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Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5) cover

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 1 de 5)

Chapter 49: Notes
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About This Book

The work proposes a method of literary history that reads texts as indices of living societies, insisting that documents must be used to reconstruct the people, habits, institutions, and environments that produced them. It formulates principles for how a primary cause disperses effects among groups, explores mutual dependencies and proportional influences, and illustrates the method with cultural examples to show how climate, social customs, and daily life shape styles, genres, and ideas. The overall aim is to make the past present by linking literary forms and themes to the bodily, social, and mental realities of their creators and audiences.

Deux écrivains surtout manifestent cet état d'esprit, le premier, Robert Burton, ecclésiastique et solitaire d'Université, qui passa sa vie dans les bibliothèques et feuilleta toutes les sciences, aussi érudit que Rabelais, d'une mémoire inépuisable et débordante; inégal d'ailleurs, doué de verve et gai par saccades, mais le plus souvent triste et morose, jusqu'à confesser dans son épitaphe que la mélancolie a fait sa vie et sa mort; avant tout original, amateur de son propre sens et l'un des premiers modèles de ce singulier tempérament anglais qui, retirant l'homme en lui-même, développe en lui tantôt l'imagination, tantôt le scrupule, tantôt la bizarrerie, et fait de lui, selon les circonstances, un poëte, un excentrique, un humoriste, un fou ou un puritain. Trente ans durant il a lu, il s'est mis une encyclopédie dans la tête, et maintenant pour s'amuser et se décharger, il prend un in-folio de papier blanc. Vingt vers d'un poëte, douze lignes d'un traité sur l'agriculture, une colonne d'in-folio sur les armoiries, la description des poissons rares, un paragraphe d'un sermon sur la patience, le compte des accès de fièvre dans l'hypocondrie, l'histoire de la particule que, un morceau de métaphysique, voilà ce qui a passé dans son cerveau en un quart d'heure: c'est un carnaval d'idées et de phrases grecques, latines, allemandes, françaises, italiennes, philosophiques, géométriques, médicales, poétiques, astrologiques, musicales, pédagogiques, entassées les unes sur les autres, pêle-mêle énorme, prodigieux fouillis de citations entre-croisées, de pensées heurtées, avec la vivacité et l'entrain d'une fête de fous. «J'apprends, dit-il, de nouvelles nouvelles tous les jours,—et les rumeurs ordinaires de guerre, pestes, incendies, inondations, vols, meurtres, massacres, météores, comètes, spectres, prodiges, apparitions, villes prises, cités assiégées en France, en Germanie, en Turquie, en Perse, en Pologne, etc.; les levées et préparatifs journaliers de guerre et autres choses semblables qu'amène notre temps orageux, batailles livrées, tant d'hommes tués, monomachies, naufrages, pirateries, combats sur mer, paix, ligues, stratagèmes et nouvelles alarmes,—une vaste confusion de vœux, désirs, actions, édits, pétitions, procès, défenses, proclamations, plaintes, griefs,—sont chaque jour apportés à nos oreilles.—De nouveaux livres chaque jour, pamphlets, nouvelles, histoires, catalogues entiers de volumes de toute sorte, paradoxes nouveaux, opinions, schismes, hérésies, controverses en philosophie, en religion, etc. Puis viennent des nouvelles de mariages, mascarades, fêtes, jubilés, ambassades, joutes et tournois, trophées, triomphes, galas, jeux, pièces de théâtre. Aujourd'hui nous apprenons qu'on a créé de nouveaux seigneurs et officiers, demain qu'il y a des grands déposés, puis que de nouveaux honneurs ont été conférés. L'un est mis en liberté, l'autre est emprisonné. L'un achète, l'autre ne peut payer; celui-ci fait fortune; son voisin fait, banqueroute. Ici l'abondance, là la cherté et la famine. L'un court, l'autre chevauche, querelle, rit, pleure, etc. Ainsi tous les jours j'apprends des nouvelles publiques et privées[349].»—«Quel monde de livres ne s'offre pas, en tous les sujets, arts et sciences, pour le contentement et selon la capacité du lecteur? En arithmétique, géométrie, perspective, optique, astronomie, architecture, sculptura, pictura, sciences sur lesquelles on a dernièrement écrit tant de traités si élaborés; dans la mécanique et ses mystères, dans l'art de la guerre, de la navigation, de l'équitation, de l'escrime, de la natation, des jardins, de la culture des arbres; de grands volumes sur l'économie domestique, la cuisine, l'art d'élever des faucons, de chasser, de pêcher, de prendre les oiseaux, etc.; avec des peintures exactes de tous les jeux, exercices; que n'y a-t-il pas? En musique, métaphysique, philosophie naturelle et morale, philologie, politique, chronologie, dans les généalogies, dans le blason, etc.: il y a de grands volumes ou ces traités des anciens, etc. Et quid subtilius arithmeticis inventionibus? Quid jucundius musicis rationibus? Quid divinius astronomicis? Quid rectius geometricis demonstrationibus? Quel plus grand plaisir que de lire ces fameuses expéditions de Christophe Colomb, Améric Vespuce, Marc-Paul le Vénitien, Vertomannus, Aloysius Cadamustus, etc.? ces journaux exacts des Portugais, des Hollandais, de Bartison, d'Olivier à Nort, etc.? les voyages d'Hakluit, les décades de Pierre Martyr, les récits de Linschoten, les Hodœporicons de Jodocus à Meggen, de Brocarde le Moine, de Bredenbachius, de Sands, de J. Dubinius à Jérusalem, en Égypte et autres endroits reculés du monde? ces agréables itinéraires de Paulus Hentzerus, de Jocodus Sincerus, de Dux Polonus, etc.? ces parties de l'Amérique, curieusement dessinées et gravées par les frères A. Bry? de voir un herbier gravé, les herbes, les arbres, les fleurs, les plantes, tous les végétaux représentés, avec les couleurs naturelles de la vie, comme dans Matthiolus sur Dioscorides, Delacampius, Lobel, Bauhinus, et ce dernier herbier volumineux et énorme de Besler de Nuremberg, où presque toute plante est figurée avec sa vraie grandeur? devoir les oiseaux, les bêtes, les poissons de la mer, les araignées, les moucherons, les serpents, les mouches, etc., toutes les créatures figurées par le même art et représentées exactement en vives, couleurs, avec une fidèle description de leurs natures, vertus et qualités, etc., comme l'ont fait soigneusement Ælien, Gesner, Ulysse Aldrovandus, Bellonus, Rondoletius, Hippolytus Salvianus, etc.[350]?» Il ne finit pas; les mots, les phrases regorgent, s'accumulent, se recouvrent, et roulent emportant le lecteur assourdi, étourdi, demi-noyé, incapable de trouver terre au milieu de ce déluge. Burton est intarissable. Il n'est point d'idées qu'il ne répète sous cinquante formes; quand il a épuisé les siennes, il verse sur nous celles des autres; les classiques, les auteurs plus rares, connus seulement des savants, les auteurs plus rares encore, connus seulement des érudits, il prend chez tous. Sous ces profondes cavernes d'érudition et de science, il en est une plus noire et plus inconnue que toutes les autres, comblée d'auteurs ignorés, de noms rébarbatifs, Besler de Nuremberg, Adricomius, Linschoten, Brocarde, Bredenbachius. Parmi tous ces monstres antédiluviens, hérissés de terminaisons latines, il est à son aise; il se joue, il rit, il saute de l'un sur l'autre, il les mène de front. Il a l'air du vieux Protée, hardi coureur, qui en une heure, sur son attelage d'hippopotames, fait le tour de l'Océan.

Quel sujet prend il? La mélancolie[351], son propre état d'esprit, et il le prend en homme d'école. Nul traité de saint Thomas, n'est plus régulièrement construit que le sien. Ce torrent d'érudition vient se distribuer en canaux géométriquement tracés qui divergent à angles droits sans dévier d'une seule ligne. En tête de chaque partie vous apercevez un tableau synoptique et analytique, avec tirets, accolades, chaque division engendrant des subdivisions, chaque subdivision engendrant des sections, chaque section engendrant des sous-sections: de la maladie en général, de la mélancolie en particulier, de sa nature, de son siége, de ses espèces, de ses causes, de ses symptômes, de son pronostic; de la cure par moyens permis, par moyens défendus, par moyens diététiques, par moyens pharmaceutiques: selon la méthode scolastique, il descend du général au particulier, et dispose chaque émotion et chaque idée dans une case numérotée. Dans ce cadre fourni par le moyen âge, il entasse tout, en homme de la Renaissance, la peinture littéraire des passions et la description médicale de l'aliénation mentale, les détails d'hôpital avec la satire des sottises humaines, les documents physiologiques à côté des confidences personnelles, les recettes d'apothicaire avec les conseils moraux, les remarques sur l'amour avec l'histoire des évacuations. Le triage des idées n'a pas encore été fait: médecin et poëte, lettré et savant, l'homme est tout à la fois; fauté de digues, les idées viennent comme des liqueurs différentes se déverser dans la même cuve avec des pétillements et des bouillonnements étranges, avec une odeur déplaisante et des effets baroques. Mais la cuve est pleine, et de ce mélange naissent des composés puissants que nul âge n'avait encore connus.

IV

Car, dans le mélange, il y a un ferment efficace, le sentiment poétique qui remue et anime l'érudition énorme, qui refuse de s'en tenir aux secs catalogues, qui, interprétant chaque fait, chaque objet, y démêle ou y devine une âme mystérieuse, et trouble tout l'homme en lui représentant comme une énigme grandiose le monde qui s'agite en lui et hors de lui. Figurons-nous un esprit parent de celui de Shakspeare, devenu érudit et observateur au lieu d'être acteur et poëte, qui, au lieu de créer, s'occupe à comprendre, mais qui, comme Shakspeare, s'applique aux choses vivantes, pénètre leur structure intime, s'attache à leurs lois réelles, imprime passionnément et scrupuleusement en lui-même les moindres linéaments de leur figure; qui en même temps projette au delà de l'observation positive ses divinations pénétrantes, entrevoit derrière les apparences sensibles je ne sais quel monde obscur et sublime, et tressaille avec une sorte de vénération devant la grande noirceur vague et peuplée à la surface de laquelle tremblote notre petit univers. Tel est sir Thomas Browne, naturaliste, philosophe, érudit, médecin et moraliste, presque le dernier de la génération qui porta Jérémie Taylor et Shakspeare. Nul penseur ne témoigne mieux de la flottante et inventive curiosité du siècle. Nul écrivain n'a mieux manifesté la splendide et sombre imagination du Nord. Nul n'a parlé avec une émotion plus éloquente de la mort, de l'énorme nuit de l'oubli, de l'engloutissement où toute chose sombre, de la vanité humaine, qui, avec de la gloire ou des pierres sculptées, essaye de se fabriquer une immortalité éphémère. Nul n'a produit au jour, par des expressions plus éclatantes et plus originales, la séve poétique qui coule dans tous les esprits du siècle. «L'injuste oubli, dit-il, secoue à l'aveugle ses pavots, et traite la mémoire des hommes sans distinguer, entre leurs droits à l'immortalité. Qui n'a pitié du fondateur des Pyramides? Érostrate vit pour avoir détruit le temple de Delphes, et celui-là qui l'a bâti est presque perdu. Le temps a épargné l'épitaphe du cheval d'Adrien et anéanti la sienne.... Tout est folie, vanité nourrie de vent. Les momies égyptiennes que Cambyse et le temps ont épargnées, sont maintenant la proie de mains rapaces. Mizraïm guérit les blessures, et Pharaon est vendu pour fabriquer du baume... Le plus grand nombre doit se contenter d'être comme s'il n'avait pas été et de subsister dans le livre de Dieu, non dans la mémoire des hommes. Vingt-sept noms font toute l'histoire des temps qui précèdent le déluge, et tous les noms conservés jusqu'aujourd'hui ne font pas ensemble un seul siècle de vivants. Le nombre des morts excède de beaucoup tout ce qui vit; ce que le monde a vécu dépasse beaucoup ce qui lui reste à vivre, et chaque heure ajoute à ce nombre grandissant qui ne sait s'arrêter une seule minute.... D'ailleurs l'oubli enlève au souvenir une large part de nous-mêmes, même lorsque nous sommes vivants encore. Nous ne nous rappelons que faiblement nos félicités, et les plus poignants coups des afflictions ne laissent en nous que des cicatrices éphémères. La sensibilité n'endure rien d'extrême, et les chagrins nous détruisent ou se détruisent.... Nous ignorons nos maux avenir, nous oublions nos maux passés par une miséricordieuse prévoyance de la nature, qui nous fait digérer ainsi notre mélange de courts et mauvais jours, et qui, délivrant nos sens des souvenirs qui les blesseraient, laisse à nos plaies saignantes le temps de se refermer et de se guérir.» Ainsi de toutes parts la mort nous entoure et nous presse. «Elle est l'accoucheuse de la vie, et puisque le sommeil son frère nous hante journellement de ses avertissements funéraires; puisque le temps, qui vieillit de lui-même, nous défend d'espérer une grande durée, c'est à nous de regarder les longs espoirs comme des rêves et comme une attente d'insensés[352]

Voilà presque des paroles de poëte, et c'est justement cette imagination de poëte qui le pousse en avant dans la science[353]. En présence des productions naturelles, il fourmille de conjectures, de rapprochements; il tâtonne à l'entour, proposant des explications, essayant des expériences, portant ses divinations comme autant de palpes flexibles et frémissantes aux quatre coins du monde, dans les plus lointaines régions de la fantaisie et de la vérité. En regardant les croûtes arborescentes et foliacées qui se forment à la surface des liqueurs qui gèlent, il se demande si ce n'est point une résurrection des essences végétales dissoutes dans le liquide. À la vue du sang ou du lait qui caille, il cherche s'il n'y a point là quelque chose d'analogue à la formation de l'oiseau dans l'œuf, ou à cette coagulation du chaos qui a enfanté notre monde. En présence de la force insaisissable qui fait geler les liquides, il se demande si les apoplexies et les cataractes ne sont pas l'effet d'une puissance semblable et n'indiquent pas aussi la présence d'un esprit congélateur. Il est devant la nature comme un artiste, un écrivain en présence d'un visage vivant, notant chaque trait, chaque mouvement de physionomie pour parvenir à deviner les passions et le caractère intérieur, corrigeant et défaisant sans cesse ses interprétations, tout agité par l'idée des forces invisibles qui opèrent sous l'enveloppe visible. Tout le moyen âge et l'antiquité avec leurs théories et leurs imaginations, platonisme, cabale, théologie chrétienne, formes substantielles d'Aristote, formes spécifiques de l'alchimie, toutes les spéculations humaines enchevêtrées et transformées l'une dans l'autre se rencontrent à la fois dans sa tête pour lui ouvrir des percées sur ce monde inconnu. L'amas, l'entassement, la confusion, la fermentation et le fourmillement intérieur, mêlé de vapeurs et d'éclairs, le tumultueux encombrement de son imagination et de son esprit, l'oppressent et l'agitent. Dans cette attente et dans cette émotion, sa curiosité se prend à tout; à propos du moindre fait, du plus spécial, du plus archaïque, du plus chimérique, il conçoit une file d'investigations compliquées, calculant comment l'arche a pu contenir toutes les créatures avec leur provision d'aliments; comment Perpenna, dans son festin, rangea les invités afin de pouvoir frapper Sertorius, son hôte; quels arbres ont pu bien pousser au bord de l'Achéron, à supposer qu'il y en ait eu; si les plantations en quinconce n'ont pas leur origine dans le paradis terrestre, et si les nombres et les figures géométriques contenues dans le losange ne se rencontrent pas dans tous les produits de la nature et de l'art. Vous reconnaissez ici l'exubérance et les bizarres caprices d'une végétation intérieure trop ample et trop forte. Archéologie, chimie, histoire, nature, il n'y a rien qui ne l'intéresse jusqu'à la passion, qui ne fasse déborder sa mémoire et son invention, qui n'éveille en lui l'idée de quelque force, certainement admirable, peut-être infinie. Mais ce qui achève de le peindre, et ce qui annonce l'approche de la science, c'est que son imagination se fait contre-poids à elle-même. Il est fertile en doutes autant qu'en explications. S'il voit les mille raisons qui poussent dans un sens, il voit aussi les mille raisons qui poussent dans le sens contraire. Aux deux bouts du même fait il entasse jusqu'aux nuages, mais en piles égales, l'échafaudage des arguments contradictoires. La conjecture faite, il sait qu'elle n'est qu'une conjecture, il s'arrête, finit sur un peut-être, conseille de vérifier. Ses écrits ne sont que des opinions qui se donnent pour des opinions; même le principal est une réfutation des erreurs populaires. En somme, il fait des questions, suggère des explications, suspend ses réponses; rien de plus, et c'est assez; quand la recherche est si ardente, quand les voies où elle se répand sont si nombreuses, quand elle est aussi scrupuleuse à s'assurer de sa prise, l'issue de la chasse est sûre; on est à deux pas de la vérité.

V

C'est dans ce cortége d'érudits, de songeurs et de chercheurs que paraît le plus compréhensif, le plus sensé, le plus novateur des esprits du siècle, François Bacon; ample et éclatant esprit, l'un des plus beaux de cette lignée poétique, et qui, comme ses devanciers, se trouva par nature enclin à recouvrir ses idées de la plus magnifique parure; une pensée ne semblait achevée en cet âge que lorsqu'elle avait pris un corps et une couleur. Mais ce qui distingue celui-ci des autres, c'est que chez lui l'image ne fait que concentrer la méditation. Il a réfléchi longuement, il a imprimé en lui-même toutes les portions et toutes les liaisons de son sujet; il le possède, et à ce moment, au lieu d'étaler cette conception si pleine en une file de raisonnements gradués, il l'enferme sous une comparaison si expressive, si exacte, si transparente, qu'à travers la figure on aperçoit tous les détails de l'idée, comme une liqueur dans un vase de beau cristal. Jugez de son style par un seul exemple: «Comme l'eau, dit-il, soit qu'elle vienne de la rosée du ciel, soit qu'elle sorte des sources de la terre, se disperse et se perd dans le sol, à moins qu'elle ne soit rassemblée dans quelque réceptacle où par son union elle peut se conserver et s'entretenir, d'où il est arrivé que l'industrie de l'homme a construit et disposé des bassins, des conduits, des citernes et des étangs que l'on s'est accoutumé à parer et à embellir pour la magnificence et l'apparat, comme pour l'usage et la nécessité; ainsi la science, soit qu'elle descende de l'inspiration divine, soit qu'elle jaillisse de l'observation humaine, périrait bientôt et s'évanouirait dans l'oubli, si elle n'était point conservée dans des livres, dans des traditions, dans des assemblées, dans des endroits disposés comme les universités, les écoles et les colléges, pour sa réception et son entretien[354].» C'est de cette façon qu'il pense, par des symboles, non par des analyses; au lieu d'expliquer son idée, il la transpose et la traduit, et il la traduit entière, jusque dans ses moindres parcelles, enfermant tout dans la majesté d'une période grandiose ou dans la brièveté d'une sentence frappante. De là un style[355] d'une richesse, d'une gravité, d'une force admirables, tantôt solennel et symétrique, tantôt serré et perçant, toujours étudié et coloré. Il n'y a rien dans la prose anglaise de supérieur à sa diction.

De là aussi sa manière de concevoir les choses. Ce n'est point un dialecticien, comme Hobbes ou Descartes, un homme habile à aligner les idées, à les tirer les unes des autres, à conduire son lecteur du simple au composé par toute la file des intermédiaires. C'est un producteur de conceptions et de sentences. La matière explorée, il nous dit: «Elle est telle, n'y touchez point de ce côté, il faut l'aborder par cet autre.» Rien de plus; nulle preuve, nul effort pour convaincre; il affirme, et s'en tient là; il a pensé à la manière des artistes et des poëtes, et parle à la façon des prophètes et des devins. Cogitata et visa, ce titre d'un de ses livres pourrait être le titre de tous ses livres. Le plus admirable de tous, le Novum Organum, est une suite d'aphorismes, sortes de décrets scientifiques, comme d'un oracle qui prévoit l'avenir et révèle la vérité. Et pour que la ressemblance soit complète, c'est par des figures poétiques, par des abréviations énigmatiques, presque par des vers sibyllins, qu'il les exprime: Idola specûs, Idola tribûs, Idola fori, Idola theatri, chacun se rappelle ces noms étranges qui désignent les quatre espèces d'illusions auxquelles l'homme est soumis[356]. Shakspeare et les voyants n'ont pas des condensations de pensées plus énergiques, plus expressives, qui ressemblent mieux à l'inspiration, et Bacon en a partout de semblables. En somme, son procédé est celui des créateurs, non l'argumentation, mais l'intuition. Quand il a fait sa provision de faits, la plus vaste qui se peut, sur quelque énorme sujet, sur quelque province entière de l'esprit, sur toute la philosophie antérieure, sur l'état général des sciences, sur la puissance et les limites de la raison humaine, il jette sur tout cela une vue d'ensemble comme un grand filet, rapporte une idée universelle, enclôt son idée dans une maxime, et nous la livre en disant: «Vérifiez et profitez.»

VI

Rien de plus hasardeux, de plus voisin de la fantaisie que cette façon de penser, quand elle n'a pas pour frein le bon sens instinctif et positif. Ce bon sens, cette espèce de divination naturelle, cet équilibre stable d'un esprit qui gravite incessamment vers le vrai, comme l'aiguille vers le nord, Bacon le possède au plus haut degré. Il a par excellence l'esprit pratique, utilitaire même, tel qu'il se rencontrera plus tard dans Bentham, tel que l'habitude des affaires va de plus en plus l'imprimer dans les Anglais. Dès l'âge de seize ans, à l'Université, la philosophie d'Aristote lui déplut[357], non qu'il fît peu de cas de l'auteur; au contraire, il l'appelait un grand génie; mais parce qu'elle lui semblait inutile pour la vie, «incapable de produire des œuvres qui servissent au bien-être de l'homme.» On voit que dès son début il tomba sur son idée maîtresse; tout le reste chez lui en dérive, le dédain de la philosophie antérieure, la conception d'une philosophie différente, la réforme entière des sciences par l'indication d'un but nouveau, par la définition d'une méthode distincte, par l'ouverture d'espérances inattendues[358]. Nulle part ce n'est la spéculation qu'il goûte, partout c'est l'application. Il a les yeux tournés non vers le ciel, mais vers la terre, non vers les choses «abstraites et vides,» mais vers les choses palpables et solides, non vers les vérités curieuses, mais vers les vérités profitables. Il veut «améliorer la condition humaine,» «travailler au bien-être de l'homme,» «doter la vie humaine de nouvelles inventions et de nouvelles ressources,» «munir le genre humain de nouvelles puissances et de nouveaux instruments d'action.» Sa philosophie n'est elle-même qu'un instrument, organum, une sorte de machine ou de levier construit pour que l'esprit puisse soulever des poids, rompre des barrières, ouvrir des percées, exécuter des travaux qui jusqu'ici dépassaient sa force. À ses yeux, chaque science particulière, comme la science tout entière, doit être un outil. Il engage les mathématiciens à quitter leur géométrie pure, à n'étudier les nombres qu'en vue de la physique, à ne chercher des formules que pour calculer les quantités réelles et les mouvements naturels. Il recommande aux moralistes d'observer l'âme, les passions, les habitudes, les tentations, non en oisifs, mais en vue de la guérison ou de l'atténuation du vice, et donne pour but à la science des mœurs la réformation des mœurs. Toujours pour lui l'objet d'une science est l'établissement d'un art, c'est-à-dire la production d'une chose active et utile; quand il veut rendre sensible par un roman la nature efficace de sa philosophie, il décrit dans sa Nouvelle Atlantide, avec une hardiesse de poëte et une justesse de devin, presque en propres termes, les applications modernes et l'organisation présente des sciences, académies, observatoires, aérostats, bateaux sous-marins, amendements des terres, transformations des espèces, reviviscences, découverte des remèdes, conservation des aliments. Aussi bien, dit son principal personnage, «le but de notre Institut est la découverte des causes et la connaissance de la nature intime des forces primordiales et des principes des choses, en vue d'étendre les limites de l'empire de l'homme sur la nature entière et d'exécuter tout ce qui lui est possible.» Et ce possible est l'infini.

D'où vient-elle, cette idée si grande et si juste? Sans doute il a fallu pour l'atteindre du bon sens et aussi du génie; mais ni le bon sens ni le génie n'ont manqué aux hommes; il y en a eu plus d'un qui, remarquant comme Bacon le progrès des industries particulières, a pu, comme lui, concevoir l'industrie universelle, et, de certaines améliorations limitées, conclure l'amélioration sans limites. C'est ici que la puissance des alentours se manifeste; l'homme croit tout faire par la force de sa pensée personnelle, et il ne fait rien que par le concours des pensées environnantes; il s'imagine suivre la petite voix qui parle au dedans de lui, et il ne l'écoute que parce qu'elle est grossie de mille voix bruissantes et impérieuses qui, parties de toutes les circonstances voisines ou lointaines, viennent se confondre avec elle en vibrant à l'unisson. Le plus souvent, comme Bacon, il l'a entendue dès le premier éveil de sa réflexion; mais elle a disparu sous les sons contraires qui du dehors sont arrivés pour la recouvrir. Cette confiance en l'élargissement infini de la puissance humaine, cette glorieuse idée de la conquête universelle de la nature, cette ferme espérance en l'augmentation continue du bien-être et du bonheur, croyez-vous qu'elle eût pu germer, grandir, occuper tout un esprit, et de là s'enraciner, se propager et se déployer dans les intelligences voisines, en un temps de découragement et de décadence, quand on croyait la fin du monde prochaine, quand les ruines se faisaient tout autour de l'homme, quand le mysticisme chrétien comme aux premiers siècles, quand la tyrannie ecclésiastique comme au quatorzième siècle, lui démontraient son impuissance en pervertissant son invention ou en écrasant sa liberté? Bien loin de là: de telles espérances devaient paraître alors des révoltes de l'orgueil ou des suggestions de la chair. Elles parurent telles, et les derniers représentants de la science antique, comme les premiers représentants de la science moderne, furent exilés ou enfermés, assassinés ou brûlés. Pour se développer, il faut qu'une idée soit en harmonie avec la civilisation qui l'entoure; pour que l'homme espère l'empire des choses et travaille à refondre sa condition, il faut que de toutes parts l'amélioration ait commencé, qu'autour de lui les industries grandissent, que les connaissances s'amassent, que les beaux-arts se déploient, que cent mille témoignages irrécusables viennent incessamment lui donner la preuve de sa force et la certitude de son progrès. «L'enfantement viril du siècle[359],» ce titre que Bacon décerne à son œuvre, est le véritable. En effet, tout le siècle y a coopéré; c'est par cette création qu'il s'achève. Le sentiment de la puissance et de la prospérité humaine a fourni à la Renaissance son premier ressort, son modèle idéal, sa matière poétique, son caractère propre, et maintenant il lui fournit son expression définitive, sa doctrine scientifique et son objet final.

Ajoutez encore sa méthode. Car une fois le but d'un voyage marqué, la route est désignée, puisque partout c'est le but qui désigne la route; quand le point d'arrivée devient nouveau, la voie pour arriver devient nouvelle, et la science, changeant d'objet, change de procédé. Tant qu'elle bornait son effort à contenter la curiosité oisive, à fournir des perspectives, à établir une sorte d'opéra dans les cervelles spéculatives, elle pouvait s'élancer au bout d'un instant dans les abstractions et les distinctions métaphysiques; c'était assez pour elle d'effleurer l'expérience; elle en sortait aussitôt; elle arrivait tout de suite aux grands mots, aux quiddités, au principe d'individuation, aux causes finales. Les demi-preuves lui suffisaient; au fond, elle ne s'occupait pas d'établir une vérité, mais d'arracher une conviction, et son instrument, le syllogisme, n'était bon que pour les réfutations, non pour les découvertes; il prenait les lois générales pour point de départ au lieu de les prendre pour point d'arrivée; au lieu d'aller les trouver, il les supposait trouvées; il servait dans les écoles, non dans la nature, et faisait des disputeurs, non des inventeurs. Du moment qu'une science a pour but un art, et qu'on étudie pour agir, tout est retourné; car on n'agit pas sans une connaissance indubitable et précise. Pour employer des forces, il faut qu'elles soient mesurées, vérifiées; pour bâtir une maison, il faut savoir avec exactitude la résistance des poutres, autrement la maison croulera; pour guérir un malade, il faut savoir avec certitude l'effet d'un remède, autrement le malade mourra. La pratique impose à la science la certitude et l'exactitude, parce que la pratique est impossible quand elle n'a pour appuis que des conjectures et des à-peu-près. Comment faire pour sortir des à-peu-près et des conjectures? Comment importer dans la science la solidité et la précision? Il faut imiter les cas où la science, aboutissant à la pratique, s'est montrée précise et solide, et ces cas sont les industries. Il faut, comme dans les industries, observer, essayer, tâtonner, vérifier, tenir son esprit fixé «sur des choses sensibles et particulières,» n'avancer que pas à pas vers les règles générales, «ne point anticiper» sur l'expérience, mais la suivre, ne point supposer la nature, mais «l'interpréter.» Il faut, pour chaque effet général, comme la chaleur, la blancheur, la dureté, la liquidité, chercher une condition générale, en telle façon qu'en produisant la condition on puisse produire l'effet. Et pour cela il faut, «par des rejets et des exclusions convenables,» extraire la condition cherchée de l'amas de faits où elle gît enfouie, construire la table des cas où l'effet est absent, la table des cas où l'effet est présent, la table des cas où l'effet se montre avec des degrés divers, afin d'isoler et de mettre au jour la condition qui le produit[360]. Alors paraîtront non les axiomes universels inutiles, mais «les axiomes moyens efficaces,» véritables lois d'où l'on pourra tirer des œuvres, et qui sont des sources de puissance au même degré que des sources de lumière[361]. Bacon décrit et prédit ici la science et l'industrie moderne, leur correspondance, leur méthode, leurs ressources, leur principe, et après plus de deux siècles, c'est encore chez lui que nous allons chercher aujourd'hui la théorie de ce que nous tentons et de ce que nous faisons.

Au delà de cette grande vue, il n'a rien trouvé. Cowley, un de ses admirateurs, disait justement que, pareil à Moïse sur le mont Phisgah, il avait le premier annoncé la terre promise; mais il aurait pu ajouter aussi justement que, comme Moïse, il s'était arrêté sur le seuil. Il a indiqué la route et ne l'a point parcourue; il a enseigné à découvrir les lois naturelles, et n'a découvert aucune loi naturelle. Sa définition de la chaleur est grossièrement imparfaite. Son histoire naturelle est remplie d'explications chimériques[362]. À la façon des poëtes, il peuple la nature d'instincts et d'inclinations; il attribue aux corps une véritable voracité, à l'air une sorte de soif pour les clartés, les sons, les odeurs, les vapeurs qu'il absorbe; aux métaux, une sorte de hâte pour s'incorporer les eaux-fortes. Il explique la durée des bulles d'air qui flottent à la surface des liquides, en supposant que d'air n'a qu'un appétit médiocre ou nul pour les hauteurs. Il voit dans chaque qualité, la pesanteur, la ductilité, la dureté, une essence distincte qui a sa cause particulière, de telle façon que lorsqu'on connaîtra la cause de chaque qualité de l'or, on pourra mettre toutes ces causes ensemble et faire de l'or. En somme, avec les alchimistes, avec Paracelse et Gilbert, avec Kepler lui-même, avec tous les hommes de son temps, gens d'imagination et élevés dans Aristote, il se représente la nature comme un composé d'énergies secrètes et vivantes, de forces inexplicables et primordiales, d'essences distinctes et indécomposables, affectées chacune, par la volonté du Créateur, à la production d'un effet distinct. Peu s'en faut qu'il n'y voie des âmes douées de répugnances sourdes et de penchants occultes, qui aspirent ou résistent à certaines directions, à certaines mixtures et à certaines habitations. C'est pour cela encore que dans ses recherches il confond tout en un monceau, propriétés végétatives et médicinales, mécaniques et curatives[363], physiques et morales, sans considérer les plus complexes comme des dépendances des plus simples, au contraire, chacune d'elles en soi et prise à part comme un être irréductible et indépendant. Aheurtés à cette erreur, les penseurs de ce temps piétinent en place. Ils aperçoivent bien avec Bacon le grand champ des découvertes, mais ils n'y peuvent pénétrer. Il leur manque une idée, et, faute de cette idée, ils n'avancent pas. La forme d'esprit, qui tout à l'heure était un levier, maintenant est un obstacle; il faut qu'elle change pour que l'obstacle disparaisse. Car les idées, j'entends les grandes et les efficaces, ne naissent point à volonté et au hasard, par l'effort d'un individu ou par l'accident d'une rencontre. Comme les littératures et les religions, les méthodes et les philosophies sortent de l'esprit du siècle; et c'est l'esprit du siècle qui fait leur impuissance comme leur pouvoir. Il y a tel état de l'intelligence publique qui exclût tel genre littéraire; et il y a tel état de l'intelligence publique qui exclut telle conception scientifique. Quand il en est ainsi, les écrivains et les penseurs ont beau se travailler, le genre avorte et la conception n'apparaît pas. En vain ils tournent alentour, essayant de soulever le poids qui les arrête; quelque chose de plus fort qu'eux énerve leurs mains et frustre leurs tentatives. Il faut que le pivot central de l'énorme roue par laquelle tournent toutes les affaires humaines se déplace d'un cran, et que par son mouvement tout soit mû. Le pivot tourne en ce moment, et voici qu'une révolution de la grande roue commence, apportant une nouvelle conception de la nature, et par suite la portion de méthode qui manquait. Aux divinateurs, aux créateurs, aux esprits compréhensifs et passionnés qui saisissaient les objets en blocs et par masses, ont succédé les discoureurs, les méthodiques, es ordonnateurs de raisonnements gradués et clairs qui, disposant les idées par séries continues, conduisent insensiblement l'auditeur de la plus simple à la plus composée par des passages aisés et unis. Descartes a remplacé Bacon; l'âge classique vient d'effacer la Renaissance; la poésie et la grande imagination se retirent devant la rhétorique, l'éloquence et l'analyse. Dans cette transformation de l'esprit, les idées se transforment. Tout se dessèche et se simplifie. L'univers, comme le reste, se réduit à deux ou trois notions, et la conception de la nature, qui était poétique, devient mécanique. Au lieu d'âmes, de forces vivantes, de répugnances et d'appétits, on y voit des poulies, des leviers et des chocs. Le monde, qui paraissait un amas de puissances instinctives, ne semble plus qu'une machine de rouages engrenés. Au fond de cette supposition hasardeuse gît une grande vérité certaine: c'est qu'il y a une échelle de faits, les uns au sommet, très-compliqués, les autres au bas, très-simples, ceux d'en haut ayant leur cause dans ceux d'en bas; en sorte que les inférieurs expliquent les supérieurs, et que c'est dans les lois du mouvement qu'il faut chercher les premières lois des choses. On les cherche, Galilée les trouve; désormais l'œuvre de la Renaissance, dépassant le point extrême où Bacon l'a poussée et laissée, peut s'étendre seule, et va s'étendre à l'infini.

FIN DU PREMIER VOLUME.

TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE PREMIER VOLUME.

INTRODUCTION.

  • L'histoire se transforme depuis un siècle.—Causes de cette transformation.—En quoi elle consiste. III
  • I. Les documents historiques ne sont que des indices au moyen desquels il faut reconstruire l'individu visible. IV
  • II. L'homme corporel et visible n'est qu'un indice au moyen duquel on doit étudier l'homme invisible et intérieur. IX
  • III. Les états et les opérations de l'homme intérieur et invisible ont pour causes certaines façons générales de penser et de sentir. XV
  • IV. Principales formes de pensées et de sentiments. Leurs effets historiques. XVIII
  • V. Les trois forces primordiales.—La race.—Le milieu.—Le moment.—Comment l'histoire est un problème de mécanique psychologique. Dans quelles limites on peut prévoir. XXIII
  • VI. Comment se distribuent les effets d'une cause primordiale. Communauté des éléments. Composition des groupes. Loi des dépendances mutuelles. Loi des influences proportionnelles. XXXIV
  • VII. Loi de formation d'un groupe. Exemples et indications. XLI
  • VIII. Problème général et avenir de l'histoire. Méthode psychologique. Valeur des littératures. Objet de ce livre. XLIII

LIVRE I.
LES ORIGINES.

Chapitre I.—Les Saxons.

  • I. L'ancienne patrie.—Le sol, la mer, le ciel, le climat.—La nouvelle patrie.—Le pays humide et la terre ingrate.—Influence du climat sur le caractère. 2
  • II. Le corps.—La nourriture.—Les mœurs.—Les instincts rudes en Germanie et en Angleterre. 7
  • III. Les instincts nobles en Germanie.—L'individu.—La famille.—L'État.—La religion.—L'Edda.—Conception tragique et héroïque du monde et de l'homme. 16
  • IV. Les instincts nobles en Angleterre.—Le guerrier et son chef.—La femme et son mari.—Poëme de Beowulf.—La société barbare et le héros barbare. 28
  • V. Poëmes païens.—Genre et force des sentiments.—Tour de l'esprit et du langage.—Véhémence de l'impression et aspérité de l'expression. 39
  • VI. Poëmes chrétiens.—En quoi les Saxons sont prédisposés au christianisme.—Comment ils se convertissent au christianisme.—Comment ils entendent le christianisme.—Hymnes de Cœdmon.—Hymne des Funérailles.—Poëme de Judith.—Paraphrase de la Bible. 45
  • VII. Pourquoi la culture latine n'a point de prise sur les Saxons.—Raisons tirées de la conquête saxonne.—Bède, Alcuin, Alfred.—Traductions.—Chroniques.—Compilations.—Impuissance des latinistes.—Raisons tirées du caractère saxon.—Adhelm.—Alcuin.—Vers latins.—Dialogues poétiques.—Mauvais goût des latinistes. 58
  • VIII. Opposition des races germaniques et des races latines.—Caractère de la race saxonne.—Elle persiste sous la conquête normande. 69

Chapitre II.—Les Normands.

  • I. Formation et caractère de l'homme féodal. 73
  • II. Expédition et caractère des Normands.—Contraste des Normands et des Saxons.—Les Normands sont Français.—Comment ils sont devenus Français.—Leur goût et leur architecture.—Leur curiosité et leur littérature.—Leur chevalerie et leurs amusements.—Leur tactique et leur succès. 74
  • III. Forme d'esprit des Français.—Deux traits principaux: les idées distinctes et les idées suivies.—Construction psychologique de l'esprit français.—Narrations prosaïques, manque de coloris et de passion, facilité et bavardage.—Logique et clarté naturelle, sobriété, grâce et délicatesse, finesse et moquerie.—L'ordre et l'agrément.—Quel genre de beauté et quelle sorte d'idées les Français ont apportés dans le monde. 75
  • IV. Les Normands en Angleterre.—Leur situation et leur tyrannie.—Ils importent leur littérature et leur langue.—Ils oublient leur littérature et leur langue.—Peu à peu ils apprennent l'anglais.—Peu à peu l'anglais se francise. 84
  • V. Ils traduisent en anglais des livres français.—Paroles de sir John Mandeville.—Layamon, Robert de Gloucester, Robert de Brunne.—Ils imitent en anglais la littérature française.—Manuels moraux, chansons, fabliaux, chansons de Geste.—Éclat, frivolité et vide de cette culture française.—Barbarie et ignorances de cette civilisation féodale.—La chanson de Geste de Richard Cœur de Lion, et les voyages de sir John de Mandeville.—Pauvreté de la littérature importée et implantée en Angleterre.—Pourquoi elle n'a point abouti sur le continent ni en Angleterre. 97
  • VI. Les Saxons en Angleterre.—Persistance de la nation saxonne, et formation de la constitution anglaise.—Persistance du caractère saxon et formation du caractère anglais. 104
  • VII à XI. Opposition du héros populaire en France et en Angleterre.—Les fabliaux du Renard et les ballades de Robin Hood.—Comment le caractère saxon maintient et prépare la liberté politique.—Opposition de l'état des communes en France et en Angleterre.—Théorie de la constitution anglaise par sir John Fortescue.—Comment la constitution de la nation saxonne maintient et prépare la liberté politique.—Situation de l'Église et précurseurs de la Réforme en Angleterre.—Pierre Plowman et Wyclef.—Comment le caractère saxon et la situation de l'Église normande préparent la réforme religieuse.—Inachèvement et impuissance de la littérature nationale.—Pourquoi elle n'a pas abouti. 121

Chapitre III.—La nouvelle langue.

  • I. Chaucer.—Son éducation.—Sa vie politique et mondaine.—En quoi elle a servi son talent.—Il est le peintre de la seconde société féodale. 166
  • II. Comment le moyen âge a dégénéré.—Diminution du sérieux dans les mœurs, dans les écrits et dans les œuvres d'art.—Besoin d'excitation.—Situations analogues de l'architecture et de la littérature. 168
  • III. En quoi Chaucer est du moyen âge.—Poëmes romantiques et décoratifs.—Le Roman de la Rose.Troïlus et Cressida.Contes de Cantorbéry.—Défilé de descriptions et d'événements.—La Maison de la Renommée.—Visions et rêves fantastiques.—Poëmes d'amour.—Troïlus et Cressida.—Développement exagéré de l'amour au moyen âge.—Pourquoi l'esprit avait pris cette voie.—L'amour mystique.—La Fleur et la Feuille.—L'amour sensuel.—Troïlus et Cressida. 170
  • IV. En quoi Chaucer est Français.—Poëmes satiriques et gaillards.—Contes de Cantorbéry.—La bourgeoise de Bath et le mariage.—Le frère quêteur et la religion.—La bouffonnerie, la polissonnerie et la grossièreté du moyen âge. 177
  • V. En quoi Chaucer est Anglais et original.—Conception du caractère et de l'individu.—Van Eyck et Chaucer sont contemporains.—Prologue des Contes de Cantorbéry.—Portraits du franklin, du moine, du meunier, de la bourgeoise, du chevalier, de l'écuyer, de l'abbesse, du bon curé.—Liaison des événements et des caractères.—Conception de l'ensemble.—Importance de cette conception.—Chaucer précurseur de la Renaissance.—Il s'arrête en chemin.—Ses longueurs et ses enfances.—Causes de cette impuissance.—Sa prose et ses idées scolastiques.—Comment dans son siècle il est isolé. 180
  • VI à VIII. Liaison de la philosophie et de la poésie.—Comment les idées générales ont péri sous la philosophie scolastique.—Pourquoi la poésie périt.—Comparaison de la civilisation et de la décadence au moyen âge et en Espagne.—Extinction de la littérature anglaise.—Traducteurs.—Rimeurs de chroniques.—Poëtes didactiques.—Rédacteurs de moralités.—Gower.—Occleve.—Lydgate.—Analogie du goût dans les costumes, dans les bâtiments et dans la littérature.—Idée triste du hasard et de la misère humaine.—Hawes.—Barcklay.—Skelton.—Rudiments de la Réforme et de la Renaissance. 196

LIVRE II.
LA RENAISSANCE.

Chapitre I.—La Renaissance païenne.

§ I. Les mœurs.

  • I. Idée que les hommes s'étaient faite du monde depuis la dissolution de la société antique.—Comment et pourquoi recommence l'invention humaine.—Forme d'esprit de la Renaissance.—Que la représentation des objets est alors imitative, figurée et complète. 238
  • II. Pourquoi le modèle idéal change.—Amélioration de la condition humaine en Europe.—Amélioration de la condition humaine en Angleterre.—La paix.—L'industrie.—Le commerce.—Le pâturage.—L'agriculture.—Accroissement de la richesse publique.—Les bâtiments et les meubles.—Les palais, les repas et les habits.—Les pompes de la cour.—Fêtes sous Élisabeth.—Masques sous Jacques Ier. 241
  • III. Les mœurs populaires.—Pageants.—Théâtres.—Fêtes de village.—Expansion païenne. 253
  • IV. Les modèles.—Les anciens.—Traduction et lecture des auteurs classiques.—Sympathie pour les mœurs et les dieux de l'antiquité.—Les modernes.—Goût pour les idées et les écrits des Italiens.—Que la poésie et la peinture en Italie sont païennes.—Le modèle idéal est l'homme fort, heureux, borné à la vie présente. 257

§ 2. La poésie.

  • I. La Renaissance en Angleterre est la renaissance du génie saxon. 266
  • II. Les précurseurs.—Le comte de Surrey.—Sa vie féodale et chevaleresque.—Son caractère anglais et personnel.—Ses poëmes sérieux et mélancoliques.—Sa conception de l'amour intime. 266
  • III. Son style.—Ses maîtres, Pétrarque et Virgile.—Ses procédés, son habileté, sa perfection précoce.—L'art est né.—Défaillances, imitation, recherche.—L'art n'est pas complet. 274
  • IV. Croissance et achèvement de l'art.—L'Euphuès et la mode.—Le style et l'esprit de la Renaissance.—Surabondance et dérèglement.—Comment les mœurs, le style et l'esprit se correspondent.—Sir Philip Sidney.—Son éducation, sa vie, son caractère.—Son érudition, son sérieux, sa générosité et sa véhémence.—Son Arcadie.—Exagération et maniérisme des sentiments et du style.—Sa Défense de la poésie.—Son éloquence et son énergie.—Ses sonnets.—En quoi les corps et les passions de la Renaissance diffèrent des corps et des passions modernes.—L'amour sensible.—L'amour mystique. 277
  • V. La poésie pastorale.—Abondance des poëtes.—Naturel et force de la poésie.—État d'esprit qui la suscite.—Sentiment de la campagne.—Renaissance des dieux antiques.—Enthousiasme pour la beauté.—Peinture de l'amour ingénu et heureux.—Shakspeare, Jonson, Flechter, Drayton, Marlowe, Warner, Breton, Lodge, Greene.—Comment la transformation du public a transformé l'art. 281
  • VI. La poésie idéale.—Spenser.—Sa vie.—Son caractère.—Son platonisme.—Ses Hymnes à l'amour et à la beauté.—Abondance de son imagination.—En quoi elle est épique.—En quoi elle est féerique. Ses tâtonnements.—Le Calendrier du Berger.—Ses Petits Poëmes.—Son chef-d'œuvre.—La Reine des fées.—Son épopée est allégorique et pourtant vivante.—Elle embrasse la chevalerie chrétienne et l'olympe païen.—Comment elle les relie. 283
  • VII à XVI. La Reine des fées.—Les événements impossibles.—Comment ils deviennent vraisemblables.—Belphœbe et Chrysogone.—Les peintures et les paysages féeriques et gigantesques.—Pourquoi ils doivent être tels.—La caverne de Mammon et les jardins d'Acrasia.—Comment Spenser compose.—En quoi l'art de la Renaissance est complet. 291

§ 3. La prose.

  • I. Fin de la poésie.—Changements dans la société et dans les mœurs.—Comment le retour à la nature devient l'appel aux sens.—Changements correspondants dans la poésie.—Comment l'agrément remplace l'énergie.—Comment le joli remplace le beau.—La mignardise.—Carew.—Suckling.—Herrick.—L'affectation.—Quarles, Herbert, Babington, Donne, Cowley.—Commencement du style classique et de la vie de salon. 357
  • II. Comment la poésie aboutit à la prose.—Liaison de la science et de l'art.—En Italie.—En Angleterre.—Comment le règne du naturalisme développe l'exercice de la raison naturelle.—Érudits, historiens, rhétoriciens, compilateurs, politiques, antiquaires, philosophes, théologiens.—Abondance des talents et rareté des beaux livres.—Surabondance, recherche, pédanterie du style.—Originalité, précision, énergie, richesse du style.—Comment, à l'inverse des classiques, ils se représentent non l'idée, mais l'individu. 367
  • III. Robert Burton.—Sa vie et son caractère.—Confusion et énormité de son érudition.—Son sujet, l'Anatomie de la mélancolie.—Divisions scolastiques.—Mélange des sciences morales et médicales. 374
  • IV. Sir Thomas Browne.—Son esprit.—Son imagination est d'un homme du Nord.—Hydriotaphia, Religio medici.—Ses idées, ses curiosités et ses doutes sont d'un homme de la Renaissance.—Pseudodoxia.—Effets de cette activité et de cette direction de l'esprit public. 383
  • V et VI. François Bacon.—Son esprit.—Son originalité.—Concentration et splendeur de son style.—Ses comparaisons et ses aphorismes.—Les Essais.—Son procédé n'est pas l'argumentation, mais l'intuition.—Son bon sens utilitaire.—Point de départ de sa philosophie.—Que l'objet de la science est l'amélioration de la condition humaine.—Nouvelle Atlantide.—Comment cette idée est d'accord avec l'état des choses et de l'esprit du temps.—Elle achève la Renaissance.—Comment cette idée amène une nouvelle méthode.—L'Organum.—À quel point Bacon s'est arrêté.—Limites de l'esprit du siècle.—Comment la conception du monde, qui était poétique, devient mécanique.—Comment la Renaissance aboutit à l'établissement des sciences positives. 389

FIN DE LA TABLE.

8841.—Imprimerie générale de Ch. Lahure rue de Fleurus, 9 à Paris.

Notes