La période de mes observations, modifiée par des pluies exceptionnelles, ne représente peut-être pas l’année moyenne, car, d’après les Touâreg, les vents de la partie E., en temps ordinaire, souffleraient, pendant la saison d’été, avec la constance de vents alisés.

Cependant, je remarque que les observations faites par M. Boû-Derba, du 1er août au 3 octobre 1858, c’est-à-dire au milieu de la dernière période de sécheresse, ne modifient pas sensiblement le résultat de mes observations personnelles, car sur 94 observations il constate :

Calme46 f. N8 f. NE8 f. E12 f. SE5 f. S13 f. O3 f. NO4 f..

Il est vrai que ces observations s’appliquent à l’automne, et non à l’été.

Variations suivant les saisons. — D’après les indigènes, le vent d’E. serait le vent dominant de l’année. Pendant la saison des chaleurs, il inclinerait au S. ; pendant la saison tempérée, au N. Les vents du N. et de l’O., ceux qui amènent le plus souvent la pluie, ne souffleraient guère, d’une manière un peu continue, que dans la saison froide.

Variations diurnes. — En général, dans tout le Sahara, le temps est calme le matin, dans la proportion de 12 à 15 jours sur 30, et dès que le soleil baisse, le soir, le vent mollit, s’il n’arrive au calme parfait.

Par exception, à Bondjêm, dans la Tripolitaine, une brise du N.-E., venant de la mer, s’élèverait tous les soirs. J’ai constaté cette brise à mon passage, les 7 et 8 septembre 1861, mais je n’oserais affirmer qu’elle est quotidienne, ainsi que le prétendent les indigènes.

Vitesse du vent. — L’échelle que j’ai adoptée pour mesurer la vitesse du vent est celle de 0 à 10, ce dernier chiffre correspondant aux vents qui renversent tout sur leur passage.

A défaut d’anémomètre, j’ai estimé toutes les vitesses au jugé.

Sur 310 jours, 8 fois seulement la force du vent a dépassé 5, que j’assimile à la brise fraîche des marins : 2 fois en août, 2 fois en janvier, 2 fois en mars, 2 fois en avril ; 3 fois par le S.-E., 1 fois par le S.-S.-E., 1 fois par le S.-O., 2 fois par le S.-S.-O., 1 fois par le vent d’O.

Nos tentes ont toujours été renversées par les vents arrivant à la puissance de 7. C’est probablement parce que les Touâreg ont constaté la difficulté de lutter contre pareille force, qu’ils ont généralement renoncé à avoir des tentes en voyage, préférant coucher à la belle étoile, sous l’abri des ballots qui composent le chargement de leurs chameaux. D’ailleurs, dans le Sahara, on ne trouve pas toujours un sol favorable à la tenue des piquets de tente.

Quoi qu’il en soit, à part ces exceptions généralement dues au sirocco, le pays des Touâreg du Nord peut être réputé tempéré, sous le rapport des vents.

Pluies et trombes de sable. — Les trombes de sable constituent un des phénomènes caractéristiques de la climatologie saharienne.

Ces trombes sont produites par des vents venant de toutes les directions, mais principalement par le sirocco.

Le sirocco est un phénomène atmosphérique complexe, qui toujours a pour origine un vent de la partie Sud, une température élevée et un soulèvement souvent considérable des parties les plus tenues des masses de sable.

Les siroccos directs venant du Sud sont les plus fréquents, mais il y a aussi des siroccos en retour, repoussés par les vents du Nord, de l’Est et de l’Ouest, quand la force de ces derniers domine la puissance des vents du Sud.

Pendant la durée du sirocco, l’atmosphère est comme embrasée, rougeâtre, desséchante, obscurcie partiellement par les matières terreuses ou siliceuses qu’elle tient en suspension.

Sous son influence, la respiration de l’homme est haletante, la peau, les muqueuses de la bouche et du nez sont sèches et arides, et, pour peu que pareil état dure, le cerveau ne tarde pas à manifester des symptômes de prostration.

Les animaux, même les mieux acclimatés, souffrent comme les hommes : quelquefois les chevaux refusent de marcher et tournent le dos au vent.

Les plantes herbacées, au lendemain d’un sirocco, sont flétries comme le sont dans nos climats des herbes coupées depuis quarante-huit heures. Beaucoup de feuilles et de jeunes tiges sont, pour jamais, privées de vie. Quant aux plantes ligneuses persistantes, organisées pour vivre sous une température élevée, elles résistent même aux siroccos les plus violents.

Les trombes de sables m’ont toujours apparu sous forme de gros nuages de couleur rouge, embrasés, d’une épaisseur de 50 à 60 mètres, marchant à la vitesse des grands coups de vent, tantôt à fleur de terre, tantôt à une certaine hauteur du sol, s’abaissant ici, s’élevant là, mais s’avançant dans l’atmosphère à la façon d’un corps étranger, entièrement isolé.

Du mois de février au mois de mai 1861, j’ai observé, à peu de distance, quatre de ces trombes, et une cinquième a enveloppé de toutes parts notre caravane sans que nous ayons pu l’éviter.

La première, celle du 19 février, chassée par un vent de S.-O., a passé à 2 kilomètres N.-E. de notre campement. Elle n’a pas même eu d’action sur la température de notre milieu, car le thermomètre est resté à 29° 95, température ordinaire à pareille heure.

La seconde, du jour suivant, 20 février, et de la même localité, s’est présentée dans la même direction, mais à 1 kilomètre 1/2 seulement et poussée par un vent du S.-E. Comme celle de la veille, elle n’a exercé aucune influence sur mes instruments.

La troisième, du 28 avril, passa à notre E. comme un immense nuage rougeâtre et tellement semblable au foyer d’un vaste incendie, qu’on aurait pu s’y tromper, s’il ne s’était successivement élevé et abaissé au-dessus de l’horizon, en suivant une marche du S.-O. au N.-O., avec la rapidité d’un ouragan.

La quatrième, du 3 mai, annoncée par des coups de tonnerre lointains dans le S. et par une baisse du baromètre, de 15mm 20 en 3 heures, passa à notre S.-E., embrassant comme la précédente un immense espace, rouge, enflammé comme elle, et se dirigeant vers l’E.

Le passage très-rapproché de cette masse de sables nous valut quelques gouttes de pluie et une élévation du thermomètre à 43°.

Le 30 avril, en route, nous avions fait connaissance plus intime avec pareille avalanche de sables arrivant du S., toujours sous la forme d’un nuage rouge, et qui se rua sur nous comme un torrent dévastateur accompagné de grosses gouttes de pluie froide que je trouvai semblables à de la neige fondue.

Le désordre qui s’était mis dans notre caravane m’empêcha de constater l’effet de cette trombe sur mes instruments qui n’étaient pas sous ma main.

Voilà ce fameux Notus d’Hérodote contre lequel marchèrent les Psylles et qui les ensevelit tous.

Inutile de dire, je crois, que, pendant la durée des grands vents, du sirocco particulièrement, la marche est très-pénible, surtout dans la région des dunes. On a parlé de caravanes englouties corps et biens sous des avalanches de sables ; je ne crois pas ce fait bien constaté. En traversant l’’Erg, dans la saison la plus chaude de l’année et pendant une période constante des vents du Sud, notre caravane, fatiguée par des tourbillons de sables qui obscurcissaient l’atmosphère et empêchaient les guides de diriger la marche, a dû s’arrêter plusieurs fois. Alors les hommes se couchaient pour dormir, tournant le dos au vent et offrant par conséquent un certain obstacle aux sables. Jamais aucun de nous, quoique enveloppé de toutes parts, n’a éprouvé, au réveil, aucune difficulté pour secouer son linceul.

Par les vents desséchants du Sud, les provisions d’eau diminuent rapidement, et quand elles sont épuisées sans pouvoir les renouveler, les caravanes périssent de soif. Les indigènes ont conservé le souvenir de pareilles catastrophes, même sur des parcours de peu d’étendue et loin des zones sablonneuses. A distance, on a imputé à l’ensevelissement des sables un sinistre qui ne devait être attribué qu’au manque d’eau.

Influence des vents sur le thermomètre et le baromètre. — Je n’ai jamais constaté, sous l’influence des vents du Sud, une élévation des thermomètres proportionnelle à l’action de la chaleur sur la peau ; de même, par les vents du Nord, l’abaissement de la température est peu sensible, parce que ces vents ont le temps de s’échauffer avant d’arriver sur le plateau central du Sahara.

Le baromètre subit davantage l’action des vents ; presque toujours il annonce l’approche du sirocco par une baisse remarquable.

Électricité.

Je n’étais muni d’aucun instrument pour mesurer l’électricité de l’atmosphère : conséquemment toutes mes observations reposent sur des faits appréciables à l’œil ou à l’oreille. Toutefois, je n’ai jamais négligé de consigner même les plus petits phénomènes que je pouvais attribuer au fluide électrique. Voici, à ce sujet, les notes que je trouve dans mon journal de voyage :

Étincelles électriques. — (13 janvier 1861. Vent violent du O.-S.-O. Température du sable — 1° le matin, celle de l’air = + 12°2 à 9 heures.) — Vers le milieu de la journée et dans la nuit, décharges d’étincelles électriques dans les vêtements de laine qu’on secoue.

(30 mars 1861. Vent nul. Température, 13°7 le matin.) — Le soir, ma jument fait jaillir des étincelles électriques de sa queue en fouettant les mouches.

(13 avril. Vent épouvantable de l’O. 1/8 S.) — Toute la journée et toute la nuit, ciel couvert, sables soulevés. Le soir, électricité dans les étoffes de soie et de coton.

Éclairs. — (31 juillet 1860. Températ. max. de la journée, 33° 8.) — Dans la nuit des nuages apportés par un vent violent du Nord lancent des éclairs non interrompus.

(7 mai 1861. Vent fort de S.-O. Pluie d’averse, ciel couvert ; température, 29°25.) — Au coucher du soleil, éclairs au S.-O. et à l’O.

(8 mai. Vent nul, ciel couvert.) — A 6 heures 10m du soir, éclairs à l’horizon S.-O., puis à l’E.

Tonnerre. — (25 avril 1861. Journée orageuse, vent fort du S.-S.-O. ; températ., 37°8.) — Vers 7 heures du soir, un coup de tonnerre très-lointain.

(2 mai. Vent O., ciel couvert ; températ., 34°.) — A 2 heures de l’après-midi, coups de tonnerre prolongés, mais lointains, au Sud magnétique.

(8 mai. Vent S.-O., orages la veille, petite pluie le soir.) — Tonnerre lointain avant le coucher du soleil.

Orages. — Si, par orage, on doit entendre un grand trouble atmosphérique, principalement dû à l’électricité et se manifestant par une grosse pluie, avec grand vent, éclairs, tonnerre, grêle, etc., je dois dire que je n’ai rien vu de semblable pendant les 230 jours consacrés à l’exploration des hauts plateaux habités par les Touâreg, et d’après mes conversations avec les indigènes, je dois croire que ces bouleversements de l’atmosphère, très-fréquents au delà du tropique, assez communs dans les parties septentrionales du Sahara encore soumises à l’action du climat de la Méditerranée, doivent être assez rares dans les parties élevées du Sahara central. Des orages secs, dus exclusivement à l’action des vents et sans le concours de l’électricité, me semblent plus caractéristiques du climat de ce pays.

Lumière.

Intensité, couleur, transparence. — La lumière, dans tout le Sahara, mais particulièrement dans les lieux élevés, est tellement intense, que son action, soit directe, soit réfléchie, ne peut être, ni pendant longtemps ni impunément, supportée par l’œil : aussi tous les habitants du plateau central, à peu près sans exception, sont obligés de porter le voile, s’ils veulent conserver la vue, et encore, malgré cette précaution, la plupart des hommes de 40 à 50 ans sont atteints d’opacité de la cornée transparente et d’une sorte de paralysie du cercle ciliaire ; beaucoup sont borgnes ou aveugles, et les vieillards atteignent difficilement le terme de leur existence sans que leur vue soit beaucoup affaiblie. Les appareils photographiques construits pour nos climats tempérés ne donnent que des épreuves brûlées.

La couleur bleue de l’air, mais d’un beau bleu indigo clair, est le fait qui frappe le plus l’Européen dans le Sahara. Cette splendide coloration s’alliant à une extrême transparence de l’atmosphère fait qu’on ne peut plus cesser de regretter le ciel du Sahara dès qu’on l’a connu.

On aura une idée de la transparence de l’air par le fait suivant : Le 28 décembre, sur le sommet du plateau de Timozzoudjên, j’ai pu distinguer nettement les découpures du Tasîli des Azdjer ; cependant le pied de ces montagnes est, en ligne droite, à 80 kilomètres de Timozzoudjên. Bien souvent, pour dresser la carte de mes itinéraires, j’ai déterminé, à la boussole et avec certitude, des points à des distances de 30 à 60 kilomètres.

Les indigènes, dont la vue a reçu l’éducation du milieu atmosphérique, distinguent les objets à de bien plus grandes distances encore, car souvent, à mon grand étonnement, ils m’ont annoncé la venue de voyageurs qu’ils avaient reconnus plusieurs heures avant leur arrivée.

Plus on s’élève dans les montagnes, plus le ciel devient bleu, plus l’atmosphère est transparente et l’air pur.

En parlant du Ahaggâr, point le plus élevé de leur pays, les Touâreg disent : « La quantité de nourriture nécessaire pour nourrir trois hommes dans la plaine suffit pour en rassasier cinq dans le Ahaggâr, tant l’air et l’eau y sont fortifiants. »

Mirage. — Le mirage est un phénomène si commun, sur les hamâd, dans les plaines et vallées, que nécessairement je ne l’ai pas mentionné dans mon journal de voyage. J’aurais dû écrire ce mot aussi souvent que le ciel était pur et la température un peu élevée. Comme tous les voyageurs en Orient, quoique prévenu, j’ai été victime de ses illusions. Comment ne pas l’être dans un pays où l’on désire toujours l’eau et où, chaque jour, une fée, fille de Tantale, vient mettre sous votre regard les lacs les plus merveilleux qu’on puisse imaginer ? Souvent le mirage ne se borne pas à tromper, il fatigue beaucoup la vue et l’esprit par l’oscillation continuelle et le changement de forme des objets bizarres qu’il représente.

Dans le Sahara, comme ailleurs, le mirage cesse dès que le sol devient accidenté ou dès que le vent entraîne l’atmosphère dans un courant continu.

Aurore et crépuscule. — Plus on avance dans le Sud et moins est grand l’intervalle qui sépare la nuit du lever et du coucher du soleil. Sous ce rapport, le Sahara obéit à la loi générale, car l’aurore et le crépuscule y ont si peu de durée qu’on n’en tient pas compte. Lever du jour et lever du soleil sont à peu près synonymes.

Au crépuscule, l’horizon O. prend une teinte rose ou rougeâtre, que l’horizon général a presque toute la journée, à un degré moindre.

Lueur crépusculaire. — Au campement de Sâghen, le 3 janvier, à 7 h. 30 m. du soir, je remarquai à gauche de la voie lactée, dans l’Ouest, environ au point où le soleil s’était couché, une lueur blanche, partant de l’horizon, et se répandant comme une colonne de fumée.

A Tarz-Oûlli, le 8 mars, à 7 h. 21 m. du soir, j’ai encore observé dans l’Ouest la même colonne de lumière, mais, cette fois, elle était séparée de l’horizon par une bande obscure.

Serait-ce la lueur crépusculaire de Humboldt ?

Arc-en-ciel. — Les arcs-en-ciel sont aussi rares que les pluies dans le Sahara ; cependant, j’ai pu en observer deux : l’un le 8 mai 1861, consécutif à deux jours de pluie ; l’autre le 20 août, précédant la pluie du lendemain. Le premier se montra vers 5 heures du soir ; ses deux bases seules furent visibles. Le second parut à 4 h. 50 m. du soir.

Halo lunaire. — Le 19 août 1859, à Ghardâya, par un ciel couvert de stratus, la lune, au moment où elle approchait du méridien, était entourée d’un superbe halo.

Le 19 février 1861, à Azhel-n-Bangou, à 8 h. 45 m. du soir, le ciel étant couvert de cirrho-stratus, je constatai un halo autour de la lune. Sa distance du bord de la lune, mesurée au sextant, s’est trouvée être de 20° 30′.

Lune rouge sang. — Le 21 août 1861, à Oumm-el-’Abîd, vers 8 h. 15 m. du soir, la lune, à son lever, se présenta avec une couleur rouge sang, tirant un peu sur le brun. Les indigènes prétendent que cet aspect de la lune présage le sirocco. En effet, le lendemain 22, le vent souffla d’abord E.-S.-E., puis S.-E.

Étoiles filantes. — On signale la nuit du 10 au 11 août comme l’une de celles dans lesquelles on observe le plus d’étoiles filantes, et parmi elles on a cru en reconnaître de périodiques.

Me trouvant le 10 août 1859 à Ghardâya, par une belle nuit, je la consacrai à observer ces météores ignés. Voici les résultats constatés dans mon journal :

Vers 8 h. 30 m., à une demi-minute d’intervalle, deux belles étoiles filantes tombent vers 10° du méridien, au-dessous de la lune, à une dizaine de degrés au-dessus de l’horizon.

A 10 h. 25 m., une grosse étoile rouge tombe de haut en bas, à l’Ouest, à peu d’élévation au-dessus de l’horizon ;

A 12 h. 22 m., une belle étoile bleue se montre dans l’Est, allant du Sud au Nord.

Je dors de minuit 30 m. à 2 h. 30 m., après quoi, jusqu’au matin, je compte de nombreuses étoiles filantes, se dirigeant pour la plupart de haut en bas dans la direction de Methlîli, c’est-à-dire au Sud.

Antérieurement, dans la nuit du 23 au 24 juillet, à Methlîli, j’avais constaté de nombreuses étoiles filantes, entre autres une superbe.

Ces météores apparaissent en si grande quantité dans les belles nuits du Sahara, qu’un voyageur ne peut les noter toutes.

Globe lumineux. — Dans le grand nombre de mes observations nocturnes, je dois une mention spéciale à un globe enflammé observé le 21 juillet 1859, vers 9 heures du soir. Ce globe, dès qu’il m’apparut, s’éleva à quelques degrés au-dessus de l’horizon et retomba en augmentant d’éclat. Je ne puis mieux comparer ce phénomène qu’à une bombe d’artifice très-brillante et très-forte.

CONCLUSION.

Le climat du pays des Touâreg du Nord est essentiellement continental et parfaitement distinct de celui du bassin de la Méditerranée, ainsi que de celui du bassin du Niger. Au Nord comme au Sud, des pluies périodiques divisent l’année en deux saisons : l’une sèche, l’autre humide. Chez les Touâreg, il y a des périodes d’années, de 6 à 12, sans aucunes pluies, et des périodes d’années, de 1 à 3, dans lesquelles il pleut en toutes saisons : conséquemment, il n’y a chez les Touâreg que des saisons chaudes et des saisons froides.

Dans les unes, comme dans les autres, mêmes vents, même sécheresse de l’air, même électricité, mêmes effets de la lumière.

En somme, le climat du Sahara est très-exceptionnel sur la surface du globe, et c’est à ce climat que le Sahara doit d’être le Sahara.

[81]Dans la suite de ce chapitre, je ferai connaître les instruments dont je me suis servi et les corrections qu’ils ont dû subir.

[82]La force du vent est estimée sur une échelle de 0, calme parfait, à 10, ouragan.

[83]Faute d’observations correspondantes au niveau de la mer, l’altitude de Ghadâmès n’a pu être calculée que sur une moyenne de cinq journées : celles des 12, 13, 14, 15 août et 10 décembre 1860.

[84]Altitude donnée par M. P. Marès pour le premier étage de la Qaçba.


CHAPITRE VI.

OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES.

Le but de ce chapitre est de faire connaître les principaux éléments d’observations astronomiques d’après lesquels a été dressée la carte qui accompagne ce volume.

Je ne publie pas les observations elles-mêmes. Je me borne à les tenir à la disposition des personnes qui auraient besoin de les contrôler.

Le matériel de mon observatoire ambulant se composait de chronomètres, d’un sextant, d’une lunette astronomique, d’une boussole avec lunette, c’est-à-dire des instruments les plus simples et les plus facilement portatifs à dos de chameau.

Le plus grand nombre de mes observations a été calculé, par moi, pendant mon voyage et depuis mon retour ; d’autres, les plus compliquées, l’ont été par MM. Yvon-Villarceau, Bruhns et Radau, qui ont bien voulu me prêter le concours de leur longue pratique.

Aucune de ces observations ne donne lieu à des remarques particulières qui méritent d’être consignées ici. Le seul côté par lequel le Sahara diffère des autres points du globe pour l’étude des phénomènes célestes, est que le ciel y est presque toujours pur, d’une transparence exceptionnelle, et qu’on y peut presque continuellement suivre la marche des astres dès que l’obscurité se fait : aussi est-il à regretter qu’aucun observatoire sédentaire ne soit pas établi dans cette région.

Voici, par ordre de dates, le relevé des observations faites pendant mon voyage qui ont servi à établir la latitude et la longitude des principaux points de la carte :

LOCALITÉS. DATES. LATITUDE. LONGITUDE ORIENTALE. OBSERVATIONS.
Ghardâya du 8 août au 7 octobre 1859. 32° 28′ 36″ 1° 33′ 54″ Hauteurs du Soleil, de la Lune et de la Polaire au méridien. Hauteurs du Soleil et de la Lune, d’Arcturus, de Véga et d’α d’Ophiucus à l’Est ou à l’Ouest. Distances de la Lune au Soleil. Visées de boussole sur le Soleil et sur la Lune.
Methlîli du 28 août au 13 septembre. 32° 14′ 30″ Hauteurs du Soleil, de la Lune et de la Polaire au méridien ; d’Arcturus et de Véga à l’Est ou à l’Ouest. Distances d’Antarès à la Lune. Apozénithes lunaires. Visées de boussole sur le Soleil.
El-Golêa’a 4 septembre. 30° 32′ 12″ 0° 47′ 31″ Hauteur du Soleil au méridien, du Soleil à l’Ouest. Distances de la Lune au Soleil. Visées de boussole sur la Lune.
Tougourt[85] 29 novemb. 1859, 7 juin 1869. 33°  6′ 35″ Hauteur du Soleil au méridien.
Ouarglâ 18 février. 31° 57′ 20″ Hauteur du Soleil au méridien.
Nafta 9 mars. 33° 52′ 21″ Hauteur du Soleil au méridien.
Tôzer du 11 au 31 mars. 33° 54′ 48″ Hauteurs du Soleil et de la Polaire au méridien ; du Soleil, d’Arcturus et de Sirius à l’Est ou à l’Ouest. Distances de la Lune au Soleil et à Régulus. Visées de boussole.
El-Bordj (Nefzâoua) 15 mars. Hauteurs de Régulus et hauteurs circumméridiennes de Sirius.
Gâbès[86] 18 et 19 mars. Hauteurs de Régulus et de Procyon à l’Est ou à l’Ouest ; du Soleil au méridien.
El-Ouâd[87] du 10 février au 24 juillet. 33° 21′ 40″ 4° 57′ 20″ Hauteurs du Soleil et de la Polaire au méridien ; du Soleil et de Véga à l’Est et à l’Ouest. Observation du dernier contact de l’éclipse du Soleil.
Berreçof du 3 au 5 août. 32° 31′ 51″ Hauteurs de la Polaire et de Mars au méridien ; du Soleil et d’Arcturus à l’Est et à l’Ouest. Distances de Mars, du Soleil et d’Antarès à la Lune. Visées de boussole sur Mars.
Ghadâmès du 15 août au 8 décembre. 30°  7′ 48″ 6° 43′ 15″ Hauteurs de Mars, de la Polaire et du Soleil au méridien. Hauteurs du Soleil, d’α de Persée et d’α du Cygne à l’Est et à l’Ouest. Occultations des étoiles 7202 (B. astr. Cat.) et 1165 (B. astr. Cat.). Visées de boussole sur la Polaire, Fomalhaut, Véga et Rigel.
Tagotta 18 septembre. 30° 12′ 11″ Hauteur de Mars au méridien.
Djâdo du 24 octobre au 11 novembre. 31° 58′ 28″ Hauteurs du Soleil, de Mars et de la Polaire au méridien. Hauteurs du Soleil et de Véga à l’Est et à l’Ouest. Distances de la Lune au Soleil. Occultation de l’étoile q de la Vierge. Visées de boussole sur la Polaire, Mars, α de la Chèvre et Véga.
Nâloût 18 et 19 novembre. 31° 52′ 56″ 8° 45′ 10″ Hauteurs du Soleil et de Mars au méridien ; du Soleil, d’α de l’Aigle, d’α de Pégase et de la Lune à l’Est et à l’Ouest.
Sinâoun 22 novembre. 31°  1′ 40″ Hauteurs de Fomalhaut au méridien, de la Chèvre à l’Est. Visées de boussole sur la Polaire, Fomalhaut, Véga et la Chèvre.
Timelloûlen 16 et 19 décembre. Hauteurs de β de la Balance et du Soleil au méridien.
Sâghen 30 décembre. 26° 59′ 33″ Hauteur du Soleil au méridien.
Oursêl 30 janvier 1861. 26° 25′ 25″ Hauteur du Soleil au méridien.
Azhel-en-Bangou[88] 14 février au 10 mars. 26° 11′  2″ Hauteurs du Soleil, de Sirius et de la Polaire au méridien ; du Soleil à l’Est et à l’Ouest. Éclipse du premier satellite de Jupiter.
Tinoûhaouen 14 et 28 mars. 24° 58′ 38″ 7° 53′ 40″ Hauteurs du Soleil et de la Polaire au méridien. Hauteurs d’Arcturus et de γ Geminorum à l’Est et à l’Ouest. Éclipse du premier satellite de Jupiter. Visées avec la boussole sur Sirius.
Toûnîn (Rhât) 27 et 28 mars. 24° 57′ 14” Hauteurs du Soleil au méridien, à l’Est et à l’Ouest.
Serdélès 4 et 10 mai. 25° 46′ 20″ Hauteurs du Soleil à l’Est, d’α de la grande Ourse au méridien.
Oubâri 17 mai. Hauteurs du Soleil à l’Ouest, de β du Corbeau au méridien.
Djerma[89] 18 et 19 mai. 26° 32′ 52″ Hauteurs de l’Épi de la Vierge au méridien ; du Soleil à l’est et à l’Ouest.
El-Fogâr 20 et 21 mai. Hauteurs de la Lune, d’ε et d’η de la grande Ourse au méridien ; d’Arcturus, de Jupiter et du Soleil à l’Est et à l’Ouest. Distances de la Lune à Antarès et à Jupiter.
Tekertîba du 22 au 27 mai. Hauteurs d’ε et d’η de la grande Ourse, de δ du Corbeau, de π de l’Hydre femelle au méridien. Hauteurs du Soleil et de la Lune à l’Est et à l’Ouest.
Lac Mandara 28 mai. 26° 40′ 57″ Hauteur d’ε de la grande Ourse au méridien.
Lac Gabr’aoûn 29 mai. Hauteurs d’ε de la grande Ourse et de l’Épi de la Vierge au méridien.
El-Fejîj 31 mai. Hauteur d’ε de la grande Ourse au méridien.
Tessâoua 4 juin. 20°  5′ 50″ Hauteurs de ζ de η de la grande Ourse et de β de la Balance au méridien.
Oumm-el-Arâneb 19 juillet. 26°  8′  4″ Hauteur du Soleil au méridien.
Delêm 12 août. Hauteur de σ du Sagittaire au méridien.
Bîr-en-Nechoûa’ 13 août. Hauteur de λ du Scorpion au méridien.
Gourmêda 18 août. Hauteurs de la Polaire et de l’Épi de la Vierge.
Zîghen 19 août. Hauteur de μ du Sagittaire au méridien.
O. Tîn-Guezzîn 21 août. Hauteurs d’Arcturus et de la Polaire.

Ne sont pas comprises dans ce tableau toutes les observations faites sur les points intermédiaires. Le détail en eût été trop long. Je me borne à indiquer les latitudes que j’ai calculées en voyage pour un certain nombre de ces points secondaires.

LOCALITÉS. LATITUDES NORD.
Hâssi-Djedîd 32° 12′  8″
Hâssi-Dhomrân 31° 51′ 48″
Hâssi-Berghâoui 31° 32′ 47″
Hâssi-Zirâra 31° 15′ 18″
El-Guerâra 32° 47′ 25″
Chegga (puits artésien) 34°  9′ 39″
Gomâr 33° 29′ 20″
Hâssi-Sîdi-el-Bâchîr 32° 45′ 36″
Hâssi-Oulâd-Miloûd 32° 29′ 56″
Sedâda (Djérîd tunisien) 34°  0′ 37″
Gafça  (id.)  34° 26′ 32″
Nemlât  (id.)  33° 58′ 33″
Sîdi-Râched (O. Rîgh) 33° 19′ 29″
Mouï-er-Roba’âya-el-Gueblâoui 33°  0′  2″
Mâleh-ben-’Aoûn 32° 51′  1″
Mâtrès 30° 11′ 53″
Bîr-’Allâg 31°  4′ 27″
Târedié 32°  8′ 27″
Kherbet-Dzîra 31° 59′  0″
Kaçar-Yêfren 32°  3′ 43″
Bîr-Terrîn 32° 39′ 32″
Zâouiya-el-Gharbîya (le Bordj) 32° 46′ 35″
Tînzeght 31° 54′  2″
Kâbâo 31° 51′ 39″
Ch’aouâ 30° 58′ 49″
Tarz-Oûlli 25° 32′ 53″

Les emprunts de positions astronomiques qui ont été faits, pour la construction de la carte, aux travaux des autres explorateurs, sont :

Le tracé de la côte, d’après le capitaine Smith, de la marine anglaise ;

Les positions du docteur Vogel entre Tripoli et le Bornou ;

Les latitudes de M. de Beurmann, d’après la carte de M. le docteur Petermann, entre Ben-Ghâzi et Zouîla ;

Quelques points du Sahara algérien, antérieurement déterminés astronomiquement par M. le capitaine Vuillemot, et adoptés par le Dépôt de la Guerre ;

Enfin la position d’In-Sâlah du major Laing.

Deux mots sur l’éclipse du 18 juillet 1860 et sur une comète du 1er juillet 1861. Je copie mon journal :

J’étais au lit, atteint d’une violente fièvre contractée dans l’Ouâd-Rîgh, quand je sortis pour aller observer l’éclipse. J’avais calculé l’heure à laquelle elle devait se produire, comme si elle devait être totale à El-Ouâd ; elle ne le fut pas complétement ; aussi, quand j’arrivai à ma lunette, comptant sur dix minutes d’avance, je trouvai le disque solaire entamé. Je ne puis donc indiquer le moment exact du premier contact.

Le ciel était pur.

A l’observation, je vis la lune couvrir successivement le soleil, comme le ferait une tache ; à un moment je crus voir certaines montagnes faire éclipse totale, mais à peine mon œil avait-il quitté la lunette pour prendre l’heure, que l’éclipse commença à diminuer lentement.

Le dernier contact eut lieu à 4 h. 55 m. 18 s. de mon chronomètre, qui marquait encore le temps de Paris.

La lumière la plus faible a été celle qui, dans cette saison, succède au coucher du soleil.

Les Arabes me dirent avoir vu des étoiles.

Mieux portant, j’aurais pu apporter une plus grande attention aux détails de cette éclipse ; mais la maladie paralyse les forces de l’esprit comme celles du corps. Quand je fus me remettre au lit, la fièvre s’était aggravée et je fus pris de vomissements très-pénibles.

A 2 h. 30 m., le baromètre marquait 749,05, le thermomètre 45° 5 ; le vent soufflait du Sud.

A 5 heures, le baromètre était à 740,95 et le thermomètre à 41° 8, le vent restant le même.

Je me portais heureusement mieux quand, à Mourzouk, le 1er juillet, à 7 h. 15 m. du soir, on vint m’annoncer un phénomène astronomique qui remplissait de terreur toute la population.

C’était une comète ; on ne l’avait pas vue la veille, elle devait disparaître le surlendemain.

D’après les habitants, elle avait apparu, à leurs yeux, rouge et très-belle, un peu après le coucher du soleil, vers le méridien Nord.

Quand je l’observai à la lunette, elle était à 5 degrés environ au-dessus de l’horizon, en ligne à peu près droite sous α de la grande Ourse ; sa queue, de lumière blanchâtre, se prolongeait jusqu’à β et γ de la petite Ourse ; continuée en arc de cercle, elle eût coupé la voie lactée par son milieu. Le noyau, très-distinct à la lunette, apparaissait comme une étoile de 3e ou de 4e grandeur.

Le lendemain, à la même heure, ou un peu avant, la comète était plus haut dans le ciel, mais, probablement à cause des nuages qui le voilaient en cet endroit, elle paraissait sans queue et sous la forme de deux disques lumineux juxtaposés. Du moins, c’est l’effet qu’elle produisait à l’œil.

Depuis je n’ai plus entendu parler de cet objet d’effroi et je ne l’ai plus vu.

[85]Pour les longitudes de Tougourt et d’Ouarglâ, j’ai adopté celles du Dépôt de la Guerre établies d’après les observations de M. le capitaine Vuillemot.

[86]Position du capitaine Smith.

[87]Pour El-Ouâd, j’ai cru devoir donner la préférence à la longitude du capitaine Vuillemot. Malade au moment de mon observation, je ne puis y avoir une confiance absolue.

[88]J’ai rejeté la longitude d’Azhel-en-Bangou parce qu’elle ne concordait pas avec le relevé de ma route.

[89]Pour les points relevés astronomiquement par Vogel, qui était astronome de profession et mieux outillé que moi, j’ai toujours donné la préférence aux résultats de ses observations de longitude.


LIVRE II.

PRODUCTION.


Les productions minérales, végétales et animales d’un pays aussi peu favorisé sous le double rapport de la constitution du sol et du climat, ne peuvent être qu’en petit nombre ; cependant elles ne sont pas complétement nulles, et je vais les passer successivement en revue.


CHAPITRE PREMIER.

MINÉRAUX.

Mon exploration n’a pas été assez complète, surtout dans la partie montagneuse du pays, pour que je puisse prétendre connaître toute sa richesse minérale ; d’un autre côté, les Touâreg ne sont pas un peuple assez industriel pour que j’aie pu suppléer à l’insuffisance de mes recherches personnelles par une enquête sur les produits minéraux qu’ils exploitent. Les besoins des peuples nomades ne sont pas ceux des nations civilisées et sédentaires : aussi n’est-on pas autorisé à conclure de l’absence d’exploitations au manque de minéraux exploitables. Au contraire, en constatant que les Touâreg ont trouvé chez eux tout ce qui est nécessaire à leur existence, on peut croire qu’il y a beaucoup plus. Quoi qu’il en soit, je signalerai ce que j’ai vu et ce qui m’a été indiqué par les indigènes.

Métaux et pierres précieuses.

Fer. (Tazhôli). — J’ai constaté la présence du fer en plusieurs endroits : notamment à Azhel-en-Bangou, dans les environs du mont Têlout, sur le rebord Nord du Tasîli, dans le ravin d’In-Akhkh, autour des puits artésiens d’Ihanâren, dans la vallée d’Ouarâret. Les renseignements des indigènes signalent aussi ce minerai sur d’autres points du Tasîli et du Ahaggâr, en massifs plus ou moins considérables. Mais à quoi bon ? Le fer fût-il plus riche et plus abondant encore, comment l’exploiterait-on sans combustible ?

Tout le fer employé par les Touâreg leur est apporté par le commerce.

Cuivre. (Dârogh). — Les Touâreg ne connaissent aucun minerai de cuivre dans leur pays. Tous les cuivres qu’ils emploient à l’ornementation de leurs armes viennent d’Europe ; jadis, quand Mourzouk entretenait encore des relations commerciales avec le Waday, ils pouvaient en recevoir de cette contrée.

Plomb. (Alloûn). — Le nom d’Ouâdi-Alloûn (rivière du plomb) donné à l’un des torrents qui descendent du versant Nord du Tasîli rappelle-t-il la découverte de minerai de plomb dans le lit de l’ouàdi ? Je l’ignore.

Les Touâreg ne faisant généralement pas usage des armes à feu, l’emploi du plomb est assez restreint chez eux pour qu’ils n’aient jamais songé à utiliser les galènes de leur pays, fussent-elles même riches.

Étain. (?) — Un gisement de ce minerai ou d’un métal analogue m’a été signalé dans l’Ouâdi-ech-Chiâti (Fezzân). Cette indication est-elle fondée ou non ? L’avenir l’apprendra.

Sulfure d’antimoine. (Tazôlt). — Le sulfure d’antimoine est récolté aux environs d’El-Barakat, près de Rhât, mais dans la proportion des besoins locaux, limités à l’application du kohel sur les cils et les sourcils.

Kohel, en Arabe, signifie tout ce qui noircit. Donc, sous ce nom, on emploie indistinctement ou le sulfure de plomb, ou le sulfure d’antimoine, suivant la facilité de se les procurer.

L’emploi du kohel est des plus anciens chez les peuples orientaux. Jérémie dit, chap. IV, vers. 30 : « Cum stibio pinxeris oculos tuos. » Le prophète Mohammed, copiant Jérémie, répète : « Employez l’antimoine, il fortifie la vue et fait pousser les cils. »

Sur la foi de ces autorités, l’habitude du kohel est passée dans les mœurs, surtout dans le Sahara, où la réverbération du soleil affaiblit si promptement la vue et cause si souvent des ophthalmies.

Le docteur Bertherand, dans son ouvrage sur la Médecine des indigènes de l’Algérie, dit que l’emploi du kohel, dans toute espèce d’ophthalmies, lui a toujours rendu les plus grands services.

Pierres précieuses. — Les Touâreg modernes font usage d’une espèce de serpentine dont ils fabriquent leurs anneaux de bras. On trouve cette pierre dans le ravin de Tahôdayt-tân-Hebdjân (rebord méridional du Tasîli), sur la route directe de Rhât à In-Sâlah, non loin du ravin de Tahôdayt-tân-Tâmzerdja, où sont les restes fossiles d’un grand mammifère antédiluvien.

Mais il est hors de doute que les peuples anciens de cette contrée connaissaient et faisaient usage d’autres pierres précieuses, car on en trouve dans tous les tombeaux des Jabbâren (géants), nom que les Touâreg donnent à la génération qui les a précédés dans le pays. Ces pierres sont enchâssées dans les bagues ou dans les boucles d’oreilles.

J’ai déjà dit qu’on avait trouvé des émeraudes dans le Touât ; moi-même j’ai rapporté de mon excursion à El-Golêa’a des cristaux qui y ressemblent. Il est probable qu’une exploration complète des montagnes des Touâreg et des bassins qui en dépendent ferait retrouver l’ancienne émeraude garamantique des musées.

Sels divers.

Sel commun. (Tîsemt.) — Une belle mine de sel, longtemps exploitée et abandonnée pour cause d’insécurité, existe dans la Sebkha d’Amadghôr, sur l’ancienne route des caravanes d’Ouarglâ à Agadez, au pied d’un des contre-forts orientaux du Ahaggâr. D’après les indigènes, cette mine serait la plus belle connue dans tout le Sahara. Elle sera ultérieurement l’objet d’une attention toute spéciale.

Une mine de sel m’est aussi signalée dans la montagne au Sud de Tikhâmmalt.

Sur beaucoup d’autres points, on trouve du sel de qualité inférieure, mélangé de terre : aux environs de Rhât et à Tekertîba, ou provenant de l’évaporation des eaux salines de sebkha desséchées, notamment sur le cours inférieur de l’Igharghar, à Menkebet-Izîman et à Sîdi-Boû-Hânia.

Les puits salés, indiquant la nature saline des terres traversées par les eaux, sont communs. Je citerai entre autres celui de Tînessedj sur la route septentrionale de Tebalbâlet à In-Sâlah ; celui de Harhé, dans une sebkha, sur la route de Tikhâmmalt à Oubâri.

Je citerai aussi, comme sources salines, celle de Tânout sur la précédente route, et d’’Aïn-el-Mokhanza (la fontaine pourrie, puante), sur l’Igharghar, sans compter celles que j’ai signalées précédemment dans mes itinéraires géologiques.

Alun. (Azârîf.) — Après le sel, l’alun est la production minérale la plus commune du pays des Touâreg. On en trouve des dépôts, entre autres, dans la vallée d’Ouarâret, au Nord du Rhât ; à Serdélès ; à In-Hâs, dans la plaine d’Adjemôr ; sur l’Ouâdi-Tetch-Oûlli, affluent de l’Ouâdi-Akâraba. Ces deux dernières mines sont situées au Nord de Mouydîr, et non loin d’In-Sâlah, marché sur lequel on vend leurs produits.

J’ai rapporté un échantillon des dépôts d’alun de la vallée de Serdelès. Il est pur et de bonne qualité.

Salpêtre. (Tîsemt-n-elbaroûd.) — Tout le salpêtre consommé par les Touâreg vient du Touât, où cette matière paraît très-abondante. Il n’est pas douteux qu’on en trouve également et en quantité importante dans les contrées similaires du pays des Touâreg, car ces derniers m’en signalent un dépôt assez important dans la vallée de Tikhâmmalt et d’autres dans les ouâdis aux environs de Rhât. N’employant pour ainsi dire pas la poudre, ne sachant pas la préparer, ils négligent ce produit et n’y font aucune attention ; mais, si le commerce français demandait du salpêtre au Touât, les Touâreg ne tarderaient probablement pas à lui faire concurrence.

Natron. (Elatroûn et Oksem.) — Le natron est récolté en assez grande abondance dans le Bahar-et-Trounîa au Nord-Ouest de Mourzouk. Il est employé par les Touâreg en mélange avec la feuille du tabac, soit pour la prise, soit pour la chique ; il est aussi d’un usage journalier comme mordant dans les préparations tinctoriales. Inutile d’ajouter qu’il entre dans la matière médicale des indigènes, car, à défaut de produits européens, ils utilisent tout ce qu’ils ont sous la main.

J’aurai l’occasion de faire connaître ultérieurement l’importance commerciale de ce sel.

Soufre (Tazzefrît et Aouodhîs). — Quoique le Ahaggâr, le Tasîli, le Hâroûdj et la Sôda, soient le produit de soulèvements volcaniques ; quoique le soufre se montre, au Nord, en assez grande quantité dans la Syrte, il est à peu près certain qu’il n’existe pas dans le pays des Touâreg, car, s’ils y connaissaient des soufrières, elles seraient exploitées pour les besoins des chameaux, atteints fréquemment de la gale, que le soufre seul guérit d’une manière radicale. Je conclus donc de ce que le soufre n’est pas exploité par les Touâreg qu’il n’y en a pas chez eux.

MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION.

Pierres et terres.

Bien que des nomades ne tirent aucun parti des matériaux de construction dont leur pays est doté, je ne crois pas devoir omettre cette partie importante de la richesse minérale du Sahara.

Pierre calcaire (Tahônt-n-Tîngher). — Tous les plateaux dits hamâd sont généralement recouverts d’une couche calcaire qui donne d’excellents moellons pour les constructions urbaines. Cette pierre domine dans celles de Ghadâmès.

Grès (Tîlellît, la pierre noble). — Le grès est la pierre la plus abondante, surtout dans le Tasîli du Nord. On trouve dans la chaîne de l’Amsâk le beau grès rose des ruines romaines de Djerma.

Gypse (Têhemaq). — Commun au Nord et autour de Ghadâmès, où on l’exploite pour les enduits de la ville, il est peut-être plus rare sur tous les autres points du pays, mais il est hors de doute qu’on n’a pas dû aller le chercher au loin pour les constructions des autres villes.

Chaux (Ezzebch). — La pierre propre à la chaux est commune partout ; autour de Ghadâmès, on ramasse les calcaires du plateau de Tînghert et, de leur grillage, on obtient une chaux excellente.

Argile (Tabâriq et Telaq). — Tous les enfants des Touâreg ont des poupées et des bonshommes en argile ; dans tous les ménages on trouve des vases en poterie qui doivent être fabriqués sur les lieux, ce qui prouve que la terre à poterie ne manque pas. Quant à l’argile propre à la préparation des tuiles et des briques, elle existe dans plusieurs ravins. J’ai déjà dit que les auges dans lesquelles on abreuvait les chameaux autour des puits étaient en argile provenant des déblais de ces puits.

Terre à ciment. — Les canaux d’irrigation de Ghadâmès sont cimentés et, d’après les renseignements qui m’ont été donnés, ce ciment était obtenu au moyen d’un mortier fait avec la chaux des ammonites et les argiles rouges ferrugineuses des goûr.

J’ai rapporté de Ghadâmès et de Djerma des ciments de l’époque garamantique ; ils sont de la plus grande solidité.

Pierre meulière (Tasîrt et Tahônt-n-Ezhîd). — L’usage du moulin à bras, ustensile obligatoire pour chaque ménage, rend la pierre meulière de première nécessité chez tous les nomades. Heureusement, les carrières qui la fournissent ne sont pas rares. J’en ai déjà cité une, abandonnée, à l’entrée de l’Ouâdi-el-Gharbî ; on en indique d’autres au Nord et au Sud du Tasîli.

Ocre (Tamâdjohît). — L’ocre est exploitée aux environs de Djânet pour les besoins de la teinturerie, mais surtout pour être employée avec l’indigo comme cosmétique tinctorial et hygiénique de la peau, en vue de la préserver, par l’interposition d’un corps étranger, des influences atmosphériques extérieures.

Combustibles minéraux.

Pendant longtemps, à Alger, on a cru à l’existence de la houille dans le Ahaggâr, par suite de réponses faites, de bonne foi, par des Touâreg venus en Algérie, qu’il y avait dans leur pays des pierres noires qui brûlaient.

J’ai déjà fait connaître comment les Touâreg, interrogés à ce sujet, avaient pu nous induire en erreur sans manquer à la vérité.

Toutefois, la découverte de terrains très-anciens dans la vallée de Rhât et du terrain dévonien, inférieur aux terrains houilliers, sur plusieurs points, permet d’espérer le succès de recherches de gisements de combustibles minéraux, dans le centre du Sahara, ou tout au moins dans les parties que mon exploration recommande à l’attention des ingénieurs.

Là se borne, à ma connaissance, la liste des produits minéraux utilisables dans le pays des Touâreg ; mais il n’est pas douteux que des recherches plus complètes en augmenteraient le nombre.


CHAPITRE II.

VÉGÉTAUX.

Le règne végétal est un peu plus riche que le règne minéral, car, quoique les sommets des montagnes, leurs versants, ainsi qu’une partie des plateaux, soient dénudés et entièrement stériles, on trouve, dans les nombreuses vallées du pays, des points plus favorisés où la végétation saharienne s’allie avec quelque représentants de celle des tropiques et du bassin de la Méditerranée.

Les végétaux domestiques sont en très-petit nombre. Si je devais ne citer que ceux cultivés par les Touâreg eux-mêmes, la liste serait close quand j’aurais nommé le dattier, le figuier, le blé, l’orge, le sorgho, le millet : en tout six végétaux.

Mais, dans le territoire même des Touâreg, sont les oasis de Ghadâmès, de Rhât, de l’Ouâdi-Lajâl, de l’Ouâdi-’Otba, de Djânet, d’Idélès, habitées par des sédentaires dont les cultures sont un peu plus variées.

Voyageur et non botaniste, j’ai recueilli à peu près toutes les plantes que j’ai vues et tous les renseignements que pouvaient me donner les indigènes sur la végétation de leur pays ; mais je n’ai pas la prétention d’avoir rapporté de mon voyage toute la richesse végétale des contrées traversées, comme eût pu le faire un explorateur exclusivement chargé d’étendre le domaine de nos connaissances en histoire naturelle au Sud de l’Algérie.

J’ai scrupuleusement recueilli les noms indigènes, en langue arabe et en langue temâhaq, parce que je crois la connaissance de cette double synonymie nécessaire aux personnes auxquelles l’avenir réserve de voyager avec les caravanes. Cette synonymie n’a pas les défauts de celle des noms vulgaires assignés aux plantes par nos paysans en Europe ; chez les peuples pasteurs, chacun connaît exactement le nom, les stations et les propriétés de chaque plante, et les noms, quand les caractères distinctifs sont bien tranchés, ne varient pas d’une localité à une autre, mais se conservent tant que la même langue est parlée. Or, comme la langue arabe est connue dans tout le monde musulman, et la langue berbère, dont le temâhaq est un des dialectes, dans tout le Nord du continent africain, il y a presque certitude d’être compris des indigènes en leur nommant une plante dans l’une de ces deux langues.

Dans la classification des plantes, objet de cet examen, j’ai adopté l’ordre naturel des familles.

Je dois à l’extrême obligeance de M. le docteur Cosson, président de la Société botanique de France et chargé par le gouvernement de la publication de la Flore de l’Algérie, la détermination exacte de toutes les plantes de mon herbier et même de quelques-unes de celles dont je me suis borné à mentionner le nom dans mon journal de voyage, sachant par les comptes-rendus des explorations du savant botaniste qu’il les avait déjà déterminées.

Je mentionne cet utile concours, autant par reconnaissance que pour assurer à cette partie de mon travail le caractère sérieux que lui donne la collaboration de M. le docteur Cosson.

RENONCULACÉES.

Adonis microcarpa DC. ?

Boû-garoûna (arabe).