pour toi, à qui j’ai donné tant de fois pour vocation mon imitation parfaite, m’imiter et m’imiter Moi seul… Tâche donc d’être aux yeux du monde ce que j’étais dans ma vie à Nazareth, ni plus ni moins. J’ai été pauvre ouvrier, vivant du travail de mes mains, j’ai passé pour ignorant, sans lettres ; j’avais pour parents, proches, cousins, amis, de pauvres ouvriers comme Moi, des artisans, des pêcheurs, je leur parlais d’égal à égal, j’étais vêtu comme eux, logé comme eux, je mangeais comme eux lorsque j’étais avec eux… Comme tous les pauvres, j’étais exposé au mépris, et c’est parce que je n’étais, aux yeux du monde, que ce pauvre « Nazaréen », que je fus si persécuté, si maltraité dans ma vie publique, qu’à ma première parole, dans la synagogue de Nazareth, on voulut me précipiter ; que, en Galilée, on m’appelait Béelzébuth, et en Judée démon et possédé ; qu’on me traitait d’imposteur, de séducteur, qu’on me fit mourir sur un gibet entre deux voleurs : on me regardait comme un ambitieux vulgaire… Passe pour ce que j’ai passé, mon enfant, pour ignorant, pauvre, de naissance commune ; pour aussi ce que tu es réellement, sans intelligence, ni talent, ni vertu ; cherche, en tout, les occupations les plus basses ; cultive cependant ton intelligence dans la mesure où ton directeur te l’ordonne, mais que ce soit en cachette et à l’insu du monde ; j’étais infiniment savant, mais on l’ignorait ; ne crains pas de t’instruire, c’est bon pour ton âme ; instruis-toi avec zèle, pour devenir meilleur, pour mieux me connaître et mieux m’aimer, pour mieux connaître ma volonté et mieux la faire, et aussi, pour me ressembler, à Moi, la Science parfaite : sois très ignorant aux yeux des hommes et très savant dans la science divine, au pied de mon Tabernacle… J’étais petit et dédaigné sans mesure ; cherche, demande, aime les occupations qui t’abaissent le plus : ramasser du fumier, piocher la terre, tout ce qu’il y a de plus bas et de plus commun : plus tu seras petit de cette manière, plus tu me ressembleras… Qu’on te regarde comme fou, tant mieux, remercie m’en à l’infini : on me traitait de fou, c’est une ressemblance que je te donne avec Moi… qu’on te jette des pierres, qu’on se moque de toi, qu’on te dise des injures dans les rues, tant mieux ! remercie-m’en, c’est une grâce infinie que je te fais, car ne m’en a-t-on pas fait autant ?… Que tu dois t’estimer heureux, si je te donne cette ressemblance !… Mais ne fais rien pour mériter ce traitement, rien d’excentrique, d’étrange ; je n’ai rien fait pour être ainsi traité, je ne le méritais pas, bien au contraire ; et pourtant, on me l’a fait ; toi non plus, ne fais rien pour le mériter, mais si je te fais la grâce d’y être soumis, remercie-moi bien ; ne fais rien pour l’empêcher, ni le faire cesser ; supporte tout avec grande joie et grande reconnaissance envers ma main qui te donne cela comme un très doux cadeau de frère… Fais tout ce que j’aurais fait, tout ce que j’ai fait ; ne fais que le bien, mais livre-toi aux travaux les plus vils, les plus abaissants ; montre-toi, en tout, par tes vêtements, ton logement, tes politesses prévenantes et fraternelles avec les petits, l’égal des plus petits… Cache avec soin tout ce qui peut t’élever aux yeux du prochain… Mais devant Moi, dans la solitude et le silence du tabernacle, étudie, lis ; tu es seul, porte close, avec Moi et mes saints Parents, et ta mère sainte Magdeleine : dilate-toi à mes pieds, et fais tout ce que te dira ton directeur pour devenir meilleur, plus saint… pour mieux consoler mon Cœur.
TRAVAIL MANUEL
Mon Dieu, inspirez-moi ce que Vous voulez de moi au sujet des travaux manuels…
— Pour cela, comme pour l’abjection et la pauvreté, je veux de toi ce que j’ai voulu de Moi… Tu as une bienheureuse vocation, mon enfant, que tu es heureux !… Prends-Moi simplement comme modèle : fais ce que tu penses que je faisais, que je ferais, ne fais pas ce que je ne faisais pas, ce que je ne ferais pas… imite-Moi…
« Travaille assez pour gagner le pain quotidien, mais moins que les ouvriers ordinaires. Ceux-ci travaillent de manière à gagner le plus possible ; Moi et toi nous ne travaillons que de manière à gagner une nourriture extrêmement frugale, des vêtements et un logis extrêmement pauvres et, en outre, de quoi faire de petites aumônes… Nous ne travaillons pas plus, parce que notre détachement des choses matérielles, et notre amour de la pénitence, font que nous ne voulons avoir que des vêtements, un logis, une nourriture aussi vils que possible, et seulement le strict nécessaire… Nous travaillons moins que les autres ouvriers parce que, d’une part, nous avons moins de besoins matériels, de l’autre, nous avons plus de besoins spirituels : nous tenons à garder plus de temps pour la prière, l’oraison, la lecture, car ainsi faisait-on dans la sainte maison de Nazareth…
— Comment travailler ?
— En me regardant sans cesse, mon enfant, en pensant sans cesse que tu travailles avec Moi et pour Moi, entre Moi, Marie et Joseph, sainte Magdeleine et nos anges, et en me contemplant sans cesse avec eux…
RETRAITE
Mon Dieu, aidez-moi, assistez-moi, soufflez-moi… plus ma petite retraite avance, plus je me sens impuissant, vide, plus je sens qu’il faut que tout vienne de Vous… Dites-moi, mon Dieu, dans quelle retraite je dois vivre ?
— Dans celle où j’ai vécu dans ma vie cachée, mon enfant, ni plus ni moins… Ma vie était très retirée…, ne te figure pas que l’habitude de ma Mère et de Moi fût d’aller aux noces… Souviens-toi que ma Mère et saint Joseph avaient embrassé tous deux la vie parfaite, tous deux la virginité, et qu’ils vivaient dans le monde comme n’étant pas du monde… C’étaient deux ouvriers, mais étaient-ce des ouvriers ordinaires ? Si Judith avait su vivre comme hors du monde, dans sa demeure, combien plus eux ! Si toute personne qui commence à m’aimer s’éloigne du monde aussitôt, et vit dans une retraite de plus en plus grande à mesure que son amour pour Moi devient plus grand, dans quelle retraite devaient vivre mes saints Parents ?… Lorsque j’entrai dans la vie, j’entrai dans cet intérieur tout divin, où les journées se passaient dans la contemplation continuelle, dans le jeûne, la prière et le travail accompagné de prières : des âmes qui s’étaient fait cette vie, qui ne respiraient que pour Dieu, dont toute la conversation était à ce point dans les cieux, qui étaient l’une pour l’autre frères et non époux, avaient su se faire une vie bien à part, bien solitaire, bien retirée, dans ce petit Nazareth… J’entrai dans cette vie, et elle devint la mienne… Ma présence resserra tous les liens qui unissaient Marie et Joseph : pour être toujours avec leur Dieu, ils étaient toujours ensemble ; mais, plus que jamais, tout ce qui n’était pas leur Dieu qu’ils avaient le bonheur de voir, leur pesait…, ayant un tel trésor, ils le cachaient entre eux, ne le montraient pas sans nécessité aux profanes qui ne le connaissaient pas, et traitaient leur Dieu comme un homme… Moi qui ai dit : « Je ne suis pas du monde », Moi qui leur avais inspiré cet amour de la retraite et qui l’inspire toujours à toutes les âmes, dès qu’elles s’approchent de moi, je n’eus garde de choisir une autre voie : j’entrai dans leur vie cachée, retirée, solitaire, et je m’y plongeai avec eux…
« Quiconque aime, aime la solitude en compagnie de l’être aimé… Quiconque aime Dieu, aime la solitude aux pieds de Dieu… Tous les saints, sans exception, ont aimé la solitude, car tous m’ont aimé, et, dès qu’on m’aime, on désire nécessairement être en tête-à-tête… On doit aimer mon bien, ma consolation, ma gloire plus que tout, plus que la joie d’être avec Moi ; aussi, dès que ma volonté appelle ici ou là, il faut courir, voler, abandonner toute solitude, se jeter parmi les hommes ; mais dès que ma volonté, mon avantage, n’ordonnent plus qu’on soit mêlé aux hommes, il faut obéir à la loi de l’amour, et retourner à la solitude ; et plus on m’aime, plus on a soif d’être seul avec Moi, plus on est capable de rester longtemps seul avec Moi, plus on se fait une vie d’oraison solitaire…
« … Tant que Dieu ne nous commandait pas de prêcher, nous restions dans notre solitude… Ne te figure donc pas une vie de famille entourée de l’affection, des visites de nombreux amis et parents… non, rien de cela ; la vie de deux, de trois religieux unis en Dieu, pour mener ensemble, dans une petite maison solitaire, une vie de recueillement, de prière continuelle, de grande pénitence, de saintes lectures, de contemplation continuelle ; une vie de silence, la vie des âmes qui ne sont pas de la terre, dont tout l’entretien est avec Dieu, toute la conversation dans les cieux. Voilà ce que fut ma vie à Nazareth, une retraite… Voilà ce que doit être la tienne… Recueillement, silence, paix, entretien avec Dieu pendant tous les moments du jour et autant que possible de la nuit ; sortir de la maison le plus rarement possible et seulement pour les choses indispensables ; rester dehors le moins possible ; saluer tous ceux qu’on connaît, faire visage aimable à tous ; ne parler à personne, ou, si c’est nécessaire, le faire en le moins de mots possible, mais toujours pleins de bonté et contenant quelque chose qui fasse penser à Dieu et conduise à Lui…
PÉNITENCE
Mon Seigneur, et mon Dieu, combien moi, si lâche, j’ai besoin que Vous me parliez de la pénitence, que Vous me la fassiez aimer, que Vous me montriez sa beauté, que Vous me fassiez voir combien elle est indissolublement liée à Votre amour…, et puis que Vous me disiez ce qu’il faut que je fasse…, et, enfin, que Vous m’aidiez à le faire !
— Mon enfant, nous avons déjà parlé de la pénitence. Voir sa beauté, tu n’en as pas besoin… Ne te suffit-il pas de savoir que je l’ai faite toute ma vie, que je l’ai pratiquée pendant toute ma vie cachée, que je l’ai pratiquée dans ma vie publique comme l’Évangile le montre, que j’ai jeûné pendant la sainte Quarantaine et que je suis mort sur la Croix ? Cet exemple ne suffit-il pas pour que tu entres de toutes tes forces dans la pénitence, sans aucun autre motif, par pur amour et simple besoin de m’imiter, de me ressembler, de partager ma vie, et surtout mes peines ?… Et si tu m’aimes si peu que mon exemple ne te suffit pas, n’as-tu pas mes paroles ? « Faites pénitence… Quand l’Époux ne sera plus avec eux, ils jeûneront… Ce démon ne peut se vaincre que par la prière et le jeûne… » Et si mes exemples et mes paroles te paraissent obscurs, bien qu’ils soient clairs comme le jour, n’as-tu pas l’exemple de tous mes saints ? Tous sans exception peuvent te servir de commentaire et te prouver que j’aime, j’aime, j’aime, je veux la pénitence… la pénitence, mais dans les bornes de l’obéissance. Si tu es si tiède, si tiède que tout cela ne te suffit pas, alors, regarde ce qu’est en elle-même la pénitence…
« Chaque fois que tu te prives de quelque chose, si peu que ce soit, d’un mouvement de curiosité, de regarder en l’air, de manger une bouchée de plus, de chasser une mouche, de la moindre commodité, du moindre désir de la volonté, d’un rien, si tu le fais pour l’amour de Moi, dans le désir de m’offrir un sacrifice, tu m’offres un acte d’adoration et de culte très élevés, qui m’est très agréable et m’honore beaucoup. A plus forte raison, quand tu m’offres en sacrifice quelque chose qui te coûte davantage, une forte humiliation, une forte pénitence, une dure veille, un vœu difficile à observer…
« Ainsi, tu vois, par la somme merveilleuse d’honneur qu’on peut me rapporter en faisant toutes ses actions en esprit de sacrifice, en m’offrant du matin au soir toutes sortes de mortifications grandes et petites, combien ceux qui m’aiment cherchent et désirent ma gloire, m’offrent de sacrifices m’honorant du matin au soir… Ils n’ont pas besoin, pour me glorifier, de prêcher, de sortir de leur cellule : il leur suffit de se priver, de souffrir ; toute privation, toute seconde de souffrance, supportée en mon honneur et offerte à Moi, m’est une gloire, un sacrifice d’agréable odeur… Comprends, maintenant, les mortifications des saints, le désir de souffrir des âmes affamées de ma gloire… Comprends combien ces âmes, si zélées pour la gloire de Dieu, combien la mienne plus que toutes les autres, se jetaient dans la pénitence du matin au soir, à toute heure, pour offrir à Dieu le plus de gloire possible, Lui rapporter le plus de gloire possible… C’est dans ce sens que Saint Paul a si bien pu dire : « Je n’ai connu que Jésus et Jésus crucifié »… Toute ma vie a été souffrance volontaire parce que toute ma vie a été désir dévorant de la gloire de Dieu, et que la pénitence est un moyen de Le glorifier continuellement, d’une manière admirable…
Comprends-tu maintenant pourquoi tu dois entrer dans la pénitence jusqu’à t’y noyer (en restant dans l’obéissance pourtant) ?
Puisqu’il n’y a pas besoin, pour qu’un acte soit un sacrifice, qu’on l’offre au moment même comme tel, car il peut avoir été offert comme tel d’avance ; puisque tous les actes, toutes les paroles, toutes les bonnes pensées même, auxquelles on s’arrête, peuvent être offerts à Dieu en sacrifice, il n’est pas nécessaire, pour faire à Dieu une foule de sacrifices chaque jour, d’y penser tout le long du jour et de se dire à tout moment : « Faisons un sacrifice… » Il suffit d’offrir en esprit de sacrifice à Dieu, en son honneur, toutes nos pensées, paroles ou actions de la journée, nos mouvements, notre être, en Le priant que tout Lui soit un sacrifice d’agréable odeur : nous serons ainsi une victime perpétuelle et notre sacrifice durera tous les instants du jour.
RÉCAPITULATION DES RÉSOLUTIONS
Embrasser l’humilité, la pauvreté, le délaissement, l’abjection, la solitude, la souffrance avec Jésus dans Sa crèche ; ne faire aucun cas de la grandeur humaine, de l’élévation, de l’estime des hommes, mais estimer autant les plus pauvres que les plus riches. Pour moi, chercher toujours la dernière des dernières places, arranger ma vie de manière à être le dernier, le plus dédaigné des hommes.
Quand je suis triste, découragé de moi, des autres, des choses, penser que Jésus est glorieux, assis à la droite du Père pour toujours, et jubiler de joie… Je puis encore, en ces moments, pour me baigner dans cette joie, dire les mystères glorieux du Rosaire…
— [Jésus-Christ] : « En général, ne t’inquiète pas pour les petites choses : brise tout ce qui est petit et tâche de vivre très haut, non par orgueil, mais par amour…
« Il faut briser tout ce qui n’est pas Moi… te faire ici un désert où tu sois aussi seul avec Moi que sainte Magdeleine était seule, au désert, avec Moi. C’est par le détachement que tu parviendrais à cela, c’est en chassant toutes ces petites pensées, tous ces infiniment petits qui ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais qui finissent par disperser du matin au soir ton esprit loin de Moi, au lieu que, du matin au soir, il me devrait contempler…
« Regarde-Moi en travaillant pour Moi… regarde-Moi en priant, regarde-Moi sans cesse, et donne à l’oraison ou à de saintes lectures qui t’uniront à Moi et par lesquelles je te parlerai comme je parlais à mes parents et à Magdeleine à Nazareth et à Béthanie, tout le temps qu’il te sera possible… Quand on aime, on regarde sans cesse ce qu’on aime, on regarde comme bien employé tout le temps employé à le contempler et comme perdu tout le temps pendant lequel on ne le voit pas… Ce temps seul semble compter… pendant lequel nous regardons la seule chose qui, à nos yeux, ait de l’être… tout le reste étant pour nous le vide et le néant… Fonds-toi en Moi, perds-toi en Moi, noie-toi dans mon amour, pense au temps que je t’ai ordonné d’espérer et où tu seras éternellement appuyé sur mon sein ; et puisque je te permets, je te dis de commencer dès maintenant à vivre d’une si douce vie, avec la silencieuse Magdeleine, ma silencieuse Mère et le silencieux Joseph, appuie avec eux ta tête sur mon sein et achève, dans cette douce position et dans la douce vie de Nazareth, ton pèlerinage. »
Ne jamais perdre un instant, un seul instant de présence devant le Saint Sacrement, quels que soient les difficultés morales ou matérielles, les souffrances et les dangers à affronter pour cela : l’univers entier n’est rien à côté du Maître de l’univers qui réside dans le Tabernacle.
Être humble en pensées, paroles et actions.
Ne pas chercher ni aimer l’estime des hommes, mais aimer leur dédain.
Quand on aime on est humble, car on se trouve petit, néant à côté de ce qu’on aime.
Quand on aime, on imite, et Jésus fut doux et humble de Cœur.
L’humilité est l’ornement de toutes les vertus et est nécessaire pour qu’elles soient agréables à Dieu : l’orgueil les gâte toutes…
Faut-il tenir à être à Nazareth ? Non, pas plus qu’au reste. Ne tenir à rien qu’à la volonté de Dieu, à Dieu seul… Je dois trouver que c’est une grande grâce d’habiter Nazareth, m’en estimer très heureux, en être très reconnaissant, mais de l’attachement, non : dès que cela cesserait d’être la volonté de Dieu, il faudrait me jeter à corps perdu, sans un regard en arrière, où et à quoi Sa volonté m’appelle.
[Notre-Seigneur] : « Un des motifs pour lesquels j’ai voulu être plus pauvre que le plus pauvre des ouvriers, c’est que je suis venu apprendre aux hommes le mépris des honneurs, c’est que je suis venu apprendre le mépris des biens de la terre et que je tenais à leur donner l’exemple de la plus grande pauvreté, de la plus profonde abjection. Fais de même… Tu as les mêmes motifs que Moi, y compris ce dernier, car il entre dans ta vocation de crier l’Évangile sur les toits, non par ta parole, mais par ta vie…
— Comment pourrai-je rendre à Dieu ce que je Lui dois, après avoir tant reçu ? Par l’amour, par l’obéissance à tout ce qu’Il veut de moi, car l’obéissance est la marque de l’amour… par la perfection à remplir mes devoirs, laquelle est renfermée dans l’obéissance parfaite ; en particulier par deux choses qui, au degré où je dois les offrir, sont de conseil et non de commandement, mais qui sont particulièrement amoureuses et signifient la tendresse et la flamme du cœur : ces deux choses sont la ferveur des prières, qui forment mon bouquet de roses quotidien, et la pénitence qui est le sacrifice, le don, le petit calvaire quotidien, le parfum de myrrhe qu’on offre chaque jour au Bien-Aimé pour l’embaumer… L’oraison et la pénitence doivent faire le fond de ma vie, comme celle de Jésus à Nazareth, comme celle de sainte Magdeleine à la Sainte Baume.
Ne pas avoir de joie, en vue de moi, des soulagements donnés au corps : les recevoir avec joie en vue de Dieu, de Dieu seul, parce que Dieu le veut, mais non par plaisir personnel. Par goût personnel, la volonté de Dieu n’étant pas manifestée, préférer la pénitence, parce qu’elle offre à Dieu un plus grand sacrifice, mais vouloir avant tout, avant tout, la volonté de Dieu, car ce qui L’honore le plus, c’est qu’on fasse Sa Volonté.
Il ne faut pas que le désir d’offrir le plus possible de sacrifices à Dieu me fasse marcher dans la contrainte ni dans la tristesse… Avoir la sainte liberté des enfants de Dieu, criant sans cesse : « Abba Pater », et être dans la joie en Dieu… Ne pas m’arrêter pour une frayeur instinctive, que le démon inspire toujours au commencement de toutes les bonnes œuvres ; « il agit par la peur », et cherche à détourner de tout bien, en particulier de la pénitence, par la peur… « Dieu aime celui qui donne avec joie »…