[15]Kopo en bondjo, Takou en banziri.
[16]Decorse écrit Ngéré.
[17]Koufourou en mbouaka, ndo en banziri.
[18]Voir pour la description de ces pirogues, J. Decorse, Du Congo au lac Tchad, p. 22-23.
[19]Dr J. Decorse, Du Congo au Lac Tchad, p. 30.
[20]A. Chevalier et E. Perrot, Les Végétaux utiles de l’Afrique tropicale française, I, p. 100 et suiv., 1905.
[21]Les deux espèces existent, mais le Nicotiana tabacum est plus fréquent que le Nicotiana rustica.
[22]Cette préparation semble assez considérable : autour des cases habitées on voit souvent des monceaux coniques de cendres provenant de la cuisson et s’élevant parfois à 2 ou 3 mètres de hauteur.
[23]J’ai pourtant rencontré entre la Tomi et la Kémo des cours bombées pouvant s’élever de 10 mètres au-dessus de la plaine ; les cases sont alors situées au pied de ce mamelon.
[24]Fétiche se dit doundou ou doundourou. Parmi les plants fétiches citons : le lingui ngatou, petite liliacée à feuilles étroites et à fleurs verdâtres, déjà observée dans les villages bouakas ; c’est le fétiche des poules qui pondent davantage si elles en mangent les feuilles ; — le lingui ouaoua (Amaryllis nivea ?), fétiche du chemin : Le Mbi passant dans la brousse en emporte des feuilles qui le garantissent contre les attaques ; — le khéréya bimbéré, grande amaryllidée à feuilles larges pliés en gouttière et ondulées. Cette plante a des feuilles à saveur très amère ; c’est, paraît-il, un poison violent. Pourtant elle est fétiche du sel dont elle assure un plus grand rendement, si on la met dans la marmite où l’on évapore la lessive de cendres.
[25]Reconnu ce jour-là l’Eriodendron, l’Elæis, le Sarcocephalus esculentus ; des Dracæna de moyenne taille (2 à 3 mètres), le bambou nain. A Krébedjé et chez Okomekiou il y a quelques papayers.
[26]Son bois sert à faire les tamtam.
[27]Le tabac réussit ici admirablement. J’ai compté environ 2000 pieds, appartenant au Nicotiana tabacum, à part quelques chétifs Nicotiana rustica. Ce sont les plus beaux que j’aie jusqu’ici rencontrés en Afrique tropicale. Quelques-uns mesurent 1m,70 et portent 14 ou 15 feuilles ayant 30 à 40 centimètres de long sur 15 à 20 de large. Il convient de dire qu’ils sont fort bien cultivés : repiquage à 20 ou 40 centimètres de distance dans des tas de cendres, arrosés s’il en est besoin. Leur propriétaire leur prodigue d’ailleurs les fétiches.
[28]Ce végétal n’était pas en fleurs et n’avait pas encore formé de tubercules, mais il m’a bien semblé être identique à la plante cultivée par les indigènes.
[29]J’ai rencontré sur les blocs de gneiss à demi submergés une fougère très spéciale par le polymorphisme de ses frondes. Les rhizomes courant à la surface sont recouverts de petites lames vertes plus ou moins étalées et contournées, s’appuyant sur le rhizome même et prenant tout à fait l’aspect d’une hépatique. La partie submergée du thalle porte des frondes translucides, analogues à celles des Hymenophyllées et stériles. Les frondes proprement dites sont celles d’un polypode vulgaire, mais elles peuvent s’élever jusqu’à 0m,60 et passer à la forme précédente par de multiples transitions suivant qu’elles ont été plus ou moins longtemps submergées. La quatrième forme ressemble à la fronde fertile du Blechnum spicatum en ce que les pinnules plus étroites que dans la fronde stérile, sont entièrement recouvertes de sporanges à la face inférieure. Comme le niveau de l’eau peut s’élever très rapidement pendant les crues et avarier les jeunes sporanges, cette partie fertile est portée sur un long rachis nu et très rigide.
[30]Cet emplacement n’était reconnaissable que par les plantes vivrières redevenues sauvages : Gombo, oseille de Guinée, acanthacée salifère, amaranthes comestibles, cotonniers, tabac.
[31]Nom de la Haute-Ombella.
[32]C’est un beau granit riche en mica noir ; il est traversé par de nombreux filaments à grain plus fin.
[33]Sur quelques-uns de ces arbres, j’ai rencontré en fructification le poivrier déjà observé à Bangui. Il n’est point connu, partant point utilisé des indigènes.
[34]Au N.-N.-E. de ce village se trouvent ceux des Gogos : ce sont des Mbrous qui ont dû fuir loin de leurs congénères. J’ai acheté chez Dati un ornement des lèvres en quartz, qui provient du poste des Mbrous : c’est en creusant le sol que les indigènes rencontrent cette roche.
[35]J’ai questionné mes porteurs sur les sources de la Fafa, sur la Tomi et la Yambéré. J’ai constaté une fois de plus la complète ignorance des indigènes sur ces questions.
[36]Kombé en langue banda, koumbi en ndi.
[37]J’y ai observé le coton indigène, qui a des brins longs de 20 et 30 millimètres d’un beau blanc.
[38]Au début de la même étape, le marigot de Boguiri, profond de 0m,10 seulement et pourtant fort encaissé, m’avait montré le gneiss traversé de filons de quartz.
CHAPITRE III
DE FORT-SIBUT A NDELLÉ
Le 12 novembre, Courtet et moi nous nous mettions en route pour Fort-Crampel. Le sentier qui va du bassin de l’Oubangui au Haut-Chari traverse un pays aujourd’hui complètement désert, mais où existaient il y a peu d’années encore des villages populeux. Les habitants ont fui pour se soustraire au portage et aux rapines des noirs affamés qui parcourent cette route.
Près de la ligne de partage des eaux des deux bassins, on pénètre chez le second grand peuple du Haut-Chari : La race Mandjia. Les Mandjias seraient les autochtones, et leur centre de dispersion se trouverait vers la Haute-Sangha beaucoup plus à l’O. ; les Bandas, au contraire, viendraient de l’E., à la limite des trois bassins Oubangui, Chari, Nil, pays où nous avons trouvé les nombreuses grottes qu’ils ont habitées.
Les Mandjias, tout en étant anthropophages, semblent avoir eu une civilisation assez avancée. Ils ont conservé quantité de traditions et les rites d’un fétichisme très complexe. Ils sont groupés en une multitude de clans patriarcaux commandés ordinairement par des vieillards renommés pour leur bravoure, ou pour leur habileté comme féticheurs. Cette race, quoique habitant un pays fertile, est aujourd’hui décimée par la famine, les épidémies, l’hostilité des Bandas envahisseurs, et elle se trouve dans un état d’affaissement lamentable. La vue de ces hommes amaigris, paraissant pour la plupart avoir renoncé jusqu’à l’effort de la lutte pour la vie, inspire une profonde pitié.
Le 21 novembre nous arrivions à Fort-Crampel où vivent côte à côte les Bandas et les Mandjias et qui est le poste le plus rapproché de la capitale des états du sultan Senoussi, la ville de Ndellé.
A une année d’intervalle, en 1903, je refaisais en sens inverse cette route de Fort-Crampel à Fort-Sibut. Elle avait bien peu changé ! Partout la piste battue, misérable, serpente à travers la brousse, sans seulement une case en dehors des quelques gîtes d’étapes. Partout les indigènes réquisitionnés sans répit ni raison, comme porteurs ou pourvoyeurs de vivres, se sont enfoncés plus loin dans la brousse insondée.
Notre départ de Fort-Crampel pour Ndellé eut lieu le 27 novembre. Le début de la route fut singulièrement monotone sur ces grands plateaux gréseux couverts d’une brousse claire (bush) qu’interrompent pourtant, çà et là, les galeries de quelques rivières, comme la Koddo, ou des bois entiers de bambous. Nous arrivâmes au Kaga Mbra le 30, et le soir même nous assistâmes à un immense embrasement qui s’étendit sur tout le versant occidental de la colline. Des arbres entiers étaient consumés et, on entendait les crépitements de l’incendie à 3 kilomètres de distance et la lueur réfléchie par les roches blanches était aveuglante. Le kaga Mbra, comme les autres kagas des environs, fut jadis habité ; on y voit des grottes enfumées, on reconnaît des plantes naturalisées comme le ricin, le bananier, le cotonnier, l’euphorbe cactiforme, le Cissus quadrangularis, et peut-être le gratteron (mucuna), qui y est commun, fut-il introduit comme barricade par les troglodytes. Les fétichistes des plaines voisines se sont souvent réfugiés dans ces rochers pour échapper aux fauves ou aux razzias des Arabes. Ainsi nous trouvons près du petit poste où nous campons des Mbras ou Mbalas, des Ngapous qui sont venus chercher là protection contre Senoussi[39]. La sécurité de ces retraites n’est d’ailleurs point absolue en présence des grands chefs esclavagistes.
Nous devons signaler en cette localité la capture d’une famille d’une espèce de mammifère fort intéressante. Je veux parler d’une nidification de Prosimiens du genre Galago. Pendant que j’herborisais dans la brousse avoisinant le campement, des hommes s’étaient arrêtés au pied d’un Prosopis, gros arbre de la famille des mimosées, dont le tronc âgé présentait des anfractuosités. A cette époque de l’année les indigènes affamés explorent souvent les arbres creux qu’ils rencontrent. Ils y capturent parfois des rayons d’abeilles ou de mellipones, des oiseaux provenant des pontes printanières, ou simplement de petits mammifères. Ces animaux, quel que soit leur âge, sont de bonne prise pour des gens qui meurent de faim. Par le simple examen de l’écorce de l’arbre aux environs de l’ouverture de l’anfractuosité il est possible de voir si le réduit est habité. On obstrue ensuite les diverses ouvertures sauf une, pour empêcher les animaux de fuir et par le trou béant on enfonce une sagaie pour tuer les animaux ou les inviter à fuir. Pour les capturer vivants, il faut élargir l’ouverture afin d’y passer la main. Nos bandas retirèrent ainsi quatre jeunes Galagos de l’anfractuosité du Prosopis. Ils étaient de la taille d’un tout petit chat et provenaient certainement d’une portée récente. Leur poil doux, très soyeux et très fourni leur donne un aspect particulier.
Deux de ces animaux avaient été tués pendant leur capture. Malgré les protestations de notre cuisinier nous en fîmes un ragoût que Courtet et moi trouvâmes excellent. Un troisième animal rapporté vivant dans notre case réussit à s’enfuir. Les galagos essentiellement nocturnes sont assez maladroits au jour, mais il n’est pas exact qu’ils se laissent prendre sans faire aucun mouvement. Je gardai le quatrième plusieurs jours en captivité en lui faisant prendre un peu de lait de conserve et de l’eau sucrée, puis une nuit il parvint à s’évader.
Les kagas Djé, qui dominent de loin la plaine environnante, présentent encore des traces de plantations, des débris de poteries ou des retranchements formés de blocs de granit, mais ces défenses n’ont pu préserver les Tambagos d’une extermination totale.
Deux jours de marche (4-6 décembre) nous rendirent de ces pitons au pays Balidja, à travers un immense plateau où affleure partout la roche ferrugineuse. L’aspect dominant est celui de la brousse claire incendiée annuellement, pourtant le bush est parfois interrompu par des plaines marécageuses. Le gibier abonde : j’ai vu aux abords du Bamingui[40] l’empreinte fraîchement laissée par un éléphant avec laquelle se confondaient les traces d’un buffle, d’une antilope et d’un petit carnassier. Par contre il n’y a aucune trace de culture, aucune habitation. Les bouquets de bois qui se dressent çà et là rendent l’horizon assez limité ; ce n’est qu’à 5 kilomètres de distance que nous apercevons les kagas de Balidja, dômes noirâtres d’un aspect assez imposant. Nous y campons dans un village qui, comme tous ceux de ce pays, est composé de captifs de Senoussi ; le chef lui-même est captif. Il doit, ainsi que les chefs des agglomérations voisines, fournir aux soldats de Senoussi tous les vivres dont ils ont besoin pour eux et leurs porteurs. Nous-mêmes, à titre d’amis du roi, nous recevons gratuitement tous les vivres nécessaires.
Nous nous sommes livré à une étude assez attentive de ces kagas si curieux comme relief et comme habitat. La roche constitutive est un beau granite à grands cristaux de feldspath rose, coupé de nombreux filonnets d’un autre granite à grain fin et d’aplite. Elle est creusée, comme aux Kagas Dyé, de cavités en chaudière dont l’eau est colorée en vert par les algues. Les mamelons ont souvent éclaté en couches concentriques, parfois minces, parfois ayant une grande épaisseur. Courtet et moi, nous fîmes l’ascension du Kaga Pongourou, le plus élevé (altitude : 607 mètres ; altitude du village, 531 mètres) de ces mamelons, qui, au nombre d’une quinzaine, délimitent un large cirque ouvert seulement au N.-O. vers une brousse illimitée. Au pied de ce kaga sourd un ruisselet limpide bordé d’une riche galerie où l’on remarque les Landolphia owariensis, les Anthocleista, les Phœnix Dybowskii élevés de plus de 12 mètres. Sur les collines, la végétation arborescente est assez pauvre. Le baobab, le rônier, le fromager font défaut ; ce qui domine, ce sont les aloès, les Sterculia tomentosa, les Bombax buonopozense (dondol) dont les troncs tordus sont actuellement chargés de larges fleurs écarlates. Ces rochers, sur lesquels planent sans cesse les oiseaux carnassiers, sont peuplés d’une quantité de pintades qui picorent les graines mûres des Andropogon, du peuple des singes qui a ses sentiers pour venir boire et ses repaires pour s’abriter la nuit. Pour l’homme aussi, c’est une station privilégiée que ces collines creusées d’anfractuosités où, derrière des blocs amoncelés, les femmes et les enfants ont moins à craindre d’une surprise imprévue que dans l’infini de la brousse. C’est un lieu de défense, et c’est peut-être aussi un point plus favorable à la vie normale. L’eau des hivernages se conserve comme en des citernes naturelles. La décomposition du granite a rendu assez fertile le cirque enserré par les kagas ; il est cultivé depuis longtemps, comme le prouve la couleur noire du sol. Aussi tout démontre l’antiquité de l’occupation par les hommes : innombrables débris de poterie qui jonchent les blocs les moins accessibles, épaisse couche de noir de fumée sur les parois de toutes les grottes. Maintenant que Senoussi a pacifié ces contrées, en les asservissant, ces refuges sont abandonnés pour des cases, les unes perchées au haut des kagas, les autres disséminées sur 5 ou 6 kilomètres carrés dans la plaine. C’est l’habitation des Bandas, à sommet pointu surmonté d’une tige ; les constructions sont réunies par groupes de cinq à six autour d’une cour où l’on fait la cuisine et les travaux journaliers. Les villages semblent prospères. On nous apporte en quantité de la farine fraîche de mil, des arachides, des patates, des haricots (Vigna). Il est vrai que nous sommes au moment de la récolte et que le mil livré a eu à peine le temps de sécher. Le Penicillaria existe aussi, mais je n’ai pas vu d’Eleusine. Près de notre campement, je remarque, à l’ombre des tamariniers, le sésame, les légumes habituels, l’Hibiscus esculentus, l’Hibiscus sabdariffa, l’amarante, le ricin. Le coton se recueille en ce moment. Il est fourni par deux espèces : le Gossypium barbadense et le Gossypium punctatum plus rare[41]. Les habitants n’ont aucun bétail, ni poules, ni cabris.
Les kagas que nous rencontrâmes dans la journée du 9 décembre présentent toujours les mêmes caractères : ce sont des mamelons granitiques disséminés dans une immense plaine qu’ils dominent d’environ 60 mètres. Les villages, même établis au pied, puisent l’eau dans les cavités de la montagne[42].
Partout un air de prospérité, en ce moment on coupe le mil et le Penicillaria. Au kaga Batolo, les bouquets d’épis sont mis à sécher sur les rochers et on les recouvre de feuilles pour les préserver des tourterelles et des ramiers. On cultive les deux variétés de tabac et en outre le Gossypium punctatum et une sorte d’Aubergine qui m’était inconnue.
Du kaga Batolo aux falaises qui dominent la cuvette de Ndellé, nous ne rencontrâmes que des ondulations insignifiantes. La brousse est interrompue de distance en distance par des plaines marécageuses, et par des ruisseaux asséchés avec ou sans galeries forestières. Le Bangoran lui-même, bien que large de 10 mètres, ne coule qu’avec une extrême lenteur ; sa profondeur n’est que de 0m,60 (9 décembre).
Le 11 décembre nous étions arrêtés pour le déjeuner au ruisseau asséché de Gongoubissi, quand nous vîmes arriver un courrier de M. Grech, résident auprès du sultan Senoussi. M. Grech me demandait l’heure probable de notre arrivée à Ndellé afin d’en prévenir le sultan. Le soir nous campions à Djigangou, village situé à 6 kilomètres environ de Ndellé.
Le 12 décembre nous arrivions à Ndellé à 8 h. 40 du matin. Senoussi avait envoyé au-devant de nous son fils aîné Adem, ainsi que l’un des deux ambassadeurs venus à Paris en 1898 avec M. Gentil : El Hadj Tokeur.
L’accueil qu’on nous fit fut extrêmement cordial. En nous voyant arriver sans escorte dans un pays où la vie d’un homme compte pour si peu de chose, Senoussi et son entourage éprouvèrent un véritable étonnement. Le sultan nous manifesta hautement son attachement à la France et nous dit qu’il fallait considérer son pays comme le nôtre et que nous pourrions y circuler en toute liberté pour nous livrer à nos études. Toutefois, comme nous étions venus sans tirailleurs, il nous ferait accompagner par des soldats à lui chargés de veiller sur notre sécurité.
[39]Parmi ces Ngapous, nous rencontrons le chef de l’ancien village Kourou, situé auprès de la rivière Koukourou, Guéréwa — c’est son nom — se souvient fort bien du passage de Dybowski dans son ancien village. Il n’eut pas connaissance d’un combat de ce voyageur avec des Arabes, et, en tout cas, ceux-ci ne pouvaient être que des gens de Senoussi qui déjà, à cette époque, venaient en pays npagou enlever les esclaves et l’ivoire.
[40]Au point où nous l’avons traversé, il n’avait que 15 mètres de large et 1m,20 de profondeur. Le Koukourou était un peu plus important : 20 mètres et 1m,20. Pourtant les berges conservent une hauteur de 3 à 4 mètres.
[41]J’ai vu au Kaga Mbra le Gossypium herbaceum.
[42]Ces citernes naturelles ont parfois plusieurs mètres de profondeur. L’une d’elles, sur le kaga Batolo, passe pour insondable et habitée par de mauvais génies qui retiennent ceux qui s’en approchent de trop près.
CHAPITRE IV
LES POPULATIONS DE LA FORÊT ET DES HAUTS-PLATEAUX
I. — LES SYLVATIQUES ET LES FERTITS
La plupart des peuples fétichistes chez lesquels nous avons séjourné pendant la première partie de la mission constituent la grande famille des Bandas. Ils ne sont toutefois pas seuls à occuper les territoires que nous avons décrits dans le chapitre précédent.
Au point de vue géographique, les races fétichistes de l’Oubangui et du haut et moyen Chari peuvent être réparties en deux grandes familles : les Sylvatiques et les Fertits.
Les Sylvatiques.
Des Sylvatiques, qui vivent dans la forêt équatoriale, certains groupes s’avancent en divers endroits très boisés des affluents de l’Oubangui jusque près du 6e parallèle. Ceux que nous avons vus de plus près sont les Bondjos de Bangui. Nous devons encore mentionner les Nsakaras ou Niamniams, les Yacomas et les Sangos localisés entre Mobaye et le poste des Abiras. Peut-être faut-il ajouter à cette liste les Banziris de la Kémo et du Kouango. Tous ces peuples sont de mœurs brutales ; au point de vue moral ils sont tout au bas de l’échelle humaine ! Mais ils ont une civilisation plus élevée que les peuples suivants ; ils sont habiles dans le travail du fer, du bois, de la sparterie et de la poterie ; les habitations sont construites parfois avec confort et élégance ; les danses et les chants de tamtam témoignent d’une certaine intuition artistique ; enfin l’agriculture des Bondjos, comme nous l’avons vu, dispose de plus de 20 espèces végétales cultivées.
Le manioc et surtout la grosse banane qu’ils mangent ordinairement cuite, tiennent la première place dans leur alimentation. Près des fleuves ils font une assez grande consommation de poisson ; sous la forêt ils mangent beaucoup de chenilles, de larves de coléoptères, mais peu de gibier, rare sous cette latitude.
Tous sont passionnément anthropophages et ne s’en cachent pas. Grâce à la surveillance de notre administration qui commence à s’exercer sur le pays, les razzias de village à village deviennent plus rares, de sorte que les repas de viande humaine semblent aujourd’hui moins fréquents le long du fleuve. Cependant chez les Bondjos on rencontre encore parfois autour des cases des trophées de crânes humains bouillis dans la marmite ou rôtis sur la braise et les notables se parent encore d’élégants colliers de dents humaines pour aller saluer les Européens. Quelle est la véritable cause de l’anthropophagie congolaise ? Est-ce, comme le pensait Stanley, le besoin de consommer de la viande dans un pays où les produits de chasse sont rares, et où l’élevage du bétail est actuellement impossible à cause de la présence de la mouche tsé tsé ? Ou bien est-ce comme chez les Bandas, dont nous parlerons plus loin, une sorte de fétichisme rituel qui pousse les vainqueurs à dévorer les vaincus dans l’espoir d’assimiler leur force et leurs qualité ?
Cette dernière hypothèse paraît la plus vraisemblable si l’on songe que les individus morts naturellement ne sont pas mangés, mais le plus souvent jetés dans l’Oubangui. Ce n’est que dans les cas de famine extrême que les Bondjos repêchent le corps des étrangers, charriés par la rivière : ils s’en repaissent, quel que soit l’état de décomposition du cadavre.
Les hommes s’enivrent fréquemment en buvant la sève fermentée de plusieurs espèces de palmiers. Le tabac est cultivé partout et fumé dans des pipes. Chez certaines peuplades de la forêt (les Mangalas par exemple, au singulier Bangala), on fume aussi les feuilles de chanvre fermentées dans une grande pipe formée d’une gourde ornée de dépouilles diverses et munie sur le côté d’un petit fourneau où on introduit les feuilles sèches. On allume et les indigènes aspirent à tour de rôle une bouffée par le goulot de la gourde qui passe ainsi de main en main en faisant le tour du cercle.
Chez les sylvatiques, les hommes ont ordinairement le corps très déformé par des tatouages en relief, notamment sur le visage, sur la poitrine et dans le dos. Ils vivent presque complètement nus ou bien se vêtissent à l’aide de l’écorce battue d’un arbre du genre Ficus. Les femmes font des pagnes assez élégants avec les cordelettes coloriées composées de fibres de certains végétaux spontanés. Les individus de l’un et l’autre sexe s’oignent fréquemment le corps de graisse de fourmis blanches (termites) ou d’huile de palmier Elæis qu’ils mélangent, dit-on, de graisse humaine, mais nous n’en avons jamais eu la preuve. Souvent ils s’enduisent soit tout le corps, soit seulement les jambes ou les pieds, ou une partie du visage avec une teinture rouge pourpre obtenue en pilant avec une substance grasse (c’est parfois de l’huile de ricin ou de l’huile de Pignon d’Inde) les morceaux d’un bois spécial qui est transporté en pirogues sur l’Oubangui et ses affluents et qui donne lieu à un commerce actif[43].
Les mères au lieu de porter leur enfant dans le dos comme en Afrique occidentale, le portent sur le côté gauche à l’aide d’une bretelle passée sur l’épaule droite et ramenée de l’autre côté. L’homme se tient rarement couché sur une natte comme le Soudanais quand il est désœuvré, mais il s’assoit ordinairement sur un petit banc en bois souvent artistement travaillé s’il appartient à une condition sociale élevée. Il transporte toute la journée son banc à la main et s’assoit n’importe où, dès qu’il en a la fantaisie ou dès qu’il a abordé quelqu’un.
Les habitations des Bondjos sont ordinairement formées de longues galeries rectangulaires couvertes d’un toit à deux versants symétriques comme chez nous. Elles ont parfois jusqu’à 50 mètres de long, mais seulement 1m,80 à 2 mètres de largeur. Les murs latéraux ont seulement 0m,80 de hauteur et l’élévation de la maison jusqu’au toit est seulement de 1m,80. A moins d’être au milieu il faut donc se tenir constamment accroupi. Les murs sont formés soit de planches de bois que les hommes savent débiter, soit de bandes d’écorces soigneusement cousues entre elles à l’aide de lanières de feuilles de palmiers, de manière à ne pas laisser d’interstices. La charpente du toit est formée de rachis de feuilles de Raphia et la toiture est composée soit de feuilles de bananier sur lesquelles sont posés des morceaux d’écorces ou des tiges de maïs et de canne à sucre, soit de grandes feuilles de certaines espèces de Marantacées de la forêt élégamment assemblées. Ce sont ces feuilles que E. De Wildeman nomme des tuiles végétales. L’intérieur de la maison est divisé en boxes dans chacune desquelles repose un individu pendant la nuit. Dans une case vivent les femmes du maître, dans une autre ses esclaves.
Ces galeries sont ordinairement disposées par trois, perpendiculaires entre elles, de manière à délimiter une grande cour carrée ouverte d’un côté. A un angle se trouve une case ronde surmontée d’un toit pointu, mieux construite et beaucoup mieux aménagée que les autres. Elle est occupée par le chef de famille qui l’habite avec sa femme préférée. Dans la cour on trouve un hangar-vérandah couvert d’un toit plat et sous lequel on peut s’abriter durant la journée contre les rayons du soleil. C’est là que l’on prépare les aliments ; pendant les nuits froides on fait aussi du feu dans les habitations. Au milieu de la cour se trouvent les trophées de chasse et de guerre, d’énormes ossements d’éléphants et des crânes humains sont entassés pêle-mêle ou à moitié enterrés. Il est facile de constater que ces débris humains, avant d’être ainsi exposés, ont eu l’honneur de passer par la table, la boîte crânienne a été défoncée pour permettre l’extraction de la cervelle. A l’entrée des cases on trouve parfois de ces têtes humaines disposées régulièrement en bordure comme ornement au même titre que, dans la banlieue parisienne, des rangées de coquilles Saint-Jacques à l’entrée d’un pavillon de campagne.
Ce n’est pas seulement par là que se révèle le sens artistique de ces cannibales. Chaque case est environnée de plantes ornementales qui semblent cultivées, non il est vrai, dans un but décoratif, mais plutôt comme plantes fétiches. Voici une variété de l’igname que j’ai nommée Dioscorea anthropophagorum, dont les tubercules aériens ne sont pas comestibles à cause de leur richesse en acide cyanhydrique, mais qui ont la propriété merveilleuse d’éloigner les voleurs. A côté se trouvent des touffes de scilles qui ont été plantées pour faire pondre les poules.
Puis on observe presque toujours deux ou trois touffes d’une grande euphorbe cactiforme plantée dans le but d’éloigner les ennemis du village. Ils mourraient s’ils passaient à côté des curieux massifs en candélabre de cette euphorbe (Euphorbia Hermentiana Lemaire) cultivée aussi dans les villages bandas et mandjias, où elle est employée pour empoisonner, à l’aide de son latex, les armes de chasse et de guerre.
D’autres espèces de plantes sont entretenues autour des habitations parce que l’homme avant d’aller dans la forêt s’en frictionne le corps pour faire des chasses fructueuses.
Il existe enfin, plantée près de la porte de certains habitants, souvent à côté de débris humains, reliefs d’anciens repas de combats, une petite herbe qui jouit de propriétés encore plus merveilleuses, témoignant que la barbarie et la poésie peuvent parfois marcher de pair. Celui qui porte sur lui une feuille de cette plante — et je me demande où il peut la mettre puisque ces gens vont tout nus — sera aimé de toutes les femmes qu’il rencontrera sur sa route et ces femmes n’iront pas avec un autre homme. Je traduis littéralement ce que m’a dit l’interprète à l’aide duquel j’interrogeais le possesseur d’une si précieuse panacée.
Enfin, il existe encore dans chaque cour deux très beaux Crinum (C. Sanderianum et C. Giganteum) vivant à l’état sauvage le long des cours d’eau, mais transplantés autour des habitations. Le premier a de grandes fleurs comme des tulipes, à lobes du périanthe blancs rayés de rouge au milieu, le second a des grandes fleurs d’un blanc immaculé comme certains lis. Ces plantes bulbeuses ne sont pas cultivées à cause de leurs fleurs, mais parce qu’elles possèdent aussi quelque propriété fétiche que mon guide avait oubliée ou qu’il n’a pas voulu me révéler.
La floriculture dans notre vieille Europe et en Orient aurait-elle une pareille origine et les fleurs avant d’être cultivées pour leur beauté l’étaient-elles pour leurs vertus merveilleuses ? Un grand nombre d’espèces alimentaires sont en outre cultivées dans chaque village, nous les avons énumérées dans le précédent chapitre, mais elles sont représentées par si peu d’exemplaires qu’elles n’empêchent pas les habitants de mourir de faim.
Je me garderai bien de porter un jugement sur les habitudes et sur la psychologie de ces peuples de la forêt congolaise. J’ai vécu trop peu de temps au milieu d’eux et il faut bien avouer que rien n’est plus difficile que de pénétrer les mœurs de ces êtres primitifs. Que de légendes répandues sur leur compte ! Ils sont tous anthropophages, c’est incontestable, mais de là à déclarer qu’ils tuent pour le plaisir de tuer, qu’ils engraissent leurs victimes, qu’ils les font mourir après d’atroces supplices dans un but de raffinement culinaire, il y a loin. Seuls quelques missionnaires et de nombreux miliciens sénégalais affirment avoir surpris des scènes de ce genre, mais de telles affirmations sont au moins suspectes. Comment ces peuplades vont-elles se comporter au contact des Européens ? Seraient-elles réfractaires à une administration prévoyante qui les protégerait et leur garantirait la jouissance de leurs cultures, ne leur imposerait point de corvées arbitraires, mais un impôt raisonnable ? Il est impossible de le dire aujourd’hui encore. Au moment où nous avons remonté l’Oubangui, les Bondjos, comme les Banziris et les Sangos devaient surtout connaître l’Européen et son collaborateur le milicien ou l’employé de commerce sénégalais, par les actes de réquisitions brutales et arbitraires qui ont été pendant quinze ans la règle dans ces contrées.
En tout cas, il ne faut pas juger les riverains de l’Oubangui comme des brutes sous prétexte que plusieurs fois certains villages ont massacré ou voulu massacrer des Européens, qu’ils ont souvent tué des sénégalais envoyés au milieu d’eux comme garde-pavillons ou pour y faire des répressions. Ces « actes de sauvagerie » n’ont été le plus souvent que des actes de représailles provoqués par les brutalités, les vols ou les réquisitions dont ils avaient auparavant été victimes. Je ne crois pas en vérité qu’il soit possible de gouverner ces êtres dégradés autrement que par la force, mais même un tel procédé peut se concilier avec justice et humanité.
Les peuples de la forêt sont-ils appelés à disparaître (ce qui arrivera fatalement s’il ne modifient pas leur genre de vie) ou peuvent-ils évoluer vers la civilisation des peuples noirs plus avancés ? Cela aussi est impossible à prévoir, car ils trouvent dans la forêt une des plus grandes entraves à leur évolution et cependant ils sont nombreux et peuvent résister longtemps à toutes les calamités qui déciment d’autres peuples.
Les Fertit.
Les marchands d’esclaves du Soudan égyptien et du pays de Senoussi donnent le nom de Fertit à tous les peuples anthropophages chez lesquels ils viennent s’approvisionner de bétail humain. Nous donnerons à ce mot un sens plus restreint en l’appliquant seulement aux peuplades vivant en dehors de la grande forêt. Ils se rencontrent dans les pays de galeries forestières et de brousse épaisse compris en Afrique centrale du quatrième au huitième parallèle. Quelques fractions s’étendent jusqu’au neuvième degré. Les villages sont éparpillés dans la brousse à proximité des rivières. Ils se déplacent lorsque les terres sont épuisées ou à la suite d’une guerre, mais s’établissent toujours dans un rayon restreint. Quelques groupements sont encore troglodytes et établissent leurs cases sur le haut des rochers (Kagas). D’autres, récemment encore, vivaient dans de véritables cavernes, mais ils ont été anéantis par Senoussi. De mœurs un peu moins grossières que les sylvatiques, à la guerre ils mangent encore leurs semblables, mais il ne paraît pas que ce soit dans ce but qu’ils entrent en conflit les uns avec les autres. Les expéditions des trafiquants d’esclaves islamisés les ont décimés, mais nulle part ils ne se sont convertis. Même ceux qui sont emmenés comme esclaves dans les pays musulmans et de viennent libres ensuite, se font très rarement musulmans pratiquants.
Les deux grands peuples de ce groupe vivant dans le Haut-Oubangui et dans le bassin du Chari sont les Bandas et les Mandjias. Chacun de ces deux peuples est divisé en une infinité de fractions. Aux Mandjias se rapportent sans doute les Baïsou Bayas du Haut-Bahr-Sara et du Haut-Logone. Quant aux Sabangas et aux Langouassis ils constituent probablement un troisième groupe de Fertit pénétré toutefois d’éléments Banda.
II. — LES BANDAS
Origine. — Le plateau de grès horizontaux qui s’étend à la limite des bassins du Chari, du Congo et du Nil, avec ses tables déchiquetées en falaises, creusées de grottes et de cavernes qui ont servi d’abri aux primitifs, fut probablement le berceau des Bandas. Ils y vivaient en troglodytes soit par origine, soit par nécessité. Ils trouvaient en effet dans les rochers des moyens plus faciles de protection contre l’ennemi. Cependant les razzias des Arabes se répètent au point de déterminer les premiers exodes qui se portèrent vers l’Ouest.
Puis ce furent les colonnes de Rabah qui mirent le pays à feu et à sang. Puis vint Senoussi. En quelques générations, des tribus entières disparurent ou furent réduites en esclavage. Ainsi les anciens habitants des kagas Djé et Toulou sont actuellement tous captifs de Senoussi ou ont été vendus par lui. Les Mbatas du kaga Bongolo sont prisonniers du sultan ou remis par lui dans une demi-liberté.
D’autre part l’exode devant le conquérant acheva de briser l’unité banda. Les Ngaos qui vivent à l’Ouest du Gribingui ont la même origine que les Ngaos des sources du Bangoran. A vrai dire, cette unité n’avait jamais été bien forte. Même avant l’invasion musulmane, les tribus étaient désunies, et souvent en guerre. Encore maintenant, les Bandas proprement dits, esclaves de Senoussi, détestent les Ngaos d’Ara, bien qu’ils soient soumis au même maître.
Gouvernement. — La race banda n’a pas d’unité sociale. Un seul mot abbréviatif nda sert à désigner la tribu (kanda), le village (maranda), la maison (ndenda). Ces divisions n’existent en effet que dans des concepts affaiblis. Les chefs de tribus n’ont jamais eu de réelle autorité, sauf deux, Pombolo, chef des Ungourras et Ouangandji, chef des Ngaos.
Les villages ont plus de cohésion et pourtant les chefs n’ont encore qu’une autorité très relative. M. Gentil n’en a trouvé que deux Griminton chez les Ungourras qui n’avait qu’un très petit commandement et Ouangandji, chez les Ngaos. Le chef de village ne prend de décision importante qu’après un palabre où prennent part tous les hommes à partir de 14 ou 15 ans. La discussion n’y commence qu’après le tamtam et l’absorption de bière obligatoires. Avant l’arrivée des blancs ces réunions se tenaient une ou deux fois par lune, aujourd’hui elles sont plus rares.
C’est le chef qui rend la sentence en matière criminelle. Les punitions sont : l’amende dans les cas de vol avec restitution immédiate, d’un adultère sans témoins, avoué par la femme dénonçant son amant[44] ; — le prix du sang pour un meurtre[45] ; — les fers[46] pour vol sans gravité, ou dans l’attente du paiement ; — la flagellation pour vol grave ou si l’on cherche à provoquer des aveux ; — l’empoisonnement[47] si l’accusé menace la sécurité publique ou s’il a violé le secret de la naissance ; — la mort par les armes, adultère (flagrant délit), refus du paiement (adultère), refus du prix du sang.
Le père du coupable exécute les sentences, sauf celles de mort. Pour celles-ci, c’est un homme désigné par le chef qui fait l’office de bourreau. Aucune peine n’est rachetable.
A la mort d’un chef, la transmission des pouvoirs se fait, après de copieuses libations, suivant un ordre de succession ainsi fixé : en première ligne, le frère du défunt, en seconde, un de ses fils, en troisième, un de ses confidents.
La vie des Bandas. — Mariage. — Le jeune Banda choisit une femme de son village ou de villages voisins. Achetée par l’intermédiaire du père ou d’un ami, la femme est un capital qu’on garde jalousement[48]. La polygamie est limitée par la fortune du maître, dont le harem ne dépasse jamais 10 à 15 femmes. La première femme mariée en devient la maîtresse, et elle reste au village quand tout le monde part en guerre ?[49].
Le mari peut répudier sa femme quand elle dilapide ses biens ; dans ce cas, il a le droit d’exiger la dot qu’il lui a donnée.
Naissance. — Quand le moment de la délivrance se fait sentir, la mère se retire dans la brousse avec deux voisines. Pendant toute cette période le mari seul peut l’approcher et si un autre que lui violait cet usage on l’empoisonnerait avec du pipi. Cette coutume s’observe également chez les Sangos et les Banziris.
Quand l’enfant est né, la mère revient au village et l’on procède à sa purification, ainsi qu’à celle de l’enfant. L’un et l’autre sont lavés et puis oints de graisse ; le petit est enduit d’une couleur rouge tirée du foro. On ne fait généralement pas tamtam, mais on boit le pipi. Trois jours après l’enfant reçoit un nom que lui donne la mère.