ACTE II
CONFIDENCES

On voit paraître Mâdhavya, ami d’enfance[28] du roi.

[28] Personnage de convention, gourmand et poltron, le bouffon du théâtre indien.

MADHAVYA, avec un soupir.

Ouf ! je suis mort ! Voilà ce qu’on gagne à l’amitié d’un roi qui a la rage de la chasse. J’en ai assez ! Une gazelle par-ci, un sanglier par-là. Bon ! voilà qu’il faut courir, en plein midi, dans les clairières. Pour se rafraîchir, des ruisseaux d’eau tiède pleins de feuilles pourries. On mange à des heures indues ; le rôti est brûlé. La nuit, pas moyen de dormir : les chevaux et les éléphants piétinent. Pour réveil, au point du jour, un bruit qui fend les oreilles : les damnés chasseurs partent pour la forêt. — Encore si c’était tout ! Mais non ! L’ampoule tourne en panaris. Tout en chassant, Sa Majesté, sans rien dire, est entrée dans un ermitage, et elle y a rencontré, pour mes péchés, une jeune novice qu’on appelle Sacountalâ. Depuis qu’il l’a vue, il n’est plus question de s’en retourner. — C’est au milieu de ces agréables réflexions que j’ai vu luire l’aurore. Comment sortir de là ? Il doit avoir fini ses ablutions… Je vais aller le trouver. (Il fait quelques pas et regarde devant lui.) Mais le voici qui vient, son arc et ses flèches dans la main, et sa bien-aimée dans le cœur. Il porte une couronne de fleurs des bois. Bien ! Je vais l’attendre dans l’attitude d’un homme moulu. Si je pouvais faire valoir ainsi mes droits au repos ! (Il s’appuie sur son bâton et reste immobile. On voit paraître le roi couronné de fleurs sauvages, l’arc et les flèches à la main.)


LE ROI, à part.

Son cœur, que j’ai touché, sera lent à s’ouvrir ;
Il est fier : j’attendrai. Mais l’espérance émousse
L’aiguillon de l’attente et la rend presque douce :
C’est une volupté d’être deux à souffrir.

(Souriant.) Voilà bien les illusions d’un amant. Comme il trouve aisément dans le cœur de la bien-aimée tout ce qu’il désire y voir !

Eh ! qu’importent les feux que lançaient ses prunelles !
A peine elle semblait savoir que j’étais là.
Certe, elle s’éloignait lentement… C’est qu’elle a
L’allure paresseuse et charmante des belles.
Enfin, quand son amie a voulu l’arrêter,
N’a-t-elle pas boudé son amie elle-même ?
Mais l’espoir obstiné sait tout interpréter.
Elle me fuit… Donc elle m’aime !

MADHAVYA, sans changer de position.

Roi, je ne peux plus remuer ni jambes ni bras ! Excuse-moi si je ne te salue que de la voix.

LE ROI, le regardant, avec un sourire.

Et d’où te vient cette grande fatigue ?

MADHAVYA.

Tu le demandes ? Tu m’allonges un soufflet dans l’œil, et il faut que je t’explique pourquoi je pleure !

LE ROI.

Je ne comprends pas. Parle plus clairement.

MADHAVYA.

Quand on plonge un bâton dans l’eau, il devient bancroche, n’est-ce pas ? Est-ce sa faute ou celle de l’eau ?

LE ROI.

C’est la faute de l’eau.

MADHAVYA.

Eh bien ! c’est aussi ta faute si je suis plié en deux.

LE ROI.

Comment cela ?

MADHAVYA.

Dis-moi, c’est donc beau pour un roi d’abandonner les intérêts de ses sujets… et les grands chemins, pour aller vivre dans les forêts ? Et moi, un brahmane[29], il faut, pour te complaire, que je coure après d’innocentes bêtes,… et que je me désarticule les membres ! Je demande grâce. Reposons-nous une journée.

[29] Le respect des êtres vivants est un devoir pour les brahmanes.

LE ROI, à part.

Il ne se doute pas que la chasse a maintenant aussi peu d’attraits pour moi que pour lui. Je ne pense qu’à la fille de Cannva.

Non, l’on ne verra plus ma main cruelle armée
Pour envoyer la mort aux êtres gracieux
Qui souvent ont bondi près de ma bien-aimée,
Et dont le doux regard a passé dans ses yeux !

MADHAVYA, regardant le roi.

Il rumine encore quelque chose. J’ai parlé dans le désert.

LE ROI, souriant.

Tu n’y es pas. Je me dis tout simplement qu’il faut se rendre aux désirs d’un ami.

MADHAVYA, enchanté.

Sois donc béni ! (Il veut se redresser.)

LE ROI.

Attends encore un peu ; je n’ai pas fini.

MADHAVYA.

Tu n’as qu’à commander.

LE ROI.

Quand tu te seras bien reposé, je t’emploierai à une autre affaire qui ne te donnera aucune peine.

MADHAVYA.

Est-ce à manger des gâteaux ?

LE ROI.

Tu vas le savoir.

MADHAVYA.

Je grille d’impatience.

LE ROI.

Holà ! quelqu’un !

L’HUISSIER.

Je suis aux ordres de Sa Majesté.

LE ROI.

Raivataca, prie le général de venir.

L’HUISSIER.

J’obéis. (Il sort et revient avec le général.) Venez, Seigneur, le roi vous donne audience ; vous pouvez approcher.

LE GÉNÉRAL, regardant le roi, à part.

Il y a beaucoup à dire contre la chasse. Mais on ne peut pas lui reprocher de nuire à la beauté du roi.

Rien ne peut échapper à sa flèche volante ;
La corde de son arc a labouré sa chair :
Mais ni les durs travaux ni la chaleur brûlante
N’arrachent de sueur à ses membres de fer.
Ses bras longs et puissants bravent la lassitude ;
Son corps souple et nerveux n’est pour lui d’aucun poids :
Tel l’éléphant qui vit, loin de la servitude,
Sur la montagne, au fond des bois.

(S’approchant.) Gloire au roi ! Sire, je me suis assuré que cette forêt est pleine de gibier. J’attends vos ordres.

LE ROI.

Bhadraséna, Mâdhavya m’a dit tant de mal de la chasse qu’il m’en a détourné.

LE GÉNÉRAL, bas à Mâdhavya.

Courage ! continue, ami Mâdhavya. Moi, je suis obligé de flatter le maître. (Haut.) Sire, ne prenez pas garde aux sottises qu’il vous débite. Moi, votre exemple m’a converti.

Combattre l’embonpoint pesant,
Rester fort, souple, séduisant,
Bouillir d’audace !
S’amuser d’un faible ennemi
Qui tantôt fuit, mort à demi,
Tantôt menace ;
Percer de la pointe d’un trait
Un but qui court et disparaît
De place en place ;
Être vainqueur, toujours vainqueur :
Voilà le rêve de mon cœur.
Vive la chasse !

MADHAVYA, en colère.

Va-t’en, toi ! tu ne rêves que plaies et bosses ! Le roi est revenu à des sentiments plus doux. Quant à toi, méchant bâtard, tu peux te promener, si bon te semble, de forêt en forêt, jusqu’à ce qu’un vieil ours, en quête d’une gazelle ou d’un chacal, te trouve sur sa route et t’avale.

LE ROI.

Bhadraséna, je ne suis pas de ton avis. Nous sommes ici trop près de l’ermitage. Adieu la chasse !

Buffles amis de l’onde et des fourrés humides,
Soyez heureux : plongez vos cornes dans les eaux.
Broutez en paix, dormez, antilopes timides :
A l’ombre des grands bois couchez-vous en troupeaux,
Sangliers, qui tremblez pour vos petits sans armes,
Roulez-vous sans souci dans l’herbe des marais.
Bêtes des bois, vivez désormais sans alarmes :
Ne craignez plus mes traits !

LE GÉNÉRAL.

Comme il plaît au roi.

LE ROI.

Quelques archers avaient dû prendre les devants. Fais-les rappeler. Empêche mes hommes d’armes de jeter le trouble dans l’ermitage et tiens-les à une distance respectueuse. Tu le sais…

L’ermite qu’on insulte est, dans son humble case,
Pareil au feu qui couve et peut tout consumer.
Un regard du soleil suffit pour animer
La froideur du cristal, qui tout à coup s’embrase.

LE GÉNÉRAL.

Les ordres du roi seront exécutés.

MADHAVYA.

Va-t’en, trouble-fête ! va-t’en ! (Le général sort.)

LE ROI, jetant un regard à ses gens.

Allez ôter vos habits de chasse. Et toi, Raivataca, veille aux soins de ta charge.

L’HUISSIER.

J’obéis. (Il sort.)

MADHAVYA.

Tu as chassé les moustiques. Maintenant, vois ce dais de verdure et ce banc de pierre au-dessous. Veux-tu t’y asseoir ? Pour mon compte, je m’y trouverai très bien.

LE ROI.

Montre-moi le chemin.

MADHAVYA.

Eh bien ! suis-moi. (Ils font quelques pas et s’assoient.)

LE ROI.

Ami Mâdhavya, à quoi donc te servent tes yeux ? Tu n’as pas vu ce qu’il y a de plus beau au monde.

MADHAVYA.

Que dis-tu ? N’es-tu pas devant moi ?

LE ROI.

On se plaît toujours à soi-même. Ce n’est pas de moi qu’il est question. Je veux parler de la perle de cet ermitage, de Sacountalâ.

MADHAVYA, à part.

Attends un peu ! Si tu crois que je vais t’encourager ! (Haut.) Bah ! c’est la fille d’un brahmane. Tu ne peux pas y prétendre. A quoi te sert de l’avoir vue ?

LE ROI.

Sot que tu es !

Le croissant nouveau qui luit
Dans la nuit
Est la merveille du monde,
Et l’on goûte sans désir
Le plaisir
De voir sa lumière blonde !

Mais l’objet qui a touché le cœur de Douchanta n’est pas hors de sa portée.

MADHAVYA.

Explique-toi.

LE ROI.

L’ermite a rencontré l’enfant sur son chemin.
Sa patrie est le ciel, ce bois fut son asile :
Cannva la recueillit, et l’éclatant jasmin,
Détaché de sa branche, orna ce tronc stérile.

MADHAVYA, éclatant de rire.

Ainsi, tu oublies pour elle les beautés de ton harem ? Mais, après tout, on voit des gens, fatigués de dattes, se jeter avidement sur le fruit aigrelet des tamarins.

LE ROI.

Ami, si tu la voyais, tu tiendrais un autre langage.

MADHAVYA.

Il faut qu’elle soit bien belle, en effet, pour inspirer un pareil enthousiasme à un connaisseur comme toi !

LE ROI.

Mon cher, deux mots suffisent.

Mille traits ont formé cette beauté céleste :
Brahma les assembla ; Brahma, d’un œil ami,
A caressé son œuvre, et cet effort atteste
Qu’il a voulu donner une sœur à Lakchmî[30].

[30] Déesse de la beauté.

MADHAVYA.

Je vois, elle fait pâlir toutes les autres.

LE ROI.

Sais-tu ce que je me dis ?

Personne n’a jamais respiré cette fleur ;
Nul ongle n’a blessé sa tige intacte et pure.
Rubis, elle a brillé sans servir de parure.
Miel nouveau, nul palais n’a connu sa saveur.
Mon cœur frémit quand j’y pense !
Ah ! qui donc, en récompense
De quelque ancienne existence[31]
Fermée à la volupté,
Quel être digne d’envie,
Quel ascète a mérité
D’apporter en cette vie
Une faim inassouvie
Au festin de sa beauté ?

[31] On sait que les Hindous croient à la métempsycose.

MADHAVYA.

Dépêche-toi alors. Épouse-la vite. Si l’infortunée allait échoir à un de ces ermites qui se pommadent avec de l’huile d’Ingoudî[32] !

[32] Sorte de noix sauvage.

LE ROI.

Hélas ! elle ne peut disposer d’elle-même ; et son père est absent.

MADHAVYA.

Et quelle impression as-tu faite sur elle ?

LE ROI.

Mon cher, les jeunes novices sont naturellement réservées ;

Ses yeux craignent encor de se livrer à moi ;
Mais elle ne pouvait s’empêcher de sourire,
Heureuse en dépit d’elle, et je voyais pourquoi,
Bien qu’elle n’ait rien osé dire.

MADHAVYA.

Ah oui ! elle aurait dû peut-être se jeter tout de suite dans tes bras ?

LE ROI.

Mais c’est quand elle est partie avec ses compagnes qu’elle s’est complètement trahie.

Elle s’est retournée au bout de quelques pas,
Disant : « Holà ! l’herbe me pique !
« La ronce accroche ma tunique ! »
Mais ce n’était qu’un jeu qui ne me trompait pas.

MADHAVYA.

Elle t’a donné un os à ronger. Voilà sans doute ce qui te retient près de l’ermitage.

LE ROI.

Mon bon Mâdhavya, trouve-moi quelque prétexte pour y retourner.

MADHAVYA.

Il y en a un tout trouvé. N’es-tu pas le roi ?

LE ROI.

Eh bien !

MADHAVYA.

Va réclamer aux ermites la dîme[33] de leur riz sauvage.

[33] Exactement : la sixième partie.

LE ROI.

Imbécile ! ne sais-tu pas qu’ils me payent un tribut plus précieux que des monceaux de perles ?

A mes autres sujets je demande de l’or ;
Mais je lève un impôt moins vil sur les ermites :
Leur ascétisme est riche ; il emplit mon trésor
De la dîme de leurs mérites.

VOIX derrière la scène.

Nous touchons au but.

LE ROI, écoutant.

J’entends des voix douces et graves. Ce sont des ascètes.

L’HUISSIER, entrant.

Gloire au roi ! Deux jeunes sages sont sur le seuil.

LE ROI.

Fais-les entrer.

L’HUISSIER.

J’obéis. (Il sort et revient avec les deux ermites.) Par ici, je vous prie.

PREMIER ERMITE, regardant le roi.

Il brille comme la flamme, et cependant il inspire la confiance. Mais pourquoi m’en étonnerais-je ? Tout roi qu’il est, il peut passer pour un des nôtres.

Son palais, comme un ermitage,
S’ouvre pour l’hospitalité,
Et les Gandharvas[34] l’ont chanté
Comme un héros et comme un sage.
Notre piété qu’il défend
Est une ample moisson qu’il sème.
Tout cède à son bras triomphant ;
Son cœur sait se vaincre lui-même.

[34] Musiciens célestes.

SECOND ERMITE.

Ami, est-ce là le roi Douchanta, le compagnon du dieu Indra ?

PREMIER ERMITE.

C’est lui.

SECOND ERMITE.

Il est digne vraiment de commander au monde
Jusqu’aux bords où la mer brise ses flots d’azur.
Son bras est pour son peuple un formidable mur :
Sous ce puissant abri règne la paix féconde.
Si parfois les démons viennent braver les dieux,
Il faut pour les chasser deux armes : le tonnerre
Dans la droite du roi des cieux,
Et l’arc de ce dieu de la terre !

TOUS LES DEUX, s’approchant.

Gloire au roi !

LE ROI, se levant.

Salut à vous !

LES DEUX ERMITES.

Salut ! (Ils lui présentent des fruits[35].)

[35] Nul ne doit paraître devant un roi sans lui faire un présent.

LE ROI, prenant les fruits et s’inclinant.

Veuillez me dire ce qui vous amène.

LES DEUX ERMITES.

Nos ascètes savent que tu es près d’eux, et ils t’adressent cette prière…

LE ROI.

Parlez : leurs désirs sont des ordres pour moi.

LES DEUX ERMITES.

En l’absence de notre maître, les Râkchasas[36] viennent troubler nos pieux exercices. Nous avons besoin d’un protecteur. Daigne venir, avec ton cocher, passer quelques jours dans l’ermitage.

[36] Démons qui troublent les sacrifices.

LE ROI.

Ce sera un honneur pour moi.

MADHAVYA, bas.

On te prend à la gorge ; mais tu ne t’en plains pas.

LE ROI.

Raivataca, va dire à mon cocher d’amener mon char et d’apporter mon arc et mes flèches.

L’HUISSIER.

Les ordres du roi seront exécutés. (Il sort.)

LES DEUX ERMITES.

Secours à l’opprimé, justice à l’innocent
Sont les rites sacrés que pratique ta race.
Tes aïeux sont contents de toi ; tu suis leur trace,
Et Pourou peut encore être fier de son sang.

LE ROI.

Allez devant ; je vous suis.

LES DEUX ERMITES.

Sois victorieux ! (Ils sortent.)

LE ROI.

Mâdhavya, veux-tu voir Sacountalâ ?

MADHAVYA.

Tout à l’heure je n’y aurais pas vu d’inconvénient ; mais maintenant j’en vois un… Cette histoire de Râkchasas…

LE ROI.

Tu n’as rien à craindre. Ne seras-tu pas à mes côtés ?


L’HUISSIER, entrant.

Le char du roi est prêt à partir pour la victoire. Mais voici Carabhaca qui arrive du palais. C’est la reine[37] qui l’envoie.

[37] La reine mère.

LE ROI, respectueusement.

Ma noble mère l’a chargé d’un message pour moi ?

L’HUISSIER.

Oui, Sire.

LE ROI.

Fais-le vite entrer.

L’HUISSIER. (Il sort et revient avec le messager.)

Carabhaca, voici le roi : approchez-vous.

LE MESSAGER, s’approchant et s’inclinant.

Gloire au roi ! La reine vous fait savoir…

LE ROI.

Parle : j’exécuterai ses ordres.

LE MESSAGER

… Que dans quatre jours elle observera le jeûne[38] à votre intention. Elle désire que vous soyez alors auprès d’elle.

[38] Cérémonie propitiatoire.

LE ROI.

D’un côté, ma mère m’appelle ; de l’autre, les ascètes me retiennent. J’ai à remplir deux devoirs également sacrés. Comment les concilier ?

MADHAVYA, riant.

Reste entre les deux, comme Trisancou[39].

[39] Allusion à la légende d’un roi qui, ayant voulu s’élever jusqu’au ciel et n’ayant pu réussir à y entrer, resta suspendu entre le ciel et la terre.

LE ROI.

Je suis vraiment dans un grand embarras.

Mon cœur, qui se partage, a les murmures vagues
Du torrent
Où le rocher se dresse et divise en deux vagues
Le courant.

(Après réflexion.) Ami, ma noble mère t’aime comme un fils. Retourne au palais ; dis-lui que je suis retenu ici par mes devoirs envers les ascètes, et remplace-moi auprès d’elle dans la cérémonie.

MADHAVYA.

Si je pars,… ne va pas croire, au moins, que ce soit par crainte des Râkchasas.

LE ROI, souriant.

O illustre brahmane ! qui aura jamais pareille idée de toi ?

MADHAVYA.

Alors je veux avoir le même cortège qu’un frère de roi.

LE ROI.

Comment donc ! Pour être plus sûr de n’apporter aucun trouble dans l’ermitage, je vais renvoyer toute ma garde avec toi.

MADHAVYA, orgueilleusement.

Ah ! ah ! je passe héritier présomptif.

LE ROI, à part.

Le coquin est bavard ; il pourrait bien aller publier dans le harem mes nouvelles amours. Prenons nos précautions. (Haut, en prenant Mâdhavya par la main.) Ami Mâdhavya, c’est par déférence pour les ascètes que je vais m’installer dans l’ermitage… Ne va pas croire, au moins, que je sois vraiment amoureux de la jeune novice.

J’ai voulu rire, tu vois !
Et mon cœur dément ma bouche :
L’antilope est moins farouche
Que cette fille des bois !

MADHAVYA.

Ah ! bon ! c’est entendu.