ÉPISODE.
| Locut. vic. | Cette épisode est amusante. |
| Locut. corr. | Cet épisode est amusant. |
«Dans un livre d’ailleurs bien écrit, je viens de remarquer cette phrase: Un tel évènement présente une ample matière à la plus brillante épisode d’un ouvrage. C’est une faute: épisode est du genre masculin.
(Philipon la Madelaine, Gramm. des gens du monde.)
ÉQUIVOQUE.
| Locut. vic. | C’est un grossier équivoque. |
| Locut. corr. | C’est une grossière équivoque. |
Boileau a dit:
Du genre féminin, répondrons-nous. C’est maintenant un point décidé.
ÉRATÉ.
| Locut. vic. | Il court comme un ératé. |
| Locut. corr. | Il court comme un dératé. |
Ératé se trouve, nous le croyons, dans tous les dictionnaires, et tous les dictionnaires lui donnent la même signification qu’à dératé. M. Ch. Nodier (Examen crit. des Dict.) dit qu’ératé est un barbarisme. Nous pensons effectivement que ce mot devrait être banni pour être remplacé par dératé, dont la formation est bien plus en analogie avec les mots destinés par la syllabe prépositive dé à rendre l’idée de privation, et qui sont infiniment plus nombreux que ceux dans lesquels on a exprimé la même idée par la syllabe é. Pourquoi d’ailleurs conserver à la langue deux mots parfaitement synonymes, et qui n’ont entre eux d’autre différence que celle d’une lettre? Ne vaut-il pas mieux faire un choix?
ÉRÉSIPÈLE.
| Locut. vic. | C’est une érésipèle. |
| Locut. corr. | C’est un érysipèle. |
On trouve érésipèle dans Voltaire et quelques autres bons auteurs. C’est une vieille orthographe; maintenant on écrit érysipèle. Ainsi l’usage s’est rapproché de l’étymologie dans le cas présent. C’est le contraire de ce qu’il fait ordinairement.
ERRATUM.
| Locut. vic. | Cette faute donnera lieu à un erratum. |
| Locut. corr. | Cette faute donnera lieu à un errata. |
MM. Laveaux (Dict. des diff.) et Ch. Nodier (Examen crit. des dict.) veulent qu’on écrive errata lorsqu’il n’est question que d’une faute, comme lorsqu’il est question de plusieurs. L’Académie, MM. Boiste, Raymond, etc., disent que le singulier doit être erratum, et le pluriel errata. Certes l’étymologie est en leur faveur, car erratum est bien en latin le singulier d’errata. Mais alors pourquoi ne dirait-on pas des maxima, des minima, des patres, etc., qui sont aussi les pluriels de maximum, minimum, pater, etc.? Et pourquoi encore, vice versa, ne dirait-on pas un duplicatum, un visum, un opus puisque ces mots sont les singuliers de duplicata, visa, opera. On doit sentir combien il serait ridicule de vouloir former le pluriel des noms qu’on emprunte aux langues étrangères, de la même manière qu’il se forme dans ces langues. Ce serait ajouter de nouvelles exceptions à nos règles qui n’en ont déjà que trop. Nous ne pensons donc pas que MM. les députés qui, à la séance du 7 mars 1832, se mirent à rire en entendant M. le président annoncer que le Moniteur publierait un errata pour la séance de la veille, aient eu raison dans leur critique grammaticale. Errata est maintenant employé au singulier par nos meilleurs écrivains.
«Depuis qu’on enseigne peu la langue latine en France, dit Feydel (Rem. sur le Dict. de l’Acad.), nous voyons souvent le mot erratum substitué au mot français errata, par des gazetiers et des imprimeurs qui veulent donner au public une idée magnifique de leur capacité. L’Académie française aurait dû prévoir cette ridicule innovation, et la condamner par un exemple.»
ERRES.
| Prononc. vic. | Voici les erres du marché. |
| Prononc. corr. | Voici les arrhes du marché. |
«Le peuple de Paris a changé arrhes en erres: des erres au coche; donnez-moi des erres. C’est une faute.»
Voltaire, à qui nous empruntons ce passage, a raison lorsqu’il dit que l’emploi du mot erres pour arrhes est une faute, mais il aurait dû ajouter maintenant; et surtout ne pas s’en prendre au peuple de Paris qui n’a rien changé ici, et qui, au contraire, se montre en cette circonstance, comme dans beaucoup d’autres, fidèle conservateur du langage de ses pères. Le mot erres pour arrhes se trouve dans nos vieux auteurs, dans le Trésor de Recherches de Borel, et dans le Dictionnaire de Trévoux, qui dit qu’on doit écrire et prononcer erres au propre, et arrhes seulement au figuré. Cette ridicule distinction a disparu; arrhes seul est resté.
Le substantif arrhes est féminin. Les premières arrhes que nous avons reçues.
ERRIÈRE.
| Locut. vic. | Faites trois pas en errière. |
| Locut. corr. | Faites trois pas en arrière. |
Errière est un barbarisme.
ENNOBLIR.
| Locut. vic. | Le coq, dit un proverbe, ennoblit la poule. | |
| Cet homme anoblissait son état. | ||
| Locut. corr. | Le coq, dit un proverbe, anoblit la poule. | |
| Cet homme ennoblissait son état. | ||
«Ennoblir c’est rendre plus considérable, plus noble, plus illustre. Anoblir, c’est faire noble, rendre noble, donner des lettres de noblesse.
«Anoblir exprime un changement d’état social; ennoblir, un changement d’état moral. Une belle action ennoblit un caractère. Il y a des charges qui anoblissent.
«Les anoblis ne sont pas toujours ennoblis aux yeux des hommes de sens; tous ceux qui se sont ennoblis par une conduite généreuse n’ont pas été anoblis.
«Anoblir exprime une métamorphose d’état, qui n’est souvent qu’un changement de nom, sans que celui qui l’obtient y ait contribué par son mérite: aussi peut-on être anobli par des crimes; la vertu seule peut ennoblir. (Guizot, Nouv. Dict. univ. des Synonymes.)
ENSEIGNER.
| Locut. vic. | Ces jeunes gens sont mal enseignés. |
| Locut. corr. | Ces jeunes gens sont mal instruits. |
Enseigner s’emploie au passif en parlant des choses: les mathématiques sont bien enseignées dans ce collège, et non des personnes, comme l’a fait Bossuet dans la phrase suivante: je ne refuserai jamais d’être enseigné du moindre de l’église.
L’Académie croit qu’on peut dire: enseigner les ignorans. Nous ne sommes pas de son avis. L’usage nous paraît vouloir que l’action du verbe enseigner tombe directement sur un nom de chose, et indirectement sur un nom de personne. Enseigner une chose à quelqu’un. Instruire s’emploie dans un sens contraire. Son action directe tombe sur la personne; son action indirecte sur la chose. Instruire quelqu’un de ou dans quelque chose. Pourquoi donc confondre les termes quand chacun d’eux a une signification qui lui est propre?
ÉPIDERME.
| Locut. vic. | Une épiderme épaisse. |
| Locut. corr. | Un épiderme épais. |
Trompé par l’étymologie sans doute, Molière a fait la faute que nous signalons ici.
ÉPISODE.
| Locut. vic. | Cette épisode est attachante. |
| Locut. corr. | Cet épisode est attachant. |
Le genre de ce substantif était douteux du temps de Vaugelas (341e Rem.) mais le masculin a depuis longtemps prévalu, et madame de Staël n’est pas excusable d’avoir dit une charmante épisode.
ÉPITHALAME.
| Locut. vic. | Une longue épithalame. |
| Locut. corr. | Un long épithalame. |
Féminin autrefois, masculin aujourd’hui.
ÉQUESTRE.
| Prononc. vic. | Une statue ékestre. |
| Prononc. corr. | Une statue équ-estre. |
L’u doit également se faire sentir dans les mots suivans: équateur, équatorial, équation (écouateur, écouatorial, écouation), équiangle, équidistant, équilatéral, équilatère, équimultiple, équitation (écuiangle, écuidistant, etc.).
ESCLANDRE.
| Locut. vic. | Il m’a fait une belle esclandre! |
| Locut. corr. | Il m’a fait un bel esclandre! |
Malgré cet exemple et l’autorité de l’Académie, on trouve quelquefois esclandre féminin, et même dans des dictionnaires, celui de Rivarol, entr’autres.
Quoi qu’il en soit, M. Scribe a fait une faute dans le vers suivant:
ESPADRON.
| Locut. vic. | Ils se battirent à l’espadron. |
| Locut. corr. | Ils se battirent à l’espadon. |
Si l’on en croyait l’usage et une autre autorité plus éclairée, Feydel (Rem. sur le Dict. de l’Acad.), ce serait espadron qu’il faudrait dire. Mais l’opinion de Feydel n’est malheureusement pas plus développée que celle de l’usage, ou, pour mieux dire, ne l’est pas du tout, et dans notre impuissance d’apprécier les motifs qui l’ont amenée, nous croyons devoir nous en tenir à l’orthographe de l’Académie et de tous nos lexicographes. Pourquoi d’ailleurs le mot français espadon ne viendrait-il pas du mot espagnol espadon, augmentatif d’espada, épée? Cette étymologie n’en vaut-elle pas bien une autre?
ESPÉRER.
| Locut. vic. | Espérez-moi, nous partirons ensemble. |
| Locut. corr. | Attendez-moi, nous partirons ensemble. |
Ce verbe ne peut jamais avoir un nom de personne pour régime direct.
ESTOMAC.
| Prononc. vic. | Estomak. |
| Prononc. corr. | Estoma. |
On ne prononce estomak que devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet. Son estomak est faible. Estomak habitué au jeûne.
ÉTAT (FAIRE).
| Locut. vic. | On fait peu d’état de ce magistrat. |
| Locut. corr. | On fait peu de cas de ce magistrat. |
Cette expression est quelquefois employée, en deux sens différens, dans des phrases qui ont aujourd’hui quelque chose de trop vague pour être tolérées. «Je fais beaucoup d’état de M. votre frère. Je fais état qu’il y a plus de cent mille ames à Lyon (Gattel). Dans la première de ces phrases d’exemple, je fais état est un archaïsme qui ne paraît pas fort important à renouveler. Dans la seconde, c’est une locution barbare et inadmissible.» (Ch. Nodier, Examen Crit. des Dict.)
M. Gattel aurait dû dire: Je fais beaucoup de cas de M. votre frère; et Je pense, je présume qu’il y a plus de cent mille ames à Lyon. Écrivons et parlons selon l’esprit de notre langue, c’est-à-dire avec netteté. Nous ne manquons pas d’équivalens pour remplacer les locutions proscrites par le goût ou par l’usage, qui, notons-le en passant, sont deux autorités tout-à-fait distinctes.
ÉTHIQUE.
| Orth. vic. | Un cheval éthique. |
| Orth. corr. | Un cheval étique. |
Éthique est un substantif féminin qui signifie morale: la logique, l’éthique, etc. Étique est un adjectif qui signifie maigre, desséché, etc.
ÊTRE.
| Locut. vic. | Je fus le complimenter. | |
| J’ai été le voir. | ||
| Locut. corr. | J’allai le complimenter. | |
| Je suis allé le voir. | ||
Je fus le complimenter est vicieux, en ce que le verbe être ne doit jamais avoir la signification du verbe aller. Quelqu’un qui dirait je suis le complimenter, ferait très-certainement, de l’avis de tout le monde, une faute grossière. Pourquoi serait-il donc permis d’employer au prétérit défini, dans un certain sens, un verbe qu’on ne pourrait employer dans le même sens au présent de l’indicatif? Voltaire s’est déjà élevé contre l’emploi vicieux du verbe être pour le verbe aller; nous allons citer ici un passage d’un écrivain distingué de nos jours qui nous a paru faire parfaitement ressortir le ridicule de cette locution, «Le verbe être, dit M. Ch. Nodier (Examen Crit. des Dict..) détermine un état; c’est même là sa fonction spéciale dans le langage. Il ne peut donc pas être suivi d’un infinitif qui en détermine un autre. Pour vous assurer de sa propriété, ramenez la phrase à l’infinitif être: cette règle est infaillible.
«Être à Paris est du très-bon français; être le voir est barbare. On dit: je suis allé le voir, j’ai été chez lui.
«La nuance de ces expressions, dans le cas même où elles peuvent être indifféremment employées sans faute grammaticale, est cependant très-importante à saisir, car c’est elle qui détermine la physionomie de l’idée. Quelqu’un qui dirait: j’ai été à Paris en poste ne dirait pas ce qu’il veut dire, s’il voulait faire entendre qu’il a pris la poste pour y aller. La logique et la langue exigent je suis allé. Il en serait de même, dans certains cas, pour cette dernière locution.
«Les beaux parleurs et les écrivains maniérés enchérissent ridiculement sur cette petite difficulté, en substituant l’aoriste au prétérit. C’est très-mal s’exprimer que de dire: nous y fûmes pour nous y allâmes, et il n’y a rien de plus commun. Quant à cet aoriste, même dans le sens de nous y avons été, il peut être fort bien en son lieu: le style a tant de secrets!»
On peut donc, en résumant tout ce qu’ont dit nos meilleurs grammairiens sur le verbe être substitué au verbe aller, conclure que cette substitution ne peut jamais avoir lieu à moins qu’à l’idée de marche, de mouvement, que présente le verbe aller, ne se joigne l’idée de séjour, de demeure, attachée au verbe être. Ainsi cette phrase: j’ai été à Paris en poste, citée par M. Ch. Nodier, est mauvaise; mais ôtez ce complément en poste, et dites j’ai été à Paris, et votre phrase deviendra bonne. Pourquoi? parce que dans le premier cas il ne s’agit que de mouvement, et que c’est le verbe aller qu’il faut employer là, et que, dans le second, il est question de séjour. La dernière phrase enfin équivaut à celle-ci: j’ai vécu, j’ai existé à Paris.
ÊTRE DE RIEN.
| Locut. vic. | Cette personne ne m’est de rien. |
| Locut. corr. | Cette personne m’est étrangère. |
Nous ne pensons pas qu’on puisse considérer comme française cette locution être de rien, malgré l’emploi qu’en ont fait quelques auteurs, Madame de Sévigné entr’autres: le beau temps ne vous est de rien, et malgré l’honneur que lui font nos dictionnaires de la faire figurer dans leurs colonnes. On pourrait, en supprimant la préposition de, en faire une expression familière dont l’analyse deviendrait au moins possible; mais on n’aura jamais, en la conservant, qu’un véritable galimathias.
EUCHARISTIE, EUCOLOGE, EUGÈNE, EUPHÉMIE, EUPHÉMISME, EUPHRATE, EURIPIDE, EUROPE, EUSÈBE, EUSTACHE, EUTERPE, etc.
| Prononc. vic. | Ucharistie, Ucologe, etc. |
| Prononc. corr. | Œucharistie, Œucologe, etc. |
EURE.
| Prononc. vic. | La rivière d’Ure. |
| Prononc. corr. | La rivière d’Eure. |
Voltaire peut avoir fait rimer Eure avec nature et structure (Henr.), et M. Philippon de la Magdeleine (Homonymes fr.), s’appuyant probablement sur cette autorité, peut avoir considéré ce nom propre comme un homonyme du substantif hure et du verbe eurent, sans que cependant il soit permis de lui donner une prononciation autre que celle de demeure, heure, beurre, etc. M. de Lanneau, dans son Dictionnaire des rimes, a aussi placé Eure parmi les mots terminés en ure, comme étamure, facture, etc. C’est une erreur qu’il corrigera probablement quelque jour. Qui pourrait s’empêcher de rire s’il entendait quelqu’un raconter un voyage qu’il viendrait de faire dans le département de l’Ure, et qui lui aurait fourni l’occasion de faire connaissance avec le vénérable M. Dupont de l’Ure? Ne croirait-on pas avoir affaire à un Gascon?
ÉVANGILE.
| Locut. vic. | Cette évangile est longue. |
| Locut. corr. | Cet évangile est long. |
Évangile est neutre en grec et en latin. Il doit être masculin en français d’après son étymologie. Comme il était féminin autrefois, ce genre lui est encore conservé par quelques personnes qui feraient beaucoup mieux de se conformer à l’usage actuel.
ÉVANTAIL.
| Locut. et Orth. vic. | Une évantail. |
| Locut. et Orth. corr. | Un éventail. |
L’orthographe bien constatée du radical vent, à la famille duquel appartient certainement le mot éventail, nous dispense d’entrer dans plus de développemens pour faire voir que l’auteur des Omnibus du langage a eu tort d’écrire évantail par un a.
ÉVITER.
| Locut. vic. | Vous m’ayez évité des désagrémens. |
| Locut. corr. | Vous m’avez épargné des désagrémens. |
Éviter quelque chose à quelqu’un est un solécisme, comme observer, remarquer quelque chose à quelqu’un. Vous pouvez éviter quelque chose, mais non l’éviter à quelqu’un. Vous ne pouvez que le lui faire éviter. Quelques-uns de nos bons écrivains ont fait cette faute grave, blâmée par l’élite de nos grammairiens. «Le lapin, dit Buffon, évite par là à ses petits les inconvéniens du bas âge.—Je veux, dit Marmontel, vous éviter l’ennui de trouver cet homme maussade.» Féraud, qui rapporte ces deux exemples, paraît s’étonner que l’Académie n’ait pas consacré l’emploi d’éviter dans le sens d’épargner. «Ce peut être, dit-il, un oubli.» Comment! l’Académie commet un oubli quand elle fait bien! Mais, M. Féraud, c’est une épigramme.
EXACT.
| Prononc. vic. | C’est exa. |
| Prononc. corr. | C’est exacte. |
Quelques grammairiens veulent que le c et le t de ce mot soient nuls dans la prononciation; d’autres, parmi lesquels se trouve Laveaux, recommandent de les faire sentir. Nous adoptons cette dernière opinion que la raison et l’usage sanctionnent.
EXAMEN.
| Prononc. vic. | Il a passé un éxamenne. |
| Prononc. corr. | Il a passé un examein. |
Ne vaut-il pas beaucoup mieux soumettre à notre prononciation nationale tout mot étranger qui passe dans notre langue, que d’aller laborieusement rechercher la prononciation de ce mot dans l’idiôme auquel on l’emprunte? Dix, vingt, trente personnes, enchantées du vernis de savoir que cette prononciation exotique pourra répandre sur elles, se hâteront sans doute de l’adopter; mais la masse de la nation saura toujours, n’en doutons pas, repousser un pédantisme ridicule qui ne se plaît qu’à augmenter le nombre des difficultés d’une langue qu’elle ne parle à peu près bien qu’avec tant de peine, grâce à mille fantaisies de grammatistes.
Examen a éprouvé le sort de vermicelle, club, violoncelle, etc., qu’on a voulu nous faire prononcer vermichelle, clob, violonchelle, etc., et qui ne se sont définitivement naturalisés parmi nous qu’en se francisant tout-à-fait.
Le Trévoux, imité à tort par beaucoup de personnes, écrit éxamen. On ne doit jamais accentuer un e suivi d’un x.
EXCELLENT.
| Locut. vic. | Celui-ci est plus excellent. |
| Locut. corr. | Celui-ci est meilleur. |
Cette phrase de Vaugelas: un de nos plus excellens écrivains modernes, etc. (262e Rem.), est vicieuse, en ce que le mot excellent est un superlatif absolu qui ne peut être modifié par un adverbe. Ce qui est excellent ne peut l’être ni plus ni moins. Il est impossible d’alléguer ici en faveur du célèbre grammairien l’usage de son temps, car la logique est de tous les temps, et cette expression est évidemment contre la logique; aussi est-elle blâmée par tous nos grammairiens modernes.
EXCUSE (Voy. DEMANDER).
EXÉCRABLE.
| Prononc. vic. | Ec-cécrable. |
| Prononc. corr. | Eg-zécrable. |
Ex, suivi d’une voyelle, se prononce egz; suivi d’une consonne, ec.
EXEMPLE.
| Locut. vic. | Cet exemple d’écriture est mal fait. |
| Locut. corr. | Cette exemple d’écriture est mal faite. |
Dans ses autres acceptions, exemple est toujours masculin.
FACE (EN).
| Locut. vic. | L’escalier est en face la porte. |
| Locut. corr. | L’escalier est en face de la porte. |
En face, sans la préposition de, est un adverbe, regardez en face, la porte en face, et ne peut avoir de complément.
FACHÉ.
| Locut. vic. | Je suis fâché avec lui. |
| Locut. corr. | Je suis fâché contre lui. |
L’Académie ne donne, dans son Dictionnaire (1802), que la seconde de ces locutions, d’où l’on peut sans doute inférer qu’elle ne reconnaît pas la première.
FAÇONNEUR.
| Locut. vic. | Ne faites pas le façonneur. |
| Locut. corr. | Ne faites pas le façonnier. |
FAC-SIMILE.
| Prononc. vic. | Voici un fac simil de son écriture. |
| Prononc. corr. | Voici un fac similé de son écriture. |
Fac simile est latin, et les mots de cette langue ont le privilège immémorial dans beaucoup de langues, et particulièrement dans la nôtre, de ne pas être soumis aux règles de la prononciation nationale. Il faut donc prononcer fac similé, qu’on écrit sans accent, parce qu’en latin tous les e sont fermés.
FAIGNIANT.
| Locut. vic. | C’est un faigniant. |
| Locut. corr. | C’est un fainéant. |
Des deux mots faire et néant a été formée l’expression fainéant, c’est-à-dire fait-rien.
FAIM (MANGER SA). Voy. SOIF.
FAINGALE, FRINGALE.
| Locut. vic. | Il a la faingale, la fringale. |
| Locut. corr. | Il a la faim-vale. |
L’Académie et Trévoux écrivent faim-vale. Nous avons préféré cette orthographe, délaissée par M. Ch. Nodier, parce que nous la croyons plus ancienne, plus étymologique, et au moins aussi usitée que les deux autres. On trouve dans Baïf:
FAIRE DE LA PLUIE, DU VENT, etc.
| Locut. vic. | Il fait de la pluie, du vent, etc. |
| Locut. corr. | Il tombe de la pluie, il vente. |
«Sur les bords de la Garonne, on dit il fait du brouillard, du serein, de la rosée, de la pluie, etc. Il faut dire: il tombe, etc.» (Desgrouais, Gasconismes corrigés.)
Faire ne doit s’employer pour indiquer la constitution du temps que lorsqu’il n’y a pas possibilité de le remplacer par un autre verbe. Ainsi dans ces phrases il fait chaud, il fait beau, il fait froid, le verbe faire est le seul dont on puisse se servir, à moins d’avoir recours à des périphrases assez longues. Mais dans ces autres exemples: il fait de la pluie, etc. du vent, du tonnerre, etc., rien n’est certainement plus facile que de faire usage d’autres manières de parler, comme il pleut ou il tombe de la pluie, etc., il vente, il tonne, etc., qui ont le double avantage d’être plus logiques et d’être préférées par nos bons écrivains.
FAIRE LUMIÈRE.
| Locut. vic. | Faites-nous lumière dans l’escalier. |
| Locut. corr. | Éclairez-nous dans l’escalier. |
«Un académicien qui était allé voir Fontenelle, se plaignait, en se retirant à la nuit, de ce que la domestique ne lui faisait pas lumière. Excusez-la, lui dit Fontenelle, elle n’entend que le français.» (Chapsal, Nouv. Dict. gramm.)
FAIRE UNE MALADIE.
| Locut. vic. | Il a fait une longue maladie. |
| Locut. corr. | Il a eu une longue maladie. |
Faire une maladie est une expression absurde. Ne faudrait-il pas avoir réellement le diable au corps pour s’amuser à faire des maladies pour soi ou pour les autres?
FAIT MOURIR.
| Locut. vic. | Ce brigand a été fait mourir. |
| Locut. corr. | Ce brigand a été exécuté. |
Beaucoup de personnes emploient passivement le participe passé du verbe composé faire mourir, comme dans l’exemple que nous venons de citer. On doit éviter avec soin cette vicieuse locution, indice assez général d’une instruction fort négligée.
On lit dans Vaugelas (Remarque 245e) «Cette façon de parler est toute commune le long de la rivière de la Loire, et dans les provinces voisines, pour dire: fut exécuté à mort. La noblesse du pays l’a apportée à la cour, où plusieurs le disent aussi, et M. Coeffeteau, qui était de la province du Maine, en a usé toutes les fois que l’occasion s’en est présentée. Les Italiens ont cette même phrase, et le cardinal Bentivoglio, l’un des plus exacts et des plus élégans écrivains de toute l’Italie, s’en est servi en son histoire de la guerre de Flandres, au quatrième livre. Lo strale, dit-il, già borgomastro d’Anversa, e che tanto haveva fomentate le seditioni di quella città, fu fatto morire en Vilvorde.»
Nous ferons une remarque sur celle de Vaugelas; c’est que, de nos jours, lorsqu’on dit qu’un homme a été exécuté, il est inutile d’ajouter à mort. Le verbe exécuter n’a toutefois cette énergique valeur qu’en matière criminelle, car tout le monde sait fort bien qu’exécuter quelqu’un, en termes de pratique, signifie saisir ce qu’il possède pour payer ce qu’il doit. Mais on dit plus généralement en ce sens, exécuter chez quelqu’un, exécuter les meubles de quelqu’un, et bien plus généralement encore: saisir chez quelqu’un.
FALLOIR.
| Locut. vic. | Il faut mieux prendre ce parti. |
| Locut. corr. | Il vaut mieux prendre ce parti. |
Le verbe falloir exprime une nécessité, et toute nécessité est absolue. Falloir ne peut donc souffrir après lui aucun adverbe qui le modifie, et doit être remplacé, dans la phrase que nous avons citée, par le verbe valoir.
FAMEUX.
| Locut. vic. | Il avait une fameuse soif. |
| Locut. corr. | Il avait une ardente soif. |
La soif de Tantale est réellement fameuse; mais cet adjectif n’est, dans notre exemple, qu’une hyperbole ridicule.
FARBALA, FALBANA.
| Locut. vic. | C’est une robe à farbala, à falbana. |
| Locut. corr. | C’est une robe à falbala. |
«On attribue à ce mot, dit M. Ch. Nodier, une singulière étymologie, qu’il faut recueillir pour éviter des tortures aux Ménages à venir. Un prince, étonné de l’assurance avec laquelle une marchande de modes se flattait d’avoir dans son magasin tout ce qui peut servir à la parure des femmes, s’avisa de lui demander des falbalas, mariant au hasard les premières syllabes qui se présentèrent à son esprit. On lui apporta sans hésiter cette espèce d’ornement qui en a conservé le nom.» (Exam. crit. des Dict.).
FARCE.
| Locut. vic. | Votre ami est farce. |
| Locut. corr. | Votre ami est farceur. |
Farce est un substantif, faire une farce, et non un adjectif, quoique M. Raymond ait cru pouvoir le placer comme tel dans son dictionnaire, contrairement à l’avis de presque tous nos grammairiens.
FATIGUER.
| Locut. vic. | Cet homme fatigue beaucoup. |
| Locut. corr. | Cet homme se fatigue beaucoup. |
L’Académie et plusieurs grammairiens distingués approuvent l’emploi de fatiguer, comme verbe neutre, avec un nom de personne pour sujet. L’usage est contraire à cette manière de parler, et, à quelques exceptions près, on ne trouve, dans nos bons auteurs, le verbe fatiguer employé, en parlant des personnes, que comme verbe actif. Le neutre est réservé pour les choses. C’est une richesse de notre langue qui nous permet de comprendre, lorsqu’on dit elle fatigue beaucoup, qu’il est question d’une chose, d’une poutre par exemple, et non d’une femme, parce qu’il aurait fallu dire, dans ce dernier cas, elle se fatigue beaucoup. Notre langue ne doit pas dédaigner ses richesses; on ne l’a jamais accusée d’en avoir trop.
FAUTE.
| Locut. vic. | Ce n’est qu’une faute d’inattention. |
| Locut. corr. | Ce n’est qu’une faute d’attention. |
Une faute d’attention est une faute commise par l’attention, c’est-à-dire une inattention; mais si vous dites: vous avez fait une faute d’inattention, c’est comme si vous disiez: votre inattention a fait une faute, ou, en d’autres termes, vous avez eu de l’attention. Or, ce n’est pas là ce qu’on veut exprimer; cette manière de parler est donc défectueuse.
FER A CHEVAL, FER DE CHEVAL.
| Locut. vic. | Ce fer à cheval est mal forgé. | |
| La table était faite en fer de cheval. | ||
| Locut. corr. | Ce fer de cheval est mal forgé. | |
| La table était faite en fer à cheval. | ||
La distinction que nous venons d’établir nous paraît bien minutieuse, et il ne faut rien moins que l’autorité du Dictionnaire de l’Académie pour nous engager à appuyer cette ridicule fantaisie de puriste. Conçoit-on qu’on doive dire qu’une table qui a la forme d’un fer de cheval est faite en fer à cheval? ne vaudrait-il pas mieux dire, comme le veut l’usage, un fer à cheval, au propre et au figuré?
FERMER.
| Locut. vic. | Pourquoi nous a-t-on fermés dans cette chambre? |
| Locut. corr. | Pourquoi nous a-t-on enfermés dans cette chambre? |
«Fermer pour enfermer est un gasconisme. Fermez vos livres dans cette armoire; et aussi se fermer pour s’enfermer; se fermer dans sa chambre, dans un cloître.» (Desgrouais, Gasc. corr.)
FÊTE DE DIEU.
| Locut. vic. | Le jour de la fête de Dieu. |
| Locut. corr. | Le jour de la Fête-Dieu. |
L’expression de Fête-Dieu est fort ancienne. A l’époque où elle prit naissance, l’usage permettait de joindre deux mots, dont l’un était en génitif, sans que ce rapport fût marqué par la préposition de. Plusieurs expressions, que nous avons encore, ont été formées de cette manière, telles que Hôtel-Dieu, Apport-Paris, etc. Le génie de notre langue s’est modifié depuis, mais nous avons conservé ces vieux mots, débris du moyen âge, qui ne sont plus pour nous, après tout, que de véritables anomalies, et contre lesquels il n’est pas étonnant que le bon sens populaire proteste quelquefois.
FEU.
Mon feu, mes feux, sont des expressions ridicules, dont nos poètes se sont long-temps servis pour dire: mon amour, et qui ne devraient plus être employées maintenant. Ce serait du classicisme outré dont les romantiques auraient raison de se moquer. Il est temps d’abandonner toutes ces vieilles métaphores, usées par un emploi immodéré, pour ne parler, autant que possible, que le langage de la nature. Les vers suivans ne sont-ils pas tout à fait risibles aujourd’hui?