The Project Gutenberg eBook of Histoire du moyen âge 395-1270
Title: Histoire du moyen âge 395-1270
Author: Charles Victor Langlois
Release date: April 11, 2012 [eBook #39429]
Most recently updated: May 2, 2012
Language: French
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| Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. |
CH.-V. LANGLOIS
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LECTURES HISTORIQUES
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CLASSE DE TROISIÈME
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M O Y E N Â G E
| LECTURES HISTORIQUES | |
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| Rédigées conformément aux programmes officiels, à l'usage de l'enseignement secondaire classique. | |
| Nouvelles éditions refondues et complétées | |
| 6 VOLUMES IN-16, ILLUSTRÉS DE NOMBREUSES GRAVURES cartonnage toile. | |
| Histoire ancienne (Égypte, Assyrie). CLASSE DE SIXIÈME, par M. G. Maspero, membre de l'Institut. 1 vol. | 5 fr. |
| Histoire de la Grèce (Vie privée et Vie publique des Grecs). CLASSE DE CINQUIÈME, par M. P. GUIRAUD, maître de conférences à l'École normale supérieure. 1 vol. | 5 fr. |
| Histoire romaine (Vie privée et Vie publique des Romains). CLASSE DE QUATRIÈME, par M. PAUL GUIRAUD, 1 vol. | 5 fr. |
| Histoire du Moyen Age (395-1270). CLASSE DE TROISIÈME, par M. CH.-V. LANGLOIS, chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris. 1 vol. | 5 fr. |
| Histoire du Moyen Age et des Temps modernes. CLASSE DE SECONDE, par M. MARIÉJOL, professeur à la Faculté des lettres de Lyon. 1 vol. | 5 fr. |
| Histoire des Temps modernes. CLASSE DE RHÉTORIQUE, par M. LACOUR-GAYET, professeur au lycée Saint-Louis. 1 vol. | 5 fr. |
43371.—Imprimerie LAHURE, rue de Fleurus, 9, à Paris.
CH.-V. LANGLOIS
CHARGÉ DE COURS A LA FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS
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LECTURES HISTORIQUES
RÉDIGÉES CONFORMÉMENT AUX PROGRAMMES OFFICIELS
POUR LA CLASSE DE TROISIÈME
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HISTOIRE DU MOYEN ÂGE
395-1270
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TROISIÈME ÉDITION
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PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie
79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
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1901
Droits de traduction et de reproduction réservés
| TABLE DES GRAVURES |
| TABLE DES MATIÈRES |
PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Dans la Préface de la première édition de ces Lectures je disais que, pour qu'un pareil recueil fût tenu au courant des progrès de la science, il serait nécessaire de le reviser souvent. J'ai cru devoir, en effet, après cinq ans, le remanier d'un bout à l'autre.
I
Ce n'est pas que j'aie renoncé au système qui, en 1890, m'a paru le meilleur. Je pense toujours, pour les mêmes raisons[1], qu'il est impossible à un compilateur de Lectures historiques de rédiger lui-même tous les morceaux qu'il insère, et que, tout au moins quand il s'agit de «Lectures sur l'histoire du moyen âge», il faut préférer, comme plus clairs et plus facilement assimilables, les extraits choisis ou les résumés de livres modernes aux documents originaux[2]. Je crois encore qu'il est bon de restreindre le nombre des morceaux qui entrent dans la composition du recueil, pour ne pas avoir à restreindre, au détriment de sa valeur, l'étendue de chacun d'eux: «Quarante ou cinquante sujets traités, c'est assez pour donner, comme on dit, des clartés de tout, et pour éveiller, sinon pour satisfaire entièrement, la curiosité d'un écolier[3].»
Loin de changer d'avis, j'ai résolu au contraire de me conformer, mieux que je ne l'avais fait d'abord, à ma propre manière de voir.
I. «Le livre de lectures, disais-je en 1890, complémentaire du précis et du cours oral du professeur, doit contenir peu ou point de documents originaux.» En fait, j'avais inséré dans celui-ci, au milieu de morceaux extraits d'œuvres modernes, quelques textes intéressants, mais bruts, sans commentaires (ch. VI, § 2; ch. XI, § 4). Je les ai, cette fois, retranchés, persuadé désormais qu'il faut distinguer très nettement le livre de «Lectures historiques» de ce que l'on appelle, en allemand, le Quellenbuch, du «Recueil de documents originaux à l'usage des classes». Les Quellenbücher[4] sont des instruments d'enseignement nouveaux, très précieux s'ils sont bien faits; je citerai, comme des modèles, l'Histoire de la France racontée par les contemporains de M. B. Zeller, l'English history from contemporary writers de M. J. York Powel, la Storia d'Italia narrata da scrittori contemporanei de P. Orsi, le Quellenbuch d'Œchsli pour l'histoire de Suisse, les ouvrages de Richter, de Lehmann, pour l'histoire d'Allemagne, etc. Mais le livre de Lectures historiques est, à mon avis, tout autre chose: c'est une petite bibliothèque choisie d'historiographie moderne.
II. J'ai renoncé, d'autre part, à composer des tableaux d'ensemble avec des renseignements empruntés à plusieurs auteurs. Ce procédé, fort employé, est dangereux. Mais j'ai pris, comme précédemment, la liberté d'élaguer, çà et là, dans les textes reproduits, les preuves, les notes, les phrases surabondantes, pour plus de rapidité ou de clarté.
De ce chef et du précédent, cinq morceaux sur quarante-trois ont été éliminés. J'en ai supprimé six autres qui m'ont paru vieillis ou, pour d'autres raisons, susceptibles d'être avantageusement remplacés. On trouvera, par contre, dans cette édition, vingt-cinq morceaux nouveaux.—La plupart des médiévistes français de premier ordre, dont quelques-uns sont aussi de grands écrivains, sont représentés ici par quelque fragment de leur œuvre[5].
II
Mais ce qui différencie surtout cette seconde édition de la première, ce sont les notices bibliographiques, placées au commencement des quatorze chapitres qui correspondent aux articles du programme.
Je disais naguère: «Le livre complémentaire, en même temps qu'un choix de morceaux recommandables, doit donner le catalogue d'une bibliothèque idéale.» C'était alors une nouveauté d'introduire, dans un livre de classe, des renseignements bibliographiques, précis et abondants. Depuis, la Bibliographie est devenue à la mode; personne ne la trouve plus «ennuyeuse», parce que tout le monde sait qu'elle est utile[6]. Dans l'Histoire générale du IVe siècle à nos jours, en cours de publication depuis 1893, chaque chapitre est suivi d'une «Bibliographie» assez développée, parfois estimable, des «Documents» et des «Livres». En même temps que se répandait l'habitude des notices bibliographiques, et, tandis que le public apprenait à s'en servir, nous apprenions à les mieux faire. C'est pourquoi l'on ne sera pas surpris que la Bibliographie jointe à ces Lectures ait été entièrement récrite.
Il fallait d'abord la mettre au courant. Or telle est l'activité de la production scientifique internationale que, en cinq ans, la littérature historique est en grande partie renouvelée: des livres, qui étaient classiques, sont remplacés; des lacunes ont été comblées; tout, ou presque tout, est changé. En parcourant les notices bibliographiques de ce recueil, on ne manquera pas d'être frappé du très grand nombre des livres cités dont la date est postérieure à 1890. Cependant j'ai à peine besoin de dire que je me suis attaché à indiquer, non pas les ouvrages les plus récents, mais seulement les meilleurs.
En second lieu, j'ai introduit deux modifications dans le plan primitif des notices.
I. Chaque notice se composait, dans la première édition, de deux parties: Documents originaux, Livres de seconde main. Outre que cette dernière expression, si usitée qu'elle soit, est impropre, il m'a semblé raisonnable de simplifier, en réduisant chaque notice à une simple «liste d'ouvrages modernes». C'est dans les Quellenbücher que la bibliographie des «sources» ou des «documents originaux» a sa place marquée; je l'ai supprimée ici d'autant plus volontiers qu'elle occupait induement une notable partie de la place nécessaire pour la bibliographie des «livres».
II. «Nous n'oublierons point, disais-je il y a cinq ans, que le principal mérite d'une bibliographie historique à l'usage des lycées est d'être pratique.» J'avais primitivement l'intention de n'énumérer que les meilleurs livres, les livres les plus dignes d'être lus ou consultés[7]. Mais il faut bien signaler aussi quelques-uns de ceux qui, quoique célèbres, ne doivent plus être lus, ni consultés avec confiance. Il faut aussi prévenir le lecteur que certains «bons livres» sont des ouvrages de vulgarisation et d'autres des œuvres d'érudition, difficiles, techniques, parfois systématiques. D'où l'utilité de quelques avertissements. J'avais essayé de remplacer ces avertissements par des astérisques, conformément au procédé recommandé par plusieurs bibliographes. J'ai substitué, cette fois, à l'astérisque, décidément insuffisant, quelques remarques explicatives (encore trop sommaires à mon gré) et des classifications raisonnées.
Pratiques et à jour, je l'espère, les «Notices bibliographiques» de ce recueil ne sont pas copieuses. Tous les renseignements de luxe (livres arriérés et médiocres, utiles aux seuls érudits, etc.) en ont été, en effet, bannis[8]. Mais la plupart des grands Manuels qui y sont indiqués sont pourvus eux-mêmes d'excellentes bibliographies spéciales, critiques, avec lesquelles il serait facile, au besoin, d'amplifier les nôtres. J'indique d'ailleurs, en note[9], les instruments généraux les plus commodes qui permettraient d'établir rapidement, si c'était utile, la «bibliographie» d'un sujet spécial, c'est-à-dire de se procurer la liste (la liste pure et simple, il est vrai, sans explications) des livres et des articles qui ont été publiés sur n'importe quelle question de l'histoire du moyen âge.
Je n'ai cité nulle part l'Atlas de géographie historique récemment publié à la librairie Hachette, sous la direction de F. Schrader, ni les t. IV à VIII de la Weltgeschichte de L. v. Ranke, parce qu'il aurait fallu les citer partout[10].
CH.-V. LANGLOIS.
TABLE DES GRAVURES
| Rome dominatrice du monde | 11 |
| La culture de la vigne, d'après une fresque de l'an 300 environ | 21 |
| Un évêque | 28 |
| Chrisma ou monogramme du Christ | 30 |
| Les registres du fisc brûlés sur le Forum | 41 |
| La crypte de Jouarre. Architecture mérovingienne | 51 |
| L'empereur Anastase en costume consulaire | 76 |
| Chalon de l'anneau d'or trouvé dans le tombeau de Childéric Ier, père de Clovis | 78 |
| Costumes germaniques, d'après une miniature | 87 |
| Monnaie de Théodebert | 97 |
| L'empereur Justinien et sa cour: Mosaïque de San Vitale, à Ravenne | 103 |
| L'impératrice Theodora: Mosaïque de San Vitale, à Ravenne | 107 |
| Une église à coupoles. Saint-Front de Périgueux | 115 |
| L'église Saint-Martin, à Cantorbéry, fondée par saint Augustin | 135 |
| Rue et abside de Saint-Jean-et-Saint-Paul, à Rome | 141 |
| Porche extérieur de Saint-Clément | 143 |
| Façade intérieure de l'ancienne église Saint-Pierre au Vatican | 157 |
| Ancienne basilique constantinienne de Saint-Pierre | 158 |
| Couronne dite de Charlemagne, conservée au trésor impérial de Vienne | 160 |
| Dôme de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle | 167 |
| Page ornée de l'Évangéliaire de Saint-Vaast | 172 |
| Peinture de l'Évangéliaire de Charlemagne | 173 |
| L'empereur Lothaire | 177 |
| Reliure du psautier de Charles le Chauve | 179 |
| Sceau de Henri Ier | 188 |
| Un chevalier du XIe siècle, d'après la tapisserie de Bayeux | 191 |
| Un adoubement, d'après le ms. fr. 782 de la Bibl. nat. (XIIIe siècle) | 193 |
| Geoffroy Plantagenet, d'après une plaque émaillée | 195 |
| Château du Xe siècle, sur sa motte, avec enceinte en palissades de bois | 201 |
| Entrée du Forum par la Voie Sacrée | 215 |
| L'Empereur Otton III, d'après une miniature de l'Évangéliaire de Bamberg | 218 |
| San Bartolommeo in Isola, à Rome | 221 |
| Sceau de Célestin III, au type des apôtres | 227 |
| Lettre d'Eugène III. Spécimen de l'écriture employée au XIIe siècle à la Chancellerie pontificale | 235 |
| La Ziza, palais des rois normands et souabes de Sicile, près de Palerme | 240 |
| Sceau de Frédéric II | 242 |
| Monnaie de Frédéric II | 244 |
| L'église du Saint-Sépulcre, a Jérusalem | 251 |
| La porte de David à Jérusalem | 253 |
| Émaux du reliquaire de Limbourg | 258 |
| Saint Louis transportant les reliques de la Passion à la Sainte-Chapelle | 261 |
| La Sainte-Chapelle du Palais, bâtie par saint Louis pour recevoir les reliques du Bucoléon | 263 |
| Qala'at-el-Hosn (le Krak des Chevaliers) | 265 |
| Essai de restitution du château du Krak, d'après M. Rey | 269 |
| Le château du Krak. État actuel | 273 |
| Constructions latines en Terre-Sainte. Château de Tancrède, à Tibériade | 279 |
| Le château des Chevaliers Teutoniques, à Marienbourg en Prusse | 285 |
| Sceau de la ville de Compiègne | 295 |
| Sceau de la ville de Noyon (1259) | 296 |
| Sceau de la commune de Fismes | 297 |
| Sceau de la commune de Nesle (1230) | 298 |
| Plan de la bastide de Montpazier (Dordogne) | 311 |
| Sceau des métiers d'Arles | 315 |
| Monnaie de Louis VI | 325 |
| Le château de Senlis | 326 |
| Suger, d'après un vitrail de Saint-Denis | 337 |
| Carte des environs du château Gaillard | 343 |
| Plan du château Gaillard | 347 |
| Ruines du château Gaillard | 349 |
| Autre vue de ces ruines | 353 |
| Saint Louis, d'après une statuette en bois du musée de Cluny | 373 |
| Gautier Bardins, bailli et conseiller du roi au XIIIe siècle, d'après sa pierre tombale | 375 |
| Philippe le Hardi, fils de saint Louis, d'après sa pierre tombale | 378 |
| Sceau de Henri Plantagenet | 389 |
| Les tombeaux des Plantagenets à Fontevrault | 391 |
| Sceau de Jean sans Terre | 397 |
| La tour de l'Inquisition, à Carcassonne | 419 |
| Vue d'Assise | 431 |
| Le sire de Joinville, d'après un ms. du XIVe siècle | 447 |
| Charte de fondation de la Sorbonne, 1257 | 453 |
| Sceau de l'Université de Paris | 455 |
| Un jongleur, d'après une miniature | 487 |
| Nef de la cathédrale d'Amiens | 497 |
| Arc brisé et arc en plein cintre | 499 |
| Cloître de Moissac | 503 |
| Sculptures du portail de Chartres | 507 |
| Sculptures du portail d'Amiens | 509 |
| Vase d'Alpaïs | 513 |
| Pyxide en cuivre émaillé. Limoges, XIIIe siècle | 514 |
| Crosse en cuivre émaillé. Idem | 515 |
| Châsse d'Ambazac | 517 |
| Châsse de Mozac | 518 |
| Gémellions en cuivre émaillé | 520 |
| Coffret dit de saint Louis. Travail limousin | 523 |
| Chevalier d'environ 1220, d'après l'album de Villard de Honnecourt | 550 |
| Chevalier anglo-normand, d'après une pierre tombale | 552 |
| Philippe de Valois, d'après son sceau | 556 |
LECTURES HISTORIQUES
CLASSE DE TROISIÈME
CHAPITRE PREMIER
L'EMPIRE ROMAIN A LA FIN DU IVe SIÈCLE.
PROGRAMME.—L'empereur, les préfets, l'impôt; la cité; les grandes propriétés; les colons.
Civilisation romaine: écoles, monuments, mœurs. Exemples pris en Gaule. Comparaison de la Gaule avant la conquête et de la Gaule romaine.
Le christianisme: les évêques, les conciles.
BIBLIOGRAPHIE.
Il existe un grand nombre de bons livres sur le droit public romain en général et sur l'histoire générale de l'Empire.—Les t. I à VII du Manuel des antiquités romaines de Marquardt et Mommsen (trad. fr., par P.-F. Girard, en cours de publication) traitent du «Droit public romain».—Les Manuels plus sommaires de P. Willems (Le droit public romain, Louvain, 1888, 6e éd.) et de A. Bouché-Leclercq (Manuel des institutions romaines, Paris, 1886, in-8º) sont aussi très recommandables.—Parmi les histoires générales de l'Empire romain, celles de MM. Mommsen, Herm. Schiller et Duruy sont classiques.
L'histoire de la Gaule romaine a été récemment l'objet de travaux considérables. Ceux de M. E. Desjardins (Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, Paris, 1876-1885, 3 vol. in-8º) et de M. Fustel de Coulanges sont au premier rang. M. Fustel de Coulanges, cet historien sincère, profond, systématique, cet admirable écrivain, a laissé une Histoire des institutions politiques de l'ancienne France, inachevée, dont le t. Ier, La Gaule romaine (Paris, 1891, in-8º) a été publié après la mort de l'auteur par M. C. Jullian. Cf., du même, Recherches sur quelques problèmes d'histoire, Paris, 1885, in-8º.—M. C. Jullian a publié un livre élémentaire, agréable: Gallia. Tableau sommaire de la Gaule sous la domination romaine (Paris, 1892, in-16); il y expose le gouvernement de la Gaule sous l'Empire (assemblées, régime municipal, impôts, armées), l'état social, l'art, l'enseignement, la littérature, la religion, etc.; il décrit les cités de la Narbonnaise, de la Belgique et de l'Aquitaine; il traite enfin de l'unité morale de la Gaule et du patriotisme gallo-romain.—Il n'y a plus rien à faire de l'ouvrage d'Am. Thierry, Histoire de la Gaule sous l'administration romaine, Paris, 1840-1842, in-8º.
L'histoire des derniers temps du paganisme et des rapports du christianisme avec l'Empire a été traitée par quelques-uns des érudits, des philosophes et des écrivains les plus éminents du siècle présent. Il faut lire surtout, en français: A. de Broglie, L'Église et l'Empire romain au IVe siècle, Paris, 1856, 4 vol. in-8º;—E. Renan, Histoire des origines du christianisme, Paris, 1865-1882, 7 vol. in-8º, avec index;—L. Duchesne, Les origines chrétiennes, leçons d'histoire ecclésiastique, Paris, lithographie Blanc-Pascal, s. d.;—G. Boissier, La fin du paganisme. Étude sur les dernières luttes religieuses en Occident au IVe siècle, Paris, 1894, 2 vol. in-16, 2e éd.;—J. Réville, Les origines de l'épiscopat. Étude sur la formation du gouvernement ecclésiastique au sein de l'Église chrétienne dans l'Empire romain, Paris, 1894, in-8º;—R. Thamin, Saint Ambroise et la morale chrétienne au IVe siècle, Paris, 1895, in-8º.—Lire en allemand: V. Schultze, Geschichte des Untergangs des griechisch-römischen Heidenthums, Iena, 1887-1892, 2 vol. in-8º;—O. Seeck, Geschichte des Untergangs der antiken Welt, Berlin, 1895, 2 vol. in-8º.—Voir, plus bas, la liste des Manuels généraux d'histoire ecclésiastique, Bibliographie du ch. XIII.
Sur l'introduction du christianisme en Gaule, consulter les travaux de MM. E. Le Blant (Manuel d'épigraphie chrétienne, d'après les marbres de la Gaule, Paris, 1869, in-12; etc.) et L. Duchesne (Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, Paris, 1894, in-8º).—Les ouvrages de MM. Chevallier (Les origines de l'église de Tours, avec une étude générale sur l'évangélisation des Gaules, Tours, 1871, in-8º) et Lecoy de la Marche (Saint Martin, Tours, 1881, in-4º) ne sont pas sûrs.
I—ROMANI, ROMANIA.
Les habitants de Rome se sont appelés de tout temps, dans leur langue, Romani. Ce mot est formé du nom Roma et du suffixe -ano, un de ceux à l'aide desquels la langue latine tirait du nom d'un pays ou d'une ville celui de ses habitants. Longtemps après la soumission de l'Italie et des autres provinces qui composèrent leur empire, les Romani se distinguèrent des peuples qui vivaient sous leur domination. Ceux-ci conservaient leur nom originaire: ils étaient Sabins, Gaulois, Hellènes, Ibères, et n'avaient pas le droit de s'appeler Romains, nom réservé à ceux qui tenaient le droit de cité de leur naissance ou qui l'avaient reçu par une faveur spéciale. Insensiblement cette distinction s'effaça, surtout après que l'édit célèbre de Caracalla eut fait des citoyens romains de tous les habitants de l'empire: In orbe Romano qui sunt, dit Ulpien, ex constitutione imperatoris Antonini cives Romani effecti sunt. Le voisinage menaçant des Barbares, qui pressaient l'empire de plusieurs côtés, rendit bientôt plus général l'emploi du mot de Romani pour désigner les habitants de l'empire par opposition aux mille peuples étrangers qui en bordaient et qui déjà commençaient à en franchir les frontières. Les écrivains du IVe et du Ve siècle parlent avec orgueil de cette nouvelle nationalité romaine, de cette fusion des races dans une seule patrie. Quis jam cognoscit, dit saint Augustin, gentes in imperio Romano quæ quid erant, quando omnes Romani facti sunt et omnes Romani dicuntur? C'est en parlant de l'empire qu'Apollinaris Sidonius écrivait: In qua unica totius orbis civitate soli Barbari et servi peregrinantur. Les poètes ne manquèrent pas de célébrer cette grande œuvre. Les vers de Rutilius Namatianus sont célèbres:
Urbem fecisti quæ prius orbis erat.
Ceux de Claudien, non moins enthousiastes, semblent insister particulièrement sur le nom, devenu commun, de Romani:
Humanumque genus communi nomine fecit.
Prudence s'écrie aussi:
Inclinare caput docuit sub legibus iisdem,
Romanosque omnes fieri, quos Rhenus et Ister,
Quos Tagus aurifluus, quos magnus inundat Iberus....
Jus fecit commune pares et nomine eodem
Nexuit et domitos fraterna in vincla redegit.
Combien ces éloges étaient exagérés, combien il s'en fallait que le genre humain tout entier fût entré dans l'orbis Romanus, c'est ce dont furent témoins les auteurs mêmes de ces vers: la cité universelle fut détruite au moment où l'on en célébrait l'achèvement, et la distinction entre Romains et Barbares, au lieu d'exprimer un rapport de supériorité du premier au second terme, prit bientôt la signification inverse.
Cette distinction, antérieure à l'établissement des Germains dans les provinces romaines de l'Occident, persista après cet établissement; elle fut la même dans tous les pays où il eut lieu. Les envahisseurs étrangers étaient désignés sous le nom générique de Barbari; ils l'acceptaient d'ailleurs eux-mêmes[11], et ne trouvaient pas mauvais que les Romains qu'ils chargeaient d'écrire leurs lois et leurs ordonnances en latin le leur attribuassent. Toutefois ce nom n'apparaît que d'une façon exceptionnelle, et d'ordinaire quand il s'agit de désigner l'ensemble des tribus germaniques. Ces tribus n'avaient point alors de nom commun par lequel elles pussent exprimer leur nationalité collective; le mot Germani, naturellement, est tout à fait inconnu à cette époque; quant au mot theodisc, diustisc (anc. fr. tiedeis, it. tedesco), il n'apparaît sous la forme latine theotiscus theudiscus qu'au IXe siècle; le mot Teuto qui paraît s'y rattacher étymologiquement ne se montre nulle part, et le dérivé Teutonicus, employé par certains écrivains latins, est un souvenir classique qui ne reposait certainement, à cette époque, sur aucune dénomination réelle. Il est permis de douter que les Allemands aient eu, à cette époque, la conscience bien nette de leur unité de race; dans les textes ils se qualifient d'habitude par le nom spécial de leur tribu, et nous voyons les Romani opposés successivement aux Franci, aux Burgundiones, aux Gothi, aux Langobardi, etc. Tout au contraire, on ne voit nulle part apparaître pour les habitants des provinces de l'empire de dénominations spéciales qui les rattachent à une nationalité antérieure à la conquête romaine. Il n'y a dans l'ensemble des lois comme des histoires de ce temps ni Galli, ni Rhæti, ni Itali, ni Iberi, ni Afri: il n'y a que des Romani en face des conquérants répandus dans toutes les provinces.
Le Romanus est donc, à l'époque des invasions et des établissements germaniques, l'habitant, parlant latin, d'une partie quelconque de l'empire. C'est ainsi que lui-même se désigne, non sans garder encore longtemps quelque fierté de ce grand nom[12]; mais ses vainqueurs ne l'appellent pas ainsi: le nom Romanus ne paraît avoir pénétré dans aucun de leurs dialectes. Le nom qu'ils lui donnent et qu'ils lui donnaient sans doute bien avant la conquête, c'est celui de walah, plus tard welch, ags. vealh, anc. nor. vali (suéd. mod. val), auquel se rattachent les dérivés walahisc, plus tard waelsch (welche) et wallon. L'emploi de ce mot et de celui de Romanus est précisément inverse: le premier n'est jamais employé que par les Barbares, le second que par les Romains[13]; l'un et l'autre ont persisté face à face, comme on le verra plus bas, bien après l'époque dont il s'agit ici, dans des pays où les deux races, germanique et latine, se trouvaient en contact intime et journalier et n'étaient pas arrivées à se fondre dans une nationalité nouvelle.
Le mot welche a en français une nuance méprisante qu'il avait à coup sûr, à cette époque, dans l'esprit des Allemands qui le prononçaient. Les conquérants avaient une haute opinion d'eux-mêmes et se regardaient comme très supérieurs aux peuples chez lesquels ils venaient s'établir. Les monuments purement germaniques manquent malheureusement pour ces époques reculées; mais quelques textes latins ont conservé le souvenir des sentiments que la race conquérante, encore plusieurs siècles après la chute de l'empire, entretenait pour les Walahen, seuls dépositaires pourtant de la civilisation occidentale. Le plus curieux de ces textes, à cause de sa naïveté, est cette phrase qui se trouve dans le célèbre glossaire roman-allemand de Cassel et qui est certainement d'un Bavarois du temps de Pépin: Stulti sunt Romani, sapienti Paioari; modica sapientia est in Romanis; plus habent stultitia quam sapientia. Ici, par une rare chance, nous avons conservé, à côté de la traduction latine, la pensée de cet excellent Peigir dans la forme même où elle a souri à son esprit: Tole sint Walha, spahe sint Peigira; luzic ist spahi in Walhum; mera hapent tolaheiti denne spahi. A la même époque, on rencontrait, sur les bords du Rhin, des Allemands comme celui que peint Wandelbert dans son récit des miracles de saint Goar: Omnes Romanæ nationis ac linguæ homines ita quodam gentilicio odio exsecrabatur ut ne videre quidem eorum aliquem æquanimiter vellet.... Tanta enim ejus animum innata ex feritate barbarica stoliditas apprehenderat ut ne in transitu quidem Romanæ linguæ vel gentis homines et ipsos quoque bonos viros ac nobiles libenter adspicere posset. Ces sentiments n'étaient pas bornés aux hommes sans culture: au Xe siècle encore, Luitprand s'indignait de la pensée qu'on pût lui faire honneur en le traitant de Romanus, et disait aux Grecs: Quos (Romanos) nos, Langobardi scilicet, Saxones, Franci, Lotharingi, Bagoarii, Sueri, Burgundiones, tanto dedignamur, ut inimico nostro commoti nil aliud contumeliarum nisi: Romane! dicamus, hoc solo nomine quidquid ignobilitatis, quidquid timiditatis, quidquid avaritiæ, quidquid luxuriæ, quidquid mendacii, imo quidquid vitiorum est comprehendentes. Comment ne pas remarquer qu'au bout de dix siècles des appréciations presque semblables sur le «wælschen Lug und Trug», sur la «wælsche Sittenlosigkeit», sur la «tiefe moralische Versunkenheit der romanischen Vœlker» se font encore entendre en allemand?
Le nom de Romani ne se maintint pas au delà des temps carolingiens. La fusion des conquérants germaniques avec les Romains, l'adoption par eux, en Espagne, en France, en Italie, de la langue des vaincus, fit disparaître de l'ancien empire d'Occident une distinction aussi générale, remplacée par les noms spéciaux des nations qui se formèrent des débris de l'empire de Charlemagne. Il y eut bientôt, non plus des Romains en opposition avec un certain nombre de tribus conquérantes, mais au contraire une nation allemande renfermée dans les limites agrandies de l'ancienne Germanie, et qui, tout en restant divisée en tribus, prit conscience d'elle-même sous le nom de Tiedesc, et fut appelée par ses voisins de noms divers, mais également collectifs,—et, à côté, des Lombards, des Français, des Provençaux, des Flamands, etc. Le nom de Romani se maintint cependant dans deux cas, où les peuples qui l'avaient partagé avec les habitants de tout l'empire ne se trouvèrent englobés dans aucune nationalité nouvelle et conservèrent, pour se distinguer des Barbares qui les entouraient, l'ancienne appellation dont ils étaient fiers. Les Allemands, fidèles de leur côté à la tradition antérieure, appelèrent ces peuples du nom de Walahen, Welches, et ce nom leur est resté jusqu'à nos jours.
Ces deux cas se présentent dans les pays où la population romane, par suite de circonstances particulières, vit dans une sorte d'île au milieu d'autres races. Tout le monde connaît maintenant l'existence de la langue si intéressante qui se parle dans le canton des Grisons, et qui se distingue de l'italien avec lequel elle est en contact au sud. Cette langue est le seul vestige qui ait persisté jusqu'à nos jours de la langue parlée autrefois par les Romani de la Rhétie. On a cru longtemps que les habitants romains de ce pays avaient tous émigré en Italie, comme le raconte Eugippius dans la vie de saint Séverin, et avaient laissé la place libre aux Barbares. Mais des documents nombreux et intéressants prouvent que longtemps après la conquête définitive du pays par les Alamans et les Bavarois, une population romaine se maintint dans le pays en groupes plus ou moins nombreux et consistants.... Il n'y a donc rien de surprenant à ce que les habitants non germanisés du pays de Coire, les seuls qui aient résisté jusqu'à nos jours aux progrès du teutonisme, aient gardé, en partie du moins, leur nom aussi bien que leur langue. Il est vrai qu'ils se nomment actuellement non pas Romaun, qui signifie chez eux «Romain», mais Romaunsch, comme leur idiome lui-même; mais cette forme dérivée s'appuie nécessairement sur l'autre plus ancienne.—De même qu'ils se sont appelés Romaunsch, les Allemands les désignent maintenant par le dérivé de Walah, à savoir Wælschen, Churwælschen.
L'autre exemple de la persistance du nom de Romani se trouve dans des contrées qui faisaient partie de l'empire d'Orient. Les peuples qui, aujourd'hui, dans les provinces danubiennes, la Hongrie et la Turquie d'Europe, parlent un idiome latin se désignent eux-mêmes par le nom de Romains (Rumën, Rumen, Romăn), que nous leur donnons aussi depuis peu (Roumains). La désignation de Valaques ne leur est appliquée que par les étrangers qui les entourent....—Comme les Romani d'Occident, ceux de l'Est reçurent des Allemands le nom de Walahen. Il est vrai qu'actuellement ils ne sont pas en contact avec les Allemands, mais on sait que ces pays furent ceux par lesquels les premières invasions germaniques se précipitèrent sur l'empire: elles y avaient d'ailleurs été précédées par une nombreuse colonisation. Là, comme partout, les Allemands appelèrent Walahen ceux qui se nommaient Romani, et ils transmirent cette désignation aux peuples divers qui les remplacèrent dans ces régions; les Grecs l'adoptèrent eux-mêmes par la suite (Βλἁχοι). L'un et l'autre nom, le premier dans la bouche des étrangers, le second dans celle des Romani, désignent jusqu'à nos jours les descendants singulièrement disséminés des anciennes populations romanisées de ces provinces. On sait qu'ils ont aussi gardé leur langue, et que, tout altérée et imprégnée d'éléments étrangers qu'elle est, elle mérite sa place parmi les dialectes modernes où vit encore la langue latine.
Le nom de Romani, on le comprend, n'a pas désigné les habitants de l'empire qui parlaient latin uniquement par opposition aux barbares germains. Ils l'ont aussi employé pour se distinguer de leurs autres voisins: seulement l'appellation correspondante de Walahen fait ici naturellement défaut. En Afrique, par exemple, les Romani que nous trouvons appelés de ce nom à l'approche des Vandales, se nommaient ainsi antérieurement par opposition aux indigènes restés étrangers à la domination ou à la langue romaine.—De même quand l'Armorique se trouva occupée par des tribus parlant celtique, les nouveaux venus, continuant sans doute l'usage qu'ils avaient déjà dans la Grande-Bretagne, appelèrent Romani leurs voisins, habitants des provinces gauloises romanisées.
Il résulte de tout ce qui vient d'être dit que les habitants de l'empire romain, quelle qu'eût été leur nationalité primitive, se désignaient, particulièrement par opposition aux étrangers et surtout aux Allemands, par le nom de Romani. Ce nom leur resta dans les différents pays où les envahisseurs s'établirent, tant qu'il subsista une distinction entre les conquérants et les vaincus. En Occident, il disparut généralement vers le IXe siècle pour faire place aux noms des nationalités diverses sorties de la dislocation de l'empire par les tribus germaniques; il se maintint toutefois plus longtemps, et subsiste encore au moins par son dérivé dans le petit pays de Coire.—En Orient, il continua à désigner les habitants romanisés des provinces du sud du Danube qui ne se fondirent pas parmi les populations illyriennes, grecques, germaniques, slaves ou mongoles, et il les désigne encore jusqu'à ce jour.—Le mot Romanus se traduisait en allemand par Walah, mais jamais les Romani n'ont pris eux-mêmes cette dénomination; elle s'est maintenue en allemand (où Romanus est inconnu) pour désigner les peuples romans pendant le moyen âge, et n'a pas encore tout à fait disparu: elle s'est particulièrement attachée aux deux peuples qui ont gardé le nom de Romani, aux Churwælschen et aux Walachen.
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Sur le nom des habitants de l'empire on fit un nom pour l'empire lui-même. Il était dans l'esprit populaire de substituer une désignation courte et concrète aux termes de imperium Romanum, orbis Romanus. On tira de Romanus le nom Romania, formé par analogie d'après Gallia, Græcia, Britannia, etc. L'avènement de ce nom indique d'une façon frappante le moment où la fusion fut complète entre les peuples si divers soumis par Rome, et où tous, se reconnaissant comme membres d'une seule nation, s'opposèrent en bloc à l'infinie variété des Barbares qui les entouraient. Ce nom était populaire et n'avait pas droit d'entrée dans le style classique; aussi l'époque où il nous apparaît pour la première fois est-elle évidemment bien postérieure à celle où il dut se former; les textes qui le donnent l'emploient uniquement par opposition au monde barbare devenu l'objet de toutes les craintes, la menace sans cesse présente à l'esprit.
Rome dominatrice du monde. (Musée du Louvre, nº 102 du
Catalogue Clarac).
La Romania avait à peine pris conscience d'elle-même qu'elle allait être ruinée, au moins dans son existence matérielle. Cette réflexion mélancolique est naturellement suggérée par le passage suivant, où se trouve le plus ancien exemple du mot. C'est au commencement du Ve siècle qu'eut lieu, dans la grotte de Bethléem où vivait saint Jérôme, l'entretien suivant, qui roulait sur le roi goth Ataulf, devenu un allié de l'empire après avoir songé à le détruire complètement: «Ego ipse, dit Paul Orose, virum quemdam Narbonnensem, illustris sub Theodosio militiæ, etiam religiosum prudentemque et gravem, apud Bethlehem oppidum Palæstinæ beatissimo Hieronymo presbytero referentem audivi se familiarissimum Ataulpho apud Narbonam fuisse, ac de eo sæpe sub testificatione didicisse quod ille, cum esset animo viribus ingenioque nimius, referre solitus esset se in primis ardenter inhiasse ut, obliterato Romano nomine, Romanum omne solum Gothorum imperium et faceret et vocaret, essetque, ut vulgariter loquar, Gothia quod Romania fuisset.»—A peu près à la même époque, nous retrouvons ce mot dans des circonstances plus tristes encore. L'autre grand docteur chrétien de ce temps, saint Augustin, assiégé dans Hippone par les Vandales, reçoit des lettres des évêques de la province qui lui demandent des conseils sur ce qu'ils doivent faire dans le péril et le désastre communs, et il leur répond sur la conduite à tenir en face de ceux que son biographe Possidius, alors enfermé avec lui, appelle illos Romaniæ eversores. Romania ne signifie pas seulement ici, comme le veulent les Bollandistes, ditio romana in Africa; il n'a plus même simplement le sens de Romanum imperium que lui donne Du Cange; il a pris une signification plus générale, celle de monde romain, de civilisation romaine opposée à la Barbaries qui va la détruire.
Par un singulier hasard, les exemples du mot Romania sont plus anciens et plus nombreux en grec qu'en latin. Quand la capitale de l'empire eut été transportée à Byzance, il n'en resta pas moins l'empire romain; Constantinople fut appelée nouvelle Rome ou simplement Rome, et la langue latine resta longtemps encore la langue officielle[14]. Les écrivains grecs paraissent avoir adopté à cette époque le nom de Romania pour désigner l'ensemble de l'empire.... Saint Athanase dit expressément: Μητοπὁλις ἡ 'Ρὡμη τἡς 'Ρωμανἱας.... Plus tard, quand l'empire d'Orient fut détruit, le nom de 'Ρωμανἱα désigna, dans les écrivains grecs, l'empire de Byzance, et reparut sous la forme Romania (avec l'accent sur l'i), Romanie, dans les écrivains occidentaux, avec ce sens spécial. C'est de là qu'il est arrivé à désigner les possessions des Grecs en Asie, puis les provinces qui forment aujourd'hui la Turquie d'Europe et la Grèce, et où il faut le reconnaître sous la forme Roumélie. Je n'ai pas à m'étendre ici sur cette histoire du mot grec 'Ρωμανἱα; il suffit de montrer qu'il provient du latin et que son usage habituel en Orient au IVe siècle prouve qu'il était populaire en Occident avant cette époque.
En Occident, le mot Romania, comme on l'a vu, fut surtout employé pour caractériser l'empire romain en face des Barbares, et plus tard pour exprimer l'ensemble de la civilisation et de la société romaine. Dans ce sens étendu, il comprend naturellement la langue, et cette idée accessoire est nettement indiquée dans les vers où Fortunat, s'adressant au Franc Charibert, lui dit: