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Comment on Prononce le Français / Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers cover

Comment on Prononce le Français / Traité complet de prononciation pratique avec le noms propres et les mots étrangers

Chapter 67: C
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About This Book

A comprehensive practical guide to French pronunciation that compares spoken, literary, and familiar registers, critiques prior treatments, and offers a systematic, orthography-based method for rendering letters into correct sounds. It classifies and explains the pronunciation of word endings, proper names, and foreign terms, discusses variants and doubtful cases, and emphasizes flexible solutions rather than prescriptive single pronunciations. The work includes examples, indices of endings and key words, notes on common errors in dictionaries and prior grammars, and practical advice for learners and native speakers seeking clearer, standardized pronunciation.

NOTE SUR LA PRONONCIATION DU LATIN

Puisque la prononciation latine est en cause dans ce cas plus qu’ailleurs, on nous saura peut-être gré de réunir ici, en tête des consonnes, les règles spéciales qui la concernent, et qui sont disséminées un peu partout dans le livre, avec les exemples nécessaires.

En principe, nous prononçons le latin, à tort ou à raison, plutôt à tort, à peu près comme le français. Nous ne l’en distinguons que dans un petit nombre de cas, dont l’énumération n’est pas longue.

On a vu déjà précédemment comment nous prononçons les voyelles: que l’e ouvert ou fermé n’a pas d’accent, que l’u ne sonne jamais ou, que um se prononce toujours ome (même après un o), et que un se prononce toujours on, sauf dans hunc, nunc et tunc, et les mots commençant par cunct-.

Les nasales sont identiques à celles du français, sauf qu’il ne peut y en avoir que devant une consonne, et non en fin de mot, et que en a toujours le son in, notamment dans la finale -ens.

On a vu aussi que les seules diphtongues latines, æ, œ et au, sont prononcées comme les voyelles é et o. Il en résulte que devant æ et œ, le c et le g gardent le même son qu’en français devant e.

Nous faisons aussi de fausses diphtongues avec l’u, après g ou q, mais seulement devant a, e (ou æ) et i: l’u se prononce u devant e et i, et ou devant a, tandis que devant o et u il ne compte pas.

Ch a toujours le son guttural.

Il n’y a jamais de son mouillé, ni pour gn, ni pour ll.

Ti devant une voyelle est sifflant, comme en français, sauf en tête des mots, ou après s ou x.

Les consonnes finales s’articulent toujours: c’est ce qui fait qu’il n’y a point de nasales à la fin des mots.

Cette prononciation est d’ailleurs détestable, et peut-être le jour n’est-il plus éloigné où on en adoptera une autre, un peu moins française, mais plus latine.

B

A la fin des mots, le b, très rare dans les mots proprement français, ne s’y prononce pas: plom(b), aplom(b), surplom(b), et autrefois coulom(b)[509].

Il se prononce dans les mots étrangers, qui sont naturellement beaucoup plus nombreux, comme: nabab, baobab, cab, naïb, snob, rob, club, tub, rhumb, etc.[510].

Dans radoub, le b ne devrait pas davantage se prononcer, et les gens de métier ne le prononcent pas; mais la vérité est qu’ils emploient fort peu ce mot, se contentant du mot bassin; ils laissent ainsi le champ libre à ceux qui n’apprennent ce mot que par l’œil, et qui naturellement articulent le b: ce sont de beaucoup, aujourd’hui, les plus nombreux.

 

Dans le corps des mots, le b se prononce aujourd’hui partout devant une consonne. On fera bien de veiller à ne pas le changer en m dans tomb(e) neuve, et plus encore à ne pas le supprimer dans obstiné et obstination[511].

Le b double, assez rare, compte pour un seul à peu près partout: a(b), sa(b)bat, ra(b)bin, et aussi bien ra(b)bi, qui est le même mot au vocatif. On n’en prononce deux que dans deux ou trois mots savants: gib-beux et gib-bosité, peut-être ab-batial ou sab-batique; encore n’est-ce pas indispensable[512].

C

1º Le C final.

Le c est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui normalement à la fin des mots:

I. Après une voyelle orale, d’abord, le c final sonne généralement: cognac, bac, lac, sac, bec, sec, avec, trafic, public, choc, bloc, roc, bouc, duc, caduc, suc, etc.[513].

La plupart de ces mots sont d’ailleurs des mots plus ou moins techniques ou étrangers, des substantifs verbaux, des adverbes, ou des mots où le c a reparu après éclipse, par analogie avec le plus grand nombre[514].

Contrairement à la majorité des mots, mais conformément à la règle des consonnes finales, le c est devenu ou resté muet dans un certain nombre de mots suffisamment populaires: dans estoma(c) et taba(c), et dans cotigna(c), moins usité, où il tend à se rétablir[515]; dans cri(c), machine; dans bro(c), cro(c), accro(c), raccro(c) et escro(c); dans caoutchou(c)[516].

Pendant longtemps la prononciation familière a volontiers omis le c d’avec devant une consonne: ave(c) moi, ave(c) lui: cette prononciation est aujourd’hui dialectale, et on la tourne même en ridicule.

Le c d’arsenic, qui s’était amui, s’est aussi généralement rétabli[517].

Au pluriel, le c sonne aussi bien qu’au singulier, les deux nombres ayant pris peu à peu avec les siècles une prononciation identique[518]. Même dans le pluriel échecs, qui s’est longtemps écrit échets, au sens de jeu, la suppression du c est tout à fait surannée, le pluriel s’étant à la fin, là aussi, assimilé au singulier.

Toutefois le c ne sonne pas devant l’s dans la(cs) et entrela(cs).

Le k ou le q joints au c final n’y ajoutent rien: colbac(k), biftec(k), stic(k), boc(k), etc.[519].

II. Après une voyelle nasale, le c final est resté muet: ban(c), blan(c), flan(c) et fran(c), vain(c) et convain(c), jon(c), ajon(c) et tron(c)[520].

Le cas de donc est particulier. En principe, le c n’y sonne pas non plus. Toutefois, si le mot est en tête d’un membre de phrase, pour annoncer une conclusion (je pense, donc je suis), et, d’une façon générale, si l’on veut souligner le mot pour une raison quelconque, on prononce le c (ainsi que dans adonc et onc). En dehors de ces cas, on l’articule rarement, même quand il termine la phrase: laissez don(c). Surtout on ne l’articule pas devant une consonne: vous êtes don(c) bien riche? Devant une voyelle, il est encore correct ou élégant de le lier: où êtes-vous donc allé? Mais cela même n’est pas indispensable.

Le c de zinc, se prononce toujours, mais il sonne comme un g. On n’a jamais su pourquoi; car autrefois, c’était le g final qui s’assourdissait en c, comme toutes les sonores finales; or, c’est justement le contraire qui se fait ici. Mais c’est un fait contre lequel les efforts des grammairiens n’ont pu prévaloir[521].

III. Après une consonne articulée, le c final sonne généralement: talc, arc, turc, fisc, musc[522]. Il sonne même aujourd’hui dans les composés arc-bouter et arc-boutant ou arc-doubleau, quoi qu’en disent les Dictionnaires, qui retardent sur ce point: telle est du moins la prononciation des architectes. Il faut seulement éviter arque-boutant.

Toutefois, il ne se prononce pas encore dans mar(c), résidu: eau-de-vie de mar(c); ni dans mar(c), poids: au mar(c) le franc[523].

Le c ne sonne pas davantage dans cler(c)[524].

De plus, le c de porc, qui ne sonnait plus nulle part depuis longtemps, ne sonne toujours pas à la cuisine ou chez le charcutier: on n’y achète pas du porc frais, mais du por(c) frais, du por(c) salé, etc. Si au contraire on veut désigner l’animal lui-même, on rétablit volontiers le c, même au pluriel: un troupeau de por(cs) ou de porc(s), mais surtout au singulier: un porc, et plus encore si l’on prend le mot au figuré dans un sens injurieux. Le c sonne également dans le composé porc-épic.

2º Les mots en-CT.

Les mots en -ct demandent un examen particulier, car leur histoire est complexe et n’est pas terminée.

1º Dans tact, intact, contact, et dans compact, il semble que ct s’est toujours prononcé. Exact, plus populaire, a tendu à perdre le c ou le t, ou les deux; et si l’on ne prononce plus exac(t) ni exa(c)t, on entend encore exa(ct); pourtant exact a fini par l’emporter, et sans doute on ne reviendra pas en arrière[525].

Parmi les mots en -ect, les mots direct et indirect, correct et incorrect ne paraissent pas avoir jamais perdu leurs consonnes finales, non plus que le mot savant intellect, sans parler de l’anglais select. Il n’en est pas de même des autres.

Abject et infect ont flotté longtemps, avec préférence pour le son è, avant de reprendre définitivement ct[526].

Restent les mots en -spect: aspect, respect, suspect, circonspect. Ils ont longtemps flotté aussi entre trois ou quatre prononciations, et La Fontaine, pour rimer avec bec, n’hésite pas à écrire respec et circonspec[527]. La prononciation par t seul a complètement disparu, mais les prononciations par c ou ct ont encore l’espoir de vaincre. La seconde, par ct, admissible peut-être pour suspect, est certainement la plus mauvaise pour aspe(ct) et respe(ct); l’autre, par c seul, est admissible en liaison, et même tout à fait générale dans respec(t) humain; mais, en dehors de la liaison, je crois qu’on peut encore provisoirement la condamner, et s’en tenir à respe(ct), aussi bien qu’à aspe(ct), circonspe(ct), et même suspe(ct)[528].

En revanche, le c et le t se prononcent également dans suspecte et circonspecte: sur ce point, il n’y a pas de discussion.

Il ne faut pas assimiler aux autres mots en -spect le mot technique anspec(t), terme de marine, qui n’a pris un t dans l’orthographe que par une fausse analogie avec les autres: c’est le seul mot où le c doive toujours se prononcer, et toujours seul.

3º Parmi les mots en -ict, le c et le t se prononcent encore dans strict et district, et naturellement dans l’anglais verdict et convict, mais non dans ami(ct), terme de liturgie, qui n’est guère employé que par des gens du métier, ce qui est une garantie contre l’altération.

4º Les mots en -inct ont flotté longtemps, comme les mots en -ect, avant de perdre leurs consonnes finales. Mais distinct et succinct les ont reprises au cours du dernier siècle, et sans doute ne les perdront plus: succin(ct), et par suite succinte, sont surannés. Au contraire, instin(ct) résiste fort bien sans c ni t, et l’on doit encore condamner instinc(t)[529].

3º Le C intérieur.

Dans le corps des mots, le c n’a le son guttural que devant a, o, u, et devant une consonne: calibre, coller, reculer, action, instinctif, et même arctique, où le c amui s’est rétabli; il a le son sifflant devant e et i: ceci, cence, cygne, larcin[530].

On donne au c le son sifflant devant a, o, u, au moyen d’une cédille; mais aucun artifice ne lui donne le son guttural devant e et i, sauf le changement de eu en œu, dans cœur (c’est-à-dire l’addition ou le maintien d’un o), et d’autre part l’addition ou le maintien d’un u dans le groupe cueil (keuil): cueillir, accueillir, etc.[531]. Partout ailleurs le c est remplacé dans ce rôle par qu dans les mots français, par k ou ck dans les mots étrangers, comme jockey[532].

Devant une consonne, le c intérieur sonne aujourd’hui partout, même après une nasale, comme dans sanctuaire, sanction ou sanctifier[533].

Le c ne prend pas le son du g seulement dans zinc; il le prend aussi dans second et tous ses dérivés (même dans le latin secundo), qui devraient s’écrire avec un g, comme on le fait en d’autres langues[534].

Le c a eu longtemps aussi le son du g dans reine-Claude[535]; mais il a peu à peu repris le son de la forte sous l’influence de l’écriture, et le son du g y devient aujourd’hui populaire ou dialectal.

Ajoutons pour terminer qu’un grave défaut à éviter dans la prononciation du c consiste à mouiller le c initial, par exemple dans cœur, qu’on entend quelquefois sonner presque comme kyeur.

 

Le c double se prononce comme un c simple devant a, o, u, et devant l ou r, dans les mots d’usage courant: a(c)cabler, a(c)caparer, ba(c)calauréat, a(c)climater, a(c)créditer, a(c)croc, e(c)clésiastique, o(c)casion, su(c)comber, etc.; les deux c peuvent se prononcer dans ec-chymose, oc-clusion et oc-culte, et, si l’on veut, bac-chante, humeurs pec-cantes, impec-cable, peccadille et pec-cavi; encore n’est-ce pas indispensable, sauf dans le latin pec-cavi[536].

Devant e et i, ils se prononcent toujours tous les deux, le premier guttural, le second sifflant: ac-cident, vac-cin, ac-cès[537]; au contraire sc se réduit ordinairement à un s ou un c seul: ob(s)cène, s(c)ie[538].

Devant les mêmes voyelles e et i, quand le c est suivi de qu, on ne prononce qu’une gutturale: a(c)quitter, a(c)quérir, à fortiori be(c)queter ou gre(c)que[539].

 

Devant e et i toujours, le c italien reste sifflant, si le mot est suffisamment francisé, comme dans gracioso, concetti, ac-celerando (trop voisin d’ac-célérer pour se prononcer autrement) et quattrocentiste[540]. Autrement, et surtout quand il est double, il se prononce tch: dolce, sotto voce, a piacere, furia francese, fantoccini[541]. Pour sc, le son de ch suffit, sans t: crescendo (chèn), lasciate ogni speranza.

Czar se prononce gsar plutôt que csar; mais c’est là une mauvaise graphie, due sans doute à la fausse étymologie cæsar; ce mot, qui en polonais s’écrie car, doit se transcrire et se prononcer tsar[542].

CH

Le son normal de ch en français n’a guère de rapport avec le son du c, qui est le son de ch en latin; mais, étant donné l’ordre suivi dans ce chapitre, sa place normale est pratiquement ici. D’ailleurs ch prend souvent le son du c, même en français.

1º Le CH final.

A la fin des mots, ch appartient presque uniquement à des mots étrangers, et garde presque partout le son du c guttural: krac(h), varec(h) et loc(h), et aussi yac(ht)[543].

Il garde pourtant le son chuintant du français dans match et tzaréwitch, dans chaouch, tarbouch et farouch, dans lunch et punch francisés[544].

Ch est muet dans almana(ch), où la réaction orthographique n’a pas encore réussi à le rétablir, le mot étant trop populaire, et connu par l’oreille encore plus que par l’œil, comme estoma(c) et taba(c)[545].

2º Le CH intérieur.

Dans le corps ou en tête des mots proprement français, ch a naturellement le son chuintant devant une voyelle; chuintante forte, bien entendu, et non chuintante douce: il faut se garder de prononcer ajète pour achète, comme il arrive trop souvent à Paris[546].

Toutefois, dans un très grand nombre de mots plus ou moins savants, et notamment des mots tirés du grec, ch a gardé, parfois même il a repris, après l’avoir perdu, le son que nous lui donnons en latin, c’est-à-dire celui du c guttural.

 

I. Devant a, o, u.—Devant les voyelles a, o, u, le phénomène ne souffrait pas de difficultés, parce que l’oreille était accoutumée au son guttural du c devant ces voyelles. Par suite:

1º On prononce ca (ou can) dans gutta-perc(h)a et les mots en -archat, dans c(h)aos, c(h)alcédoine, c(h)alcographie, bacc(h)anale et bacc(h)ante, dans arc(h)ange, arc(h)aïque, troc(h)anter, euc(h)aristie, sacc(h)arifère; mais non dans fil d’archal, qui est français et très ancien[547].

2º On prononce co dans éc(h)o; dans tous les mots commençant par chol- et chor-, comme c(h)oléra, c(h)orus, c(h)oral, etc., avec c(h)œur, et leurs dérivés ou composés, comme anac(h)orète; dans psyc(h)ologie[548], calc(h)ographie, inc(h)oatif, batrac(h)omyomachie, dic(h)otomie, bronc(h)opneumonie ou bronc(h)otomie (malgré bronche et bronchite), dans arc(h)onte et péric(h)ondre et quelques autres mots moins répandus; mais non dans maillechort (tiré des noms propres français Maillot et Chorier), ni dans vitchoura, où tch représente le polonais cz[549].

3º On prononce cu dans catéc(h)umène ou isc(h)urie[550].

 

II. Devant e et i.—Devant e et surtout devant i, le phénomène est moins régulier, parce que l’oreille n’était pas habituée jadis chez nous au son guttural devant ces voyelles, et que même le ch grec, ou le ch latin venu du grec, s’y prononçait, au XVIᵉ siècle, comme le ch français. Aussi la francisation du ch en son chuintant était-elle générale autrefois devant e et i.

Toutefois beaucoup de mots, même francisés complètement, ont pris depuis le son guttural, comme les mots grecs ou latins correspondants, non sans beaucoup de fluctuations et d’incertitude.

1º Devant un e muet, le son chuintant s’est maintenu partout, dans archevêque, bronches ou aristoloche, comme dans marchepied, broncher ou brioche. Il en est de même dans la finale -chée: trachée, archée, trochée, aussi bien que bouchée ou nichée[551].

Mais on prononce aujourd’hui dans achéen, manichéen ou eutychéen[552]; dans archéologie et archétype; dans cheiroptères (keye), chélidoine, chélonien, chénisque et chénopode; dans lichen, épichérème, orchestre et chétodon; dans trescheur ou trécheur et dans trachéotomie (malgré trachée). En revanche, on chuinte dans cachexie et cachectique, aussi bien que dans chérif et chérubin[553].

2º C’est surtout pour le groupe chi que la question est délicate, car cette syllabe est beaucoup plus fréquente que la syllabe che, et il n’est pas toujours facile d’indiquer l’usage le plus répandu.

En général, les mots savants d’usage ancien ont gardé le son chuintant: non seulement chimie, chimère ou chirurgie (et très souvent chiromancie), mais tous les mots en -archie ou -machie, avec entéléchie et branchie[554]; de même tous les mots en -chin et -chine, en -chique, -chisme et -chiste: c’est ainsi que Bacc(h)us ou psyc(h)ologie, qui ont le son guttural, n’empêchent nullement bachique ou psychique de chuinter[555].

En tête des mots, le préfixe archi- fait de même partout. Seul le mot archiépiscopal, étant plus récent, s’est prononcé arki, au moins depuis Ménage, et les dictionnaires continuent à l’excepter; mais il a fini par suivre l’analogie des autres, au moins dans l’usage le plus ordinaire, et c’est bien à tort que beaucoup de personnes se croient encore obligées de suivre les dictionnaires[556].

On chuinte encore dans rachis (d’où rachitique) et arachide, dans kamichi, letchi et mamamouchi, dans chibouque et bachi-bouzouck, dans chimpanzé, enfin devant y grec, dans chyle, chyme et ses composés et diachylon[557].

En revanche, on prononce aujourd’hui ki dans beaucoup d’autres mots savants, généralement les plus récents et les moins usités; d’abord dans les mots en -chite (sauf bronchite, à cause de bronche et bronchial), dans le chi grec, dans trichinose (malgré trichine, qui par suite tend à devenir trikine), dans achillée le plus souvent (malgré Achille), dans chiragre, chirographaire et souvent chiromancie (malgré chirurgie), dans orchis et orchidée, brachial et brachiopode, ischion, et aussi dans brachycéphale, conchyliologie, ecchymose, trachyte, et, le plus souvent, pachyderme et tachygraphie, sur lesquels on hésite encore[558].

Ajoutons ici, pour en finir avec les mots français, que, devant les consonnes, le ch est toujours d’origine savante et garde partout le son guttural. Ces consonnes sont les liquides, l, m, n, r, et parfois s et t: c(h)lore, drac(h)me, tec(h)nique, c(h)rétien, fuc(h)sine, ic(h)tyologie[559].

*
* *

Le ch anglais se prononce tch en principe: speech, sandwich, mail-coach, rocking-chair et steeple-chase; de même l’espagnol chulo, cachetera ou cachucha. On francise pourtant le ch dans chester, comme dans chinchilla et chipolata, souvent aussi quand il est final comme dans speech ou sandwich[560].

Le groupe étranger sch a partout le son du ch français: ha(s)chi(s)ch, scotti(s)ch, kir(s)ch ou (s)chabraque, (s)chlague et (s)chnick, et (s)chibboleth, et même p(s)chent qu’on prononce aussi pskent[561].

Le son chuintant de ce groupe est si connu qu’il est passé même à des mots d’origine grecque (devant e et i), où il n’est pas justifié du tout: (s)chéma ou (s)chème, (s)chisme et (s)chiste auraient dû se prononcer par sk, comme nous prononçons schola cantorum, eschare, ou l’italien scherzo[562].

D

A la fin des mots, le d est muet dans les mots français ou tout à fait francisés. Ces mots se terminent presque tous en -and, -end (prononcé an) et -ond, comme gourman(d), défen(d) ou fécon(d); en -aud et -oud, comme chau(d) et cou(d); en -ard, -erd, -ord et -ourd, comme regar(d), per(d), accor(d) et sour(d), tous avec ou sans s[563].

C’est par un abus tout à fait injustifié qu’on prononce parfois le d de quan(d) devant une consonne, comme s’il y avait une liaison, c’est-à-dire avec le son d’un t[564].

Parmi ces finales, seule la finale -and comprend quelques mots étrangers où le d se prononce: hinterland, stand[565].

Pour les autres finales, le d est également muet dans les mots proprement français; mais ils sont peu nombreux: pie(d), longtemps écrit pié, et sie(d), avec leurs composés; nœu(d), lai(d) et plai(d), poi(ds) et froi(d), ni(d) et mui(d), avec palino(d), et, par analogie, l’anglais plai(d), qui n’a pas de rapport avec l’autre.

 

A part plai(d), le d final se fait entendre dans tous les mots étrangers: lad, oued, caïd, celluloïd, lloyd, li(e)d, zend, éphod, yod, kobold, talmud et sud, avec le latin ad[566].

 

Dans le corps des mots, le d autrefois tombait devant une consonne[567]. Il a revécu progressivement dans un certain nombre de mots où l’orthographe l’a conservé, comme adjuger, adjudant, adjoindre, adversaire, adverbe, admirer, etc., si bien que le d intérieur n’est plus muet nulle part, pas plus dans les mots français que dans les mots étrangers, comme bridge, landgrave, landsturm, etc., sauf peut-être fel(d)spath[568].

Dans mad(e)moiselle, le d tombe facilement quand on parle vite, mais ce n’est pas correct; quant à mamzelle, c’est un peu familier ou même impertinent.

 

Le d double, assez rare, se prononce double dans ad-denda et quid-dité, dans ad-ducteur et même, si l’on veut, dans red-dition[569]; mais non dans des mots d’usage aussi courant que a(d)dition et a(d)ditionner, quoiqu’on l’y ait prononcé double autrefois.

F

L’f est une des quatre consonnes qui se prononcent aujourd’hui normalement à la fin des mots, notamment dans les mots en -ef, -euf, et surtout -if, ceux-ci très nombreux[570].

Les exceptions sont rares.

1º Il y a d’abord cle(f), qui peut aussi s’écrire clé. C’est le seul mot dont l’f final ne se prononce jamais: pourquoi l’écrit-on encore[571]?

2º On prononce sans f che(f)-d’œuvre, mais l’e reste ouvert: c’est un reste de la prononciation ancienne qui supprimait l’f devant une consonne. L’f s’est rétabli dans chef-lieu.

3º De plus on prononce encore au pluriel œu(fs) et bœu(fs), reste de la prononciation des pluriels, car autrefois on disait également des habits neu(fs). Même au singulier, si l’on ne dit plus, sans f, du bœu(f) salé, un œu(f) frais, un œu(f) dur, comme on faisait encore assez généralement il n’y a pas cent ans, on dit toujours le bœu(f) gras, nouveau reste de la prononciation qui supprimait l’f devant une consonne. Mais je crois bien que cette prononciation est en voie de disparaître. Je ne sais ce que durera bœu(f) gras, mais il me semble bien que l’f est destiné à se rétablir partout, un jour ou l’autre, dans les pluriels œu(fs) et bœu(fs), car on voit très bien le mouvement de réviviscence de l’f se continuer. Beaucoup de personnes déjà ne prononcent œu(fs) qu’à la suite d’un s doux: trois œu(fs), douze œu(fs), quinze œu(fs), par analogie sans doute avec les œu(fs), des œu(fs), dont la prononciation ne peut pas s’altérer facilement; mais elles disent avec l’f quatre œufs, huit œufs, combien d’œufs, un cent d’œufs. Cette distinction, d’autant plus curieuse qu’elle est naturellement involontaire, est sans doute l’étape qui nous mènera un jour à prononcer l’f partout, car œu(fs) et bœu(fs) sont presque aujourd’hui les seuls mots qui se prononcent encore au pluriel autrement qu’au singulier; et sans doute il est temps que cela finisse[572].

4º Dans cerf, où l’amuissement de l’f a été général jusqu’à une époque toute récente, l’f a revécu quelque peu aujourd’hui, même au pluriel. Cer(f) et même cer(fs) seront peut-être un jour surannés; dès maintenant il semble qu’ils ne sont admis qu’en vénerie, dans le style très oratoire, et en poésie, surtout pour la rime. Cer(f)-volant continue à se passer d’f; il lui serait, du reste, difficile de faire autrement.

5º L’évolution de nerf est beaucoup moins avancée. Au pluriel on prononce encore uniquement ner(fs), et je ne crois pas qu’on ait jamais dit encore une attaque de nerf(s). Au singulier, cela dépend des cas, et il faut distinguer le sens propre du figuré; car il y a fort longtemps qu’on dit par exemple: ce style a du nerf; on dira même: cet homme a du nerf ou manque de nerf, voire même le nerf de la guerre ou le nerf de l’intrigue; mais ceci est déjà moins général. Quant au sens propre, quoi qu’en disent les dictionnaires et les livres, c’est encore ner(f) qui l’emporte, et de beaucoup, non seulement chez le boucher, où l’on ne se plaint pas d’avoir du nerf dans sa viande, mais aussi bien à l’amphithéâtre, où le mot ner(f) a un sens fort différent. Nerf viendra certainement, mais n’est pas encore venu. A fortiori prononce-t-on encore ner(f) de bœuf, sans parler de ner(f) foulé ou ner(f)-férure, qu’on pourrait difficilement prononcer d’une autre manière.

6º Enfin il y a encore l’adjectif numéral neuf. Nous avons vu[573] qu’on prononce encore neu(f) fermé dans certains cas. Mais, de même que pour bœuf ou cerf, ces cas se sont fort réduits. Le phénomène a lieu, non pas devant une consonne, comme on le dit souvent, mais devant un pluriel commençant par une consonne[574]. Ainsi les personnes qui savent le français disent encore le plus généralement neu(f) sous, les neu(f) premiers, neu(f) fois neuf, dix-neu(f) cents, neu(f) mille; mais, avec f sonore et eu ouvert, le neuf mai, comme le neuf de cœur, neuf par neuf, en voilà neuf de faits, de même que page neuf, ou j’en ai neuf. On peut même distinguer au besoin trois Japonais et neu(f) Chinois, de trois panneaux japonais et neuf chinois, parce qu’il y a ellipse ici entre neuf et chinois. Ce n’est donc pas la consonne seulement qui détermine la prononciation neu, ni même proprement le pluriel, mais le lien étroit qui existe entre neuf et le mot suivant, lien qui ne se réalise qu’avec un pluriel, c’est-à-dire par la multiplication de l’objet par neuf.

C’est un des points sur lesquels on se trompe le plus dans la prononciation courante. Beaucoup de personnes disent encore le neu(f) mai; mais cette prononciation est surannée; elle se maintient encore çà et là, parce que le lien semble étroit entre le chiffre et le nom du mois, mais ce lien est fort loin d’être aussi étroit qu’avec un pluriel: on sait bien ou on doit savoir que neuf mai est en réalité une abréviation de neuvième (jour du mois) de mai, ou neuf de mai; c’est pourquoi l’f s’y prononce depuis longtemps déjà.

En revanche d’autres prononcent neuf sous, avec eu ouvert et f sonore: erreur encore plus grave, mais qui, hélas! tend fort à se répandre, et qui les conduit naturellement à prononcer avec f dix-neuf-cents, au lieu de dix-neu(f)-cents, qui est encore seul correct, dix-neuf multipliant cent.

Il est d’ailleurs fort possible que pour neuf, comme pour œuf et œufs, le mouvement commencé soit destiné à s’achever, et que le son de l’f soit destiné à s’imposer partout un jour ou l’autre; mais nous n’en sommes pas là, et il y a encore une prononciation spéciale, seule correcte provisoirement, pour les adjectifs numéraux suivis d’un pluriel: on doit s’y tenir. Ce qui est le plus surprenant, c’est que ceux qui disent neuf cents avec f sont généralement ceux-là même qui disent neu(f) mai sans f!

Cette prononciation de neuf sans f est naturellement réservée aux pluriels commençant par une consonne, par la raison bien simple que devant une voyelle il se produit un phénomène de liaison. Mais ici encore il y a une remarque à faire. En principe, cette liaison devrait maintenir le son eu fermé, avec changement de f en v, phénomène qui était général autrefois[575]. A vrai dire, le phénomène n’a pas complètement disparu, mais il ne s’est maintenu que dans neu(f) vans et neu(f) vheures; ailleurs on prononce généralement neuf ouvert, comme partout[576].

 

Dans le corps des mots, l’f ne se met plus devant une consonne[577].

 

L’f double final se prononce comme un f simple, le double f intérieur aussi: a(f)faire, a(f)faissé, a(f)fiche, a(f)franchi, en e(f)fet, o(f)fice, su(f)fire, di(f)férence. Toutefois, comme nous avons affaire ici à une spirante, la prononciation des deux f, devenue plus facile, est une tentation à laquelle on ne résiste pas toujours, et on les prononce volontiers dans quelques mots savants: af-fixe et suf-fixe, af-fusion, ef-fusion, dif-fusion (mais non dif-fus), suf-fusion, ef-florescence, dif-fringent et dif-fraction, suf-fète; on hésite même pour des mots comme affabulation, diffluent, effluve, diffamer, effervescence, cause efficiente, effraction; enfin l’accent oratoire sépare volontiers les f dans af-famé, af-fecté, af-féterie, af-firmer, af-folant, ef-faré, ef-féminé, ef-flanqué, ef-fréné, et même ef-froyable, et quelques autres[578].

G

1º Le G final.

A la fin des mots, le g ne se prononce pas dans les mots français. D’ailleurs il ne s’est guère maintenu dans l’écriture que dans deux cas: d’une part dans bour(g) et ses composés, avec faubour(g)[579]; d’autre part après une nasale: ran(g), san(g) ou san(g)sue, étan(g) et haren(g); sein(g), vin(gt) et ses dérivés, coin(g), poin(g), vieux oin(g), lon(g) et lon(g)temps[580].

En dehors de ces deux cas, il y a encore trois mots français qui ont un g final, et ce g ne devrait pas davantage s’y prononcer: ce sont doi(gt), jou(g) et le(gs).

Pour doi(gt), il n’y a pas de discussion, le mot étant appris par l’oreille et non par l’œil.

Mais beaucoup de gens prononcent jougue, et depuis fort longtemps l’Académie a autorisé cette prononciation. Je crois cependant que la majeure partie des gens instruits continue à préférer jou(g), au moins devant une consonne, ou en fin de phrase[581].

Je crois aussi, malheureusement, que la prononciation du g est encore plus fréquente dans le(gs), orthographe déplorable d’un mot qui devrait s’écrire lais, du verbe laisser, dont il vient: il est fort à craindre que la prononciation lègue ne finisse par s’imposer un jour ou l’autre, malgré l’usage ordinaire des hommes de loi et des professeurs de droit, de même que s’est établie l’orthographe legs, par une fausse analogie avec léguer[582].

Le g final ne se prononce pas non plus dans quelques finales nasales étrangères, où il sert seulement à marquer la nasalité, ou bien qui se sont francisées: mustan(g), oran(g)-outan(g), parpain(g), shampoin(g), et, si l’on veut, shellin(g) et sterlin(g)[583].

Le g final se prononce dans les autres mots étrangers: dans drag, thalweg, wigh, bog, grog, toug, etc., ainsi que dans l’onomatopée zigzag et le populaire bon zig; dans erg et iceberg; dans rotang, ginseng et gong, peut-être à tort; dans l’onomatopée dig din don et la plupart des mots anglais en -ing: browning, pouding, skating, meeting, etc. La prononciation exacte de cette finale anglaise est peut-être difficile aux Français; mais il ne s’agit pas ici de prononcer de l’anglais: il s’agit d’accommoder au français une finale qui reste connue comme étrangère, et garde une allure exotique[584].

2º Le G devant une voyelle.

Dans le corps ou en tête des mots, devant une voyelle, le g n’a le son guttural que devant a, o, u: galon, brigand, gorille, gonfler, figure; il a le son chuintant devant e et i: génie, gentil, gingembre, agir, gymnase[585]. Les deux sons sont réunis dans gigot ou gigantesque[586].

On doit cependant pouvoir donner au g le son chuintant devant a, o, u, et le son guttural devant e et i.

 

I.—On donne au g le son chuintant devant a, o, u, par l’intercalation d’un e qui ne se prononce pas: mang(e)a, mang(e)aille, mang(e)ons, mang(e)ure (de vers), g(e)ai, roug(e)ole, pig(e)on, nag(e)oire, etc.[587].

Ce procédé bizarre a amené plus d’une confusion. Ainsi l’e de g(e)ôle, qui d’ailleurs n’est pas artificiel, mais qui aurait pu disparaître, puisqu’il ne se prononçait plus[588], conduit encore beaucoup de gens à prononcer gé-ôle, comme s’il y avait un accent aigu sur l’é, cela parce que g(e)ôle a été remplacé dans l’usage courant par prison, et que le mot est de ceux qu’on apprend par l’œil et non par l’oreille; et naturellement gé-ôle amène souvent gé-ôlier.

Autre exemple, pire peut-être, et dû à la même cause: depuis que le mot gag(e)ure a cédé la place dans l’usage courant au mot pari, beaucoup de personnes ont cru reconnaître dans le mot écrit la finale -eure, et la prononciation par eure est extrêmement répandue. Elle n’en est pas plus acceptable, car le suffixe -eure n’existe en français que dans quelques féminins de comparatifs de formation ancienne: meill-eure, pri-eure, min-eure, maj-eure, et ceux des adjectifs en -érieur; mais les substantifs ne connaissent que le suffixe -ure: blesser-blessure, brocher-brochure, coiffer-coiffure, peler-pelure, couper-coupure, etc.; d’où, étant donné le procédé orthographique, gager-gag(e)ure, verger-verg(e)ure (du papier), manger-mang(e)ure (de vers), et charger-charg(e)ure (terme de blason)[589].

 

II.—D’autre part on donne au g le son guttural devant e et i, y compris l’e muet, par l’addition d’un u, qui ne se prononce pas plus que l’e de pigeon: guerre, guérir, fatiguer, narguer, guirlande, guider, guimpe, ligue, dogue.

Ce procédé n’est guère moins contestable, car il amène d’autres confusions. Il y a, en effet, des mots où l’u ainsi placé appartient au radical, comme dans aiguille, et doit se prononcer, tout en faisant diphtongue d’ordinaire avec la voyelle; et alors comment savoir si l’u de -gué- ou -gui- se prononce? Celle des deux prononciations qui était la plus fréquente, c’est-à-dire ghé et ghi, ne pouvait manquer d’attirer l’autre. Aussi est-ce ghé et ghi, et non gué et gui, qu’on aurait dû écrire, pour éviter les confusions.

Il faut donc que nous recherchions les cas où l’u se fait entendre dans les groupes gué et gui.

Mais auparavant je dois faire une observation: c’est qu’il faut éviter désormais de mouiller le g guttural, aussi bien que le c, par exemple de dire à peu près ghyamin ou ghyerre pour gamin ou guerre: la distinction que Nodier établissait à ce point de vue au profit des voyelles é et i a cessé d’être admise dans la prononciation correcte.

3º Le groupe GU devant une voyelle.

I.—Devant un e, l’u ne se prononce à part en français que dans le verbe argu-er, et devant l’e muet final des quatre adjectifs féminins aiguë, ambiguë, contiguë, exiguë, et des deux substantifs besaiguë et ciguë. On voit que cet e, quoique muet, porte un tréma pour marquer la prononciation de l’u.

Dans le verbe argu-er, le suffixe étant naturellement -er, l’u appartient au radical, qui est le même que dans argu-ment. Les gens de loi savent très bien qu’on prononce argu-er, j’argu-e, nous argu-ons, j’argu-ais, comme tu-er, je tue, etc.; mais que de gens, voire des professeurs, articulent argher, comme narguer, j’arghe, il arghait!

On a mis parfois un tréma dans j’arguë, il arguë, comme dans ciguë, ambiguë, et cette orthographe, qui épargnerait beaucoup d’erreurs, devrait être la seule correcte.

Partout ailleurs les groupes gue et gué se prononcent ghe et ghé: guenille, guérir, draguer, etc.[590].

 

II.—Devant un I le cas est bien plus grave, parce que -gui- est plus fréquent que -gué-. Aussi la plupart des u qui devraient se prononcer ont cessé de le faire, depuis un temps plus ou moins long.

Aiguille et aiguillon, avec leurs dérivés, sont les derniers mots d’usage courant qui aient conservé la prononciation de l’u. Encore faut-il faire une distinction. Aiguille paraît trop commun pour être altéré facilement: c’est un de ces mots qu’on apprend par l’oreille et non par l’œil. Et pourtant aighille n’est déjà pas sans exemple. Quand à aiguillon, il est déjà, hélas! très fréquemment altéré en aighillon, étant moins populaire ou moins général qu’aiguille; pourtant on peut lutter encore pour la prononciation correcte, soutenue qu’elle est par le voisinage d’aiguille.

Outre ces deux mots, on prononce ui naturellement dans ambiguïté, contiguïté, exiguïté, comme dans tous les mots en -uité (u-ité chez les poètes); et enfin dans quelques mots savants, consanguinité ou sanguification, linguiste et linguistique, inextinguible, inguinal, onguiculé et unguis, ou des mots purement latins, comme anguis in herba[591].

Partout ailleurs on prononce ghi aujourd’hui, notamment en tête des mots: guichet, guimauve, guitare, etc.[592]; de même, malgré le latin, dans anguille et dans les mots de la racine de sang (sauf consanguinité et sanguification): sanguin et consanguin, sanguine, sanguinaire, sanguinolent; aussi dans guine et guin, et dans aiguière[593]; enfin dans aiguiser, le dernier des mots de cette catégorie dont l’orthographe a altéré la prononciation.

Il est vrai que quelques puristes soutiennent encore aiguiser par u, mais presque tout le monde aujourd’hui prononce aighiser, et nul n’a raison contre tout le monde. Ce mot a peut-être résisté plus longtemps au sens figuré, plus littéraire et plus restreint que le sens propre; mais là même il a dû céder au courant, et il faut renoncer à réagir[594].

 

III.—Ce n’est pas tout. Les groupes gua et guo ne sont pas français, sauf dans les verbes en -guer, où l’u se conserve partout, pour l’unité de la conjugaison: navigua, naviguons, naviguait. Il suit de là que, hors ce cas, gua ne se prononce pas ga: il se prononce goua (gwa), comme en latin, tout en faisant diphtongue, bien entendu. Ainsi dans jaguar et couguar, dans guano, iguane et alguazil, et même dans lingual. Pourtant l’u a cessé de se prononcer dans aiguade, aiguail ou aiguayer, et aussi dans paraguante, qui est d’ailleurs passé de mode.

Quant à -guo-, même en latin, il se prononce go: disting(u)o[595].

4º Le G devant une consonne.

Les consonnes devant lesquelles on rencontre quelquefois g en français sont les liquides, l, m, n, r, et d ou g[596].

Les groupes gl et gr n’offrent pas de difficultés.

Devant un m ou un d, le g se prononce toujours; il ne s’y trouve d’ailleurs que dans des mots d’origine savante, comme amygdale ou augmenter[597].

Devant n, la question est moins simple, car le français gn n’est normalement qu’un n mouillé[598]. Aussi le groupe gn est-il mouillé presque partout, notamment devant un e muet, sans exception, et même dans les mots d’origine savante, pourvu qu’ils soient suffisamment répandus, comme magnétisme, depuis Mesmer. On a même longtemps mouillé un mot latin comme agnus, parce qu’il était fort usité. Il en résulte qu’on ne sépare le g de l’n que dans quelques mots savants moins usités, ou des mots étrangers, notamment en tête des mots: gneiss; gnome et gnomique, gnomon et gnomonique, avec physiognomie; gnose et gnostique, avec diagnostic, géognosie, recognition et incognito, celui-ci par confusion, car il est italien, et on le mouille encore quelquefois, comme en italien; de plus, dans mag-nificat et ag-nus, mots latins; dans ag-nat et mag-nat, dans cog-nat, et cog-nation, dans stag-nant et stag-nation, dans reg-nicole et inexpug-nable, dans ig- et tous les mots commençant par igne- et igni-; souvent aussi dans lig-nite (mais non ligneux) et dans pig-noratif[599]. Dans magnolia, on mouille encore, mais la cacophonie de nyolya est en voie de séparer l’n du g[600].

Il ne faut pas séparer le g de l’n dans d’autres mots, même d’apparence plus ou moins savante, comme cognassier, désignatif, imprégnation, magnésie ou même magnifier.

Enfin le g double, devant une consonne, se prononce comme un seul g: a(g)glomérer, a(g)glutiner, a(g)graver; mais on peut aussi prononcer les deux. Devant e ou i, on a naturellement un g guttural, puis un g chuintant: sug-gérer[601].

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Dans les mots italiens non francisés, le g simple ou double se prononce dj devant i, par exemple dans a giorno, dramma giocoso ou risorgimento; mais appogiature est francisé, puisqu’il n’a même pas l’orthographe italienne[602].

On prononce de même dj dans giaour et gentry; mais on peut prononcer indifféremment gentleman par jan ou djen, quoique man ne soit jamais nasal, et gin par jin nasal ou djin non nasal; on francise encore à volonté gipsy et bostangi.

Gh est proprement le g guttural étranger devant e et i, et quelquefois ailleurs: ghetto, sloughi, yoghi[603]. On ne l’entend pas dans high, right, dreadnought[604].

Le gli italien n’est pas autre chose qu’un l mouillé, c’est-à-dire chez nous un y, et ne fait pas syllabe à part; mais nous avons complètement francisé, en y ajoutant une syllabe, imbrogli-o et vegli-one[605].