Jeanne Lezveur s’en est allée,
Devers la brune, à Kerantour…
Les cloches à lente volée
Sonnent le glas, le glas d’amour.
Le Karduner l’a reconnue
Sous sa coiffe de femme en deuil.
Pour lui souhaiter bienvenue,
Il s’est avancé jusqu’au seuil.
— « Est-ce la sueur ou la pluie
Qu’à vos cils blonds on voit perler ? »
— « Ce sont mes larmes que j’essuie ;
Jean Karduner les fait couler. »
— « Seyez-vous, ô douce gentille ! »
— « Que je sache, avant de m’asseoir,
Si je dois être belle-fille,
Vieux Karduner, en ce manoir ;
« Ou s’il est vrai, comme on raconte,
Que votre fils clerc m’a menti,
Et, me laissant avec ma honte,
Avec son parjure est parti. »
— « Jeanne Lezveur, prenez à droite !
A dit l’ancêtre, le
penn-ti[7]
Vous verrez une sente étroite :
Par cette sente il est parti ! »
Jeanne Lezveur s’en est allée ;
Elle a chaussé ses souliers fins,
Et, légère, mais désolée,
Elle a pris le sentier des pins !
Et les pins, dans leur langue douce,
Compatissent à son malheur,
Et ses pieds, en foulant la mousse,
Font de la mousse sourdre un pleur.
La lune, pâle fiancée,
Ouvre la porte de la nuit,
Et, comme Jeanne délaissée,
Chemine comme elle sans bruit.