Berceuse d’Armorique

Plac’had ann ôd a gan eur gân
Hac a zo trist, hac a zo splân.
Dors, petit enfant, dans ton lit bien clos ;
Dieu prenne en pitié les bons matelots !
— Chante ta chanson, chante, bonne vieille !
La lune se lève et la mer s’éveille.
Quand tu seras mousse, hélas ! c’est le vent
Qui te bercera dans ton lit mouvant.
— Chante ta chanson, chante, bonne vieille !
La lune se lève et la mer s’éveille.
Déjà dans ton âme a chanté la mer
Son chant doux aux fils, aux mères amer.
— Chante ta chanson, chante, bonne vieille !
La lune se lève et la mer s’éveille.
Au Pays du Froid[8] ton père a sombré.
Tu naissais alors, je n’ai pas pleuré.
— Chante ta chanson, chante, bonne vieille !
La lune se lève et la mer s’éveille.
Au Pays du Froid, la houle des fiords
Chante sa berceuse en berçant les morts.
— Chante ta chanson, chante, bonne vieille !
La lune se lève et la mer s’éveille.
Dors, petit enfant, dans ton lit bien doux,
Car tu t’en iras comme ils s’en vont tous.
— Chante ta chanson, chante, bonne vieille !
La lune se lève et la mer s’éveille.
Tes yeux ont déjà la couleur des flots.
Dieu prenne en pitié les bons matelots !
— Chante ta chanson, chante, bonne vieille !
La lune se lève et la mer s’éveille.
Car c’est pour les flots que nous enfantons ;
Tous meurent marins, qui sont nés Bretons.

[8] Brô ar riou ; on désigne souvent ainsi l’Islande ou Terre-Neuve.