[535] Charles Nègre, photographe fort habile qui exécutait des reproductions pour les artistes par des procédés scientifiques qui ont abouti à l'héliogravure.
[536] Voir Catalogue Robaut, n° 296.
[537] Voir Catalogue Robaut, nos 298 à 308.
[538] Voir Catalogue Robaut, nos 1202 à 1204.
[539] Delacroix, en écrivant cette note, a dû interposer les noms des deux églises de Dieppe, dans un moment de confusion; car rien n'est plus massif que Saint-Remy avec ses énormes colonnes, trois fois plus grosses que celles de Saint-Jacques.
[540] Le véritable titre de cet ouvrage en deux Volumes, paru en 1838, est: Quinze jours au Sinaï, nouvelles impressions de voyage.
[541] Stanislas Darblay, grand industriel qui se consacra d'abord au commerce des grains et entreprit ensuite de relever dans la vallée d'Essonnes l'industrie du papier. M. Darblay était alors député de Seine-et-Oise.
[542] Ernest Féray, manufacturier; ancien maire d'Essonnes, fut envoyé en 1871 par le département de Seine-et-Oise à l'Assemblée nationale.
1er août.—Je lis toujours Voltaire avec délices.
À propos d'un article sur Hamlet dans le volume des Mélanges de littérature. À travers les obscurités de cette traduction scrupuleuse, qui ne peut rendre le mot propre en anglais, on retrouve son naturel qui ne craint pas les idées les plus basses ni les plus gigantesques, son énergie que les autres nations croiraient dureté, ses hardiesses que des esprits accoutumés aux tours étranges prendraient pour du galimatias. Mais sous ces voiles on découvrira de la vérité, de la profondeur, et je ne sais quoi qui attache et qui remue beaucoup plus que ne ferait l'élégance... C'est un diamant brut qui a des taches; si on le polissait, il perdrait de son poids. Ne semble-t-il pas qu'on peut dire la même chose du Puget? Voyez-le au Louvre, entouré de tous les ouvrages de son temps, conçus dans le style de la correction classique et irréprochable, si cette correction et une certaine élégance froide sont un mérite. Au premier abord, il vous choque par quelque chose de bizarre, de mal conçu dans l'ensemble et de confus; si vous attachez vos yeux sur une des parties comme un bras, une jambe, un torse, aussitôt toute cette force vous gagne; il écrase tout, vous ne pouvez vous en détacher.
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6 août.—Je dois rendre justice à Dumas et à Balzac. Il y a, dans la peinture des remords de son maître de poste (c'est dans la dernière partie d'Ursule Mirouet), des traits d'une grande vérité. J'écris ceci à Champrosay après la mort de la mère Bertin. L'agitation que j'ai remarquée dans un de ses héritiers m'a rappelé certains mouvements du Mirouet de Balzac, et, chose singulière, m'a fait faire plus que jamais des réflexions sur l'avantage d'être honnête, quand cet avantage, qui consiste dans la paix de la conscience, ne viendrait qu'après cette nécessité pour une âme noble de ne pas se dégrader par des bassesses intéressées. Ces sentiments m'ont rappelé ce que j'ai lu ces jours-ci dans Voltaire, et dont il faut que je recherche les termes précis, à savoir, quand un livre vous élève, inspire des sentiments d'honneur et de vertu, ce livre est jugé, il est bon, etc.
Il y aurait pourtant des restrictions: celui de Balzac, faux dans une foule de parties, est mauvais par là; il est bon par la peinture vraie de cette grossière nature qui, toute dépourvue quelle est de délicatesse native, ne peut porter le poids du remords.
Dumas m'a plu aussi avec ses Mémoires d'Horace insérés dans le Siècle[543]. C'est une idée heureuse, et le peu que j'en ai lu m'a paru finement et singulièrement arrangé.
*
9 août.—Je retourne chez Mme Barbier, qui m'invite. Elle était seule avec son fils, et j'ai passé une agréable soirée.
Elle m'avait promis de venir chez moi avec la duchesse Colonna; c'est ce qu'elle a fait deux jours après, c'est-à-dire le dimanche, pendant que j'étais chez M. Darblay.
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12 août.—Chez M. Darblay avec M. et Mme Baÿvet vers trois heures, malgré de grandes craintes de pluie à cause de celle du matin. Cependant, nous avons eu un temps admirable. Dîner avec Baÿvet en revenant à sept heures et demie; je mourais de faim depuis trois heures.
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14 août.—Promenade vers deux heures par la route de Soisy, le derrière du parc de la Folie; remonté par un petit bois délicieux; traversé les carrières et trouvé en face l'allée verte qui m'a mené au chemin de l'Ermitage.
Je lis en rentrant dans Voltaire (Mélanges d'histoire et de philosophie, tome II) son article de la Chimère du souvenir.
[543] Le Siècle publiait alors en feuilleton cette fantaisie sur Rome ancienne, soi-disant tirée d'un manuscrit trouvé à la bibliothèque du Vatican.
2 octobre.—J'écris à M. Lamey: «Que dites-vous de tout ce qui se passe? Le hasard et les passions des hommes ne cesseront-ils pas d'amener les combinaisons les plus étranges, pour faire damner ceux qui en sont victimes, et pour occuper les loisirs des gobe-mouches au nombre desquels je me range, par l'avidité avec laquelle je dévore ces journaux impertinents et menteurs qui se jouent de notre soif pour les nouvelles?»
*
13 octobre.—Je voyage avec M. G..., de Juvisy. Il dit que M. Magne disait qu'il avait appris à raisonner et à se conduire d'après Condillac.
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21 octobre.—Ce Rubens est admirable; quel enchanteur! Je le boude quelquefois, je le querelle sur ses grosses formes, sur son défaut de recherche et d'élégance. Qu'il est supérieur à toutes ces petites qualités qui sont tout le bagage des autres! Il a du moins, lui, le courage d'être lui; il vous impose ces prétendus défauts qui tiennent à cette force qui l'entraîne lui-même et nous subjugue en dépit des préceptes qui sont bons pour tout le monde excepté pour lui. Bayle faisait profession d'estimer les anciens ouvrages de Rossini plus que les derniers, qui sont pourtant regardés comme supérieurs parla foule; il donne cette raison que, dans sa jeunesse, il ne cherchait pas à faire de la musique forte, et c'est vrai. Rubens ne se châtie pas, et il fait bien. En se permettant tout, il vous porte au delà de la limite qu'atteignent à peine les plus grands peintres; il vous domine, il vous écrase sous tant de liberté et de hardiesse.
Je remarque aussi que sa principale qualité, s'il est possible qu'il en faille préférer quelqu'une, c'est la prodigieuse saillie, c'est-à-dire la prodigieuse vie. Sans ce don, point de grand artiste; c'est à réaliser le problème de la saillie et de l'épaisseur qu'arrivent seulement les plus grands artistes. J'ai dit ailleurs, je crois, que, même en sculpture, il se trouvait des gens qui avaient le secret de ne point faire saillant; cela deviendra évident pour tout homme doué de quelque sentiment qui comparera le Puget à toutes les sculptures possibles, je n'en excepte pas même l'antique. Il réalise la vie par la saillie comme personne n'a pu le faire; de même pour Rubens à l'égard des peintres. Titien, Véronèse sont plats à côté de lui; remarquons en passant que Raphaël, malgré le peu de couleur et de perspective aérienne, est en général très saillant dans les figures individuellement. On n'en dirait pas autant de ses modernes imitateurs. On ferait une bonne plaisanterie sur la recherche du plat, si estimé dans les arts à la mode, y compris l'architecture.
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22 octobre.—Le don d'inventer puissamment qui est le génie.
Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram.
13 novembre.—Je fais pour la centième fois cette réflexion en lisant Rémusat, homme de mérite d'ailleurs: la littérature moderne met de la sensiblerie partout; ce style imagé à tout propos, mêlé à un sérieux pédantesque et attendri que vous ne trouvez jamais dans Voltaire, et dont, par parenthèse, Rousseau est l'inventeur, donne à un traité sur la centralisation (c'est le cas pour Rémusat) le ton d'une ode ou d'une élégie.
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Paris, 25 novembre.—Je poursuis toujours mon travail; ma résolution et ma santé se soutiennent. Que je bénirais le ciel d'achever d'ici à un mois ou six semaines, comme je le calcule, mon travail de l'église! Il y a une dizaine de jours que je suis revenu de Champrosay avec un gros rhume que j'y avais attrapé, non pas au milieu de mes voyages continuels, bien propres à me le donner, mais pour avoir dîné chez l'excellente Mme Moutié, laquelle étant sourde, j'ai été obligé de crier à ses oreilles toute la soirée, de sorte que ma gorge fatiguée s'est trouvée saisie à ma sortie de chez elle par le froid qu'il faisait.
—Nous avons nommé hier à l'Institut l'insipide Signol[544]. Meissonier a été jusqu'à seize voix. Il ne lui restait plus pour adversaires que ledit Signol et l'antique Hesse, tous deux représentants ou nourrissons de l'École. Les deux factions, frémissant de voir entrer à l'Académie un talent original, se sont réunies pour l'accabler. En le faisant sur la tête de Signol, elles ont accompli un acte encore plus funeste que si elles l'eussent fait sur Hesse, qui est un vieillard et ne laisse pas d'élèves après lui pour perpétuer le goût de l'école de David, que je préfère d'ailleurs à ce goût mêlé d'antique et de Raphaël, genre bâtard qui est celui d'Ingres et de ceux qui le suivent.
*
26 novembre.—J'écris à M. Lamey:
«Nous avons en nous comme une roue qui fait tout mouvoir comme dans un moulin. Il faut absolument la faire tourner, sans cela elle se rouille, et tout s'arrête dans notre machine, corps et esprit. Votre excellent régime vous entretient dans cette bonne disposition; moi, il me faut exercice et travail.
«Vous me demandez des nouvelles du bon Guillemardet: il est de sa personne d'une mauvaise et bien chancelante santé, et il vient d'éprouver un malheur de famille. Il a perdu sa nièce, Mme Coquille, qui vient de mourir après une maladie qui a duré plus de quinze ans et dans un âge où elle pouvait encore se promettre de vivre. Il y a vraiment des existences condamnées à des souffrances particulières, ce qui ne les garantit pas des chagrins et des souffrances qui affligent tous les hommes en général. Le pauvre Félix que vous avez connu, l'oncle de cette même Coquille, s'est vu, avant trente ans, assassiné lentement par une maladie implacable qui le retranchait du nombre des vivants, de son vivant même, en lui interdisant toute espèce de plaisir et en l'accablant de maux incessants.
«Tenons-nous bien, cher et respectable ami. Que dans trente ans nous puissions nous revoir encore tantôt à Paris, tantôt à Strasbourg!
«Je lisais dernièrement l'histoire du vieux Law, mort sous Charles II à cent quarante et quelques années. Il se portait comme un charme et n'observait aucun régime particulier. Le roi voulut le voir: on l'accabla de prévenances et, entre autres, d'excès de nourriture auxquels il n'était nullement accoutumé; une indigestion l'emporta. À l'ouverture de son corps, on ne trouva pas un organe malade ou affaibli.
«Voilà de beaux exemples à se proposer. Vous voyez que vous avez le temps de faire des projets, pourvu toutefois que les rois ne vous donnent pas d'indigestions.»
J'écris sous la même inspiration à Mme Sand:
«Sachez, ma bien chère amie, que quelques années de trop, qui délient dans I intelligence certains ressorts, rendent singulièrement lourds ceux qui nous font mouvoir et digérer. Je crois certainement au perfectionnement de notre esprit par le fait de l'âge; je parle d'un bon esprit, sain naturellement et juste surtout. Mais, ô condition cruelle de l'implacable nature! il n'y a bientôt plus ni corps, ni circulation dans ce corps pour aider cet esprit; l'homme de bien s'en va quand il commence à bien faire, disait Thémistocle. Bref, vous voilà hors d'affaire avec un renouvellement de santé.
«Quel bonheur, comme vous le dites si justement, de revoir autour de soi tout ce qu'on aime et de revenir à cette lumière qui vous montre de si belles choses! Que trouverons-nous au delà? La nuit, l'affreuse nuit. Il n'y aura pas mieux; c'est du moins mon triste pressentiment: ces tristes limbes dans lesquels Achille, qui n'était plus qu'une ombre, se promenait en regrettant, non pas de n'être plus un héros, mais l'esclave d'un paysan pour endurer le froid et la chaleur sous ce soleil dont grâce au ciel nous jouissons encore (quand il ne pleut pas).»
[544] Émile Signol (1804-1892) se présentait à l'Institut depuis 1849, année où il se trouvait en concurrence avec Delacroix.
4 décembre.—«Monsieur, malgré toutes les sympathies que je ne puis manquer d'avoir pour les idées émises dans votre mémoire, je ne puis, en ma qualité de membre du conseil municipal, me joindre à votre protestation. C'est dans le sein du conseil seulement que je puis faire valoir les raisons qui, au nom du goût, militent en faveur de la conservation de la belle fontaine[545] et de l'allée; mais il ne m'est pas interdit de faire des vœux sincères pour que le président du Sénat et les sénateurs adressent à l'Empereur des demandes, et, s'il le faut, des supplications, pour que le projet de la Ville soit modifié dans le sens de celui de M. de Gisors.»
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23 décembre.—Sujets des Mille et une Nuits:
Le sultan Shariar, revenant pour dire adieu à sa femme, la trouve dans les bras d'un de ses officiers. Il tire son sabre, etc.
Shahzenan et Shariar montés sur l'arbre; la jeune dame assise au bas, ayant sur ses genoux la tête du géant endormi, leur fait signe de descendre (leur frayeur).
L'histoire du médecin Douba: la tête coupée qui parle, le corps par terre, le bourreau son sabre à la main, les assistants effrayés et le roi grec avec le livre empoisonné sur ses genoux, dont il sent déjà les effets, et qui chancelle sur son trône.
Le roi des îles Noires (dans l'histoire du pêcheur) furieux de la tendresse de sa femme pour le noir, son amant, qu'il avait lui-même blessé et qui est là couché, tire son sabre pour la tuer: elle l'arrête par son geste et le rend moitié homme, moitié marbre.
Histoire du premier calender. Ayant été visiter le roi son oncle, son cousin le mène dans un tombeau qu'il fait bâtir avec plâtre, truelle, etc. (avec la dame de sa foi). Il ouvre une trappe, y fait descendre la dame, et, en y descendant, la congédie.
Après que le calender s'est réfugié près de son oncle, ils cherchent ensemble le tombeau: ils y pénètrent dans une grande salle souterraine et trouvent sur un lit, dont les rideaux étaient fermés, les deux corps carbonisés du fils et de la sœur. Colonnes, lampes, provisions, etc.
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29 décembre.—Sujets de Roméo:
La scène du bal: Roméo en pèlerin baise la main de Juliette; promeneurs, musiciens, etc. Au moment où les invités se retirent, Tybalt, qui a reconnu Roméo, veut l'insulter, Capulet le retient. On voit les invités se retirer; vases et flambeaux, etc.
Juliette et la nourrice: celle-ci s'assied et diffère de répondre aux questions impatientes de Juliette.
Mercutio tué par Tybalt; ses malédictions. Roméo présent, il a voulu se jeter entre eux.
La scène qui doit précéder celle-ci, celle du commencement, où une bagarre, commencée par la querelle des domestiques, dégénère en bataille générale des partisans des Capulets et des Montaigus. Le prince arrive au milieu du tumulte; Capulet et Montaigu, etc., etc.
Roméo au désespoir chez le Père Laurence. Il veut se tuer; la nourrice est présente.
Autre scène du bal, pendant qu'on reconduit les invités; Juliette demande à la nourrice qui est le cavalier qui lui a parlé.
Adieux de Roméo et de Juliette sur le balcon.
Juliette, seule dans sa chambre, boit le poison (la fiole).
Roméo demandant du poison à l'apothicaire famélique.
Roméo contemple Juliette couchée dans le tombeau ... Autrement, il la tire du monument comme dans le petit tableau. En adoptant le dénouement de Shakespeare, on peut le faire contemplant Juliette avant de boire le poison. Le corps de Paris, alors étendu par terre, ajoute au pittoresque.
Juliette réveillée se jette sur Roméo mourant ou mort. Le corps de Paris, pareillement étendu un peu plus loin. On pourrait voir le Père Laurence, descendant par un escalier au fond, qui vient tout alarmé.
Dernière scène: Les parents réunis autour des corps des deux jeunes gens; le prince, assistants, etc.
Juliette à son balcon, Roméo au bas; il lui envoie un baiser.
Sujets d'Ivanhoë:
Le pèlerin introduit près de lady Rowena; elle est sur une espèce de trône; des femmes arrangent ses cheveux pour la nuit. Le pèlerin, un peu couvert d'un capuchon, s'agenouille devant elle. Elle fait apporter par ses femmes du vin et une coupe. Elle y trempe ses lèvres et la lui passe. C'est le moment où les femmes présentent le vin qu'il faut prendre. Dans le fond, d'autres femmes et un serviteur avec un flambeau qui attend. Il y a de grands flambeaux allumés dans l'appartement.
Ivanhoë couronné par lady Rowena au tournoi. Il s'évanouit presque, les juges courent retirer son casque. Dans le fond d'un côté, le duc voit avec étonnement ce qui se passe. On peut aussi voir le prince Jean.
L'ermite de Copmanhurst[546].
Les écuyers viennent conduire à Ivanhoë tes chevaux et les armes de leur maître. Il est devant sa tente.
La scène dans la forêt, où Cédric, Athelstas, Rowena et leurs gens s'arrêtent en entendant les gémissements d'Isaac et de Rebecca. Celle-ci vient baiser le bas de la robe de Rowena encore à cheval, ainsi que les autres (Walter Scott les faisait descendre). On voit au bord de la route la litière où se trouve Ivanhoë qu'on peut apercevoir.
Gurth attaché sur un cheval, etc.
Isaac dans le caveau avec Front de Bœuf.
Le Templier vient enlever Rebecca dans la chambre d'Ivanhoë; fureur impuissante de celui-ci.
Front de Bœuf brûlant dans son lit.
Le pèlerin éveillant le Juif.
Gurth et Wamba voyant venir la caravane.
Le chevalier dans la cabane de l'ermite.
Isaac devant Beaumanoir et Conrad présentant la lettre.
Ulrique racontant son histoire à Cédric.
Rebecca enlevée par les Africains; Boisguilbert les suit, etc.
La scène du Jugement de la Juive: un témoin dépose.
L'apparition d'Athelstas en fantôme devant Cédric, Richard, les dames.
Athelstas sortant du caveau et trouvant à table le sacristain et l'ermite.
Mort de Boisguilbert. Le grand maître descendu de son siège. Rebecca un peu plus loin et son père près d'elle. Gardes, trompettes, peuple, échafauds.
Isaac et sa fille chez eux; flambeaux, ameublement. On introduit Gurth, qui compte l'argent, ou plutôt le Juif le compte. Rebecca sur un sofa.
Rebecca le fait venir dans sa chambre; elle lui donne une bourse; elle le congédie; le domestique juif l'éclairé. Wamba et Athelstas devant Front de Bœuf.
Le Templier et Rebecca dans la tour.
*
31 décembre.—Sous ce titre: Cours de dessin, mettre les Études d'après nature, d'après les maîtres. Études d'animaux de toutes sortes. Études d'après l'antique.—Anatomie et même paysage, le tout photographie.
Réunir sous ce titre: Illustrations, d'après Walter Scott et L. Byron, les compositions tirées de leurs ouvrages et sur divers sujets ne pouvant faire des ouvrages séparés comme le Faust et l'Hamlet.
De même pour Gœthe. Ainsi aux compositions déjà faites pour le Berlichingen, seraient jointes celles qui ne sont qu'en projet et sans prétention à un genre d'exécution semblable.
De même pour Shakespeare. Ainsi Othello, Roméo et Juliette, Antoine et Cléopâtre, Henri IV, etc.
[545] La fontaine de Médicis au jardin du Luxembourg.
1861
1er janvier.—J'ai commencé cette année en poursuivant mon travail de l'église comme à l'ordinaire; je n'ai fait de visites que par cartes, qui ne me dérangent point, et j'ai été travailler toute la journée; heureuse vie! Compensation céleste de mon isolement prétendu! Frères, pères, parents de tous les degrés, amis vivant ensemble se querellent et se détestent plus ou moins sans un mot que trompeur.
La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières à la vérité, comme la maîtresse la plus exigeante; depuis quatre mois, je fuis dès le petit jour et je cours à ce travail enchanteur, comme aux pieds de la maîtresse la plus chérie; ce qui me paraissait de loin facile à surmonter me présente d'horribles et incessantes difficultés; mais d'où vient que ce combat éternel, au lieu de m'abattre, me relève; au lieu de me décourager, me console et remplit mes moments, quand je l'ai quitté? Heureuse compensation de ce que les belles années ont emporté avec elles; noble emploi des instants de la vieillesse qui m'assiège déjà de mille côtés, mais qui me laisse pourtant encore la force de surmonter les douleurs du corps et les peines de l'âme!
—Sur les luisants jaunâtres dans les chairs.—Je trouve dans un calepin, à la date du 11 octobre 1852[547], une expérience que je faisais sur des figures (de l'Hôtel de ville) rougeâtres ou violâtres, en risquant des luisants de jaune de Naples. Bien que ce soit contre la loi qui veut les luisants froids, en les mettant jaunes sur des tons de chairs violets, le contraste fait que l'effet est produit.—Dans la Kermesse, etc.
*
15 janvier.—J'écris entre autres choses à Berryer: «Finir demande un cœur d'acier: il faut prendre un parti surtout, et je trouve des difficultés où je n'en prévoyais point. Pour tenir à cette vie, je me couche de bonne heure, sans rien faire d'étranger à mon propos, et ne suis soutenu, dans ma résolution de me priver de tout plaisir, et au premier rang celui de rencontrer ceux que j'aime, que par l'espoir d'achever. Je crois que j'y mourrai. C'est dans ce moment que vous apparaît votre propre faiblesse, et combien ce que l'homme appelle un ouvrage fini ou complet contient de parties incomplètes ou impossibles à compléter.»
*
16 janvier.—Sur Charlet.
En voyant un Empereur à cheval, de lui, pataugeant dans un marais, d'un fini malheureux, en comparaison du sublime Menuet, et autres ouvrages de son premier temps, qui est incomparablement le plus beau, je note qu'un talent n'est jamais stationnaire. S'il se transforme forcément, il n'arrive guère que la naïveté persiste. Racine en est un exemple.
Ce même jour, je mets à côté des plus beaux croquis de Raphaël ce même Menuet. Il ne perd rien. Cela me rappelle la pensée de Montesquieu: «Deux beautés médiocres se défont; deux grandes beautés se font valoir et brillent à l'envi l'une de l'autre.» (Vérifier ces termes.)
[547] Voir t. II, p. 125.
4 avril.—J'ai été voir le vieux Forster[548] en sortant de Saint-Philippe à trois heures. Le pauvre homme a le bras cassé et mille accidents qui ont compliqué son accident. Il me dit qu'il s'est retiré de bonne heure de la lice, et il blâme les artistes qui s'exposent trop longtemps à la critique.
Il a raison, si véritablement la décadence est un effet constant de l'âge avancé. Il avait, du reste, une raison excellente de s'abstenir de bonne heure du travail de sa profession, qu'il m'a dit tout simplement lui avoir été antipathique toute sa vie, et qu'il n'avait embrassée que sur la volonté expresse de ses parents auxquels il ne se sentit pas le courage de résister.
*
24 avril.—Dîné chez M. de Morny.
Demander à M. Buon à voir les moulages antiques de M. Ravaisson.
[548] François Forster (1790-1872), graveur, grand prix de Rome en 1814, auteur d'un grand nombre de planches devenues classiques. Il était membre de l'Académie des Beaux-Arts depuis 1844.
Augerville, 7 septembre.—De Mlle de Lespinasse. Elle parle de Diderot: «C'est un homme fort extraordinaire; il n'est pas à sa place dans la société.»
1862
24 janvier.—Riesener venu avec sa fille aînée.
Je lui ai prêté deux aquarelles:
1° La cour de M. Bell à Tanger.
2° L'église de Valmont, le fond très soigné. Vitraux, etc., avec gouache. Le tout dans un carton.
*
25 janvier.—Tobie rend la vue à son père.
Le Christ prêchant dans la barque.
11 mars.—Localité du clair de l'enfant de la Médée: vermillon, indigo, blanc.
Localité de l'ombre: vermillon, blanc, vert de zinc; ton frais de clair: laque, blanc, ocre jaune, blanc.
Prêté à Riesener: Aquarelles:
1° Entrée du bois à Valmont sur le haut de la colline, arbres gouachés.
2° Dans le même endroit, avec le banc de jardin et clairs également gouaches.
3° Un Bord du lac.
4° Une feuille sur laquelle sont deux sujets, dont une Vue de Tancarville.
Augerville, 9 octobre[549].—Arrivé le mardi.
Il ne faut pas être injuste pour notre nation. Elle a présenté de nos jours, dans les arts, un phénomène dont je ne connais pas d'exemple ailleurs. Après les merveilles de la Renaissance, qui a vu particulièrement la sculpture égaler, surpasser même la sculpture italienne, la France, il faut le dire, a subi la décadence dont l'Italie lui donnait l'exemple, comme elle lui avait donné celui de ses chefs-d'œuvre. Le règne des Carrache, très glorieux encore, a amené pour l'Italie, comme pour la France, une série d'écoles abâtardies dont le Vanloo a été le dernier mot. Il était réservé à notre pays de ramener à son tour le goût du simple et du beau. Les ouvrages de nos philosophes avaient réveillé le sentiment de la nature et le culte des anciens. David résuma, dans ses peintures, ce double résultat. Il est difficile de se figurer ce que fût devenue dans ses mains une nouveauté si hardie pour l'époque où elle se produisit, s'il eût possédé les qualités extraordinaires d'un Michel-Ange ou d'un Raphaël. Elle fut toutefois d'une portée immense au milieu du renouvellement général des idées et de la politique. De grands artistes continuèrent David, et quand cet héritage, tombé dans des mains moins habiles, sembla atteint de la langueur dont les plus belles écoles ont donné tour à tour l'exemple, un second renouvellement, semblable pour la fécondité des idées qu'il venait remuer à celui qu'avait opéré David, montra des faces de l'art toutes nouvelles dans l'histoire de la peinture. Après Gros, issu de David, mais original par tant de côtés, Prud'hon alliant la noblesse de l'antique à la grâce des Léonard et des Corrège, Géricault, plus romantique et plus épris à la fois de la vigueur des Florentins, ouvraient des horizons infinis et autorisaient toutes les nouveautés.
*
12 octobre.—Dieu est en nous. C'est cette présence intérieure qui nous fait admirer le beau, qui nous réjouit quand nous avons bien fait et nous console de ne pas partager le bonheur du méchant. C'est lui sans doute qui fait l'inspiration dans les hommes de génie et qui les enchante au spectacle de leurs propres productions. Il y a des hommes de vertu comme des hommes de génie; les uns et les autres sont inspirés et favorisés de Dieu. Le contraire serait donc vrai: il y aurait donc des natures chez lesquelles l'inspiration divine n'agit point, qui commettent le crime froidement, qui ne se réjouissent jamais à la vue de l'honnête et du beau. Il y a donc des favoris de l'Être éternel. Le malheur qui semble souvent, et trop souvent, s'attacher à ces grands cœurs ne les fait pas heureusement succomber dans leur court passage: la vue des méchants comblés des dons de la fortune ne doit point les abattre; que dis-je? ils sont consolés souvent en voyant l'inquiétude, les terreurs qui assiègent les êtres mauvais, leur rendent amères leurs prospérités. Ils assistent souvent, dès cette vie, à leur supplice. Leur satisfaction intérieure d'obéir à la divine inspiration est une récompense suffisante: le désespoir des méchants traversés dans leurs injustes jouissances est...[550].
[549] Cette lettre du 9 octobre et la suivante du 12 octobre se trouvent sur un carnet contenant des croquis pris à Augerville et appartenant à M. Chéramy.
1863
1er février[551].—La reine de Saba (au crayon).
[551] Extrait d'un agenda portant la date de 1863 et resté entre les mains de Jenny Le Guillou.
5 mars.—Aujourd'hui, envoyé à M. Laguerre 200 francs pour solde de tout arriéré[552].
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26 mars.—Carrier, qui est venu me voir, m'a promis des Alken[553].
[552] On trouve collée à la page la note du docteur Laguerre, avec ces mots de la main de Delacroix: «Payé à M. Laguerre le 5 mars 1863. E. D.»
[553] Note écrite au crayon.
13 avril.—Aujourd'hui, M. Burty a emporté, pour faire des essais lithographiques, quatre dessins ou calques, dont une feuille avec la Femme tenant un miroir[554], croquis à la plume; un calque sur papier huilé, qui m'a servi pour la Muse au cygne, à l'Hôtel de ville.
*
14 avril.—Sur le Beau. C'est toujours une question sur laquelle il est difficile de se mettre d'accord; le terme n'est nullement défini, il est entendu qu'il n'est question que du Beau dans les arts. Le Beau de la peinture au fond et de tous les autres arts, à la façon dont je crois qu'on doit le comprendre, serait bien la même chose; néanmoins...[555].
Je trouve dans mes calepins cette définition de Mercey, qui tranche l'équivoque entre la beauté qui ne consiste que dans les lignes pures, et celle qui consiste dans l'impression sur l'imagination par tout autre moyen: Le Beau est Le vrai idéalisé[556].
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17 avril.—La D... venue.
Dutilleux est venu ensuite. Il a vu Macbeth[557], qui lui a paru abominable... Décoration, costumes, fantasmagorie complète, et rien de l'âme du grand Anglais. Rien n'est traduit; il est sorti désolé. À quelques jours de là, il a vu Britannicus, par les mêmes acteurs; il croyait renaître, il était ravi par ce style, cette force et cette simplicité.
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23 avril.—J'ai dîné chez Bertin, comme toujours avec plaisir; j'y ai trouvé Antony Deschamps[558]; c'est le seul homme avec lequel je parle musique avec plaisir, parce qu'il aime Cimarosa autant que moi. Je lui disais que le grand inconvénient de la musique était l'absence d'imprévu par l'accoutumance qu'on prend des morceaux. Le plaisir que donnent les belles parties s'affaiblit par cette absence d'imprévu, et l'attente où vous êtes des parties faibles et des longueurs que vous connaissez également, peut changer en une sorte de martyre l'audition d'un morceau qui vous a ravi la première fois, alors que les endroits négligés passaient avec les autres et servaient presque de lien à la composition. La peinture, qui ne vous prend pas à la gorge et dont vous pouvez détourner les yeux à volonté, n'offre pas cet inconvénient; vous voyez tout à la fois et au contraire vous vous habituez dans un tableau qui vous plaît à ne regarder que les belles parties dont on ne peut se lasser.
Il y avait là un M. Trélat avec une voix charmante... Mais pourquoi ces gens-là n'ont-ils jamais, avec leur belle voix, l'idée de vous chanter de belle musique? Antoni me disait que toute la musique d'aujourd'hui se ressemblait. Tout cela est petit, coquet. L'élégie nous inonde là comme partout: peinture, littérature, théâtre.
Un compositeur fait un Faust, et il n'oublie que l'Enfer; le caractère principal d'un semblable sujet, cette terreur mêlée au comique, il ne s'en est pas douté.
Don Juan est compris autrement; je vois toujours au-dessus du libertin la griffe du diable qui l'attend.
[554] Voir Catalogue Robaut, n° 1323.
[555] Le manuscrit est inachevé.