[504] Cette question du réalisme dans l'art, qu'il avait déjà examinée à maintes reprises et à propos de laquelle nous avons tenté de résumer son opinion dans notre Étude, on la trouve traitée fragmentairement dans plusieurs passages de l'ouvrage déjà cité: «Le but de l'artiste, écrit Delacroix, n'est pas de reproduire exactement les objets: il serait arrêté aussitôt par l'impossibilité de le faire. Il y a des effets très communs qui échappent entièrement à la peinture et qui ne peuvent se traduire que par des équivalents: c'est à l'esprit qu'il faut arriver, et les équivalents suffisent pour cela. Il faut intéresser avant tout. Devant le morceau de nature le plus intéressant, qui peut assurer que c'est uniquement par ce que voient nos yeux que nous recevons du plaisir? L'aspect d'un paysage nous plaît non seulement par son agrément propre, mais par mille traits particuliers qui portent l'imagination au delà de cette vue même.» (Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 403.)
[505] Non retrouvés.
[506] «Ce qui fait l'infériorité de la littérature moderne, dit-il un peu plus loin, c'est la prétention de tout rendre: l'ensemble disparaît noyé dans les détails, et l'ennui en est la conséquence.» (Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 408.)
[507] Cette nécessité des sacrifices sur laquelle il s'est longuement étendu en ce qui concerne la peinture, il l'appliquait aux compositions littéraires: «Dans certains romans comme ceux de Cooper, par exemple, il faut lire un volume de conversation et de description pour trouver un moment intéressant: ce défaut dépare singulièrement les ouvrages de Walter Scott, et rend bien difficile de les lire: aussi l'esprit se promène languissant au milieu de cette monotonie et de ce vide où l'auteur semble se complaire à se parler à lui-même.» (Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 408.)
1er mars.—Réunir sujets de tableaux pour composer à Champrosay.
—Emporter livre de notes pour matériaux, et quelques livres de la bibliothèque faciles à lire: Cours d'étude; volumes de Voltaire et de Saint-Simon; Jérusalem délivrée, le volume de l'Arioste; les sujets d'Ivanhoë, de Roméo; la Vie de Charlet[509].
—Acheter couleurs à l'aquarelle en tubes; s'en servir pour indiquer l'effet, et le chercher ainsi à l'avance.
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3 mars.—Je suis sorti pour la troisième fois hier; je suis resté une grande demi-heure assis dans le Luxembourg. Aujourd'hui, le temps était aigre, je suis revenu plus tôt.
Par quelle singularité la littérature la plus grave se trouve-t-elle le lot du peuple qui a passé et passe encore pour le plus léger et le plus frivole de la terre? Les anciens eux-mêmes, qui ont posé les règles des choses de l'imagination dans tous les genres, ne présentent point d'exemples d'un sentiment aussi soutenu de l'ordre. Il y a un certain décousu dans les ouvrages des plus beaux génies de l'antiquité; ils divaguent volontiers. Comme ils ont droit à tous nos respects, nous leur passons tous leurs écarts. Nous ne sommes pas d'aussi bonne composition pour nos hommes de talent. Un livre mal fait dans son ensemble ne peut se sauver par la beauté des détails, ni même par l'ingénieuse conception de l'ouvrage lui-même. Il faut que toutes les parties, ingénieuses ou non, concourent dans une certaine mesure à la connexion du tout, et par contre il faut, dans un ouvrage bien ordonné et logiquement conduit, que les détails n'en déparent point la conception. Quand une pièce de théâtre avait entraîné le public à la représentation, l'auteur n'avait rempli que la moitié de sa tâche; il fallait que l'ouvrage, comme on disait, se soutînt à la lecture.
Il est probable que Shakespeare n'était guère soucieux de cette seconde partie de son obligation envers son public. Quand il avait produit à la représentation l'effet qu'il s'était promis, quand la galerie surtout était satisfaite, il est probable qu'il ne s'inquiétait plus de l'opinion des puristes; d'abord, la grande majorité de ce public ne savait pas lire, et eût-il pu lire, en aurait-il eu le loisir, attendu qu'il se composait ou de jeunes fats de la cour, plus occupés de leurs plaisirs que de littérature, ou de marchands de marée, peu disposés à éplucher les beautés littéraires?
Qui sait ce que devenait le manuscrit, le canevas sur lequel l'auteur avait monté sa pièce, et dont les bribes, distribuées aux acteurs pour apprendre leurs rôles, devenaient ce qu'elles pouvaient et étaient recueillies au hasard par de faméliques imprimeurs, avec toute licence de les accommoder à leur guise ou de suppléer aux lacunes? Ne semble-t-il pas que ces pièces pleines de fantaisie,—je parle de ce que Shakespeare intitule des comédies,—ou que ces drames à effet, tantôt lugubres, tantôt grotesques, ces tragédies, où les héros, et les valets se trouvent confondus et parlent chacun leur langage, dont l'action, capricieusement conduite, se passe dans vingt lieux à la fois ou embrasse un espace de temps illimité, ne semble-t-il pas, dis-je, que de telles œuvres, avec leurs beautés et leurs défauts, ne doivent plaire qu'aux adeptes capricieux et ne peuvent attacher qu'une nation plus frivole que réfléchie?
Pour ma part, je crois que le goût, que le tour d'esprit d'une nation dépend étrangement de celui des hommes célèbres qui, les premiers, ont écrit ou peint, ou produit chez elle des ouvrages dans quelque genre que ce soit. Si Shakespeare était né à Gonesse, au lieu de naître à Strafford-sur-Avon, à une époque de notre histoire où l'on n'avait pas eu encore ni Rabelais, ni Montaigne, ni Malherbe, ni, à bien plus forte raison, Corneille, on eût vu se produire dans notre pays non seulement un autre théâtre (voir en Espagne Calderon), mais encore une autre littérature. Que le caractère anglais ait ajouté à de semblables ouvrages quelque chose de sa rudesse, je le croirai sans peine; quant à cette prétendue barbarie que les Anglais ont montrée à certaines époques de leur histoire et qu'on donne pour une des causes de la pente de Shakespeare à ensanglanter la scène outre mesure, je ne crois pas, en interrogeant bien nos annales, que nous en devions beaucoup, en fait de cruauté, à nos voisins les Anglais, ni que les tragédies en action qui ont jeté une teinte si sombre, notamment sur les règnes des Valois, aient pu nous donner une éducation propre à adoucir les mœurs ni la littérature.
Pour avoir banni les massacres de notre scène, laquelle n'a commencé à briller qu'à une époque plus radoucie, notre nation n'en est pas plus humaine dans son histoire que la nation anglaise; des époques récentes et de redoutable mémoire ont montré que le barbare et même le sauvage vivaient toujours dans l'homme civilisé, et que la gaieté dans les ouvrages de l'esprit pouvait se rencontrer avec des mœurs passablement farouches. L'esprit de société, qui peut-être est un instinct plus développé de notre nature française, a pu contribuer à polir davantage la littérature; mais il est plus probable encore que les chefs-d'œuvre de nos grands hommes sont venus à propos pour décrier les tentatives bizarres ou burlesques des époques précédentes, et pour tourner les esprits vers le respect de certaines règles éternelles de goût et de convenance qui ne sont pas moins celles de toute véritable sociabilité que celles des ouvrages de l'esprit. On nous dit souvent que Molière, par exemple, ne pouvait paraître que chez nous; je le crois bien, il était l'héritier de Rabelais, sans parier des autres.
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8 mars.—Sur Rubens. Sa verve; la monotonie de certains retours dans son dessin. Recopier ici ce que je trouve dans l'agenda de 1852 à la suite de mes observations sur les sublimes tapisseries de la mort d'Achille. «Le parti pris de Rubens en outrant certaines formes montre qu'il était dans la situation d'un artiste qui exerce le métier qu'il sait bien, sans chercher à l'infini des perfectionnements[510].»
Dans le même cahier, au 6 février, à propos d'un concert et de la musique des hommes dans le genre de Mendelssohn, etc.: «Ce n'est point cette heureuse facilité des grands maîtres qui prodiguent les motifs les plus heureux, etc.[511].»
J'ajoute ceci aujourd'hui que j'ai acquis, depuis le jour où furent écrites ces réflexions, huit années d'expérience. Il est bon et à propos d'écrire les idées quand elles viennent, même si vous n'êtes pas occupé d'un travail suivi pour lequel ces idées puissent venir à propos. Mais toutes ces réflexions prennent la forme du moment. Le jour où elles peuvent s'utiliser dans un travail d'une certaine étendue, il faut se garder d'avoir trop d'égard à la forme qu'on leur a donnée dans le premier moment. On sent le placage dans les ouvrages médiocres. Voltaire devait noter ses idées. Son secrétaire le dit. Pascal nous en laisse la preuve dans ses Pensées, qui sont des matériaux pour un ouvrage. Mais ces hommes-là, en recueillant la matière dans le creuset, rencontraient la forme qu'ils pouvaient et se livraient avant tout à la suite des idées plutôt qu'à leur forme, et ne s'imposaient pas, à coup sûr, le fastidieux travail de retrouver celles qu'ils avaient notées, ou de les enchâsser dans la forme qu'ils leur ont donnée d'abord. Il ne faut pas être trop difficile. Tout homme de talent qui compose ne doit pas se traiter en ennemi. Il doit supposer que ce que son inspiration lui a fourni a sa valeur. L'homme qui relit et qui tient la plume pour se corriger est plus ou moins un autre homme que celui du premier jet. Il y a deux choses que l'expérience doit apprendre: la première, c'est qu'il faut beaucoup corriger; la seconde, c'est qu'il ne faut pas trop corriger.
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10 mars.—Essayer des cigarettes de thé vert. Je vois dans un ancien calepin que c'est une mode d'en fumer à Pétersbourg. Elles n'ont pas, du moins, l'inconvénient d'être narcotiques.
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14 mars.—J'ai été voir l'exposition du boulevard, j'en suis revenu mal disposé. Il y faisait froid. Les Dupré, les Rousseau m'ont ravi. Pas un Decamps[512] ne m'a fait plaisir: c'est vieilli, c'est dur et mou, filandreux; de l'imagination toujours, mais nul dessin; rien ne devient ennuyeux comme ce fini obstiné sur ce faible dessin. Il est jauni comme du vieil ivoire, et les ombres noires.
Mme Sand est venue me dire adieu bien amicalement. Elle voulait m'en traîner ce soir à Orphée[513].
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28 mars.—Guillemardet venu hier dans la journée. Je lui ai dit ce que j'avais sur le cœur, cela m'a soulagé. Je regrettais vivement d'être obligé de changer pour lui de sentiment; ce qu'il m'a dit de X... ma fait impression. Il est bien changé et a été bien souffrant.
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20 mars.—Toujours fatigué le matin.
[509] Delacroix songeait alors à écrire l'article sur Charlet qu'il ne fit paraître que deux ans plus tard.
[510] Voir t. II, p. 73 et 74.
[511] Voir t. II. p. 83.
[512] Il est intéressant de noter ici un revirement de l'opinion d'Eugène Delacroix sur Decamps. On se rappelle que, dans les premières années du Journal, il va jusqu'à prononcer le mot de génie à propos d'une de ses compositions.
[513] C'est en 1860 que Mme Viardot reprit, avec le plus grand succès, l'Orphée de Gluck au Théâtre-Lyrique.
3 avril.—Fragilité des ouvrages de peinture et autres.
Je lis une Vie de Léonard de Vinci d'un M. Clément (Revue des Deux Mondes, 1er avril 1860). C'est le pendant à une Vie de Michel-Ange, très bonne, du même, publiée l'année dernière. J'y suis frappé surtout de la disparition notée par lui de presque tous ses ouvrages, tableaux, manuscrits, dessins, etc. Il n'y a personne qui ait produit davantage et laissé si peu de chose. Cela me rappelle ce que Lonchamps[514] dit de Voltaire: qu'il ne croyait jamais avoir fait assez pour sa réputation. Un peintre, dont les ouvrages sont uniques, est exposé à bien plus de chances de destruction, ou, ce qui est peut-être pis, d'altération; il a bien plus de sujet de chercher à produire beaucoup d'ouvrages pour que quelques-uns au moins puissent surnager.
Ce serait un ouvrage curieux qu'un Commentaire sur le traité de la peinture de Léonard. Broder sur cette sécheresse donnerait matière à tout ce qu'on voudrait.
Voir dans cette vie de Léonard la lettre qu'il écrit au duc de Milan, où il lui détaille toutes ses inventions. J'y ai trouvé qu'il avait eu une idée qui répond à celle que j'avais à Dieppe, dans un article sur l'art militaire[515], d'avoir des chariots qui transportent de petits détachements de soldats au milieu de l'ennemi, etc. Il dit: «Je fais des chariots couverts que l'on ne saurait détruire, avec lesquels on pénètre dans les rangs de l'ennemi et on détruit son artillerie. Il n'est si grande quantité de gens armés qu'on ne puisse rompre par ce moyen, et derrière ces chariots, l'infanterie peut s'avancer sans obstacles et sans danger.» Il a tout prévu, il dit: «Dans le cas où on serait en mer, je puis employer beaucoup de moyens offensifs et défensifs, et entre autres construire des vaisseaux à l'épreuve des bombardes, etc.»
L'auteur de l'article parle des divers tableaux de la Cène, des peintres célèbres qui ont précédé Léonard: le Cénacle de Giotto, celui de Ghirlandajo... Les compositions austères sont raides, les personnages ne marquent ni par leur expression, ni par leur attitude, etc. Plus jeunes chez l'un de ces maîtres, déjà plus vivaces chez l'autre, ils ne concourent point à l'action, qui n'a rien de cette unité puissante et de cette prodigieuse variété que Léonard devait mettre dans son chef-d'œuvre. Si l'on se reporte au temps où cet ouvrage fut exécuté, on ne peut qu'être émerveillé du progrès immense que Léonard fit faire à son art. Presque le contemporain de Ghirlandajo, condisciple de Lorenzo di Credi et du Pérugin, qu'il avait rencontré dans l'atelier de Verrocchio, il rompt d'un coup avec la peinture traditionnelle du quinzième siècle; il arrive sans erreurs, sans défaillances, sans exagérations et comme d'un seul bond, à ce naturalisme judicieux et savant, également éloigné de l'imitation servile et d'un idéal vide et chimérique. Chose singulière! le plus méthodique des hommes, celui qui parmi les maîtres de ce temps s'est le plus occupé des procédés d'exécution, qui les a enseignés avec une telle précision que les ouvrages de ses meilleurs élèves sont tous les jours confondus avec les siens, cet homme, dont la manière est si caractérisée, n'a point de rhétorique[516]. Toujours attentif à la nature, la consultant sans cesse, il ne s'imite jamais lui-même; le plus savant des maîtres en est aussi le plus naïf, et il s'en faut que ses deux émules, Michel-Ange et Raphaël, méritent au même degré que lui cet éloge.
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6 avril.—J'ai été aujourd'hui à Saint-Sulpice. Boulangé n'avait rien fait et n'avait pas compris un mot de ce que je voulais. Je lui ai donné l'idée des cadres en grisailles[517] et de la guirlande, le pinceau à la main et avec furie. Chose étonnante! je suis revenu fatigué et non énervé. Il me semble que c'est l'entrée en scène de la santé après tant de petites rechutes.
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7 avril.—À Saint-Sulpice, où Boulangé ne m'attendait pas. Cet infâme coquin ne vient pas, ne travaille pas et m'attribue ces retards sous prétexte de changements. Il n'y était pas effectivement, je suis rentré furieux et lui ai écrit eu conséquence.
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8 avril.—Varcollier venu, puis Mme R... et Mme Colonna[518] avec qui j'avais rendez-vous. Je me suis engagé à la recevoir et à aller la voir.
Carrier venu à quatre heures, enthousiasmé surtout de l'intérieur. Il remarque la petite Andromède[519]; et à ce propos je me rappelle celle de Rubens que j'ai vue il y a longtemps. J'en ai vu deux, au reste, une à Marseille chez Pellico, l'autre chez Hilaire Ledru[520] à Paris, très belles de couleur toutes les deux; mais elles me font songer à cet inconvénient de la main de Rubens qui peint tout comme à l'atelier, et dont les figures ne sont pas modifiées par des effets différents et appropriés dans les scènes qu'il a à peindre; de là cette uniformité des plans; il semble que toutes les figures soient comme les modèles sur la table, éclairés par le même jour et à la même distance du spectateur. Véronèse en cela bien différent.
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9 avril.—Je trouve dans Bayle que Laïs n'aimait pas Aristippe, qui était un homme propre et convenable, et s'en faisait payer chèrement ce qu'elle donnait pour rien à Diogène, sale et puant.
—Je vais faire une seconde séance à l'église pour le ton de fruits; j'en suis sorti plus fatigué que l'autre jour; j'en conclus que je ne suis pas remis. Boulangé s'est rangé; mais c'est un drôle de personnage.....
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10 avril.—Ébauche au pastel.
Denuelle[521] vient m'exposer que le crédit alloué pour les ornements de la chapelle est sur le point d'être atteint. Je lui dis que je suis résolu à faire achever à mes frais, si c'est nécessaire. (Il pourra se trouver une petite compensation dans les dégâts apportés par l'humidité à la guirlande du haut.)
Pour ébaucher sur un panneau au pastel, il ne serait pas nécessaire qu'il fût encollé. Ne pourrait-on encoller le panneau de manière que le pastel, une fois arrivé au degré nécessaire, fût fixé, en exposant le panneau à une vapeur d'eau chaude qui, en amollissant la colle, fixerait le pastel? On pourrait alors passer un second encollage sur le tout afin de conserver le brillant du pastel et repeindre à l'huile. Sur cette ébauche au pastel, on pourrait encore revenir avec de l'aquarelle.
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11 avril.—Dîné chez Mme Herbelin. Une heure avant d'y aller, j'ai été sur le point de m'excuser. En somme, je me suis très bien trouvé d'y être allé. Nadaud[522] nous a donné des choses délicieuses: le Fortifions nos côtes est charmant.
Je trouve dans l'Entretien de Lamartine, prêté par Didot, sur Chateaubriand, des citations de ses billets à Mme Récamier, entre autres celle-ci: «Venez vite..... mes dispositions d'âme triste ne changent pas. Oh! que je suis triste! Venez; de l'ennui de l'isolement, je passe à l'ennui de la foule; décidément je ne puis supporter l'ennui du monde.» Lamartine ajoute: «On voit par la vicissitude de ses désirs qu'il s'est retourné toute sa vie dans son lit de gloire, d'ambition, de cours, de fêtes, sans trouver, comme on dit, une bonne place. Toujours mal où il est, toujours bien où il n'est pas, homme d'impossible même en attachement.»
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12 avril.—Sur Shakespeare, Molière, Rossini, etc.
Je trouve dans un calepin écrit à Augerville pendant mon séjour en juillet 1855 (Mme Jaubert s'y trouvait): «Je voyais tout à l'heure ces demoiselles bleues, vertes, jaunes, qui se jouaient sur les herbes le long de la rivière. À l'aspect de ces papillons qui ne sont pas des papillons, bien que leurs corps présentent de l'analogie, dont les ailes se déploient un peu comme celles des sauterelles, et qui ne sont pas des sauterelles, j'ai pensé à cette inépuisable variété de la nature, toujours conséquente à elle-même, mais toujours diverse, affectant les formes les plus variées avec l'usage des mêmes organes. L'idée du vieux Shakespeare s'est offerte aussitôt à mon esprit, qui crée avec tout ce qu'il trouve sous sa main. Chaque personnage placé dans telle circonstance se présente à lui tout d'une pièce avec son caractère et sa physionomie. Avec la même donnée humaine il ajoute ou il ôte, il modifie sa manière et vous fait des hommes de son invention qui pourtant sont vrais... C'est là un des plus sûrs caractères du génie. Molière est ainsi, Cervantes est ainsi, Rossini avec son alliage est ainsi; s'il diffère de ces hommes, c'est par une exécution plus nonchalante. Par une bizarrerie qui ne se rencontre pas souvent chez les hommes de génie, il est paresseux, il a des formules, des placages habituels qui allongent sa manière, qui se sentent bien toujours de sa facture, mais ne sont pas marqués d'un cachet de force et de vérité. Quant à sa fécondité, elle est inépuisable, et là où il l'a voulu il est vrai et idéal à la fois.»
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13 avril.—Sur les sonorités en musique.—Sur l'Opéra. Voir mes notes écrites à Champrosay en mai 1855[523].
Mon cher petit Chopin s'élevait beaucoup contre l'école qui attache à la sonorité particulière des instruments une partie importante de l'effet de la musique. On ne peut nier que certains hommes, Berlioz entre autres, sont ainsi, et je crois que Chopin, qui le détestait, en détestait d'autant plus sa musique qui n'est quelque chose qu'à laide des trombones opposés aux flûtes et aux hautbois en concordant ensemble. Voltaire définit le beau ce qui doit charmer l'esprit et les sens. Un motif musical peut parler à l'imagination sur un instrument borné à ses sons propres comme le piano par exemple, et qui n'a par conséquent qu'une manière d'émouvoir les sens; mais on ne peut nier cependant que la réunion de divers instruments ayant chacun une sonorité différente ne donne plus de force et plus de charme à la sensation. À quoi servirait d'employer tantôt la flûte, tantôt la trompette, l'une pour annoncer un guerrier, l'autre pour disposer l'âme à des émotions tendres et bocagères? Dans le piano même, pourquoi employer tour à tour les sons étouffés ou les sons éclatants, si ce n'est pour renforcer l'idée exprimée? Il faut blâmer la sonorité mise à la place de l'idée exprimée, et encore faut-il avouer qu'il y a dans certaines sonorités, indépendamment de l'expression pour l'âme, un plaisir pour les sens. Je me rappelle que la voix de....., chanteur froid et sans beaucoup d'expression, avait par la seule émission du son un charme incroyable. Il en est de même dans la peinture: un simple trait exprime moins et plaît moins qu'un dessin qui rend les ombres et les lumières; ce dernier, à son tour, exprimera moins qu'un tableau, si ce dernier est amené au degré d'harmonie où le dessin et la couleur se réunissent dans un effet unique. Il faut se rappeler ce peintre ancien qui, ayant exposé une peinture représentant un guerrier, faisait entendre en même temps, derrière une tapisserie, des fanfares de trompettes.
Les modernes ont inventé un genre qui réunit tout ce qui semble pouvoir charmer l'esprit et les sens: c'est l'opéra[524]. La déclamation chantée a plus de force que celle qui n'est que parlée. L'ouverture dispose à ce que l'on va entendre, bien que d'une manière vague. Le récitatif expose les situations et établit le dialogue avec plus de force que ne ferait une simple déclamation, et l'air, qui est en quelque sorte le point d'admiration, le moment de la passion par excellence dans chaque scène, complète la sensation par la réunion de la poésie et de tout ce que la musique peut y ajouter; joignez à cela l'illusion des décorations, les mouvements gracieux de la danse, en un mot la pompe et la variété du spectacle.
Malheureusement, tous les opéras sont ennuyeux parce qu'ils nous tiennent trop longtemps dans une situation que j'appellerai abusive. Le spectacle qui tient les sens et l'esprit en échec fatigue plus vite. Vous êtes promptement rassasié de la vue d'une galerie de tableaux; que sera-ce d'un opéra qui réunit dans un même cadre l'effet de tous les arts ensemble?
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14 avril.—Hier 13 et vendredi, malgré le présage, je suis rentré dans mon atelier après ma longue convalescence; ce que j'ai à faire dans l'espace de trois semaines ou un mois est incroyable. Finir pour Estienne les Chevaux qui se battent dans l'écurie[525], les Chevaux sortant de la mer[526], Ugolin[527]; presque achevé l'esquisse de l'Héliodore destinée à Dutilleux; ébaucher et avancer les deux tableaux de bataille d'Estienne; le Camp arabe la nuit; le Chef arabe en tête de ses troupes et les femmes qui lui présentent du lait[528]; l'Abreuvoir au Maroc[529]; avancer beaucoup les quatre tableaux des Saisons pour Hartmann[530], etc., etc. Reprendre et achever l'esquisse du saint Étienne[531].
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15 avril.—Sur les caractères au moment des révolutions politiques. (Voir mes notes écrites à Augerville, le 21 octobre 1859.)
Toutes les révolutions mettent en fièvre les natures basses et prêtes à mal faire. Les âmes traîtresses posent le masque; elles ne peuvent se contenir à la vue du désordre universel qui semble offrir des proies à saisir. Ni le blâme du bienfaiteur que tous ces coquins, enveloppés dans leur peau de renard, flattaient encore dans l'attente de nouveaux bienfaits, ni le mépris des honnêtes gens, ni enfin la crainte d'être vus ce qu'ils sont, rien ne peut leur opposer de frein. Il leur semble que le monde n'est plus fait que pour les scélérats. Ils se trouvent à l'aise an milieu du silence des hommes honnêtes; ils se flattent qu'il n'en est plus pour les juger et leur infliger l'infamie qu'ils méritent.
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28 avril.
Les Arabes autour du feu. 2,500 francs.
Une toile de trente, Fantassins en
chasse[532] 3,000 "
Une toile de trente 3,000 "
L'Angélique et Médor[533] 2,800 "
[514] Pierre Charpentier de Lonchamps (1740-1817), littérateur, auteur d'un Tableau historique des gens de lettres.
[515] Voir t. II, p 450 et suiv.
[516] On se rappelle ce que Delacroix entendait par cette expression de rhétorique appliquée aux ouvrages de l'esprit. Nous avons longuement insisté sur ce point dans notre Étude, p. XXXII.
[517] Il s'agit ici d'ornements en grisailles qui servent de lien entre le plafond ovale et les écoinçons dans lesquels sont peints des anges en grisaille. (Voir Catalogue Robaut, p. 362 et 363.)
[518] Adèle d'Affry, princesse Colonna di Castiglione, dite Marcello, sculpteur (1837-1879).
[519] Voir Catalogue Robaut, nos 1001 et 1002.
[520] Hilaire Ledru, peintre, né à Douai.
[521] Dominique—Alexandre Denuelle (1818-1879), archéologue et peintre décorateur, était attaché à la commission des monuments historiques.
[522] Gustave Nadaud (1820-1893), chansonnier et compositeur.
[523] Non retrouvées.
[524] Voir notre Étude, p. XLIII et XLIV.
[525] Ce tableau est ainsi décrit: «Trois Arabes couchés à terre sur des couvertures sont réveillés en sursaut par deux chevaux, un blanc et un roux qui se sont détachés et se mordent avec acharnement. Les deux bêtes affolées s'enlacent dans un choc furieux et forment un groupe d'une ampleur superbe.» (Voir Catalogue Robaut, n° 1409.)
[526] Voir Catalogue Robaut, n° 1410.
[527] Ce tableau, qui a figuré récemment à la deuxième exposition des Cent chefs-d'œuvre, est indiqué à l'année 1849 dans le Catalogue Robaut. Il s'agit probablement ici d'une variante de l'œuvre primitive.
[528] Voir Catalogue Robaut, n° 1440.
[529] Voir Catalogue Robaut, n° 1442.
[530] Voir Catalogue Robaut, nos 1428, 1430, 1432, 1434.
[531] Une variante sans doute du beau tableau de 1853. (Voir Catalogue Robaut, nos 1210, 1211 et 1212.)
[532] Il s'agit ici vraisemblablement du tableau qui figure au Catalogue Robaut sous le n° 1448.
[533] Sujet tiré du Roland furieux de l'Arioste.
Champrosay, 19 mai.—Parti pour Champrosay. J'y ai travaillé beaucoup aux tableaux commandés par M. Estienne.
2 juin.—Sacrifice d'Abraham, pour Surville[534].
—Ombre du blanc, linge, etc.: Violet de Mars. (Ton de zinc royal et vert émeraude.)
—Arrivée du bon cousin à onze heures du soir.
[534] Surville, ancien comédien, devenu marchand de tableaux.
6 juillet.—Donné à M. Charles Nègre[535] deux études avec un petit carton pour essai:
1° La Femme noyée du plafond du Louvre[536];
2° Études pour l'Hercule[537].
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Dieppe, 18 juillet.—Parti de Paris pour Dieppe après un désappointement que m'a valu le changement des heures. Je comptais prendre le chemin de fer à huit heures et demie; arrivé à la gare, on m'annonce que je ne partirai qu'à une heure par le train express. Je retourne à la maison où je vais tuer le temps jusqu'à l'heure dite, sauf le temps que j'ai passé à déjeuner à ce café du chemin de fer, rue Saint-Lazare. Jenny partait pour Champrosay à midi. Je trouve à la gare de Rouen Mme de Salvandy, fille cadette de Rivet.
Arrivé à cinq heures, trouvé à la gare Mme Grimblot dont j'admire, en marchant derrière elle et avant de la reconnaître, l'imposante crinoline. Elle habite Dieppe tout à fait. Je ne me suis pas enquis des motifs qui pouvaient la porter à une résolution si grave.
J'étais un peu après installé à l'hôtel Victoria sur le port, ainsi que je le désirais, et j'y faisais à six heures le plus détestable dîner avec des rogatons. Les hôtels n'ont eu garde de ne pas adopter la mode des dîners modernes qui font la cuisine en abrégé et vous servent des restes; ils font au reste comme les grands seigneurs: la cuisine s'en va comme tant de bonnes choses. Je me suis un moment applaudi de cette mauvaise chère, en pensant que je n'éprouverais pas la tentation de manger trop, étant venu ici pour me mettre au régime.
À la jetée après dîner et tout d'un temps, quoique la nuit arrivât. J'ai longé la plage et l'établissement, et ai été visiter les rochers à la gauche des bains; mais l'obscurité m'a chassé.
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19 juillet.—Je passe ma journée presque entière sur la jetée. Je vois sortir le yacht anglais; j'avais les yeux dessus lorsque est tombé ce malheureux qui s'est noyé et qu'on n'a retrouvé que le lendemain.
Je vais le soir à Saint-Remy; magnifique effet de cette bizarre architecture éclairée par deux ou trois chandelles fumantes plantées çà et là pour rendre les ténèbres visibles. On ne peut rien voir de plus imposant.
J'éprouve de la satisfaction à me trouver isolé ici, m'occupant de mes petites affaires et me suffisant. J'avais trouvé à la jetée Mme de Lajudie, l'autre fille de Rivet, que le mauvais temps empêche de se baigner.
—Buffon n'aimait que les vers de Racine; encore disait-il: «Il eût été plus exact en prose,»
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20 juillet.—Après une très longue séance à la jetée où la mer est très belle, mais où le soleil me réchauffait un peu malgré le vent, je suis retourné à Saint-Remy. J'y ai fait un très mauvais croquis d'une copie de tableau de maître que j'avais dessiné dans un de mes précédents voyages: Christ déposé de la croix.
Je crois apercevoir Mme.. entrant dans l'église avec un enfant. Je m'esquive, mais c'est pour retrouver, rue de la Barre, Mme Grimblot chez son épicier où elle était en voisine. J'ai été chez elle causer une heure. Elle m'a rappelé d'anciens temps et d'anciennes connaissances. La pauvre Mirbel est morte pour ainsi dire à temps: elle serait morte d'ennui et de tristesse. Ses anciens amis ne la voyaient plu guère. La solitude, qui attend tous ceux qui vivent trop longtemps, l'entourait déjà prématurément. Elle n'avait pas une grande fortune pour les dehors qu'elle étalait; elle s'en tirait à force d'économies, triste situation quand tous ses efforts ne tendaient qu'à satisfaire des jouissances de vanité. Elle cherchait à attirer chez elle les personnages du régime qui avait succédé à celui des premiers Bourbons. Mme Grimblot, dans un temps qui n'était pas encore celui de sa décadence, l'avait un matin rencontrée sur le pont Neuf, rapportant de la halle deux maquereaux. Elle ne gagnait plus guère d'argent dans les derniers temps.
Le soir, retourné à la jetée par un très beau temps; la mer superbe, quoique à marée basse. J'y vois tous les effets propres à mon Christ marchant sur la mer[538]. Mme Manceau, que j'y retrouve après tant de temps, me promet de me chanter Orphée, si je vais la voir.
Je retourne par la plage et rentre encore dans Saint-Remy. Un malaise de l'estomac me fait encore prolonger avec succès ma promenade jusqu'à dix heures passées. J'entre à Saint-Jacques, éclairé de même par de rares chandelles; mais son architecture écrasée ne produit pas le même effet que celle de Saint-Remy[539].
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Samedi 21 juillet.—Pluie toute la journée. Après avoir essayé de reproduire l'effet de soleil couchant que j'ai vu hier soir, je fais une promenade sous les arcades pendant la pluie; je me hasarde à gagner la jetée pendant une éclaircie. J'y trouve les dames Rivet et leurs maris. Une pluie affreuse me chasse, et je rentre trempé.
Je pensais, en déjeunant en face de cette famille anglaise, le mari, la femme et les trois grands dadais de fils, tous plus laids et ressemblants les uns que les autres à leur auteur, à la morgue singulière de ces automates à argent, et à leur orgueil stupide de cette fameuse constitution qui ne leur garantit pas plus de liberté qu'à nous autres, qu'ils regardent comme de véritables esclaves. Il faut absolument, dans un pays d'égalité, de partage égal de fortune entre les enfants, un gouvernement fort et centralisateur pour faire les grandes choses. Les fortunes particulières sont trop divisées. L'aristocratie anglaise permet de grands efforts qui n'ont pas toutefois, sous une infinité de rapports, l'ensemble qu'on peut obtenir d'un gouvernement qui veille plus particulièrement et avec plus de puissance aux grands objets qui honorent les nations, aux grandes entreprises, aux expéditions subites, etc.
Les bons bourgeois anglais ont la bonté d'être très fiers de leurs grands seigneurs, qui ne les saluent pas, tirent à eux toute la substance, et exercent dans toute la plénitude le gouvernement.
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22 juillet.—Je suis décidément enrhumé; j'ai des moments d'ennui profond où je veux partir pour Paris. La nuit, je me figure que tout est perdu. Il faut avouer qu'il est dur au mois de juillet de grelotter dans sa chambre. J'ai demandé avant-hier qu'on me fît du feu; mais Mme Gibbon, mon hôtesse, se défiant de ses cheminées qui n'ont jamais été destinées à cet objet, m'a donné une chaufferette, qui m'a rendu tolérable le séjour de ma chambre pendant que je lisais.
J'ai loué des livres pour huit jours. J'ai mis le nez dans un livre de Dumas intitulé: Trois mois au Sinaï[540]. C'est toujours ce ton cavalier et de vaudeville, qu'il ne peut dépouiller, en parlant même des Pyramides; c'est un mélange du style le plus emphatique, le plus coloré, avec les lazzi d'atelier qui seraient tout au plus de mise dans une partie d'ânes à Montmorency. C'est fort gai, mais fort monotone, et je n'ai pu aller à la moitié du premier volume.
J'ai pris Ursule Mirouet, de Balzac; toujours ces tableaux d'après des pygmées dont il montre tous les détails, que le personnage soit le principal ou seulement un personnage accessoire. Malgré l'opinion surfaite du mérite de Balzac, je persiste à trouver son genre faux d'abord et faux ensuite ses caractères. Il dépeint les personnages, comme Henry Monnier, par des dictons de profession, par les dehors, en un mot; il sait les mots de portière, d'employé, l'argot de chaque type. Mais quoi de plus faux que ces caractères arrangés et tout d'une pièce? Son médecin et les amis de son médecin, ce vertueux curé Chaperon dont la vie sage et jusqu'à la forme de son habit, dont il ne nous fait pas grâce, reflète la vertu, cette Ursule Mirouet, merveille de candeur dans sa robe blanche et avec sa ceinture bleue, qui convertit à l'église son incrédule d'oncle?
Personne n'est parfait, et les grands peintres de caractères montrent les hommes comme ils sont.
—Hier, tristesse et ennui extrême; probablement je me portais plus mal. Samedi soir, j'ai fait au Pollet une promenade plus triste encore. J'ai été hier du côté du cours Bourbon. Pourquoi ne me suis-je pas trouvé heureux de m'y voir quand dans le moment même il me semblait que, lorsque j'y suis venu dans un autre voyage, je m'y suis trouvé très heureux? Le souvenir fait complètement illusion.
Aujourd'hui, après déjeuner, j'ai été voir Mme Manceau, qui m'a chanté très bien des morceaux d'Orphée. Ensuite au rocher au bas du château. Revenu par la plage et regardé les exercices des soldats, la formation du carré, la marche en carré, etc.
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25 juillet.—Aujourd'hui, très souffrant. Je reçois une lettre de Jenny et de Mme de Forget: je récris.
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Champrosay, 27 juillet.—Je pars à midi moins un quart; arrivé à Paris à quatre heures vingt minutes. J'ai le temps d'arriver au plus vite pour partir à cinq heures un quart par le chemin de Corbeil.
La jeune dame que je croyais sous la tutelle de l'homme silencieux et désagréable du coin, en face d'elle. La langue de la jeune personne se dénoue, à ma grande surprise, dans la salle de la douane, pour s'adresser à moi avec une amabilité extrême; mon âge et le chemin de fer de Corbeil m'empêchent de donner suite à cette charmante aventure. Elle ressemblait à Mme D...
J'arrive à six heures, enchanté de me trouver chez moi.
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31 juillet.—Je commence à aller mieux. Je dîne chez Baÿvet avec M. Darblay[541] qui me fait politesse. Legendre et Féray[542] s'y trouvent. Je rencontre aussi le maire Renoux et sa femme.